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Cinema Paradiso, un film de Giuseppe Tornatore : critique

En apprenant le décès d’Alfredo, Salvatore adulte se replonge dans son passé. De même, lorsque les spectateurs replongent ce film, 26 ans après sa sortie, ils retrouvent intactes toutes les émotions d’alors.

Un village
Cinema Paradiso, c’est d’abord l’immersion dans un village du cœur de la Sicile. Depuis les années 40 jusqu’aux années 80, nous suivons l’évolution du village et de ses habitants. La description est certainement idéalisée, mais elle est chargée d’émotions.

Ce village comporte sa population : le prêtre, les écoliers, l’homme d’affaire, et même l’idiot sur sa place. Toute une vie est reconstituée autour de la place principale. On parle fort, on s’insulte copieusement, mais l’ambiance est familiale.
Mais ce village, aussi reculé qu’il soit, ne peut échapper à l’évolution. Le film commence dans les ruines de l’immédiat après-guerre, et il finit dans un monde moderne plus froid, où la place est envahie par les panneaux publicitaires et les voitures.
Une histoire de Toto
Cette évolution est aussi celle de Salvatore, petit garçon dont on ne retrouvera jamais le père, sûrement tué en URSS et qui deviendra un cinéaste reconnu. Le film est entièrement vu par le regard du petit Toto (diminutif de Salvatore). Avec lui, nous découvrons le cinéma. Avec lui, nous sympathisons avec Alfredo, le père de substitution. Avec lui, nous espérons. Avec lui, nous subissons le service militaire. Avec lui, nous tombons amoureux d’Elena.

Monsieur Cinéma
Au-delà de tout cela, et comme l’indique son titre, Cinema Paradiso est un film sur le cinéma et sur l’amour du cinéma. Alfredo (Philippe Noiret), le projectionniste, va très vite prendre sous son aile le jeune Toto. Et, à travers le 7ème art, le garçon va découvrir le monde, les émotions, etc. Le cinéma va développer son imagination et sa sensibilité.
Et Salvatore va évoluer avec le cinéma. Car le spectateur va voir défiler un pan entier de l’histoire cinématographique, de La Terre Tremble (de Visconti) à Et Dieu créa la femme, en passant par Le Cri (d’Antonioni)…
Plus que tout cela, les événements du film sont liés aux œuvres projetées. Salvatore est surnommé Toto, comme le célèbre acteur italien. L’amour, la mort, les plaisirs, la religion, la politique, tout est connecté au cinéma, à la salle de cinéma ou la salle du projectionniste. A ce point qu’à la fin, quand il s’agit de faire le point sur sa vie, c’est dans une salle obscure, face à un grand écran, que se retrouve Salvatore, dans une scène magnifique qui est un sommet d’émotion.
Nostalgie
Giuseppe Tornatore joue la carte de la nostalgie donc dans ce film. D’aucuns lui reprochent de faire dans le mélodrame, mais force est de constater qu’il n’y a rien de mélodramatique dans Cinema Paradiso. Sa réalisation évite les grands effets et le pathos pour se concentrer sur une narration simple mais efficace.

La version longue, qui dure environ 2h45, ne connaît aucun temps mort, malgré un récit plutôt lent. Il faut dire que l’arrivée d’Helena, au milieu du film, donne à l’histoire une nouvelle direction. Et la partition exceptionnelle du compositeur Ennio Morricone ajoute encore de l’émotion à l’ensemble. Jacques Perrin, qui tient le rôle de Salvatore adulte, est remarquable de discrétion et de retenue, et le final est irrésistible. Un film à revoir.

Synopsis : dans un village sicilien, le petit Toto, dont le père est mort lors de la Seconde Guerre Mondiale, se lie d’amitié avec le projectionniste Alfredo.

Cinema Paradiso : Bande-annonce

Fiche technique – Cinema Paradiso

Titre original : Nuovo Cinema Paradiso
Date de sortie originale : 20 septembre 1989
Date de nouvelle sortie nationale : 10 juin 2015
Nationalité : Italie
Réalisation : Giuseppe Tornatore
Scénario : Vanna Paoli, Giuseppe Tornatore
Interprétation : Philippe Noiret (Alfredo), Salvatore Cascio (Salvatore enfant, Toto), Marco Leonardi (Salvatore adolescent), Jacques Perrin (Salvatore adulte), Leopoldo Trieste (le père Adelfio), Agnese Nano (Elena adolescente)
Musique : Ennio et Andrea Morricone
Photographie : Blasco Giurato
Décors : Andrea Crisanti
Montage : Mario Morra
Production : Franco Cristaldi pour Cristaldifilm, Giovanna Romagnoli, Gabriella
Société de production : RAI, Les Films Ariane, TF1 Production
Société de distribution : Ariane Distribution
Budget :
Genre : drame
Durée : 125’ (version courte) / 173’ (version longue)
Récompenses :
1989 : Grand prix du jury au Festival de Cannes pour Giuseppe Tornatore
1989 : David di Donatello de la meilleure musique pour Ennio Morricone
1989 : Prix du cinéma européen :
du meilleur acteur pour Philippe Noiret
Prix spécial du jury pour Giuseppe Tornatore
1990 : Oscar du meilleur film de langue étrangère
1990 : César de la meilleure affiche pour Jouineau-Bourdugue et Gilles Jouin
1990 : Golden Globe du meilleur film de langue étrangère
1990 : Critics’ Circle Film Award :
Prix de l’acteur de l’année pour Philippe Noiret
Prix du film de l’année en langue étrangère
1990 : Meilleur film au Festival international du film de Cleveland
1990 : Meilleur film de langue étrangère au Mainichi Film Concours
1990 : Prix spécial du meilleur jeune acteur de moins de neuf ans dans un film étranger aux Young Artist Awards pour Salvatore Cascio
1991 : BAFTA Film Award :
du meilleur acteur pour Philippe Noiret
du meilleur acteur dans un rôle secondaire pour Salvatore Cascio
du meilleur film non anglophone pour Giuseppe Tornatore et Franco Cristaldi
de la meilleure bande sonore originale pour Ennio Morricone et Andrea Morricone
du meilleur scénario original pour Giuseppe Tornatore
1991 : Roberts du meilleur film étranger aux Roberts pour Giuseppe Tornatore

A la recherche de l’Ultra-sex: le porno déjanté

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Soirée Ultra-sex: L’amour du kitch

Tous les téléspectateurs qui regardaient, il y une quinzaine d’années, Canal Plus, et en particulier Nulle Part Ailleurs, se souviennent au moins de l’insupportable générique d’ouverture, des images désuètes et du leitmotiv final « C’était vraiment très intéressant ! » qui faisait le charme de l’une des premières mini-séries de la chaine : Message à Caractère Informatif. En détournant grâce à leurs voix postsynchronisées des films d’entreprise datant des années 70-80, le duo Nicolas et Bruno a alors signer des vidéos d’une soixante de secondes devenues cultes.
Après plusieurs années sans donner de nouvelles, les deux compères se sont réunis à l’occasion des 30 ans de la chaine cryptée pour préparer une version « porno-comique » de leur exercice de détournement vocal. Ce film d’une heure, composé d’extraits de films pornographiques ou érotiques venus de différents pays et ayant pour points communs la ringardise extrême de leur direction artistique et l’aspect vintage de leurs images, ils sont ensuite allés le présenter, en mars dernier, au Festival International du Film de Fribourg, puis, ce 5 juin, à Paris au cours d’une soirée spéciale organisée par le cinéma Max Linder.

Un scénario comme on n’en verra jamais sur YouPorn
Ayant dû visionner plusieurs centaines de « films de cul », dont beaucoup de réalisations visiblement très douteuses, pour y piocher les scènes qui, couvertes par leurs propres dialogues, allaient donner corps à l’intrigue farfelue qu’ils ont mis au point, Bruno Lavaine et Nicolas Charlet ont réussi à se détacher de l’exercice de collage et de la parodie potache pour installer une véritable trame inédite qui donne sens à leur film. Plein de gags visuels et de répliques surprenantes, leur long-métrage n’hésite pas à se moquer des poncifs des scénarios souvent déplorables du cinéma pornographique tout en jouant avec pour mieux faire de ces soixante minutes un vrai plaisir coupable accompagné d’irrésistible éclats de rire, en particulier pour les amateurs d’humour « What The Fuck ».
La parfaite absurdité et la grossièreté outrancière inhérentes aux images sont donc parfaitement assimilées par ce scénario improbable. Même s’ils ont fait attention, grâce notamment à des flous dont ils sont d’ailleurs les premiers à se moquer, à rester dans les bornes de l’interdiction aux moins de 16 ans, les deux réalisateurs vont jusqu’au bout de leur délire irrévérencieux. Une audace rare qui nous rappelle que le fameux « Esprit Canal », que beaucoup croient mort et enterré, peut encore nous apporter de bonnes surprises sous des formes inattendues.

