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Cézanne et moi : rencontre avec Danièle Thompson et Guillaume Canet

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Rencontre avec l’équipe du film Cézanne et Moi (au cinéma le 21 septembre)

Jeudi 8 septembre, aux Fauvettes. Après la projection du biopic Cézanne et Moi (présélectionné aux Oscars pour représenter la France), la réalisatrice Danièle Thompson et le comédien Guillaume Canet ont accordé un peu de leur temps au public en se livrant à une série de questions/réponses. 

Récit de cette rencontre à laquelle a participé CineSeriesMag, occasion sympathique d‘échanger autour du film avec la cinéaste et l’acteur dans une ambiance simple et détendue. Au menu : histoire de l’art, anecdotes croustillantes et bonne humeur !  

I/ La vision de Danièle Thompson : « Je ne voulais pas porter à l’écran une bande de statues barbues et empaillées comme on les voit souvent »

Quelles sont les raisons qui vous ont motivée à effectuer un tel changement de cap, vous qui êtes plutôt une habituée des comédies ?

Danièle Thompson : Alors je précise que je ne suis pas simplement réalisatrice, je suis également scénariste et il m’est arrivé d’écrire des drames. Je ne fais pas que dans la comédie, même si c’est ce que l’on retient le plus ! Selon moi, l’écriture, c’est le départ de tout. Et c’est toujours un grand bonheur de se lancer dans quelque chose de nouveau, de tâtonner seule dans le vide. J’y trouve un intérêt certain.

Comment avez-vous découvert que Cézanne et Zola étaient amis ?

Danièle Thompson : Pendant longtemps, je ne le savais pas. Je l’ai appris il y a plusieurs années déjà, mais sur le coup, j’étais épatée par ma propre ignorance ! Depuis, je me suis penchée sur cette relation en me documentant, et j’ai rassemblé des preuves à travers diverses correspondances mais aussi grâce à des témoignages. J’ai eu envie de découvrir s’il y avait véritablement une histoire à raconter, avec sa richesse et ses enjeux.

« Selon moi, l’écriture, c’est le départ de tout »

A quel moment avez-vous choisi les comédiens ?

Danièle Thompson : A la fin du processus d’écriture. J’avais déjà travaillé avec Gallienne, que je connais bien. Je l’ai donc contacté en premier pour lui proposer le rôle de Zola car je trouvais que ça lui correspondait bien. Mais, à ma plus grande surprise, il a voulu Cézanne ! En France, contrairement aux États-Unis, on n’a pas l’habitude des rôles de composition, ce n’est pas la tradition, mais je me suis dit pourquoi pas ? J’ai eu confiance très vite.

Quelles ont été vos sources pour construire le scénario ?

Danièle Thompson : J’ai d’abord lu énormément. Des biographies de Cézanne et Zola, des ouvrages, des archives, etc. Ce qui a le plus suscité ma curiosité, c’est cette fâcherie entre les deux, je tenais à exploiter ce thème. Et puis, j’ai également consulté beaucoup de documents iconographiques, arpenté des expositions. Mais attention, je ne voulais pas porter à l’écran une bande de statues barbues et empaillées comme on les voit souvent : dans mon film, ces artistes sont jeunes, fougueux, vivants !

« Je ne voulais pas d’un titre qui fasse documentaire barbant ! »

Comment expliquez-vous le titre, « Cézanne et Moi » ? Est-ce le regard de Zola sur son ami ?

Danièle Thompson : Si vous voulez, c’est difficile de trouver un titre qui ne fasse pas documentaire barbant ! On a pensé à « Cézanne et Zola », « Emile et Paul », mais ça n’allait pas. Je voulais quelque chose de plus personnel, de plus intime. Effectivement c’est trompeur car on a l’impression que l’histoire est racontée du point de vue de Zola, mais en y réfléchissant ce n’est pas faux non plus puisque le film est ponctué de nombreux extraits des livres de Zola ; c’est le peintre qui est vu à travers son oeuvre. Mais au fond le titre a peu d’importance, je voulais surtout donner la juste impression que mon film parle de deux hommes, deux amis. La phrase de la fin, lorsque le romancier dit de Cézanne qu’il avait « du génie avorté« , est véridique. Elle rajoute une dimension encore plus fascinante à cette histoire, inspirée de faits réels même si attention, beaucoup d’éléments ont été inventés. C’est simplement basé sur ce qu’ils auraient pu se dire.

II/Contexte historique et le travail de reconstitution : « Le Paris artistique et bohème du XIXème siècle est une période fascinante »

Combien d’années de recherche vous a-t-il fallu pour aboutir à un tel résultat ?

Danièle Thompson : Ce film a été un travail de longue haleine, mûri par la réflexion. J’ai lu pendant plusieurs années en amont, le temps que mon histoire fructifie, puis concrètement, j’ai consacré huit, neuf mois aux recherches avant de véritablement me lancer dans l’écriture.

Plastiquement, le film est magnifique, comment avez-vous travaillé avec votre directeur de la photo ? Est-ce difficile d’aborder cet aspect technique lorsque l’on fait un film sur un peintre ?

Danièle Thompson : J’avais plusieurs options. J’aurais pu faire un film à la Turner, c’est à dire avec une image qui ressemble à un tableau de maître, mais j’avais envie que mon long métrage soit appréhendé comme quelque chose de contemporain, je ne voulais pas le figer dans une esthétique compassée ; plutôt l’ancrer dans la vie de tous les jours, créer une photo mouvante. Bien sûr, le rendu s’inspire beaucoup de l’univers pictural des impressionnistes (Caillebotte, Monet, Manet), notamment grâce aux paysage du Sud, leur lumière si particulière. J’ai cherché à établir un contraste entre les scènes tournées à Paris et celles d’Aix, en travaillant sur les éclairages, les différences entre Nord et Sud, pour faire se confronter deux ambiances. Par ailleurs, tous les passages filmés dans le bureau de Zola donnent une impression de confinement un peu sombre qui s’opposent là aussi aux scènes tournées en extérieur, baignées par une profusion de lumière. Il faut dire qu’on a eu beaucoup de chance, on a tourné en septembre dernier, il y a tout juste un an, et il a fait un temps magnifique, ce qui nous a offert la possibilité d’exploiter cette lumière si joyeuse, témoignage d’une peinture qui explose, qui parle enfin des gens, contrairement aux tableaux des siècles précédents inspirés par la religion, la mythologie, etc. Ici, c’est naturaliste, réaliste.

« Cézanne et moi n’a pas été un film facile à faire »

La période historique qui est décrite dans le film, à savoir le Paris bohème du XIXème siècle, avait-elle de l’intérêt pour vous en tant que réalisatrice ?

Danièle Thompson : C’est une période fascinante ! D’abord, le XIXème siècle représente un grand moment dans l’histoire de l’art. Et d’ailleurs, il faut le savoir, Zola était un éminent critique d’art, donc il s’inscrit à merveille dans le contexte que j’ai voulu dépeindre. Il a défendu les impressionnistes, même si par la suite il s’est tourné vers des courants plus traditionnels. Cézanne, quant à lui, s’est cherché pendant de nombreuses années et je voulais justement montrer son évolution, son tâtonnement : il commence par l’impressionnisme, puis s’enfonce vers le cubisme, voire l’abstraction. Mon générique de fin retraduit cette progression dans son oeuvre.

Question du producteur du film Albert Koski [et compagnon de Danièle Thompson à la ville, NDLR] : Pouvez-vous nous expliquer cet amour et cette admiration que Zola éprouvait envers Manet ?

Danièle Thompson : Manet avait dix ans de plus que Cézanne et Zola, donc il était plus mûr, plus avancé dans son expérience de peintre. Cézanne avait un coup de pinceau épais, lourd, inspiré par les espagnols. Manet était plus doué, il faisait preuve de raffinement, son travail était meilleur, c’est vrai. Après il faut aussi préciser que Zola est mort avant que Cézanne ne produise ses meilleures toiles, donc il n’a pas eu l’occasion de voir les plus beaux tableaux de son ami. En tout cas je n’ai pas voulu montrer beaucoup de toiles car ce n’était vraiment pas le sujet.

Guillaume Canet : J’en profite juste pour saluer et remercier notre producteur car Cézanne et Moi n’a pas été un film facile à faire. Actuellement sur le marché du cinéma la plupart des producteurs ne se mouillent pas, certains se payent même avant, mais pas Albert, il a pris des risques avec une grande classe.

III/ Les deux Guillaume – le choc des Titans : « Guillaume Gallienne a parfois un sacré tempérament !  » 

Vous avez beaucoup de scènes de confrontations avec Guillaume Gallienne, comment s’est passé le tournage ?

Guillaume Canet : Guillaume et moi on se connaît depuis longtemps. On n’est pas vraiment amis, mais on se croise souvent, par l’intermédiaire de connaissances communes, de relations. Je pense que malgré tout ce rapport éloigné nous a apporté beaucoup car au moment du tournage, on avait l’impression d’être complices, il y avait une proximité entre nous. Guillaume est un acteur habité, passionné, qui a une approche du métier très différente de la mienne ! Il est respectueux de son partenaire, très généreux. Il n’est franchement pas dans une démarche de jouer tout seul. Pour en revenir à la question, les scènes de confrontations entre nous étaient grisantes, excitantes forcément, d’autant que le texte était fort, bien écrit, ce qui dégageait une énergie intéressante. On oublie presque le personnage qu’on est en train de jouer, tellement on est dans la scène. Mais vous savez, Guillaume a un sacré tempérament parfois ! Par exemple j’ai une anecdote : un jour, alors qu’on tournait une séquence où on était nus dans la rivière, on devait se traîner dans la boue et dans la terre, et on s’est aperçu qu’on avait du public ! Danièle avait invité sur le plateau tous ceux qui nous avaient aidés durant le tournage : des pompiers, des policiers, des habitants de la localité, etc. Sauf que vu le contexte, ça tombait au mauvais moment, et Guillaume a vraiment vu rouge ! En plus, la scène a été coupée au montage !

Danièle Thompson : Elle sera dans les bonus (rires) !

