Cannes 2026 : Dégel, la lente fonte de la dictature

La sélection Un Certain regard du Festival de Cannes permet de donner la voix à de nouveaux cinéastes en exposant des visions singulières venues du monde entier. Après Le mystérieux regard du flamand rose, récompensé l’année dernière, le Chili se trouve de nouveau mis à l’honneur. Dans Dégel, Manuela Martelli compose un drame à forte consonance politique, qui séduit pour son traitement à hauteur d’enfant, mais dont le rythme s’enlise dans les secrets bien gardés de la neige.

La réalisatrice chilienne a débuté sa carrière en tant qu’actrice, avant de passer derrière la caméra avec Chili 1976. Ce premier long-métrage, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, abordait la vie d’une famille sous la dictature de Pinochet. Avec Dégel, Manuela Martelli continue de retracer l’histoire de son pays natal, mais choisit de s’intéresser aux années 1990, en plongeant dans ses propres souvenirs d’enfance.

Bien que la démocratie ait été rétablie au Chili en 1990 avec l’investiture du Président Aylwin, la dictature demeure ancrée dans le pays, toujours hanté par les milliers de morts et de disparus. En 1992, le Chili ouvre un pavillon à l’Exposition universelle et y présente une œuvre symbolique, un iceberg témoignant de la renaissance d’un État tourné vers l’international. C’est dans ce contexte que se déroule Dégel, un titre qui évoque l’effacement progressif du totalitarisme et l’ouverture vers le modèle libéral occidental.

Le pacte du silence

Inès, une petite fille de 9 ans, vit chez ses grands-parents dans un hôtel près d’une station de ski. Sur les pistes, elle rencontre Hanna, une sportive allemande qui la prend sous son aile. Lorsque Hanna disparaît mystérieusement, Inès part en quête de vérité. Elle découvre alors un monde d’adultes bâti sur des mensonges et des secrets. Une manière pour Dégel de représenter l’éveil des consciences face aux manipulations du pouvoir. En racontant le film à travers les yeux d’Inès, le récit met l’accent sur la naïveté de l’enfance, qui accepte la réalité présentée par les parents sans aucune remise en question. Inès apprend donc à mentir, à se taire, tout en se rapprochant de la mère d’Hanna, Lina, en qui elle pense trouver une mère de substitution.

Pour Manuela Martelli, c’est un moyen de réinterroger l’héritage de la société chilienne, dont le passé hante encore des générations nées sous la dictature. En effet, le départ soudain d’Hanna fait référence aux nombreuses disparitions inexpliquées sous le régime de Pinochet. En raison du vote d’une loi d’amnistie, les enquêtes sur la violation des droits humains aboutissaient peu. Dégel montre aussi les abus de pouvoir des autorités locales, en particulier dans leur façon de traiter Lina, une femme blanche allemande d’emblée mise sur la touche. Le passé colonial du Chili reste également présent, avec une règle bien établie : quand les Espagnols sont là, on ne dit rien et on ne fait pas de vague.

Malgré ces riches échos historiques, Dégel manque de souffle narratif. Le récit tombe assez rapidement dans une lente quête de vérité que l’on devine sans fin. Dommage car la beauté des paysages enneigés des Andes offrait un cadre idéal pour insuffler au film davantage de mystère et de tension. Métaphore d’une dictature dissimulée dans la mémoire collective, Dégel compose un drame socio-politique intrigant, mais peu palpitant. 

Ce film est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026

Dégel – bande-annonce

Dégel – fiche technique

Titre original : El Deshielo
Titre anglais : The Meltdown
Réalisation : Manuela Martelli
Scénario : Manuela Martelli
Interprètes : Maya O’Rourke, Saskia Rosendahl, Maia Rae Domagala
Photographie : Benjamín Echazarreta
Décors : Noemi Gonzáles
Montage : Yibrán Asuad
Musique : Mariá Portugal
Sociétés de production : Ronda Cine, Fundación Río, Wood Producciones, Piano, Elastica Films, Cinema Inutile
Pays de production : Chili, Mexique, Espagne, États-Unis
Société de distribution France : Les Films du Losange
Durée : 1h48
Genre : Drame
Date de sortie : 26 août 2026

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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