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FEFFS 2015 : Christopher Lee, des suédoises dépravées et de la drogue

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Les pérégrinations d’un reporter  au FEFFS – Jour de clôture

Ainsi s’achève la huitième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Mais quel final pour la journée de samedi ! Une cérémonie de clôture qui n’aurait rien à envier aux Oscars alors qu’au même moment, des festivaliers trépignent à l’idée d’assister à la Nuit Excentrique, synonyme d’euphorie collective et de nanars à gogo. Du lourd pour cet ultime journée ! En excellent orateur que je suis, j’avais réussi à convaincre il y a quelques semaines des amis à venir participer à la Nuit Excentrique avec moi. En effet, il y a trois ans dans ce même festival, j’avais assisté à la Nuit Nanar où des chefs d’oeuvre du mauvais goût s’étaient succédé, faisant passer un moment anthologique à toute une horde déchaînée de spectateurs. Rires, hurlements, sifflets et applaudissements frénétiques avaient animé cet événement nocturne qui m’avait laissé quelques réjouissantes séquelles. Avant de participer à la cérémonie, on décide donc d’aller boire quelques verres et de se mettre dans l’ambiance de cette nuit qui s’annonce jubilatoire. La table est garnie de bières, d’Elsass Cola (véridique !), de bretzels, de tartes flambées et de Riesling. Ouais, on joue l’ambiance locale à l’extrême. On parle de tout sauf de cinéma : Le féminisme, la DP, les jeux vidéos, l’infidélité, les youtubers, des vacances au ski, le chômage et entre deux verres une furieuse envie de monter une association culturelle. On se marre, on gueule, on s’énerve. Je pense qu’on est prêt pour la Nuit Excentrique. Le temps de finir une désaltérante Fischer Ambrée que je me lève et décide d’abandonner quelques heures mes compagnons de bataille pour assister à la cérémonie de clôture. Il faut dire que je suis particulièrement impatient de découvrir le palmarès final.

The-Hallow-Corin-Hardy-Melies-Argent-Festival-Fantastique-Strasbourg-2015
Au centre, entouré du jury, Corin Hardy, le réalisateur de The Hallow vient de recevoir le Méliès d’Argent.

Je serai bref concernant le palmarès puisqu’un article a déjà été publié par mes soins sur le sujet et que tout l’intérêt de cet article repose sur la description des films de la Nuit Excentrique. Retour à la cérémonie qui a été particulièrement bonne -plus que l’an passé- avec une ambiance festive des plus charmantes. Une élégante présentatrice est accompagnée d’un batteur et d’un pianiste en costume, et met l’ambiance dans le public. On fait un bilan du festival. C’est toujours aussi positif, avec environ 13 000 billets vendus pour les séances, 5000 personnes à la Zombie Walk et environ 1500 spectateurs pour la séance en plein air des Gremlins au pied de la Cathédrale, la mairie de Strasbourg et Daniel Cohen, le directeur du festival, s’en réjouissent vivement. Selon les premières estimations, le festival aurait touché plus de 25 000 visiteurs sur l’ensemble de ses événements. A nouveau, l’adjoint au maire de la ville fait part de son enthousiasme et évoque le festival comme l’un des événements culturels majeurs de la ville de Strasbourg. Pour l’année prochaine, on promet que ça sera encore plus dingue. Bigger, Better & Crazier. On remercie tous les bénévoles qui ont effectué un travail dingue ainsi que l’ensemble des partenaires du festival. Daniel Cohen avoue être sur les rotules mais n’a jamais été aussi content pour la réussite de son festival. On passe aux récompenses. Les jeux vidéos, les courts animations, les courts français et internationaux. Certains viennent récupérer leur prix et l’ensemble des jury saluent la qualité des différentes programmations. Concernant les longs métrages, Stephen Fingleton vient chercher une Mention Spéciale des mains du jury présidé par Enzo G. Castellari pour The Survivalist. Corin Hardy vient récupérer le Méliès d’Argent pour The Hallow (ci-dessus). The Lobster est le Prix du Public. Et c’est donc The Invitation de Karyn Kusama qui remporte l’Octopus d’Or, le prix majeur de ce festival, et succède ainsi à White God. La cérémonie s’achève sur la projection de Yakuza Apocalypse. Je décide de zapper cette séance pour retourner dans ce chaleureux bar qu’est le Troquet des Kneckes avec mes amis. Ouais, je suis un journaliste gonzo impertinent et désinvolte qui ne pense qu’à passer des bons moments au bar. Mais n’est-ce-pas là ce que font tous les journalistes à Cannes ?

Découvrez ou redécouvrez l’ensemble du palmarès : https://www.lemagducine.fr/feffs-2015-octopus-dor-pour-the-invitation-the-lobster-prix-du-public/

La soirée au bar s’achève tranquillement au bar. La note est aussi salée qu’un Bretzel mais au moins, on part avec le souvenir d’avoir pu profiter de Strasbourg dans son verre et son assiette. Et on est encore loin de s’imaginer ce que va être cette Nuit Excentrique..

En partenariat avec la Cinémathèque Française, la Nuit Excentrique propose ce soir trois films projetés en 35mm. Jean-François Rauger, directeur de la programmation de la Cinémathèque Française fait office de maître de cérémonie et est une figure incontournable des Nuits Excentriques. Sélectionnant chaque film et chaque bande-annonce projetée durant la nuit, Rauger montre son amour pour le cinéma bis avec une auto-dérision dévastatrice. C’est d’ailleurs ces séquences de bande-annonce de mauvais films (L’école du Sexe, Le Manoir Maudit, Il Faut battre le Chinois quand il est encore chaud, etc.) qui étaient les plus hilarantes tant chaque trailer semblait être à la recherche de la quintessence du n’importe-quoi. Jean-François Rauger ira jusqu’à dire que les strasbourgeois sont plus fous et enthousiastes que les parisiens à partir du moment où il prendra conscience de l’ambiance démente et hilare des spectateurs strasbourgeois. Et c’est le cas de le dire tant l’ensemble de la salle a ri aux éclats (même aux larmes). Les vannes ont fusé, les private jokes étaient exclamés à haute voix, les applaudissements pleuvaient et les rires gras et insolents ont donné à cette Nuit Excentrique une saveur unique qu’il faut absolument vivre pour quiconque aime les mauvais films. Cette ambiance collective enlève toute limite et libère notre personnalité la plus vulgaire. Il n’y a que lors de ces séances que les gens (hommes comme femmes) vont s’esclaffer lorsqu’un plan nichon est à l’écran ou lors d’une scène de gore grotesque. C’est ça la particularité de cette Nuit, l’absence de conventions et le retour à des pulsions les plus primaires. On ne cachera pas que certains moments ont pu paraître longs et que certains (comme votre honorable serviteur) ont piqué du nez puisque la Nuit Excentrique dure tout de même jusqu’à 07 heures du matin. Mais bon sang, qu’est ce qu’on s’est marré ! Trève de présentations, jubilons, mes bons !

[LA NUIT EXCENTRIQUE]  Hurlements II

Réalisé par Philippe Mora (Etats-Unis, 1985). Sortie le 28 août 1985.

Synopsis : Un homme enquête sur la mort de sa soeur et découvre qu’elle était membre d’une secte de loups-garous en Transylvanie.

C’est tellement mauvais, pitoyable et grotesque que ça en devient du génie. Le film ultime à voir dans une ambiance collective pareille. 90 minutes de réjouissances et de rires gras, sans oublier ce générique final avec un décompte d’un goût totalement grossier (17 plans nichons). Qu’est-ce-que vient faire Christopher Lee dans cette galère ? L’anecdote dira qu’il s’est excusé auprès de Joe Dante (réalisateur du premier Hurlement) pour avoir joué dans ce film. Quittant sa cape de Dracula, jamais je n’ai vu Christopher Lee aussi végétatif et absent mentalement d’un film. Sa démarche est tellement mécanique qu’on devrait créer un mot pour ce type d’interprétation chez les acteurs. Tout y est gratuit et extrêmement misogyne. C’est crétin du début à la fin. L’expression des autres acteurs du film vend du rêve tant elle relève de la neutralité la plus totale (aucun froncement de sourcil lors de la mythique réplique : « Votre soeur est un loup-garou »). Radicalement inexpressifs, les deux acteurs font office de carpes dans ce film. Et Christopher Lee avec des lunettes futuristes, c’est juste priceless ! Et sur l’échelle de l’improbable, ce n’est que le début pour un film qui va monter crescendo. Dois-je évoquer cette scène où la journaliste demande à son partenaire de la prendre dans ses bras et que lui la prend littéralement à poil ? Complètement génial tant le film n’a plus aucune limite.  Que dire de ce plan à trois avec des loups-garous ? De ces séquences de cultes obscurs ? De l’inceste régnant du film ? Et ce groupe de musique pseudo punko new wave avec un bon son synthé des années 80 qui joue à trois reprises dans le film, c’est génial ! Les types sont partout ; dans l’introduction à Los Angeles, au milieu en Transylvanie et dans le générique final. Ils font des concerts partout et constamment au même endroit que les personnages principaux. Non c’est absolument génial tant ça dépasse les limites de l’improbabilité et du n’importe-quoi. Je déconseille l’expérience seul chez soi, mais si vous êtes un amateur des nanars, je vous recommande, conjure et supplie de voir ce bijou du genre lors d’une Nuit Excentrique ou d’un autre événement du même acabit. Vous ne le regretterez pas ! Il ne m’a suffi que d’un film pour considérer Philippe Mora comme un visionnaire. Assurément mythique !

Note de la rédaction : ★★★★☆  (sur l’échelle du mauvais goût)

[LA NUIT EXCENTRIQUE] Suède, Enfer et Paradis

Réalisé par Luigi Scattini (Italie, 1968). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Une analyse en profondeur de la société suédoise et de son incroyable permissivité dans le domaine des moeurs.

Qu’est-ce-que c’est que ce documentaire dont je n’ai jamais entendu parler ? Un Mondo-movies, que Nanarland s’amuse à qualifer de « Enquête d’action en zone interdite ». Un Mondo, c’est un documentaire d’exploitation qui consiste en un montage d’images d’actualités ou d’archives réunies par un thème commun, généralement racoleur, proposant aux spectateurs d’assouvir leur voyeurisme en matière d’exotisme, de bizarreries, de sexe et de violence. Suède, Enfer et Paradis est un documentaire déroutant qui n’hésite pas à affirmer que l’Enfer sur Terre est en Suède. A en croire le film, la Suède est le pays le plus décadent et le plus sataniste au monde. Ce documentaire s’évertue à faire un portrait de la société suédoise accompagnée d’une voix-off ahurissante qui n’hésite pas à blâmer l’ensemble des protagonistes de ce documentaire. D’après cet honorable (et réactionnaire) Luigi Scattini, la Suède est un pays blasphématoire où…MON DIEU !!!…on trouve des sex shops qui proposent des magazines avec des gens tous nus dedans, des hôtesses de l’air insouciantes placent leurs parents dans des hospices dans lesquels on fait faire de la gym aux vieux et comble du scandale, les femmes travaillent. Ce qu’il faut avoir en tête en regardant ce film, ce n’est pas tant qu’il s’agit d’une représentation de mauvais goût de la Suède mais plutôt du regard de la société italienne sur ce pays libéral. Luigi Scattini est un italien typique de la société italienne catholique et traditionnelle qui voit la Suède comme un pays froid et austère avec des gens dépravés. Le plus bluffant, c’est que ce documentaire est tourné avec le plus grand sérieux du monde, n’hésitant pas à falsifier et fausser toutes ses informations. Un documentaire d’une mauvaise foi incroyable et inconcevable aujourd’hui qui, au-delà de son mauvais goût et des rire qu’il a suscité, interroge sur notre perception des sociétés autre que celles dans laquelle nous naissons. Misogyne, raciste, réactionnaire, gratuit, Suède, Enfer et Paradis s’avère donc être un documentaire d’utilité public sur la perversité de ce pays nordique (ironie). On ressort de ce documentaire hilare et dérouté par le sérieux de cette entreprise d’investigation sociétale.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆   (mais il y a beaucoup de femmes nues)

[LA NUIT EXCENTRIQUE] Comtesse Hachisch

Réalisé par Inconnu (France, 1935). Date de sortie inconnue.

Synopsis : Le capitaine Mario, dit « droit devant », tombe sous l’emprise de la Comtesse Hachisch qui le convainc de transporter de la drogue dans son bateau.