A la recherche de L’Ultra-sex : Bande-annonce

Soirée de gala pour un film de boules
C’est donc en marge de leurs « Nuits au Max » consacrés, une fois par mois à des films autour du même sujet, d’une même saga ou du même auteur, que le cinéma Max Linder a fait découvrir le long-métrage à un public parisien, parmi lesquels de nombreux invités. L’ancien PDG de Canal Plus Pierre Lescure, le couturier Jean-Paul Gaultier, le programmateur de films X de la chaîne cryptée, des doubleurs célèbres ou encore l’ancienne hardeuse devenue rédactrice en chef de Hot Vidéo Tabatha Cash étaient ainsi de la partie. En plus d’une diffusion du (faux bien-sûr) making-of de Message à Caractère Informatif, d’une présentation animée par d’amusantes chorégraphies, Nicolas et Bruno nous ont annoncé le lancement prochain d’une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank pour assurer la sortie en DVD de leur film. Une stratégie publicitaire qui sera sans doute payante car quiconque a assisté à cette soirée sympathique et a ri aux éclats devant l’unique projection sur grand écran de ce film étonnant sait déjà qu’il s’agit d’une expérience à revivre et à partager entre amis.

 

 

Je suis un soldat, un film de Laurent Larivière : critique

Je suis un soldat est l’histoire de deux premières fois. Laurent Larivière signe ici son premier long métrage, directement sélectionné et présenté à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard.

Mais c’est aussi la première fois qu’un rôle est directement écrit pour Louise Bourgoin. Dans les mots de Sandrine, la jeune femme qu’elle incarne à l’écran, l’actrice dit même retrouver des accents autobiographiques, presque documentaires. C’est que Je suis un soldat est un film ultra réaliste, noir, sans concession. Quelque chose dans son regard sur cette femme qui se bat ressemble étrangement à un film des frères Dardenne. L’héroïne y est en tout cas enfouie sous des vêtements informes, cheveux courts et tête haute, sans honte ni peur au milieu des hommes. Les hommes y sont tantôt violents, amoureux ou lâches, jamais dominants. Pourtant Laurent Larivière, contrairement bien souvent aux Dardenne, offre un horizon à son héroïne, un ailleurs possible.

Quand on la rencontre, Sandrine débarque chez sa mère et pense s’y réfugier quelques temps. Mais dans cette maison familiale, la mère recueille déjà la sœur de Sandrine, son mari et leur enfant. Eux aussi n’ont pas complètement résisté à la crise, alors l’homme s’use sur le chantier de leur future maison, rêve qui s’éloigne de plus en plus chaque jour. Dans cette maison-là, Laurent Larivière filme l’entraide, mais aussi la soumission à un statut social. On y voit une mère faire les comptes, s’agacer quand de l’argent est mal dépensé. Ce « drame » familial garde finalement assez peu d’intérêt, tant il banalise le portait de femme forte que Larivière dessine avant tout. La misère sociale est ici filmée de tous les côtés, la société stigmatisée, comme écrasant les plus demandeurs. Non, il ne faut pas être en demande quand on cherche un emploi, mais avoir à offrir, pouvoir se projeter dans la galère. Sandrine l’apprend à ses dépens. C’est comme ça qu’après des tentatives plus ou moins ratées, elle débarque dans le chenil de son oncle. Un oncle aussi proche du foyer familial qu’il semble en être exclu. C’est un homme complexe, déstabilisé face à la force de Louise Bourgoin, mais cherchant à la maîtriser, qu’on rencontre.

Quand revient la nuit …

C’est dans ce chenil que tout se joue. Sandrine s’y révèle en combattante, maîtrisant tous les aspects de ce qui ressemble un trafic de drogue. Forte, déterminée, elle se heurte à ce trafic de chiots venus de l’est comme on y traiterait des femmes venues du même espace géographique, pour vendre leurs corps au plus offrant. Souvent filmée dans des coins plus ou moins sordides, Laurent Larivière montre avant tout une femme qui ne se laisse pas faire. De nuit ou du moins dans la pénombre, elle négocie, ment, trafique et tente de garder la tête hors de l’eau. Impossible de baisser les bras, ce qu’elle a vu est trop immense, trop complexe. Elle se bat, mais est en même temps maintenue ici par ce qu’elle y a découvert. En parallèle, c’est chez un vétérinaire fragile, autre portrait d’homme à contre-courant, que Sandrine va faire de faux certificats de vaccinations. Cet homme-là se met à nu devant elle, littéralement et métaphoriquement, ce qu’elle ne fait (presque) jamais tout le long du film. Elle est toute de colère rentrée, « un bon petit soldat » comme celui du titre ou de la chanson de Johnny Hallyday (Quand vient la nuit) que l’on entend pendant le film. Obéissant à des règles, continuant de vivre malgré tout. Pourtant, elle s’autorise une sortie de route, en pleine crise, dans une scène glaçante où la colère rentrée, aussi bien celle de l’actrice que celle du personnage, explose.

Le film de Laurent Larivière manque encore d’un regard solide, plus pertinent sur ce monde social qu’on a tant filmé, tant regardé, décortiqué, sans jamais en proposer autre chose qu’un réalisme banal. Pourtant, il se détache par son portrait de femme combattante, qui n’a pas besoin de ressembler à un homme, qui écrit sa propre histoire, même si elle est entraînée par des forces plus grandes qu’elle. Il s’agit avant tout d’un film d’acteurs, car Louise Bourgoin s’y révèle comme on l’a rarement vue : impliquée toute entière par le corps, la fougue, le désir et la force. Lumineuse au milieu de la crasse ambiante, elle a à ses côtés des acteurs formidables, dont Jean-Hugues Anglade, loin des rôles de flics qu’ils incarnent à tour de bras depuis quelques années, tour à tour protecteur, trafiquant ou animal. C’est aussi ce personnage d’homme que le film révèle à lui-même. Car les soldats du film, ce sont tous ces gens qui n’ont presque rien, qui doivent se lever chaque matin pour ne rien gagner ou presque, qui doivent y croire, obéir, ne jamais dépasser les limites et qui n’ont aucun moyen de dire « stop », de sortir du rang. Le film leur rend un bel hommage, c’est déjà ça.

Synopsis : Sandrine, trente ans, est obligée de retourner vivre chez sa mère à Roubaix. Sans emploi, elle accepte de travailler pour son oncle dans un chenil qui s’avère être la plaque tournante d’un trafic de chiens venus des pays de l’est. Elle acquiert rapidement autorité et respect dans ce milieu d’hommes et gagne l’argent qui manque à sa liberté. Mais parfois les bons soldats cessent d’obéir. 

Bande annonce du film Je suis un soldat

Fiche technique – Je suis un soldat

France – 2015
Date de sortie : 18 Novembre 2015
Réalisation : Laurent Larivière
Scénario : Laurent Larivière, François Decodts
Interprètes : Louise Bourgoin, Jean-Hugues Anglade, Anne Benoit, Laurent Capelluto, Nina Meurisse …
Compositeur : Martin Wheeler
Directeur de la photographie : David Chizallet
Montage : Marie-Pierre Frappier
Production : Mon Voisin Productions, Saga Films, UMedia
Distributeur : Le Pacte

L’Ombre des femmes, un film de Philippe Garrel: Critique

Philippe Garrel a une manière unique de parler des femmes, de l’amour, de l’amour et des femmes. Très peu de temps après le très beau « La Jalousie », tourné en noir et blanc avec l’immense Willy Kurant à la photo, voici déjà « L’ombre des femmes » tourné en noir et blanc avec le très grand Renato Berta à la photo.

Synopsis : Pierre et Manon sont pauvres. Ils font des documentaires avec rien et ils vivent en faisant des petits boulots. Pierre rencontre une jeune stagiaire, Elisabeth, et elle devient sa maîtresse. Mais Pierre ne veut pas quitter Manon pour Elisabeth, il veut garder les deux. Un jour Elisabeth, la jeune maîtresse de Pierre, découvre que Manon, la femme de Pierre, a un amant. Et elle le dit à Pierre… Pierre se retourne vers Manon parce que c’est elle qu’il aimait. Et comme il se sent trahi, il implore Manon et délaisse Elisabeth. Manon, elle, rompt tout de suite avec son amant. On peut supposer que c’est parce qu’elle aime Pierre…..

Un amour infini

C’est dire si l’exigence est intacte. Si le propos est presque invariablement le même, en revanche la forme du cinéma de Philippe Garrel progresse inexorablement vers l’épure, en s’appuyant sur des collaborations robustes et complices telles que celles des chefs opérateur les plus marquants du cinéma de qualité (Kurant et Renata donc, mais également le regretté William Lubtchansky sur deux de ses précédents films, également en noir et blanc : « Les amants réguliers », puis « La frontière de l’aube »).

