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Apprentice, un film de Boo Junfeng : Critique

À dire vrai, peu de films ont le courage d’aborder ce sujet délicat. Il faudra compter à partir d’aujourd’hui avec ce film en provenance de Singapour, réalisé par Boo Junfeng qui nous présente l’itinéraire d’un apprenti bourreau. Apprentice, rentré bredouille du festival de Cannes (en compétition dans la catégorie particulière « Un certain regard ») est désormais en salles dans tout l’Hexagone. Si son affiche aguicheuse annonce « Le choc de Cannes », le palmarès dudit festival démontre que le jury semble être passé à côté de l’œuvre. Mais qu’en est-il réellement ?

Tourné en Australie en raison de son sujet sensible, ce drame produit par Éric Khoo dénonce un régime qui exécute par pendaison pour des motifs parfois insignifiants. Dans le film, la banalisation du geste du bourreau est terrifiante.

On y découvre un milieu hostile à travers les yeux d’un novice qui va se faire rattraper par sa conscience et ses motivations. Et s’il affirme vouloir aider les détenus sur le chemin de leur réinsertion, c’est bien plus pour se libérer d’un poids personnel que le jeune Aiman est entré en prison. Aucun hasard dans cette histoire puisqu’il a rejoint la prison dans laquelle son père, un célèbre meurtrier, a été exécuté. Or, toute sa vie a tourné autour de ce père qu’il n’a pas connu et qui brille par son absence. Peu à peu, Aiman va développer une relation particulière avec le bourreau qui l’a mis à mort. Comme s’il cherchait de l’amour dans ses yeux, lorsqu’il le regarde, et dans sa voix lorsqu’il l’écoute. Entre fonction paternelle et meurtre du père, les plus proches de la psychanalyse y verront un film très freudien.

Le point de vue du novice est assez original, soulevant ainsi des questions telles que « Qu’est-ce que signifie être un bon bourreau ? Doit-on être en empathie avec l’exécuté ? Le meilleur résultat est-il d’obtenir une mort rapide ? ».

Le film de Boo Junfeng est alors une réelle étude psychologique sur le deuil et la culpabilité. La mise en scène du jeune réalisateur est assez sobre mais reste élégante et percutante. Toutefois, le scénario manque parfois de profondeur, Apprentice aurait gagné en qualité si celui-ci avait été plus étoffé, plus retors. Ce qui déçoit finalement c’est le manque de surprise, car les images ici ne se suffisent pas à elles-mêmes. La chute, elle-même, aspect primordial de l’œuvre est complètement simpliste.

Alors que Xavier Dolan, lors de son discours à la réception du grand prix du festival de Cannes 2016, déclarait selon les mots d’Anatole France « Je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence », le film de Boo Junfeng, lui, manque de passion justement.

L’œuvre est extrêmement longue, et pourtant elle ne dure qu’une heure et demie. On est ici dans un milieu qui suscite nécessairement des débats et des prises de positions parfois extrêmes. Mais rien n’est fait. On retrouve une dualité candide, à savoir entre Rahim, un vieux de l’ancienne école qui n’est jamais sorti de sa prison et qui passe sa vie à exécuter des gens sans se poser de questions face à Aiman, un jeune qui vit dans un taudis avec sa sœur et qui, à cause de son passé, n’est pas vraiment d’accord avec ces pratiques mais les perpétuent.

Sans forcément privilégier un point de vue sur un autre, on aurait apprécié que le personnage principal approuve ou désapprouve complètement son mentor et non qu’il se laisse porter. Or, ici, il y a très peu de tensions. C’est l’indifférence presque. La mise en scène, neutre, est efficace visuellement mais pas scénaristiquement, apportant un manque de rythme incontestable et, par ailleurs, le suspense final est très artificiel et putassier, ce qui est assez déplaisant pour le spectateur. On aurait aimé des points de vue plus larges – ouvrant des perspectives et des réflexions – or, il n’en est rien.

Si le film présente donc beaucoup de faiblesses scénaristiques et de remplissages (notamment les personnages de la sœur et du beau frère et, par extension, de tout l’entourage d’Aiman, mis à part Rahim), il emporte tout de même l’adhésion par une certaine efficacité visuelle : on est scotché par la minutie des préparatifs macabres et on ne peut s’empêcher d’éprouver une fascination morbide pour cet assassinat légal.

Ainsi Apprentice se révèle être un plaidoyer contre la peine de mort mais de façon extrêmement paradoxale. C’est en l’esthétisant, et en la plaçant au cœur de son film, que Boo Junfeng la discrédite le mieux.

Synopsis : Aiman officie à Larangan, une prison de haute sécurité à Singapour. Issu d’une famille modeste, il habite avec sa sœur qui prévoit d’échapper à sa vie précaire en épousant un Australien. Au bout de quelques semaines, Aiman, au comportement exemplaire, est affecté au couloir de la mort pour accompagner les derniers jours des condamnés. Rahim, le bourreau en chef, y accompagne les derniers jours des condamnés. Rapidement, il prend le jeune gardien sous son aile et lui enseigne les rudiments du métier. Aiman s’avère être un exécutant très appliqué, mais sa conscience et ses véritables motivations le rattrapent peu à peu. Il ignore qu’Aiman possède un secret…

Apprentice : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=P6N53Jqh1WE

Apprentice : Fiche Technique

Réalisateur: Boo Junfeng
Interprétation: Fir Rahman, Wan Hanafi Su, Ahmad Mastura, Crispian Chan, Boon Pin Koh, Gerald Chew…
Nationalités : Singapourien, Allemand, Français
Genre: Drame
Année: 2016
Durée: 96 minutes
Distribution: Version Originale / Condor
Date de sortie: 1 juin 2016

Singapour – 2016

Auteur : Clement Faure

Marseille : la série de Netflix aura une saison 2

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Marseille : la plus française des séries du géant américain Netflix  est reconduite pour une nouvelle saison

 

La série diffusée sur Netflix va faire son grand retour en 2017.  Le géant américain Netflix va ainsi donner une seconde chance à la série Marseille sur notre territoire. Les critiques n’avaient en effet pas épargné la série, voyant sans doute d’un mauvais œil l’implantation de Netflix en France, ogre américain dans le paysage culturel et dans la production, la réalisation de séries et de films en France, domaine qui était auparavant réservé aux chaînes de télévisions françaises et qui ont la particularité  de financer l’industrie cinématographique (France Télévisions, Arte, Canal +).

Avec un générique assez similaire à True Detective, des dialogues crus, les codes esthétiques et filmiques des séries internationales,  le travail d’Alexandre Desplat pour la bande-originale et un casting prestigieux,  la série Marseille a le mérite de se rapprocher des grosses productions françaises qui ont fait le bonheur de Canal +, comme Braquo, Section Zero ou bien encore Baron Noir, en présentant une image bien moins lisse de la cité phocéenne que dans la série phare de France 3,  Plus belle la vie.

Le casting de la série Marseille, de Dan Franck et Florent Siri,  réunissait dans la première saison Gérard Depardieu, Benoît Magimel, Géraldine Pailhas, Nadia Farès, Stéhpane Caillard, Hippolyte Girardot, Guillaume Arnault, Carolina Jurczak, Nassim Si Ahmed, Eric Savin, Hedi Bouchenafa et Daniel Njo Lobé.

Les deux acteurs principaux avaient déjà essuyé des critiques féroces dans deux films inclassables, appréciés par certains cinéphiles, dans lesquels ils livraient une belle performance d’acteur : Gérard Depardieu et sa scène  en pleine crise de tétanie dans le road trip mystique Valley of Love aux côtés d’Isabelle Huppert. Pour Benoît Magimel, il portait à bout de bras, de par son jeu et sa présence scénique, l’ovni culte houellebecquien, La possibilité d’une île.

TF1 avait fait le choix étonnant de diffuser seulement les deux premiers épisodes de la série Marseille, le jeudi 12 mai 2016. La soirée avait été couronnée de succès pour la première chaîne qui était arrivée en tête des audiences avec 4,9 millions de spectateurs (20,7% de part d’audience) ce soir-là pour  le premier épisode puis 3,9 millions de spectateurs pour le deuxième épisode. La diffusion de la totalité de la saison 1, cet été ou à la rentrée 2016, avait été évoquée par la chaîne. Cette annonce officielle de la confirmation d’une saison 2 poussera sans doute TF1 a bel et bien diffuser l’intégralité de la série sur son antenne.