Comtesse Hachisch ne vous dit rien ? C’est normal, il n’existe qu’une seule copie de ce film (conservée par la Cinémathèque) et il n’a été diffusé qu’à très peu de reprises dans le monde entier (pour la première fois à Paris en 2006). Il n’y a pas de générique et donc toute l’équipe du film est inconnu. Mais grâce au travail scientifique des chercheurs de la Cinémathèque, le monde a enfin pu avoir connaissance de l’existence de ce film unique dans l’histoire du cinéma français. Le monde a enfin pu connaître le courage et l’ambition du Capitaine Droit-Devant et apprendre que la « Mariajuana », c’est « la cigarette de la mort ». Il s’agit d’un montage final pourtant il n’est pas étonnant d’apercevoir la fin d’un clap ou l’équipe du film dans de nombreux reflets. Des faux-raccords réjouissants qui ne sont qu’une partie de tous ces beaux moments de nanardise. Le récit du film s’attarde sur le capitaine d’un navire ainsi que son équipe et pourrait être étiqueté de thriller avec de la drogue et des magouilles. Et sinon, je ne sais pas comment décrire autrement ce qui semble être le travail de fin d’étude d’un étudiant en cinéma, passionné par la mer. J’ai mille questions sur ce film. Pourquoi Capitaine Droit-Devant regarde toujours la caméra ? Pourquoi les acteurs sont si mauvais ? Pourquoi des avions tirent sur un bateau sans raisons ? Pourquoi le Capitaine insulte une serveuse de « Carnaval » (!) ? Pourquoi l’humeur des membres de l’équipage est schizophrénique (on le déteste puis on l’adore et on le déteste encore mais on l’aime quand même) ? Pourquoi la femme du Capitaine disparaît sans raison du film ? Pourquoi il y a un chinois, un arabe, un noir et un vieux barbu dans l’équipage (les quotas n’existaient pourtant pas encore en 1935) ? Pourquoi est-ce-qu’une porte ouverte est l’un des plus grands moments de tension du film ? Pourquoi la douane en a tellement rien à foutre des cargaisons de drogue du navire ? Pourquoi est-ce-que le réalisateur n’a pas réalisé de deuxième prise lorsque les acteurs tombent lamentablement ou se trompent dans les dialogues ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? Sans doute parce que Comtesse Haschisch est un film indescriptible et un monument historique dans le monde merveilleux des nanars.

Note de la rédaction : ☆☆☆☆☆  (je ne sais même pas quelle note lui mettre)

Il est 07h00, le soleil est déjà là et le festival s’achève sur une pellicule historique du cinéma français. Il n’en fallait pas moins pour terminer cette sympathique édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. On reprochera néanmoins à la programmation d’avoir été très (trop) inégale notamment concernant les crossovers et surtout les Midnight Movies (seuls Deathgasm et Turbo Kid ont récolté de bonnes réactions). Tout comme la compétition qui a fait s’entremêler de très mauvais films (Emelie, The Corpse of Anna Fritz, Sweet Home) et d’autres plutôt bons mais très peu de films marquants (hormis The Lobster mais qui avait eu les honneurs d’une projection en compétition à Cannes). On est donc sceptique quant au contenu de cet édition mais on reconnaîtra des efforts notables et remarquables sur tout un tas d’événements annexes. J’en profite pour remercier les bénévoles et tout le staff du festival notamment dans leur objectif de me donner un accès à tous les événements. Je remercie la rédaction de CineSeries-Mag pour m’avoir obtenu une accréditation au festival et avoir corrigé l’ensemble de mes articles avant publication. Et je tiens à saluer mon hôte de la semaine ainsi que les différents festivaliers avec qui j’ai passé des moments sympas au bar et dans les salles. C’était éreintant mais extrêmement jouissif. Merci à tous. Salut et à bientôt, les drogués !

Enragés, un film de Éric Hannezo : Critique

Enragés est un remake du Rabid Dogs de Mario Bava, un polar noir comme on en fait plus ou si peu. C’est un film de genre sombre et oppressant qui malmène les nerfs du spectateur en l’entraînant dans la folie des personnages. Enragés.

Synopsis : Après que leur braquage a tourné au cauchemar, une bande de malfrats n’a d’autres choix que de prendre un otage et d’arrêter la première voiture venue. Mais les actes ne sont jamais sans conséquences et les fugitifs vont devoir traverser un Enfer dont ils ne ressortiront pas indemnes.

Un film noir sur fond rouge

Amoureux de cinéma et de films noirs, Éric Hannezo (Infidèles, Mademoiselle C) a voulu recréer cette ambiance authentique dans une adaptation à l’américaine. Un rêve qu’il a réalisé avec beaucoup de passion et de sérieux et c’est un peu pour les mêmes raisons qu’il a choisi ses acteurs. Virginie Ledoyen (Une autre Vie, Ablations), pour son faux-air à la Claudia Cardinale. et Guillaume Gouix (La French, Les Revenants) pour son regard perçant. Lambert Wilson (Suite Française, Barbecue), Laurent Lucas (Piégé, Alléluia), Franck Gastambide (Les Kaïra, Les Gazelles) et François Arnaud (The Borgias, J’ai tué ma Mère) pour leurs visages empreints d’humanité. D’emblée le générique donne le ton avec des images propres et envoûtantes dans des nuances de rouge et noir. On dirait presque une oeuvre d’art où les thèmes du sang et de la folie sont invoqués. Celui de l’Enfer aussi. Le générique rappelle ainsi ceux que Saul Bass a pu réaliser pour les films de Hitchcock et Scorsese : Psychose, Sueurs Froides, Les Nerfs à Vif…avec cette omniprésence du rouge.

Tout au long de l’oeuvre, la couleur rouge est latente et s’infiltre dans les images. Tantôt, elle est suggérée par un objet transitionnel (l’ourson de la petite fille, la fenêtre des toilettes, la cigarette…), tantôt elle inonde l’écran tout entier, flamboiement de colère et de tension à l’image de ces criminels « enragés ». L’ambiance est pesante, étouffante, dans la veine de Sueurs Froides où Hitchcock utilise le filtre rouge dès le générique, dans les cauchemars et le bijou fatal. Elle suggère l’aliénation et la mort, dénouement fatal, inéluctable.

Une spirale infernale

Le braquage des quatre malfaiteurs a très mal tourné et, dés lors, chacun de leurs actes les conduira irrémédiablement à leur perte. Les personnages sont condamnés à sombrer peu à peu dans la paranoïa et la hargne. Enragés nous entraîne dans cette folie dévorante, cette psychose qui envahit les braqueurs, pris au piège d’un cercle vicieux les rappelant à leur sombre existence et à la fatalité. Le spectateur pénètre dans la sphère intime des personnages, vulnérables, filmés de très près avec des plans serrés sur leurs visages, leurs peurs, leur haine. Parfois, nous entrons plus loin, dans leurs pensées, leurs souvenirs suggérés par les flous, les volutes de fumées, et encore et toujours cette couleur rouge, comme s’ils étaient prédestinés à une fin tragique.

Dans Enragés, le public est comme condamné avec eux, à l’intérieur de cette voiture, enfermé dans un huis-clos pesant et étourdissant à la fois. Nous les suivons sans relâche grâce aux alternances de travellings et de plans larges sur la traversé des paysages de France. Éric Hannezo joue avec la caméra et avec nos nerfs. Ce contraste entre les plans serrés dans le véhicule et les plans d’ensemble des paysages accentue l’effet de prison et d’enfermement des personnages.

On pense alors à la scène de la voiture dans Psychose avec des plans rapprochés sur le visage de la conductrice. On retrouve un passage identique dans Les Nerfs à Vif ainsi que des plans serrés successifs sur les mains, les objets et notamment la clef de la voiture. Ainsi, on ne quitte pas les coupables des yeux, et pourtant, il semble que l’essentiel nous échappe. Jusqu’au bout. Mais pourquoi diable le père administre sans cesse des piqûres d’anesthésiant à sa fille ? 

Enragés nous maintient en haleine du début à la fin, même si, on s’en doute, cette fin sera loin d’être heureuse. La mise en scène est parfaite, le scénario ingénieux et les acteurs remarquables notamment Lambert Wilson et Guillaume Gouix. Éric Hannezo nous emmène très loin avec sa voiture et avec peu de décor finalement. Tout se passe au sein du véhicule et dans la tête des personnages, sans voile, sans mensonge, sans tabous. Bref, on a aimé ! Présenté en avant-première mondiale lors de la Séance spéciale du Cinéma de la plage pour Cannes Classics, le film sortira dans les salles ce mercredi 30 septembre 2015.

Fiche Technique :

Titre du film : Enragés
Origine : France
Réalisation : Éric Hannezo
Scénario : Éric Hannezo, Benjamin Rataud, Yannick Dahan
Producteurs : Éric Hannezo, Marc Dujardin, Guillaume Lacroix, Vincent Labrune
Producteurs exécutifs : Marc Vade
Casting : Lambert Wilson, Guillaume Gouix, Laurent Lucas, Franck Gastambide, François Arnaud et Virginie Ledoyen.
Directeur de la photographie : Kamal Derkaoui
Conseillers technique et artistique : Micaël Viger Tom Kan
Décors : Jean-Pierre Carrière
Montage : Arthur Tarnowski
Costumes : Odette Gadoury
Maquillage : Kathy Kelso
Musique : Laurent Eyquem Rob (morceaux additionnels)

Bande-annonce de Enragés :

How To Get Away With Murder, saison 2, épisode 1: critique

Episode 1 Saison 2 It’s Time to Move On (il est temps de passer à autre chose)

Synopsis: Annalise et ses étudiants devront avancer dans leurs vies comme si rien n’était arrivé, mais nos futurs avocats sont toujours sous le choc de la disparition de Rebecca. Seuls Annalise et Frank sont au courant du meurtre de Rebecca et les deux protagonistes seront déterminés à trouver qui est la personne responsable de sa mort. Pendant ce temps-là, l’incroyable professeure en droit pénal prendra la décision de prendre de nouveaux clients, un frère et une soeur accusés d’avoir assassiné leurs parents. Enfin, une ancienne amie d’Annalise la surprendra en l’attendant chez elle, bien déterminée à lui enseigner une leçon.

Si la première saison de How To Get Away With Murder nous a laissé un souvenir indéfectible de quasi-perfection, la barre peut-elle être mise encore plus haut ? Avec ce season premiere, les questions s’enchaînent et certaines réponses peuvent désormais être apportées. Rappelez-vous ce qui s’est passé dix jours avant (dans l’histoire, en réalité comptons six mois), Rebecca gardée captive chez Annalise, car tous les soupçons sur le meurtre de Lila se portaient sur elle, envoie du portable de Michaela un message étrange à un numéro inconnu « Eggs 911 ». Oliver apprend à Connor qu’il est atteint du VIH. Michaela décide de s’émanciper de l’emprise sur sa belle-mère qui voulait le contrôle sur son futur mariage. Résultat, plus de mariage du tout. Frank travaillait pour Sam qui lui a demandé de tuer Lila. Sa position reste donc toujours à élucider. La sœur de Sam, avec qui Rebecca était en contact, semble lâcher du lest à Annalise qui vit toujours un enfer depuis qu’elle a piégé Nate pour protéger Wes concernant le meurtre de Sam. Asher ne se doute de rien sur l’implication de ses camarades et entame une relation avec Bonnie. L’épisode final se termine sur la découverte du corps de Rebecca sous l’escalier de la cave (on a trouvé meilleure cachette en passant), mais si ce n’est ni Frank ni Annalise qui cela peut-il bien être ? Il fallait s’accrocher durant les 15 épisodes, mais la série tenait tellement de l’ordre du génie sur tous les niveaux qu’il n’était pas difficile d’être tenu en haleine sur plus de six mois. Avec ce premier épisode, la saison va-t-elle continuer sur sa même lancée ? CSM vous livre ses craintes, ses doutes et ses espoirs sans SPOILER ALERTS…

L’épisode s’ouvre sur un rappel qui donne relativement la nausée pour celui qui viendrait en cours de route, puis sur le moment fatidique de la mort de Rebecca avec la voix off d’Annalise « Lorsqu’on est sur le point de mourir, on connaît son meurtrier » (ah bon?!) Okay, Bill d’Elia, qui réalise, souligne au fluo un point que Peter Nowalk, à l’écriture, veut que l’on retienne. RRRrra, que cet amphi nous avait manqué ! Les couleurs du temps présent tendent toujours un peu sur le bleu verdâtre, surtout pour les extérieurs. Wes, qui arrive en retard au cours, tient tête à Annalise devant toute la classe. Il doit lui reprocher de ne pas chercher à retrouver Rebecca. Nouvelle affaire*, nouveau personnage du nom de Eve, je vous laisse découvrir l’actrice que j’affectionne pas particulièrement (et c’est un euphémisme), notamment pour son rôles dans Taken... La mise en scène balaie nerveusement pour faire peau neuve sans nous laisser le temps de reprendre notre souffle, mais on y est habitué. Eve et Annalise se connaissent de la fac de droit. Passé commun qui resurgira et me fera grincer plus de dent que j’en ai vraiment. L’épisode fonctionne sur un Who Dunnit m’as-tu-vu qui se conclue en queue de poisson. Pourquoi laisser le cadavre sous l’escalier ? Parce qu’on voulait laisser penser que… untel pense que… STOP ! OVERDOSE. Michaela est poursuivie par une certaine hantise gay, et ce n’est pas la seule. Les scénaristes aussi. Bon je me suis fait spoilé sur qui avait tué Rebecca (FU**), et je m’apprête à continuer donc arrêtez la lecture si vous n’avez pas regardé l’épisode. Je disais que les scénaristes aussi était poursuivis par la hantise gay, c’est une obsession. Si le personnage de Connor et sa relation fonctionnait, que son sex appeal et que la figure de l’homosexuel était bien plus complexe qu’un simple stéréotype (quoique), Peter Nowalk s’est senti obligé de surfer sur la vague gagnante et rajouter une histoire entre Eve et Annalise, mais WTF ?!! Pourquoi ?! Twist lesbien complètement inutile fait pour choquer. C’est d’une facilité putassière et l’artifice n’en est que plus visible. On se rend compte à présent de l’écriture torturée, des imbrications, du suspense industriel. La conclusion est réussie, si ce n’est un peu grandiloquente, mais c’est du made in Shonda, aucune mauvaise surprise. Le cluedo prend vie et nous est montré l’assassin, reste à savoir le pourquoi du comment. Autre déception, l’univers musical électro qui faisait la force de la série a perdu beaucoup de vigueur. Pourtant, la boite de nuit était propice à une nouvelle exploitation pour une nouvelle jouissance auditive (non simple arrière fond sonore), mais ils ont peut être tout/trop donné. Quoi, ça arrive après l’amour aussi !

