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Bande-annonce du film: Folles de Joie (La Pazza Gioia)

Découvrez la bande-annonce Folles de Joie (La Pazza Gioia) par le réalisateur des Opportunistes

Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes /Paolo Virzì, réalisateur, scénariste et producteur italien, fit son premier film en 1994 avec La bella vita présenté au Festival de Venise. Parmi ses films figurent Ovosodo (1997), Grand Prix Spécial du Jury au Festival de Venise.

   AU CINÉMA LE 8 JUIN –

Un film de Paolo Virzì
Avec Valeria Bruni Tedeschi et Micaela Ramazzotti

 SYNOPSIS

Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d’amitié. Une après-midi, elles décident de s’enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu’est le monde des gens « sains ».

Folles de Joie (La Pazza Gioia): Fiche Technique

Réalisateur: Paolo Virzì ( Les Opportunistes (2013), Napoléon (et Moi) (2006)
Scénario: Francesca Archibugi, Paolo Virzì
Casting: Bob Messini, Micaela Ramazzotti, Sergio Albelli, Tommaso Ragno, Valentina Carnelutti, Valéria Bruni Tedeschi
Image: Vladan Radovic
Son: Alessandro Blanchi
Décor: Tonino Zera
Montage: Cecilia Zanuso
Musique: Carlo Virzì
Coproductions : Manny Films, Lotus Productions
Exportation / Vente internationale : Bac Films Distribution
Production Étrangère: Rai Cinema
Distribution France: Bac Films Distribution

 

The Big Short – le Casse du Siècle: Sortie DVD & Blu-Ray

Prêts pour une leçon de finance et d’économie donnée par Christian Bale, Ryan Gosling, Brad Pitt et Steve Carrell ? Ca tombe bien : The Big Short – le Casse du Siècle arrive dans les bacs le 4 Mai prochain.

Adapté du roman éponyme de Michael Lewis, auquel on doit déjà Le Stratège (mis en scène par Bennet Miller), The Big Short relate l’incroyable pari auxquels se sont soumis quelques golden-boys de la finance américaine, ayant flairé des années avant son commencement, la crise économique de 2008. Grisant, cynique et somme toute immoral, il fallait bien un comique derrière la caméra pour humaniser cette dream-team de losers étant allé à contre courant de l’omerta du dollar. Et si le choix d’Adam McKay ne s’imposait pas forcément à première vue, force est d’admettre que le réalisateur de Légendes Vivantes ou Very Bad Cops sait y faire pour faire valoir sa nomination au fauteuil de réalisateur. Montage rapide, direction d’acteurs très bien amenée et une BO très éclectique voyant Gorillaz se mêler au métal suffisent pour rendre cette virée dans les méandres de la finance un must-see incontournable de l’année. Pour les plus réfractaires, il sera toutefois bon de mentionner que, outre un Oscar du meilleur scénario adapté, le film a réussi à se payer une distribution du tonnerre, en convoquant pas moins que deux sex-symbols en la personne de Brad Pitt et Ryan Gosling ; un comique habitué de McKay, Steve Carrell et l’inénarrable Christian Bale dans un joli rôle de composition. Bref un quatuor de rêve qui sera à même de vous intéresser sur un sujet tout ce qu’il y a de plus nébuleux et à la morale enfantine : les banques ne sont pas de votre coté. On aurait toutefois aimé pouvoir compter sur une édition DVD moins avare en bonus, cette dernière ne présentant qu’un court making-off se faisant l’écho de l’incroyable casting du film ; mais omettant de parler de l’ambiance sur le plateau, de l’investissement de chacun, de l’origine du projet ou de la connexion entre un réalisateur comique et un sujet aussi grave.

Caractéristiques techniques du DVD :
Image 2.40 :1 Letterbox
Audio : Anglais, Français, Italien Dolby 5.1 Surround
Sous-titres : anglais, français, italien, néerlandais
Bonus : En prime : casting

Caractéristiques techniques du Blu-ray™:
Image : 16/9 Letterbox 2.40 :1
Audio : Anglais DTS :X™, Allemand, Espagnol, Français,
Italien, Japonais Dolby Digital 5.1 Surround
Sous-titres : danois, allemand, anglais, espagnol, français, italien, japonais, néerlandais, norvégien, finnois, suédois, anglais pour malentendants
Bonus :
En prime : casting / Le grand saut : Adam McKay / Des héros atypiques : les personnages de The Big Short / Le château de cartes : grandeur et décadence / Souci de réalisme : reconstitution d’une époque / Scènes inédites (L’annonce de Vennett – Le vrai Danny Moses – version longue / Visite en Floride / Vie de famille de Burry / Burry et le syndrome d’Asperger / L’attaque de Danny) – BD-Live

Fiche Technique : The Big Short – le Casse du Siècle

Titre original : The Big Short
Titre français : The Big Short : Le Casse du siècle
Réalisateur : Adam McKay
Scénario : Adam McKay et Charles Randolph, d’après le livre The Big Short: Inside the Doomsday Machine de Michael Lewis
Casting : Christian Bale (Dr Mike Burry), Steve Carrell (Mark Baum), Ryan Gosling (Jared Vennett), Brad Pitt ( Ben Rickert), Finn Witrock (Jamie Shipley),

Direction artistique : Elliott Glick
Décors : Clayton Hartley, Linda Lee Sutton
Costumes : Susan Matheson
Casting : Francine Maisler
Montage : Brent White
Producteurs : Dede Gardner, Brad Pitt
Sociétés de production : Plan B Entertainment et Regency Enterprises
Société de distribution : Paramount Pictures
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Durée : 130 minutes
Genre : comédie dramatique

Vivre, un film d’Akira Kurosawa : critique DVD

Synopsis : Kanji Watanabe, sombre et austère bureaucrate, apprend qu’il a un cancer de l’estomac. Il ne lui reste que quelques mois à vivre. Face à l’ingratitude de son fils, il se rend compte qu’il n’a jamais vraiment vécu. Mais qu’est-ce que vivre ?

Avec Vivre, Akira Kurosawa signe un mélodrame sans pathos doublé d’une critique politique

Les années 50 ont constitué une sorte d’Âge d’Or pour Akira Kurosawa. De nombreuses récompenses internationales (Oscars, Lion d’or, Ours d’argent…) et d’imposants succès publics et critiques ont couronné une liste impressionnante de chefs d’œuvre qui ont marqué des générations de cinéphiles et de cinéastes : Rashomôn, L’Idiot, Les Sept Samouraïs, Le Château de l’Araignée, La Forteresse cachée, etc.

La Momie

Réalisé après L’Idiot, Vivre fait incontestablement partie de cette filmographie grandiose. Outre sa technique habituellement exceptionnelle, Kurosawa fait preuve ici d’une grande intelligence et d’une profonde originalité dans sa façon de raconter cette histoire paradoxale de mort et de vie.

Pourquoi paradoxale ?

Parce Vivre narre l’histoire d’un homme qui était mort sans le savoir, et qui revient à la vie en apprenant qu’il est condamné. Le film débute d’ailleurs sur ce couperet qui arrive sans prévenir, de façon abrupte. La première image nous montre une radio, et le narrateur nous explique le diagnostic fatal. A ce moment-là, Watanabe ne sait encore rien et nous, spectateurs, ne le connaissons pas encore.

La même voix off va donc nous dire qui est Watanabe. Un mot est employé alors : « mort-vivant ». Le personnage, incarné par un prodigieux Takashi Shimura (qui avait joué jusqu’alors dans quasiment tous les films du maître), ne vit pas. Il parcourt l’existence avec une indifférence morne. De même qu’il classe les paperasses sans vraiment s’intéresser à ce qu’elles contiennent, on devine qu’il passe les jours sans profiter un seul instant de ce qu’il pourrait en tirer.

Cette impression d’un personnage déjà mort est encore renforcée par son fils, qui n’hésite pas à affirmer que, vu l’âge de son père, il pourrait bien lui donner son argent. En bref, lui aussi considère Kanji comme déjà mort et veut sa part d’héritage.