La plupart des critiques s’attaquaient essentiellement aux deux acteurs principaux Gérard Depardieu et Benoît Magimel (victimes à leurs dépens d’un Depardieu et Magimel bashing sur la toile assez incompréhensible, sans doute alimenté par l’affaire du passeport russe de notre Gégé national et l’accident de la circulation de Benoît Magimel). Les principaux autres griefs évoqués dans les critiques les plus féroces à l’encontre de la série concernaient une polémique sur l’accent de Benoît Magimel qui change selon les scènes. Ce changement est justifié en réalité dans le scénario et l’intrigue. Cette modification d’accent est expliquée par le personnage de Gérard Depardieu lors d’une interview télévisée donnée par l’homme politique incarné par Benoît Magimel. Ce dernier accentue sciemment son accent pour tromper son monde, les électeurs et les citoyens pour donner l’impression d’être proche du peuple, des Marseillaises et des Marseillais.  Dans le collimateur des critiques également, les nombreuses scènes dénudées (tournées au ralenti) ou bien encore les blagues sexistes et la profusion d’allusions graveleuses (pourtant courantes en politique et dans la société française malheureusement).

Netflix cherche de plus en plus à s’installer de manière durable dans de nombreux pays et a l’intention de conquérir le marché très concurrentiel et féroce de la VOD à l’international à l’ère du peer-to-peer et du téléchargement illégal. Marseille sert ainsi de cheval de Troie pour la politique commerciale du géant américain. La campagne publicitaire pour la série sur Internet et dans les transports en commun de la capitale était assez impressionnante et agressive.

Le succès de la série à l’étranger en Russie et au Japon serait l’une des principales raisons du retour de Marseille dans une saison 2. Le calendrier de l’année prochaine n’est pas anodin en France avec l’élection du chef de l’Etat. Une nouvelle saison de cette série politique pourrait connaître un beau succès sur Netflix en 2017. Les français pourraient à nouveau se passionner pour la politique à travers le prisme de la fiction. Reste à savoir si les scénaristes de la saison 2 de Marseille décideront de s’attaquer à l’élection présidentielle.

 

 

Ils sont partout, un film de Yvan Attal : Critique

En réalisant son nouveau film, Yvan Attal s’attaque à un thème brûlant, très casse-gueule, qui en fera bouillir plus d’un, tant il peut être sujet à controverse et au cœur de nombreux débats.

Synopsis : Yvan se sent persécuté par un antisémitisme grandissant et il a l’habitude de s’entendre dire qu’il exagère, qu’il est paranoïaque. Lors de séances chez son psy, Yvan parle donc de ce qui le concerne : son identité, être français et juif aujourd’hui. Mais ces rendez-vous sont aussi et surtout une sorte de fil rouge reliant entre elles plusieurs histoires courtes qui tentent de démonter, sur le mode tragi-comique, les clichés antisémites les plus tenaces

Confessions de faits publics

En effet, si l’antisémitisme n’est pas à démontrer (malheureusement), il reste intéressant de voir comment le réalisateur français a pu le tourner en dérision, en essayant d’éviter au maximum les nombreux travers qui peuvent venir lui barrer la route. Mais l’argument que le réalisateur soit juif, ce qui lui permettrait de faire un film plus acceptable sur l’antisémitisme est-il vraiment recevable et fait-il de ce film une oeuvre meilleure ? On ne peut qu’en douter. Pourtant, la construction du film voulue par le mari de Charlotte Gainsbourg est intéressante, et donne envie de s’attarder sur le long-métrage : un cliché sur les juifs pour un sketch, afin de « ridiculiser » ces lieux-communs qui s’abattent sur cette religion. Malheureusement, le défi d’Yvan Attal n’est pas réussi, car la sauce peine à prendre.

Malgré un casting 5 étoiles, Ils sont partout peine à convaincre tant les différents sketchs sont inégaux, et montés de manière très étrange. Les genres explorés sont bien souvent survolés, et à trop vouloir accentuer le dialogue, Yvan Attal s’enlise dans ses multiples mises en scène, que l’on pourrait assimiler à des courts-métrages unis sous un même thème qu’est l’antisémitisme. S’il fallait retenir deux saynètes, ce serait le premier, avec Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton, dans lequel vient se fondre un pastiche de la politique actuel, porté par deux acteurs qui se complètent très bien, ainsi que le dernier, avec François Damiens et Popeck pour « guest ». Les différentes touches humoristiques de celui-ci sont les plus convaincantes, tout comme la chute, inattendue, qui malgré une certaine gravité s’avère pourtant très belle. Parallèlement, certains sont très décevants, et parfois très mal joués. Charlotte Gainsbourg, en duo avec Dany Boon et Marthe Villalonga, nous offre une des pires prestations de sa carrière. Sa dégaine ainsi que son accent forcé sont d’un désagréable qui ne fait que ternir l’image que l’on a du sketch qui nous est proposé. Celui avec Gilles Lellouche aurait pu être intéressant, mais malgré le format court, on s’enlise dans des failles scénaristiques, les idées vont dans tous les sens et le spectateur ne sait plus où donner de la tête. Enfin, celui de Podalydès et Gadebois est futile au possible. Un dialogue incessant dans on ne voit le bout, alors qu’il s’agit du plus court du film.

Mais le montage ne joue pas en faveur de la bonne crédibilité des sketchs non plus. Les interventions d’Yvan Attal ne nous apparaissent que comme une justification, voire une explication de ce que l’on a vu précédemment, ou de ce à quoi on va assister. Le réalisateur aurait dû minimaliser ses interventions, quitte à proposer une simple succession de sketchs. Impossible de définir Ils sont partout, tant la manière de conter du réalisateur est parfois ambiguë. On ne sait jamais si Yvan Attal veut faire de son film une comédie, ou bien s’il s’agit d’un simple drame qui s’élève comme un dénonciateur d’un racisme qui devient de plus en plus ordinaire. Si l’on ne sait pas que le réalisateur est juif, certaines blagues pourraient être très mal interprétées, notamment lors du premier sketch. Ils sont partout nécessite de prendre un recul impératif sur la situation, mais il est également très intéressant d’entendre Yvan Attal parler de son film, et des objectifs qu’il s’est fixés en donnant vie à ce projet plus hasardeux qu’autre chose.

Si l’esquisse du film était intéressante, le résultat final d’Ils sont partout est assez laborieux et ne sera (malheureusement) pas à mettre entre toutes les mains, tant certaines personnes pourraient prendre les propos tenus par Yvan Attal au premier degré. L’autodérision et le jeu sur les clichés juifs peinent à trouver leur place dans un récit défaillant, dans lequel les sketchs sont bien inégaux, avec des acteurs en pleine forme, alors que d’autres seront à la ramasse. Il est dommageable de constater qu’Ils sont partout est un gâchis filmique derrière lequel se cachait un vrai potentiel, à tel point que l’on peut se demander si le film aurait dû vraiment voir le jour.

Ils sont partout : Bande-annonce

Ils sont partout : Fiche Technique

Réalisateur : Yvan Attal
Scénario : Yvan Attal, Émilie Frèche
Interprétation : Yvan Attal, Benoit Poelvoorde, Valérie Banneton, Gilles Lellouche, Charlotte Gainsbourg, Grégory Gadebois, François Damiens, Denis Podalydès, Dany Boon…
Photographie : Rémy Chevrin
Montage : Jennifer Augé
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
Direction artistique : Katya Wyszkop
Producteurs : Emmanuel Montamat, Thomas Langmann
Sociétés de production : La Petite Reine, Canal +
Distribution (France) : Wild Bunch Distribution
Durée : 111 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 1 juin 2016

France – 2016

Champs Elysées Film Festival : La 5ème édition ouvre ses portes à Paris

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La capitale s’apprête à accueillir la 5ème édition du Champs Elysées Film Festival du 07 au 14 juin 2016.

Les amateurs de cinéma de la capitale sont gâtés à l’approche de l’été, après  la triste nouvelle de l’arrêt du Festival Paris Cinema il y a quelques années (2003-2014), le Champs Elysées Film Festival fait son grand retour en ce mois de juin 2016. La plus belle avenue du monde s’apprête à dérouler le tapis rouge pour cette cinquième édition.