How To Get Away With Murder saison 2 inverse les couleurs, le rouge devient noir et on relance les dés. Je prends le colonel moutarde, j’ai toujours pris le colonel Moutarde ! On a l’impression que la machine recycle tout ce qui pétardait précédemment, mais malgré cela, l’intérêt est intact. Malgré le fait qu’on ait enlevé les lunettes à film polarisant et qu’on s’aperçoit du cheveu sur la soupe, on ne peut que continuer à la boire, elle est tiède, mais ça tombe bien je préfère manger froid. On reprend notre souffle la tête hors de l’eau avec l’impression que l’apnée était désagréable, mais n’est pas sériephile qui n’aime pas souffrir un peu… Il suffit une fois de plus de suivre le fil d’Ariane pour sortir du labyrinthe, septique sur la légitimité de sa complexité, mais le moteur est chauffé, il serait dommage de caler.

* et encore des riches (Shonda Shonda Shonda, glamourous ? Ridiculous ! C’est vrai que plus c’est shiny, plus c’est funny IRONIE) avec en prime la diversité ethnique (et de la surenchère de surcroît?!)

Sur les théories du EGGS 911 >>> cliquez ici

How To Get Away With Murder : Titres des épisodes à venir

2) She’s Dying = elle est mourante

Annalise et sa team d’étudiants seront pris de court lorsque des officiers de police judiciaires décideront d’incriminer les richissimes frère et sœur qu’elle représente depuis le season premiere avec un nouveau chef d’accusation. Entre temps, les choses deviendront beaucoup plus compliquées pour Annalise lors du procès de Nate. En effet, notre professeure de droit pénal se fera contre-interroger assez brutalement, pouvant mettre en danger la liberté de son amant.

3) It’s Called the Octopus = On l’appelle la Pieuvre

Lorsque Annalise acceptera de prendre un nouveau client, cette affaire la mènera elle et ses étudiants dans un Club échangiste haut de gamme. À côté de cette nouvelle affaire, notre chère professeure continuera de représenter les richissimes frères et sœurs accusés d’avoir tués leurs parents dont elle a voulu s’occuper dès le season premiere. Cependant, l’affaire prendra une tournure terrible lorsque de nouvelles raisons cachées referont surface. Enfin, Wes fera équipe avec un allié inattendu.

4) Shanks Get Shanked = shanks (jarrets/jambes) – shanked (poignardé avec un couteau fait main ou fabriqué à base d’un morceau de métal aiguisé et un vêtement en guise de manche) > vocabulaire issu de prison) “A court de jambe pour courir” ou “[en prison] les jambes deviennent une arme”

FEFFS 2015 : Octopus d’Or pour The Invitation, The Lobster Prix du Public

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Les pérégrinations d’un reporter au FEFFS 2015 : Palmarès

Beaucoup d’émotions se rencontrent lors d’une cérémonie d’un clôture. D’un côté, les festivaliers sont mélancoliques à l’idée de finir un festival qui les ravit toujours autant, tandis que d’autres voient enfin le bout du tunnel d’une dizaine de jours éreintants et effrénés. Et pas seulement pour les journalistes. Puis, il y a ce moment tant-attendu où, après avoir visionné des dizaines de films, on attend avec impatience les appréciations du jury. Hier, je vous faisais part de mes pronostics pour le palmarès final. Du côté des courts métrages, je reconnaîtrais m’être entièrement trompé (!!!) sur l’ensemble des films appréciés par les différents du jury tandis que le palmarès long-métrage s’est révélé plus consensuel, plus prévisible. Il n’empêche que les films qui le composent font partis de mes coups de cœur de ce festival. The Invitation et The Hallow sont donc les grands gagnants de cette compétition. Pour le premier, il s’inscrit dans l’historique d’un prix qui a déjà récompensé les remarquables Moon, Buried ou White God par le passé. Pour The Hallow, avoir le Méliès d’Argent, c’est la promesse de pouvoir prétendre au Méliès d’Or qui se déroulera dans un prochain festival consacré au cinéma fantastique en Europe (il s’agit régulièrement de Sitges). Pour ceux qui ne connaîtraient pas le principe, le Méliès d’Or est attribué à un film qui a reçu le Méliès d’Argent dans l’un des nombreux festivals de cinéma fantastique en Europe. Cette année, The Hallow devra alors faire face à Goodnight Mommy, Index Zero, Liza the Fox-Fairy, Another Frontier et Men & Chicken pour succéder à Alléluia, vainqueur l’an passé. Enfin, The Survivalist qui obtient une mention spéciale, c’est la preuve d’un film qui agit comme une vraie proposition de cinéma et mérite d’entrer dans l’histoire du festival. Enfin, le public a voté pour The Lobster, somptueux film dystopique avec un Colin Farrel étonnant.

Palmarès du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2015 :

LONGS-MÉTRAGES

Octopus d’Or — The Invitation de Karyn Kusama (Etats-Unis)

Méliès d’Argent — The Hallow de Corin Hardy (Royaume-Uni)

Mention Spéciale du Jury — The Survivalist de Stephen Fingleton (Royaume-Uni)

Prix du Public — The Lobster de Yorgos Lanthimos (Grèce, Ireland, Royaume-Uni, Pays-Bas, France)

COURTS-MÉTRAGES

Octopus d’Or — Barrow de Wade K. Savage

Méliès d’Argent — Detector de Floris Kingma

Prix du Jury dans la catégorie Animation — World of Tomorrow de Don Hertzfeldt

Prix du Jury dans la catégorie Made in France — Aquabike de Jean Baptiste Saurel

Mention Spéciale du Jury — Clones de Rafael Bolliger

Mention Spéciale dans la catégorie Animation — Le Repas Dominical de Céline Devaux

Mention Spéciale Court Métrage Made in France — Garçonne de Nicolas Sarkissian

Prix du Jury Jeune — Detector de Floris Kingma

Prix du Public — Detector de Floris Kingma

 

 

Boomerang, un film de François Favrat : Critique

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Adapter un roman au cinéma n’est jamais chose aisée, tant le lecteur s’adonne à imaginer les personnages, les décors, s’ils ne sont pas minutieusement décrits dans le récit. Bon nombre de films tirés de best-sellers se verront boudés par les fans, la faute à une non-satisfaction des attentes. Boomerang n’échappe malheureusement pas à la règle.

Intolérable vérité

Tatiana de Rosnay nous présente, dans son ouvrage, Antoine, quarantenaire qui cherche à savoir la vérité sur la mort de sa mère. En résulte une histoire de famille complexe, où un terrible secret fait éclater l’amour entre proches petit à petit. Si dans le livre, l’histoire était creusée, et proposait un réel suspense, on ne retrouve malheureusement pas cela dans le film. Au contraire, là où le réalisateur, aurait pu proposer un film sombre, on ne se retrouve qu’avec un film où les ficelles de l’intrigue sont facilement dévoilées, et où le côté sombre laisse part à une certaine niaiserie. Quel dommage. À trop vouloir accentuer la tournure dramatique, François Favrat se perd, et tombe dans un pathos qui dessert l’intrigue, ainsi que la crédibilité des personnages. L’utilisation excessive de la musique, ainsi que le surplus de scènes dénuées de tout intérêt brisant le rythme laissent un goût amer dans la bouche. Un goût de regret. Un goût de regret quand on voit une réalisation aussi simple pour une intrigue aussi complexe, pouvant être source de partis pris techniques peu ordinaires, ou pouvant amener à la création d’une atmosphère sombre, voire quasi-glauque. Les décors auraient pu être porteurs de frissons, d’angoisses, mais n’en ressortent que des lieux très vainement exploités. François Favrat rate le suspense du film, et fait de Boomerang un long-métrage banal sans réel intérêt similaire à 1000 autres films déjà produits dans l’histoire du cinéma mondial. N’aurait-il pas mieux fallu se détacher légèrement afin d’en faire une œuvre plus palpitante ?

Toutefois, Boomerang est loin d’être un échec total. Certains liens professionnels, comme celui entre Antoine et son psy, ou familiaux, sont de tendres moments, bien que parfois non aboutis et légèrement trop romancés. Ensuite, certaines scènes s’avèrent être de belles scènes, comme celle du règlement de compte familial lors du soir de Noël, scène dans laquelle les acteurs se livrent, s’engueulent et nous font découvrir les différentes facettes de leurs personnages.

Dans la continuité des personnages, il est intéressant d’étudier le casting de Boomerang qui, de prime abord, peut laisser perplexe. De nombreux fidèles de Tatiana de Rosnay ont laissé entendre leur gêne quant au fait qu’Antoine soit interprété. Au final, est ce une mauvaise chose ? Pas trop. Laurent Lafitte, acteur de la comédie française, que l’on voit habituellement dans des comédies au ras des pâquerettes, tire son épingle du jeu et parvient à être un minimum convaincant. Si l’on devait trouver une faille, on pourrait évoquer le « manque » de paranoïa du personnage, cette dernière étant beaucoup plus importante dans le livre. Le personnage de Mélanie Laurent colle à la peau de l’actrice, car c’est dans ce type de rôle que l’on retrouve souvent la jeune femme au cinéma, comme dans « Je vais bien ne t’en fais pas » de Philippe Lioret, par exemple. Enfin, le reste du casting est tout-à-fait adéquat : Wladimir Yordanoff en père qu’on ne parvient pas à cerner, une sorte de « collabo », Audrey Dana en Angèle assez masculine, mais convaincante, bien que trop secondaire par rapport au roman, ou encore Bulle Ogier, en grand-mère tête à claques que l’on a envie d’étriper, ou enfin Lisa Lametrie en Bernadette, domestique de la maison.

Par son classicisme, Boomerang ne restera donc pas dans les annales, et divisera, si les lecteurs aguerris du roman se retrouvent dans le film, ou non. A savoir que Tatiana de Rosnay approuve totalement cette adaptation.

Synopsis : En revenant avec sa sœur Agathe sur l’île de Noirmoutier, berceau de leur enfance, Antoine ne soupçonnait pas combien le passé, tel un boomerang, se rappellerait à son souvenir. Secrets, non-dits, mensonges : et si toute l’histoire de cette famille était en fait à réécrire ?

Extrait du film Boomerang

Boomerang: Fiche Technique

Date de sortie : 23 Septembre 2015
Réalisateur : François Favrat
Nationalité : France
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 101 minutes.
Scénario : François Favrat, adapté du roman de Tatiana de Rosnay.

Interprétation : Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, Audray Dana, Wladamir Yordanoff, Bulle Ogier
Musique : Eric Neveux
Photographie : Laurent Brunet
Montage : Valérie Deseine
Producteurs : François Kraus, Denis Pineau-Valencienne
Maisons de production : Les films du kiosque
Distribution (France) : UGC Distribution
Budget : NR

FEFFS 2015 : Une secte, un survivant et des guêpes

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Les pérégrinations d’un reporter au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS 2015) – les films en compétition : The Invitation, The Survivalist, The Hallow et Stung.

La compétition touche à sa fin. Ce vendredi étaient projetés les derniers films pouvant espérer obtenir les honorables prix que sont l’Octopus d’Or, le Méliès d’Argent, le Prix du Jury ou le Prix du Public. Rien n’est encore joué même si quelques films sortent clairement du lot. L’œil encore enthousiaste par la projection de minuit de la veille, il me reste suffisamment de temps avant la première projection pour boire un café sur les pavés strasbourgeois et convaincre une copine d’aller à la séance de The Invitation, qui jouit d’un buzz notable dans tous les récents festivals où il a été projeté (SXSW, Neuchâtel, L’Étrange Festival). De toute façon, elle n’avait pas le choix. Alors qu’est-ce qu’on attend ? Visionnons mes bons !