C’est là que le film va vraiment débuter. Un film en trois mouvements, une quête de la vie en trois périodes. Dans la première partie, Watanabe se laisse entraîner dans le monde nocturne plus ou moins interlope de la grande ville. Alcools, filles, cabarets et noctambules, il va tenter d’oublier sa condamnation à mort. Cela donnera lieu à des scènes sublimes, comme sa rencontre avec un écrivain. Mais le constat sera un échec : rien ne semble pouvoir le distraire (au sens pascalien du verbe, c’est-à-dire lui faire penser à autre chose qu’à sa destinée mortelle). Même dans ce cabaret joyeux, entouré de filles et fortement aviné, il reviendra à sa maladie le temps d’une chanson sur la rapidité du temps qui passe, chanson qui donne lieu à une prestation exceptionnelle de Shimura et qui constitue une des scènes les plus fortes du film.

Le deuxième mouvement met en relation Watanabe et une de ses employées qui s’apprête à démissionner. Construite sur un rythme plus lent, cette séquence va avoir un rôle essentiel dans l’histoire, puisqu’elle va permettre au bureaucrate de comprendre ce qui lui manquait : bâtir quelque chose ! Cette partie s’achève d’une façon aussi abrupte que significative. Kanji est de retour dans son bureau, mais sa présence y est strictement contraire à la scène d’ouverture. Alors qu’au début il était un employé replié sur lui-même, écrasé par la paperasse, harassé par une non-vie qui en avait fait un cadavre ambulant (une Momie, selon le surnom qui lui était donné), le voilà désormais bien vivant, énergique, décidé à agir, prenant son dossier à bras-le-corps. Même physiquement il a changé, il s’est redressé, son regard s’est relevé. Le mort anticipé est revenu à la vie.

Le Parc

La troisième séquence montre toute l’audace narrative de Kurosawa. Après une ellipse de cinq mois, nous nous retrouvons face à un autel funéraire sur lequel trône la photo de Watanabe. Sa famille, ses amis, ses collègues, ses supérieurs (jusqu’à l’adjoint au maire) sont venus pour se recueillir (et boire) à la mémoire du fonctionnaire. On évoque son souvenir. On mentionne son fameux projet, celui qui l’a fait revivre, la construction d’un parc pour enfants sur un terrain préalablement assaini.

C’est là aussi qu’éclate de façon évidente une des ambitions de Kurosawa lorsqu’il a réalisé ce film : attaquer frontalement la bureaucratie nippone de son époque. Alors que l’adjoint au maire et les différents chefs de service s’auto-congratulent en s’attribuant les mérites du parc, les flashbacks judicieusement situés montrent aux spectateurs la détermination de Watanabe face à l’inertie de ses supérieurs.

Clairement, la bureaucratie représente la mort. C’est le domaine de ces « cadavres ambulants », momifiés dans des attitudes ultra-codifiées. S’il en fallait une preuve, il suffit de voir ce qui se passe lorsque les gratte-papiers s’en vont : d’un seul coup, la scène semble reprendre vie. On s’installe, on mange, on boit, on discute librement.

En conclusion, Vivre fait indiscutablement partie des œuvres maîtresses de Kurosawa. Les scènes sublimes s’enchaînent, la maîtrise technique du cinéaste se met au service, une fois de plus, d’une histoire profondément humaine et l’aspect politique reste discrètement présent. Ce qui aurait pu être un mélodrame pathétique est transformé en une œuvre d’espoir social. La vraie vie, c’est s’occuper de ceux qui sont dans le besoin.

Vivre est édité chez Wild Side en un coffret DVD+Blu-Ray+livret

Vivre : bande annonce

 

Vivre : fiche technique

Titre original : Ikiru
Réalisateur : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Shinobu Hashimoto, Hideo Oguni
Interprètes : Takashi Shimura (Kanji Watanabe), Nobuo Kaneko (le fils, Matsuo Watanabe), Yûnosuke Itô (l’écraivain), Miki Odagiri (L’employée).
Photographie : Asakazu Nakai
Musique : Fumio Hayasaka
Montage : Koichi Iwashita
Producteur : Sojiro Motoki
Société de production : Toho Company
Société de distribution : Toho Company
Date de sortie en France : 31 août 1966
Genre : Drame
Durée : 143 minutes

Japon- 1952

Nos souvenirs, un film de Gus Van Sant : Critique

Hué au Festival de Cannes en 2015, le dernier film de Gus Van Sant a eu du mal à venir voir le jour dans les salles de cinéma françaises. Après être repassé par la casse montage pendant près d’un an, la France se décide à enfin sortir le film, étant d’ailleurs un des rares pays a avoir eu le courage de le faire, les Etats-Unis ne s’y étant pas encore résolus.

Synopsis : Dans la forêt d’Aokigahara, au pied du Mont Fuji, l’Américain Arthur Brennan (Matthew McConaughey) est venu se suicider, comme beaucoup de personnes avant lui en ces lieux. Alors qu’il a trouvé l’endroit qui lui semble idéal, il aperçoit au loin un homme blessé et perdu (Ken Watanabe). Assailli par un sentiment d’humanité irrépressible, Arthur décide de se porter à son secours. Alors qu’il s’était décidé à mourir, il va aider un homme à survivre.

Purgatoire cinématographique

 Malgré des mauvais avis, il y a quand même une curiosité qui entoure ce long métrage, d’abord parce que c’est un film d’un cinéaste talentueux qui a offert des grands films comme Gerry et Elephant, deux films qui n’avaient pas forcément eu des retours à leur hauteur, Gerry fut même un échec commercial assez retentissant. Donc on peut toujours avoir de l’espoir pour ce Nos souvenirs (titre français déplorable mais plus en accord avec le film que le très beau titre original, The Sea of Trees), Van Sant n’ayant pas forcément connu le succès avec ses meilleurs films mais au contraire avec des projets plus grand public et insignifiants. Néanmoins, malgré un remontage qui aurait dû rendre le film plus agréable, on constate très vite que le cinéaste réunit tout ce qu’il y a de pire dans son cinéma et que tous les remixages du monde ne pourront rien y changer.

Scénarisé par Chris Sparling, auteur de Buried, une série B efficace avec Ryan Reynolds, le film va très vite accumuler tous les poncifs de ce genre de drame existentiel. Plongeant régulièrement dans des monologues pompeux qui enrobent des banalités pour les faire apparaître en vérité, le récit est globalement sur-écrit dans ses personnages et ses mécaniques nous laissant très vite entrevoir où se dirige l’intrigue. Le tout est prévisible, vain et grossièrement amené, l’écriture se sentant obliger de souligner le moindre effet pour faire comprendre au spectateur ses intentions. C’est surtout quelque chose qui prend forme au cours des 3 épilogues du film, chaque épilogue venant expliquer le précédent pour ne laisser aucune place à la spéculation et se faisant même insultant pour l’intelligence du spectateur. Et avec cette accumulation de conclusions, on est face à un scénario qui traîne en longueur et qui se montre laborieux au fur et à mesure de son avancement. L’ensemble n’est pas aidé par des personnages qui ne fonctionnent que par des clichés et des stéréotypes en faisant d’eux des coquilles vides qui manquent d’authenticité. Malgré la volonté de donner corps à la relation entre le personnage principal et sa femme à travers des flashbacks emprunts de lourdeur, le film échoue à les rendre intéressants et, pire que ça, il les ridiculise lorsqu’il dit que, pour connaître une personne, il faut savoir sa saison et sa couleur préférées. Ça manque de substance, c’est grossier dans sa symbolique, notamment quand il donne corps à la métaphore qui entoure le conte Hansel & Gretel, prouvant qu’il tient la capacité de déduction de son spectateur en peu d’estime, et surtout il tente de mettre du suspense de façon bancale là où il n’y en a pas besoin, accouchant de certains passages aberrants de stupidité. Pourtant, il faut reconnaître qu’au début cela semblait bien parti. Le premier tiers du film est intéressant, arrive à apporter une touche de mysticisme agréable et plutôt originale, usant des légendes et croyances japonaises avec habilité et arrivant à donner corps à l’ésotérisme qui entoure la forêt d’Aokigahara. Le parti pris était plutôt accrocheur, le build-up autour des motivations des personnages et de la découverte de la forêt est bien géré et on passe une première demi-heure plaisante.

