Synopsis : 1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète. Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.
Extrêmement déroutant ce nouveau long métrage de Pablo Larrain (No, El Club). En faisant le portrait de Pablo Neruda, célèbre poète communiste sud-américain, Pablo Larrain évite le classicisme et prend le parti-pris audacieux de représenter le célèbre poète communiste sous le prisme de l’imaginaire chilien. Raconté comme un immense poème onirique, Neruda surprend par ses intentions visuelles aux allures de grand film d’époque dopé à l’éclatement de la narration. Pas sûr que tous apprécieront l’étonnante singularité du film.
Par son apport poétique, Pablo Neruda est une gloire reconnue mondialement puisqu’il a obtenu le Prix Nobel de Littérature en 1971. Le récit du sixième long métrage de Pablo Larain démarre donc en 1947 autour de cette figure symbolique qui fût sénateur communiste dans son pays natal. Opposé au gouvernement populiste en place et désormais considéré comme un traître, il n’a pas d’autre choix que de fuir. Ainsi, de ses cachettes à sa traversée de la Cordillère des Anges, Neruda passe d’aventures en mésaventures, poursuivi par un enquêteur imperturbable.
Plus que la réalité des faits, c’est l’impact dans l’imaginaire populaire chilien qui intéresse le cinéaste. Il est un intellectuel, un combattant, un charmeur de ces dames, un poète, un diplomate que Larrain tente de faire réfléchir sur son introspection, le tout avec la volonté de le descendre de son piédestal (un homme comme un autre, avide de luxure et d’égocentricité) tout en le maintenant à la hauteur du symbole qu’il représente. Avec quelques films sombres à son actif (Tony Mareno revenant sur le putsch du Général Pinochet ou El Club sur les prêtres pédophiles), Pablo Larrain déborde de folie dans ce film lyrique original qui se démarque par la forme en miroir de son récit. Dès lors que Pablo Larrain s’enflamme sur la relation fantasmée entre Neruda et son poursuivant, le film devient un anti-biopic déconcertant qui sublimera les cinéphiles avertis et surprendra les spectateurs moins réguliers. A cet instant, Neruda devient une icône, un objet de fascination autant pour le peuple que pour son poursuivant qui devient le héros d’une histoire annexe. Ce dernier commente en voix-off cette étrange chasse à la souris dans lequel il serait le chat déterminé à attraper sa proie. Dans ce monde où la véracité des faits laisse place à l’imagination fantasque, le policier devient une sorte de personnage de fiction qui parcourt la vie de Neruda. Il est celui qui le rend plus iconique encore.
Il y a quelque chose de fondamentalement hollywoodien dans ce film, que ce soit par la représentation fantasmée à l’excès de la vie de Neruda, l’utilisation régulière et étalée dans le film d’un thème musical principal et son parti-pris visuel qui dévoile volontairement les ficelles des effets spéciaux de l’époque, comme pour bien montrer que Neruda n’est pas à prendre au pied de la lettre. Pablo Larrain se laisse emporter par le souffle épique de cette existence rocambolesque. Si l’interprétation des acteurs est tout ce qu’il y a de plus convenable, on est malgré tout très loin de la magnificence de l’existence et le combat de Neruda. Par sa ressemblance troublante avec le poète, Luis Gnecco incarne ce rôle complexe avec simplicité et efficacité, mais loin de la grandeur d’un chilien reconnu internationalement. A ses côtés, Gael Garcia Bernal incarne son poursuivant avec un air froid et impassible et des yeux constamment plissés, sans qu’il ne quitte cette attitude de tout le film.
Dès lors que Pablo Larrain s’autorise tout ce qu’il veut par la liberté fantasmée de cette icône, le film a tendance à irriter dans certains de ses parti-pris notamment lorsque des personnages discutent d’un seul et même sujet mais découpé au montage dans divers endroits, comme pour montrer qu’il est question de Neruda, partout et tout le temps. Sauf que le procédé répété à force anéanti l’audace initiale. Reste donc ce road-movie irrévérencieux qui déstabilisera les esprits les plus cartésiens tandis que ceux qui accepteront l’idée de s’ouvrir à une nouvelle forme de narration seront charmés. Pour bien saisir toute la singularité du film, il faut se tourner vers Pablo Larrain qui ne pouvait pas trouver plus métaphorique que dire : « C’est plus un film à la Neruda qu’un film sur Neruda ».
— Neruda
Un film de Pablo Larrain
Avec Gael Garcia Bernal, Alfredo Castro, Luis Gnecco…
Distributeur :Wild Bunch
Durée : 108 minutes
Genre : Drame, Biopic
Date de sortie : indéterminée
Il y a cinq ans, Le Complexe du Castor avait, malgré son pitch peu affriolant, été une agréable surprise, nous faisant ouvrir les yeux sur le talent de réalisatrice de Jodie Foster, qui en était déjà à son troisième film.
Synopsis : Lee Grant est la vedette d’une émission de conseils boursiers. Lorsque l’action d’une entreprise vient de chuter alors qu’il avait promis à ses spectateurs qu’elle était viable, l’un d’eux, qui a tout perdu dans l’opération, décide de prendre le présentateur en otage. Malgré l’événement, l’émission continue à être diffusé en direct, faisant ainsi exploser l’audimat en même temps que la peur de l’équipe technique.
Mon ennemi, c’est la finance !
A l’occasion de son quatrième passage derrière la caméra, celle qui fut autrefois révélée dans Taxi Driver et a depuis travaillé avec quelques-uns des plus grands (de Zemeckis à Jeunet en passant par Allen et Polanski), décide de s’en prendre à un sujet décidément très à la mode : la finance. Contrairement à Margin Call et The Big Short, qui nous immergeaient dans les coulisses du petit monde des traders pour mieux en comprendre les ficelles, le scénario de Money Monster va se focaliser sur les conséquences des dérives du système boursier à travers un schéma qui rappelle immanquablement celui de John Q. (Nick Cassavetes, 2001) ou, pour remonter plus loin, celui d’Un après-midi de Chien (Sydney Lumet, 1976) : celui d’une prise d’otage en guise d’acte de dernière chance de la part d’une victime de la société qui n’a plus rien à perdre. Plutôt que de s’attaquer directement à la bourse de Wall Street ou à la société sur laquelle il a misé son argent, le preneur d’otage va viser le présentateur vedette d’un show qui lui a conseillé de faire cet investissement dans lequel il a tout perdu. Une approche intéressante dans le sens où elle allait permettre de lever le voile sur la connivence malsaine entre les grands médias et les institutions boursières.
Malheureusement, cette potentialité dénonciatrice va être complétement tronquée par la façon dont les scénaristes ont défini leurs protagonistes. Alors que la relation entre le kidnappeur et son otage aurait logiquement pu faire écho à celle présente dans 99 Homes, soit le profiteur et sa victime, l’absence de parti-pris dans l’antagonisme des deux personnages est symptomatique d’une consensualité regrettable. L’introduction bâclée du personnage de George Clooney, en véritable gourou à la fois de l’entertainment télévisuel et du boursicotage, nous empêche de voir en lui l’être cynique que l’on aurait aimé y trouver pour mieux le détester. C’est à croire que, comme Tom Hanks, l’égérie Nespresso est atteinte du « syndrôme Cary Grant », empêchant de faire de lui, même dans ses rôles les moins reluisants (chez les Coen ou dans In the Air), un individu fondamentalement méchant. De son côté, le personnage du preneur d’otage, alors que l’on aurait aimé y voir un symbole à la fois humaniste et anti-système digne d’un film de Franck Capra, et que le nom de Jack O’Connel (découvert dans 71’ et Les Poings dans les murs) est associé à une agressivité bouillonnante, il apparait comme un loser pathétique envers lequel toute empathie est difficile à installer. Conséquence directe de ces caractérisations bien trop lisses, le rapport de force de leur face-à-face se retrouve privé de tension dramatique.
Alors que George Clooney semble n’être là que pour apporter une certaine exubérance assez amusante, ce sont finalement de deux autres personnages que le suspense va naitre: d’une part celui de Julia Roberts, en réalisatrice dépassée par les évènements, dont on va partager le stress, en l’occurrence pour savoir si elle va réussir à tenir l’émission jusqu’au bout. C’est donc grâce à son point de vue, depuis la régie, que le dispositif de la prise d’otage en direct va devenir tendu, à la manière de Mad City (Costa Gavras, 1998) ou Breaking News (Jonnie To, 2004). D’autre part, celui du commissaire de police en charge de la libération, incarné par Giancarlo Esposito, participe à ce semblant de suspense. C’est en effet dans l’effervescence des forces de l’ordre que la tension va le plus devenir palpable. Le contre-champ de l’action sur le public va fâcheusement être sous-exploité alors que l’importance du buzz provoqué, un sujet qui n’apparaitra que dans les dernières minutes, aurait mérité d’être le cœur même d’un tel scénario. On pourra d’aileurs regretter la présence de la dernière scène, très didactique, alors que le plan qui l’a précédé (une partie de baby-foot qui reprend, comme si tout était déjà oublié) était d’un fatalisme étonnant.