« Pour incarner Zola, la pression était grande […]. J’ai pensé à un teckel à poils durs, un fox terrier ! »

Vous et Guillaume Gallienne avaient des registres assez opposés. Est-ce que cela vous a inspiré sur le tournage pour la mise en place d’une dialectique en opposition justement ?

Guillaume Canet : Les personnages étaient déjà écrits comme tels au départ, on a simplement joué nos rôles. C’est la richesse de l’histoire, d’exploiter les raisons et les causes d’une relation aussi improbable, entre deux hommes à priori si différents, et marqués pour la vie par une amitié d’enfance. Le film montre que la vie sépare parfois ceux qui s’aiment, qui se battent pour préserver leur amitié. C’est à la fois un poison et une belle chose, ce n’est pas simple.

Comment se glisse-t-on dans un tel rôle ?

Guillaume Canet : C’est un exercice difficile. J’avais déjà interprété des personnages qui ont véritablement existé, mais ici, c’était différent. Zola est une figure forte et emblématique, qui fait partie du patrimoine et qui est ancrée dans l’inconscient collectif, donc forcément, la pression était grande. Dans ces cas là, la base, c’est le scénario. Si vous sentez que l’histoire est dense, que les dialogues sont solides, que l’écriture est bien gérée, avec des descriptions précises, ça aide, ça donne des indications précieuses pour appréhender le rôle. Ensuite de mon côté j’ai également fait de nombreuses recherches, j’ai lu, j’ai voulu connaître l’homme derrière le mythe pour mieux me l’approprier, découvrir son intimité, au delà de l’auteur. J’ai aussi observé autour de moi : la manière dont mon père s’assoit, marche, se lève. J’ai tenté de reproduire une façon d’être quand on est plus âgé. J’ai une approche assez instinctive de mon métier. A chaque fois, je choisis un animal totem. Pour Zola, j’ai pensé à un vieux chien, genre teckel à poils durs, fox terrier. C’est tenace, bourru, avec un fort rapport à la nature. Et pour finir évidement j’ai bénéficié du savoir-faire des costumiers, des maquilleurs, qui ont donné vie au personnage. En fait, quand j’y pense, le challenge majeur c’était de passer de 20 à 50 ans en l’espace d’une journée, car le tournage n’était pas chronologique. Heureusement Danièle est très précises dans ses directions donc ça me rassurait de savoir qu’elle était satisfaite de ce que je faisais, elle donnait l’impression d’avoir déjà rencontré ses personnages, elle savait exactement ce à quoi chaque scène devait ressembler.

Dans le film, Zola a écrit un roman s’inspirant largement de Cézanne, ce qui provoque le courroux du peintre, trahi. Dans votre carrière de scénariste, cela vous est-il déjà arrivé de vous inspirer de vos proches et de devoir ménager leur susceptibilité pour ne pas les vexer ?

Guillaume Canet : Tout le temps ! Par exemple dans Les petits mouchoirs, le personnage de François Cluzet est inspiré d’un ami qui ne veut pas s’y reconnaître. J’avais tenu à lui faire lire le scénario pour m’assurer qu’il le prenne bien, et il m’a répondu « Pas de souci, ça ne me ressemble tellement pas, vas-y !« . C’est en voyant le film qu’il a eu plusieurs retours, il a été obligé de se rendre à l’évidence (rires) !

« Quand on connaît un échec, c’est difficile de ne pas se tourner vers la colère ou l’aigreur »

Le thème de la réussite et de l’échec est au centre du récit. Cela vous a-t-il intéressé en tant qu’acteur ?

Guillaume Canet : Bien sûr, car c’est ce à quoi tous les artistes sont confrontés en créant. Le doute, l’hésitation, la quête, la passion, la désillusion, etc… Évidemment, ça m’a parlé car je suis également réalisateur et je me suis reconnu dans ces problématiques : quand on travaille par exemple pendant plusieurs années sur un film qui nous tient à cœur et que le projet est mal reçu, c’est difficile de ne pas se tourner vers la colère et l’aigreur.

Finalement, dans Cézanne et Moi, l’amitié est centrale. Elle est traitée comme une histoire d’amour, comment avez-vous procédé pour arriver à un tel rendu ?

Guillaume Canet : Dans toute relation, il existe une forme de fascination, d’admiration, d’amour et de tendresse. Comme le scénario était remarquablement écrit, Guillaume et moi on s’est appuyés sur les dialogues, puis on a introduit des regards, des sentiments exacerbés dans notre jeu d’acteur pour faire passer l’émotion.

Danièle Thompson : Dans leur correspondance, on retrouve ce sentiment presque amoureux, comme lorsqu’Emile écrit à Paul « Je sais tout de toi et rien ne pourra nous séparer« . Il en émane une force et une intensité qui donnent l’impression que plus rien n’existe. Reste à savoir si ils ont consommé ou non… (rires).

Cézanne et Moi sort en salles le 21 septembre. 

*Toutes les questions ont été posées par les spectateurs présents lors de la projection presse.

 

Maggie a un plan de Rebecca Miller : Sortie DVD le 20 Septembre

Sortie DVD : Maggie a un plan, réalisé par Rebecca Miller.

Synopsis : Maggie, trentenaire, éternelle célibataire et new-yorkaise, a bien l’intention de faire un bébé toute seule, mais elle rencontre John, professeur anthropologie et écrivain en devenir, dont elle tombe immédiatement amoureuse.John, lui, n’est pas très heureux en mariage avec la tumultueuse Georgette qui ne vit que pour sa carrière. Il la quitte pour Maggie, qui attend désormais un bébé, mais après quelques années de vie commune, Maggie a un autre plan en tête et aimerait jeter à nouveau John dans les bras de Georgette.

Réalisatrice : Rebecca Miller
Casting : Greta Gerwig, Ethan Hawke, Julianne Moore…
Distribution France : Bac Films

L’avis de la rédaction à propos de Maggie a un plan : Avec Maggie a un plan, Rebecca Miller, fille du brillantissime Arthur Miller, femme du brillantissime Daniel Day-Lewis apporte sa propre quote-part dans le sérail, et fait le pari réussi d’un récit deux-en-un qui allie légèreté et émotion avec un scénario bien écrit servant des acteurs en forme et bien dirigés. Alors oui, le rapprochement avec Woody Allen n’est ni usurpé, ni exagéré ; Maggie pourrait être la fille d’Annie ou d’Hannah…
Critique à retrouver dans son intégralité ici.

Caractéristiques techniques du DVD : DVD-9 – Zone 2 – PAL – Format film 1.85 (16/9 compatible 4/3) – Couleur – Langue : français – Sous-titres : français – Stéréo et 5.1 – Durée : 1h39 minutes

En terme de bonus : Le DVD contient plusieurs entretiens avec différentes personnes de l’équipe : Rebecca Miller, réalisatrice, (aussi à l’origine de Les vies privées de Pippa Lee, The Ballad of Rose and Jack), d’une durée de 7 minutes, Greta Gerwig, révélée dans Frances Ha, d’une durée de 12 minutes, et Julianne Moore, actrice qu’on ne présente plus, récemment vu dans Free Love ou Still Alice, d’une durée de 12 minutes.
Vous pourrez également retrouver la bande-annonce du film.

Maggie a un plan : Bande-annonce

Top 5 des westerns américains par la rédaction du MagduCiné

Alors que la MGM s’apprête à nous gratifier d’un remake des 7 Mercenaires, pas moins de 55 ans après le classique de John Sturges, la rédaction du MagduCiné s’est penchée sur les films qui l’ont le plus marquée parmi ce genre si typiquement américain qu’est le western.

Après un sondage entre les membres de la rédaction, il est apparu que cinq films sont ressortis. Et même si la version d’origine des 7 Mercenaires n’y apparaît pas (à quelques voix près, puisque, pour ne rien vous cacher, il n’est arrivé « que » huitième), gageons que la version qu’Antoine Fuqua se propose de nous offrir marquera les esprits, et lancera une nouvelle vague de modernisation de ces grands classiques du 7ème art que les jeunes générations semblent considérer comme désuets.

Le top 5 des westerns américains selon la rédaction : 

1/ Il était une fois dans l’Ouest (Sergio Leone, 1969) : Sergio Leone a peu de films à son actif – mais quels films ! Après s’être essayé au péplum, Leone trouve sa voie avec Pour une poignée de dollars en inaugurant de même le western spaghetti, parodie du genre américain. Mais Il était une fois dans l’Ouest dépasse la trilogie de l’homme sans nom, puisque ce n’est plus simplement une réappropriation des codes, mais bien un vrai film américain. L’exemple le plus parlant est sans doute le rôle d’Henry Fonda, qui traditionnellement incarne l’Amérique honnête et juste. Ici, Leone en fait un tueur froid et détestable. Pour l’anecdote, Leone tenait à ce que Fonda garde ses yeux bleus caractéristiques, histoire de traumatiser un peu plus l’audience. Les scènes plus que cultes (l’ouverture sans dialogues) et les acteurs géniaux (Charles Bronson, Henry Fonda, Jason Robards et Claudia Cardinale) sont accompagnées de la musique du maître Ennio Morricone, mélange d’harmonica et de guitare électrique. Splendide.

2/ La prisonnière du désert (John Ford, 1956) : Filmé dans la dernière période de la longue carrière de John Ford, pendant laquelle le cinéaste est à l’apogée de son art, la Prisonnière du désert raconte la traque menée par Ethan Edwards (John Wayne) pour retrouver sa nièce Debbie enlevée par des indiens Comanches. Le film participe majestueusement à l’œuvre du cinéaste et au patrimoine cinématographique de son pays. Visuellement, les couleurs et l’immensité de Monument Valley (même si le film est censé se tenir au Texas) contribuent à définir la place de l’homme américain dans l’espace, une place insignifiante tout compte fait, malgré sa conquête de l’Ouest. Et au niveau du discours, le film est une superbe réflexion sur la violence et le racisme, sur la question indienne et les ravages de la guerre. En somme, un excellent western qui transcende et sublime le genre au-delà des stéréotypes habituels des bons blancs et méchants indiens qui l’ont inondé, et au-delà de tous les schémas manichéens qui lui sont rattachés.