[EN COMPÉTITION] The Invitation

Réalisé par Karyn Kusama (Etats-Unis, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Par une sombre nuit, Will est invité à un dîner chez son ex-femme. Au cours de la soirée, il découvre petit à petit que quelque chose d’insidieux s’est emparé d’elle, et qu’elle et ses nouveaux amis ont un but mystérieux et terrifiant. A la fin de la nuit, les ramifications de ce qui se passe dans cette maison se propageront bien au-delà de sa porte…

Une villa sur la côte californienne, des amis qui ne se sont pas vus depuis deux ans, un repas qui devient vite intimidant et vous tenez là un thriller psychologique implacable avec un dosage tout en crescendo d’une tension jusqu’à son dénouement final. Karyn Kusama a derrière elle une notable carrière dans le cinéma hollywoodien mais malheureusement pas pour les bonnes raisons puisqu’elle est à l’origine des très dispensables Aeon Flux et Jennifer’s Body. Après avoir réalisé des épisodes de séries (notamment The L World et Halt and Catch Fire), elle revient au long métrage avec une production plus minimaliste, mais également plus personnel. Et c’est là qu’elle peut enfin déployer tout son talent, son énergie et sa perception déroutante d’un repas sur le point de virer au drame. The Invitation ne nous cache rien. Dès le départ, on sait comment cela commence et comment cela va finir. Si tout se déroule sur des rails, Karyn Kusama fait preuve d’un minutieux travail de direction d’acteurs et de mise en scène pour rendre ce dîner tout ce qu’il y a plus de gênant. The Invitation repose sur une unique unité de temps et de lieu qui se voit magnifiée par un sentiment de malaise qui ne nous quitte pas de tout le film. Le repas semble tout sauf normal. Le vin coule à flot, le dîner est excellent, mais les convives réagissent étrangement. Les discussions tournent autour des ressentis émotionnels, de la perception de la vie et de la souffrance. Progressivement, ces retrouvailles semblent se transformer en piège où tout l’intérêt est désormais de savoir si les invités vont tomber dedans ou non. A mesure que l’intrigue avance, l’étau se resserre sur ces invités, insouciants et ravis de ces retrouvailles. La tournure des événements ne les inquiète pas, mais chaque phrase énoncée par les invités au cours d’une conversation agit comme un indicateur de la folie naissante qui s’empare de ce dîner. Rares sont les films à bousculer aussi intensément notre perception des événements. C’est aussi grâce à la justesse et à l’impressionnant jeu d’acteurs du film. Très certainement le meilleur casting de ce festival. Les spectateurs reconnaîtront l’intense Logan Marshall-Green (Prometheus) et l’inquiétant Michiel Huisman (Daario dans Game of Thrones). La mise en scène ne se montre jamais outrancière, mais plutôt légère, entre intimisme, élégance et sobriété. Nous sommes entre gens de haut standing et donc l’image du film découle de ce charme qui se lit également sur les tenues de soirées des convives. La soirée avance à un rythme de croisière, entre petits jeux entre amis, conversations et inquiétude naissante. Toute la réussite du film tient dans la psychologie de tous ces éléments traités avec subtilité et qui donne une valeur furieusement cohérente au film. Il ne fallait qu’un déchaînement – je dirais presque un acharnement – de violence final pour atteindre le tunnel de ce voyage perturbant. Malgré l’élégance de tous les convives, ce dîner ne pouvait finir autrement que dans une violence sale et brutale. Les robes et chemises seront tâchées d’un sang coulant à flot à l’image du vin au cours de ce repas tandis que chacun révélera une facette de sa personnalité qu’il n’aurait jamais imaginé concevoir. C’est radical, violent et l’ultime plan laisse planer une profonde réflexion sur l’influence des sectes dans notre société. Karyn Kusama ne s’inquiète pas de délivrer une morale ou un message, si tenté qu’on puisse y voir une inquiétude personnelle sur les conséquences dramatiques des communautés sectaires. Par son travail, elle délivre un film qui a rarement autant travaillé la notion de psychologie et de perception des événements autour de soi. Longtemps, le doute reste confortablement installé dans notre esprit alors que la réalisatrice brouille certaines pistes, laissant le spectateur interpréter les instabilités de chaque invité. Cela manque peut-être un peu de rythme, mais un film qui s’évertue à nous travailler autant l’esprit mérite toute notre considération. Perturbant et fascinant.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

[EN COMPETITION] The Survivalist

Réalisé par Stephen Fingleton (Royaume-Uni, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Dans un monde post-apocalyptique, un survivant vit reclus profondément dans la forêt. Quand deux femmes à la recherche d’un abri et de nourriture trouvent son refuge, il voit son existence menacée.

De tous les films dans la veine de Je Suis Une Légende, La Route ou le récent Z for Zachariah, The Survivalist fait office de peau neuve. Absolument pas taillé comme un blockbuster, ce premier long métrage trouve son charme dans un minimalisme déconcertant. Le film de Stephen Fingleton est un oeuvre d’anticipation naturaliste, psychologique et contemplative étonnante. C’est aussi – et surtout – un film qui ne donne aucune considération héroïque à ses personnages dont le seul désir est d’assouvir les besoins les plus primaires (manger, faire l’amour, survivre). Il y a dans cette représentation d’un survivant solitaire la quintessence d’une conception hyperréaliste du genre. Tout y est écrit et développé avec une authenticité brute. Le héros n’en est pas un et les méchants ne sont que d’autres êtres perdus qui cherchent également à répondre à des appels corporels primitifs. Tout comme le film précédent, il y a un remarquable travail sur la psychologie des personnages et leurs relations. La radicalité du sujet vient également du fait que le réalisateur ne se prive pas pour montrer la nudité chez les trois personnages. Rien n’est gratuit, tout est primaire. Ce monde post-apocalyptique (que Stephen Fingleton renie comme vous le lirez plus loin) est un nouveau monde, là où l’homme retourne à sa source première. Mais hors de question de céder au jugement et au manichéisme, Stephen Fingleton concède la difficulté de vivre dans un tel monde et donne des éléments pour comprendre les réactions de tous ces personnages. Il interroge directement : Jusqu’où pouvons-nous aller pour survivre ? Le film repose comme The Invitation sur une seule unité de lieu, quasi-isolée où les sorties hors de la cabane se font rares. Le monde ne se concentre plus qu’autour d’un foyer et d’un jardin. C’est de cette manière que l’on recrée une civilisation. La primitivité se ressent également dans cette violence et cette tension palpable qui règne tout au long du film. La cabane et le jardin sont des lieux désirés et nombreux sont les survivants, plus proches qu’on ne le croit, à vouloir espérer ce petit bout de terre. C’est la loi du plus fort qui règne et on notera de nombreuses connivences avec le western, notamment dans un duel dans les hautes herbes. Le survival déroutera par la quasi-absence de dialogues et les longues séquences de contemplations. Cependant, il détonne par son style et l’audace d’aller chercher une telle authenticité. The Survivalist, c’est la promesse d’un film post-apocalyptique qui ne surfe jamais sur la tendance actuelle du genre. Il n’y a ni cliché, ni facilité et c’est ce qui rend cette oeuvre si maîtrisée et si radicale. Enfin une vraie proposition de cinéma, plus réel que jamais ni quoique ce soit. Bluffant !

Note de la rédaction : ★★★★☆  

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A droite, Stephen Fingleton, le réalisateur de The Survivalist.

Le réalisateur Stephen Fingleton se prête au jeu du question/réponse à la fin de la projection sous une salve d’applaudissements. Il tient à préciser que son film n’est pas apocalyptique mais « post-event », c’est à dire que l’humanité continue de vivre, mais qu’il s’est déroulé un événement qui a ébranlé toute notre société. Les deux genres sont sensiblement différents et le réalisateur ne se gêne pas pour insister sur ce point. Un détail peut-être, mais qui fait toute la différence. Cependant, il précise immédiatement qu’il ne donnera pas la caractéristique de l’événement qui s’est déroulé tout comme il n’insiste pas sur l’année à laquelle le film se déroule. En amont de la production, Stephen Fingleton décrit l’impressionnant travail qu’il a fourni pour maîtriser son sujet. Il a énormément potassé le sujet de la survie, de l’agriculture locale et de la manière de subsister dans un environnement naturaliste, tout comme il a fait passer un stage de survie à ses acteurs. Un travail d’analyse et d’immersion qui se ressent en profondeur au sein du film. Les questions tournent beaucoup autour du caractère naturaliste de son film, certains qualifiant The Survivalist de « western à la Ingmar Bergman » quand d’autres évoquent un film dans la lignée de Jane Campion. Il explique minutieusement le remarquable travail sonore qui a été effectué. Une question retient l’attention de tout le monde puisqu’à aucun moment, malgré des temporalités différentes, on ne ressent le défilé des saisons. Stephen Fingleton expliquera qu’il s’agit là de simples et habituelles contraintes budgétaires et de temps. Impossible comme il le dit d’étaler son tournage sur toute une année. Enfin, The Survivalist peut être présenté comme une partie du patrimoine irlandais, où le peuple a longtemps souffert de la famine dans une société autrefois en pleine guerre civile. Voilà les véritables sujets : la faim, la survie et la manière d’agir pour subsister un jour de plus. Quelques applaudissements et des remerciements chaleureux en guise de conclusion le temps que la salle se libère pour assister à un film de monstres irlandais qui s’annonce terriblement excitant..

[EN COMPETITION] The Hallow (The Woods)

Réalisé par Corin Hardy (Royaume-Uni, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Malgré les avertissements, un scientifique, sa femme et son bébé profanent une forêt irlandaise dont ils ne soupçonnent pas les dangers. Très vite, les créatures vivant en ces lieux menacent et attaquent la petite famille.

Une projection à Sundance et The Hallow est immédiatement annoncé comme une pépite du cinéma de genre par tous les festivaliers ayant eu la chance d’assister à la première mondiale. Alors, quand une première projection est annoncée en France,  le film suscite une énorme attente chez les cinéphiles français et plus particulièrement strasbourgeois. A la fin du film, on pourrait résumer The Hallow comme le croisement de The Descent avec le jeu vidéo The Last of Us conjugué à une esthétique digne d’un Guillermo Del Toro dans un univers prenant place dans la légende irlandaise. Rien que ça ! Mais ce serait mettre des étiquettes sur un film bien plus singulier qu’il n’y paraît. Corin Hardy assume le classicisme de ce film de monstres d’un côté et saisit de l’autre, avec une telle ambition et une telle maîtrise, l’essence-même du genre, qui peut plaire aussi bien aux spectateurs lambdas qu’aux plus exigeants cinéphiles. Pour un premier long métrage, The Hallow épate par la noirceur de son récit, les thèmes énoncés (la revanche de la nature sur l’homme, la paternité, etc.) et la réalisation sublime. C’est bien simple, il s’agit là des plus beaux effets visuels que le festival nous ait présenté en compétition. Des décors merveilleux et gothiques qui feraient pâlir un Del Toro. C’est sans compter les créatures du film qui s’avèrent être de formidables monstres de cinéma et des représentations viscérales des mythes irlandais. Comme un croisement obscur et dégoulinant entre les bêtes de The Descent et le Faune du Labyrinthe de Pan. Corin Hardy délivre tout son génie dans la retranscription du mythe irlandais travaillant à la fois les légendes et les créatures qui peuplent le bestiaire anglo-saxon. En mélangeant des influences urbaines et la dangerosité du cordyceps dans la nature, le réalisateur compose une partition qui joue entre le fantastique et le réel, témoignant d’une intrigue plutôt assez crédible. Et puis ne serait-ce que pour ce final, qui laisse planer un immense suspense sur son dénouement, on crie « admirable ». Le réalisateur nous manipule à l’image des créatures avec les personnages du film. D’ailleurs, le casting de The Hallow est des plus remarquables, puisque on y retrouve Joseph Mawle (Kill Your Friends, prochainement à l’affiche de Au coeur de l’océan), Bojana Novakovic (Jusqu’en enfer, Shameless) ou encore Michael McElhatton (Roose Bolton dans Games of Thrones). Par son classicisme magnifié, The Hallow pourrait prétendre à une sortie dans les salles françaises (les voix évoquent l’automne 2015). Ce serait la consécration méritée pour ce film dont on garde un souvenir plein d’effrois et de noirceur. C’est peut-être ça notre projection coup de cœur du festival…

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

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Au centre, Corin Hardy, le réalisateur de The Hallow.