Ce ne sera que dans le dernier tiers, après plus d’une heure d’un huis-clos aux enjeux et à l’intensité limités (et que la mise en scène n’a su le rendre oppressant), que le véritable thriller financier que l’on attendait tant va commencer à se mettre en place. Une intrigue qui, de facto, manquera de temps pour se développer et, encore une fois, faire émerger un véritable suspense. Dès les premières minutes du film, on aura compris que le grand méchant de cette petite affaire est incarné par Dominic West (toujours aussi magistral et nuancé), autant dire que cette intrigue rapidement expédiée est privée de rebondissement. D’autant qu’elle se développe grâce au recours de personnages trop stéréotypés pour rendre l’ensemble crédible : l’informaticien coréen, le révolutionnaire incorruptible sud-africain et le hacker geek islandais, mais surtout cette invraisemblable dircom/maitresse dont l’extrême candeur va être brisée en découvrant que son patron est un gros enfoiré. Et tout ça pour quoi ? Pour nous dire que le modèle financier moderne n’est peut-être si mauvais, mais que ce sont certains de ses vils dirigeants qui en font un système économique amoral. Un discours politique certes dans l’air du temps, mais dont le manichéisme vient confirmer la consensualité dont souffre ce long-métrage.
Jodie Foster fait finalement plutôt bien son travail puisque, malgré un scénario convenu qui passe complètement à côté de son sujet, elle réussit, grâce à un montage rythmé et à un George Clooney qui ne se prend pas au sérieux, à mettre au point un sympathique petit thriller. Loin du film à charge que l’on en attendait, c’est donc à un petit divertissement du dimanche soir que nous avons droit et, bien sûr, à la présence d’un casting quatre étoiles qui, à lui seul, a valu au film d’être diffusé à Cannes.
Money Monster : Bande annonce
Money Monster : Fiche technique
Réalisation : Jodie Foster
Scénario : Jim Kouf, Alan DiFiore, Jamie Linden
Interprétation : George Clooney (Lee Gates), Julia Roberts (Patty Fenn), Jack O’Connell (Kyle Budwell), Caitriona Balfe (Diane Lester), Dominic West (Walt Camby), Lenny Venito (Lenny), Giancarlo Esposito (Marcus Powell)…
Photographie : Matthew Libatique
Montage : Matt Chesse
Musique : Dominic Lewis
Direction artistique : Deborah Jensen
Producteurs : George Clooney, Daniel Dubiecki, Grant Heslov, Lara Alameddine
Sociétés de production : Smoke House Productions, Allegiance Theater, LStar Capital, TriStar Pictures, Village Roadshow Productions
Distribution (France) : Sony Pictures
Présence en festival : Diffusion hors-compétition à Cannes 2016
Durée : 95 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 12 mai 2016
Woody Allen ouvre la 69ème édition du festival cannois avec Cafe Society, un film jazzy, passionné, émouvant, beau, très drôle et très piquant envers le cinéma, notamment le festival.
Synopsis : L’histoire d’un jeune homme, juif new-yorkais, Bob, qui étouffe auprès de ses parents, petits bijoutiers, et qui se rend à Hollywood dans les années 1930 avec l’espoir de travailler dans l’industrie du cinéma. Il compte sur l’appui de son oncle, prestigieux agent de stars et tombe amoureux de la secrétaire de celui-ci, Vonnie, sans savoir qu’elle et son oncle sont amants. Il se trouve plongé dans la vie effervescente et superficielle d’Hollywood qui le lasse assez vite. Arrivera-t-il à conquérir la fille ? Restera-t-il en Californie ? Qu’adviendra-t-il de son frère gangster ?
Une voix-off nous parle d’individus, suivis par la caméra. Tous font partie d’une même famille juive de New-York, les Dorfman. Le plus jeune, Bobby (incarné par Jesse Eisenberg) veut avancer dans la vie. Pour ce faire, le protagoniste décide de se rendre en Californie, notamment à Hollywood, chez son oncle Phil (interprété par un Steve Carell brillant), un agent de stars qui enchaîne les succès, grâce à qui il pense trouver du boulot. Alors qu’il voit enfin son oncle pour un entretien d’embauche, il a le coup de foudre pour sa secrétaire Vonnie. Cependant, celle-ci est en couple avec un homme que Bobby connaît bien : son oncle. S’en suit un trio amoureux doux-amer, drôle et précis grâce à ses dialogues écrits avec une minutie et un sens de l’écriture dont seuls Woody Allen est capable. Si Cafe Society a des airs de « beaujolais nouveau » (il utilise les métaphores des vins pour parler de ses films dans son entretien avec Jean-Michel Frodon, Conversation avec Woody Allen, Plon, 21 décembre 1999), c’est-à-dire un jeune cru agréable et fruité, classique, mais pouvant être plus ou moins bon selon l’année, son nouveau film n’est pas juste un très bon beaujolais. Non, c’est un grand cru Allen-ien.
Oui, nous pouvons penser le film comme un best-of de Woody Allen : une famille juive, la passion de New-York, la présence du cinéma dans la diégèse, les répliques géniales des personnages, leur écriture, la présence importante de la musique Jazz, des relations amoureuses complexes, des amitiés (et alliances) se formant malgré divers événements, une intrigue policière ou des voyous / gangsters, la critique des médias (ou d’un médium), de l’humain, de la vanité, de la bêtise, entre autres. Qu’apporte alors Cafe Society ? Woody Allen travaille depuis plusieurs décennies hors du système des studios, et ici le critique, avec subtilité et humour. Quoi de plus amusant que d’entendre au début du festival de Cannes, dans une de ses salles obscures, des personnages dire ceci : « Oh tu es avec une de ces grandes stars hollywoodiennes ? » – « Non, pour qui me prends-tu, je ne suis pas superficiel ! ». Allen ne cessera d’exposer et de dénoncer la superficialité, la vacuité, l’artificialité de ce mensonge d’or nommé Hollywood.
Plus tôt en cette année 2016, précisément en février, Ave César ! des frères Coen sortait sur nos écrans français. Le film visait à nous redonner foi en le cinéma, en réaffirmant sa puissance magique, la force de ses images évocatrices avec ses couleurs, ses genres, ses corps, ses formes, ses discours. Le héros tentait de maintenir ses fantasmes, gloires et glamours, s’arrangeant malgré des vérités justement peu glorieuses. Tel un moine-guerrier d’une religion instable, le protagoniste incarné par Josh Brolin servait l’équilibre et l’unité de la grande institution Hollywood, qui n’a pas perdu toute sa foi. Cafe Society ne mâche aucun mot. Si Allen est probablement fasciné par les figures du cinéma hollywoodien, avec notamment cet agent de stars au rythme de vie délirant : il peut présenter une personne, lui dire un mot puis passer à un autre sujet pour ensuite présenter quelqu’un d’autre. Aussi il est très peu présent, souvent en mouvement, remportant ainsi de gros contrats. Fasciné n’est peut-être pas le mot juste, « amusé » l’est bien plus. Cet amusement virera souvent à la critique ironique et cynique d’Hollywood et ses sbires.
Si le bruit, les brillants et les conversations veinales de richards / stars ne font pas partie des hobbies de Woody Allen, on peut se demander pourquoi il est venu à Cannes. Pour vendre son film bien sûr. Se réaffirmant comme un juif bourgeois et cultivé – notamment au jazz – de Greenwich Village, Allen confirme et même réaffirme son identité, et pousse ainsi un petit cri d’aigreur et d’exaspération en pleine ouverture de Cannes : « Je veux retourner à New-York, chez moi, loin d’ici, loin de ces conneries. »
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Café Society
Un film de Woody Allen
Avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell…
Distributeur: Mars Films
Durée : 96 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie: 11 mai 2016 Etats-Unis – 2016
La Review de Cannes : L’Economie du Couple de Joachim Lafosse
Synopsis : Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris se séparent. Or, c’est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, mais c’est lui qui l’a entièrement rénovée. A présent, ils sont obligés d’y cohabiter, Boris n’ayant pas les moyens de se reloger. A l’heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu’il juge avoir apporté.
Après les vastes plaines désertiques d’Afrique des Chevaliers Blancs où Vincent Lindon se persuadait d’avoir une conscience humanitaire en même temps qu’il essayait de redonner une chance à son couple avec Louise Bourgoin, Joachim Lafosse privilégie le retour à l’espace clos et intimiste d’une maison où un couple séparé n’a aucune autre alternative que celle de continuer à vivre ensemble.
Cette économie du couple, on la retrouve donc partout dans le film. Que ce soit dans le partage des jours de garde, des tâches, de l’espace domicilial, des amis, des disputes, des emmerdes et des bons moments. Ainsi, chacun réfléchit à la part qu’il a dans le couple et par extension définit ce qu’il représente, ou du moins représentait au sein de ce système. C’est cela l’économie dont parle Joachim Lafosse, celle qui figure aujourd’hui le lot de milliers de couples dans une société où l’on peut désormais se séparer aussi rapidement que se (re)mettre ensemble. Le personnage de la mère de Bérénice Béjo interprétée par Marthe Keller explique clairement qu’avant « on réparait les choses, on ne les jetait pas« . On se battait pour sauver son couple au lieu d’abandonner aussi facilement. Joachim Lafosse montre alors que derrière le divorce rapide se cache des couples qui n’ont pas d’autres choix (généralement par manque de moyens financiers) que de continuer à rester ensemble quand bien même ils ne se supportent plus. C’est donc le lot exécrable de deux êtres qui ne se supportent plus mais que doivent supporter la famille, les amis et les enfants.