3/ Dead Man (Jim Jarmusch, 1996) : Le western est par nature un genre très codifié et il fallait bien un cinéaste comme Jim Jarmush pour en offrir un des plus originaux et ésotériques qui ait pu exister. Véritable odyssée de la mort, l’oeuvre est une réflexion fascinante sur la fin de vie qui prend place au milieu d’une errance poétique au sein de l’Ouest sauvage. D’un onirisme fantasmagorique, le parcours du héros semble être un chemin de croix au sein d’un purgatoire imprévisible et brut qui est accompagné par la mise en scène somptueuse du cinéaste. Sa photographie contrastée enrobe le film d’un voile funeste et apaisant qui se retrouve magnifié par le brillant score de Neil Young, qui participe beaucoup à l’aspect entêtant de l’oeuvre. Difficile à décrire mais indispensable à vivre, Dead Man est un conte spirituel et philosophique qui se doit d’être vu et écouté car il n’a jamais eu son pareil. Un western passionnant et une oeuvre d’art comme on en voit peu, un véritable petit bijou.

4/ Django Unchained (Quentin Tarantino, 2012) :  Avec une œuvre égrenant inlassablement les genres matriciels du cinéma (le film noir, la blaxploitation, le film de guerre ou encore le Chanbara), voir QT tomber dans les travers du western, qui plus est spaghetti, semblait être une évidence. Surprise, voilà qu’en plus de rameuter devant l’écran la figure du cow-boy et son gout pour l’hémoglobine, le natif du Tennessee y joint un regard acerbe sur ce sujet toujours sensible qu’est l’esclavage en posant son récit en plein milieu de la ségrégation raciale qui suivit la fin de la Guerre de Sécession. Résultat, pas question de voir un blanc emballer les cœurs, mais un afro-américain, rendu iconique par une mise en scène soignée, particulièrement revanchard et ayant une dent contre un affreux propriétaire terrien. Sanglant, référentiel, et totalement délirant, Django Unchained est un hommage au genre tout entier, en plus d’être une madeleine de Proust pour quiconque aime Sergio Leone.

5/ La horde sauvage (Sam Peckinpah, 1969) : Réunissant quelques-uns des acteurs les plus populaires de l’époque (Warren Oates, William Holden, Ernest Borgnine…), Sam Peckinpah signe un film qui expérimente des effets de mise en scène révolutionnaires, tels que les ralentis et les angles multiples, qui ont fait entrer ses scènes de fusillades dans la légende. Au-delà de ses innovations techniques, La Horde Sauvage est également une analyse politique d’une rare virulence teintée d’un certain nihilisme. Grâce à sa représentation très brute de la violence et à la caractérisation terriblement cynique donnée à ses personnages, Peckinpah parvient à balayer d’un revers de manche toute la mythologie romantique que ses prédécesseurs avaient donnée au genre. Sa vision est plus proche de celle des réalisateurs italiens, mais est surtout symptomatique du renouveau du cinéma de genre propre à l’époque du Nouvel Hollywood, et qui en l’occurrence sera la matrice de ce qui allait se faire appeler le western crépusculaire.

Ils auraient pu y être : Les huit salopards (Quentin Tarantino, 2015), L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik, 2007), Impitoyable (Clint Eastwood, 1992), Pale Rider (Clint Eastwood, 1985), Les 7 mercenaires (John Sturges, 1960)…

Blair Witch, un film de Adam Wingard : Critique

Le Projet Blair Witch avait engendré un buzz sans précédent l’année de sa sortie, en 1999. Véritable coup de génie en terme de communication qui à réussi à se présenter comme de véritables images retrouvées que comme une œuvre de fiction.

Synopsis : Après avoir visionné les bandes retrouvées dans la forêt de Blair, le frère de Heather Donahue décide de partir à sa recherche avec quelque amis afin de la retrouver. Une fois la nuit tombée, ils vont rapidement découvrir que la légende de Blair Witch n’est pas qu’une légende et qu’elle est encore pire.

Chemin balisé

Les acteurs jouant alors leurs propres rôles et tout semblait indiquer que tout leur était réellement arrivé. Même si la supercherie n’a pas tenu, elle a eu suffisamment d’importance pour devenir culte et démocratiser le genre du « found footage » qui maintenant est même utilisé à tort et à travers, tombant dans la médiocrité. Le film en lui-même n’était pas particulièrement réussi mais il avait un sens de la suggestion et du hors champ assez admirable, faisant de lui une expérience encore intéressante aujourd’hui. Adam Wingard, le réalisateur de ce nouveau film, a compris que si il voulait faire une suite qui ait l’aura de son aîné, il devait créer le buzz. Montant son projet sous le nom de The Woods, il le présente ainsi la première fois à un public sous ce nom pour ce qui s’est avéré très vite être la suite directe -laissant de côté la suite illégitime et ratée du nom de Blair Witch 2 : Le Livre des ombres– du Projet Blair Witch. Le buzz a eu son petit effet mais il faisait office de « one shot » car une fois passé la surprise pour cette poignée de spectateur, le reste du monde découvre ce film en connaissance de cause, ce qui lui enlève de son aura si particulière.

Surtout qu’au final, ce Blair Witch n’a pas grand chose de plus à offrir que son aîné. Même si il se montre plus fidèle et intéressant dans sa vision de l’oeuvre originale que sa suite illégitime, il reste beaucoup trop calqué sur son modèle. Le scénario est dans les grandes lignes absolument identique, au point qu’on est plus face à un remake qu’une suite malgré le fait que l’intrigue se déroule plusieurs années après le premier film. Il s’agit de suivre les traces de ce qui a déjà été fait et de tomber dans les mêmes erreurs avec pour seule nouveauté l’évolution technologique qui permet de dynamiser les procédés de mise en scène. Si vous espérez des révélations sur le précédent opus, des éclaircissements sur la sorcière ou qu’encore plus de mystères s’ajoutent au mythe, vous pouvez passer votre chemin. Même si on s’amuse ici à nous dévoiler un peu du physique de la sorcière pour satisfaire une certaine soif de curiosité cela tranche avec le côté suggestion de son prédécesseur et tombe dans des artifices plus grossiers et vulgaires. Le design de cette créature est en plus assez commun et décevant, tandis que le film s’embourbe dans une succession de surenchères sonores et visuelles: les personnages qui sautent sur la caméra sans raisons apparentes, qui hurlent dans les micros etc. Tout cela devient assez vite redondant car c’est majoritairement ce qui sert de mécanique de peur, le film n’instaurant que très rarement une ambiance pour créer l’angoisse. Mais il est difficile de créer de l’angoisse et des enjeux lorsque les personnages sont idiots et clairement là pour faire office de chair à canon, le procédé est d’ailleurs le même jusqu’à la fin: un personnage se sépare du groupe, il meurt et ensuite on passe à un autre.

Même si le constat est globalement négatif jusqu’ici, tout n’est clairement pas à jeter. Certains personnages arrivent à sortir du lot, comme les deux guides qui accompagnent le groupe d’amis. Malgré qu’ils soient sous-exploités, ils donnent une nouvelle dimension au mythe et emmènent le récit à un endroit assez inattendu lors du climax. Il y a quand même une envie d’apporter d’autres pistes de lecture qui ne sont pas inintéressantes, et laisser ses deux personnages en retrait permet au final de vraiment créer un sentiment de mystère. De plus, Adam Wingard apporte beaucoup d’idées de mise en scène assez sympathiques, faisant du film une expérience visuelle avant tout. Il utilise tous les procédés technologiques qu’il a à sa disposition pour transcender son récit, n’hésitant pas à s’affranchir du point de vue d’un seul personnage ou encore de jouer habilement avec la verticalité avec quelques plans en drone, faisant de la forêt un terrain de chasse encore plus vaste. Il est dommage par contre qu’il doive souvent survoler certaines de ces idées intéressantes, le film étant assez court et ayant à sa disposition beaucoup d’outils à explorer, il va très vite passer sur autre chose sans jamais prendre le temps de s’arrêter sur une situation. C’est quelque chose qui se remarquera surtout dans le climax, qui est assez formidable d’ingéniosité et de tension mais qui passe en revu beaucoup trop de procédés en un laps de temps bien trop court. Notamment la dernière idée brillante du film, qui se voit être expédiée en quelques secondes. Lors de ces dernières minutes, Wingard arrive vraiment à poser une atmosphère lourde et malsaine qui trouve son intensité dans une scène sidérante dans des cavités souterraines qui explore à merveille la peur d’être enterré vivant et la claustrophobie.

Blair Witch n’est donc pas le film qui va ravir les fans du premier opus car il n’est clairement pas à la hauteur de son héritage mais il n’est pas le long métrage qui va lui faire honte. Même si il se montre plus vulgaire dans sa surenchère horrifique et qu’il n’apporte rien en terme de scénario, il faut lui reconnaître d’être une expérience visuelle souvent bluffante qui, pour ça, vaut le détour. Il tombe dans les clichés des personnages idiots mais peu compter sur un casting convaincant pour faire croire à l’entreprise tandis qu’Adam Wingard, qui avait déjà fait sensation avec You’re Next en 2013, s’impose comme un metteur en scène ingénieux qui arrive par moments à totalement surpasser le précédent film sur la forme. Blair Witch risque de décevoir les amateurs du premier long métrage, mais il saura trouver son public parmi les fans de sensations fortes, car même si le film est juste moyen, l’expérience n’est pas désagréable pour autant surtout qu’elle s’impose comme la meilleure variation du found foutage de ses dernières années.

Blair Witch : Bande-annonce

Blair Witch : Fiche technique

Réalisation : Adam Wingard
Scénario : Simon Barrett
Interprétation: James Allen McCune  (James Donahue), Valorie Curry (Talia), Callie Hernandez (Lisa), Brandon Scott (Peter), Wes Robinson (Lane) et Corbin Reid (Ashley)
Image : Bobby Baumgartner
Montage: Louis Cioffi
Musique: Adam Wingard
Costumes : Katia Stano
Producteur : Keith Calder, Roy Lee, Steven Schneider et Jessica Wu
Société de production : Lionsgate Pictures
Durée : 89 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 21 septembre 2016

Etats-Unis – 2016

FEFFS 2016 : Invisibilité, Interactivité et Interconnectivité

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Pas de films en compétition internationale pour le FEFFS cette fois-ci, mais des séances spéciales et un crossover difficile à définir.