Le programme de cette année propose un éventail de 80 films, dont des avant-premières françaises et américaines, mais également des projections de grands classiques du cinéma restaurés. Six masterclass sont également prévues pour tous les festivaliers et les cinéphiles.

Sophie Dulac, productrice et distributrice, est à l’origine de la création du festival. Elle est en actuellement la présidente.

Le jury 2016 est présidé par l’actrice et réalisatrice Nicole Garcia et par le réalisateur et producteur Alexandre Aja. Le reste du jury est composé de Déborah François, Sophie Letourneur, Félix Moati, Zita Hanrot, Philippe Jaenada et Vincent Rottiers. Un prix du jury et un prix du public seront décernés à l’issue de la compétition.

La sélection du festival regroupe les films suivants en compétition : From Nowhere de Matthew Newton, The Alchemist Cookbook de Joel Potrykus, The Loner de Daniel Grove, Morris From America de Chad Hartigan et White Girl de Elizabeth Wood.

Trois documentaires sont également présents dans la sélection en compétition : Kate plays Christine de Robert Greene, Weiner de Josh Kriegman et Elyse Steinberg ainsi que Author : The JT LeRoy Story  de Jeff Feuerzeig.

Les masterclass risquent d’afficher complet pour cette édition 2016. Les réalisateurs annoncés sont très prestigieux et promettent des rencontres et des discussions passionnantes cette année : Alexandre Aja, Abel Ferrara, Brady Corbet, Andrew Davis, Mia-Hansen Love et Nicole Garcia.

Les avant-premières du festival permettront de découvrir La couleur de la victoire de Stephen Hopkins, La danseuse de Stéphanie Di Giusto, Layla in the sky de Micah Magee, Love and friendship de Whit Stillman, The Witch de Robert Eggers, Tour de France de Rachid Djaïdani, Tout de suite maintenant de Pascal Bonitzer, Victoria de Justine Triet, Tourner pour vivre de Philippe Azoulay et Soy Nero de Rafi Pitts.

Une nuit de la Science-fiction, en hommage à Philip K. Dick, sera organisée le 10 Juin, au Publicis Cinémas, avec les projections de Minority Report, A Scanner Darkly et Existenz.

La ville de Chicago sera également à l’honneur avec de nombreuses projections.

Champs Elysées Film Festival
Du 7 au 14 Juin  2016
Les séances se dérouleront dans plusieurs cinémas de la plus belle avenue du monde.
Liste des salles du Festival : Publicis Cinémas – UGC George V – Le Balzac – Le Lincoln – Gaumont Ambassade – Gaumont Marignan
Tarifs : 6€ pour les séances et 10€ pour les films en avant-première et les masterclass
Des pass à 35€ et 50€ sont disponibles

 

Death House : nouvelles révélations sur le Expendables horrifique

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Death House: le Expendables du film de genre

 

Alors que le tournage s’est achevé il y a quelques mois et que le film est actuellement en post-production, de nouvelles informations ont été communiquées sur ce projet ambitieux qui va réunir en 2016 les plus grands noms du cinéma d’horreur.

A la manière de Sylvester Stallone, qui a rassemblé autour de lui une bande de mercenaires avec un casting vintage et culte tout au long de la trilogie Expendables, Death House est le fruit d’un travail de passionnés de films de genre. Ce projet peut être considéré comme le testament politique, filmique et horrifique de Gunnar Hansen, lui qui avait incarné Leatherface dans le film culte Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper en 1977, et qui est décédé le 07 Novembre 2015 à l’âge de 68 ans, après le tournage du film Death House. Gunnar Hansen a écrit le scénario et proposé l’idée originale auprès de  Michael Eisenstadt (ami et agent de Gunnar Hansen), Steven Chase et Rick Finkelstein (qui vont produire le film pour le compte de Entertainment Factory) et auprès du réalisateur Harrison Smith. Une complicité artistique s’est alors établie entre tous ces passionnés de cinéma de genre.

Le casting de Death House relève presque du rêve devenu réalité pour les passionnés de films d’horreur qui écumaient les vidéoclubs ou collectionnaient les vhs il y a quelques décennies de cela. Les légendes qui ont fait les beaux jours des productions d’horreur des années 80, Michael Berryman (La colline a des yeux), Kane Hodder (Vendredi 13 : VII, VIII, X), Tony Todd (Candyman), Dee Wallace (E.T., Hurlements), Barbara Crampton (Re-Animator, From Beyond), Debbie Rochon (Terror Firmer, Tromeo and Juliet), Adrienne Barbeau (The Fog, Creepshow), Bill Moseley (Massacre à la tronçonneuse 2, The Devil’s Rejects), joueront aux côtés de la jeune génération comme Kenny Ray Powell, Cortney Palm, Cody Longo et Sean Whalen. D’autres personnalités du cinéma d’horreur indépendant américain sont aussi à l’affiche de Death House, Lloyd Kaufman, réalisateur, producteur et à la tête de Troma Entertainment mais également Sid Haig, connus pour ses rôles remarqués dans La Maison des  1 000 morts et The Devil’s Rejects.

Alors que la plupart des fans de slashers des années 80 pouvaient s’attendre à des affrontements titanesques entre Pinhead, Candyman, Freddy Krueger, Jason Voorhees et Leatherface dans Death House, la production a tenu à éclaircir un point important sur le rôle des acteurs prestigieux au sein du film. Les fans risquent d’être quelque peu déçus. Death House ne sera pas un film de monstres. Kane Hooder ne reprendra pas le costume du tueur au masque de hockey de la franchise Vendredi 13, même chose pour Tony Todd qui ne sera pas sous les traits de Candyman, qui terrorisait les habitants du quartier de Cabrini-Green à Chicago. De nombreuses surprises seront malgré tout réservées aux fans par la production laissant la porte ouverte aux spéculations les plus folles comme pourquoi pas un cameo de Robert Englund (la saga Freddy), Danny Trejo (Machete), Doug Bradley (Hellraiser) ou Ken Foree (Zombie).

Les spectateurs suivront la plongée de deux agents du FBI (interprétés par Cortney Palm et Cody Longo) dans les entrailles d’une prison fédérale qui accueille les pires criminels de la planète au cœur de la zone 51. Les prisonniers les plus violents sont maintenus sous contrôle par l’intermédiaire d’un système de réalité virtuelle qui leur donne l’illusion d’étancher leur soif de meurtre et leur pulsion de mort.  Mais l’établissement pénitentiaire abrite en son sein une porte sur l’Enfer. La plupart des prisonniers ne tarderont pas à créer une émeute qui risque d’être démoniaque.

Le but ultime de la production serait d’établir une nouvelle franchise qui comprendrait six longs-métrages. Le film ne contiendra pas d’effets spéciaux numériques, de CGI.  Une bonne nouvelle pour tous les amateurs d’animatronics, d’hémoglobine, et d’effets spéciaux traditionnels.

L’équipe de Death House a révélé qu’elle avait puisé ses sources d’inspiration dans les œuvres de Dante et de H.P. Lovecraft. Il sera intéressant de voir comment ces emprunts ont pu influencer et être intégrés dans le film.

Ce film d’horreur, avec pour cadre une prison secrète et souterraine qui accueille les pires rebuts de la planète, risque de faire passer la série Prison Break pour une promenade de santé !

L’équipe du film met tout en œuvre pour une sortie dans les salles américaines dès cette année 2016,  pour coïncider avec le calendrier de la célèbre fête où tout le monde aime se faire peur aux USA et se déguise pour l’occasion, Halloween.

Les films d’horreur et les films de genre ont été malmenés ces dernières années à Hollywood. La plupart des studios recherchaient la rentabilité à tout prix avec des remakes sans âme (Vendredi 13 en 2009, Freddy, Les griffes de la nuit en 2010, Massacre à la tronçonneuse en 2003, 2007 et en 3d en 2013) ou des films insipides (Paranormal Activity) pour les puristes. Le genre semblait même s’être définitivement perdu et égaré auprès d’un large public avec la vague de films  qualifiés de torture porn comme Saw et Hostel qui imposaient aux spectateurs une violence graphique extrême et totalement gratuite à l’encontre des personnages principaux du film.

