Les Opportunistes de Paolo Virzi: critique DVD

Synopsis : Près du lac de Côme en Italie. Les familles de la richissime Carla Bernaschi et de Dino Ossola, agent immobilier au bord de la faillite, sont liées par une même obsession : l’argent. Un accident la veille de noël va brutalement changer leurs destins.

Le Capital humain

Le cinéma italien nous a toujours offert de succulentes perles cinématographiques. Paolo Virzi (« La prima cosa bella »), réalise ainsi fin 2014, « Les Opportunistes », adaptation du roman « The Human Capital » de Stephen Amidon, titre français qui aurait été préférable. A travers son histoire, il façonne une critique malheureusement trop légère pour interpeller, malgré une interprétation de qualité de la part des têtes d’affiches.

Le film dépeint la société italienne contemporaine des années 2010, en crise économique. Un soir, un cycliste est renversé par un 4×4, à partir de là, le récit se construit sur quatre chapitres qui permettent d’éclairer les circonstances de l’accident. L’atmosphère filmique est ici clairement donnée par le réalisateur pour nous confronter à la dure fatalité. Le film traitera de luttes de classes dans une société inégalitaire.

Pour faire simple, l’aspect mosaïque du film est caractérisé par une poignée de personnages, tous constitué d’antihéros. Un homme de classe moyenne souhaite s’élever socialement auprès d’un homme d’affaire véreux tandis que sa fille tombe amoureuse d’un garçon élevé à la dure par un père criminel, dans les quartiers pauvres. Un véritable film chorale où les destinées se croisent et influent sur les autres, jouant sur la fatalité et l’espoir.

Paolo Virzi paraît trop sûr de son puzzle pour réellement s’y impliquer. A trop vouloir faire confiance à son procédé et le laisser se développer sans réel contrôle, le système fonctionne moins bien. La technique oscille entre le maladroit, notamment à travers ses clichés et le poussif avec ses lourdeurs scénaristiques. L’équilibre effectué entre le drame mondain et la comédie populaire est trop instable pour permettre l’analyse pertinente et frappante d’une Italie déliquescente. Si le cadre scénaristique divisé n’est pas inintéressant, il reste un peu vain sur ses principes narratifs et encore une fois, sur son équilibre.

Le capital humain, qui constitue la base pamphlétaire du scénario, est une statistique calculée par les assurances selon l’espérance de vie, du revenu potentiel, du nombre et de la qualité des relations affectives du défunt. Une donnée aussi inhumaine qu’incohérente, qui caractérise la décadence sociétale Italienne, où les grands hommes d’affaires misent leurs fortunes sur la chute économique de leur propre pays. Le parallèle est évident avec la corruption mafieuse dont est victime la population Italienne, où les inégalités socio-économique ne cessent de s’élargir.

Dans cette animosité socio-économique, le personnage de Carla représente toutes les qualités et toutes les défaillances du film. La protagoniste, jouée par Valeria Bruni Tedeschi symbolise toute l’impuissance d’un pouvoir politique intègre à s’imposer au pouvoir. Le chapitre qui lui est consacré est le mieux interprété mais également le moins bien mis en scène, notamment par le progressif abandon du réalisateur, à travailler son cadre. Un contraste fort regrettable d’autant que certains passages sont brillants scénaristiquement parlant, réussissant enfin à capter le spectateur sur la réalité sociale.

Le microcosme que construisent les personnages entre eux, caractérisation d’un pouvoir politique aux ambitions purement individualiste, s’oppose à une vision crédule d’une entraide sociale. Tout est fait pour que les castes s’affrontent et ne s’assistent pas. Le seul filon d’espoir, incarné par les personnages de Séréna et Luca, se retrouvent happé par des puissances qui les dépassent et la tragédie sociale est symboliquement parfaite tant la rupture est violente entre leur incrédulité et la monstruosité des puissances.

Par la mollesse visuelle que nous offre le réalisateur, on croirait par moment plus assister à une « Scripted Reality » improvisé, c’est à dire la reconstitution pseudo-documentaire de fait divers adaptés aux exigences de la fiction, aux thèmes sociales récurrentes (arnaque, mensonge) qu’à un véritable long métrage. Quel dommage que ces accrocs de réalisation, néanmoins pas si désagréables, gâchent le potentiel d’un film qui avait tout pour réussir, de brillante manière, sa courageuse critique. Fort heureusement, les performances d’acteurs sont immenses.

Outre le jeu candide proposé par Valeria Bruni Tedeschi ; Fabrizio Bentivoglio interprète avec justesse un homme opportuniste, prêt à tout pour s’élever socialement, jusqu’à y laisser sa fortune et sa famille. Mais le film ne serait pas grand-chose sans les révélations qu’ils nous proposent. Que ce soit Matilde Gioli (Séréna), Fabrizio Gifuni (Massimiliano) ou Giovanni Anzaldo (Luca), les trois comédiens brillent par leur présence. Ils nous offrent des performances dignes, portent le long métrage et arrivent presque à faire oublier certains défauts.

La mise en scène de Paolo Virzi est assez étrange, dans le mauvais sens du terme. Trop appuyée pour paraître réaliste et trop maladroite pour paraître travaillée. Le fait d’avoir laissé son casse-tête se dérouler sans que le spectateur ait l’impression qu’il interfère rend la chose souvent vaine. Malgré l’intérêt que l’on y porte, l’évidente paresse de son auteur ne permet pas une implication du spectateur suffisante, rendant la tragédie pathétique.

Les Opportunistes est un film aléatoire, tantôt brillant, tantôt maladroit, il livre une critique trop dilué d’une Italie déliquescente. Si le puzzle scénaristique est plutôt bien fait, le pamphlet, lui, tombe à l’eau. Heureusement que les performances sont époustouflantes permettant au spectateur de passer un bon moment dans ce qui semble être un honnête film à mi-chemin entre le drame mondain et la comédie sociale.

Les opportunistes : Bande annonce

critique-dvd-les-opportunistesLes Opportunistes

De Paolo Virzì Avec Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio et Valeria Golino

SORTIE EN DVD ET EN BLU-RAY LE 7 AVRIL 2015

Fiche technique Les Opportunistes (Il Capitale Umano)

Réalisé par Paolo Virzi en salles le 19 Novembre 2014.
Avec : Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio, Valeria Golino, Fabrizio Gifuni, Luigi Lo Cascio, Giovanni Anzaldo, Matilde Gioli, Guglielmo Pinelli, Gigio Alberti, Bebo Storti, Vincent Nemeth
Scénario : Francesco Bruni, Francesco Piccolo, Paolo Virzì d’après Capital Humain de Stephen Amidon
Production : Fabrizio Donvito, Benedetto Habib, Marco Cohen
Photographie : Jérôme Alméras
Montage : Cecilia Zanuso
Costumes : Bettina Pontiggia
Décors : Mauro Radaelli
Musique : Carlo Virzì
Distribution : BAC Films
Durée : 1h49

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Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
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