Corin Hardy est un personnage extrêmement sympathique. N’hésitant pas à imiter les cris des créatures de son film, de répondre avec humour ou de se montrer très proche de son public. Il va même jusqu’à offrir des t-shirt avec le nom de son film. Le cinéaste expliquera que la genèse de ce film aura duré près de huit ans avant qu’il puisse le tourner comme il l’avait toujours imaginé. Des spectateurs évoquent le jeu vidéo The Last of Us, pour la similitude avec le cordyceps. Il y a de cela et surtout Corin Hardy expliquera qu’il est à l’origine d’un documentaire sur le cordyceps qui a inspiré le jeu vidéo de Naughty Dog. Le réalisateur s’attarde comme son prédécesseur sur le travail sonore qui a bénéficié d’un soin tout particulier, en particulier sur les hurlements des créatures. Quelques minutes pour remercier chaleureusement toute l’équipe du festival et la salle se vide à nouveau pour assister au dernier Midnight Movies de la semaine..

[MIDNIGHT MOVIES] Stung

Réalisé par Benni Diez (Etats-Unis-Allemagne, 2015). Date de sortie prochainement annoncée.

Synopsis : Paul et Julia, traiteurs de profession, s’apprêtent à se rendre à une garden-party organisée par la riche Mrs. Perch. La routine, en soi, jusqu’à ce qu’un fertiliseur toxique provoque l’arrivée en masse de guêpes géantes qui s’attaquent aux invités ! Et elles ne sont pas les seules à avoir muté…

A l’instar de Zombeavers l’an passé qui s’était imposé dans l’esprit des festivaliers avec son pitch absurde, le FEFFS accueille une nouvelle déclinaison du film d’animal modifié. Cette fois-ci, les castors laissent leur place à des guêpes peu ragoutantes, nées d’un mélange toxique entre des protéines de croissance et de l’engrais. A ce niveau, on pourrait prendre le parti de défendre Stung en expliquant qu’il s’agit là d’un chef d’oeuvre évoquant la revanche de la nature sur l’homme et ses méfaits sur l’environnement. On pourrait décrire l’humour badant et typique d’un film taillé pour les festivals et qui devrait assurer une salve d’applaudissements et de rires gras. On pourrait parler du rythme du film qui enchaîne les séquences d’action à un rythme effréné. On pourrait dire tout ça mais on ne le fera pas parce que Stung ne le fait pas lui-même. A aucun moment Stung n’essaie de s’extirper de son étiquette de film de festival et de proposer de nouvelles idées dans le genre. Stung ressemble à tous les films d’animaux mutants que vous ayez pu voir dans votre vie. Hésitant constamment entre le sérieux et le second degré, le film ne réussit finalement dans aucune catégorie. Et c’est dommage, car il se révélait extrêmement sympathique dans une première partie qui prenait le temps de poser un contexte et des relations entre les personnages avant que tout ne dégénère. C’est paradoxalement à l’instant où le film devait devenir le plus jouissif qu’il s’enferme dans un récit sur le pourquoi-du-comment et des explications à outrance qui nous intéresse tellement peu. Benni Diez, tu ne comprends donc pas qu’il faut être plus généreux avec ton spectateur? Offre lui ce qu’il est en droit d’attendre d’un tel film ! On se demande où les scénaristes trouvent l’intérêt de s’attarder sur des explications malvenues, de la psychologie de comptoirs et une intrigue rallongée. Sûrement pour tenir 1h30, comme convenu dans le cahier des charges. Toute la dernière partie consiste en un combat improbable et peu réjouissant entre les survivants et des hommes-guêpes dans des scènes d’action brouillonnes et visuellement laides. Les effets visuels ? Tout est en CGI (image générée par ordinateur) et très inégal, oscillant quelques fulgurances en animatronic avant de gerber à l’écran une salve de code binaire. C’est affligeant. Il ne suffit que de regarder la première séquence pour deviner la gêne qu’on va ressentir devant ce film. Quoi ??! Benni Diez était le superviseur des effets spéciaux sur Melancholia de Lars Von Trier ? Quelle tristesse de tomber si bas ! Et puis, qu’est-ce-que vient foutre Lance Hericksen dans cette galère ? Avec un tel sujet, pourquoi les réalisateurs ne poussent-ils pas le concept de leur film jusqu’au-boutisme ? Pourquoi il n’y a pas (ou peu) l’humour nécessaire qui aurait rendu cet instant festivalier mémorable ? Pourquoi est-ce que le réalisateur tient tellement à filmer des séquences longues et chiantes de dialogues vains, puisque l’intérêt repose ailleurs que sur la profondeur des personnages. Quelques rires jaunes dans la salle durant la première demi-heure mais très vite, tout le monde s’est rendu compte du pétard mouillé qu’était ce Stung. Encore un nouveau film qui passera en deuxième partie de soirée sur la chaîne SyFy. A nouveau, cet ultime Midnight Movie confirme que la sélection a fait pâle figure cette année.

Note de la rédaction : ★☆☆☆☆ 

La compétition du FEFFS 2015 est désormais terminée. Tous les films ont déjà été présentés au public. A fortiori, on en a loupé quelques-uns qui s’annonçaient intéressants d’après les échos dans la file d’attente. On pense à Tag de Sion Sono ou Ni le Ciel Ni la Terre de Clément Cogitore. Malgré ces deux-là, j’ose imaginer ce que pourrait donner le palmarès final selon mes critères d’appréciation et les retours entendus dans les salles. Il me paraît évident que The Lobster va repartir avec un prix (Public ?) alors que je ne trouverais pas étonnant que Ni le Ciel Ni la Terre du natif strasbourgeois reparte avec une récompense européenne. Concernant le reste, les films de cette journée peuvent également trouver leur place dans le palmarès final notamment The Survivalist avec son ambiance radicale et crédible ou bien The Hallow, belle et efficace proposition de cinéma de genre. Der Bunker, The Invitation ou Tag pourraient bien surprendre et se caser dans le palmarès d’une compétition inégale. Quoiqu’il en soit, il faudra patienter jusqu’à demain pour découvrir qui sera le nouvel Octopus d’or, après White God l’an passé. On terminera cette dernière journée au festival avec le film de clôture Yakuza Apocalypse de Takashi Miike et la tant-attendue et si jouissive Nuit Excentrique. Du film de loups-garous, de la Suède exhibitionniste et un film français muet sur la drogue, croyez-moi qu’on va bien se marrer ! A demain, les frelons !

 

FEFFS 2015: interview de Nikias Chryssos pour son film Der Bunker

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FEFFS 2015 : compétition internationale, interview du réalisateur Nikias Chryssos

Synopsis: un étudiant ambitieux recherche le calme et la solitude pour se focaliser sur son travail. Il se retrouve dans une résidence ressemblant à un bunker, habité par un couple qui scolarise leur fils Klaus à la maison. Ils lui demandent alors de s’occuper de l’éducation de Klaus qui se révèle avoir de grosses difficultés pour assimiler les leçons qui lui sont dispensées dans ce cadre familial plutôt déstabilisant.

Le FEFFS 2015 met à l’honneur le cinéma de genre allemand, avec Der Bunker de Nikias Chryssos pour la compétition internationale, mais aussi dans la section « Midnight Movies » Stung de Benni Diez ou German Angst des réalisateurs Jorg Buttgereit, Andreas Marschall, et Michal Kosakowski.

La rédaction CSM a immédiatement été séduite par Der Bunker, un ovni issu de la scène indé berlinoise, qui se distingue par son ambiance surréaliste, ses touches d’humour décalé, ses acteurs parfaitement incarnés et dans l’ensemble déjantés, le tout dans un huit-clos infernal dont l’ambiance particulièrement anxiogène devrait en séduire plus d’un, accompagné d’une composition musicale particulièrement travaillée, et d’un jeu sur les lumières des plus soignés. A ne pas rater!

Nous avons eu la chance de dialoguer avec le réalisateur de ce film, Nikias Chryssos, qui a fait sensation auprès du public strasbourgeois, et qui devrait sans nul doute quel que soit le palmarès, marquer les esprits.

– Bonjour Nikias, peux-tu nous expliquer la genèse de ton film? D’où t’es venue l’idée d’enfermer tous tes personnages dans un bunker, qui devient un huis-clos infernal plus le film avance? T’es-tu inspiré de faits réels, d’un de tes projets antérieurs, ou tes personnages sont-ils tout simplement sortis tout droit de ton imagination?

Durant un certain temps, j’ai fait beaucoup de recherche dans des groupes occultes et des communautés religieuses, je suis allé à des réunions, j’ai parlé aux membres, j’ai lu beaucoup de livres. J’ai aimé l’idée d’un film dans lequel la famille fonctionne comme une petite communauté religieuse, avec « un personnage bon », un plutôt moyen, un suiveur, etc… Je suis également très intéressé par le sujet de l’éducation de manière générale, et par le fait de savoir comment des enfants stricts ou libéraux sont éduqués. Parfois, j’imagine que les enfants sont écrasés par les espérances de leurs parents. Que se passe-t-il dans ce cas s’ils ne sont pas clairement à la hauteur de la tâche dévolue?… De l’autre côté, il y a l’étudiant qui a de très hautes (sans doute trop hautes) ambitions pour lui-même. La mise en scène du bunker m’a donné l’occasion de combiner tous ces thèmes qui m’intéressent et de voir ce qu’il arrive lorsque ces personnages se confrontent dans un univers tout à fait psychotique. Les personnages ont toujours été étroitement liés aux acteurs qui ont fini par les jouer, donc j’ai très tôt pu leur parler dans le cadre du processus de création, de leur rôle respectif et de l’intrigue. J’ai essayé de la maintenir attrayante et ouverte sur de nouveaux développements, et ce durant toute la construction du film. Plus tard, j’ai lu l’histoire d’une famille, je crois que c’était en France ou la Belgique, où le père a instruit son enfant à la maison parce qu’il pensait qu’une race étrangère attaquerait la Terre et l’enfant était censé être « l’élu » devant se battre contre eux. Oui parfois, la réalité est encore plus bizarre que la fiction!

– Tes acteurs sont tous inspirés et incarnés. Mais nous avons bien sûr le désir immédiat d’en savoir un peu plus sur le choix du fils, Klaus, en particulier. Comment as-tu casté ce brillant acteur?

Je connais Daniel Fripan, qui joue Klaus, depuis de nombreuses années et je pense qu’il est effectivement un acteur incroyable. En fait, nous avons déjà tourné un court-métrage ensemble, intitulé Hochhaus, où il joue le rôle d’un mauvais frère, plus âgé, un rôle très différent. La plupart du temps, il joue des escrocs, des skinheads, des criminels, mais dans la vraie vie, il est très drôle et sympathique, donc ça a été une véritable chance de le caster dans un rôle complètement différent. Quand nous nous sommes rencontrés, je ne l’avais plus vu depuis deux ans et je lui ai demandé: « Danny, je pense tourner ce film. Crois-tu pouvoir jouer un personnage âgé de huit ans? » Il a sauté sur mes genoux, m’a étreint et m’a regardé comme un petit enfant. Voilà c’était tout pour le casting! Je pense qu’il y a quelque chose d’effrayant et de véritablement touchant dans son personnage. On ne lui donne pas le droit de grandir, il est contraint d’être un enfant, mais en même temps, il n’est pas non plus un vrai adulte. Ce fut très amusant de travailler avec la costumière, Henrike Naumann, et notre maquilleuse, Sylvia Grave, sur son apparence.

– Au-delà du suspense et d’une atmosphère déconcertante jusqu’au final, il y a un travail remarquable sur les lumières, mais aussi la musique. Concernant la lumière, ce travail sur le rouge, le blanc, qui suit parfaitement l’évolution psychologique des personnages, as-tu été inspiré par le travail de Nicolas Winding Refn, ou de manière générale, quelles ont été tes autres sources d’inspiration? De même pour la musique : en quoi joue t-elle également un rôle central dans ton film?

Mon directeur de la photographie, Matthias Reisser, s’occupe essentiellement de l’éclairage dans les films. Il travaille également comme un chef électricien pour de grandes productions en Allemagne, et ensemble avec notre conceptrice de production Melanie Raab, nous avons beaucoup travaillé sur les couleurs et l’atmosphère dans la maison. Nous avons essayé de trouver des ambiances particulières dans les différentes pièces et aussi en accord avec l’évolution du film. Nous avons pensé que le rouge était une couleur forte pour la transgression de l’étudiant dans une sphère diabolique et cauchemardesque, mais aussi de montrer le bunker comme quelque chose qui s’assimile à « un ventre profond« . Il fut intéressant également d’utiliser la couleur comme une connexion pour l’entrée du bunker et l’intérieur de la maison.

Le travail de Nicolas W. Refn fut une influence déterminante oui, mais aussi Dario Argento dans SuspiriaDavid Lynch, et de manière secondaire, des films japonais raffinés comme Tokyo Drifter (ndlr: Le Vagabond de Tokyo). En dehors de l’aspect visuel, la bande sonore du film est très importante pour moi. Nous avons utilisé différentes sortes de musique : principalement du classique dans la première moitié du film illustrant le côté faux-bourgeois de la famille, majoritairement jouée en arrière-plan. Mais parfois ce classique se mélange à d’autres thèmes de la BO ; de longues et profondes notes accentuent l’atmosphère sombre et malsaine de cette « maison hantée »; ensuite une partition avec différentes variations pour l’étudiant, Heinrich, ou pour « le démon » avec lequel la mère discute; enfin, un thème musical pour la mère et son fils. Nous avons développé tout cela avec un jeune compositeur appelé Leonard Petersen, très talentueux. J’ai aussi aimé incorporer d’autres styles de musique comme une chanson punk et même de la techno pour le climax* qui je pense fonctionne très bien, c’est dynamique et surprenant.