Les seules œuvres de genre de qualité ou marquantes ont été produites récemment par le cinéma indépendant (The Devil’s Reject de Rob Zombie, It Follows de David Robert Mitchell), par le biais de projets décalés et originaux (La cabane dans les bois de Drew Goddard, Detention de Joseph Kahn, Scream Girl de Todd Strauss-Schulson, Jusqu’en enfer de Sam Raimi),  ou grâce aux incursions de notre Frenchie à Hollywood, Alexandre Aja, avec les remakes dérangeants de Maniac et La colline a des yeux.

Même si le scénario et l’abandon des monstres mythiques (Freddy, Jason, Candyman entre autres) pourraient faire craindre le pire, Death House, en cas de réussite, pourrait bien dépoussiérer les films de genre et redonner au cinéma d’horreur ses lettres de noblesse pour Halloween 2016. L’équipe tient à être à la hauteur et souhaite ainsi honorer au mieux la mémoire de Gunnar Hansen. Le film ne cache pas ses ambitions avec un casting d’exception et la volonté de lancer avec Death House la plus grande franchise d’épouvante de l’histoire. Fruit du travail de passionnés, ce long-métrage prévu pour l’hiver prochain pourrait bien être le film d’horreur de toute une génération et redéfinir les codes du genre.

Le lendemain, un film de Magnus von Horn : Critique

Synopsis : John, encore adolescent, rentre chez son père après avoir purgé sa peine de prison et aspire à un nouveau départ. Mais la communauté locale n’a ni oublié, ni pardonné son crime. Sa présence attise les pires pulsions chez chacun, l’atmosphère devient menaçante, proche du lynchage. Rejeté par ses anciens amis et abandonné par ses proches, John perd espoir et la violence qui l’a conduit en prison refait peu à peu surface. Dans l’impossibilité d’effacer le passé, il décide d’y faire face…

Crime et châtiment

Brassant des thèmes et des genres différents, le nouveau cinéma scandinave, voire nordique, est pourtant reconnaissable à ce je-ne-sais-quoi de légèrement mélancolique, à la fois comme absent à lui-même et laissant des traces profondes auprès du spectateur. La même mélancolie mêlée de violence psychologique chez les Norvégiens Joachim Trier et son magnifique Oslo 31 Août, ou Eskil Vogt et son Blind, chez le Suédois Ruben Östlund et son Snow Therapy, et même dans une certaine mesure chez le Danois Anders Thomas  Jensen dont on a pu voir récemment Men & Chicken, et donc ici, chez Magnus von Horn, avec ce premier long-métrage, le Lendemain –au passage une étrange traduction d’un titre suédois plus explicite, Efterskalv, qui signifie littéralement « après le choc» au sens de la réplique, d’un séisme.

Le Lendemain commence sur la « libération » de John (Ulrik Munther, un jeune chanteur pop rock adulé par la jeunesse de son pays), un ado qui quitte un centre fermé dont le nombre d’impressionnants cliquetis de clés et de serrures nécessaires pour le ramener au dehors montre qu’il ne s’agit pas d’un enfermement anodin ni anecdotique. De fait on apprend assez rapidement qu’il a fait quelque chose de terrible, un meurtre, à peine évoqué dans le film, puisque le propos du réalisateur est ce fameux lendemain, le retour de John parmi les siens, sa famille et ses anciens camarades du lycée, très hostiles à cette idée et visiblement encore retournés par les évènements qui se sont produits. Tout le contraire d’une libération, en somme.

Plus précisément, le thème central du film est la solitude de John, face à lui-même surtout, face à l’impossible pardon qu’il ne pourra jamais se faire, mais également face à la terrible deuxième peine qu’il subit de toutes parts. Malgré une absence relativement courte, tout est devenu impossible pour lui. Même un chahut fraternel avec son petit frère Filip, pourtant impatient de le retrouver, devient lourd de sous-entendus. Martin (Mats Blomgren, impressionnant de froideur), le père de John, s’évertue dans une sorte de déni, à reprendre la vie de la ferme familiale là où elle s’est arrêtée : il apprend à son fils à conduire le tracteur ou la voiture, ils vaquent aux travaux des champs, mais il est glaçant de voir combien son cœur n’y est pas, combien il se tient à grande distance de ce fils fautif, combien peut-être il n’arrive plus à l’aimer. Au lycée, John est l’objet d’un violent ostracisme érigé quasiment en système, puisque même l’administration ne cache pas son appréhension et son embarras face à ce retour.

Bien que tourné en Suède, le pays d’origine de Magnus von Horn, Le Lendemain montre en plus de sa « froideur » suédoise le minimalisme de certains films polonais, la Pologne étant son pays d’adoption (Magnus vit en Pologne après y avoir fait ses études de cinéma). Il fait penser en particulier au récent Ida de Pawel Pawlikowski, puisque c’est Lukasz Zal, le chef opérateur d’Ida qui est derrière la caméra du Lendemain. On retrouve la même discrétion de la caméra sur des paysages bleutés et paisibles, en grande contradiction avec la violence des situations qui sont montrées dans le film. Car au-delà de ce thème central, Magnus von Horn tisse tout un ensemble de relations masculines qui ont pour point commun leur violence. Martin avec ses fils, Martin avec son père, ce dernier également violent malgré l’âge et de lourdes pathologies, les camarades de John ; jeunes hommes et hommes plus âgés semblent tous dépossédés de leur part émotionnelle pour ne réagir à la vie que par une violence et une attitude généralement passive-agressive. Et sans être aucunement manichéen, le cinéaste leur oppose des figures féminines très empathiques – à défaut d’une figure maternelle dont l’absence dessine peut-être en creux la fragilité de John – une proviseure bienveillante (épatante Ingrid Nillson, inoubliable Fifi Brindacier), une camarade  de classe, la seule à voir en lui autre chose qu’un criminel, une prof qui le défend et le protège de la barbarie des autres…Pas de manichéisme, donc, mais une profession de foi que Magnus von Horn répète à l’envi quant à sa perception de la violence des hommes.

Tout comme Echo, le premier court-métrage du réalisateur qui fait penser à Michael Haneke dans sa froideur clinique face déjà à la violence d’adolescents, Le lendemain est un film intelligent qui parle de l’humanité , celle d’un petit criminel comme John, ou celle d’autres jeunes de la petite communauté villageoise, à leur tour à deux doigts du crime, aussi bien que celle de la société dans son ensemble, une société bien compliquée que le cinéaste recompose à petite échelle dans le bureau de la proviseure après qu’un soir, les choses sont allées trop loin : un concentré de cynisme et de duplicité, de culpabilité, mais aussi de déni, voire de l’indifférence au travers de l’absence de certains protagonistes à cette réunion. Comme si le cinéaste au travers de ce dispositif voulait nous présenter à nous-mêmes tels que nous sommes, le tout toujours avec la bonne distance, en laissant le spectateur poser son regard où il lui semble nécessaire de le poser, et en le laissant libre de s’identifier à l’un ou l’autre des personnages de cette fameuse scène. Le lendemain est un très beau film à côté duquel le cinéphile ne doit pas passer…

Le lendemain : Bande annonce

Le lendemain : Fiche technique

Titre original : Efterskalv
Réalisateur : Magnus von Horn
Scénario : Magnus von Horn
Interprétation : Ulrik Munther (John), Mats Blomgren (Martin), Stefan Cronwall (Grannen), Loa Ek (Malin), Alexander Nordgren (Filip), Felix Göransson (Korv-Hannes), Oliver Heilmann (Kim), Sven Ahlström(le père de Kim), Wieslaw Komasa (Grand-Père), Ellen Mattsson (Bea), Inger Nilsson (La proviseure), Cecilia Wilhelmsson (la prof de gym)
Photographie : Lukasz Zal
Montage : Agnieszka Glinska
Producteurs : Madeleine Ekman, Sophie Erbs, Mariusz Wlodarski
Maisons de production : Cinémadefacto (France), Lava Films, Zentropa International SwedenFilms
Distribution (France) : Nour Films
Récompenses : Guldbagge award (Académie suédoise) pour : meilleur film, meilleur réalisateur, et Mats Blomgren dans un meilleur second rôle
Budget : ND
Durée : 141 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 1er Juin 2016
Suède, Pologne, France – 2014

 

La Nouvelle vie de Paul Sneijder, un film de Thomas Vincent : Critique

Adapté du dernier roman de Jean-Paul Dubois, Le Cas Sneijder, sorti en 2011, le nouveau film de Thomas Vincent pourrait être défini comme transgenre, alternant entre comédie et drame familial. La nouvelle vie de Paul Sneijder nous conte la reconstruction d’un homme, qui peine à retrouver goût à la vie suite à la perte de sa fille.