Une petite pause dans la compétition internationale pour ce quatrième jour du FEFFS, mais le programme reste tout de même alléchant avec un classique du film de monstres, Richard Bates Jr qui revient avec un nouveau film quatre ans après le prix obtenu pour Excision, des séances spéciales mettant en avant la technologie et le très attendu nouveau film de Rob Zombie pour clôturer la soirée.

[Rétrospective Hollywood Monsters] L’homme invisible

Réalisé par James Whale (USA, 1933) Date de sortie 13 novembre 1933

Synopsis : Jack Griffin est un scientifique qui a mis au point un sérum afin de devenir invisible. Très vite son comportement se modifie lorsqu’il réalise l’étendue de son pouvoir.

Figure de proue des films fantastiques développés par Universal au cours des années 1930, James Whale nous offre ici une adaptation du roman éponyme de H.G Wells. 2 ans après le classique Frankenstein, le voilà à nouveau au commande d’un film de monstres où le point de départ est un scientifique voulant jouer à Dieu. Le film suit donc le personnage de Jack Griffin, scientifique ayant découvert un sérum rendant invisible. Malheureusement ce pouvoir va très vite lui monter à la tête et va pousser le docteur Griffin à répandre le chaos en Angleterre.

Bien plus efficace qu’un Frankenstein, l’Homme invisible nous offre des effets spéciaux incroyablement moderne pour l’époque. Les séquences de vêtements flottant dans les airs ou les personnages se faisant maltraiter par une entité invisible sont encore aujourd’hui très convaincante. Le personnage campé par Claude Rains est lui aussi très réussi, et représente vraiment une face sombre de l’homme. En offrant un pouvoir quasi-illimité au personnage, il n’est pas étonnant de le voir tomber dans les travers de l’âme humaine. Proposant toujours cette réflexion sur le pouvoir de l’homme, le film est également un très bon divertissement faisant à la fois frissonner et rire. Un classique en somme.

[Compétitions crossovers] Trash Fire

Réalisé par Richard Bates Jr (USA, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Owen est un jeune homme cynique possédant certains troubles psychologiques, la faute à un incendie ayant tué ses parents et brûlé à 80% sa petite soeur. Poussé par sa petite amie Isabelle, Owen reconnecter avec sa famille dysfonctionnelle  et essayer de se faire pardonner.

Lauréat du prix du Jury en 2012 pour Excision, Richard Bates Jr nous présente ici son troisième film, déjà vu au festivals de Neuchâtel, Sundance ou très récemment à l‘Etrange festival. Trash Fire est un film  particulier, démarrant comme une sorte de comédie dramatique mettant en scène un couple ayant beaucoup de problèmes notamment à cause d’Owen et son cynisme substantiel. Le film se veut donc à la fois drôle, tout en offrant une vision assez pessimiste du couple.

Trash Fire va cependant basculer une fois que Owen et Isabelle se rendent chez la grand-mère de celui-ci. Fervente pratiquant du christianisme, la grand-mère n’a pas sa langue dans sa poche et possède avec elle un certain bagages de préjugés. Devenant de plus en plus noir dans son humour, le film va également développer un côté fantastique. La grand-mère se voit en effet comme un héraut de Dieu venu nettoyer le péché du monde. Trash Fire va devenir alors un petit récital de scène décomplexées tout en restant convaincantes pour finir avec un très bon bouquet final. Difficile à définir, Trash Fire se voit parfaitement affublé de son statut de crossovers.

[Séance spéciale] Late Shift

Réalisé par Tobias Weber ( Suisse, UK 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Matt, jeune employé de parking se retrouve malgré lui embarqué dans le vol d’un bol de porcelaine chinois à la valeur incommensurable. Le vol tourne mal, et c’est au spectateur de définir la direction de l’histoire grâce à l’application CtrlMovie.

Séance très attendue par les festivaliers, et pour cause Late Shift est un film interactif. Grâce à l’application CtrlMovie, vous pouvez en effet décider de la direction de l’histoire. Au cours du film, des propositions vont s’afficher sur l’écran et sur le téléphone, le spectateur aura alors 5 secondes pour faire un choix entre les différentes possibilités et cela aura une influence sur l’histoire (de façon direct ou même plus tard dans le récit).

Late Shift est un véritable film d’ambiance. Si l’histoire est, elle, ultra-basique, c’est véritablement cette sensation de contrôler l’histoire qui va rendre la séance très plaisante. Malheureusement notre salle a fait beaucoup de mauvais choix (cherchant très souvent la bagarre ou ne faisant pas confiance aux autres personnages), et on s’est retrouvé avec la version la plus courte du film. A peine plus d’une heure. Le producteur du film était présent et nous a donné certaines informations comme le développement du film qui sera certainement exploité en salle, et est d’ores et déjà disponible sur Apple TV. Il nous a aussi confié que le film possède près de 7 fins différentes, et qu’il y a un total de scènes filmés s’élevant à 4h30. Croisement entre film et jeu vidéo, Late Shift est une expérience très amusante.

[Séance spéciale] Lo and Behold : Reveries of the connectecd World

Réalisé par Werner Herzog (USA, 2015) Date de sortie inconnue

Synopsis : Werner Herzog nous emmène en voyage dans le monde d’Internet. De sa genèse à son extinction, le documentaire mélange faits et hypothèses sur l’avenir de l’une des plus grandes inventions de l’Homme.

Célèbre réalisateur, Werner Herzog a fait ses preuves dans le domaine de la fiction et dans celui du documentaire. Et c’est dans ce dernier qu’on le retrouve cette année au FEFFS. Lo and Behold met en avant les talents de conteur de Herzog pour nous offrir une histoire de l’internet en 10 chapitres. Allant de sa création, à ce qu’il adviendra dans le futur, tout en parlant de ses dangers, de l’intelligence artificielle ou des hackers, Herzog nous offre un document au panorama très complet bien qu’inégal.

Bénéficiant de nombreux intervenants ayant plus ou moins de pertinences (la séquence de la famille endeuillée était par exemple assez fausse), le film prend un aspect science-fiction vers la fin. Comme dans The Visit l’an dernier qui mettait l’Homme face à une hypothétique rencontre extraterrestre, Herzog va ici essayer de nous offrir des scénarios sur l’évolution de l’internet dans le futur, en mêlant astrophysique et développement de la robotique. Le point fort du film se révèle être également son point faible, et cette volonté de dresser un portrait complet rend certaines séquences trop superficielles.

[Midnight Movies] 31

Réalisé par Rob Zombie (USA,2016) Date de sortie inconnue

Synopsis : Cinq artistes itinérants se retrouvent capturés par une bande d’aristocrates sadiques leur proposant un petit jeu pour Halloween. Pendant 12 heures, les cinq personnages vont devoir survivre dans une usine désaffectée aux attaques de clowns psychopathes.

Rob Zombie s’est fait une certaine réputation dans le milieu de l’horreur. La rockstar retrouve d’ailleurs ici ses premiers amours datant de La Maison des 1000 morts avec ces personnages « rednecks » perdus dans la cambrousse américaine. Avec un point de départ possédant un certain potentiel bien que peu original, Rob Zombie va malheureusement nous offrir un film très paresseux que ça soit dans son développement ou dans le gore.

En effet, 31 s’avère être très redondant. Pendant 12 heures les cinq personnages vont subir les assauts de divers clowns psychopathes aux designs grotesques. Une fois qu’un ennemi est battu, un autre prend sa place et ainsi de suite. L’histoire tourne très vite en rond. Si le film était fun à côté de ça, on aurait pu passer à coté de ce défaut. Malheureusement sur ce point, Zombie n’est pas très généreux avec le spectateur. L’humour tombe très souvent à plat, le gore se fait souvent hors-champ et les scènes d’actions sont filmées de manière à suivre tous les mouvements des personnages, ce qui les rends absolument illisibles. On passera aussi sur ce gaspillage de Malcolm McDowell qui se contente d’émettre des paris sur le taux de survie des protagonistes. 31 est un ratage complet et la salle avait l’air d’être d’accord, tellement l’ambiance était morte pour une salle pourtant complète.

Where to Invade Next, un film de Michael Moore : Critique

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Un nouveau Michael Moore est toujours sujet à controverse. Alors que certains sont partisans de ses dénonciations et de la manière dont elles sont illustrées, d’autres trouvent les agissements du réalisateur critiquables, voire inappropriés. En cela, l’œuvre de Michael Moore atteint donc son but qu’est celui de fonder le débat, afin que chacun puisse donner son opinion, qu’il soit approbateur, ou non.

Synopsis : Michael Moore décide de s’amuser à envahir le monde pour déterminer ce que les États-Unis peuvent apprendre des autres pays.

Leçons de vie pour les États-Unis

Avec Where to Invade Next, le cinéaste s’est modéré, et nous offre ses différentes opinions avec plus de recul. Michael Moore a abandonné la dimension « choc » que pouvaient avoir certains de ses longs-métrages (qu’on se rassure, il n’hésite tout de même pas à illustrer certains de ses propos par des vidéos dont on se passerait).
Ce nouveau documentaire repose sur un concept simple, mais efficace : quelles idées, quelles pratiques, quels choix moraux faudrait-il importer des autres pays aux États-Unis ? A la manière d’un road-trip, Michael Moore se promène en Europe, de la Slovaquie à l’Italie en passant pas la France. Il ira également plus au nord, en Islande, mais également plus au sud, en Tunisie. De Where to Invade Next émanent une pédagogie et des leçons de vie destinées au spectateur, qui sera surpris de bon nombre de réalités en vigueur dans d’autres pays. Malgré le côté trop positif de chaque région, car le réalisateur ne parle que positivement des pays qu’il visite, sans souligner l’envers du décor, on prend du plaisir à parcourir les différents pays accompagné du réalisateur. La séquence introductive, qui prend place en Italie, peut toutefois rebuter et laisser présager le pire pour le reste du film, tant les propos paraissent trop mis sur un piédestal, sans recul et sans aucun point de vue critique. Des faits sont contés, mais aucune nuance n’est jamais faite, ce qui peut jouer en la défaveur du réalisateur américain. Mais, fort heureusement, ce n’est pas le cas de chaque pays présenté, et si ce n’est pas Michael Moore qui amène l’aspect critique, le spectateur arrivera à l’envisager grâce à ses connaissances et à des comparaisons qu’il pourra établir entre son pays d’origine et un pays étranger.