Le casting suivra la courbe de progression du scénario. Au début les acteurs sont convaincants, jouant les choses avec sobriété mais une fois que le film part dans tous les sens, les acteurs suivent la mesure. Matthew McConaughey fini par faire un cabotinage ridicule, prenant les dialogues les plus médiocres bien trop au sérieux et offre une mauvaise caricature de lui-même. Ses derniers temps il n’évolue plus trop dans son jeu et ici il rejoue la même partition en total décalage, n’arrivant ni à émouvoir ni à convaincre. Ken Watanabe s’enfonce dans une performance outrée et totalement en roue libre où il finit par ne plus sortir qu’une seule expression, celle des yeux écarquillés et de la bouche à moitié ouverte. Il semble parfois traverser le film avec son air ahuri, se demandant comme son personnage ce qu’il fait là, mais pas pour les même raisons. Seule Naomi Watts arrive à offrir une prestation juste et touchante malgré la mauvaise écriture de son personnage. Elle ne se laisse pas noyer par les clichés et arrive à trouver la nuance de son rôle.

La réalisation sent le chaud et le froid. La photographie est agréable, magnifiant les décors déjà somptueux de la forêt et fait un travail intéressant sur les effets d’ombres et de lumières pour retranscrire tout l’aspect glauque et mystique de l’endroit. On regrettera juste un montage qui alourdit le rythme, plaçant ses flashbacks maladroitement, et le tout est desservi par une musique mièvre et insupportable. Celle-ci est de plus envahissante et répétitive, le film préférant mettre de la musique là où le silence aurait eu plus d’impact. La mise en scène de Gus Van Sant est maîtrisée mais impersonnelle, on a connu le cinéaste plus inspiré et il semble ici être en pilotage automatique. Néanmoins, il y a un certain savoir-faire dans la composition des plans et dans le travail sur l’ambiance, qui possèdent de bonnes fulgurances. D’ailleurs tout ce qui entoure l’aspect survival du film est plutôt réussi, l’aspect purgatoire de l’environnement et la découverte des cadavres sont toujours des moments entre la poésie et la noirceur survivaliste et certains passages de tensions et de montées d’adrénalines sont aboutis et assez impressionnants. Ils sortent le long métrage de sa torpeur et accrochent le spectateur, montrant à un ou deux moments que Gus Van Sant est encore capable d’offrir de très bonnes choses.

Nos souvenirs n’est pas seulement le plus mauvais film de Gus Van Sant, c’est aussi tout simplement un mauvais film. Tout n’est pas à jeter, comme une première demi-heure agréable, Naomi Watts toujours aussi juste et une mise en scène qui a ses bons moments. Néanmoins, on se demande comment un tel projet a pu aller aussi loin avec autant de défauts, surtout quand il est chaperonné par un grand cinéaste. Ici c’est mal écrit, souvent mal joué en raison d’une direction d’acteurs aux abonnés absents mais en plus pour un drame qui est censé faire ressentir des choses, il échoue totalement. Il mise bien trop sur la musique mièvre pour faire passer ses émotions mais cela agace plus que ça fonctionne. L’oeuvre étant en plus souvent insultante pour son public dans sa volonté de tout expliquer avec des gros sabots, ce qui amène son erreur la plus impardonnable, son manque de sincérité qui se mue en opportunisme. Tout est fait et pensé pour être quelque chose d’émotionnel et de profond pour se donner des airs importants tout en étant suffisamment accessible pour ne pas paraître trop complexe et élitiste. L’approche devient évidente et donne l’impression de vouloir forcer son spectateur à crier au chef d’oeuvre. C’est petit, vain et limite honteux.

Nos souvenirs : Bande annonce

Nos souvenirs : Fiche technique

Titre original: The Sea of Trees
Réalisation : Gus Van Sant
Scénario : Chris Sparling
Interprétation: Matthew McConaughey (Arthur Brennan), Naomi Watts (Joan Brennan), Ken Watanabe (Takumi Nakamura), …
Image : Kasper Tuxen
Montage: Pietro Scalia
Musique: Mason Bates
Costumes : Danny Glicker
Décor : Jeanette Scott
Producteur : Kevin Halloran, Ken Kao et Gil Netter
Société de production : Bloom, Netter Productions et Waypoint Entertainment
Distributeur : SND
Durée : 110 minutes
Genre: Drame
Date de sortie : 27 avril 2016

Etats-Unis – 2016

Top 5 des Palmes d’Or de la rédaction

Bien que couramment controversée, la Palme d’Or reste la source de toutes les convoitises !

Comme tous les ans, les premiers jours du mois de mai sont marqués par une certaine impatience chez les cinéphiles du monde entier, dans l’attente de l’ouverture du Festival de Cannes.

Et, plutôt que de se lancer dans le vain exercice de pronostiquer le Palmarès à avenir, et par extension la potentielle qualité de films que l’on n’a pas encore vus, la rédaction de CineSeriesMag a choisi de débattre sur les films précédemment palmés que préfèrent ses membres.

À l’issue de ce petit exercice de démocratie participative, qui aurait eu de quoi faire passer Nuit Debout pour un odieux régime totalitaire, nous avons remarqué que cinq œuvres sortaient du lot.

Nous nous devions de vous présenter ce top 5 des Palmes d’Or, tout en vous expliquant pourquoi tels films plutôt que d’autres.

5/ Le Pianiste (Roman Polanski, 2002)

Le pianiste, inspiré du roman homonyme de Wladislaw Szpilman (lui-même tiré d’une histoire vraie), représente incontestablement une œuvre majeure du cinéma. L’histoire de ce pianiste juif, parqué dans le ghetto de Varsovie, qui survivra grâce à l’aide d’un officier allemand mélomane, a bouleversé le monde. Avec un sens du cadre particulièrement développé et une mise en scène relativement épurée, la caméra de Polanski se place et se déplace habilement, offrant au spectateur une représentation mélodramatique de la Shoah. Adrien Brody, tout simplement magistral dans le rôle de ce pianiste, synthétise sur son visage une multitude de tendances émotionnelles bouleversantes par un simple regard, et sa solitude se traduit adroitement à l’écran par son écrasement dans le cadre. 

4/ The tree of Life (Terrence Malick, 2011)

Ce cinquième film était très attendu. Initialement prévu au Festival de Cannes 2010, il a été repoussé d’un an pour cause de montage inachevé. Le réalisateur engage de manière plus frontale une réflexion mystique déjà engagée dans ses films précédents, se traduisant ici par une non-linéarité enivrante, véritable chant lyrique. On pourrait résumer l’histoire au portrait d’une famille américaine des années 50, mais c’est bien plus que cela. Il faut véritablement le voir pour le croire, tant chaque plan est un condensé de grâce et de prouesses techniques, tout particulièrement les plans cosmiques, sublimés par la musique. Une mention spéciale aux acteurs enfin, surtout la magnifiée Jessica Chastain, ainsi que les enfants, dont Malick tire le meilleur.

 3/ Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979)

Film de tous les superlatifs et de tous les excès, Apocalypse Now est à bien des titres une œuvre majeure du XXème siècle. Périple moite et fratricide dans l’enfer de la jungle vietnamienne, le tout mâtiné des Doors à la musique, le film de Francis Ford Coppola a marqué en son temps la profession, décontenancée devant tous les sacrifices effectués par le réalisateur américain, qui aura dû affronter une kyrielle de désagréments entre colère des éléments, tournage à rallonge et casting en roue libre. Les grands films se font dans la douleur parait-il, et autant dire que, après avoir arpenté une jungle aux airs de purgatoire, Coppola le prouve.

 2/ Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994)

Film ayant fait instantanément parlé de lui après une Palme d’Or controversée en 1994, Pulp Fiction est l’exemple type du film culte. Par son scénario tout d’abord : récit déstructuré sous forme de films à sketchs, liés les uns aux autres par un élément clé de l’histoire, le rendu du film n’en est que plus original et dynamique. Par ses personnages ensuite : tous plus farfelus, inquiétants et drôles les uns que les autres, mais pourtant humanisés, les acteurs, pour certains totalement à contre-emploi (Travolta et Willis en tête) sont unanimement parfaits. Par sa B.O. enfin : fil conducteur de l’histoire et partie intégrante de l’atmosphère tarantinesque du film, ce mélange de soul, pop et rock ne laisse pas indifférent.