*apogée ou point d’acmé

Merci infiniment Nikias pour tes réponses et bravo pour ton oeuvre!

DER BUNKER – Clip from Nikias Chryssos on Vimeo.

Der Bunker est le premier long métrage du réalisateur Nikias Chryssos, il y dirige Pit Bukowski (Der Samurai), Daniel Fripan, Oona von Maydell, David Scheller…

Année de production : 2015
Scénaristes : Nikias Chryssos
Musique : Leonard Petersen
Genre : Horreur, Comédie, Drame
Pays d’origine : Allemagne
Durée : 1h25

Note*: Le climax en musique est le point culminant d’un morceau — notamment en musique symphonique romantique – moment où la nuance fortissimo et l’agitation musicale maximale sont obtenues grâce à un tutti orchestral.

FEFFS 2015: Taxi, nécrophilie et rétro-futurisme

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Les pérégrinations d’un reporter au FEFFS 2015 : projections des films Night Fare, The Corpse of Anna Fritz et Turbo Kid.

Pour rattraper la projection catastrophique de minuit d’hier, il avait été convenu avec certains festivaliers d’aller se soûler au bar. Pour se désaltérer dans un premier temps, mais également pour cracher sur les vilains petits canards de la sélection. On se retrouve donc au Berthom de Strasbourg, jouissant de l’happy-hour et d’une Maredsous bien agréable. L’arrivée d’un nouveau festivalier à Strasbourg nous permet de lui faire quelques recommandations sur les films à voir, mais surtout sur ceux à ne pas voir. Emelie, Ava’s Possession, Howl sont ceux qui reviennent régulièrement tandis que j’hésite à recommander ou non Crumbs. Mais en le décrivant comme un film dans la lignée d’un Jodorowsky, mes compagnons de festival sont encore plus excités par ce film qu’ils ne pourront voir nul par ailleurs. Quoi qu’il en soit, en ce qui nous concerne ce soir, on espère au minimum se marrer un peu, car la sélection jusqu’à présent est un peu pâlotte. Rien de véritablement jouissif ou transcendant. Notre programme commencera donc par un film français en présence de l’équipe du film, un long métrage espagnol nécrophile et un film de minuit rétro-futuriste. Moi qui avait espéré assister à la séance de Cop Car à 22h, une bénévole m’apprend que la séance est complète. Un « ah merde » m’échappe, mais je décide très sagement d’assister à la séance de The Corpse of Anna Fritz, film espagnol que je souhaitais pourtant éviter. Mais soit je m’y plierai. Alors, visionnons mes bons !

[CROSSOVERS] Night Fare

Réalisé par Julien Seri (France, 2015). Sortie en salles françaises le 04 novembre 2015.

Synopsis:  Luc et Chris, son ami anglais, montent dans un taxi pour rentrer chez eux après une soirée parisienne bien arrosée. Arrivés à destination, ils s’enfuient sans payer la course. Ils sont tombés sur le mauvais chauffeur… Le taxi va se mettre en chasse toute la nuit. Mais, est-ce vraiment l’argent qu’il veut ?

Night Fare est la nouvelle preuve qu’un film de genre français peut être produit en marge du système. En ayant récolté plus de 50 000€ sur le site de crownfunding Ulule, Julien Seri a pu concrétiser ce Night Fare, sorte de croisement entre DriveDuel et Collatéral avec une dose de surréalisme totalement inattendue. Pourtant, Julien Seri n’est pas un inconnu du milieu du cinéma puisqu’il a déjà eu l’occasion de travailler avec Luc Besson, et ses faits d’armes s’intitulent Yamakasi-Les Samourais des temps modernes, Les Fils du Vent et Scorpion. Des films dispensables mais qui témoignent de la nervosité d’un réalisateur qui privilégie l’action au reste. Night Fare n’échappera pas à la règle et on pourrait presque s’en réjouir tant les combats s’avèrent rythmés, bien fichus et haletants. Je dis « presque » car le scénario a dû mourir en cours de tournage. Démarrant autour d’un triangle amoureux, le récit dévoile quelques flash-backs sur le passé des personnages principaux tandis qu’on apprend qu’il y a une organisation beaucoup plus importante derrière ce croque-mitaine conducteur de taxi, et qu’elle remontrait au Moyen-Age (!!!). C’est là que le film nous perd en route. Avec un scénario qui avance dans une complexité inutile et une organisation de chevaliers de la nuit, Night Fare ne devient plus que l’ombre de lui-même, alors qu’il tenait là un duel excitant entre deux types paumés et un vengeur invincible. A trop vouloir en faire et éviter le déjà-vu, Julien Seri livre une partition grotesque et boursouflée. On lui reconnaîtra néanmoins le mérite d’avoir un casting correct et une mise en scène soignée, avec quelques jolis cadres et des lumières acidulées qui témoignent d’un amour pour Nicolas Winding Refn, même si certains effets font peine à voir (des flammes virtuelles). Concernant le réalisateur danois, Julien Seri doit sans doute lui attribuer aussi son goût pour la violence et les exécutions sanglantes. Les bras volent, les os se brisent et les balles déforment les visages. C’est esthétiquement plaisant et toujours dynamique. On ne pourra pas reprocher au film de ne pas nous maintenir captivés par cette débauche de violences. S’il tombe parfois dans certains poncifs, Julien Seri évite cependant de nombreux clichés et on sent qu’il a eu la maîtrise sur une bonne partie de son film. Il est clair qu’on aura rarement vu un tel résultat sur les écrans français. Night Fare est donc un véritable OFNI dans le système du cinéma français. Pas si énervant que cela mais extrêmement prétentieux et qui s’écrase dans un dénouement what-the-fuck au plus haut point. Peut-être que pour la première fois, je ne sais pas comment saisir ce film pour lequel j’ai totalement décroché du scénario tout en restant diverti par le style et les scènes d’action. Un plaisir coupable ? Peut-être bien.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆  .

[EN COMPÉTITION] The Corpse of Anna Fritz

Réalisé par Hector Hernandes Vicens (Espagne, 2015). Date de sortie prochainement annoncée. 

Synopsis : Anna Fritz, une actrice célèbre à la beauté troublante, vient de décéder. Un employé de la morgue, sur le point de finir son service, laisse deux de ses meilleurs amis s’introduire dans les lieux pour observer la défunte. Il n’est d’abord question que de jeter un oeil sous le drap. Mais très vite, la morale s’efface et l’un des visiteurs est tenté de posséder ce corps inerte.

Étonnant et minimaliste film espagnol qui traite d’un sujet trop rarement vu sur les écrans, la nécrophilie. Se déroulant dans une morgue (l’unique décor), le film serre progressivement son étau à mesure que l’intrigue se rapproche d’un thriller en huis-clos haletant. On reconnaîtra l’audace pour Hector Hernandes Vicens de traiter d’un tel sujet dans une société frileuse qui souhaite détourner le regard de ses pulsions les plus odieuses et profondes. Mais c’est tout! Faute d’écriture, le scénario tombe dans une accumulation de scènes caricaturales où les personnages agissent comme les plus infâmes misogynes au monde. Dès lors que le cadavre se réveille, les personnages auront des réactions toutes plus absurdes et inimaginables. Tous les personnages semblent être des clichés sur pattes, confrontant plusieurs notions de bien et de mal. Enfin par « notions », j’entends qu’il y a un gentil, un méchant et un entre-les-deux, de sorte à donner plusieurs discours sur la situation, sauf que le réalisateur ne fait qu’effleurer cet aspect, tout comme il ne considère son actrice principale que comme un cadavre, à l’image du film. Son immobilité l’oblige à jouer de son statut d’actrice et de persuasion, mais jamais elle ne parviendra à éclipser ce statut de femme-objet. Il semble difficile pour le réalisateur de ne pas tomber dans la paresse d’un scénario rempli à ras-bord d’incohérences et de ridicules facilités. Un téléphone qui sonne au bon moment, un gardien qui n’entend rien de par ses écouteurs, une actrice qui ne peut bouger, etc. Malgré l’invraisemblance de la situation, tout semble aller sur des roulettes pour ces nécrophiles d’un soir afin de tenir jusqu’au final renversant. C’est sans compter le lourdingue message que le film porte puisqu’il n’en contient tout simplement pas. The Corpse of Anna Fritz ne dit rien. Dès lors que ce « viol nécrophile » est perpétré (à deux reprises), personne ne réfléchira à l’immaturité et la violence de cet acte. Seul compte la manière dont les « héros » vont pouvoir s’en sortir. Misogyne à l’extrême, le réalisateur n’ose à aucun moment filmer la violence et la nudité masculine comme il le devrait alors que son actrice principale bénéficie d’une quasi-totalité de plans en full-frontal naked. C’est la faiblesse d’un film qui traite d’un sujet controversé, mais qu’il ne fait qu’effleurer pour livrer un thriller aux allures tout-juste morbides. Grotesque et totalement vain.

Note de la rédaction : ★★☆☆☆    .

[MIDNIGHT MOVIES] Turbo Kid

Réalisé par François Simard, Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell (Nouvelle-Zélande, 2015). Date de sortie prochainement annoncée. 

Synopsis : 1997 : dans un futur parallèle post-apocalyptique, un adolescent orphelin surnommé « le Kid » parcourt le désert à la recherche de reliques qu’il échange contre de l’eau fraîche, denrée la plus précieuse dans ce monde toxique. Il rencontre Apple, dont l’humour à toute épreuve le sort peu à peu de son isolement. Mais Apple est enlevée par Zeus, le personnage sadique et plein de verve qui règne sur le territoire. Le Kid doit alors assumer son destin : éliminer Zeus et sauver Apple.

On aime bien le cinéma néo-zélandais. Surtout quand il nous livre des cinéastes comme Peter Jackson ou des films fantastiques comme les récents Housebound ou What we do in the Shadows (Vampires en toute intimité en VF). Alors un film se déroulant dans un monde post-apocalyptique avec des personnages hauts en couleur, on pense à l’australien Mad Max mais surtout on a hâte ! En 2011, un appel à films est lancé pour compléter l’anthologie The ABC’s of Death d’un 26ème épisode. Le collectif Roadkill Superstar (François Simard, Anouk et Yoann-Karl Whissell) remplit le mandat et livre T is for Turbo, qui arrive bon premier au vote populaire, mais qui est finalement recalé derrière T is for Toilet par le jury. Dommage mais les gars ne se laissent pas abattre et convaincus par le potentiel de leur court et l’accueil du public, ils l’adaptent dans la foulée en long métrage. On ne peut que saluer cette petite pépite du cinéma de série Z. Quelle réjouissance, quelle audace, quel style ! Budget minimaliste, mais générosité maximale pour ces réalisateurs qui, malgré le manque de moyens, font preuve d’une maîtrise, d’une nostalgie et d’une considération pour son spectateur. C’est du vrai bon cinéma, taillé pour les festivals et les amateurs de genre. Les passionnés de cinéma rétro-futuristes des années 80 y trouveront assurément leur compte. Même les récents fans de Mad Max Fury Road pourrait bien trouver leur bonheur tant l’univers nous y renvoie régulièrement. L’absence d’eaux, des personnages pittoresques, un antagoniste en béton, de la violence dégoulinante comme il faut. Seules les voitures et machines de guerre du film de George Miller sont remplacés par des BMX, mais l’univers dépeint y est sensiblement le même. La profusion d’accessoires rétros ou d’effets horrifiques ne doivent cependant pas empêcher de voir dans Turbo Kid un film charmant qui prend le temps de s’attarder sur la construction émotionnelle de ses deux personnages principaux. J’irais presque jusqu’à dire que tout ceci est très mignon. Mais quand bien même on est réconforté par cet aspect romantique, on ne peut que jubiler lors des combats qui ne semblent avoir aucune limite, autant dans l’humour que dans le gore. La séquence finale est à juste-titre ce qu’on a vu de plus distrayant au cinéma ces derniers temps. C’est à ça que l’on reconnaît les bons films, à partir du moment où l’équipe du film déborde d’énergie et fait preuve de créativité. Les plus nostalgiques trouveront leur compte tant chaque scène s’avère bourrée de références aux années 80. Et que dire de cette BO alliant toute l’énergie et le dynamisme de l’électro et du synthé. On en ressortirait presque nos walkmans. C’est d’autant plus agréable que ce film au grand cœur a bénéficié d’une sortie dans les salles obscures canadiennes. La consécration pour un collectif sur le point de s’envoler. On a hâte de retrouver ces petits gars et on suivra leur prochain projet avec intérêt.