Comme dans Les Chevaliers Blancs, Joachim Lafosse confirme qu’il sait diriger habilement ses comédiens. On n’avait pas vu Bérénice Bejo depuis l’échec Le Dernier Diamant en 2014 et pour son retour, elle retrouve comme une coïncidence un personnage assez similaire à ce qu’elle avait été dans Le Passé d’Asghar Farhadi, soit une dénommée Marie en instance de divorce. Soit une femme froide et figée. Déterminée dans ses intentions de faire partir son ex-compagnon, elle démontre une facette nuancée d’un personnage attachant qui se voit rongé malgré tout par la mélancolie d’un amour perdu et d’une situation invivable à la maison. A ses côtés, un personnage complexe incarné par Cédric Kahn que l’on connaît davantage pour ses réalisations (Une vie meilleure, Vie Sauvage) que pour ses prestations d’acteur. Un élément qui n’a aucune valeur ici tant il est épatant dans un rôle musclé et franc qui le pousse dans des excès de colère déments.
Tout comme Sieranevada et avant Juste la fin du monde, on se retrouve à table pour laver son linge sale avec son entourage. Il y a ce malaise poignant où lors d’un dîner avec ses amis, Bérénice Bejo refuse que son ex-compagnon vienne à table. C’est le moment pour lui de venir se donner en spectacle, hurler, faire monter la tension et montrer sa rancoeur envers ceux en qui il éprouvait autrefois une certaine sympathie et qui ont « choisi leur camp« . Ce qui est remarquable, c’est que la violence se fait avant tout par les mots et l’humilation psychologique et que jamais Joachim Lafosse ne tombe dans la facilité de faire exploser physiquement ses personnages. Toute la finesse de l’écriture du scénario provient également de la multiplicité des états amoureux dans lesquels se retrouvent les deux personnages, allant de la haine à l’amour en passant par le mépris et l’hystérie. Le fait qu’il est possible de retomber dans les bras de l’autre laisse à penser que Joachim Lafosse croit que l’amour entre deux personnes ne disparaît jamais vraiment. Et pourtant, c’est toujours l’économie qui rattrape ces personnages fixés sur leur part commune et leur intérêt matériel.
Par la simplicité de sa mise en scène (successions de plans longs figés en huis-clos) et malgré quelques étirements, le cinéaste belge réussit à tenir le rythme d’un procédé casse-gueule et à nous toucher en plein coeur. S’il arrive que le film se fasse long, c’est sans doute pour nous faire ressentir à quel point le temps semble pesant lorsque l’on vit avec une personne qu’on ne supporte plus dans un espace aussi clos. C’est dans ses dernières minutes que la caméra se décide enfin à sortir de cet oppressant appartement, comme une manière de résoudre définitivement la situation de ce couple.
L’Economie du Couple est une autopsie remarquable de la complexité des sentiments amoureux dans une séparation. De belles nuances ponctuent cette sincère et émouvante descente aux enfers de deux anciens amants. Simple et bouleversant.
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L’Economie du Couple
Un film de Joachim Lafosse
Avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn, Marthe Keller…
Distributeur : Le Pacte
Durée : 98 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : indéterminée
Angry Birds : Le film amène avec lui une nouvelle ère dans l’adaptation cinématographique. Après le théâtre, les livres, les bandes dessinées ou encore l’opéra, c’est au tour des jeux vidéos sur smartphones de se retrouver sur grand écran, et d’ainsi quitter la plateforme téléphonique.
Synopsis : Ce film nous amène sur une île entièrement peuplée d’oiseaux heureux et qui ne volent pas – ou presque. Dans ce paradis, Red, un oiseau avec un problème de colère, le très pressé Chuck, et l’imprévisible Bomb ont toujours été mis à l’écart. Mais lorsqu’arrivent des cochons verts mystérieux sur l’île, ce sera la mission de ce groupe de parias de découvrir ce que trament les cochons.
Si l’idée peut rebuter, il est tout de même intéressant de voir comment un jeu qui consiste à lancer des oiseaux sur des cochons afin de passer des niveaux a pu être adapté au cinéma.
Pour leur premier long-métrage en tant que réalisateur, Clay Kaytis (animateur sur Volt ou Raiponce) et Fergal Reilly (concepteur du story-board de Tempête de Boulettes géantes) s’emparent des personnages clés du jeu vidéo, que sont les différents types d’oiseaux, ainsi que les cochons. Ainsi, on retrouvera Red, Bomb (oiseau qui explose), Chuck (oiseau qui va vite) et ainsi de suite… Mais outre l’univers du jeu, les deux réalisateurs, aidés de leur scénariste, créent une fiction autour de leurs personnages. Malheureusement, ce n’est pas un pari vraiment réussi. Beaucoup d’idées pour au final énormément de facilités scénaristiques, dans lesquelles rien n’est étonnant, tout est prévisible. Personne, dans le village des oiseaux, n’écoutent Red, ne le prend au sérieux, et pourtant, on se doute du futur qui lui sera réservé. Aussi, Aigle Vaillant, légende du village, qui n’existerait pas, est lui aussi un lieu commun des films d’animation. On commencerait à croire que les concepteurs de films d’animation commencent à prendre les enfants pour de véritables « pigeons » ( terme judicieux si l’on pense à Angry Birds), tant on leur ressert la même histoire mais sous différentes sauces. Dans Angry Birds, rien n’est innovant, même si la deuxième partie, sur l’île des cochons, et beaucoup plus entraînante que la première, dans le village des oiseaux. La seconde est une référence beaucoup plus directe au jeu, et on s’amusera également à retrouver toutes sortes d’allusions cinématographiques cachées, celle de Shinning étant la plus réussie. Angry Birds est un film qui se veut « à la mode », aux inspirations actuelles directes. On parle de tweet, d’Instagram et de réseaux sociaux. Tout est fait pour que le spectateur retrouve la société dans laquelle il vit, ce qui fait d’Angry Birds un film d’une génération qui pourrait très vite tomber dans l’oubli.
Toutefois, tout n’est pas à jeter. Les trois personnages principaux sont très attachants, même s’ils auraient pu être un peu plus caractérisés. Bomb est peut être le plus attendrissant par son côté naïf mais qui veut aider Red coûte que coûte. Chuck, quant à lui, qui ne cesse d’aller à mille à l’heure, aurait pu tres vite agacer mais heureusement, il est le complément simple et efficace de Bomb et de Red.
En terme de graphisme, le film est haut en couleur et s’avère plutôt plaisant à regarder. Les paysages sont beaux, même si très (trop ?) ancrés dans l’univers du jeu vidéo, les plumages sont un minimum réalistes. Le film ne se pose jamais une seule seconde, on nous en met plein les yeux, notamment sur l’île des cochons. L’animation joue avec le spectateur qui ne cessera d’aller de droite à gauche, n’ayant pas le temps de prendre son souffle tant le rythme est soutenu, mais au final, plutôt lassant.
Les voix françaises (film vu en VF lors de la projection) correspondent aux personnages, même si le personnage d’Audrey Lamy est plutôt minime. Omar Sy déforme légèrement sa voix, ce qui fait qu’on ne reconnaît pas d’emblée son timbre vocal lors des premières minutes du film.
Enfin, l’usage de la 3D n’est pas forcément une excellente idée. Rien n’est fait pour impressionner le spectateur, mis à part deux ou trois becs d’oiseau qui viennent comme frôler le bout du nez du spectateur. Hormis cela, la 3D ne sert qu’à la profondeur de champ et la version 2D ne doit sûrement pas être moins bonne.
Angry Birds est un film d’animation qui a beaucoup pour déplaire, malgré de très bonnes idées, malheureusement pas assez développées. Si les couleurs et le graphisme rendent le film un tantinet sympathique, les défaillances scénaristiques laissent comme un goût d’inachevé chez le spectateur, qui se retrouve usé par tant de facilités et de lieux communs propres à beaucoup de films d’animations. Il aurait été préférable de quitter le jeu vidéo pour inventer une nouvelle histoire, moins prévisible et plus passionnante.
À quand l’adaptation cinématographique de Candy Crush ou Tetris ?
Angry Birds : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=K0xFzDigc6Y
Angry Birds : Fiche Technique
Réalisateurs : Clay Kaytis, Fergal Reilly
Scénario : John Vitti
Voix (VO) : Jason Sudeikis, Maya Rudolph, Josh Gad, Danny McBride, Kate McKinnon, Sean Penn, Bill Hader, Peter Dinklage…
Voix (VF) : Omar Sy, Audrey Lamy, Clovis Cornillac, François Berléand…
Superviseur des effets visuels : Danny Dimian
Montage : Kent Beyda, Ally Garrett
Musique : Heitor Pereira, Steve Aoki, Blake Shelton
Producteurs : John Cohen, Catherine Winder
Sociétés de production : Columbia Pictures, LStar Capital, Sony Pictures Imageworks INC., Village Roadshow Productions
Distribution (France) : Sony Pictures Releasing France
Durée : 99 minutes
Genre : Animation, Comédie
Date de sortie : 11 mai 2016
Marty, un film bâtard, une surprise cinématographique, dans une remarquable édition signée Wild Side
Ce mercredi 4 mai 2016 est sorti en formats dvd et blu ray chez Wild Side le film Marty. Réalisé en 1955 par Delbert Mann, le long métrage suit la rencontre d’un trentenaire italien catholique, Marty Piletti (interprété par Ernest Borgnine) et d’une enseignante en chimie âgée de 29, Clara Snyder (Betsy Blair). Les deux adultes ne sont toujours pas mariés et se résignent même au célibat. Mais en un soir, tout peut arriver. Ce que ne dit pas la synopsis du film, c’est que celui-ci filme aussi les rapports mère-fils de Marty avec sa maman Thérésa, et ceux de son cousin et de sa femme avec la tante Catherine. Le couple voudra un peu de tranquillité et demandera à Thérésa et Marty de prendre chez eux l’insupportable Catherine. Une question taraudera alors la mère de Marty : qu’adviendra-t-il d’elle, veuve célibataire encore en pleine forme et dont les tâches sont ménagères (et notamment la préparation des repas de son fils, soit s’occuper de son Marty) ?