 1/ Taxi Driver (Martin Scorcese, 1976)

Une descente aux enfers saisissante d’un laissé pour compte en quête de repères, cédant à l’extrémisme suite aux ravages de la guerre. Étude fascinante de l’Amérique traumatisée des années 70 et aussi polar nocturne viscéral et esthétique, magistralement mis en scène par Martin Scorsese, où New-York est un personnage à part entière apparaissant comme une force inévitable et fatale. Enchaînant les séquences d’anthologies, habitées par Robert De Niro au sommet de son art, le film devient un porte-étendard du Nouvel Hollywood. C’est une œuvre forte qui redéfinit tout un pan du 7ème Art, par son sens du réalisme et son nihilisme prononcé. À l’époque un renouveau, aujourd’hui un classique et dans tous les cas un grand film culte.

Espérons à présent que le cru 2016 trouvera sa place au milieu de ce Panthéon du 7ème art.

 

 

Bande-annonce: Captain Fantastic de Matt Ross

La pépite indé, présentée au Festival de Sundance en début d’année, Captain Fantastic, se dévoile dans une bande-annonce.

Présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2016, découvrez la bande-annonce de l’un des films le plus attendus Captain Fantastic de Matt Ross (28 Hotel Rooms) avec Viggo Mortensen (The Lord of the Rings, A Dangerous Method), Frank Langella, George MacKay, Samantha Isler, Annalise Basso, Nicholas Hamilton, Shree Crooks, Charlie Shotwell, Ann Dowd, Erin Moriarty, Missi Pyle, Kathryn Hahn et Steve Zahn

Le synopsis

Ben Cash vit avec sa femme et ses six enfants dans les forêts du Nord-Ouest Pacifique, totalement isolé de la société, mais en père dévoué qui se consacre à l’enseignement académique et physique de ses enfants. Une tragédie se produit, qui force la famille à quitter leur petit paradis. Les enfants doivent faire face à l’excitation et aux périls d’un monde qui ne leur est pas familier, tandis que Ben est obligé de réexaminer sa conception de parent et se lance un nouveau défi, celui de donner à sa famille une bonne éducation.

Bande-annonce: Captain Fantastic illustrée par les musiques de Song for Zula de Phosphorescent et Ghost de Jeremy Messersmith

Réalisé par le scénariste/réalisateur Matt Ross connu comme acteur pour ses rôles aussi bien dans des séries que des films comme (L’Armée des douze singes, Big Love, Silicon Valley et American Horror Story…), le film Captain Fantastic s’annonce comme un récit initiatique sur une famille non conventionnelle en mode ‘hippie’.

Tout comme l’ancien succès Sundance Little Miss Sunshine, Captain Fantastic pose des questions sur ce que cela signifie d’être un père et quelles valeurs sont importantes dans une famille. Cependant contrairement à ce film, il se penche sur le coût de l’idéalisme et jusqu’où une personne doit aller pour vivre une vie authentique… Et si vous voulez découvrir les deux chansons de ce road movie existentiel faites vous plaisir en attendant la sortie du film le 20 Juillet.

Song for Zula de Phosphorescent

 Ghost de Jeremy Messersmith

Pour en savoir plus sur le cinéma qualifié D’Indie Spirit vous pouvez lire cet article.

Le Fils, un film de Jean-Pierre et Luc Dardenne : Critique

Avec La Fille Inconnue, les frères Dardenne signent leur dixième long-métrage et retrouvent les marches du Festival de Cannes pour la huitième fois. Déjà repartis à deux reprises avec la Palme d’Or (Rosetta et L’enfant), un Grand Prix du Jury (Le Gamin au Vélo) et un Prix du Scénario (Le Silence de Lorna), les Dardenne sont assurément de sérieux concurrents pour obtenir peut-être une troisième Palme d’or, raflant ainsi le record du nombre de Palmes obtenues.

Synopsis : Olivier est formateur en menuiserie dans un centre de réinsertion sociale. Un jour, la directrice lui demande d’accueillir Francis, un adolescent désireux d’apprendre les métiers du bois. Olivier refuse, prétextant qu’il a déjà trop d’apprentis. Le jeune garçon est alors placé dans l’atelier de soudure. Qui est Francis ? Pourquoi Olivier se met-il à le suivre dans les couloirs de l’établissement, dans les rues de la ville, jusqu’à son immeuble ? Pourquoi est-il ainsi attiré par lui ? Et pourquoi semble-t-il le craindre à ce point ?

Mais avant l’avenir, retour sur un film mémorable de leur filmographie. Ici ce n’est pas d’une fille dont il sera question mais d’un fils, ou plutôt d’un père. Après la consécration internationale obtenue avec Rosetta, les Dardenne souhaitaient simplement tourner un film dans lequel Olivier Gourmet serait de nouveau la tête d’affiche. Si le personnage principal du flm  s’appelle également Olivier, c’est parce qu’ils n’imaginaient personne d’autre pour incarner un père meurtri qui puisse paraître aussi quelconque que banal, un Monsieur Tout-le-Monde qui n’attire pas les regards mais auquel il est facile de s’identifier. Il faut savoir qu’Olivier Gourmet est de tous les films des Dardenne, devenant une muse qu’on retrouve avec grand plaisir à chaque film, que ce soit pour des rôles forts comme ici ou de manière très succincte dans Deux Jours, Une Nuit. Pour offrir un rôle à la hauteur de leur muse, les deux frères se sont inspirés d’un fait divers qui s’est produit à Liverpool, où deux jeunes adolescents ont été condamnés pour avoir kidnappé un enfant plus jeune qu’eux dans un centre commercial, avant de le tuer.

Au-delà même de l’acte, ce qui intéressait les deux réalisateurs, c’était les conséquences de ce crime sur la famille. Les deux cinéastes souhaitaient ainsi interroger la manière dont un enfant devient un assassin et le rôle des parents dans une pareille situation. Mais plutôt que filmer le drame, les Dardenne ont préféré imaginer ce qui se passerait si un père endeuillé – mais aussi une mère à sa manière – rencontrait par hasard l’assassin de son enfant. Ce qui les intéressait après Rosetta, c’était de faire « un film de vengeance » mais qui se voudrait plus nuancé qu’un vigilante movie. Le Fils est néanmoins à voir comme un drame social teinté d’un suspense étouffant, en témoigne le dilemme qui anime le père et pour lequel il fait preuve d’une forte résistance, tiraillé entre le pardon et son désir de vengeance. Comme à l’accoutumée, les deux cinéastes trouvent leur singularité cinématographique dans un affrontement entre le banal (les gens) et l’extraordinaire (la situation) pour créer des œuvres à l’histoire simpliste mais qui s’avèrent être de véritables combats existentiels. C’est toute la force de ces natifs de Liège qui interrogent l’attrait pour la vengeance et la notion de promesse et de pardon telle qu’elle avait été autrefois énoncée par Hannah Arendt dans La Condition de l’Homme Moderne.

Le Père

Issus du milieu du documentaire, les Dardenne trouvent leurs influences chez des cinéastes de fictions tels que Ken Loach, Roberto Rossellini et Maurice Pialat, soit des cinéastes à la patte naturaliste indéniable, touchant au plus près des corps et des sujets et dont le découpage sec et affirmé participe au caractère dramatique de tous leurs films. Comme leurs aînés, c’est toujours dans un milieu social – souvent ouvrier – que se déroulent les intrigues des films dardenniens. Il faut savoir qu’avant de s’inscrire dans un centre de formation en menuiserie, le récit devait initialement se dérouler dans une cuisine mais les deux réalisateurs s’inquiétaient de la représentation caricaturale qu’allait donner la présence de couteaux (donc d’armes blanches) et des ustensiles de cuisine dans l’environnement du personnage d’Olivier. Il s’est ainsi mué en menuisier, chargé de former des jeunes en réinsertion sociale, dont ce nouvel arrivant interprété par Morgan Marinne qui s’avère être le meurtrier de son fils. Ce dernier a été choisi pour sa ressemblance avec Jérémie Rénier, sa blondeur, son visage marqué par une colère enfouie et son teint angélique jouant en sa faveur.