Note de la rédaction : ★★★★☆  

Enfin un film de minuit à la hauteur de mes espérances et de celles de tous les spectateurs de la salle, applaudissant avec énergie lors du générique final. C’est le cœur revigoré, mais l’esprit lessivé que je rentre me coucher pour rattraper un peu de sommeil et me préparer à la prochaine journée où quatre films seront visionnés par la rédaction. Un thriller hitchcockien, un Je Suis Une Légende-Like, une forêt irlandaise terrifiante et des guêpes mutantes. Après cette journée bien plus dynamique, on a déjà hâte de retrouver le chemin des salles strasbourgeoises. En attendant la vénérable Nuit Excentrique. A demain, les cadavres !

 

Brooklyn, un film de Pascal Tessaud: Critique

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C’est un pur hasard de calendrier, mais la sortie une semaine après Straight Outta Compton d’un film français sur le même thème, celui du hip-hop, peut permettre une comparaison qui ferait cas d’école entre les cinémas hexagonal et d’outre-Atlantique, sans que les deux films soient antithétiques (l’antithèse de Brooklyn serait plutôt et paradoxalement un film français: Dheepan).

L’éclosion d’un talent qui espère voir briller

Alors que le biopic des membres de NWA nous vendait, en pur produit américain, du spectaculaire et des rêves de gloire et de fortune, ce que nous propose Pascal Tessaud à l’occasion de son premier film est une œuvre intimiste, naturaliste et jonglant entre chronique sociale et histoire d’amour torturée.
Mais même s’il semble correspondre aux normes du cinéma grand-public français héritées de la Nouvelle Vague, Brooklyn est loin d’être un produit calibré puisqu’il s’agit d’un « film guerilla », ces productions purement urbaines initiées par Donoma de Djinn Carrénard et Rengaine de Rachid Djaïdani, tournées en peu de temps, avec des moyens limités acquis non pas grâce aux subventions publiques mais au crowdfunding et des acteurs majoritairement non-professionnels auxquels est donnée une large marge d’improvisation.
Si ce premier film a tapé dans l’œil de l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) à l’occasion du dernier festival de Cannes, c’est avant tout parce que son auteur a su dénicher une pépite sur laquelle faire reposer son film : la rappeuse suisse KT Gorique. Celle qui s’est fait connaitre dans le milieu du hip-hop lors de championnats mondiaux d’improvisation se retrouve ici présente dans quasiment tous les plans du film et nous prouve que son talent dépasse les battles de rap. L’énergie que dégage ce petit bout de femme en devient même le moteur de toute la dramaturgie du long-métrage, tandis que la sincérité qu’elle donne à son personnage réussit à en faire une petite histoire sinon touchante, du moins remarquable par la justesse de son propos sur la place de la femme dans un milieu malgré tout terriblement phallocrate. L’autre personnage frappant est celui de Yazid, interprété par l’excellent Jalil Naciri (remarqué notamment dans la série P.J.), qui incarne l’esprit de volonté d’émancipation et de fraternité que le réalisateur a voulu mettre en avant pour donner un visage différent des cités que les clichés que nous en donne habituellement le cinéma de fiction.

L’autre atout de Brooklyn est sans aucun doute la qualité des images (souvent le parent pauvre de tels films tournés à l’arraché) et ses choix de mises en scènes. Qu’il s’agisse de prises de vues à l’épaule ou de changements de focales incongrus, tous ces effets visuels vont dans le même sens, celui de coller au plus près notre héroïne pour capter ses émotions et créer ainsi un lien empathique digne de ce que les frères Dardenne savent faire. Mais aucun de ces artifices n’est utilisé de manière appuyée, le montage ne laissant jamais aux scènes le temps de s’éterniser inutilement (d’où la durée assez courte du film) mais va directement à l’essentiel et s’adapte ainsi, une nouvelle fois, à la vitalité qui émane de Coralie. Une vigueur et une sympathie qui brisent l’image d’une génération morose et d’un milieu social inhospitalier, et qui apparaissent même -sans que le discours ne se veuille jamais moralisateur ou démagogique- comme des modèles à suivre, aussi bien dans la façon qu’elle a d’accomplir un petit boulot pour payer son loyer que dans son engagement associatif et artistique. A noter que le montage réussit également parfaitement à adopter, lors des captations de scènes chantées, la rythmique des musiques hip-hop, ce qui rend la bande originale d’autant plus entraînante.

Il n’est absolument pas nécessaire d’être un amateur de rap ni de l’art de la rue pour apprécier la proposition de Brooklyn: Celle de s’éloigner des sempiternels films sur les banlieues et leur vision enragée et antisystème de quartiers tenus par des petits caïds, puisque c’est au contraire l’image d’une communauté pleine de ressources culturelles, de fraternité et d’espoir qui nous y est offerte avec une virtuosité prometteuse.

Synopsis : Tout juste arrivée à Saint-Denis, Coralie, venue de suisse et âgée de 22 ans, est logée chez une vieille dame du nom de Odette et est embauchée dans une association qui aide les jeunes rappeurs à se faire connaitre en vue de monter sur scène et de sortir un album. Alors qu’elle entame une relation avec Issa, ses talents de chanteuse sont remarqués par Yazid, un manager qui décide de la prendre sous son aile.

Brooklyn : Fiche technique

Réalisation: Pascal Tessaud
Scénario: Pascal Tessaud
Interprétation: Kt Gorique (Coralie, AKA Brooklyn), Rafal Uchiwa (Issa), Jalil Naciri (Yazid), Liliane Rovère (Odette), Despee Gonzales (Diego)…
Photographie: Fabien Rodesch, Sebastien Bages, Pascal Tessaud
Décors: Thierry Jaulin
Montage: Nicolas Milteau, Amandine Normand
Musique: Khulibai, Calogero di Benedetto, DJ Dusty, Kt Gorique…
Producteur(s): Pascal Tessaud
Production: Les enfants de la Dalle, Film Factory, Cypher films, Manufactura
Distributeur: UFO Distribution
Durée: 83 minutes
Genre: Comédie dramatique, musical
Date de sortie: 23 septembre 2015

France – 2015

Maryland, un film de Alice Winocour : critique

Jeudi 24 septembre, Alice Winocour, entourée de toute son équipe, est venue présenter son deuxième film, Maryland, au public parisien.

Synopsis : De retour d’Afghanistan, Vincent, victime de troubles de stress post-traumatique, est chargé d’assurer la sécurité de Jessie, la femme d’un riche homme d’affaires libanais, dans sa propriété « Maryland ».Tandis qu’il éprouve une étrange fascination pour la femme qu’il doit protéger, Vincent est sujet à des angoisses et des hallucinations. Malgré le calme apparent qui règne sur « Maryland », Vincent perçoit une menace extérieure…

 Malgré un débat (censé suivre le film) finalement écourté – voire carrément passé sous silence – la réalisatrice a présenté son film en quelques mots avant la projection et ce, en présence de Matthias Schoenaerts et de Diane Kruger (apparue quelques secondes après la projection du film et vite assaillie). Si la rencontre a quelques peu déçu, qu’en est-il du film ?

Qui vive 

« Je voulais faire un film qui soit  une expérience sensorielle, entièrement du point de vue d’un seul personnage. Mais c’est aussi une histoire d’amour un peu étrange, vous verrez », c’est en ces mots qu’Alice Winocour a présenté Maryland aux spectateurs. Cette promesse-là, de faire ressentir entièrement (et quasiment uniquement) les émotions du personnage principal, soit Vincent (Matthias Schoenaerts) un ancien soldat en plein syndrome post-traumatique, fonctionne plutôt bien. Le film est en effet assez prenant tant il met en scène images réelles et fantasmées, mêlées à une stylisation parfois forcée, pour mettre le spectateur dans un état d’alerte permanente. Pourtant, la toute première partie du film, celle où Vincent est encore dans le fantasme de la menace, où il entend des choses qui n’existent pas, imagine des drames qui ne se réalisent pas, est un plutôt faible. Alice Winocour y multiplie les ralentis pas toujours heureux. Ce qu’elle réussit pourtant le mieux c’est de filmer ce corps pris dans un huis clos, ou plutôt comme enfermé dans la villa d’un couple dont il va bientôt protéger la femme (Diane Kruger). Cette première partie présente Vincent comme un soldat traumatisé,  ce qu’il a vécu ne nous sera livré que par une courte image (avec renfort de grosse musique) en guise d’ouverture du film. Si l’objectif est de ressentir ce trouble, avec des sons mis en avant, le spectateur étant enfermé comme dans une bulle qui représente la tête de Vincent, Alice Winocour reste un peu trop en surface. Elle pose un constat clinique trop rapide. C’est pourtant ce qui avait fait la force de son précédent film, Augustine, où tout reposait sur la relation médecin-malade et où devait être diagnostiqué un trouble étrange : l’hystérie. Là encore la réalisatrice se repose sur le corps. Car si Vincent est cabossé dans sa tête, son corps est entier. Une scène très courte dans un centre de « remise en forme » avec des soldats aux corps vraiment blessés nous fera ressentir toute la force de ce traumatisme entièrement psychologique, dur à définir et pourtant entêtant. Engagé comme garde du corps, Vincent ne peut que rester alerte, sans relâche, et ce avec le désir de repartir au plus vite au combat.

« La peur n’évite pas le danger »

Quant arrive la menace réelle, Alice Winocour bascule dans le thriller d’action à grands renforts de musique qui est souvent un substitut à la parole et est censée nous faire ressentir encore plus l’état d’esprit de Vincent. La musique est donc omniprésente alors que Vincent est un personnage à la Drive, taiseux, peu expressif et froid voire glaçant dans ses accès de violence. Dès que commence l’action pure et dure (toujours contrebalancée par des scènes de calme plat où Vincent ne parvient pas à faire retomber la pression) on ne possède comme clef de lecture que ce que Vincent perçoit et comprend. C’est donc sa vision à lui qui fait monter la pression, la villa se transformant en véritable piège où les caméras de surveillance filment le vide alors que les agresseurs surgissent de nulle part. Tout se passe comme si la première partie, très calme, présageait de la tempête qui traverse toute la fin du film. Alice Winocour met alors en scène des rituels : Vincent fermant les grilles placées devant les portes de la villa (et qui ressemblent à des barreaux de prison) ou encore ce même Vincent déclenchant l’alarme. On le voit donc se réfugier derrière une hyper sécurité qui pourtant ne le protège pas. 

Dans la tête de Vincent

La mise en scène est plutôt fluide, accrochée aux corps et à cette villa menaçante montrée d’abord comme un lieu de fête, mais où la pluie peut venir à tout moment affoler les invités qui se replient dans ses murs. Alice Winocour construit des sanctuaires inviolables au sein de cette villa comme la cuisine, lieu de réunion de tous les personnages. Ces passages plus calmes permettent au film de monter en tension, d’escalader l’échelle de l’explosion (de Vincent comme du lieu). On ne saura pas vraiment d’où provient la menace. Vincent n’a pas le temps de le savoir et Jessie, la femme qu’il protège, s’en préoccupe finalement assez peu. Le personnage est d’ailleurs faiblement caractérisé, tant il est surtout un pantin au service d’un mari puis une petite chose à protéger, un fantasme pour Vincent. Dommage qu’un tel stéréotype perdure pour une fois qu’une femme prend les commandes, en France, d’un film d’action. Au début du film, quand « tout va bien », Jessie porte donc des mini-shorts, va à la plage, puis très vite elle bascule dans le cauchemar et s’habille en jogging. C’est un résumé plutôt simpliste, mais ça reste la seule image qu’Alice Winocour donne de Jessie. Pourtant, Diane Kruger apporte une forme de nuance au personnage ou du moins un peu de relief par sa forte présence à l’écran et la relation qu’elle noue avec Vincent (entièrement basée sur un jeu de regards). On reste quand même dans un schéma classique puisque la fameuse histoire d’amour, fantasmée elle aussi, présente Jessie comme la figure salvatrice, qui apporte l’apaisement. Résultat, si l’enrobage de Maryland est plutôt réussi – tension assez palpable, travail intéressant sur le son et la musique (sur laquelle Alice Winocour a cependant trop tendance à se reposer pour donner à ressentir) et mélange d’images réelles et fantasmées qui posent la question de leur statut au cinéma – le tout manque de consistance.

Alice Winocour a écouté le témoignage de nombreux soldats et a tout de suite pensé à Matthias Schoenaerts, parfait pour ce rôle. Il n’en fait jamais trop, même quand il y a des incohérences, sobre jusqu’au bout. Avec cet espace propice au cinéma – quand il n’y a plus de mots pour dire ce qu’on ressent, que le corps lâche – qu’il a ouvert, Maryland demeure inabouti, même s’il offre quelques sueurs froides. Mais les images s’enchaînent sans réel fil conducteur, le ressenti est donc biaisé car on peine parfois à se convaincre devant une situation souvent rocambolesque. Le calme avant la tempête, certes, mais l’espace clinique de la souffrance est trop étouffé par une grandiloquence qui freine la raison première du film :  « faire ressentir ».