Cette recherche de la beauté formelle va de pair avec la simplicité biblique du sujet. Manon (Clotilde Courau, à l’apogée de son art) et Pierre (insondable Stanislas Mehrar) vivent ensemble et travaillent ensemble, lui comme documentariste, elle comme scripte/monteuse. Ils s’aiment (« Travailler avec l’homme que j’aime et partager ses projets, quoi de mieux» dit le personnage de Clotilde Courau à sa mère), mais la passion se défile ; il a alors une maîtresse, elle prend un amant. Tout est annoncé dans le synopsis. Il n’y a rien de plus ni de moins que ce qui y est révélé déjà.

De fait, l’enjeu du film n’est clairement pas le suspense, mais le regard particulier que pose Philippe Garrel sur l’histoire de ces deux femmes, l’épouse et la maîtresse, mais aussi de cet homme monolithique qui vit sa vie d’homme comme dans un temps ancien, sûr de son fait et de son droit. (Pierre est un homme, il est infidèle comme il pense que les hommes ont le droit de l’être, dit en substance la voix off de Louis Garrel qui vient émailler le film d’un commentaire plutôt neutre qui apporte la touche romanesque au film de son père).

L’amour est un sujet que Philippe Garrel ne cherche jamais ni à embellir ni à enlaidir ; il est une souffrance, une passion comme des tas de générations passées l’ont toujours écrit, clamé, chanté. La beauté de ce qui circule entre Pierre et Manon est simple et émouvante ; en particulier, une scène dans la cuisine un soir, où Pierre offre un bouquet de fleurs à Manon après avoir couché avec sa maîtresse Elisabeth (Lena Paugam): une scène d’une vérité et d’une beauté bouleversantes, illuminée par le sourire un peu douloureux de Manon, le sourire d’une femme qui se sent ou qui se sait trompée, mais qui accepte le bouquet de fleurs du coupable infidèle au nom de l’amour malgré tout. L’amour donc est au centre du film, mais également la jalousie, la douleur de l’absence, le désir et le besoin d’être désiré(e). Toutes sortes de thématiques maintes fois travaillées au cinéma, mais rarement comme Philippe Garrel le fait, à savoir au cœur, à l’os du sujet, sans aucune surcouche pour nous en détourner, ni à nous en distraire.

L’Ombre des femmes dont il est question dans le film est une ombre « vertueuse », une ombre qui protège Pierre de toute action, de toute réaction. Les femmes y sont à l’honneur : fortes et volontaires, amoureuses et honnêtes, ce qui n’est pas toujours le cas de Pierre. D’aucuns disent que c’est son film le plus féministe. Pour autant, le regard de Philippe Garrel sur Pierre n’est pas forcément négatif ; ce dernier semble en effet dire : « voilà, sans toi, la Femme, je suis perdu, je ne sais pas faire », et la seule fois où on le voit sourire, sourire vraiment, est dans cette scène d’étreinte finale, de complicité retrouvée, de soulagement intense de pouvoir s’appuyer à nouveau sur Manon.

« L’Ombre des femmes » est infiniment intemporel, se déroulant dans un Paris inconnu, secret et légèrement suranné, que le noir et blanc de Renato Berta irradie d’une lumière argentée, conférant un côté légèrement onirique au métrage. Comme à son habitude, Philippe Garrel prend grand soin de ses cadrages, et même s’il s’inscrit encore et toujours dans la Nouvelle Vague, notre enchantement est sans cesse renouvelé par la beauté de ses films.

L’interprétation de « l’ombre des femmes » est dominée par Clotilde Courau qui tient là son meilleur rôle. Un sourire qui apporte l’exaltation sans la niaiserie, et qui permet de prendre toute la mesure de l’amour qu’elle a pour Pierre, mais également de toute la douleur de ne pas sentir en retour l’affection dont pourtant les deux s’accordent à reconnaître la réalité.

Lena Paugam apporte joliment la fraîcheur, et l’idée que c’est cette fraîcheur qui attise le « plaisir de la chair » comme dit la voix off.

Stanislas Mehrar enfin, est parfait dans le rôle de cet homme désirable et bourru, un peu hors d’âge, un peu maladroit et qui vit avec bonheur dans l’ombre de ses femmes.

L’Ombre des femmes de Philippe Garrel – Bande-annonce

L’Ombre des femmes : Fiche Technique

Titre original : –
Date de sortie : 27 Mai 2015
Réalisateur : Philippe Garrel
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 73 min.
Interprétation : Clotilde Courau (Manon), Stanislas Merhar (Pierre), Lena Paugam (Elisabeth), Vimala Pons (Lisa), Mounir Margoum (l’amant de Manon)
Scénario : Philippe Garrel, Caroline Deruas-Garrel, Jean-Claude Carrière, Arlette Langmann
Musique : Jean-Louis Aubert
Photographie : Renato Berta
Montage : François Gédigier
Nationalité : Suisse, France
Producteur : Saïd Ben Saïd, Michel Merkt, Olivier Père
Maisons de production : SBS Production, Arte
Distribution (France) : SBS distribution

The last man on Earth, saison 1 : critique de la série

The last man on Earth : la survie de l’espèce entre les mains de Will Forte

The last man on Earth est une série télévisée créée par Will Forte. La première saison, sortie aux USA en mars 2015, est constituée de 13 épisodes de 22 minutes. Lors de sa diffusion sur la Fox, la série connaît un certain succès qui lui vaut d’être reconduite pour une saison 2. Effectivement, le pilote de The last man on Earth, réalisé par Phil Lord et Christopher Miller (tous deux réalisateurs de 21 et 22 Jump Street), a de quoi faire tourner la tête, mais la série doit son succès à la réalisation et au scénario original de Will Forte qui tient aussi le premier rôle. Ce scénariste tout feu tout flamme s’est fait la main dans des épisodes réussis de That 70’s Show et de Urgence ainsi que dans MacGruber, une prochaine comédie d’action avec Ryan Phillippe et Val Kilmer.

Seul au Monde ?

The last man on Earth, comme l’indique le titre, raconte l’histoire du dernier homme sur Terre : Phil Miller (Will Forte, Voisin du troisième type, Nebraska). Oui, mais l’histoire ne s’arrête pas là et dès la fin du pilote il apparaît que « The last man on Earth » n’est, en fait, pas si seul que ça. Un détail qui lui évite peut-être de singer trop longtemps Tom Hanks, philosophant avec son ballon dans Seul au Monde même si le spectateur n’échappe pas à cette caricature très réussie durant son One Man Show de 18 minutes. Le clin d’œil à Wilson (le ballon) sera d’ailleurs repris à plusieurs moments dans la saison, comme le leitmotiv de l’histoire.

On en regretterait presque que le héros ait si vite de la compagnie tant le personnage de Phil est nature, tordant et sympathique et qu’il suffit à capter l’attention du public dès le premier épisode.

Un Éden post-apocalyptique

On ne peut pas traiter de la fin du monde sans références bibliques, en particulier dans les films américains. Dès lors que le deuxième personnage, Carol Pilbasian (Christen Schaal, Welcome to the Jungle), fait son apparition, la question du repeuplement de la Terre se pose. The last man on Earth prend alors l’allure d’une parodie d’Adam et Ève dans un Éden eschatologique aux antipodes du Jardin des délices et où Carol, n’a en réalité rien d’une Ève.

Dans ce jardin d’Éden, ce sont les biens matériels et l’alcool qui prolifèrent. Phil collectionne les tableaux de maîtres et les ossements de dinosaures et se baigne dans une piscine de Margherita tandis que Carol préfère le champagne et les raisins – qu’elle force Phil à goûter. Faut-il y voir le symbole du fruit défendu ? Quoi qu’il en soit, ce n’est qu’une fois mari et femme que le couple s’adonnera aux plaisirs de la chair.

Cette relation duelle entre Phil et Carol fonctionne d’ailleurs assez bien et la série ne perd rien de son originalité et de son rythme tant les personnages sont vivants, expressifs et parfaitement assortis. Will Forte et Christen Schaal sont habitués à travailler ensemble (30 Rock, L’Île des Miam-nimaux : tempête de boulettes géantes 2) et cela se ressent. À aucun moment le spectateur ne s’ennuie. Ce couple grotesque est ensuite rejoint par la jolie Mélissa Shart (January Jones, Mad Men, Le Pacte) et une relation triangulaire s’installe. Mélissa prend la relève et devient Ève, tant convoitée par Phil (les deux acteurs sont fiancés dans la vraie vie) tandis que Carol excelle en mégère et épouse.

Morne plaine

Malheureusement, l’équilibre entre le huis-clos et le comique de situation est de courte durée et le spectacle prend fin quand un quatrième arrivant fait son entrée, puis un cinquième, puis un sixième… Peu à peu, le jardin d’Éden se transforme en Garden-Party : une petite communauté d’américains dont le quotidien et les états d’âme sont dignes d’un roman-feuilleton et où les passions et les disputes prennent le pas sur l’humour et la dérision.