Le travail est un thème omniprésent dans la filmographie des Dardenne. Répondant à un besoin anthropologique, les deux frères considèrent le travail comme lieu du rapport avec le réel et les autres. Être sans travail, c’est être condamné à la solitude, à l’inutilité. Dans une interview pour les bonus du film, Jean-Pierre disait : « C’est souvent à travers les gestes du travail que font les personnages que leurs rapports se construisent ». C’est  assurément l’apprentissage de ces gestes qui fonde le rapport social entre Olivier et son apprenti. C’est là l’unique intérêt de leur relation. Le travail permet à Olivier de s’épanouir et de trouver un sens à sa vie. Lorsqu’il a la possibilité de retourner travailler avec son frère dans une menuiserie, Olivier justifiera son refus par le fait qu’il réalise quelque chose de bien avec son métier dans le centre, et qu’il peut laisser un héritage à ses élèves. Comme un père à son fils. Car si ce quatrième long métrage dardennien s’intitule Le Fils, c’est davantage la figure du père, du mentor qui prend sens ici. Il avait même été un temps question que le titre du film soit Le Père. Le mentor est une figure qui parcourt régulièrement la filmographie des Dardenne, ce pour quoi ils expliquent avoir été fortement influencés dans leur vie par Armand Gatti. Considéré comme un mentor, Armand Gatti fut un ancien résistant italien de la Seconde Guerre Mondiale devenu poète et metteur en scène, porteur d’une influence politique à travers ses œuvres. Jamais les Dardenne n’auraient trouvé leur voie dans leur art sans l’existence de ce père spirituel qui leur a donné le désir d’évoquer le réalisme social : « C’est cela que nous appelons un « Père Spirituel », l’homme qui te donne le désir de découvrir de nouvelles choses. Et aussi un homme qui te surprend, tout en te donnant confiance. Il a joué un rôle important dans notre œuvre. Sans lui nous n’aurions pas fait ce que nous avons fait toutes ces années. »

Olivier est un personnage renfermé dans son passé, qui n’a jamais réussi à passer au-delà de la perte de son fils, contrairement à son ex-femme qui a réussi à refaire sa vie même si elle garde au fond d’elle une immense tristesse qui ne demande qu’à sortir. Entre le désir de vengeance et le besoin d’être libéré du deuil, Olivier devra être amené à faire un choix pour atteindre une libération rédemptrice sans quoi il ne pourra plus avancer dans la vie. Hannah Arendt avait évoqué dans ses écrits la notion de promesse et de pardon. Les Dardenne s’en inspirent strictement pour opposer deux croyances chez leur personnage, à savoir la promesse de se venger (jamais dit explicitement) et le pardon accordé à ce jeune garçon qui a payé sa dette. L’ambiguïté de la relation entre Olivier et Francis est pesante. Souvent dans le film, la mise en scène donne à voir un affrontement psychologique entre le chasseur aux aguets et la proie sans garde. Car derrière la transmission du savoir qui s’opère devant la caméra, Olivier est  autant animé par une pulsion de mort que par le désir de s’émanciper du deuil qui ronge sa vie. Olivier ne semble pas capable de pardonner à l’assassin de son fils mais il tente néanmoins de lui offrir son salut en lui inculquant l’expérience du métier du bois, ce qui permettra également à Olivier d’être sur le chemin de sa rédemption. C’est cette relation particulière s’inscrivant dans un rapport d’initiation maître/apprenti qui participe au salut des deux personnages. Cette tension palpable contribue à donner au film l’aspect d’un thriller où le malaise va crescendo jusqu’à un climax final dont la résolution est claire et sans ambiguïté.

Comme tout film dardennien qui se respecte, la mise en scène est au plus près du réel et du corps. Il y a constamment un rapport au corps remarquable où la caméra ne lâche jamais les déplacements du protagoniste. Car dans chacun des films, le ou les personnages principaux ne sont jamais lâchés par la caméra. Par sa mobilité, cette dernière est toujours en train de suivre le héros en situation d’urgence. Il n’y a pas de musique (sauf diégétique) et le montage ne s’embarrasse pas de tentatives vaines pour surligner le pathos d’une situation qui est déjà poignante par son aspect brut. La caméra à l’épaule est une des techniques de l’esthétique des frères Dardennes. Elle consiste en une image constamment en mouvement, qui permet une grande liberté d’action et de recadrage sur les gestes, les acteurs et les objets. Le choix de ce type de tournage est – sans doute – dû à un budget serré mais aussi par volonté artistique car les cinéastes se veulent proche du réel, où l’esthétique est à la limite du documentaire. Les Dardenne essaient le plus souvent de faire des plans séquences pour éviter les coupures, et donc recadrent sur l’instant et à l’instinct les actions importantes pour garder l’unité de la scène et des sentiments. Ne quittant jamais Olivier, la caméra épouse ses mouvements, son corps apparaissant comme relié à la caméra par un fil invisible. De tout le film, on ne voit que rarement le personnage dans son intégralité, le regard suit constamment le haut de son corps. La nuque est une partie du corps omniprésente dans Le Fils.

Il permet de placer le spectateur derrière Olivier, comme une sorte d’observateur, un curieux qui regarde par-dessus son épaule et qui adopte sensiblement son point de vue. Les histoires des frères Dardenne sont toujours inspirées par des récits du quotidien qu’ils ont entendus ici ou là et qu’ils souhaitent traiter pour une seule raison : interroger le spectateur. Chacun de leurs films vise à faire réfléchir le spectateur sur son attitude en pareille situation. Le réalisme social de leurs films ne vise jamais la magie du cinéma et ne fait que mettre les spectateurs face à la dureté du monde réel. Dans Le Fils, après avoir décidé de prendre sous son aile ce nouvel apprenti, l’ex-femme d’Olivier pose directement cette question : « Pourquoi tu fais ça ? », ce à quoi il répond « Je sais pas ». Au fond, qu’est-ce qui nous indiquerait que, nous spectateurs, agirions différemment ? Personne ne le sait. Chaque film des Dardenne est porteur d’un discours, ce qui pousse le spectateur à se rendre compte de son positionnement en telle situation. Par leur aspect froid et brut, les films dardenniens demandent peut-être un effort d’implication mais c’est le prix à payer pour saisir ces intrigues qui n’ont pas leur pareil pour faire réfléchir en plaçant le spectateur dans des situations simples mais cruciales. C’est aussi pour ça que Le Fils est un film aussi radical que bouleversant.

Le Fils assoit définitivement la réputation des frères Dardenne et semble encore plus abouti que Rosetta. Les deux cinéastes deviennent définitivement reconnaissables par leur style, leur ton et leurs sujets. On retrouve cette caméra à l’épaule froide et si éloignée de l’idée de la magie du cinéma, mais c’est ce qui fait la force des films dardenniens qui assoient ce genre si remarquable qu’est le cinéma social. Les Dardenne interrogent ici une situation universelle et donnent trois options à sa résolution (la vengeance, le pardon ou l’impossibilité de tuer). C’est là tout l’enjeu grandiose et maîtrisé de ce drame aux allures de thriller moral. Par son allure banale et disgracieuse, Olivier Gourmet est beau, grand et porteur d’une mélancolie communicative émouvante. C’est définitivement le rôle de sa vie. Si Le Fils demande de la rigueur, il passionne par son dilemme existentiel, fige par sa mise en scène, trouble par ses personnages, et abandonne le spectateur, remué et bouleversé par un récit à la force simpliste mémorable. Un très grand film.

Le Fils: Bande Annonce

Fiche Technique: Le Fils

Réalisation : Jean-Pierre et Luc Dardenne
Scénario : Jean-Pierre et Luc Dardenne
Distribution : Olivier Gourmet (Olivier), Morgan Marinne (Francis), Isabella Soupart (Magali)
Photographie : Alain Marcoen
Décors : Igor Gabriel
Costume : Monic Parelle
Montage : Marie-Hélène Dozo
Musique : /
Producteurs : Jean-Pierre, Luc Dardenne, Denis Freyd
Sociétés de Production : Les Films du Fleuve, Archipel 35
Distributeur : Diaphana Films
Budget : 2 500 000 €
Récompenses : Prix d’interprétation masculine pour Olivier Gourmet au Festival de Cannes 2002, Meilleur film francophone aux Prix Lumière 2003
Genre : Drame
Durée : 103min
Sortie en salles le 23 octobre 2002

France, Belgique – 2002

Démolition, musique supervisée par Susan Jacobs: Critique

Démolition – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Qu’il est difficile de se faire une opinion de la musique du film Démolition. Ce n’est pas que c’est mauvais, mais c’est juste que quand on l’écoute, et bien du film, on n’a plus grand chose à faire. Parce-que cette bande musicale est exceptionnelle d’éclectisme et de qualité. Les choix de Susan Jacobs sont savoureux et ravissent tout mélomane en manque de petits bonheurs. Excusez du peu mais imaginez un tantinet: l’album s’ouvre sur les petits génies (bien trop méconnus) de My Morning Jacket avec ce qui est à ce jour une de leurs plus belles chansons: Touch Me I’m Going To Scream Pt.2. Pour le reste, le pari est de faire un rapide tour d’horizon de la scène pop/rock/garage anglo-saxonne, des années 70 à nos jours. Bien sûr on ne va pas au fond des choses, on survole même, mais c’est si bon à écouter, et si étonnamment varié.