L’image du dvd est une réussite, si l’on trouve quelques plans flous, ou le devenant lors des fondus enchaînés, on ne peut que féliciter la précision de l’image. Il faut aussi noter la remarquable qualité sonore, Wild Side nous propose d’ailleurs les pistes originales et françaises en Dolby Digital et en DTS. En termes de bonus, vous retrouverez l’habituelle présence de la bande-annonce originale, et un livret assez riche retraçant la genèse du film. Aussi Wild Side a proposé un vrai plus : l’interview du grand chef opérateur Pierre-William Glenn (ayant travaillé avec Tavernier, Truffaut, Fuller, Losey entre autres) qui reviendra sur les usages hybrides pour ne pas dire bâtards des éclairages dans le film. Si sa lecture vous paraît quasiment technique (et ce dernier l’admet), dites-vous qu’elle est aussi historique et cinématographique – dans le sens du travail visuel au cinéma –. En effet, son intervention permet de montrer à quel point le film est une sorte de carrefour dans le cinéma américain, entre le cinéma des studios et tourné en décors artificiels, et le nouveau cinéma américain des Cassavetes, Peckinpah, et caetera, filmés en des lieux réels et naturels, et avec des constructions visuelles (lumière, décors, etc) visant au naturalisme, à un réalisme. Il évoquera d’ailleurs Godard avec son idée qu’un bon film a une bonne construction de la réalité, l’œuvre doit bien construire sa réalité (comme Peckinpah et ses ralentis).
Après avoir vu cet entretien, vous serez probablement tentés de revoir le film avec une perspective technique et vous remarquerez probablement le grand nombre de faux raccords lumières, et à quel point il est visuellement hétérogène. Le film est très intéressant et important. Parce-qu’il est un drame plus qu’une comédie romantique, un morceau de vie plus qu’un rêve de spectateur. Les deux héros ne sont pas handsome (canons de beauté), ce sont des personnes comme on pourrait en croiser chaque jour. Le film ne se termine pas sur un happy end, la fin n’est d’ailleurs pas des plus classiques et n’est pas sans rappeler la conclusion de la série The Sopranos, hormis qu’ici la majorité des enjeux ne sont pas bouclés. Le film les laisse en suspens comme si la caméra avait arrêté de capter des bouts de la vie de Marty qui reprenait alors son court dans le plus grand anonymat. Le running gag et l’apparition du générique très théâtral du film (succession de tableau avec un extrait présentant une personne et les noms du personnage et de l’acteur au dessous) tendent à neutraliser les forces de cette fin. Si l’écriture a quelque chose de théâtrale, la dureté des propos et son interprétation par l’ensemble du formidable casting apportent une densité du réel au film. Les scènes en extérieur en décor naturel avec des figurants et des passants (dont une qui aura réussi à placer un « coucou » en fin de prise) amènent le long métrage à son apogée. Voilà ce qu’aurait du être complètement Marty, une œuvre du réel. Pierre-William Glenn disait justement que ce film avait vocation d’être réaliste, et Marty tend en effet à l’être. Certaines scènes intérieures ou tournées en studio sont tout de même très réussies et arrivent même à créer quelque chose de fort. Mais avec leur autre imagerie, elles créent une réalité différente. Le spectateur lambda ne s’en rendra pas compte, même le cinéphile d’ailleurs. Ça n’est pas forcément quelque chose qui tapera à l’œil de tout le monde à la première vision. Tout comme l’hybridité du film ne dérangera pas forcément ses spectateurs. Après tout, on peut trouver certaines justifications à ce pêle-mêle.
Marty est un très bon film, et surtout un long métrage fort intéressant. Il propose étrangement une autre vision, de l’altérité, dans un cadre « classique » de studio bien codifié. Parce-que Marty est bel-et-bien un film de studio à la base, on ne peut que s’étonner devant tous ces éléments qui le bouleversent, le bousculent, pour transcender ce beau petit film et l’amener au-delà des premières attentes, de ses premières directives. Cette œuvre bâtarde, construite à plusieurs mains, nous a fait goûter à une étrange expérience de cinéma, qu’on ne peut que vous recommander. Enfin on comprend pourquoi c’est Wild Side qui réédite Marty, parce-que ce film aux quatre oscars et aujourd’hui assez oublié, n’est justement pas une machine institutionnelle. C’est une étrange petite pépite de l’histoire du cinéma, qui, en son carrefour des images, propose des puissances lumineuses. Celles-ci tiennent presque ou complètement de la grâce de par la remarquable qualité de l’édition de Wild Side.
En édition Blu-ray + DVD + Livret Le 4 Mai 2016
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD
Master restauré HD – Noir & Blanc – Format image : 1.33, 16/9 ème compatible 4/3 Format son : Anglais et Français DTS
Stereo & Dolby Digital Stereo – Sous-titres : Français – Durée : 1h26
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
Master restauré HD – Noir & Blanc – Format image : 1.33 – Résolution film : 1080 24p Format son : Anglais et Français DTS
[LE LIVRE] : un livret exclusif de 82 pages sur le film et sa genèse, spécialement écrit pour cette édition par Patrick Brion, illustré de photos et de documents d’archive rares.
COMPLÉMENTS : – Des Lumières et des Ombres : Pierre-William Glenn nous parle du chef-opérateur Joseph LaShelle (30’) – Bande-annonce présentée par Burt Lancaster (3’18)
Après Batman V Superman et Captain America : Civil War, nous continuons dans la foulé avec X-Men : Apocalypse. Toujours sous la direction de Bryan Singer (collaborant dans la plupart des films X-men), ce nouveau chapitre conclut les trames lancées avec Le commencement, et Days of Future Past avec brio, malgré certains défauts dans son scénario qui rendent ce troisième épisode moins puissant qu’il aurait dû l’être.
Synopsis : Au temps de l’ancienne Egypte, le premier mutant de l’Histoire, En Sabah Nur, aussi appelé Apocalypse, utilise ses capacités et sa technologie afin de transférer son esprit dans un nouveau corps mutant dont le pouvoir est de se régénérer. Pendant la cérémonie, des rebelles qui le considèrent comme un « faux Dieu » s’en prennent à ses adeptes et engloutissent toute la structure de la pyramide. En Sabah Nur parvient à se libérer de sa prison de sable dans les années 80 et souhaite détruire les civilisations pour reconstruire un monde qu’il considère perdu, accompagné de ses quatre cavaliers de l’apocalypse…
La boucle est bouclée : We are the X-Men
X-Men : Apocalypse se focalise principalement sur ses héros, dans l’ensemble réussis. Certains mutants acceptent son destin, comme Charles Xavier qui dirige désormais son école, ou encore Mystique, devenu une icône pour tous les mutants, qui montre l’évolution la plus aboutie depuis le début en acceptant son statut de x-men, menant les élèves pour sauver la planète. Par conséquent, même si nous suivons une histoire avec trois rôles principaux, Jennifer Lawrence a toujours été centrale entre le camp de James McAvoy et celui de Michael Fassbender. Son personnage lui-même à toujours symbolisé la question des mutants : se cacher ou s’accepter ? On se rappelle qu’elle se camouflait d’abord sous l’identité de Raven avant de rejoindre la cause de Magnéto en devenant Mystique. Finalement, elle embrase ses deux destinées pour n’en former qu’une, en se joignant aux x-men, elle porte sur ses épaules toute la prélogie en étant l’héroïne principale. L’arrivée de la nouvelle génération : Jean, Scott, Diablo, Tornade, apporte un vent de fraicheur, mais aussi de nostalgie aux années 2000, faisant écho à l’ancienne trilogie (notamment à X-Men 2 aussi réalisé par Bryan Singer, considéré pour beaucoup comme le meilleur épisode). Le choix de ces nouveaux acteurs est remarquable tant dans l’aspect physique que dans le caractère propre à chacun, à l’exception de Alexandra Shipp dans le rôle de Tornade, trop différente de l’interprétation de la talentueuse Halle Berry.
Comme tout bon blockbuster, nous avons des effets spéciaux réussis, (en dépit d’une 3D pas très utile). Il semble évident de dire que nous avons du fond vert à outrance, mais certainement mieux exploité que dans Batman V Superman, rendant le visuel beaucoup moins brouillon avec un rendu sur l’image plus convaincant.