Bande annonce – Maryland 

Fiche technique – Maryland 

Titre original : Maryland
Date de sortie : 30 septembre 2015
Nationalité : Française
Réalisation : Alice Winocour
Scénario : Alice Winocour
Interprétation : Matthias Schoenaerts (Vincent), Diane Kruger (Jessie), Paul Hamy (Franck)
Musique : Gesaffelstein
Photographie : George Lechaptois
Décors : Samuel Deshors
Montage : Julien Lacheray
Production : Isabelle Madelaine,  Emilie Tisné
Sociétés de production : Dharamsala, Darius Films
Sociétés de distribution : Mars Films
Budget : NR
Genre : Action
Durée : 98 minutes
Récompense(s) : Sélection « Un Certain Regard » Festival de Cannes 2015, Sélection Festival de Toronto

Scream Queens : le pilote fait un flop !

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La série Scream Queens a fait un faux départ mardi et a dû faire face à l’absence criante de l’audience télé !

Scream Queens a débuté ce mardi soir sur la chaîne américaine FOX. La série horrifique et déjantée créée par Ryan Murphy (American Horror Story, Glee, Nip/Tuck) et ses comparses Brad Falchuk et Ian Brennan (Glee, Nip/Tuck) mettait en scène quelques unes de leurs favorites et un casting attendu du public. Mais le démarrage n’a pas eu l’effet escompté et le pilote a fait un flop ainsi que l’épisode suivant.

Dans Scream Queens, tous les ingrédients du succès sont pourtant bien présents. Emma Roberts en perverse narcissique et Skyler Samuels en justicière : deux actrices d’American Horror Story dans un face à face délirant. Jamie Lee Curtis, terrible et vicieuse campe une reine-mère de la manipulation tandis que Lea Michele (Glee) joue les psychopathes handicapées. Abigail Breslin (Maggie, Final Girl), quant à elle, fait le choix de l’auto-dérision et on la préférerait presque comme ça, notamment quand la blonde s’inflige une baffe monumentale… Un grand moment qui décoiffe !

Dans le pilote, un personnage balance une réplique clef : « Les fraternités, c’est comme Game Of Thrones ! » Tout est dit ! Scream Queens est une série diabolique et complètement barrée. Parfois, elle atteint des sommets dans la parodie et le troisième degré mais la mayonnaise prend et on entre aisément dans le délire des créateurs.
Et pourtant, la série n’a réuni que 4 millions de téléspectateurs (dont 2,2 millions des 18-49 ans) contre 18,2 millions devant le retour de NCIS sur CBS. The Voice aussi était de la partie sur NBC avec 12,3 millions de fidèles mais l’échec s’est surtout ressenti face aux 9 millions postés devant Les Muppets sur ABC ! De quoi contrarier franchement la FOX qui a déjà raté le lancement de Minority Report lundi face à Big Bang Theory et The Voice – une fois n’est pas coutume, tant qu’à faire !

Gageons que les prochaines apparitions de Chad Michael Murray (Marvel’s Agent Carter, Les Frères Scott) et Patrick Schwartzenegger apporteront de l’audience à nos Scream Queens !

Dans cette attente, on peut toujours visionner le teaser de l’épisode 3 sorti hier et visible ci-dessous !

Scream Queens : Episode 3 saison 1 Promo « Chainsaw »

 

FEFFS 2015: Rencontre avec Rafael Martinez pour son film Sweet home

FEFFS 2015 compétition internationale, retranscription de la rencontre publique avec Rafael Martinez pour son film Sweet home

Synopsis: Alicia attire son compagnon dans un immeuble quasi déserté pour une soirée en tête à tête. Le même jour, elle s’était rendue sur place dans le cadre de son emploi pour motiver le dernier locataire à s’en aller. Mais des hommes reviennent, pendant la nuit, avec un même but et des moyens plus radicaux. Alicia les surprend et tentera de leur échapper jusqu’au matin. Interdit au moins de 16 ans

La Rédaction CSM, comme le public strasbourgeois, a été séduite par Sweet Home, un home invasion intense, qui peut apparaître comme un exercice classique certes, mais dont l’efficacité provient essentiellement de la maîtrise de la réalisation de Rafael Martinez, très prometteuse pour son premier film. L’intrigue se déroule en plein cœur de Barcelone, dans un immeuble délabré : courses poursuites dans les escaliers et les égouts, décapitation sanguinolente, et autres mutilations, raviront les spectateurs avides d’hémoglobine et de sensations fortes…

Nous avons eu le privilège d’assister à la projection de Sweet Home en présence du réalisateur, du scénariste et de la traductrice, qui ont dévoilé face à un public favorable, mais non sans une certaine pudeur, la genèse de leur projet:

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Angel Agudo à gauche, la traductrice et Rafa Martinez au centre

– Bonjour Rafa, en voyant le film, j’ai l’impression qu’il y a deux films en un, le premier qui est un véritable home invasion, et à compter du moment où tu amènes ce nouveau personnage en milieu du film, ça devient presque un film de Boogeyman, un film de croque-mitaine…
Je vois plutôt 4 temps de film en un, en fait… Je vois un début avec un prologue assez classique et ensuite on a un deuxième film un peu plus réaliste comme dans Maman j’ai raté l’avion, puis ça devient véritablement un film d’horreur avec des références comme Panic Room ou Die Hard

– Le film est assez ludique, avec une dynamique dans laquelle les personnages sont placés devant des objectifs, des salles, des objets à acquérir, les clés, la trappe, qui permettent d’accéder à de nouveaux lieux, où les personnages sont bloqués, les ennemis sont bloqués, et en fait j’ai trouvé que ça ressemblait énormément à un jeu vidéo et notamment à Clock Tower, une saga d’épouvante très connue dans le jeu vidéo avec une unité de lieu, un personnage assez similaire à l’antagoniste du film. Au niveau du scénario, même de la mise en scène, le jeu vidéo a t-il simplement été une référence pour la réalisation du film?
Oui, c’est clair que les jeux vidéos, ça a beaucoup joué… Rafa (ndlr: Rafael Martinez, scénariste du film), qui a également écrit le film, est beaucoup influencé par ça, et donc on a une unité de lieu, et des objets à trouver, et puis on a les différents étages qui sont comme des niveaux en fait, et la scène finale c’est directement inspiré de l’idée de jeux vidéos parce qu’elle se confronte au boss, au monstre à la fin. Donc oui, il y avait une vision un peu comme ça.

– Question à Angel Agudo (ndlr: l’un des 3 scénaristes): tu viens avec un véritable scénario ou quand vous commencez, vous êtes tous les deux au point de départ, à l’instigation du projet?
En fait, il y a Rafa (ndlr: Raphael Martinez) avec des amis qui avaient commencé à écrire, et puis Theresa (ndlr: Teresa de Rosendo) qui est aussi co-scénariste, est entrée en jeu, et moi au final je suis arrivé pour continuer cette coopération, et puis on a discuté ensemble, et voilà, on est arrivé au scénario final.

– Est-ce ton premier film? L’ensemble est super maîtrisé, il y a des mouvements de caméra super inventifs, qui tombent dans la cage d’escalier, pour représenter la première personne… L’unité de lieu m’a plus fait penser à Rec,  produit par la même boîte de prod Filmax… Si tel n’est pas le cas, je serais assez intéressé de savoir tu as fait d’autres films en tant que réalisateur.
Alors oui, c’est mon premier long métrage. Bon en fait, c’est vrai qu’il est extrêmement contrôlé, maîtrisé, car on a passé énormément de temps à l’écrire, à le penser, mais par contre je voulais un peu m’éloigner de Rec, je n’avais pas envie de caméra à la main, j’avais envie de m’éloigner de ce style là. Oui, j’ai fait d’autres choses avant, j’ai un peu touché à tout en fait, que ce soit l’écriture, le montage ou la réalisation…

– Faire un premier film ne doit pas être évident. Concernant la production, as tu financé cela tout seul, ou as-tu beaucoup cherché de financements? L’autre question est : as-tu pensé à « buter » l’héroïne à la fin? (ndlr: rires du public)
C’est un processus qui a duré très longtemps en fait, 5 ou 6 ans à partir du moment où on l’a écrit, et pour le financement, le projet est passé de producteur en producteur et on a fini par trouver Filmax, qui nous a financés, et c’est vrai que ce n’était pas si facile au final de les convaincre, car c’est un film qui a pris peu de temps à se tourner, qui a pris peu d’argent. Puis des producteurs polonais sont entrés en jeu aussi… Donc oui, ça a été un processus assez long et au final le film est là, et on est bien content.
Concernant l’héroïne, oui j’aurais bien aimé la buter, car sur le tournage en tant que personne, c’était dur des fois! (ndlr: rires du public)

– Du coup, je ne crois pas qu’on est vu l’actrice (ndlr: Ingrid Garcia Jonsson) dans autre chose en France. Vient-elle du cinéma d’auteur plutôt?
C’est vrai que c’est une actrice que l’on ne connait pas encore trop, qui est vraiment très jeune, et moi ce qui a attiré mon attention, c’est qu’elle avait tourné juste avant dans un film totalement différent, très arty, avec un réalisateur espagnol (ndlr: La Belle Jeunesse de Jaime Rosales), artiste, tout ça… Il tournait complètement d’une autre manière que la mienne. Il faisait une séquence par jour, et beaucoup d’improvisation. En gros si son film à lui c’était une musique classique, moi c’était du rock’n roll pour elle, c’était complètement différent.

– Les statistiques du début du film sont-ils inventés ou vrais? (ndlr: statistiques sur le nombre d’espagnols expulsés de chez eux)
En tout cas, le phénomène des expulsions ou ce qui est expliqué au début, c’est vraiment réel en Espagne, et ça se passe comme ça. Après, on a fait des recherches pour avoir des données plus précises… Donc ce que l’on voit, il y a une partie qui est réelle, mais les 2% de gens qui ont disparu, où on ne sait plus ce qui se passe, bon ça c’est inventé, mais on a essayé de faire un truc un peu homogène pour coller à notre histoire. Mais il y a des chiffres qui sont vrais, oui…

– Félicitations pour la maîtrise bien réelle de votre premier film. Par rapport à l’immeuble, qui est d’une certaine manière un des personnages du film, avez-vous tourné en studio uniquement ou partiellement dans un immeuble? Et si cet immeuble existe véritablement à Barcelone, du coup avez-vous été obligés de chasser des locataires pour tourner? (ndlr: rires du public)
Déjà, merci pour tous les mots d’encouragement parce que le tournage a tellement été difficile que maintenant vos paroles, ça fait vraiment du bien et ça va me donner l’énergie de tourner un second film. Concernant l’immeuble, c’est vraiment un immeuble des alentours de Barcelone. On n’a pas tourné ailleurs en fait, pour des raisons de budget. Après, on a modifié quelques aspects pour certaines scènes, que ce soit des entrées ou des sorties pour permettre des mouvements dans le film… Non, on n’a mis personne à la porte et on n’a tué personne pour tourner le film, mais il se trouve qu’il y avait une personne qui vivait encore là-bas quand on a repéré l’immeuble, et on a dû attendre qu’elle s’en aille, gentiment, pendant qu’on signait des contrats, pour que l’on puisse enfin se mettre à tourner.

– Concernant l’immeuble toujours, y a t’il en Espagne des particularités avec les immeubles, parce que de mémoire A louer était espagnol aussi, Rec aussi… On a à chaque fois la hantise de rester coincé dans un immeuble… Cet immeuble est d’ailleurs très bien choisi par rapport à la narration. Est-ce que vous aviez le scénario et vous vous êtes dit « il faut qu’on trouve un immeuble qui colle à ça », et vous avez galéré pour le trouver ou est-ce qu’en voyant cet immeuble, vous vous êtes dit « ok c’est là qu’il faut qu’on tourne, parce que celui-là il est parfait »?
Peut-être que si les films espagnols sont souvent tournés dans des immeubles, c’est parce qu’on n’a pas trop d’argent, donc finalement c’est plus facile de se concentrer sur un lieu en particulier. Pour autant, on a essayé de donner véritablement une diversité à cet immeuble, en jouant avec la lumière, les couleurs… Pour le choix du bâtiment, on est vraiment parti du scénario, et à partir de là, on a cherché l’immeuble qui allait le mieux s’y prêter. On a vraiment eu du mal à le trouver: soit il y avait des escaliers trop petits, ou trop grands, il n’y avait pas d’ascenseur… Et quand on a enfin trouvé le bon immeuble, on a fait des ajustements, on a réécrit quelques scènes: au début on avait écrit pour qu’il y ait 4 appartements; finalement, on en a mis trois, on s’est adapté… 

Merci beaucoup Rafael.

Propos recueillis lors de la rencontre publique du 23/09/15 avec Rafael Martinez pour son film Sweet home (Compétition internationale, FEFFS 2015)

Sweet home Trailer

https://www.youtube.com/watch?v=in9K2PIah50