La forme de Where to Invade Next est rudimentaire, parfois trop enfantine, mais effective afin que le film soit compris de chacun. Entre deux rencontres avec des entrepreneurs, des policiers ou encore de purs citoyens (parents ou enfants), ou encore un président de la République, Michael Moore introduit de nombreuses images d’archives, qu’elles soient historiques ou d’actualité. Les prisons, la sécurité sociale ou encore la gastronomie américaine y passent. Le cinéaste américain porte un regard très critique sur son pays, toutefois, on perçoit l’amour qu’il lui porte. Le drapeau américain qu’il plante de droite à gauche en est la preuve, la fierté avec laquelle il le fait aussi. Dans ses critiques acerbes se fonde une compassion et un espoir qu’un jour, la condition humaine états-unienne sera rectifiée et bonifiée. Car au final, les USA on les critiques, mais on les aime bien, quand même!
Mais si Where to Invade Next est aussi agréable, c’est parce qu’à son propos, Moore mèle humour et autodérision. On s’étonne, on s’interroge mais on rit également. Les airs de gros nounours du bonhomme, ses approches aux autres, sa manière de formuler ce qu’il pense, qu’on pourrait qualifier de « cash », ainsi que ses découvertes, accompagnées de grimaces et d’expressions faciales singulières divertissent le spectateur et nous font passer un très bon moment. La légèreté de certains sujets y contribue également.
S’il fallait souligner un gros bémol, on distinguera les dernières séquences qui se détachent du reste de l’oeuvre. Avec son vieil ami, le discours de Michael Moore s’emplit d’un pathos et d’une bêtise qui discréditent tous les sermons précédemment tenus.

Avec Where to Invade Next, des prises de conscience peuvent être effectuées, des comparaisons opérées, et on remarquera sans difficulté que Michael Moore s’assagit avec l’âge. S’il n’est pas indispensable, son documentaire s’avère captivant et fructueux.

Where to Invade Next : Bande-annonce

Where to Invade Next : Fiche technique

Réalisateur : Michael Moore
Scénario : Michael Moore
Photographie : Rick Rowley, Jayme Roy
Montage : Pablo Proenza, Todd Woody Richman, Tyler H. Walk
Musique : Heather Kreamer
Producteurs : Carl Deal, Tia Lessin, Michael Moore
Sociétés de production : Dog Eat Dog Productions, IMG
Distribution (France) : Chrysalis Films
Durée : 120 minutes
Genre : Documentaire
Date de sortie : 14 septembre 2016

États-Unis – 2016

La Taularde, un film d’Audrey Estrougo : critique

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D’emblée, les premières minutes de La Taularde donnent le ton. L’image est froide, l’atmosphère suffocante. On y voit Sophie Marceau au fond du cadre, exécutant les ordres de la chef pénitentiaire, postée au premier plan, lors de la visite de contrôle avant son entrée en cellule. Se mettant entièrement nue, se penchant en avant, toussotant, c’est profondément mal à l’aise que l’héroïne traverse cette première épreuve humiliante, début d’un long parcours du combattant dans un univers des plus impitoyables : la prison pour femme. Et le regard porté par la réalisatrice Audrey Estrougo sur le milieu carcéral féminin prendra la forme d’une plongée ultra réaliste.

Un Prophète 100% féminin

Cette vision du drame était déjà la forme que prenait le précédent long métrage de la réalisatrice, Une Histoire Banale, qui racontait le calvaire d’une femme à se remettre de son viol. Complètement déboussolée par cet acte, ne sachant comment réagir ni que faire, elle basculera dans l’automutilation morale et changera complètement son rapport vis-à-vis des hommes et de sa sexualité. Formidablement interprété par Marie Denarnaud (qui joue également dans La Taularde), le film, malgré un discours un brin rédhibitoire, ne sombrait pas dans la caricature et proposait un climat anxiogène entièrement tourné vers la psychologie du personnage et la difficulté de sa reconstruction.  Pour La Taularde, le schéma narratif est certes différent, de par la nature de son propos (drame psychologique pour l’un, drame carcéral pour l’autre), mais possède une structure identique. D’une part, un climat des plus austères et froids, où le spectateur est souvent mis mal à l’aise par l’authenticité des décors (le film a été tourné dans une prison désaffectée à Rennes) et le réalisme des mises en situations. A l’instar d’Un prophète de Jacques Audiard, la notion d’enfermement est très bien représentée à l’écran, grâce à une caméra fixe, filmant au plus près les actrices, et une tension entre les personnages (quel que soit leur rôle, prisonnière ou surveillante) montant crescendo jusqu’à un final des plus dramatiques. Cette violence est d’ailleurs très bien gérée par la réalisatrice, n’en montrant décemment pas trop (au risque de tomber dans le sensationnel) mais plutôt en la suggérant. Il n’est pas anodin que la scène la plus violente du film est simplement suggérée (à l’image de la scène du viol dans Une Histoire Banale), le drame étant uniquement palpable dans les yeux de Sophie Marceau.

Celle-ci constitue d’ailleurs la deuxième caractéristique du style de réalisation d’Audrey Estrougo : un personnage principal féminin embrassant l’écran, dépassé par sa situation mais cherchant à avancer, interprété avec brio par son actrice. Sophie Marceau crève en effet l’écran : le personnage est suffisamment riche pour qu’elle laisse libre cours à une palette de jeu diversifiée. Déterminée mais psychologiquement faible face à l’agressivité de certaines codétenues, elle arrivera cependant à s’affirmer face à ces mauvais coups, quitte à devenir non pas une véritable leader vis-à-vis de ses camarades (ce que peut laisser supposer un scénario de cette trempe) mais au moins à offrir une réponse équivalente aux coups qu’elle reçoit. Sophie Marceau n’est cependant pas seule : elle est accompagnée d’une galerie d’actrices quasiment toutes impeccables, dont la composition est souvent marquée par la justesse. On retiendra notamment Marie Sohna Condé dans le rôle de la chef pénitentiaire, brillante par sa sobriété dans la fermeté de ses propos et son attitude douce-amère, ainsi que Suzanne Clément (la voisine dans Mommy de Xavier Dolan), sympathique codétenue prenant sur elle, et Marie Denarnaud, nouvelle surveillante dans ce système dont elle ne maîtrise pas tous les codes. Eye Haidara, Alice Belaïdi et Nailia Harzoune surprennent quant à leur violence sous-jacente, prête à exploser à tout moment. D’autres personnages sont également à notifier, forts d’une personnalité et d’un passé dont on aimerait en savoir davantage. Malheureusement, nous touchons ici au principal problème de la Taularde.

Dans sa générosité à dépeindre l’enfer en multipliant les personnages secondaires, certains sont extrêmement survolés alors que leur profil développé initialement incitait le spectateur à en savoir davantage. Ce constat concerne principalement deux personnages. Tout d’abord, celui de la surveillante que les prisonnières surnomment Robocop (à cause de sa fermeté avec celles-ci) dont les origines maghrébines semblables à certaines des détenues auraient pu donner lieu à une problématique intéressante sur le racisme. Ensuite, le personnage d’Anne le Ny, grand perdant de cette prise de position : sa description reste relativement floue (présentée au début comme une aide sincère de Sophie Marceau, puis une véritable opportuniste et enfin assimilée à une criminelle) alors qu’un réel développement aurait permis au spectateur de l’identifier clairement. D’autres personnages sont enfin totalement anecdotiques, notamment du côté des hommes. Ils sont ici au nombre de deux, réduits à l’état d’éducateur sportif, ou d’aides à l’extérieur (le fils de Sophie Marceau), donnant lieu à des scènes involontairement comiques (séquence de la balle au prisonnier, ou encore la passation du téléphone portable lors de la scène du parloir de manière très … confidentielle).

Malgré ce principal défaut de vouloir trop en présenter et ne pas en développer assez, La Taularde reste une bonne surprise dans le paysage cinématographique français actuel. Se rapprochant davantage du réalisme d’un Prophète ou des Poings contre les murs que d’un Orange is the New Black, le film constitue une plongée suffocante dans un univers finalement peu représenté à l’écran, porté par une Sophie Marceau à fleur de peau. Enfin, dans un souci d’éviter tout manichéisme, la réalisatrice nous démontre que les deux catégories de personnages souffrent de ce système, autant les prisonnières que les surveillantes. « Tu veux savoir la différence entre toi et moi Leroy ? », s’exclame une pénitentiaire. « C’est que quand tu seras partie dans dix ans, moi je serai toujours là. »

Synopsis : Pour sauver l’homme qu’elle aime de la prison, Mathilde prend sa place en lui permettant de s’évader. Alors que sa survie en milieu carcéral ne dépend que de lui, Mathilde n’en reçoit plus aucune nouvelle. Isolée, soutenue uniquement par son fils, elle répond désormais au numéro d’écrou 383205-B. Mathilde deviendra-t-elle une taularde comme une autre ?

La Taularde : Bande-annonce

La Taularde : Fiche technique

Réalisation : Audrey Estrougo
Scénario : Audrey Estrougo, Agnès Caffin
Interprétation : Sophie Marceau (Mathilde Leroy), Suzanne Clément (Anita Lopes), Anne Le Ny (Marthe Brunet), Eye Haidara (Nato Kanté), Julie Gayet (Maître Nadège Rutter), Alice Belaïdi (Samira Belhadj), Marie Denarnaud (Léa), Carole Franck (Babette)…
Photographie : Guillaume Schiffman
Montage : Céline Cloarec
Son : Frederic de Ravignan
Producteurs : Sylvain Goldberg, Serge de Poucques, Julie Gayet, Nadia Turincev, Clément Calvet, Jérémie Fajner
Sociétés de production : Rouge International, Nexus Factory, Superprod, Orange Studio, France 2 Cinéma, Cinéfrance, UMedia, Guerrar and Co
Distribution (France) : Rezo Films
Durée : 100 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 14 septembre 2016

Interdit aux moins de 12 ans
France – 2016

FEFFS 2016 : Du oldschool et des zombies animés

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Le FEFFS se poursuit avec un retour sur certains tueurs emblématiques du cinéma, un film d’animation et certainement le pire midnight movie ever.