Le scénario est efficace avec une narration en deux parties, la première qui posent les enjeux pour nos protagonistes, quel but à atteindre, et la seconde où ils décident d’agir contre En Sabah Nur. Cette saga continue d’équilibrer parfaitement l’humour sans en faire trop, contrairement aux Avengers de Marvel, les parades comiques sont bien mieux maîtrisées en grande partie grâce à Evan Peters qui reprend son rôle de Vif-Argent. D’ailleurs, les fans de Days of Future Past s’attendront surement à une autre scène digne de la fameuse évasion de Magnéto qui nous avait tous surpris et enjoué, ils auront donc la satisfaction de voir une nouvelle course encore plus grandiose que la précédente d’un point de vue technique.
Cependant, le simple fait d’évoquer cette nouvelle séquence dénonce tout le problème du long-métrage, et de la saga en générale : une récurrence, certes assumée, mais qui a atteint la limite de ce que pouvait apporter d’inédit ces supers-héros connus du public depuis près de 15 ans. Certains défauts montrent l’absence de nouveautés laissant planer une histoire assez prévisible, et la possible fin des x-men.
De ce fait, nous avons ici un scénario parfaitement logique pour conclure la trilogie préquelle, mais avec les mêmes défauts que X-Men : L’affrontement final, qui avait clôt la trilogie originale.
A force de vouloir mettre trop d’artifices, on finit par s’y perdre, mais surtout par rendre l’histoire moins forte alors qu’elle aurait pu se terminer en apothéose. Le spectateur aura du mal à s’impliquer émotionnellement dans cette guerre à cause de l’absence, presque totale, d’humanité dans les ruines du dernier combat. Ainsi, nous assistons à un véritable carnage de la civilisation à cause de Magnéto et Apocalypse qui détruisent bâtiments, villes, mais avec aucune vraie perte humaine à l’écran.
Alors que Marvel et DC Comics montrent énormément de figuration humaine en détresse dans leurs propres films, pour X-Men : Apocalypse, l’abstraction choquante de populations donne l’impression de voir une querelle entre mutants qui s’entrainent dans la salle des dangers du manoir…
De même, alors que nous devrions voir une armée de x-men affronter leur adversaire, nous n’avons que six mutants contre les quatre cavaliers. Tous les mutants auraient dû être impliqués dans cette dernière bataille afin de nous donner un réel aboutissement dans un combat titanesque. D’autant plus que le débat entre les hommes et les mutants n’est (toujours) pas réglé, et c’est tout le souci qui montre qu’on tourne en rond. Nos héros ont assumé leur destin, mais le sujet premier qui est d’accepter l’autre n’est pas complètement résolu, la question reste donc ouverte avec l’espoir de voir tous les peuples s’unir sans affirmation.
Enfin, même si l’intrigue se suffit en elle-même pour clore le récit des six films, elle souffre de certaines faiblesses et de facilités scénaristiques.
Tout d’abord avec ce gros casting, nous avons des acteurs bien exploités, alors que d’autres sont totalement inutiles comme trois des quatre cavaliers de l’apocalypse qui font figuration, aussi bien dans la narration que durant le dernier affrontement, à l’inverse de Magnéto qui semble être le seul à avoir un vrai but (plus ou moins justifié). Ainsi, Archangel et Psylocke sont superflus et la future x-men Ororo montre un développement inégal en comparaison avec celui du trio Cyclope/Jean/Diablo.
L’antagoniste, interprété à la perfection par l’excellent Oscar Isaac, a du potentiel, mais son background est finalement trop insuffisant pour qu’on s’y intéresse, on nous le montre uniquement comme un méchant invincible voulant provoquer la fin du monde sans approfondissement.
Mais la plus grosse erreur de Bryan Singer est d’avoir laisser de grosses incohérences entre les X-Men : Days of Future Past et X-Men :Apocalypse d’abord sur la temporalité, mais aussi sur la situation de Raven et Wolverine sans donner d’explications.
Néanmoins, ce dernier volet termine proprement cette prélogie lancée par Matthew Vaughn en 2011, Bryan Singer a eu l’audace de revenir à la réalisation, et a le mérite d’avoir miraculeusement réussie à sauver une saga que Brett Ratner avait enterré. Sans être parfait, ce blockbuster n’en est pas moins très divertissant, bien rythmé, avec des scènes à couper le souffle. Juste dans sa conclusion, nos héros regardent vers l’avenir, un avenir que le spectateur connaît, la boucle est bouclée, il semble absurde de faire un 4ème épisode qui serait vraiment le film de trop.
L’adaptation cinématographique des comics va continuer avec Wolverine 3 où Hugh Jackman reprendra son rôle pour la dernière fois, mais on pourrait surtout se demander ce que compte faire Josh Boone pour New Mutants prévu d’ici 2020.
X-Men : Apocalypse : Bande-annonce
X-Men : Apocalypse : Fiche Technique
Réalisateur : Bryan Singer
Scénario : Bryan Singer, Simon Kinberg, Michael Dougherty, Dan Harris
Interprétation : James McAvoy (Charles Xavier/Professeur X), Michael Fassbender (Erik Lensherr/Magnéto), Jennifer Lawrence (Raven Darkholme/Mystique), Oscar Isaac (En Sabah Nur/Apocalypse), Nicholas Hoult (Hank McCoy/Le Fauve), Rose Byrne (Moira McTaggert), Sophie Turner (Jean Grey), Tye Sheridan (Scott Summers/Cyclope), Evan Peters (Peter Maximoff/Vif-argent), Alexandra Shipp (Ororo Munroe/Tornade), kodi Smit-McPhee (Kurt Wagner/Diablo), Olivia Munn (Elizabeth Braddock/Psylocke), Ben Hardy (Warren Worthington III/Archangel), Lucas Till (Alex Summers/Havok), Josh Helman (William Stryker), Lana Condor (Jubilee), Hugh Jackman (Wolverine)
Direction artistique : Michele Laliberte
Photographie : Newton Thomas Sigel
Montage : John Ottman
Musique : John Ottman
Producteurs : Simon Kinberg, Lauren Shuler Donner, Bryan Singer
Sociétés de production : 20th Century Fox, Bad Hat Harry Productions, The Donner’s Company
Budget : 234 000 000 $
Durée : 143 minutes
Genre : Science-fiction, super-héros, aventure, action
Date de sortie : 18 Mai 2016
Après How To Get Away With Murder, une autre production de Shonda Rhimes a terminé sa saison dont voici la critique.
Synopsis : Maintenant que Rowan est en prison, que Mellie et Cyrus ont dû quitter la Maison Blanche, Olivia et Fitz décident de se laisser une chance, et se mettent pour la première fois réellement ensemble. Alors qu’on ne connait pas tout de suite le destin de Huck, Quinn demande à Marcus Walker de rejoindre leur rang pour devenir lui aussi un « gladiateur »…
Une saison qui s’en sort de justesse
Après une quatrième saison déjà mitigée, cette saison 5 de Scandal est une remise en question générale, déjà pour l’ensemble des personnages, mais aussi pour la série qui semble atteindre ses limites dans ses storylines.
Les fans du couple mythique Olivia/Fitz seront assez déçus de la tournure des événements. Après une petite lune de miel, Olivia décide finalement de révéler aux journalistes sa liaison secrète avec le président. Cette révélation va d’une certaine manière relancer l’intrigue mais entrainera les personnages dans une spirale infernale. En conséquence, les deux parties de cette saison coupées par la pause hivernale – la mise en lumière du couple (des épisodes 1 à 9), et les élections présidentielles (des épisodes 10 à 21) – sont assez inégales, provoquant une certaine lassitude quant aux choix de certains personnages.
En effet, la première moitié de la saison nous dévoile un couple s’aimant, mais qui se déchire à cause du pouvoir politique, Olivia, apprécie ce qu’elle fait dans le bureau ovale, mais se sent prisonnière en tant que première dame. La plume de Shonda Rhimes confirme le rôle de Kerry Washington comme un personnage fort et féministe, (comme Ellen Pompeo dans Grey’s Anatomy), symbolisé par la rupture de Fitz et Olivia, et l’avortement de cette dernière dans le dos de son amant sans qu’il le sache. Le choix de miss Pope peut se justifier, mais est détestable pour le spectateur, quand on se rappelle tout ce que le couple a vécu depuis le début pour se mettre ensemble.
Heureusement, la reprise de la série en janvier a choisi de faire un bon dans le temps de six mois pour nos héros, intégrant des histoires plus intéressantes, mieux gérées que les premiers épisodes, malgré la présence de défauts dont on n’arrive pas à se débarrasser. Nous retrouvons enfin les atouts du début qu’on aime tant : centré sur les gladiateurs, du moins en apparence puisque l’équipe reste enchainée aux affaires de la Maison Blanche en choisissant d’aider Mellie à gagner les élections pour devenir présidente. Ainsi, nous n’avons pas spécifiquement de cas hebdomadaire, de scandale de la semaine, comme dans les deux premières saisons, mais une course à la présidence qui serait une victoire pour Mellie, mais surtout pour Olivia.
Par ailleurs, la rivalité des deux femmes semble enfin s’atténuer. Mellie est certainement le meilleur personnage de la saison qui a la plus belle évolution en prenant la décision de parler à Olivia pour l’aider à remporter les primaires. Leurs rapports s’améliorent, elles comprennent le lien qu’elles entretiennent avec le président, ensemble elles se complètent et forment un tout dans la réussite de Fitz à Washington.