Synopsis : Après un accident rarissime, Paul Sneijder ouvre les yeux sur la réalité de sa vie de « cadre supérieur » à Montréal : son travail ne l’intéresse plus, sa femme l’agace et le trompe, ses deux fils le méprisent…
Comment continuer à vivre dans ces conditions ? En commençant par changer de métier : promeneur des chiens par exemple ! Ses proches accepteront-ils ce changement qui le transformera en homme libre ?

Si, au premier abord, ce rôle ne semble pas convenir à Thierry Lhermitte, il n’en est rien ! Bien loin des comédies franchouillardes sans intérêt, il nous propose une interprétation émouvante avec beaucoup de retenue, dans laquelle on parvient aisément à s’immiscer, tout en gardant une certaine distance, afin de ne pas se positionner en voyeur. Avec beaucoup de pudeur, Thierry Lhermitte et Thomas Vincent dressent le portrait d’un homme sur lequel le sort semble s’acharner. Malheureusement, le casting comporte quelques petites failles, comme Géraldine Pailhas, qui sonne faux du début à la fin. Son personnage à quelque chose de grotesque, qui ne fait pas dans la subtilité, ce qui contraste avec le personnage de Paul. Elle se complète difficilement avec Thierry Lhermitte, et peine à lui arriver à la cheville. Les différentes scènes de confrontations du couple, qui ne cesse de décliner durant le long-métrage, donnent à voir la faiblesse de jeu de l’actrice face à un homme qui s’impose, tant physiquement que psychologiquement, alors qu’elle cherche à conserver une emprise sur son mari, qu’elle sait atteint et manipulable. Le différentiel d’âge entre les deux acteurs ne joue pas en la faveur de la crédibilité du récit, à tel point qu’on en vient à s’interroger sur d’éventuels liens de parenté. Aussi, on notera l’excellente prestation, même si moins importante, de Guillaume Cyr, que l’on a pu découvrir dans Nos Jours Heureux. Son personnage est très touchant et plein d’humour. Sa relation avec Thierry Lhermitte à ce quelque chose de tendre qui donne du baume au cœur. On sent l’amour de Benoit pour son travail, avec ce souhait de le transmettre à sa nouvelle recrue.

Toutefois, même si le scénario est touchant, il est très simple, peut-être même trop. La structure narrative tourne vite en rond, avec de perpétuelles séquences sur les ascenseurs, sur le choix de l’avocat, sur les poursuites judiciaires. Le schéma est vite compris et surprend difficilement, tout est trop prévisible, et ce sur tous les points (affectifs ou professionnels). Une fois les faits assimilés, le spectateur ne sera plus surpris, et pourrait même reprocher au film de tirer sur la corde, en s’enlisant dans des séquences parfois futiles. Néanmoins, on soulignera la beauté de la première scène du film, qui nous immerge directement dans les faits. Le travail sur le silence dans le film est réfléchi, et l’absence de musique extra-diététique nous ancre dans une réalité que tout le monde pourrait être amené à expérimenter.

L’approche du réalisateur vis-à-vis de ses protagonistes est assez sobre, sans réel partis pris, ne cherchant pas à définir un « méchant » et un « gentil », un « coupable » et une « victime ».
Les décors québécois qui servent de contexte au film sont de toute beauté et participent pleinement à ce microcosme dépouillé, que Thierry Lhermitte découvre, mais dans lequel il ère également, allant jusqu’à se perdre, ne sachant plus ou donner de la tête. C’est dans la neige canadienne que Paul Sneijder se ressource et retrouve confiance en soi, accompagné de ses nouveaux amis, qui ne sont autres que des chiens en quête de promenade.

Si le nouveau film de Thomas Vincent suscite des interrogations quant au thème abordé, il est surtout à voir pour l’excellente interprétation de Thierry Lhermitte, qui sort des sentiers battus par une froideur et un travail sur soi assez impressionnants, faisant part d’un certain talent dans des rôles aux teintes dramatiques.

La Nouvelle vie de Paul Sneijder : Bande-annonce

La Nouvelle vie de Paul Sneijder : Fiche Technique

Réalisateur : Thomas Vincent
Scénario :Yaël Cojot-Goldberg, Thomas Vincent, d’après l’oeuvre de Jean-Paul Dubois
Interprétation : Thierry Lhermitte, Géraldine Pailhas, Pierre Curzi, Guillaume Cyr, Aliocha Schneider…
Photographie : Ronald Plante
Montage : Mike Fromentin
Musique : Philippe Deshaies, Lionel Flairs, Benoît Rault, Antoine Bedard
Direction artistique : Mario Hervieux
Producteurs : Pierre Forette, Thierry Wong
Sociétés de production : Cine Nomine, Caramel Films
Distribution (France) : SND
Durée : 114 minutes
Genre : Comédie Dramatique
Date de sortie : 8 juin 2016

France, Canada – 2016

Folles de joie, un film de Paolo Virzì : critique

Après Les Opportunistes en 2014, Paolo Virzi filme de nouveau Valeria Bruni Tedeschi dans un rôle taillé sur mesure pour elle. Dans Folles de joie, le réalisateur ose le choix du bonheur, là où beaucoup auraient préféré la morosité du quotidien d’une institution où sont réunies des femmes sujettes à la folie.

Synopsis : Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d’amitié. Une après-midi, elles s’enfuient bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu’est le monde des gens « sains».

Elles s’en vont 

Ici, il confronte deux personnages que tout semble opposer, comme en miroir, dont le cinéma raffole comme pour mieux les rapprocher à l’écran. Résultat, Folles de joie est un concentré de dinguerie, de douceur et de tendresse, sans oublier de pointer leurs failles de ses personnages. Les femmes, et plus spécifiquement Valeria Bruni Tedeschi, y mènent la danse dans un ballet barré et coloré où la caméra virevolte sans cesse au gré des désirs et des coups de tête des personnages.

« Il en faut peu pour être heureux »

Les deux actrices principales sont presque bluffantes tant elles offrent à leurs personnages ce qu’il faut de folie douce et d’humanité pour que l’on s’attache d’emblée à elles. Mais dans cette farce du bonheur recherché à tout prix, le monde censé être rationnel se confronte à ces femmes qui ne rentrent dans aucune case, et ceux qui s’y heurtent paraissent alors vraiment dingues, eux aussi. Avec une trame proche du Meurtrières de Grandperret, Virzi ajoute ce qu’il faut de drôlerie pour nous transporter dans son univers. Les deux femmes évoquent également, au volant d’une voiture à l’ancienne, Thelma et Louise. A ce jeu-là, Valeria Bruni Tedeschi excelle dans le rôle de Beatrice, une affabulatrice, vouée entièrement à la joie. Prête à s’embarquer dans n’importe quelle aventure, elle choisit la plus paumée des pensionnaires pour se « socialiser » comme on le lui a demandé. A la première occasion, elles prennent la poudre d’escampette pour aller vers une quête de l’acceptation, celle de s’apaiser pour continuer à tourner sur cette Terre remplie de folie. L’énergie de Beatrice traverse l’écran et envahit tout entier le spectateur, l’aphasie de sa comparse finit par y céder elle aussi. Le film est comme un petit traité du bonheur, une gourmandise qui parvient aussi à nous toucher. Pas un grand film, mais une petite pépite de drôlerie qui n’oublie pas de regarder la vérité en face et nous donne envie de faire tomber les masques et de se secouer pour être simplement heureux. 

Folles de joie : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=IZk_wA-nqkE

Folles de joie : Fiche Technique

Réalisation : Paolo Virzì
Scénario : Paolo Virzì,Francesca Archibugi
Interprétation : Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti, Bob Messini, Sergio Albelli, Tommaso Ragni, Marisa Borini
Photographie : Vladan Radovic
Montage : Cecilia Zanuso
Musique : Carlo Virzì
Costumes : Katia Dottori
Producteurs : Marco Belardi, Philippe Gompel, Birgit Kemner
Distribution (France) : Bac Films
Durée : 127 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 8 juin 2016

Italie – 2016

 

Bone Tomahawk, un film de S. Craig Zehler : Critique DTV

Aussi éloignés soient-ils, le western et l’épouvante sont deux genres qui ont été associés à de nombreuses reprises. On pense aux intéressants Voraces de Antonia Bird et Vampires de John Carpenter mais aussi au revers de cette association avec les nanars Nuits de Pleine Lune (Hurlements 7) ou Une Nuit en Enfer 3.