Troisième jour du FEFFS, l’occasion d’accueillir le président du jury, monsieur William Lustig pour une masterclass très riche en informations (dont la retranscription complète se fera après le festival) et une projection de son film culte Maniac. C’était également l’occasion de voir ou revoir Al Pacino dans le milieu gay SM, d’assister à un film d’animation coréen en compétition internationale et au grand retour de Ruggero Deodato (Cannibal Holocaust) pour la séance de minuit.

[Triple programme William Lustig] Maniac

Réalisé par William Lustig (USA, 1980). Date de sortie : 14 novembre 1980

Synopsis : Frank Zito est un psychopathe qui a la manie de scalper ses victimes féminines afin d’essayer de recréer un cocon matriarcal.

Président du jury de cette 9ème édition du FEFFS, William Lustig est un réalisateur américain ayant majoritairement opéré dans les années 80 et proposant un cinéma outrancier très inspiré des films d’exploitation italiens. Sorti en 1980, Maniac est certainement son film le plus emblématique. Plus précisément, il est l’œuvre de deux hommes : William Lustig bien évidemment mais également Joe Spinell le scénariste et surtout l’homme qui prête ses traits à Frank Zito. Par son approche originale du point de vue subjectif et l’époque à laquelle est sortie le film, Maniac est une oeuvre profondément subversive. Point d’enquête ici, mais une immersion totale dans la vie de Frank Zito, psychopathe maniaque au complexe d’œdipe.

Pendant près d’1h30, le spectateur va donc suivre Zito dans ses virées nocturnes meurtrières en quête de jeunes femmes qu’il scalpera afin de recréer un cocon maternel au sein de son appartement. La mise en scène singulière de William Lustig est très prenante, notamment par un réalisme à tout épreuve et à la brutalité saisissante. L’un des gros points positifs du film est son interprète principal. Spinell est complètement habité par le rôle et possède un de ces visages de cinéma (à la manière d’un Peter Lorre) qu’il est difficile d’oublier. Malsain à souhait, Maniac est une oeuvre choc qui aura subi de nombreuses censures en son temps. S’il a subi un coup de vieux aujourd’hui, Maniac reste un film phare du genre et trouve pleinement sa place dans la rétrospective du festival consacré aux meurtriers les plus célèbres du Septième Art.

[Rétrospective M for Murder] Cruising

Réalisé par William Friedkin (USA, 1980). Date de sortie : 15 février 1980

Synopsis : Une série de meurtre secoue le milieu gay underground de New York. Un jeune officier au physique proche des victimes se voit donc envoyé dans une mission sous couverture afin de mettre la main sur le meurtrier.

Après des chefs d’œuvres tels que French Connection ou Sorcerer, la réputation de cinéaste de William Friedkin n’est plus à faire. S’inspirant à la fois d’une série de meurtres ayant eu lieu à la fin des années 70 et d’un livre écrit par Gerard Walker, Cruising : La Chasse est peut-être le film le plus choc de son auteur. Nous propulsant dans le milieu gay S-M hardcore encore peu connu à cette époque, Friedkin nous offre un polar oppressant à l’atmosphère très lourde. A l’instar de Maniac, le film fait preuve d’une brutalité assez exacerbée comme en témoigne la première séquence de meurtre ravageuse.

Au milieu de tout cela, on retrouve donc un jeune Al Pacino ( à la coiffure lui donnant des airs de John Turturro) qui se voit proposer une mission sous couverture. Les séquences de découverte des divers lieux de rencontre dégagent une sensation mêlant à la fois le malaise et la fascination, remarquablement maîtrisées par Friedkin. Au fur et à mesure qu’il découvre ce milieu étranger, la métamorphose de Al Pacino est saisissante. On doutera cependant de la pertinence de certaines séquences avec Karen Allen. Cruising est encore une fois une oeuvre subversive qui aura causé un certain remous notamment dans les communautés gay en raison de l’image qu’elle renvoie. Tout comme le film précédent, Cruising est le véritable témoin d’une époque où le cinéma américain pouvait proposer des oeuvres à la fois chocs et intéressantes avec des possibilités quasi-illimitées.

[Compétition Internationale]  Seoul Station

Réalisé par Yeon Sang-ho ( Corée du Sud, 2016). Date de sortie inconnue.

Synopsis : Un sans-abri victime d’une morsure se retrouve transformé en zombie. Ce qui s’ensuit est une véritable épidémie transformant notamment les plus défavorisés. Le film suit une jeune fugueuse qui essaie de retrouver son petit ami et son père au milieu de la panique.

Cet été, même si le rédacteur ne l’avait pas aussi apprécié que la grande majorité du public, Dernier train pour Busan avait offert un véritable bol d’air frais au film de zombies avec un concept de huis-clos prenant et un message social intéressant. Seoul Station réalisé par le même réalisateur, Yeon Sang-ho constitue une sorte de prequel sous forme de film d’animation (genre pour lequel le cinéaste est reconnu, Dernier train pour Busan étant son premier film live). On se retrouve une nouvelle fois avec une épidémie de zombies, qui secoue cette fois-ci la ville de Séoul, et toujours cette volonté de critiquer la société coréenne.

Sauf que là où Dernier Train pour Busan nous offrait à la fois un film à la dimension sociale pertinente et un divertissement très fun, Seoul Station se ramasse sur toute la ligne. Si l’aspect social est encore plutôt intéressant, même si redondant avec le film précédent, on est loin de retrouver le même plaisir jubilatoire devant cette invasion. Car Seoul Station n’est pas divertissant. L’un des premiers points à remettre en cause est l’animation et notamment celle des personnages dont la première impression nous renvoie aux Sims, les protagonistes faisant constamment de grands gestes tout en parlant. D’autant plus que le personnage féminin est particulièrement horripilant. L’animation pêche aussi beaucoup une fois que le film essaie d’offrir des séquences d’actions. Autre point négatif, un twist risible que le film nous propose vers la fin pour essayer d’accentuer son propos mais ne faisant qu’accentuer la médiocrité du film par son ridicule. Seoul Station est donc très décevant, tirant en longueur et ne bénéficiant pas du capital fun de son grand frère.

[Midnight Movies] Ballad in Blood

Réalisé par Ruggero Deodato ( Italie , 2016). Date de sortie inconnue.

Synopsis : Le lendemain d’un fête d’Halloween, Duke, Jakopo et Lenka découvre le cadavre de leur amie Elizabeth. Problème : personne ne se souvient de rien. À l’aide de vidéos prises par la victime, les trois amis vont essayer de découvrir la vérité.

Présenté en avant-première européenne au FEFFS, le nouveau film du réalisateur de Cannibal Holocaust Ruggero Deodato s’est très vite imposé comme l’une des pires séances du festival. Si l’idée de départ pouvait être alléchante, Deodato nous fait très vite déchanter dès les premières images apparaissant à l’écran. Visuellement digne d’une série pour ado des pays de l’est flirtant avec le film pornographique, Ballad in Blood commence sur de très mauvaises bases. En plus de cet esthétique peu reluisant, Deodato nous propose un casting foncièrement mauvais. Entre un acteur qui a l’air d’être stone pendant la totalité du film et une anglaise ayant un accent tout sauf anglais, l’acting est très gratiné.

Comme pour le film qui a fait sa réputation, le cinéaste va utiliser le found footage pour délier son histoire. Sauf que ces vidéos sont  complètement inutiles et peinent à être pertinentes pour le dénouement de l’intrigue. Il faut dire que l’intrigue part dans tout les sens, et on se retrouve très souvent face à des réactions sans queue ni tête de la part des protagonistes. Des choses qu’ils ne voulaient pas faire deux minutes auparavant, se retrouvent être leur priorité principale. Complètement incohérent et ne proposant absolument rien d’intéressant, définition ultime du néant cinématographique, Ballad in Blood fait partie de ces films dont on se demande comment ils ont pu obtenir un financement. Deodato a réussi à faire encore pire que Cannibal Holocaust.

Palmarès du 18ème Festival de la fiction TV de La Rochelle

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Le 18e Festival de la fiction télé vient de s’achever à La Rochelle. Le jury, présidé cette année par l’actrice Isabelle Carré, vient de rendre son palmarès. Il a attribué le prix du meilleur téléfilm à « Tuer un homme »(Arte France), réalisé par Isabelle Czajka, avec Frédéric Pierrot, Valérie Karsenti, Laurent Poitrenaux. La série « Glacé » (M6) avec Charles Berling et Pascal Greggory a été distingué par le prix de la meilleure série, ainsi que la série de 26 minutes « Les Grands » (OCS).

Meilleur téléfilm

  • Tuer un Homme réalisé par Isabelle Czajka pour (Arte)

Synopsis: un bijoutier (Frédéric Pierrot) qui tire sur un braqueur pour protéger sa femme (Valérie Karsenti). Le braqueur agonise et meurt sous les yeux de leur fille, Romy (Eva Lallier). Comment cette famille va survivre à ce traumatisme ?

Meilleure série

  • Glacé réalisé par (M6)

Synopsis : Au sommets des Pyrénées, le cadavre d’un étalon décapité est découvert, accroché à 2000 mètres d’altitude. Les capitaines Servaz (Charles Berling) et Ziegler (Julia Piaton) se voient confier cette enquête. A quelques kilomètres de là, la jeune psychiatre Diane Berg Berg (Nina Meurisse) commence les séances avec un tueur en série (Pascal Greggory).

Meilleure série de 26 minutes

  • Les Grands (OCS)

Avec trois prix (Meilleure série de 26 minutes, Prix jeune espoir féminin Adami pour Adèle Wisme et le prix des collégiens de Charente-Maritime), la nouvelle série OCS Signature Les Grands est le vrai vainqueur du festival. Tournée dans un lycée de Tours, elle décrit avec tendresse et justesse le quotidien d’une classe de troisième.