La concurrente directe de Mellie, la vice-présidente, Susan Ross est l’autre surprise qui relève la saison. Sa relation assez compliquée avec David est un vent de fraicheur parmi tous les couples présents actuellement dans la série. Cela nous permet de nous montrer un peu plus son caractère en dehors de son statut politique, la rendant extrêmement attachante, et remet sur scène le personnage de David Rosen en retrait depuis plusieurs saisons.
Alors que ce couple est une réussite, les relations d’Olivia nous intéressent beaucoup moins, avec Fitz mais surtout avec Jake, un personnage où l’on fini par ne plus comprendre le but, retournant, auprès de son ancien mentor, Rowan, alias Papa Pope, après tous les stratagèmes pour le faire tomber de son poste de « commandant ». Cette année, Scandal montre nos trois héros en perdition, nous n’arrivons pas à comprendre leurs parcours respectifs. Olivia veut sauver Jake de son père, mais peut-on encore imaginer une histoire possible entre eux alors qu’elle avait choisi Fitz l’an dernier. Suite à ses deux séparations, voir notre héroïne retourner avec l’un de ses hommes casserait la crédibilité de son personnage en quête de pouvoir, comme son père.
La série a du mal à avancer dans cette saison 5, nous stagnons beaucoup dans l’intrigue des différents personnages avec Olivia en tête de liste, enfermée dans son triangle amoureux et son combat contre Rowan.
En fin de compte, la seule logique sensée dans l’esprit tordu d’Olivia est la manière dont on revient à son enlèvement de la saison dernière. Son comportement est justifié par son traumatisme, qu’elle remet d’ailleurs plusieurs fois sur le tapis jusqu’au moment où elle dépasse la ligne et assassine son ravisseur, faisant de l’épisode 17 un autre moment culte de la série. Shonda Rhimes a équilibré et gardé dans l’ombre cette storyline expliquant parfaitement les décisions de Kerry Washington, elle ne veut plus jamais se sentir inférieure, contrôlée, maîtrisée, et elle compte obtenir sa victoire en faisant gagner Mellie aux élections, lui rappelant son ancien travail avec Fitz antérieur à la série, avant même la première saison.
Son combat montre d’un autre côté les différentes couleurs du personnage d’Abby qui a pris beaucoup de galon cette année en remplaçant le rôle de Cyrus à la Maison Blanche (un autre personnage à la dérive au même titre que Jake, tentant le tout pour le tout afin de rester à Washington, le rendant encore plus pathétique).
Ainsi, Abby se trouve un nouveau but cette saison en s’appropriant beaucoup de pouvoir, montrant le désir d’être la nouvelle Olivia Pope. Nous suivons cette histoire intéressante dans les derniers épisodes laissant le spectateur se demander si Abby peut trahir sa meilleure amie pour faire remporter les élections à Susan Ross, mais son amitié semble plus importante puisqu’elle ne révèle pas l’avortement d’Olivia dans le but d’évincer Mellie de la compétition. Nous aurons aussi le bonheur plusieurs fois de retrouver toute l’ancienne équipe des gladiateurs chez Olivia Pope & Associate en lien avec la course politique, Abby et Olivia travaillant ensemble pour faire tomber leurs rivaux.
En dépit d’une évolution entre Mellie et Olivia plus que bienvenue et l’effet miroir des élections qui dépassent notre fiction, faisant écho à la situation américaine actuelle, nous sommes partagé par cette saison mettant trop en avant les coulisses de la Maison Blanche depuis la saison 3.
De ce fait, le défaut de la saison précédente est peut-être plus important cette année : nous avons trop de personnages principaux qui sont devenus secondaires sans avoir d’histoires propres à faire progresser.
Les gladiateurs étaient le cœur du récit lors des trois premières saisons, et ils sont tous laissés de côté. Heureusement Quinn reste centrale, l’élément permettant à l’équipe de restée unie, malgré ses difficultés à cause d’une Olivia se préoccupant de ses problèmes personnelles. Le simple fait de voir le nouveau personnage régulier Marcus si peu exploité, quasi invisible jusqu’à l’épisode 16 prouve le problème de la saison, trop centré sur les élections et la politique, et beaucoup moins sur les scandales. On imagine en fin de saison une possible romance entre lui et Mellie qui ferait une pierre deux coup pour à la fois créer une dynamique amusante entre ces deux personnages aux atomes crochus, mais surtout mettre en avant l’acteur Cornelius Smith Jr totalement absent des intrigues de la saison, le personnage veut s’intégrer, mais Quinn et Huck l’en empêche comme si Shonda Rhimes freinait elle-même le potentiel de Marcus.
Le final apporte des éléments de réponses et pose quelques indices sur les possibles storylines de la saison 6. En effet, alors que Fitz apprend la vérité sur l’avortement et semble l’accepter, Olivia affronte son père afin de libérer Jake qui deviendra le vice-président de Mellie, nous offrant probablement l’une des meilleures scènes de la saison, où nous voyons enfin la fille affronter le père et prendre le commandement, même si leur conflit devrait continuer à l’avenir.
Bien que les histoires se poursuivent sur les élections pendant encore quelques épisodes (toujours dans le but de refléter la réalité), certaines intrigues à venir devraient permettre à Jake, mais aussi Cyrus de revenir au premier plan étant donné que ce dernier se propose pour devenir le vice-président de Francisco Vargas (Ricardo Chavira de Desperate Housewives). Ce choix scénaristique permet notamment de voir s’affronter Cyrus et Olivia, nous avons plaisir à imaginer leurs fortes personnalités se faire face en se demandant qui obtiendra le bureau ovale d’ici le Winter Finale de la saison 6 (dernier épisode avant la pause hivernale en décembre).
Le bilan montre une saison irrégulière mais avec de bonnes idées, finalement ce mauvais équilibre est reflété par l’héroïne de Scandal. Elle gère parfaitement sa vie professionnelle avec son équipe de gladiateurs, mais n’arrive pas à affronter ses propres démons, vaincre son père, faire un choix amoureux et l’assumer, à tel point qu’elle commet l’irréparable en tuant son ravisseur, unique moment de jouissance pour le personnage qui se sent libre pour la première fois. La question demeure pour la saison 6, est-ce qu’Olivia Pope pourra rallier à la fois son talent à sa vie privée pour être heureuse, alors que l’ombre de son père plane toujours autour d’elle, où est-elle destinée à devenir comme lui en voulant à tout prix s’approprier le pouvoir politique…
La cinquième saison de Scandal a réuni, en moyenne, 7,2 millions de téléspectateurs et un taux de 2,05 sur les 18/49 ans.
La série reviendra pour une saison 6 sur ABC, raccourcie de 16 épisodes à cause de la grossesse de Kerry Washington. La chaine réfléchit encore à une date de diffusion pour la rentrée septembre 2016 ou à la mi-saison 2017.
Scandal Saison 5 : Bande-annonce
Scandal Saison 5 : Fiche Technique
Créateur : Shonda Rhimes
Réalisation : Roxann Dawson, Tom Verica, Shonda Rhimes
Scénario : Shonda Rhimes
Acteurs principaux : Kerry Washington (Olivia Pope), Darby Stanchfield (Abby Whelan), Guillermo Diaz (Huck Finn), Katie Lowes (Quinn Perkins), Tony Goldwyn (Fitz Grant), Jeff Perry (Cyrus Beene), Bellamy Young (Mellie Grant), Joshua Malina (David Rosen), Scott Foley (Jake Ballard), Portia De Rossi (Elizabeth North), Cornelius Smith Jr (Marcus Walker), Joe Morton (Rowan Pope)
Direction artistique : George Edman
Décors : Lisa K. Sessions
Costumes : Lyn Paolo
Photographie : Justin M. Lubin
Montage : Gregory T. Evans, Matthew Ramsey
Musique : Chad Fischer
Casting : Andrew Mackin, Jamie Castro
Producteurs : Shonda Rhimes, Betsy Beers
Société(s) de production : ABC Studios, ShondaLand
Format : 22 épisodes de 42 minutes
Diffusion : ABC
Genres : dramatique, judiciaire Etats-Unis – 2012
S’il y a une constante dans le cinéma de Pedro Almodovar, c’est bien la qualité des bandes originales de ses films car, depuis qu’il s’est adjoint les services d’Alberto Iglesias en 1995 pour La Fleur De Mon Secret, ses films ont, quoi qu’il arrive, ce supplément d’âme ibérique que leur donne la musique. Et c’est justement ce supplément d’âme qui s’exprime dans cette bande originale magnifique de Julieta et qui traduit toute la force dramatique (et parfois tragique) du cinéma d’Almodovar. Ce mélange de nostalgie et de mélancolie qui vous triture les entrailles, cette « saudade » agrémentée à la sauce espagnole, qu’Iglesias retranscrit à la perfection.
Certains morceaux (tous instrumentaux, à l’exception notable de l’avant-dernier morceau) sont d’une puissance dramatique frappante et finissent sur l’apothéose de l’éblouissant Si No Te Vás, interprété par Chavela Vargas. C’est imparable, cette chanson ramène directement au mémorable Piensa En Mí que Luz Casal interprétait pour Talons Aiguilles. Même interprétation languissante, même émotion dans la voix bref, on est pris et transporté par l’émotion, l’estomac se noue, les larmes montent aux yeux et finissent parfois par couler.