La majorité de la galette met donc en avant une pop/rock aux goûts très sûrs, au milieu de laquelle viennent se glisser, l’air de rien, Lou Doillon, Charles Aznavour avec La Bohême et même Frédéric Chopin, avec un des ses plus beaux et plus célèbres Nocturnes. Le fait est que chacun trouvera ici son compte, sa petite pépite dans la musique de Démolition. Les goûts et les couleurs ne se discutant pas, la qualité de cette sorte de compilation non plus. Alors il y a le film, il y a la musique, il y a les deux qui s’aiment et s’unissent pour un intense plaisir sonore. Une galette à écouter, écouter encore et garder au fond de la boite à gants de la voiture, en la ressortant de temps à autres. Tout en ayant la curiosité attisée par l’imagination du film qu’une telle musique pourrait bien accompagner…

 Musique du film Demolition

https://www.youtube.com/watch?v=j3PciCWIGLE

Sortie: 8 avril 2016

Distributeur: ABKCO

Durée: 64:09

Tracklist:

1. Touch Me I’m Going To Scream (Pt. 2) (My Morning Jacket) 8:15
2. To Be Alone With You (Sufjan Stevens) 2:46
3. Crazy On You (Heart) 4:53
4. When I Was Young (Eric Burdon & The Animals) 3:01
5. Bruises (Dusted) 4:21
6. It’s All Over Now, Baby Blue (The Chocolate Watchband) 3:14
7. La Bohème (Charles Aznavour) 4:06
8. Where To Start (Lou Doillon) 2:46
9. Mr. Big (Live at Sunderland/1970) (Free) 5:18
10. Sweaty Fingers (Cave) 11:49
11. Watch The Show (M. Ward) 3:40
12. Nocturne In E Flat Major, Op.9, No.2 (Abridged) (Bonus Track) (Henry Tozer) 1:21
13. La Bohème (Bonus Track) (David Campbell) 1:27
14. Property Lines (Dusted) 3:20
15. Warmest Regards (Extended Version) (Half Moon Run) 3’52

Cannes 2016: Jury et Sélection « Un certain regard »

Entouré de la présidente du Jury en la personne de Marthe Keller, à l’affiche l’an dernier à Cannes du film de Barbet Schroeder Amnesia, présenté hors compétition.

Le Jury de la section parallèle Un Certain Regard sera composé cette année de la comédienne Céline Sallette (elle était en compétition sur la croisette avec les films: L’Apollonide – souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello en 2011, De rouille et d’os en 2012, Un Château en Italie en 2013 et Geronimo de Tony Gatlif  présenté en séance spéciale en 2014.), de l’acteur mexicain Diego Luna (qui partie de la distribution de Blood Father de Jean-François Richet avec Mel Gibson en séance de minuit et il sera au générique de Rogue One: A Star Wars Story de Gareth Edwards) et du cinéaste suédois Ruben Östlund, (Snow Therapy).

Marthe Keller succède à Isabella Rossellini

18 films sont en lice pour remporter les prestigieux Prix de cette section parallèle

Eshtebak de Mohamed Diab sera le Film d’ouverture de cette sélection et parmi les films très attendus on trouve Captain Fantastic, de Matt Ross, avec Viggo Mortensen, George Mackay, Samantha Isler et Annalise Basso., acclamé lors du dernier Festival de Sundance. La Danseuse de Stéphanie Di Giusto biopic dans lequel la chanteuse Soko incarne l’artiste Loïe Fuller. The Transfiguration, de Michael O’Shea film de vampires new-yorkais et La Tortue rouge, film d’animation poétique de Michael Dudok de Wit.

After The Storm de Kore-Eda Hirokazu
Apprentice de Boo Junfeng
Caini de Bogdan Mirica
Captain Fantastic de Matt Ross
Fuchi Ni Tatsu de Fukada Kôji
Hymyilevä Mies de Juho Kuosmanen
La Larga Noche De Francisco Sanctis de Francisco Márquez et Andrea Testa
Me’Ever Laharim Vehagvaot de Eran Kolirin
Omor Shakhsiya de Maha Haj
Pericle Il Nero de Stefano Mordini
Uchenik de Kirill Serebrennikov
Varoonegi de Behnam Behzadi
Voir du pays de Delphine Coulin et Muriel Coulin
Hell or High Water de David Mackenzie

L’année dernière le Prix Un Certain Regard avait été décerné au film islandais Béliers de Grimur Hakonarson et primés les films Soleil de plomb de Dalibor Matanić, Vers l’autre rive de Kiyoshi Kurosawa, Le Trésor de Corneliu Porumboiu, Masaan de Neeraj Ghaywan et Nahid d’Ida Panahandeh.

Le Jury Un Certain Regard décernera ses prix parmi les 18 films en compétition lors de la cérémonie de clôture qui se déroulera le samedi 21 mai.

 >>> Cannes 2016 : Kirsten Dunst dans le jury, avec Vanessa Paradis et Mads Mikkelsen

 

Les Habitants, un film de Raymond Depardon : Critique

Synopsis : Raymond Depardon part à la rencontre des Français pour les écouter parler. De Charleville-Mézières à Nice, de Sète à Cherbourg, il invite des gens rencontrés dans la rue à poursuivre leur conversation devant nous, sans contraintes en toute liberté.

Raymond Depardon est un cinéaste connu pour ses portraits et documentaires, mais aussi ses fictions, chacune de ses œuvres apportant une certaine innovation, reposant sur une nouvelle idée. Le concept de son nouveau film a rebuté bon nombre de personnes au premier abord. Le cinéaste s’est donné la tâche de recueillir les discussions de personnes rencontrées dans la rue, afin de dresser un portrait des habitants de la province, donner la parole à des inconnus afin d’extraire des témoignages plus ou moins intéressants. Mais la caméra n’est-elle pas un obstacle qui empêche la spontanéité des gens ? N’est-il pas impossible d’oublier la caméra et de reprendre des discussions du quotidien sans se sentir oppressé ou influencé ? Ce sont ces questions qui furent soulevées à de nombreuses reprises. C’est avec ces interrogations que l’on aborde Les Habitants, qui se révèle être une excellente surprise.

Témoigner du quotidien est un acte puissant, qui peut émouvoir et instaurer des réflexions. Le réel tour de force de ce documentaire est que tous les protagonistes sont attachants. Raymond Depardon illustre toutes les classes sociales, et toutes les générations. De jeunes ados parleront des filles de leur classe ou de leur avenir professionnel, des personnes âgées évoqueront l’impossibilité de voir des proches loin d’eux, alors que deux femmes discuteront de la difficulté à trouver un emploi.
Les relations présentées sont également très intéressantes car, lors de certains dialogues, les protagonistes n’ont pas le même âge, ce qui renforce l’aspect humain et touchant de la chose. Alors qu’une mère s’inquiétera de la vie de famille future de sa fille, une autre fera la morale à son fils. Tous apportent leur pierre à l’édifice, même si certains sont silencieux, voire quasi-muets, alors que d’autres monopoliseront la parole.
Aussi, énormément de thèmes sont abordés, certains étant récurrents, d’autres, de l’ordre de l’intime, compliqués à dévoiler. Ainsi, les discussions tourneront autour de l’amour, de l’entrée dans le monde adulte, du mariage, du divorce, de la justice. Mais certains feront également part de leur craintes à propos de leur avenir, un jeune homme ira jusqu’à aborder sa vision de l’avortement, en se basant sur sa relation amoureuse actuelle avec sa compagne.
Aussi, certains thèmes sont très peu abordés, comme la religion, avec seulement ces deux jeunes filles qui pensent que le pape peut changer la Bible à son aise, ou encore la politique, uniquement abordée par une habitante de la ville qui se plaint du manque d’intégration à Villeneuve. Deux thèmes redondant dans les médias, mais que les habitants français délaissent.