Au fil des épisodes et à mesure que la communauté s’agrandit, The Last Man on Earth perd de son élan et de son originalité ce qui est bien dommage car la série tombe dans le déjà-vu, le banal. Bien sûr, nous sommes toujours dans la comédie et Will Forte joue à merveille le malotru égoïste et de mauvaise-foi. Avec l’aide de sa binôme, Christen Schaal, il parvient tant bien que mal à nous faire rire ce qui fait de cette série un gentil divertissement mais sans grande ambition.

Synopsis : À la suite d’une épidémie planétaire, la population mondiale a été décimée. Unique rescapé, Phil Miller parcourt le monde à la recherche de possibles survivants. Profitant tout d’abord d’une liberté sans borne, il baisse rapidement les bras lorsqu’il comprend qu’il est le dernier de sa race. Tout près de se suicider, il rencontre alors celle qu’il pense être la dernière femme sur Terre, pour son plus grand malheur…

Fiche technique : The last man on Earth

Genre : Comédie
Création : Will Forte
Production : Phil Lord et Christopher Miller
Acteurs principaux : Will Forte, Kristen Schaal, January Jones, Cleopatra Coleman, Mel Rodriguez
Pays : États-Unis
Diffusion : Fox
Format : 13 épisodes de 22′

Cannes Classics : Le Troisième Homme – Critique du film

La première impression que l’on a du film, Le Troisième Homme, c’est sa musique, signée Anton Karas, un air entêtant joué à la cithare et qui reste en mémoire pendant longtemps. Cet air va accompagner une histoire désabusée, cynique et qui refuse toutes les facilités habituelles du genre.

Synopsis: le romancier Holly Martins arrive à Vienne pour rejoindre son ami Harry Lime. Il apprend vite que celui-ci a été tué, officiellement dans un accident de la circulation.

Vienne et les égouts de Babel
Quel meilleur choix que la ville de Vienne pour détruire tout romantisme. Le film se déroule à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la capitale autrichienne subit le même sort que Berlin : elle est divisée en quatre zones (américaine, anglaise, française et russe). Une scène, à la fin du film, nous montre un personnage pourchassé par les différentes polices dans les égouts. Des ordres de langues différentes sont hurlés de chaque côté et les égouts se transforment en une sorte de Babel paradoxale (paradoxale parce que, au lieu de s’élever vers le ciel, elle s’enfoncerait sous terre). À travers les ruines de la ville, l’incompréhension est de rigueur, et notre brave Holly Martins (Joseph Cotten) en est la première victime. Il ne comprend pas un mot d’allemand, ce qui renforce encore son sentiment d’être perdu. Ainsi, dans une fort belle scène, il est accusé par une foule mais, comme il ne comprend rien à ce qui se dit, il reste au milieu et ne réagit pas.

Holly Martins, anti-héros
Il faut dire que Martins ne comprend pas grand-chose. Rarement personnage principal aura autant été un anti-héros (il faut dire que le film se démarque par son absence complète de figure héroïque). Écrivain raté et sans le sou, il se laisse constamment porter par les événements et ne contrôle absolument rien. Le rythme, qui connaît parfois des accélérations, et le montage ne cessent de nous présenter Martins comme un personnage qui perd pied, comme dans ce taxi qu’il prend en espérant pouvoir aller à la police et qui l’emmène à un congrès d’écrivain, bien contre sa volonté.
Martins est toujours là où il ne faut pas et, quand, par le plus grand des hasards, il se trouve au bon endroit, alors il ne parvient pas à comprendre ce qui arrive. Pendant une fusillade, il se place sur la trajectoire des balles. Il cause indirectement la mort d’un policier. Il tombe, ou se fait presque renverser par une voiture, etc.
Même comme écrivain, il est pitoyable. Il ne parvient pas à lire le texte d’une pièce de théâtre, il ruine complètement un congrès d’écrivain par son absence de charisme et la nullité de ses réponses, il ne sait même pas qui est James Joyce…

Harry Lime et le cynisme
À l’opposé de Martins, il y a cet Harry Lime qui est au cœur du film. En effet, plus on enquête sur sa mort, plus on découvre le personnage. Un héros pour Anna, dont il était l’amant et qu’il aide à rester illégalement à Vienne, ou un criminel pour la police, il semble en tout cas quelqu’un qui réussit tout ce qu’il entreprend. Y compris dans le trafic.
Parce que Vienne partage avec Babel une autre particularité : elle est devenue la capitale du marché noir. Dans ce monde en ruines où il est quasiment impossible de se procurer de quoi vivre, la combine est devenue un art de vivre. Et plusieurs personnages insistent sur le thème : « j’ai fait des choses qui auraient semblé inconcevables avant-guerre » dit l’un ; « ce n’est guère avouable mais il faut parfois enfreindre la loi » affirme un autre. Et voilà notre Troisième Homme qui décrit un monde où la fin justifie les moyens. Un monde cynique et qui ne cache plus son cynisme.

Orson Welles et Carol Reed
Sur un scénario du romancier Graham Greene et d’Alexandre Korda, le film est remarquable à de nombreux points de vue. Sa réalisation fait de Vienne un monde baroque inquiétant. Ombres gigantesques, cadrages obliques : l’aspect visuel est très travaillé et fait penser à l’expressionnisme allemand. Certains plans peuvent même se lire comme des références directes à M. le Maudit de Fritz Lang (le vendeur de ballons, par exemple).
Mais l’influence la plus forte est incontestablement celle d’Orson Welles. Même si, officiellement, il n’est qu’acteur du film, il semblerait qu’il ait participé à l’écriture du scénario et au tournage de certaines scènes. Quoi qu’il en soit, le film porte sa marque, aussi bien sous l’aspect visuel que par son histoire, cette enquête sur une impossible vérité qui paraît insaisissable (comme dans Mr. Arkadin, par exemple).
Le Troisième Homme est un grand film, complexe dans sa construction, maîtrisé, doté de grandes qualités visuelles et d’un casting exceptionnel. Et s’il paraît parfois un peu maladroit, c’est pour mieux coller à son personnage principal.

Le Troisième homme : Bande-annonce

Fiche technique – Le Troisième Homme

Titre original The Third Man
Date de sortie : 31 août 1949
Nationalité : Royaume Uni
Réalisation : Carol Reed
Scénario : Graham Greene, Alexandre Korda
Interprétation : Joseph Cotten (Holly Martins), Alida Valli (Anna), Trevor Howard (Calloway), Bernard Lee (Paine), Orson Welles
Musique : Anton Karas
Photographie : Robert Krasker
Décors : Dario Simoni
Montage : Oswald Hafenrichter
Production : Carol Reed, Alexander Korda, David O. Selznick
Société de production : London Film Productions
Société de distribution : British Lion Film Corporation
Budget : NR
Genre : thriller, espionnage
Durée : 104’

Loin de la foule déchaînée, un film de Thomas Vinterberg: Critique

Le réalisateur danois revient ici avec son huitième long métrage, reprenant le titre de l’œuvre qu’il adapte : Loin de la foule déchaînée, signé Thomas Hardy, paru en 1874. 17 ans après Festen, 3 après La Chasse, Thomas Vinterberg s’attaque à un gros morceau de littérature anglaise, où il est surtout question d’amour et de désamour.

Synopsis: Bathsheba Everdeene doit diriger la ferme léguée par son oncle. Femme belle et libre, elle veut s’assumer seule et sans mari, ce qui n’est pas au goût de tous à commencer par ses ouvriers. Bathsheba ne se mariera qu’une fois amoureuse.

Loin de la foule déchaînée, du spectacle enchanté aussi.

L’intrigue est simple, une jeune fille, séduisante mais indépendante rencontre trois hommes, d’âge et de statures différents, chacun charmants à leur manière mais tous soumis par le même désir de posséder la belle. Nous ne sommes donc pas dans un triangle amoureux, mais bel et bien dans un carré sentimental, quelque peu décevant il faut le dire. Le camp masculin est fort bien représenté (et incarné) puisque l’on y retrouve le Belge Matthias Schoenaerts en fort et loyal berger ; ainsi que les britanniques Michael Sheen et Tom Sturridge, campant respectivement le riche et généreux fermier, ainsi que l’élégant et fougueux soldat. A l’opposé, pierre angulaire du film et tombeuse de ces messieurs, l’anglaise Carey Mulligan, qui lorsqu’elle ne caresse pas des agneaux et des grains de blé, tire encore une fois son épingle du jeu (ou de la botte de foin…). Après Une éducation (Lone Scherfig) et Drive (Nicolas Winding Refn), l’actrice retrouve de nouveau un cinéaste Danois pour un résultat final agréable certes, mais peu captivant.