Synopsis: 1850. Dans la paisible ville de Bright Hope, quelque part entre le Texas et le Nouveau-Mexique, une mystérieuse horde d’Indiens en quête de vengeance kidnappent plusieurs personnes. Pour tenter de les sauver, le shérif local, accompagné de quelques hommes, se lance alors à leur poursuite… C’est le début d’un voyage vers l’enfer.

Il faut dire que ce crossover des genres prête légèrement à sourire tant les deux sont si éloignés qu’il est difficile de les prendre au sérieux. Pourtant, alors qu’il fut l’une des titres surprises annoncées dans la compétition internationale du dernier Festival de Gérardmer, le public géromois s’est tout simplement laissé prendre une claque comme on les aime. Même le jury présidé par Claude Lelouch a été séduit par ce premier long métrage et a tout naturellement décidé de remettre à S. Craig Zehler le Grand Prix du Jury pour son Bone Tomahawk, grâce à son approche classique et à la fois audacieuse d’un genre que l’on sous-estime trop souvent. De quoi donner une visibilité bienvenue à cette proposition de cinéma radicale même si elle n’aura pas eu les honneurs d’une sortie en salles.

L’Indien des Plaines

Il est intéressant de mettre le film en parallèle de l’actualité internationale. Le climat est plus que pesant ces derniers temps ; entre le débat sur les migrants, les casseurs de Nuit Debout, les récents attentats et le djihadisme, plus que jamais, la peur de l’autre est un thème central. Et plutôt que de trouver une solution aux problèmes, c’est la force qui est employée. C’est donc avec cet état d’esprit que l’on entre dans les premières minutes de Bone Tomahawk. Deux bandits volent et assassinent des cow-boys avant de s’enfuir à travers le Grand Ouest et se faire piéger par des êtres invisibles dont seuls les flèches et quelques sons permettent de révéler leur présence. La tension est insoutenable jusqu’à la mort atroce d’un des deux malfrats. L’unique survivant arrive tant bien que mal à rejoindre la ville la plus proche. Après avoir créé quelques remous dans cette ville sans problèmes, il se fait arrêter par le shérif (incarné par Kurt Russell) et son adjoint (Richard Jenkins). Les deux associés le laissent au bon soin de l’infirmière du comté. Mais les Indiens n’avaient pas perdu la trace de leur proie et, dans l’obscurité du far-west, l’enlèvent de force ainsi que deux autres habitants de la ville. Ainsi le postulat de départ de Bone Tomahawk est simple : il s’agit de virils citoyens américains qui vont combattre des Indiens troglodytes (un autre Indien du film dira cette phrase pleine de sens « Ils ne sont pas comme moi ») pour tenter de sauver trois individus enlevés. Il faut savoir que ces Indiens sauvages (plus que d’autres de leurs congénères) sont des cannibales à la violence acharnée. De véritables monstres de cinéma qui marqueront assurément les esprits, cette année.

Il faut dire qu’en termes de violence et de brutalité, à l’image de l’Ouest américain (soit la critique d’une Amérique qui s’est construite uniquement par la mort des indigènes), S. Craig Zehler ne lésine pas sur les moyens. Pour revenir à la toute-première scène du film, elle s’ouvre sur un homme assoupi, se faisant sauvagement égorger. La chair est écorchée, le sang coule, la respiration devient étouffante et on devine qu’il ne s’agira pas de l’unique image choc du film. Mais avec ces deux heures treize au compteur, Bone Tomahawk prend le temps d’installer une dimension contemplative et de survival appréciable (peut-être pas accessible à tous), donnant au film des allures de western classique bien que résolument moderne. L’intrigue fait donc fi de toute complexité narrative : des cowboys valeureux partent à la rescousse d’une jolie demoiselle, deux heures durant. C’est tellement simpliste et épuré que le réalisateur assume clairement ce postulat pour le contrebalancer en se dirigeant vers des sentiers qui n’ont encore jamais été foulés au cinéma. Les dialogues du film sont le fruit d’une écriture ciselée remarquable et sont balancés avec une telle hargne que la sauvagerie et l’état d’esprit chasseur/proie se ressent dans les mots. C’est aussi grâce à la mise en scène que le film se démarque et prend son envol. Cette dernière prend le temps d’affiner les cadres, de faire durer les plans, de représenter l’étendue de l’Ouest américain qui apparaît comme un territoire inconnu et de jouer sur des contrastes solaires/nuitées somptueux. On notera qu’on tient avec Bone Tomahawk l’une des meilleures distribution de l’année (et donc la plus sous-estimée pour une sortie en salles), avec Kurt Russel (qui excelle encore une fois après Les 8 Salopards), Patrick Wilson, Richard Jenkins et Matthew Fox, tous impeccables. Tout un travail de pur cinéma qui fonctionne à merveille et fait que Bone Tomahawk n’est pas qu’une simple série B. Et que dire pour les amateurs du genre épouvante, dont l’horreur du tiers-final les convaincra définitivement de la haute tenue de ce western si atypique.  On se rappelle qu’ils ont été nombreux pendant la séance à Gérardmer à tourner les yeux et pousser des râles de dégoût dans l’ultime climax du film, véritable sommet de barbarie et qui s’impose sans conteste comme l’une des séquences les plus insoutenables de l’année. Un défaut ? Non, absolument pas tant S. Craig Zehler s’avère plus malin que cela et donne un sens légitime à ces scènes de carnage.

C’est peut-être parce qu’il a été terriblement sous-estimé par son distributeur au final, qu’on apprécie tellement Bone Tomahawk. Un film de genre qui donne aussi bien ses lettres de noblesse au western qu’à l’épouvante pure et dure, on a envie qu’il soit vu par tout le monde. Par le soin accordé à sa mise en scène, l’écriture pointilleuse des dialogues, le jeu incontestable de ce casting quatre étoiles et la tension palpable qui règne dans ces terres hostiles, le premier long métrage de S. Craig Zehler est un film de genre efficace qui devrait vraisemblablement marquer les esprits. Et plus que ça, il est la confirmation d’un jeune cinéaste qui a su faire preuve de merveilles avec un budget terriblement modeste. Incontestablement un talent à suivre de très près.

Bone Tomahawk : Bande-annonce VOST

Bone Tomahawk : Fiche Technique

Réalisation : S. Craig Zehler
Scénario : S. Craig Zehler
Interprètation : Kurt Russel (Sheriff Franklin Hunt), Patrick Wilson (Arthur O’Dwyer), Matthew Fox (John Brooder), Richard Jenkins (Chicory), David Arquette (Purvis), Lili Simmons (Samantha O’Dwyer)
Photographie : Benji Bakshi
Décors : Laura Evans
Costumes : Chantal Filson
Montage : Greg D’Auria, Fred Raskin
Musique : Jeff Herriott, S. Craig Zahler
Producteurs : Iain Abrahams, Jonathan Feuer, Scott Fort, Joseph Gabay, David Gilbery, Wayne Marc Godfrey, Jack Heller, Robert James, Amanda Mortimer, Hengameh Panahi, Peter Sherayko, Dallas Sonnier, Jon D. Wagner, Gregory Zuk
Sociétés de Production : Red Granite Picture
Distributeur : The Jokers / Le Pacte
Budget : 1 800 000$
Récompenses : Grand Prix du Jury au Festival de Gérardmer 2016, Meilleur Réalisateur et Prix de la Critique au Festival International du Film de Sitges 2015
Genre : Western, Epouvante-horreur
Durée : 132min
Sortie en DVD/Blu-Ray/VOD le 11 mai 2016

Etats-Unis – 2016

Marseille, une bande originale d’Alexandre Desplat: critique

Marseille – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Si le Français Alexandre Desplat est aujourd’hui un compositeur reconnu Outre-Atlantique (Godzilla, Tarzan et aujourd’hui Marseille), il n’est pas encore entré au Panthéon des géants de la musique de film, où figurent des noms tels Ennio Morricone, John Williams, Maurice Jarre et bien d’autres. La faute peut-être à une trop grande dispersion de talent. Desplat enchaînant sans remords blockbusters et films de réalisateurs plus exigeants, l’unité de son œuvre reste donc à découvrir. La faute également à une productivité certainement trop grande, ce garçon travaille trop ! Imaginez un artiste qui cette année, a déjà édité pas moins de sept bandes originales et nous ne sommes que début juin ! Le talent n’étant pas extensible à l’infini, il finit par se diluer dans de trop nombreuses créations.