Meilleur programme court

  • Vous les femmes (Téva)

La saison 5 de Vous les femmes, programme porté par le duo Olivia Côte et Judith Siboni que les téléspectateurs de Téva connaissent bien, continue de déconstruire les stéréotypes féminins avec son ton décalé.

Meilleure Web-série

  • Tank de Samuel Bodin (Studio +)

Synopsis : (le prix de la Meilleure réalisation, raconte) l’évasion d’un prisonnier qui empreinte accidentellement la voiture d’un gang de trafiquants de cocaïne pour sa fuite…

Meilleur scénario

  • Harcelée

Le téléfilm de France 2 remporte le prix du meilleur scénario pour Nathalie Kuperman, Raphaëlle Roudaut et Virginie Wagon avec Harcelée. Armelle Deutsh est couronnée du prix de la Meilleure interprétation féminine pour son rôle de femme harcelée sexuellement au travail dans le téléfilm, ex aequo avec Barbara Schulz pour Nadia, un autre téléfilm de France 2. Le Prix jeune espoir masculin A ami récompense Alexandre Philip pour son rôle dans Vestiaires, une autre production de France 2.

Meilleure musique

Box 27 est couronné par trois prix, celui de la Meilleure musique pour Fabrice Aboulker, le Prix spécial du jury et la Meilleure interprétation masculine pour Eric Elmosnino. Ce téléfilm créé pour France 2 avec la participation de TV5 Monde raconte comment un père sans emploi élève seul son fils de 10 ans, sans eau ni électricité dans le box n°27 d’un parking.

Meilleure fiction européenne

La série de la ZDF Ku’Damm 5 raconte l’émancipation de la jeunesse à la fin des années 1950 à Berlin à travers le destin de la famille Schöllack, propriétaire d’une école de danse. La série sera diffusée en France en 2017 sur Arte.

Prix spécial du jury pour la fiction européenne

La série en 6 épisodes produite pour la chaîne BBC1, The A Word, décrit la vie d’une famille recomposée et désorganisée qui vient d’apprendre que leur fils est autiste. Une série drôle, crue et audacieuse.

Coup de cœur du jury pour la meilleure fiction européenne

Chewing gum, coup de cœur du jury pour la meilleure fiction européenne, déjà auréolé d’un Bafta et du prix de la meilleure série comique aux Screen Nation Awards, raconte les aventures complètement déjantées de Tracey Gordon, une jeune vierge de 24 ans, obsédée par Beyoncé. « J’ai voulu raconter comment on traverse l’adolescence, mais avec 10 ans de retard », a résumé pour Michaela Coel, le showrunner de la série qui interprète également le personnage principal. On a hâte de découvrir la série en France.

Meilleures interprétations féminines

Barbara Schulz pour Nadia
Armelle Deutsh pour Harcelée

Meilleure interprétation masculine

Eric Elmosnino pour Box 27

Prix spécial du jury

Box 27

Prix jeune espoir féminin Adami

Adèle Wismes pour Les Grands

Prix jeune espoir masculin Adami

Alexandre Philip pour Vestiaires

Meilleure fiction européenne

Ku’damm 56

Prix spécial du jury pour la fiction européenne

The A Word

Coup de coeur du jury pour la fiction européenne

Chewing Gum

Prix des collégiens de la Charente-Maritime

Les Grands

Durant ce festival plus de 60 œuvres ont été projetées à La Rochelle, qui avait cette année la BBC en invitée d’honneur.

Etrange Festival : Trois derniers films et le palmarès

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Et voilà, c’est fini… après 12 jours de pur plaisir cinéphilique, le XXIIème Étrange Festival touche à sa fin. La programmation nous a offert trois derniers films, de quoi finir sur une touche qui rend toujours plus impatient de voir commencer la prochaine édition: 

Déluge, Grave et The Marriage of Reason & Squalor

Mais tout d’abord, le palmarès tant attendu: 

Grand Prix du Court-métrage (remis par l’équipe Canal +) : Klem, un sketch néérlandais qui met un couple dans une situation délicate pour amplifier leurs problèmes de communication.

Prix du public du Court-métrage : Strangers in the Night, une comédie romantique irlandais pas comme les autres puisqu’elle détourne le folkore fantastique local.

Prix Nouveau Genre (remis par l’équipe Canal +) : Pour la première fois, ce prix a été remis à deux films ex-aequo, Headshot et Jeeg Robot, que nous-même, à la rédaction, n’avons pas su départager.

Prix du public : Sans réelle surprise, mais loin d’être injustifié, c’est Poesia sin fin d’Alejandro Jodorowsky qui a remporté l’adhésion massive du public du Festival, dont il est -ça mérite d’être rappelé- le Président d’honneur.

Dans le cadre des films de la tournée « retour de flamme », le partenaire du Festival Lobster nous a permis de découvrir la version restaurée d’une oeuvre réputée disparue depuis plus de 80 ans. Déluge, réalisé en 1933, se voulait un film spectaculaire aux proportions bibliques, ce que l’on qualifierait de nos jours de film catastrophe. Avec les moyens dont disposait le réalisateur à l’époque, il fait preuve d’une folle ingéniosité pour nous faire vivre, dans la première partie de son récit, la destruction massive de New-York et les réactions de ses habitants. Des scènes impressionnantes qui pourraient presque rendre ringardes certains films de Roland Emmerich. Plus calme, la seconde partie n’en est pas moins audacieuse puisqu’elle raconte une histoire d’amour extra-conjugale. Ce genre de sujet qui, agrémenté d’une scène de tentative de viol et alors que le code Hays était sur le point d’entrer en vigueur, pouvait sembler provocatrice même si aujourd’hui son traitement risque de paraître un peu trop fleur-bleue pour coller à la dimension amorale de cette civilisation renaissante sur fond post-apocalyptique.

Très attendu par tous les festivals parisiens après le tumulte qu’il a fait à Cannes et à Toronto, Grave de Julia Ducournau est une première réalisation pleine d’ambitions. La première d’entre elles est de nous placer devant un spectacle malsain, basé sur une initiation de son héroïne aux plaisirs de la chair, dans tous les sens du terme. Cette idée de faire s’entrecroiser l’éveil sexuel et le gout pour l’anthropophagie aurait pu être le cœur d’un scénario intelligent et politiquement incorrect s’il avait été plus creusé plutôt que de se voir parasiter par son contexte estudiantin lui-même axé sur les humiliations faits aux bizuts. Cette sous-intrigue poussive a beau rendre l’ensemble terriblement dérangeant, il amoindrit l’ambiguïté psychologique propre au développement son héroïne, qui lui-même semble ne pas savoir vers quelle fin aboutir. C’est donc, à défaut, vers une chute presque rigolote mais aucunement provocatrice que s’achève ce film dont on a finalement du mal à cerner l’objectif.  Fort heureusement, on en retiendra les excellents acteurs, les jeunes comme les adultes, qui aident pleinement à rendre ce teen-movie éprouvant, dans ce que cet adjectif peut sous-tendre de meilleur.

En guise de clôture, les programmateurs ont choisi un téléfilm anglais. Un choix qui pourrait sembler curieux s’il n’avait s’agit du premier film de Jake Chapman, directement inspiré de l’un de ses propres romans. Bien connu pour ses œuvres plastiques baroques, cet artiste signe là une réalisation toute aussi insolite dont le choix semblait faire écho au discours de Jodorowsky en faveur du cinéma surréaliste qui l’a précédé. Le film consiste en effet à perdre son héroïne, et par extension les spectateurs, entre les limites de la réalité et de fiction. Chaque scène semble avoir,  sa propre idée visuelle qui vient amplifier cette confusion, qu’il s’agisse de mise en scène onirique ou de mise en abyme de la narration. Ceci fait du tout un vivier d’aliénations narratives et graphiques souvent très astucieuses. Si la plupart des passages sont entièrement dédiés à cette volonté de rendre flou le bien-fondé des événements, il en est d’autres qui se veulent plus linéaires, provoquant ainsi un rythme assez bâtard. Dans une pure tradition dadaïste, le scénario réussit malgré tout à provoquer un certain romantisme entre les personnages brillamment incarnés par Rhys Ifans et Sophie Kennedy Clarke. Un film étrange, pile ce qu’il fallait pour achever un Festival ainsi qualifié.

The Beatles, Eight Days A Week : The Touring Years, un documentaire de Ron Howard

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Sorti juste après le 50ème anniversaire du concert final des Beatles en Août 1966, The Beatles, Eight Days a Week the Touring Years est une invitation à un voyage à vitesse grand V, dans les coulisses de l’un des plus grands groupes du monde, les Beatles.

Synopsis : Avec des images rares et exclusives, The Beatles : Eight Days A Week – The Touring Years retrace les premières années de la carrière des Beatles de 1962 à 1966, marquées par les tournées incessantes à travers le monde. Des centaines de dates, des milliers de fans, des heures de concerts ont permis aux Beatles d’entrer dans la légende, mais aussi d’apprendre à se connaître, à se chercher, à se renouveler et à écrire ensemble toujours plus de chansons mythiques. Du Cavern Club de Liverpool à leur dernier concert au Candlestick Park de San Francisco, découvrez les Beatles comme vous ne les avez jamais vus et jamais entendus, à travers des enregistrements live et archives inédites.

« Je suis fils unique et je me retrouvais soudainement avec trois frères » – Ringo Starr

L’expression « Eight Days a Week » est née d’une blague de Ringo Starr qui évoquait l’intensité des plannings de travail du groupe, qui gagna une renommée internationale en seulement quatre ans. De l’Angleterre à l’Allemagne en passant par les Etats-Unis, le film célèbre les quatre années de tournée mondiale qui les ont fait et les ont brisé.

Les Beatles comptaient initialement John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Pete Best. Cependant, lorsque ce dernier ne put jouer pour un show en Février 1962, ils firent appel à Ringo Starr, rencontré des mois plus tôt à Hambourg en Allemagne, où le groupe de Ringo Starr, Rory Storm and the Hurricanes et les Beatles jouaient. Ringo Starr rejoint officiellement la bande en Août 1962, formant ainsi le monstre à quatre têtes qu’était les Beatles.