On peut imaginer que le support original était long, très long même, tant la narration imposée par Vinterberg semble précipiter le récit, par le biais de très courts chapitres qui se succèdent indéfiniment. Présentes uniquement pour nous apporter les informations concernant les personnages, ces scènes qui saccadent le film ne font absolument pas vivre ces individus, rendant leurs interactions artificielles parfois même peu compréhensibles. Le réalisateur présume trop souvent que l’histoire parle d’elle-même, on peut l’entendre d’un certain point, tant les dialogues sont parfois naïfs, frôlant dangereusement le cliché ; mais en distribuant les ellipses et les sous entendus le film s’effrite tout du long de ses deux heures. Et peut être encore plus dommageable: le manque patent de consistance dans cette triple histoire d’amour, entre faux suspens et vraies longueurs, rares sont les scènes véritablement romanesques qui pourrait insuffler un peu d’âme et de caractère.

Malgré cela, le film n’est pas en soi pénible. Son premier atout, Carey Mulligan évidemment, convaincante et rayonnante en riche fermière héritière, prête à renoncer à l’amour pour conserver son indépendance. On le sait depuis Inside Llewyn Davis, la britannique sait chanter, et elle nous gratifie une nouvelle fois de sa voix, en poussant la chansonnette autours d’un banquet de paysans. Il faut également rendre hommage à la bande originale, qui inévitablement joue un peu trop souvent du violon, mais qui à le mérite d’enjoliver cette fresque romantique. Tout comme la photographie qui est un des points forts sur ce long métrage, cet écrin naturaliste, un soupçon féérique, qui le drape d’une réelle beauté visuelle. Ce n’est pas sans rappeler le travail effectué sur « les extérieurs » de Mr Turner de Mike Leigh, sorti il y a quelque mois : ces mêmes paysages baignés de lumière, décors pittoresques d’une l’Angleterre victorienne.

Cette campagne, immense jardin plus ou moins domestiqué, est finement captée, tout en lumière, tout en plan large, où la paysannerie musculaire s’active. Dans ce cadre ultra réaliste, le cinéaste s’amuse avec certains codes du conte, un bal distingué, une rencontre dans les bois, une courte chevauchée… Quelques envolés ; trop rares pour véritablement conférer ce souffle exaltant, déchirant que l’on peut être en droit d’attendre de ce genre de film. Plaisant, c’est peut être le mot qui reviendra le plus, si ce film n’imprime rien dans notre esprit, rien sur notre rétine, c’est qu’il ne nous emporte pas, trop sage. Mais il ne nous laisse pas pour autant à quai, l’alchimie Schoenaerts/ Mulligan fonctionne, et cette course à l’amour intrigue, véritable curiosité sociale pour l’époque que ce relaie effectué par la belle fermière entre ses différents prétendants. Mais ce jonglage amoureux, plus qu’un tour de force féministe, traduit bel et bien une peur de l’engagement au profit d’une autonomie sacrée, quitte à se convaincre d’une factice étanchéité à l’amour. Cette obstination déraisonné à ne pas voir ce qu’elle ressent n’est peut être que le fruit d’une incertitude, qui ronge ses aspirations matrimoniales, et conforte ses « velléités indépendantistes ». Après tout il n’y a que des preuves d’amour, elle attendra donc, mais les autres en feront ils autant ?

Loin de la foule déchaînée: bande-annonce

Fiche technique: Loin de la foule déchaînée

Titre original: Far From the Madding Crowd
Sortie: 3 juin 2015
Nationalité: Danois, Américain, Britannique
Réalisation: Thomas Vinterberg
Scénario: David Nicholls (D’après loin de la foule déchainée, Tom Hardy)
Interprétation: Carey Mulligan/ Matthias Schnoenaerts/ Micheal Sheen/ Tom Sturridge/ Juno Temple
Distribution: Fox Searchlight Pictures (USA)
Musique: Craig Armstrong
Photographie: Charlotte Bruus Christensen
Montage: Claire Simpson
Production: Andrew McDonald
Société de Production: DNA Films et Fox Searchlight Pictures
Genre: Romance/ Histoire
Durée: 119 minutes

 

 

Creep, la nouvelle comédie horrifique par les producteurs de Paranormal Activity

Creep, la comédie horrifique créée de Patrick Brice produite par Duplass Brothers et par Blumhouse Production débarque sur Itunes le 23 juin et sur Netflix le 14 juillet.

Synopsis : À la recherche d’un travail, Aaron (Patrick Brice), vidéaste optimiste malgré tout, tombe sur une annonce en ligne qui offre 1 000 dollars pour tourner un film en toute “discrétion”. Pauvre en argent mais riche de naïveté, Aaron décide de se lancer. Il se rend à une cabane dans une ville perdue en montagne pour faire la connaissance de Josef (Mark Duplass) qui, atteint d’une maladie en phase terminale, lui demande d’enregistrer une série de films pour son fils à naître. Aaron est d’abord emballé mais plus la journée avance, plus les malaises se succèdent et plus Josef devient étrange et inquiétant…

Avec Creep, Patrick Brice fait ses débuts en tant que réalisateur avec des producteurs de haut-niveau : Jason Blum (Paranormal Activity, Insidious) et Mark Duplass (Safety not guaranteed) dans un jeu intense entre deux protagonistes qui se renverse à chaque instant. Brice remet au goût du jour le Found Footage, essoufflé après Paranormal Activity et Rec et réussit avec son partenaire Duplass, une prestation incroyable.

À propos de son personnage « Josef », Duplass explique : «Nous étions intéressés par le profil psychologique de cette très, très étrange personne. Nous avons été très intéressés par la façon dont vous rencontrez des gens, quand vous ne comprenez pas encore très bien ce qui se passe, mais que vous commencez à percevoir des signes. Pour nous, c’était d’abord un intense contact visuel, avec une grande absence d’espace personnel, bien au-delà de la complicité, peut-être même trop d’amour ici et là. Mais, pour moi, il y a quelque chose de malsain avec les deux gars. Profondément. C’est le concept de qui est le « Creep » (« Sale type » en français) du scénario? »

Diplômé de l’Institut des Arts, des films et vidéos de Californie en 2011, Patrick Brice s’est démarqué avec son film-thèse Maurice. Après la première de Rotterdam, Maurice remporta le Grand Prix du Jury du meilleur documentaire court au Festival de Floride.

Acclamé par la critique et par l’audience à la Première de SXSWC en 2014, Creep est le premier film de Brice en tant que réalisateur, scénariste et acteur. Sa seconde réalisation The Overnight, débutée lors du Festival de Sundance, sera diffusée par la compagnie The Orchad (Plus fort que les bombes) le 19 juin.

Z32, un film de Avi Mograbi: Critique

Le sens du devoir doit-il gouverner la conscience ?

La tentative de « Mea Culpa » d’un soldat israélien ayant tué deux policiers palestiniens, le tout retranscrit par l’intermédiaire de la caméra de l’infatigable Avi Mograbi marque assurément les esprits. Plusieurs réalisateurs ont tenté d’expliquer l’inexplicable, la décision de tuer un semblable, mais la manière utilisée par le réalisateur pour traiter le sujet à la fois d’une manière très professionnelle et comique rend ce documentaire totalement à part. Il apporte notamment plus d’informations à la fois sur les raisons profondes qui pousse un être à « tuer », et d’un point de vue plus global sur l’ensemble du conflit israélo-palestinien.
En effet, encore une fois M.Mograbi parvient à traiter une différente thématique de ce conflit éternel, le comportement de l’armée israélienne, souvent reconnue comme étant la meilleure armée du monde. On découvre notamment les faces cachées de cette organisation militaire, malheureusement souvent exposée aux médias internationaux. Nous sommes également conscient en lançant ce documentaire que l’armée de l’Etat d’Israël est un sujet très sensible, dans un pays que l’on a découvert au travers de ces précédents longs métrages.
Mais, comme toujours avec ce réalisateur et cette capacité d’innovation, et cette manière de rentrer dans le registre de la comédie pour donner un double sens à sa pensée. Avi est capable d’exprimer librement son opinion et faire partager ses convictions. Il serait également logique d’insister sur le fait que ce réalisateur fait parti des meilleurs en termes de réalisation de documentaires actuellement, tant son approche entre la fiction et la réalité est habilement menée. Cette créativité, se distingue dans cette oeuvre, par exemple quand il s’improvise chanteur dans son appartement, dans un réel orchestre ou accompagné d’un pianiste dans son appartement, où encore apparaître cagouler pour son entrée en matière.