Même si Almodovar n’a pas toujours été le cinéaste qu’on attendait ces dernières années, cette alchimie réelle qu’il partage avec Alberto Iglesias rappelle les plus grands couples de cinéma, en premier lieu Spielberg/Williams et Leone/Morricone. Quelle que soit la qualité du travail produit, ces couples artistiques ne peuvent que forcer le respect par cette symbiose qui va au-delà des intérêts personnels, comme s’il existait des « âmes sœurs » cinématographique…
Sortie: 4 avril 2016
Distributeur: Quartet Records
Durée: 62’22
Tracklist:
1. La tela roja 2:54
2. La esquina 1:01
3. En el mismo lugar II 3:54
4. Tren de invierno, 1985 3:01
5. Cortejo fúnebre en la nieve 2:51
6. Antía concebida 2:11
7. Rumbo a lo desconocido 1:53
8. La madre andaluza 1:16
9. Tatuaje 2:15
10. El origen del hombre 1:42
11. Tempestad 6:43
12. El cadáver incompleto 1:09
13. Silencio 2:07
14. Caminé como un zombie I 1:19
15. En el mismo lugar I 1:51
16. Julieta y las niñas 1:43
17. La casa blanca 1:25
18. Despedida de Antía 2:30
19. Ava en el hospital 3:45
20. Caminé como un zombie II 2:24
21. Los cuadernos del silencio 3:32
22. Si no te vas (Interpretada por Chavela Vargas) 4:14
23. Epílogo 6:42
La Review de Cannes : I, Daniel Blake de Ken Loach
Synopsis : Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Rachel, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Rachel vont tenter de s’entraider…
La Review vénère de Kévin
Vingt-cinquième long métrage, dix-huit sélections à Cannes dont treize en compétition officielle, Ken Loach est le vétéran britannique de la Croisette. C’est désormais une habitude pour lui que de venir défiler sur le tapis rouge et de présenter régulièrement son dernier-né.
Ici, fini le récit historique irlandais des années 1930 de Jimmy’s Hall et retour à ce qui fait la veine du cinéma loachien, le drame social. On retrouve ainsi sa patte, à ceci près qu’elle est moins « documentaire » qu’à l’accoutumée. Il y a toujours les codes du réalisme social fidèles à Loach, à savoir la justesse de ses acteurs -inconnus sauf Dave Johns, comique de stand-up- qui délivrent des performances touchantes, une mise en scène figée mais au plus près des corps, l’humanité qui anime ses personnages ou cette critique sociale d’une société britannique absurde et qui empêche tout épanouissement. Ken Loach ne prend donc pas de risque et ça se ressent terriblement.
Car à l’âge de 79 ans, Ken Loach se fait vieux et paresseux. I, Daniel Blake est très certainement l’un de ses plus mauvais films, tant il se repose sans remords sur des schémas narratifs éculés, des situations apitoyantes qui tentent vainement d’arracher les larmes, et un dénouement tout ce qu’il y a de plus simpliste. On suit donc avec une prévisibilité insupportable les pérégrinations de ce menuisier profondément touchant et propre sur soi qui tente de s’en sortir face aux labyrinthiques démarches administratives, ainsi que sa rencontre avec une jeune mère célibataire qu’il va tenter de sortir de sa situation misérable. Dès lors, tout y passe. De l’impossibilité de trouver une solution à ses problèmes, en passant par la relation naissante et profonde entre deux âmes esseulées dont la relation va se détériorer jusqu’à l’explosion d’un homme qui ne supporte plus le mépris d’une administration qui le considère comme un moins-que-rien. Tout ça est effectivement très touchant mais Ken Loach use tellement de grosses ficelles pour nous faire adhérer à ce pathos dégoulinant à ras-bord que le film en devient irritable.
On est loin, très loin de la force implacable et bouleversante d’un Sweet Sixteen, d’un My Name is Joe ou plus loin encore d’un Kes. Ken Loach semble ainsi arriver au terme de sa carrière mais tout ce que l’on espère, c’est que I Daniel Blake ne sera pas son dernier film, car il serait une terrible conclusion à une filmographie brillante et jusque-là sans faute.
La review de glace un peu bonbon de Benjamin
Disons-le vite et bien, mon cher collègue vous aura probablement tout dit, des défauts aux qualités du film I, Daniel Blake, de son pathos exubérant et orchestré avec des fils bien trop apparents, à ses formidables acteurs touchants et les quelques bonnes phrases bien envoyées du personnage principal. Aussi vous aura-t-il probablement parlé de moments superbes qui ponctuent le film : lorsque Dan(iel) réécoute la musique préférée de sa femme décédée, accompagnée de Daisy, la fille son amie Katie. La petite fait d’ailleurs une double découverte : celle de la cassette en tant qu’objet, et ce son inconnu, oublié et pourtant toujours mystérieux et évocateur.
Cependant, le film a encore quelques sonorités et mystères à dévoiler. En effet, il tiendrait presque plus du feel-good-movie que du drame. Même si un élément assombrira le tableau, il reste un feel-good movie, ce petit conte moderne socio-politique qui tend à (r)éveiller votre indignation et votre courage ainsi que votre personnalité sociale et pro-collective. Mais I, Daniel Blake en fait dix fois trop. Une bonne partie du film était tout à fait juste même si elle n’est pas originale, car elle apportait des éléments très puissants, par exemple la cohabitation d’habitants d’origine différente qui se considèrent comme de grands amis alors que nous connaissons bien des scandales liés au racisme et à la xénophobie. Toutefois on est en droit de se demander ce que le réalisateur a voulu faire tant certains de ses choix sont déstabilisants dans le sens qu’ils sont incohérents. On peut penser à la dispute de Daniel et Katie, trop larmoyante, trop jouée, trop « trop » en somme, et au son qui termine la scène, composé de ferraille et utilisé à de maintes reprises dans des films de série B voire Z, et / ou de genre, notamment l’épouvante-horreur.
I, Daniel Blake est un film émouvant, parfois beaucoup trop pour garder son réalisme. Si cette sur-émotivité sert le discours revanchard, précisément anti-organismes étatiques, de Ken Loach, ce dernier a oublié de cacher ses trucs et astuces dans le tissage de la machine, trop rodée, sans surprise, tire-larme aux fils d’or souvent visibles à plus de cent bornes du siège du spectateur. On ne peut cependant lui reprocher tous ces éléments structurels du récit, puisque I, Daniel Blake est une fable socio-politique dramatico-comique adressée à tous et toutes, au discours gros comme un éléphant dans une galerie des glaces et même parfois ambigu (notamment par rapport à certaines réactions du héros). Aussi si ce film sincère réussissait à réveiller la conscience socio-politique – et même révolutionnaire – d’un spectateur, en exploitant ses modules émotionnels et notamment lacrymaux, Loach aurait probablement réussi son pari.
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I, Daniel Blake
Un film de Ken Loach
Avec Dave Johns, Hayley Squires, John Summer…
Distributeur: Le Pacte
Durée : 100min
Genre : Drame social
Date de sortie indéterminée Royaume-Uni, France – 2016
Synopsis : Le Caire, été 2013, deux ans après la révolution égyptienne. Au lendemain de la destitution du président islamiste Morsi, un jour de violentes émeutes, des dizaines de manifestants aux convictions politiques et religieuses divergentes sont embarqués dans un fourgon de police. Sauront-ils surmonter leurs différences pour s’en sortir ?
Avec Esthebak, Un Certain Regard donne le ton de sa sélection avec un film politique qui revient sur le chaos égyptien de 2013 avec la prise du pouvoir par les Frères Musulmans. Comme Sieranevada la veille, la sélection cannoise semble faire la part belle aux huis-clos en ce début des festivités. En effet, Esthebak se déroule exclusivement dans un fourgon cellulaire où sont enfermés des individus dont les divergences politiques vont faire accroître la tension dans cet espace clos de manière exponentielle. Première sélection cannoise pour cet égyptien, Mohamed Diab avait déjà fait forte sensation avec son premier et précédent long métrage en 2012 (Les Femmes du Bus 678) qui restait également cloisonné dans l’espace d’un bus.
Alors que des affrontements s’engagent violemment au Caire entre les Frères Musulmans et les partisans de la démocratie laïque, au centre duquel les autorités policières tentent de calmer le jeu, des journalistes et citoyens de tous horizons se retrouvent enfermés dans un fourgon, par manque de solution. Et sous la tôle blindée, la haine ne va pas tarder à resurgir. L’espace de ce fourgon est très nettement la représentation de cette Egypte, divisée tant politiquement que religieusement. Ce lieu cloisonné comprend aussi bien des hommes aux divergences politiques affirmées que des femmes, des enfants et des vieillards. De fait, le fourgon représente la situation bordélique dans laquelle s’est trouvé l’Egypte au moment du Printemps Arabe, soit une gestion sociale calamiteuse et des violences jamais-vues.
Le fait que tout se déroule dans un fourgon rend la situation extrêmement oppressante, presque insurmontable pour le spectateur qui se retrouve balancé d’un bout à l’autre du véhicule. Certaines scènes donnent la nausée tant elles se révèlent illisibles mais participent finalement au chaos qui règne dans et autour du fourgon. Mohamed Diab choisit le parti-pris d’une shaky-cam -que ne renierait pas Paul Greengrass- ce qui accentue l’immersion déstabilisante du film. Plus que tout, c’est dans ses scènes de manifestation violentes que le film est le plus surprenant et le plus réussi. Le danger, le risque de mourir, l’impossibilité de se sauver, tout est là pour malmener le spectateur et lui faire ressentir en une moindre mesure la terrible existence des égyptiens en 2013.