Ces inconnus se mettent à nu, s’offrent au spectateur et nous font part de bribes de vie, devant lesquelles on ne se lasse jamais. Le documentaire dure 1h24, et pourtant, une fois le film achevé, on en reprendrait bien encore un petit peu tant les dialogues sont parfois passionnants. On se surprend à aimer écouter ces hommes et ces femmes, sans jamais tomber dans le voyeurisme. Raymond Depardon monte les dialogues, afin de ne garder que le meilleur. Aucun jugement n’est émis sur ces personnes, l’image est brute, et le plaisir est savoureux.
La photographie peut paraître extrêmement simple, et pourtant, elle est révélatrice de beaucoup de choses. Les deux profils qui nous sont proposés finissent par ne former qu’une seule et même personne. Aussi, le plan est assez large, et il est intéressant d’étudier les postures, les petites manies, les différents jeux de mains de ces personnes. Tension, peur, malaise, crispation ou joie se dévoilent par le corps, et non plus uniquement par la parole. Par de petits gestes anodins, les Habitants se rendent attendrissants, parfois même poétiques, et cela malgré eux.

Le film de Raymond Depardon semble se diviser en chapitres, chacun étant marqué par de longs plans sur cette caravane sillonnant les routes de France. On peut voir ces plans comme une pause, un moment de répit, afin de nous remettre des émotions provoquées par les divers témoignages, mais aussi une explication du contexte dans lequel le réalisateur a décidé de travailler.
On notera également que c’est Alexandre Desplat, compositeur ayant travaillé avec Jacques Audiard et ayant plusieurs prix à son actif, qui signe la bande-originale du nouveau documentaire de Raymond Depardon. La composition musicale se juxtapose aux plans de cette caravane qui part à la rencontre des habitants, et se révèle être très puissante, en corrélation totale avec l’esprit du film. On ne se lasse pas de l’entendre, et c’est peut être aussi pour ça que ces longs plans nous paraissent aussi agréables à voir.

Les Habitants est un magnifique documentaire, qui dresse des portraits de vie uniques. Tous se distinguent mais forment un tout qui est une magnifique représentation des faits qui inquiètent, réjouissent ou attristent les français. Même si certains sont parfois un peu gênant ou plus limités, ils n’en restent pas moins superbes, et on reprendrait bien encore un peu de ces paroles d’inconnus qui nous donnent du baume au cœur.

Les Habitants : Bande-annonce

Les Habitants : Fiche Technique

Réalisateur : Raymond Depardon
Photographie : Raymond Depardon
Montage : Pauline Gaillard
Musique : Alexandre Desplat
Productrice : Claudine Nougaret
Sociétés de production : France 2 Cinéma
Distribution (France) : Wild Bunch Distribution
Durée : 84 minutes
Genre : Documentaire
Date de sortie : 27 avril 2016

France – 2016

The Girlfriend Experience, une série de Lodge Kerrigan, Amy Seimetz : Critique des épisodes 1 à 4

Adapté du long métrage de 2009 de Steven Soderbergh, le show Starz, diffusé en US+24 sur OCS Max, nous fait suivre en 13 épisodes l’univers sous-terrain et dangereux des escorts girls.

Synopsis : Christine Reade est une étudiante en droit qui, en parallèle de ses études, réalise un stage dans un grand cabinet d’avocats. Sur conseils d’une amie, elle rentre petit à petit dans le monde très particulier des escorts girls pour financer ses études.

Sujet peu traité en France en vue de son caractère subversif et amorale, citons Jeune et jolie d’Ozon en 2013 ou le documentaire Escort d’Hélène de Crécy en 2011, la prostitution étudiante devient par la caméra de Lodge Kerrigan et la plume d’Amy Seimetz une lutte existentielle pour le pouvoir, et qui dit pouvoir dit bien souvent argent (et vice versa). Le réalisateur est un habitué des plateaux. Ayant déjà réalisé pour Homeland, Longmire, The Killing, The Americans ou Bates Motel, il a dirigé également la scénariste/coproductrice et comédienne. Amy Seimetz, qui joue la sœur de Christine Reade, et lui ont par ailleurs coproduit The Knick aux côtés de Philip Fleishman. Elle décrit la série de la manière suivante : « The Girlfriend Expérience va amener le public au plus près de ce milieu, au point de le bousculer. Il aura l’impression d’être témoin de scènes qu’il ne devrait pas voir. […] Nous l’avons tourné comme un film indépendant. C’est esthétique et très réaliste. » Donner la parole aux créateurs est aussi inutile que demander à un restaurant si sa nourriture est bonne ou à une mère quel est le plus beau des enfants, mais en effet, la photographie assombrie du show et la mise en scène soignée comme un thriller romantique lui donnent raison. Mais est-ce que cette « plongée sans filet dans un monde tabou et intriguant où règnent le sexe et l’argent », comme le décrit OCS, parvient-elle a ébaucher suffisamment d’intérêt pour créer l’addiction ?

« Quand trois millions et demi de gens regardent une série sur le câble, c’est un succès, mais qu’autant de gens voient un film n’en est pas un. Je pense simplement que les films ne comptent plus autant, culturellement. « 

Lodge Kerrigan met le doigt sur une problématique, certes culturelle, mais sociétale intéressante. Mais pour quel positionnement ? Vendre cette adaptation au format standard 45 minutes auraient été suicidaire, au nouveau format 60, la question aurait été légitime d’être posée, sur un nombre d’épisode réduit à 5 ou 6. D’autant plus que l’esthétique cinématographique est engageante. Le choix est porté sur l’ellipse et 13 épisodes de 30 minutes. Nous suivons la triple vie d’une belle et relativement jeune étudiante en droit / stagiaire dans l’un des plus gros cabinets d’avocats de Chicago et escort la nuit. Elle n’a qu’une amie, Avery Suhr (vu aussi dans House of Cards, sous le traits de Lisa Williams la petite amie de Rachel Posner) qui l’initie à ce mode de vie nocturne et singulier. Visage fermé, tailleur serré et courbes strictes et sensuelles, Christine incarné par Riley Keough, qui a débuté en tant que mannequin, ne dégage que peu d’empathie tant l’écriture de son personnage est en filigrane, par les conséquences de ses actes plus que par ses actes eux-mêmes. Si les 4 premiers épisodes ne posent que les bases maîtrisées de son périple vers plus de luxe, plus de conquêtes, plus de pouvoir, ils n’en restent pas moins partiellement attrayant. La faute à quoi ?

En faisant se succéder des bribes clichés du quotidien de Christine, bibliothèque, bureaux vitrés, canapés, la chronologie prend des allures pédantes d’un roman de gare et manque d’un souffle plus réaliste. Lorsque Shame de McQueen éblouit par son élégance invisible érotico-sensuelle, The GE peut séduire pour les mêmes raisons (beaucoup moins « invisible »), mais les 4 épisodes manquent de recul et de rythme, ce qui a pour effet de délaisser le spectateur qui pourrait tout à la fois vaquer à une autre occupation sans perdre le fil, peu trépidant, des activités de Christina Reade. Ses interactions avec Davis Tellis, associé au cabinet Kirkland & Allen, que l’on associe directement au pincé Mickey Doyle dans Broadwalk Empire et l’écrivain Thom Yates dans House of Cardsattisent le feu (courtes flammes et braises fragiles) d’un semblant de curiosité, mais c’est avant tout par son personnage joué par Paul Sparks que cela est dû. Cumulant les interactions à deux, Christine et Avery, Christine et son patron, Christine et la créatrice du site d’escorts, Christine et les hommes, l’échange bilatéral semble constituer à elle seule les tenants et les aboutissants du personnage trop lisse et parfait pour être du commun des mortels (entre Anne Hathaway et Linsay Lohan, bien loin de Mme Tout-le-monde).