Ainsi, pour débuter ce long métrage, Avi Mograbi décide de se déconnecter totalement de la fiction, en invitant le spectateur à découvrir les protagonistes, le soldat et sa femme échangés librement en face de la caméra. On voit notamment des « acteurs improvisés », totalement décomplexés dans leurs échanges face à la caméra ce qui accroît l’intérêt des spectateurs, tant ils peuvent comprendre voire s’identifier dans ces personnages. Cette entrée en matière est à la fois appréciable pour les « connaisseurs », tant le réalisateur tente une nouvelle fois d’innover, mais elle est sans doute un peu trop osée pour quelqu’un qui découvrirait sa filmographie. Cette introduction est également un peu décousue, il est vrai qu’il est très compliqué de suivre clairement la ligne directrice du réalisateur. Mais, lorsque l’on voit M.Mograbi cagoulé, expliquer clairement quel va être l’objet de cette oeuvre, on commence ainsi à être véritablement captivé par cette « oeuvre noire ».
Tout d’abord, on distingue clairement que l’armée Israélienne ne conçoit pas des guerriers mais véritablement des machines de combat. En effet, le soldat interviewé apparaît être une personne déterminée et programmée, avec notamment ce type de citation « chacun se prend pour Chuck Norris« . Ce protagoniste montre également à quel point l’homme est formaté pour devenir une arme fatale prête à accomplir sa mission ultime pour servir les intérêts d’un conflit qui supervisent très souvent de façon superficielle. Mais, l’intérêt de cette oeuvre est de voir comment par l’intermédiaire du septième Art, cette machine peut retrouver son aspect naturel, un être humain.
Par la suite, au cours des échanges, on passe dans plusieurs mondes, un guerrier agressif qui tente de se repentir, un réalisateur s’improvisant chef d’orchestre. Mais tout ces enchaînements peuvent laisser à désirer, et effrayer le plus grand nombre tant il est compliqué de suivre clairement la pensée du réalisateur. On pourrait aussi constater que par moment, certains plans sont totalement manqués, et qu’à vouloir trop innover on finit par gâcher par intermittence un véritable potentiel de création.

Concernant notre cher ex-soldat, on s’aperçoit que ce qui finit par atteindre l’ancien combattant, c’est la répétition des gestes, qui en deviennent une formalité et peu à peu on pourrait dire qu’il s’instaure une brutalité naturelle. A l’image du moment où le soldat avoue avec un calme assez perturbant que « tirer sur des enfants pouvait être un ordre comme un autre ». Le spectateur est ainsi enclin à se demander si il n’est pas normal pour un guerrier et potentiel meurtrier de respecter des ordres irréels, où ôter la vie d’un être n’est plus qu’un simple paramètre.
On pourrait ainsi supposer que les chefs de l’armée israélienne au travers de cette oeuvre, sont les commandants de l’irréels, avec une réelle déconnexion par rapport aux principes de l’humanité, comme si la guerre était un monde sans limite. Par ailleurs, tout cette réflexion provient majoritairement, après avoir pris du recul sur ce documentaire très lent et difficile à supporter. Mais, par la suite, nous sommes en mesure d’établir des analyses plus pertinentes sur la volonté du réalisateur. Par exemple, ce film est typiquement l’oeuvre que l’on se passerait de revoir une deuxième fois.
Le reproche majeur que l’on pourrait faire au réalisateur est sa volonté absolue d’être au plus proche des réalités. Mais, cette volonté de s’astreindre des codes cinématographiques lui fait réellement perdre sa valeur intrinsèque, puisque certains passages sont véritablement trop amateurs. Cependant, cet aspect de réalité permet également au réalisateur de « banaliser la vie d’un meurtrier » que l’on finit rapidement par s’attacher et presque à l’excuser de ses péchés. On vient même à compatir parfois avec ce soldat, lorsque sa femme tentant de comprendre ses gestes « c’est si absurde que je ne trouve pas le mot juste » ou encore « je ne te considère pas comme un assassin mais je ne comprends pas pourquoi tu les as tué ». Au fur et à mesure on comprendre clairement que l’armée c’est la déshumanisation de l’être, où l’homme est arme, et la conscience n’est dictée que par l’ordre.

Même si parfois, l’homme refait surface, et il est assez compliqué d’accepter cette transition. A l’image de ce passage où il affirme avoir été le soir-même des meurtres, à un concert avec ses amis comme si de rien n’était. Comme si il était vidé de tout ses sens, et que le regret pouvait avoir lieu seulement en dehors de son champs d’action professionnel, l’unité israélienne. Mais, on comprend clairement que ce passage est un moment indispensable pour que le soldat puisse extérioriser ce qu’il aurait toujours pensé garder en lui-même.
Par la suite, Avi Mograbi, entraîne le soldat jusqu’au lieu où il a tué deux policiers palestiniens, ce moment est très astucieusement choisi, puisque à la fois cela permet au spectateur de visualiser la scène du crime et au soldat de terminer son Mea-Culpa. A ce moment là, on peut pense régalement que la jeunesse des troupes est aussi un facteur d’influence, puisque toutes les unités sont composées selon ses dires, de jeunes prêts à tout. Ainsi, on pourrait supposer que les armées jouent sur ce critère pour pouvoir manipuler et influencer leurs consciences.
Ensuite, concernant le réalisateur on ne peut que louer sa capacité à créer et à se différencier de ses semblables. Il y a des moments qui sont réellement osés et terriblement efficaces, tel que parler de son film dans son film, lancer les crédits 20 minutes après le début du documentaire et changer les floutages des protagonistes qui suivent l’évolution du Mea Culpea. En effet, au début de ses aveux on retrouve des protagonistes totalement floutés et au fur et à mesure, Avi Mograbi propose un floutage très proche de la réalité, comme si après avoir imploré pardon par le biais du septième art le soldat était redevenu homme, et était en droit de s’affichait tel qu’il est vraiment.
Globalement, cette oeuvre est très compliquée d’accès, de part un rythme très lent et assez pesant volontairement choisit par le réalisateur pour montrer le poids de porter dans sa vie l’âme de deux personnes. Un choix critiquable à première vue tant on finit par se lasser de ses témoignages, mais à la fin de ce documentaire, nous sommes persuadés d’avoir vu quelque chose de grand, avec une énergie « noire » unique. Dans ce documentaire, la conscience du soldat est livrée au grand public, où l’on distingue une culpabilité omniprésente d’avoir été endoctriné de cette manière. En somme, ce documentaire mérite d’être visionné notamment pour sa dimension anthropologique très intéressante et cette mise en scène toujours plus impressionnante.

Synopsis : Un ex-soldat israélien a participé à une mission de représailles dans laquelle deux policiers palestiniens ont été tués. Il cherche à obtenir le pardon pour ce qu’il a fait. Sa petite amie ne pense pas que ce soit si simple, elle soulève des questions qu’il n’est pas encore capable d’affronter. Le soldat témoigne volontairement devant la caméra tant que son identité n’est pas dévoilée. Le cinéaste tout en cherchant la solution adéquate pour préserver l’identité du soldat, interroge sa propre conduite politique et artistique.

Z32 Trailer

Z32: Fiche Technique

Réalisation : Avi Mograbi
Scénario : Avi Mograbi
Photographie : Philippe Bellaïche
Musique : Noam Enbar
Montage image : Avi Mograbi
Montage son et mixage : Dominique Vieillard
Effets spéciaux : Eran Feller
Genre : Documentaire
Durée : 81 minutes
Pays d’origine : France, Israël
Production :
Producteur délégué : Serge Lalou
Coproducteurs : Avi Mograbi
Production déléguée : Les Films d’ici
Coproduction : Le Fresnoy – Studio National des Arts Contemporains
Distribution :
France : Les Films du Losange

Dates de sortie :
Italie : 30 août 2008 (Mostra de Venise)
France : 26 novembre 2008 (Entre vues, Festival international du film de Belfort)2
France : 18 février 2009

Auteur : Adrien Lavrat

Alien, le huitième passager, un film de Ridley Scott : Critique

Comme il y eut un avant et un après (Le) Voyage dans la Lune, il y eut aussi un avant et un après Alien. A la mesure de Georges Méliès véritable initiateur de la Science Fiction, qui définit de son temps les codes du genre, Ridley Scott a nettement contribué à la popularisation de LA créature parfaite, inventée et imaginée par H.R. Giger. Tout droit sorti du plus abyssal des cauchemars, l’extraterrestre bestial et malfaisant est aussi doté d’intelligence et d’une capacité d’adaptation hors pair.
Le réalisateur affiche la volonté de faire frémir son spectateur dès le pré-générique, avec une image sombre, profonde comme le vide spatial, au dessus de laquelle le titre vient se figer telle une engravure dans la pierre. La situation précaire de l’équipage n’aura d’égale que la technologie poussive du Nostromo.

Alien, le huitième passager.