Avec la musique de la très attendue série Marseille (première série Netflix française, ça impressionne dites donc…), Desplat est au pire de sa forme. C’est interminable, sans personnalité ni thème majeur qui la rendrait identifiable et surtout, intemporelle. Le travail mélodique est quasi absent et les arrangements sont d’une monotonie consternante. Desplat convoque les violons (et un tout petit peu le piano) jusqu’à la nausée, étirant à l’infini les quelques notes qui composent une bien maigre partition. Bien souvent, deux simples notes alternent en un rythme lancinant et incroyablement ennuyeux, créant une impression de déjà-entendu qui poursuit l’auditeur du premier au dernier morceau. Encore que le premier morceau se démarque un peu, interprété par les Nantais d’Orange Blossom, ce générique de la série, aux airs arabisants, permet de briser l’ennui de manière correcte, sans pour autant grimper aux rideaux. Pour le reste, on dira méchamment qu’il s’agit d’une musique d’ascenseur, à condition de vouloir s’y endormir. Non vraiment, Alexandre Desplat est capable de beaucoup mieux, d’être plus exigeant avec lui-même et avec les cinéastes qu’il accompagne. Sa carrière sera celle d’un grand si, comme les grands acteurs, il la recentre sur les projets qui feront croître son talent.

Marseille – Générique:

https://www.youtube.com/watch?v=6LTVCiIpPCY

Distributeur: Federation Entertainment

Sortie: 6 mai 2016

Durée: 53’29

Tracklist:

1. Ya Sidi (Orange Blossom) 5:48
2. Marseille 1:31
3. C’est une menace? 0:44
4. Les montres 0:49
5. L’assemblée 0:45
6. Promenade dans la cité 1:34
7. Le projet de la mairie, l’emporte! 0:46
8. Lucas Barrès, 1er adjoint 1:13
9. Je croyais qu’on était toujours ensemble 1:03
10. Les baskets de Barbara 1:13
11. Barrès et D’Abrantès 1:29
12. Réflexions 1:11
13. La voiture brûlée 1:06
14. Inimitiés intimes 2:57
15. Le projet casino 1:29
16. Le vote 3:14
17. Trahison 0:38
18. Enterrement de la juge 0:57
19. Le casino se fera! 0:53
20. Le deal 0:59
21. Voyage à Paris 0:56
22. La maladie secrète 1:50
23. L’assassinat du promoteur 1:44
24. Révélations 2:22
25. Complot 2:28
26. Double jeu 3:13
27. Le flipper de Farid 1:59
28. Rachel et Julia 1:45
29. Simulation 1:17
30. Taro part au combat 2:01
31. Suspicion 0:40
32. La maladie de Rachel 2:55

Alice De l’autre côté du miroir, un film de James Bobin : Critique

En pleine tempête, Alice tente de redresser la barre. Non, ce n’est pas une métaphore quelconque mais bien la première scène du film, qui a un arrière-goût de Pirates des Caraïbes.

Synopsis : Retour au Pays des Merveilles pour Alice ! Le Chapelier Fou fait appel à son amie pour retrouver ses parents, persuadé qu’ils ne sont pas morts. Pour mener à bien cette mission, Alice va devoir faire appel à un puissant outil : la Chronosphère, jalousement gardée par le Temps.

L’Éternel Retour

Étrange similitude entre Elizabeth Swann et Alice Kingsley. Toutes deux capitaines, toutes deux ont un rapport avec la Chine… on s’attendrait presque à voir surgir Jack Sparrow. Mais non, nous ne sommes pas dans la bonne histoire. Disney tient à innover. On l’a vu avec Star Wars 7, mais également avec les super-héros ou encore les multiples adaptations live de ses dessins animés désormais has been. La machine est en marche, prêt à nous délivrer ses produits formatés. Il faut dire que les plats micro-ondés se vendent toujours aussi bien, même si tout le monde sait que ce n’est pas vraiment ce qu’il y a de meilleur, loin de là. Alors, roi du réchauffage, Disney tient tout de même à changer l’emballage, puisque le papa du premier opus, sorti il y a six ans, à savoir l’ancien génie Burton (qui lui nous sert un plat réussi sur trois, se laissant aller un peu trop sur la sauce par moment), n’est plus derrière la caméra (mais pas trop loin derrière puisqu’il est producteur). Le nouveau chef-tambouille de Alice De l’autre Côté du Miroir se nomme James Bobin. Si son nom ne vous dit rien, vous en entendrez très certainement parler très prochainement, avec son prochain chef d’œuvre : MIB 23, le fameux crossover entre Men in Black et 21 Jump Street (autant vous dire qu’à CinéSéries-Mag, on l’attend de pied ferme). Mais parlons du film, et trouvons des choses à dire.

Pas question d’aborder la question de l’adaptation de l’œuvre de Lewis Caroll puisque ce film comme le précédent la piétine sans considération et l’assume joyeusement. Alice revient donc au Pays des Merveilles guidée par Absolem (l’occasion d’entendre les derniers éclats de voix d’Alan Rickman). Elle découvre un monde où le Chapelier Fou est nostalgique de ses parents, tués par le Jabberwocky (qui ne parle pas dans ce film-ci, mais nous pensons à Christopher Lee qui en assurait le doublage). La seule solution pour Alice est de remonter le Temps, dans un but incertain puisqu’elle ne doit pas modifier le passé sans quoi le monde est perdu (classique). Nouveau venu dans la famille, la personnification du Temps, interprété par Sacha Baron Cohen (grand copain de James Bobin), est l’occasion non seulement de faire tout un tas de jeux de mots sur le sujet (plaisants au début, ils deviennent très vite pénibles) mais également d’essayer d’entamer une réflexion sur le temps et la portée de nos actes. Alice et ses amis vont ainsi naviguer entre le présent et le passé et on découvrira le passé trouble des gens du Pays des Merveilles, à savoir le Chapelier mais également celui des deux sœurs Mirana et Iracebeth, respectivement Reine Blanche et Reine Rouge.

Il y a des différences dans l’histoire et dans le schéma narratif par rapport aux autres films, dire le contraire serait mentir. Mais tout est prévisible car on connaît déjà la morale et la fin de l’histoire. Il n’y a aucune émotion puisque les scènes de tensions ou d’inquiétudes sur l’avenir des personnages tombent à l’eau et deviennent pesantes. Le jeu des comédiens est lui, plutôt bon, et ceux qui évoqueront le sur-jeu et la caricature seront dans le vrai, puisque c’est bien la caractéristique principale de ce monde merveilleux. Le meilleur rôle revient à Helena Bonham Carter en Reine Rouge, encore une fois à l’aise malgré sa grosse tête. En parlant de tête, celle du Chapelier Depp ne se montre pas trop, et c’est tant mieux. Les décors respectent l’imagerie visuelle du film de Burton, tout comme la musique (toujours composé par Danny Elfman) qui reprend les mêmes thèmes. Au passage, la 3D est trop peu exploitée, si tant est qu’elle n’ait jamais eu un intérêt. Le seul bon moment du film est celui, vers la fin, de la poursuite à travers la Mer des Souvenirs, visuellement prenante mais trop courte.