Les 4 premiers épisodes ne suffisent pas à se faire un avis objectif sur l’ensemble de la série qui, nous n’en doutons point, doit être d’une excellente facture. The Girlfriend Experience ne joue que difficilement/rarement avec les nerfs du spectateur, mais prenons l’objet comme tel, une baignade en eaux tièdes à demi séditieuse dans l’excitation de se faire reconnaître. Bien que le show aurait gagné à être plus palpitant en jouant avec les codes du thriller, mais tout est encore possible…

The Girlfriend Experience : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=A2F4Drc15fM

The Girlfriend Experience, épisodes 1 à 4 : Fiche Technique

Création : Steven Soderbergh, Lodge Kerrigan et Amy Seimetz
Réalisation : Lodge Kerrigan et Amy Seimetz
Scénarios : Lodge Kerrigan et Amy Seimetz
Interprétation : Riley Keough, Paul Sparks, Mary Lynn Rajskub, Kate Lyn Sheil, Alexandra Castillo…
Photographie : Steven Meizler
Montage: Greg O’Bryant
Musique : Shane Carruth
Casting : Carmen Cuba, Wittney Horton
Producteurs délégués : Jeff Cuban, Philip Fleishman, Gary Marcus, Cuban Jeff, Steven Soderbergh, Lodge Kerrigan et Amy Seimetz
Genre : drame
Format : 13 épisodes de 30 minutes
Diffusion: Starz, OCS

The Girlfriend Experience qui sera diffusé en exclusivité en France sur la chaine OCS MAX du 11 avril au 20 juin en US + 24. L’intégrale de la saison sera disponible à la demande sur OCS Go dès la diffusion du 1er épisode.

Etats-Unis – 2016

Cannes 2016: Les Films Français en compétition

Sur vingt et un film en compétition, la 69e édition ouvre une voie royale au cinéma made in France, puisque quatre longs métrages sont en lice pour recevoir la prestigieuse palme d’or.

Les Films Français en compétition – Personal Shopper d’Olivier Assayas, Rester vertical d’Alain Guiraudie, Ma Loute de Bruno Dumont, Mal de pierres de Nicole Garcia et deux films francophones – La Fille inconnue et Elle.

Personal Shopper d’Olivier Assayas

Au Casting on retrouve Kristen Stewart l’héroïne du Café Society de Woody Allen, présenté dès le premier jour sur la Croisette. Elle retrouve le cinéaste Olivier Assayas après été l’assistante d’une star dans Sils Maria, elle incarne d’ailleurs dans ce nouveau long-métrage un rôle dans la même veine et donnera la réplique à Sigrid Bouaziz , Lars Eidinger, Anders Danielsen Lie, Ty Olwin, Hammou Graia et Benjamin Biolay.

Le Synopsis

Maureen est une jeune Américaine qui gagne sa vie à Paris comme « personal shopper » une assistante chargée de la garde robe d’une célébrité interprétée par l’Autrichienne Nora Waldstätten. Elle possède aussi une capacité aiguë à communiquer avec les esprits, qu’elle partageait avec son frère jumeau, Lewis, décédé récemment.

Le film sortira le 19 octobre.

Rester vertical d’Alain Guiraudie

Découvert lors de la Quinzaine des réalisateurs en 2001 pour son moyen métrage sur la classe ouvrière Ce vieux rêve qui bouge, le réalisateur au eu prix de la mise en scène de la sélection Un Certain Regard en 2013 avec L’Inconnu du lac. Au casting Damien Bonnard face à Gilbert Melki, India Hair, et Laure Calamy vue récemment dans le film  Un monde sans femmes de Guillaume Brac.

Le Synopsis

Les errances d’un jeune homme, cinéaste incarné par Damien Bonnard en mal d’inspiration et en quête de paternité, à travers la France…

Sortie estivale prévue le 24 août.

Mal de pierres de Nicole Garcia

Nicole Garcia adapte un roman de l’Italienne Milena Agus, pour son quatrième passage en tant que réalisatrice après son court (15 août, en 1986, L’adversaire, en 2002, et Selon Charlie, en 2006). Elle été également en compétition comme actrice avec (Mon oncle d’Amérique, en 1980, Les uns et les autres et Beau-père en 1981 et La petite Lili en 2003). Au côté de Marion  Cotillard, Louis Garrel, sixième participation sur la croisette en tant qu’acteur (Les chansons d’amour en 2007, La frontière de l’aube en 2008, Un château en Italie en 2013, Saint Laurent en 2014 et Mon roi en 2015), Pierre Niney et Alex Brendemühl, qui jouait Mengele dans Le médecin de famille, projeté à Un Certain Regard 2013.

Le Synopsis

Ce drame met en scène, Gabrielle, une jeune femme qui a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. Ses parents la donnent à José, un ouvrier saisonnier, chargé de faire d’elle une femme respectable. Gabrielle dit ne pas l’aimer, se voit enterrée vivante. Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres, un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine, André Sauvage, fait renaître en elle cette urgence d’aimer. Ils fuiront ensemble, elle se le jure, et il semble répondre à son désir. Cette fois, on ne lui prendra pas ce qu’elle nomme « la chose principale ». Gabrielle veut aller au bout de son rêve.

Au cinéma le 19 octobre.

Ma Loute de Bruno Dumont

Sixième sélection pour Bruno Dumont au Festival de Cannes. Sa série policière burlesque P’tit Quinquin avait fait sensation lors de la Quinzaine des réalisateurs en 2014. A l’affiche de Ma Loute, Fabrice Luchini, Juliette Binoche et Valeria Bruni-Tedeschi.

Le Synopsis

Été 1910, baie de la Slack, dans le nord de la France, de mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. L’improbable inspecteur Machin et son sagace adjoint Malfoy (mal)mènent l’enquête. Ils se retrouvent, bien malgré eux, au cœur d’une étrange et dévorante histoire d’amour entre Ma Loute, fils aîné d’une famille de pêcheurs aux mœurs particulières, et Billie Van Peteghem, la benjamine d’une famille de riches bourgeois lillois décadents.

Juste la fin du monde de Xavier Dolan

Après l’éblouissant Mommy, le réalisateur Xavier Dolan revient pour la deuxième fois en compétition avec le film franco-canadien, Juste la fin du monde adapté de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce. Au casting de ce drame familial  une pléiade de stars Gaspard Ulliel («Saint Laurent»), Léa Seydoux («La vie d’Adèle»), Nathalie Baye, Vincent Cassel et Marion Cotillard, qui sera également sur l’affiche de Mal de pierres, réalisé par Nicole Garcia. L’actrice obtiendra t elle cette année la seule récompense qui manque à son palmarès ?

Le Synopsis

Le film raconte l’après-midi en famille d’un jeune auteur qui, après 12 ans d’absence, retourne dans son village natal afin d’annoncer aux siens sa mort prochaine.

Sortie le 21 septembre.

La Fille inconnue des frères Dardenne

C’est la septième fois que Jean-Pierre et Luc Dardenne sont de retour sur la Croisette, les frères ont décrochés 2008 le Prix du Scénario pour Le Silence de Lorna; en 2011, ils repartent avec le Grand Prix pour Le gamin au vélo et la Mention Spéciale du Jury pour Deux jours, une nuit en Après avoir reçu deux fois la palme d’or (Rosetta et L’Enfant), les deux réalisateurs européens tentent un triplé avec ce thriller burlesque.

Le Synopsis

Adèle Haenel (révélée par Les Combattants) incarne Jenny, une jeune médecin généraliste qui se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune fille retrouvée morte peu de temps après. Apprenant que l’identité de cette personne est inconnue, elle se met en tête de découvrir son nom. L’actrice donnera la réplique à Jérémie Renier (Cloclo).

Sortie de ce nouveau long-métrage le 12 octobre.

Elle de Paul Verhoeven

Le néerlandais Paul Verhoeven est un cinéaste protéiforme, il a tourné des films comme (RobocopTotal RecallBasic Instinct) et des flops (Starship Troopers, Showgirls, l’homme sans ombre…). Le réalisateur fait son grand retour avec son premier film français, Elle, adapté du roman de Philippe Djian avec Isabelle Huppert, Virginie Efira, Anne Consigny, Charles Berling, Laurent Lafitte…

Le Synopsis

Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Au cinéma dans la foulée de Cannes, le 25 mai.