Quinze minutes de prologue s’avèrent nécessaires à l’introduction des lieux et des personnages ; à leur condition autarcique où le café est leur seule source de confort. Déjà un détail cloche avec le fameux titre français : Il y a le 3ème officier Ripley, puis kane, Bret, Lambert, Parker, H, le Capitaine Dallas…et Jones, le chat. Alien serait donc plutôt le neuvième passager…
La bande originale, somme toute simpliste, fait naître très efficacement l’inquiétude. Il suffit de quelques notes souples orchestrées autour des bruitages, pour être immergé dans une ambiance pesante, chargée d’électricité, mais aussi presque onirique par certains plans fixes de l’espace. La musique est, pour ainsi dire, le ciel qui vient à s’assombrir subitement au présage d’un orage violent.

« Minou, minou, minou ?!? »
Le film révèle le ressenti oppressif de la proie ; celui de la petite souris chassée par le chat, lancée dans un affrontement outrageusement inégal. Le huis-clos étouffant se construit avec méthode, Ridley Scott prend le temps d’installer l’hôte dans le vaisseau, pour développer par la suite un récit au rythme exacerbé. Il se sert aussi bien de l’immensité absolue de l’Univers que des conduits étroits de ventilation, pour un maximum d’emprise sur le spectateur.
Au-delà d’une histoire percutante, Alien, le huitième passager est un puis de séquences mythiques. Kane, couché amorphe à l’infirmerie, le visage recouvert de cette répugnante chose arachnoïforme, efface la circonspection pour ne laisser place qu’à la peur. L’infirmerie, décors blancs éclatants, symbole de virginité, est tout à coup occupée d’un mal étrange qui ne demande qu’à se propager. La séquence capte l’attention, accroche par son effet transitoire ; le calme avant l’asphyxie. Kane meurt ; une mort atroce, car Kane n’était que le levier d’une chasse à l’homme sans merci au travers du vaisseau. Une lutte à la vie contre un « organisme hostile » qui semble tout taillé pour la chasse au gros gibier.
Les dialogues mettent en exergue les rôles. L’usure des personnages grandit. La complicité du début se fragmente. Ils permettent à Ripley de gagner en prestance, à l’élever au niveau des personnages emblématiques du Septième Art, sans que la caméra soit égocentrée. Sigourney Weaver dénote par une assurance remarquable, malgré son expérience jusqu’alors limitée à deux long-métrages, dont le premier Annie Hall réalisé par Woody Allen deux ans auparavant. Il sera alors impossible pour quelque réalisateur qu’il soit de penser une suite à ce premier opus sans considérer Sigourney en Ripley.

Les clés de la gloire.
Le film a entre autres reçu l’Oscar des meilleurs effets visuels. Des décors planétaires à la créature, le rendu est incontestablement maîtrisé. Les cadrages et mouvements de caméra sont toujours soignés, tantôt discrets tantôt rapprochés, soyeux ou vifs. La tension monte, effleure seulement l’idée de l’alien pour nous mettre en haleine ; Ridley Scott se garde judicieusement la seconde moitié de la pellicule pour en révéler les traits. Le montage micrométré captive, évite les lenteurs pour ne laisser que le concentré appliqué d’un script travaillé dès sa base.

« Dallas, tu vois quelque chose ? »
Outre son aspect graphique réussi au point de traverser les âges sans difficulté, Alien, le huitième passager ouvre sur une pensée métaphysique encore aujourd’hui ardemment rejetée. S’il marque les esprits, c’est qu’il remet indéniablement sur la table la question de la suprématie des espèces au travers de l’Univers ; évoque aussi la destinée de l’homme sur sa planète mère. Si on pouvait initialement se rassurer, estimant notre intelligence capable de nous tirer de n’importe quelle situation, Alien rappelle que l’humanité est fragile et qu’elle ne connaît encore que très peu de chose sur ce qui l’entoure.

« Culturellement, historiquement ou esthétiquement important ».
Depuis 2002, Alien, le huitième passager est conservé par la Bibliothèque du Congrès américaine et reconnu comme une œuvre majeure de l’histoire du cinéma. Il reste l’une référence du film de Science-Fiction, et sera peut-être même un jour porté au Panthéon du Septième Art, tous genres confondus. Sa corrosivité est légendaire. Son onctuosité magique. Ridley Scott ouvre la voie à 4 franchises logiques, dont Alien 5 prévu pour 2016 ; également à des dérivés tel Alien VS Predator. Mais qui peut se targuer aujourd’hui de connaître toutes les répercussions artistiques de ce film précurseur ?

Synopsis : 2122, au milieu des ténèbres de l’espace interstellaire. Le remorqueur commercial Nostromo retourne sur Terre. Monumental de l’extérieur ; bourré de détails et de recoins lugubres à l’intérieur, il abrite un équipage de 7 personnes, réveillées du sommeil par « Maman », l’ordinateur de bord. Le vaisseau se déroute vers une planète inconnue pour une mission à haut risque.

Alien, le huitième passager: Bande-annonce

Alien, le huitième passager : Fiche technique

Titre original : Alien
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Dan O’Bannon, Walter Hill
Interprétations : Tom Skerritt, Sigourney Weaver, Veronica Cartwright, Harry Dean Stanton, John Hurt, Ian Holm, Yaphet Kotto, Bolaji Badejo, Helen Horton…
Musique : Jerry Goldsmith
Photographie : Derek Vanlint
Décors : Michael Seymour
Montage : Terry Rawlings, Peter Weatherley, David Crowther (version director’s cut)
Production : Gordon Carroll, David Giler, Walter Hill, Ivor Powell, Ronald Shusett
Sociétés de production : Twentieth Century Fox
Sociétés de distribution : Brandywine Productions, Twentieth Century Fox Film Corporation
Budget : 11 000 000 $
Récompenses : BAFTA Awards : Meilleure musique, Meilleure direction artistique / Oscar du cinéma : Meilleurs effets visuels : Festival de Saint-Sébastien : Meilleure photographie et meilleurs effets spéciaux / Saturn Awards : Meilleur film de science-fiction, Meilleure actrice dans un second rôle, Meilleure réalisation / Prix Hogo : Meilleur film.

Genre : Science-Fiction, horreur
Durée :117 minutes
Date de sortie : 12 septembre 1979

Etats-Unis/Grande-Bretagne – 1979

Hans Ruedi « H.R. » Giger » le créateur du design du monstre de Alien est l’inventeur du vaisseau, l’artiste suisse a également participé aux décors du Nostromo et son ambiance peu rassurante. Le Space Jockey dans le vaisseau, où se trouvent les œufs, est également son œuvre.

 

L’instinct de tuer, un film de David Grovic : critique dvd

Histoire grotesque
Il faut dire que le film cumule les maladresses et les fautes de goût (quand ce ne sont pas des fautes cinématographiques). Ça commence par le scénario. L’histoire enchaîne des scènes tellement identiques qu’on a l’impression d’une constante répétition. Jack suspecte quelqu’un, Jack est en danger, Jack se tire du danger, et on recommence.
Pire encore : l’enchaînement entre les deux premières scènes est si abrupt qu’on a l’impression qu’il manque une scène, comme s’il y avait un faux raccord, une erreur de montage.
Le spectateur comprend très vite le ressort principal de film : tous les personnages que rencontre Jack sont suspects. Et le cinéaste essaie ainsi d’implanter une ambiance glauque. Mais c’est tellement convenu et attendu que tout s’effondre. Dialogues stagnants
Parmi les pires points noirs du film, il y a les dialogues. Certaines scènes ont l’air de stagner complètement à cause de dialogues répétitifs et interminables. Quand Jack arrive au motel, il a une conversation avec le gérant au sujet du mode de paiement. On passe ainsi une dizaine de minutes à entendre en boucle le gérant répéter qu’il veut une carte bancaire et Jack insister pour payer en liquide. Si le but était de faire de l’humour, le résultat est un échec : il n’y a que de l’ennui qui se dégage de ce dialogue. Et quand ce n’est pas répétitif, c’est vulgaire, à l’image d’un film qui multiplie les scènes de violence gratuite. Du sang, une image de la femme comme objet sexuel, des propos grossiers, le film multiplie les fautes de goût.

John Cusack
L’essentiel du film, L’instinct de tuer, se déroule donc dans un motel glauque peuplé de personnages suspects. L’image est alors chargée de couleurs au néon bleu ou rouge. Si, à cela, on ajoute la présence d’un personnage de nain, on se croirait presque dans un film de Lynch, mais un Lynch qui aurait perdu son originalité, son univers, son talent pour faire du bas-de-gamme.
Fort heureusement, dans le lot, il y a deux points positifs : les deux interprètes principaux, John Cusack et Rebecca DaCosta. Lui est plutôt crédible en tueur qui ne comprend rien à ce qui lui arrive et qui se trouve réduit à faire ce qu’il fait le mieux : tuer ! Et elle incarne le seul personnage vraiment ambigu du film.
Par contre, il serait temps de dire à Robert DeNiro que faire des mimiques ne suffit pas à avoir l’air d’un parrain dangereux. Il cabotine au maximum et fournit un résultat pitoyable. Qu’est donc devenu le grand Robert DeNiro ?
En conclusion, voilà donc un film qu’on peut se permettre d’oublier ou d’ignorer, tant il ne peut nous proposer qu’une succession de scènes inutiles.