Mohamed Diab ne semble pas être un nihiliste et malgré les différences notables de caractère chez les passagers, il donne à voir quelques lueurs d’espoir et d’humanité, mais très rapidement contrebalancé par des sursauts de violence qui ne peuvent être contenus. On pourra reprocher à la narration une énorme prévisibilité quant à ses tentatives de redynamiser le récit mais cela permet à Esthebak de donner de la valeur à tous ses personnages, même s’ils restent effacés dans ce brouhaha continu où chacun tente d’exister et de faire entendre sa parole. L’hystérie de la situation fascine -parce qu’elle émeut- autant qu’elle déroute tant le film n’est qu’une succession de hurlements et coups perdus, comme si l’Egypte ne pouvait se faire entendre que par la rage des mots et des gestes, lancés à tout bout de champs.
A l’instar du dernier plan du film, la partie n’est pas encore gagnée pour se sortir d’une telle situation, et c’est ce qui permet à Esthebak de faire réfléchir le spectateur à la sortie de la salle sur le climat hystérique et endiablé qui a animé l’Egypte en 2013. Bien qu’hystérique et épuisant, ce second long métrage de Mohamed Diab remue tellement par sa sincérité et l’impressionnante violence de ces affrontements qu’il est difficile de ne pas lui prêter un regard attentionné. Mais il faut bien comprendre qu’il requiert également une certaine exigence de la part de son spectateur, ce que pas tous ne seront prêts à donner. Un certain regard, Esthebak en possède assurément.
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Esthebak (Clash)
Un film de Mohamed Diab
Avec Nelly Karim, Hany Adel,
Distributeur: Pyramide Distribution
Durée : 97min
Genre : Drame
Date de sortie indéterminée Egypte – 2016
Wang Xiaoshuai est un des piliers de la « sixième génération » de cinéastes de la Chine continentale, ceux d’après les évènements de Tian’anmen, avec à ses côtés d’autres brillants réalisateurs tels que Jia Zhang Ke (Still Life, A Touch of sin) ou encore Wang Bing (A la folie, Les trois sœurs du Yunnan). C’est le cinéma de la nouvelle Chine, cette Chine schizophrène, malade d’elle-même, écartelée entre le communisme et l’ultra-libéralisme.
Synopsis: Deng, retraitée têtue, semble compenser le vide laissé par la mort de son mari par une activité de chaque instant, dévouée à organiser la vie de ses enfants et petits-enfants. Sa vie est bouleversée le jour où elle commence à recevoir de mystérieux appels anonymes et à être suivie lors de ses sorties quotidiennes…
Ghost in the shell.
Sa partition est plus particulièrement marquée par les séquelles de la Révolution culturelle, puisque ses parents sont de ceux qui sont partis volontairement s’exiler pour accélérer le développement des campagnes reculées, la fameuse « troisième ligne de défense » de Mao et de sa Révolution culturelle.
Red Amnesia est un film qui fait le lien entre cette période sombre de l’histoire de la RPC et son visage d’aujourd’hui, au travers de l’histoire de Deng Meijang et de sa famille. Deng est une femme récemment veuve, d’un âge déjà avancé, dont la très vieille mère habite à l’hospice, et les deux fils dans les environs de son logement pékinois. L’un, Jun (Yuanzheng Feng), est un businessman prospère, un père de famille modèle, tandis que l’autre, Bing (Hao Qin), vit de manière plus marginale, à l’arrière de son salon de massage et de son salon de coiffure. Bing est homosexuel, mais dans un pays où la loi interdit encore de mentionner l’homosexualité dans les films, à la télévision ou dans les romans, le film le montre tout en le déniant (« ce n’est pas ce que tu crois » dira Bing plus tard à sa mère).
D’emblée, le film apporte un regard éclairant sur cette bourgeoisie chinoise continentale que l’on ne connaît que très peu. Les protagonistes semblent davantage tout droit sortis d’un quelconque film coréen ou japonais, que de ce même milieu écrasé économiquement par l’avancée trop rapide du pays, milieu si bien décrit par Jia Zhang ké ou Wang Bing, voire Wang Xiaoshai lui-même dans certains de ses précédents films. C’est peut-être là l’explication de ce titre, Red Amnesia : c’est comme si tout le passé de cette famille a été effacé par une gomme magique pour donner naissance à des êtres presque étrangers, des aliens, une belle-fille qui manque de déférence par rapport à sa belle mère, une fille exaspérée par sa mère, une personne âgée, qui en temps normal, devrait recevoir le plus intense des respects ; un fils gay et qui ne le cache pas. On constate d’ailleurs, à la vue du parcours festivalier du film en 2014, qu’il n’est pas forcément le bienvenu dans son pays d’origine, puisqu’il n’a été présenté ni à Shanghai ni à Pékin, alors même qu’il a sillonné les autres festivals, de Toronto à Venise…
Une amnésie carabinée donc pour Deng, même si de temps à autre une chorale de son quartier qui chante les vieilles chansons de l’époque communiste semble lui évoquer de douloureux souvenirs. Elle finit de se réveiller complètement de sa « torpeur » lorsqu’un jour, elle reçoit des coups de fil anonymes, puis des menaces explicites, et qu’un mystérieux jeune homme semble la suivre dans tous ses déplacements. Il semble que le passé se décide à se rappeler à son bon souvenir.
La mise en scène de Wang Xiaoshuai est très efficace. Le film démarre comme une chronique sociale avec la routine domestique de Deng entre les soins à sa mère, et son intrusion peu appréciée aux domiciles de ses fils pour leur préparer des repas, cette partie qui montre donc cette occidentalisation d’une certaine société chinoise. Puis l’arrivée des coups de fil anonymes et du jeune homme mystérieux apporte un suspense véritable en plus d’être inattendu. On pense évidemment à Caché de Michael Haneke, même si le style est assez différent. Mâtinées d’histoires de fantômes, dont celui du mari de Deng que Wang fait sortir littéralement de son cadre accroché au mur pour l’asseoir à côté de Deng lors de ses conversations quotidiennes avec le défunt, ces séquences sont plus poétiques que celles de l’autrichien légendaire dans sa mise à distance glacée. Enfin, la dernière partie, où Deng tente de renouer avec son passé est la plus émouvante de toutes, quand les masques tombent et qu’elle ose enfin affronter la vérité d’une jeunesse pas forcément aussi tranquille et apaisée que le soir de sa vie ne le laisse supposer. Sans se départir d’un rythme plutôt lent, comme anesthésié, le film connaît un regain d’ « action », si l’on ose s’exprimer ainsi. Zhong Lu, une star de la télévision chinoise, complète alors la palette de son jeu discret pour montrer au spectateur la dualité du personnage. A aucun moment cependant, le cinéaste n’est dans le jugement par rapport à un passé lourd, source d’hostilité, de culpabilité et peut-être de regrets, et même si la fin du film est plutôt violente et sans appel, on sent une forte empathie globale de sa part à l’égard de tous les protagonistes, tous semblant être indifféremment victimes des mêmes erreurs politiques de 40 années auparavant.
Filmé avec la caméra à l’épaule du chef opérateur Di Wu, Red Amnesia est un film néanmoins esthétique, baigné par moments d’une très belle lumière dorée, notamment dans toutes les séquences qui mélangent rêve et réalité, des tableaux qui rappellent qu’avant de devenir cinéaste, Wang Xiaoshuai a été peintre. Privé de tous les moyens dans son pays d’origine, au détriment d’un cinéma commercial et hollywoodien qui devient le seul centre d’intérêt du cinéma chinois, ainsi que le cinéaste et d’autres signataires le font remarquer dans leur cri d’alerte sur Sina Weibo, le twitter chinois, Red Amnesia est, sous des airs faussement anecdotiques, un exercice de mémoire collective et d’une tentative de résilience qui mérite la vision la plus large, à commencer bien sûr par la Chine elle-même.
Red amnesia : Bande annonce
Red amnesia : Fiche technique
Titre original : Chuang ru zhe
Réalisation : Wang Xiaoshuai
Scénario : Wang Xiaoshuai, Fang Lei
Interprétation : Zhong Lü (Deng Meijuan), Yuanzheng Feng (Zhang Jun), Hao Qin (Zhang Bing), Yibo Han (petit ami de Bing), Su Ying Huang (mère de Deng), Ran-ran Li (Xu-fang), Shi Liu (jeune homme à la casquette rouge), Hailu Qin (femme de Jun)
Musique : Umeit
Photographie : Di Wu
Montage : Hongyu Yang
Producteurs : Xuan Liu, Lin Xu, Leah Xu, Jiang Wei, Isabelle Glachant,Wang Xiaoshuai, Chen Xiangrong, Jian Qiang Wang, Bill Kong, Li Ruigang, Huang Jiang Xiang, Shen Hao
Maisons de production : Chongqing Film Group, Dongchun Films, Edko Films,Herun Media, Shanghai Inlook Media Group, WXS Productions Films
Distribution (France) : Les Acacias Films
Récompenses : Asia Pacific Screen Awards 2014 : Meillere actrice – Zhong Lu. Mention spéciale pour Wang Xiaoshuai au festival de Munich 2015
Budget : ND
Durée : 116 min.
Genre : Thriller
Date de sortie : 4 Mai 2016 Chine – 2015