Marty, un film de Delbert Mann : La Critique du DVD

Marty, un film bâtard, une surprise cinématographique, dans une remarquable édition signée Wild Side

Ce mercredi 4 mai 2016 est sorti en formats dvd et blu ray chez Wild Side le film Marty. Réalisé en 1955 par Delbert Mann, le long métrage suit la rencontre d’un trentenaire italien catholique, Marty Piletti (interprété par Ernest Borgnine) et d’une enseignante en chimie âgée de 29, Clara Snyder (Betsy Blair). Les deux adultes ne sont toujours pas mariés et se résignent même au célibat. Mais en un soir, tout peut arriver. Ce que ne dit pas la synopsis du film, c’est que celui-ci filme aussi les rapports mère-fils de Marty avec sa maman Thérésa, et ceux de son cousin et de sa femme avec la tante Catherine. Le couple voudra un peu de tranquillité et demandera à Thérésa et Marty de prendre chez eux l’insupportable Catherine. Une question taraudera alors la mère de Marty : qu’adviendra-t-il d’elle, veuve célibataire encore en pleine forme et dont les tâches sont ménagères (et notamment la préparation des repas de son fils, soit s’occuper de son Marty) ?

L’image du dvd est une réussite, si l’on trouve quelques plans flous, ou le devenant lors des fondus enchaînés, on ne peut que féliciter la précision de l’image. Il faut aussi noter la remarquable qualité sonore, Wild Side nous propose d’ailleurs les pistes originales et françaises en Dolby Digital et en DTS. En termes de bonus, vous retrouverez l’habituelle présence de la bande-annonce originale, et un livret assez riche retraçant la genèse du film. Aussi Wild Side a proposé un vrai plus : l’interview du grand chef opérateur Pierre-William Glenn (ayant travaillé avec Tavernier, Truffaut, Fuller, Losey entre autres) qui reviendra sur les usages hybrides pour ne pas dire bâtards des éclairages dans le film. Si sa lecture vous paraît quasiment technique (et ce dernier l’admet), dites-vous qu’elle est aussi historique et cinématographique – dans le sens du travail visuel au cinéma –. En effet, son intervention permet de montrer à quel point le film est une sorte de carrefour dans le cinéma américain, entre le cinéma des studios et tourné en décors artificiels, et le nouveau cinéma américain des Cassavetes, Peckinpah, et caetera, filmés en des lieux réels et naturels, et avec des constructions visuelles (lumière, décors, etc) visant au naturalisme, à un réalisme. Il évoquera d’ailleurs Godard avec son idée qu’un bon film a une bonne construction de la réalité, l’œuvre doit bien construire sa réalité (comme Peckinpah et ses ralentis).

Après avoir vu cet entretien, vous serez probablement tentés de revoir le film avec une perspective technique et vous remarquerez probablement le grand nombre de faux raccords lumières, et à quel point il est visuellement hétérogène. Le film est très intéressant et important. Parce-qu’il est un drame plus qu’une comédie romantique, un morceau de vie plus qu’un rêve de spectateur. Les deux héros ne sont pas handsome (canons de beauté), ce sont des personnes comme on pourrait en croiser chaque jour. Le film ne se termine pas sur un happy end, la fin n’est d’ailleurs pas des plus classiques et n’est pas sans rappeler la conclusion de la série The Sopranos, hormis qu’ici la majorité des enjeux ne sont pas bouclés. Le film les laisse en suspens comme si la caméra avait arrêté de capter des bouts de la vie de Marty qui reprenait alors son court dans le plus grand anonymat. Le running gag et l’apparition du générique très théâtral du film (succession de tableau avec un extrait présentant une personne et les noms du personnage et de l’acteur au dessous) tendent à neutraliser les forces de cette fin. Si l’écriture a quelque chose de théâtrale, la dureté des propos et son interprétation par l’ensemble du formidable casting apportent une densité du réel au film. Les scènes en extérieur en décor naturel avec des figurants et des passants (dont une qui aura réussi à placer un « coucou » en fin de prise) amènent le long métrage à son apogée. Voilà ce qu’aurait du être complètement Marty, une œuvre du réel. Pierre-William Glenn disait justement que ce film avait vocation d’être réaliste, et Marty tend en effet à l’être. Certaines scènes intérieures ou tournées en studio sont tout de même très réussies et arrivent même à créer quelque chose de fort. Mais avec leur autre imagerie, elles créent une réalité différente. Le spectateur lambda ne s’en rendra pas compte, même le cinéphile d’ailleurs. Ça n’est pas forcément quelque chose qui tapera à l’œil de tout le monde à la première vision. Tout comme l’hybridité du film ne dérangera pas forcément ses spectateurs. Après tout, on peut trouver certaines justifications à ce pêle-mêle.

Marty est un très bon film, et surtout un long métrage fort intéressant. Il propose étrangement une autre vision, de l’altérité, dans un cadre « classique » de studio bien codifié. Parce-que Marty est bel-et-bien un film de studio à la base, on ne peut que s’étonner devant tous ces éléments qui le bouleversent, le bousculent, pour transcender ce beau petit film et l’amener au-delà des premières attentes, de ses premières directives. Cette œuvre bâtarde, construite à plusieurs mains, nous a fait goûter à une étrange expérience de cinéma, qu’on ne peut que vous recommander. Enfin on comprend pourquoi c’est Wild Side qui réédite Marty, parce-que ce film aux quatre oscars et aujourd’hui assez oublié, n’est justement pas une machine institutionnelle. C’est une étrange petite pépite de l’histoire du cinéma, qui, en son carrefour des images, propose des puissances lumineuses. Celles-ci tiennent presque ou complètement de la grâce de par la remarquable qualité de l’édition de Wild Side.

En édition Blu-ray + DVD + Livret Le 4 Mai 2016

marty-sortie-dvd-blu-ray-edition-wild-sideCARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Master restauré HD – Noir & Blanc – Format image : 1.33, 16/9 ème compatible 4/3 Format son : Anglais et Français DTS

Stereo & Dolby Digital Stereo – Sous-titres : Français – Durée : 1h26

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Master restauré HD – Noir & Blanc – Format image : 1.33 – Résolution film : 1080 24p Format son : Anglais et Français DTS

Master Audio Stereo – Sous-titres : Français – Durée : 1h30

[LE LIVRE] : un livret exclusif de 82 pages sur le film et sa genèse, spécialement écrit pour cette édition par Patrick Brion, illustré de photos et de documents d’archive rares.

COMPLÉMENTS : – Des Lumières et des Ombres : Pierre-William Glenn nous parle du chef-opérateur Joseph LaShelle (30’) – Bande-annonce présentée par Burt Lancaster (3’18)

Marty : Extrait

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