Synopsis : un parrain notoire, Dragna, envoie un de ses tueurs, Jack, récupérer un sac. Sous aucun prétexte le tueur ne doit ouvrir le sac.
Sorti au cinéma américain en février 2014, L’Instinct de tuer ne trouvera pas de salles en France et sort immédiatement en DVD le 4 juin 2015. Il faut dire qu’on est très loin d’un chef d’œuvre.

Fiche Technique – L’instinct de tuer

Titre original : The Bag Man
Date de sortie en DVD ou Blu-ray : 04 juin 2015
Nationalité : États-Unis d’Amérique
Réalisation : David Grovic
Scénario : David Grovic, Paul Conway, James Russo
Interprétation : John Cusack (Jack), Rebecca DaCosta (Rivka), Robert DeNiro (Dragna), Dominic Purcell (Larson), Crispin Glover (Ned), Martin Klebba (Guano), Sticky Fingaz (Lizard)
Musique : Tony Morales, Edward Rogers
Photographie : David Knight, Steve Mason
Décors : Cynthia Anne Slagter
Montage : Devin Maurer, Michael R. Miller
Production : Anthony Mitchell, Warren Ostergard
Société de production : Cinedigm, TinRes Entertainment
Société de distribution : Metropolitan Filmexport
Budget : NR
Genre : thriller
Durée : 108’

Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D, Saison 2 : Critique

En attendant Thanos

Après une première saison bien en dessous de ses promesses, Agents of S.H.I.E.L.D revient pour une saison 2, prête à remettre le paquet pour faire oublier le score d’audience décevant de l’année dernière. Fini la structure « alien of the week » qui avait rendu la série soporifique et ennuyeuse, place à des intrigues multiples qui s’étalent sur plusieurs épisodes, avec de nouvelles têtes qui viennent s’ajouter aux anciennes et de nouveaux enjeux. On retrouve donc Phil Coulson à la direction d’un nouveau S.H.I.E.L.D qui préfère se la jouer discret suite aux événements de Captain America : le soldat de l’hiver, toujours accompagné de ses petits copains casse-cous. Mais malgré toute sa bonne volonté, Agents of S.H.I.E.L.D n’atteint toujours pas le niveau d’excellence que Marvel nous promet depuis deux ans.

Le principal défaut est finalement le même que pour la saison 1, sa longueur. 21 épisodes, avec un final de deux heures, pour une série qui se veut « feuilletonnante » (déployant une intrigue complexe sur une saison), c’est beaucoup trop long. Ainsi, cette nouvelle fournée est clairement divisée en deux parties qui auraient pu être deux saisons différentes. La première décrit la guerre entre le S.H.I.E.L.D et leurs ennemis jurés de l’Hydra, la seconde sert de tremplin aux inhumains, de nouveaux super-héros qui auront leur propre film d’ici 2019 (et dont il sera probablement fait allusion dans les autres films de la franchise). Si les deux axes sont alléchants, ils sont malheureusement traités séparément pour se conforter aux plans à long terme du producteur tout puissant Kevin Feige. L’Hydra est présente pour 12 épisodes et est éliminée en cinq minutes avant le twist de mi-saison qui fait repartir l’équipe vers de nouvelles aventures. Et forcément il en ressort une impression de déséquilibre. L’organisation criminelle qui avait enfin retrouvé son panache et son identité menaçante face à Captain America est à nouveau réduite au rang d’antagoniste bouche-trou. La facilité avec laquelle les héros se débarrassent de leurs ennemis laisse douter de l’intelligence des pontes de l’organisation, ainsi que de la nécessité de remplir une moitié de saison avec, s’ils n’étaient finalement pas le sujet principal de l’intrigue.

Le pivot de cette saison, ce sont donc ces fameux inhumains, des individus génétiquement modifiés par une race extra-terrestre possédant chacun un pouvoir en particulier. Une intrusion un peu rapide d’un pan complexe de la mythologie Marvel qui cache à peine ses ambitions. Le studio n’a pas les droits des X-Men (détenus par la FOX), donc les scénaristes comblent le vide avec ce qu’ils trouvent. Ceux qui cherchaient l’explication à la présence de deux mutants au casting d’Avengers : l’ére d’Ultron sans aucune mention de leurs origines (ils sont les enfants de Magnéto dans les comics) ont leur réponse. Pas de X-men chez Marvel mais des Inhumains. Balancés un peu à la truelle dans cet univers cinématographique déjà bien bancal, ces derniers s’opposent au S.H.I.E.L.D qui souhaite recenser les sur-hommes pour pouvoir les surveiller tandis qu’ils souhaitent vivre en paix loin de la population, dans un temple en Chine où ils apprennent à contrôler leurs capacités exceptionnelles. Certains y voient déjà les prémices de l’adaptation de l’arc Civil Wars (prévu pour Captain America 3), mais il est fort probable que les décideurs de Marvel studio se projettent encore plus loin dans l’avenir et lorgnent déjà sur l’autre cross-over massif des comics : Avengers vs X-men. Mais tant que cette histoire de droits n’est pas réglée, ils assurent leurs arrières avec ce qu’ils peuvent, en changeant çà et là quelques termes techniques (le manoir devient un temple, les origines sont un peu différentes…). Si la situation ne se débloque pas, on aurait probablement une phase 4 culminant sur un film Avengers vs Inhumains. Et c’est tout le soucis de cet arc narratif bourrin, il suffit de gratter un peu le verni des effets spéciaux et des intrigues alambiquées pour révéler les velléités publicitaires d’une série qui restera à tout jamais le mouton noir de cette saga clinquante.

Au-delà de ces considérations générales, cette saison souffre également de sa générosité malsaine. Le dernier arc narratif de l’année dernière qui accumulait de multiples rebondissements avait fait bonne impression sur le public et ça, les producteurs l’ont bien compris. Ainsi la série multiplie les twists et les fausses pistes jusqu’à l’indigestion. Untel trahit untel, mais finalement, non en fait, c’était l’autre, avant que l’on nous révèle que personne n’a trahi personne et que les méchants sont toujours les mêmes. Au milieu de tout ça, le seul vrai traître de la bande, Grant Ward, continue son petit bonhomme de chemin, fonctionnant un peu comme un électron libre, réapparaissant occasionnellement pour rappeler son existence. D’ailleurs Brett Dalton, probablement choisi pour sa belle gueule, se révèle finalement être le meilleur acteur de la bande. En attendant, Agents of S.H.I.E.L.D multiplie les sous-intrigues qui ne mènent à rien et déploie une galerie d’invités prestigieuses pour attirer le sériephile moyen, dont la prestation va du correct (Edward James Olmos, Lucy Lawless) à l’insupportable (Kyle Maclachlan en roue libre totale). Tout cela pour maintenir l’attention du spectateur jusqu’à un final grandiloquent qui conclu tout ça avec une belle morale américaine et un nouveau clin d’œil obscur que ne comprendront que les fans de comics qui sont restés jusqu’au bout.

Malheureusement les personnages restent désespérément fades et les intrigues déçoivent par leurs résolutions convenues. Malgré ses ambitions de série d’espionnage cool et high-tech, la série a oublié un aspect important de ce genre de productions : Le charme. Si Le Prisonnier, Doctor Who et autres Chapeau Melon & Bottes de cuirs étaient des gentlemans, Agents of S.H.I.E.L.D serait le beauf bling-bling qui tente d’épater la galerie en étalant sa maille avec fort peu d’élégance.

Synopsis: Ayant perdu une majeure partie des ses moyens logistiques et de ses agents suite à la révélation de son infiltration par le réseau terroriste Hydra, l’organisation mondiale du maintien de l’ordre, le SHIELD, a été dissoute et est considérée par l’opinion mondiale comme organisation terroriste. Pourtant l’agent Phil Coulson s’est vu confié la tâche par l’ex-directeur Fury de rebâtir le SHIELD. À partir d’une ancienne base secrète  et avec l’aide des agents restés fidèles à l’organisation, il tente de reconstruire l’agence et de stopper Hydra, qui devient de plus en plus puissante, et ce, tout en opérant en totale clandestinité…

Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D : bande-annonce

Fiche technique : Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D

Scénario : Jed Whedon et Maurissa Tancharoen
Distribution : Clrak Gregg, Ming-Na Wen, Brett Dalton, Chloe Bennet, Ian de Caestecker, Elizabeth Henstridge, Nick Blood, Adrianne Palicki…
Musique : Bear McCreary
Chaîne d’origine: ABC
Sociétés de production : Marvel Studio
Genre : Science-fiction, espionnage