La scénariste de Mulan et de Maléfique (et du Alice de 2010) a pensé à distiller des leçons à tirer de ce long-métrage. Elle dépeint une Alice féministe, affirmée dans le monde masculin. Malheureusement, cette problématique est distillée dans seulement trois scènes (respectivement au début, au milieu et à la fin), trop peu intégrée au récit pour ne pas être bateau. L’autre leçon, celle de croire en ses rêves, à cœur vaillant rien d’impossible et j’en passe. Il y a quelque chose de prophétique dans ce film, qui en filigrane évoque la mort et les rêves perdus. Dommage que l’ode à la rêverie voulue par Disney ne soit qu’une perte de temps. Il nous faut répondre à la question que tout le monde se pose : Alice De l’autre côté du miroir est-il meilleur ou moins bon que Alice au Pays des Merveilles ? Cela revient à comparer deux boîtes de conserve. Jean-Pierre Coffe nous aurait dit « Peu importe, c’est de la merde ». Alors non, nous n’utiliserons pas de tels mots pour qualifier le film. Simplement, le long-métrage de James Bobin ressemble aux autres films Disney, pas totalement. La seule différence réside dans ce qu’il y a d’écrit sur la boîte de conserve, et dans vos préférences de goût à la rigueur. Au final, elles auront toutes la même saveur.

Alice De l’autre côté du miroir : Bande-annonce

Alice De l’autre côté du miroir : Fiche Technique

Réalisation : James Bobin
Scénario : Linda Woolverton d’après l’oeuvre de Lewis Caroll
Interprétation : Mia Wasikowska (Alice), Johnny Depp (Le Chapelier), Helena Bonham Carter (La Reine Rouge), Anne Hathaway (La Reine Blanche), Sacha Baron Cohen (Le Temps)
Image : Stuart Dryburgh
Montage: Andrew Weisblum
Musique: Danny Elfman
Costumes : Colleen Atwood
Décor : Dan Hennah
Superviseur des effets spéciaux : Neil Corbould
Superviseur des effets visuels : Ken Ralston
Producteur :  Tim Burton, Joe Roth, Suzanne Todd et Jennifer Todd
Société de production : Walt Disney Pictures, Tim Burton Productions, Roth Films, Team Todd
Distributeur : Walt Disney Studios Distribution
Durée : 113 minutes
Genre: Fantastique, Fantasy
Date de sortie : 1er juin 2016

Etats-Unis – 2016

A war, un film de Tobias Lindholm : Critique

Le conflit afghan étant l’un des rares dans lesquels s’est impliqué le Danemark en ce début de millénaire, il n’est pas étonnant qu’il soit devenu, après les très bons Brothers (Susanne Bier, 2004) ou encore Armadillo (Janus Metz Pedersen, 2010), également le contexte choisi par Tobias Lindholm en s’attaquant au film de guerre.

Synopsis : Claus Michael Pedersen est à la tête d’une équipe de patrouilleurs de l’armée danoise postée en Afghanistan. Bien que tourmenté par l’idée de ne pas savoir quand il reverra sa famille, il reste un soldat consciencieux. Le jour où son équipe tombe dans un traquenard, il est contraint de recourir à un soutien aérien. Une décision qui lui vaudra d’être trainé devant les tribunaux, accusé d’avoir accidentellement tué  des civils.

D’autre part, on peut remarquer que depuis une dizaine d’années, et en particulier le succès de Démineurs (Kathryn Bigelow, 2008), la tendance de ce genre si calibré est de confronter le quotidien de ses héros sur le champ de bataille et au sein de leur famille, insistant ainsi davantage qu’auparavant sur le traumatisme du retour à la vie civile. Le schéma narratif qu’adopte le réalisateur est dès lors sans véritable surprise : une première moitié sur le front, une seconde à la maison. Mais A War ne se contente pas, comme American Sniper ou Du sang et des larmes, d’illustrer la façon dont son personnage peut acquérir son statut de « héros de la patrie » en réussissant à cumuler ses deux casquettes, celle de soldat et de père de famille. Le film met en place une interrogation morale qui dépasse la seule intériorité de cet homme pour aller questionner le bien-fondé même de cette guerre. L’absence de parti-pris vis-à-vis des règles déontologiques sera tout de même contrebalancée par la mise en place d’une indéfectible empathie envers le personnage de Claus.

Reconnu pour l’austérité naturaliste de sa mise en scène, le réalisateur nous livre, dans la première partie de son film, une vision saisissante des vastes plaines afghanes –en réalité filmées en Turquie. Débutant son récit par une scène assez violente, il nous plonge aussitôt dans un état de pression qui n’est pas sans rappeler son précédent film Hijacking, déjà porté par l’excellent Pilou Asbæk. Une tension qui va toutefois vite redescendre, sacrifiée sur l’autel du minimalisme. Ce choix ne permet en effet pas de rendre état d’actes de guerre plus spectaculaires que celui dans lequel un taliban –le seul que l’on verra d’ailleurs à l’écran– se fait descendre à distance, une exécution filmée de façon à nous prendre aux tripes. A noter également, la maitrise du mixage son dans cette mise en scène immersive. Cette recherche de réalisme et d’humanisation des enjeux militaires est prolongée via l’alternance avec des passages consacrés aux difficultés de la femme de Claus pour élever seule leurs trois enfants. Des scènes qui s’avèrent pertinentes dans le parallèle qui y est fait entre l’immaturité de ce fils perturbé au point de s’exprimer grâce à la violence gratuite et l’absurdité intrinsèque aux efforts vains de la mission de pacification dans laquelle s’est embrigadé son père. Venant clore cette première partie à la précision quasi-documentaire, la brutale scène de la fusillade apparait comme une surprise, tant pour les soldats que pour les spectateurs. De ce fait, cette rupture de rythme incongrue se révèle être un effet de mise en scène ingénieux qui sera accentué par le passage à un montage  bien plus découpé que les plans séquences qui l’ont précédé, et par l’emploi d’un hors-champ oppressant, qui nous font parfaitement partager la désorientation de notre héros dans ce bourbier.

La seconde partie du film se voudra plus austère encore, limitant quasiment l’action à deux décors : le foyer et le tribunal. Toutefois, c’est dans cette partie que le réalisateur va s’avérer le plus maladroit. D’abord avec l’utilisation soudaine de la musique dans les dernières minutes ; celle-ci ayant été jusque-là totalement absente, son apparition donne à la conclusion une impression d’effet larmoyant de mauvais gout. Mais le plus gros souci que Tobias Lindholm rencontre dans ce qui apparait alors comme un thriller judiciaire est de rendre compte, comme il avait pu le faire dans sa peinture des champs de bataille, de la tension psychologique à laquelle est soumis son personnage. Celle-ci en est réduite à des gros plans sur les regards que s’échangent les personnages lors du procès et bien sûr quelques dialogues entre Claus et sa femme. On pourrait alors affirmer que la mise en scène de Lindholm trouve ses limites dès l’instant où la caméra embarquée n’est plus de rigueur. Si encore ces scènes de tribunal ne souffraient pas d’un manque de d’intensité, cette partie aurait pu se suffire à elle-même pour appuyer le propos moral du scénario. Mais ce qui l’a précédé pose obligatoirement le public dans une position de défense de Claus alors que l’inextricable ambiguïté déontologique à laquelle sont confrontés les juges aurait été plus intéressante à explorer que la seule peur de l’accusé d’être à nouveau séparé des siens. La façon dont est construit le récit nuit par conséquence à la portée de son propre discours.

La réalisation âpre et immersive de Tobias Lindholm a beau être source d’une peinture remarquable d’un conflit armé qui semble irrésoluble, A War souffre d’un manque de maitrise lors des scènes plus intimistes et des joutes verbales entre juristes. Or, ces deux éléments auraient pu en faire un plaidoyer efficace contre les contradictions de ce que l’on attend des soldats qui y sont envoyés, et les conséquences psychologiques que cela a sur eux à long terme.

A war : Bande-annonce

A War : Fiche technique

Titre original : Krigen
Réalisation : Tobias Lindholm
Scénario : Tobias Lindholm
Interprétation : Pilou Asbæk (Claus Michael Pedersen), Tuva Novotny (Maria Pedersen), Dar Salim (Najib Bisma), Søren Malling (Martin R. Olsen), Charlotte Munck (Lisbeth Danning), Dulfi Al-Jabouri ( Lutfi Hassan)…
Photographie : Magnus Nordenhof Jønck
Montage : Adam Nielsen
Direction artistique : Burak Yerlikaya
Producteurs : Rene Ezra, Tomas Radoor
Société de production : Nordisk Film
Récompenses : Nomination à l’Oscar 2016 du meilleur film étranger
Distribution (France) : StudioCanal
Durée : 114 minutes
Genre : Guerre, drame
Date de sortie : 1er juin 2016

Danemark  – 2015