« Un super petit groupe de rock and roll » – Paul McCartney

L’acteur Ron Howard, qui porte cette fois-ci la casquette de réalisateur et à qui l’on doit déjà les films Apollo 13, Frost/Nixon, l’heure de vérité et Un homme d’exception, a été approché par la compagnie des Beatles, Apple Corps. afin de raconter dans ce film documentaire leurs plus grandes années. À travers des images d’archives, ils voulaient rendre compte du succès du groupe (pionnier des concerts en stades) et de la pression extérieure que subissaient les quatre rockstars pendant les années de la Beatlemania.

Le documentaire, qui démarre en fanfare en 1963 avec de vibrantes images en couleur de leur prestation live du titre She Loves You sur le plateau d’ABC Cinema (pour la chaîne britannique ITV), témoigne du travail méticuleux entrepris par l’équipe du réalisateur qui a obtenu ces images d’archives des quatre coins du monde. Polies et restaurées pour le film ces images, d’archives ou issues de vidéos amateurs, ont été ramenées à la vie avec brio. Même chose pour la bande son arrangée par le fils de Georges Martin (producteur des Beatles), Giles Martin. C’est ainsi que la chanson I Saw Her Standing There, jouée lors de la première performance du groupe aux Etats-Unis, à Washington DC en 1964, semble avoir été enregistrée hier.

Ponctué par des hits du célèbre quatuor, ce long métrage est l’occasion de se délecter des titres She Loves You, Can’t Buy Me Love, Ticket To Ride, ou Day Tripper, remastérisés pour l’occasion. Comme une volonté de ressusciter les émotions que produisaient ces sons vintages, on est notamment émerveillé par la facilité déconcertante avec laquelle ils créèrent le titre folk/rock/psychédélico-oriental, Norwegian Wood.

« C’est un peu bête de séparer les gens… Je pense que c’est juste stupide. On ne peut pas traiter un autre être humain comme un animal…Il n’y a jamais eu de ségrégation dans nos salles de concerts en Angleterre -et s’il y en avait, nous n’y aurions pas joué »  – Paul McCartney

Réussissant à rassembler des images inédites des médias d’époque, des images d’archives télévisées internationales, de fans et des Beatles eux-même pour dépeindre la Beatlemania à son apogée, Howard comprend que l’histoire des Beatles perdrait sans doute de sa teneur, si les tournées américaines en 1964, où la frénésie de la Beatlemania atteignait son paroxysme, n’étaient pas évoquées. Le journaliste américain Larry Kane, qui suivit le groupe emblématique pendant ses 25 dates américaines, se souvient de ces instants comme s’il avait assisté à une troisième guerre mondiale.

Brillamment cousu, un des moments forts du documentaire est la mention de la lutte des Beatles pour les droits civiques aux Etats-Unis : alors que Brian Epstein, manager du groupe, avait spécifié dans leur contrat de tournée qu’ils ne pouvaient jouer devant une foule ségréguée, les quatre jeunes hommes insistèrent pour performer devant un public mixte, sans aucune ségrégation. Dans cette hagiographie de la vie du plus célèbre groupe d’Angleterre, impossible donc de croiser l’Histoire et ses grands moments clés, comme l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy. On comprend bien vite qu’Howard implante les Beatles dans cette chaîne historique, avec une frise pointant les époques clés de leurs quatre années de tournée intensive.

« On voulait juste jouer » – Ringo Starr

Pionniers des concerts joués dans les stades, le film se penche particulièrement sur l’aspect périlleux que prenait de manière exponentielle chacune des interventions des rockstars britanniques. Et plus le lieu où se tenait le concert était grand, plus la menace était grande. Les images de leur concert au Shea Stadium en Août 1965 mettent particulièrement en exergue cette insécurité latente : le manque de sécurité, alors qu’une horde de fans se ruait sur la scène, témoigne du danger encouru par les Beatles à chaque show, et même à chaque sortie. Cette insécurité atteignit son paroxysme lorsque John Lennon affirma que les Beatles étaient plus populaires que Jésus. Cette déclaration entraîna une pluie de menaces de morts, qui s’ajoutèrent à celles du Ku Klux Klan qui promettait de les assassiner.

eight-days-a-week-thebeatles-documentaireOn assiste là à la détérioration de l’image du groupe, dont toute l’euphorie et la vitalité diminuaient pour laisser place au drame. Adeptes du cannabis et du L.S.D., Ron Howard évoque furtivement cette période sombre des stars anglaises, qui finit d’achever leur volonté de jouer sur scène et les poussa, en Août 1966, à mettre définitivement fin à leur tournée mondiale. La dernière performance publique du groupe britannique se déroula toutefois à Savile Row à Londres, le 30 janvier 1969. Ce célèbre concert sur le toit, achève l’histoire de la tournée sur deux morceaux phares du groupe Don’t Let Me Down et I’ve Got A Feeling.

Composé de quatre personnages charismatiques et intelligents, les Beatles ont été capables de créer une musique ambitieuse et une identité authentique. Parfaitement illustrées dans ce documentaire, l’hystérie et la frénésie que les Fab Four produisaient lors de leurs folles années de tournée ont fait d’eux un véritable mythe pour la pop culture.

The Beatles, Eight Days A Week : Bande Annonce

The Beatles, Eight Days A Week : Fiche Technique

Réalisation : Ron Howard
Musique originale : The Beatles
Sociétés de production : White Horse Pictures, Imagine Entertainment
Production : Nigel Sinclair, Scott Pascucci (White Horse), Brian Grazer et Ron Howard (Imagine) et Marc Ambrose
Producteurs délégés : Jeff Jones, Jonathan Clyde (Apple Corps), Michael Rosenberg (Imagine), Guy East, Nicholas Ferrall (White Horse), Matt White, Stuart Samuels et Bruce Higham (OVOW)
Montage : Paul Crowder
Scénarisation : Mark Monroe
Consultant au scénario : P.G. Morgan
Producteur de la trame sonore : Giles Martin

Sortie en France le 15 Septembre 2016

Cézanne et Moi, un film de Danièle Thompson : Critique

En voulant sortir des sentiers battus et s’attaquer à un double biopic d’envergure, Danièle Thompson s’entoure de deux grands comédiens pour refaire vivre sous nos yeux un duo d’artistes de légende, le peintre Paul Cézanne et le romancier Emile Zola. Mais à force de trop mettre l’accent sur leur histoire d’amitié, la réalisatrice en néglige le contexte historique et noie le propos de départ sous une écriture niaise et des effets de mise en scène lourds qui amoindrissent l’impact de son long métrage, sans ampleur ni finalité. Le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. 

Synopsis : Médan, 1888. Chez lui, le grand romancier Emile Zola s’apprête à recevoir la visite de son vieil ami, le peintre Paul Cézanne. Mais les deux hommes, qui se connaissent depuis l’enfance, entretiennent une relation chaotique et la publication du dernier ouvrage de Zola va raviver les rancœurs entre les deux artistes, jusqu’au point de non retour. 

Sur le papier, Cézanne et Moi avait tout pour plaire : un contexte historique et artistique charnière, un double portrait sur deux légendes du patrimoine français, une histoire d’amitié fusionnelle troublée par les affres de la création et des rivalités en tous genres, des paysages magnifiques… Pourtant, en dépit de tous ces ingrédients prometteurs, Danièle Thompson passe inexplicablement à côté de son sujet et nous livre une sorte de bluette désuète aux airs de bromance contrariée, qui souffre de surcroît d’un rythme lent et ennuyeux doublé d’effets visuels étrangement lourds. Décryptage.

Un montage maladroit

Le film affiche une construction scénaristique éclatée qui se retrouve maladroitement dans un montage laborieux, où s’enchaînent succinctement des épisodes de la vie quotidienne de Cézanne et Zola sans grande importance. Il aurait été intéressant de travailler en profondeur la relation ambiguë des deux hommes, en montrant que les tensions et les jalousies qui gangrènent progressivement leurs rapports proviennent de leur différence d’évolution. Tandis que Zola, parti de rien, connaît peu à peu une ascension fulgurante et se fait une place au sein des élites culturelles, Cézanne, quant à lui, stagne et décline douloureusement, sans que ses œuvres ne soient reconnues par le grand monde. La dialectique entre réussite et échec, arc narratif riche et pertinent, aurait pu servir de fil rouge à Danièle Thompson, qui ne l’exploite pas. A la place, elle fait le choix de nous montrer l’une des dernières rencontres entre le peintre et le romancier, en 1888, dans la maison de Zola, séquence qui s’étale sur 1h53, entrecoupée d’une enfilade de « flashbacks » chronologiques censés revenir sur les moments forts de la vie de chaque artiste. Résultat ? On se retrouve face à des scènes dignes d’un film de Barratier mélangées à du Pagnol, avec de faux airs de cinéma de papa. Où sont les enjeux ? Alors qu’on pensait voir un biopic sur deux monstres sacrés, on a droit à une chronique bon enfant et plate sur une amitié gentiment houleuse, dénuée de relief.

Des comédiens qui cabotinent

Autre souci majeur de Cézanne et Moi : l’interprétation. Alors que Guillaume Canet et Guillaume Gallienne, tous deux acteurs et réalisateurs, nous ont souvent habitués à des performances justes et convaincantes, ici, ils s’adonnent à un jeu de cabotinage à grand renfort de perruques et autres postiches (faux ventre et lunettes pour l’un, chapeau large et vêtements informes pour l’autre). Déguisés de manière presque ridicule, les comédiens livrent une performance qui paradoxalement n’est pas incarnée. Simples représentations des icônes auxquelles ils prêtent leurs traits, ils ne les font pas revivre sous nos yeux mais les singent. Ils font acte de présence sans jamais établir de réelle interaction entre eux, en dépit des nombreuses scènes parfois intenses et tendues qu’ils partagent. Sans connivence ni complicité, ils lancent leurs répliques comme s’ils se donnaient en spectacle, et ne parviennent pas à trouver le ton juste. Pour preuve, certaines tirades censées être assassines nous arrachent un rire gêné ! Passée la surprise de voir Canet et Gallienne dans des rôles de composition avec transformation physique à la clé, on s’aperçoit bien vite que ces artifices ne suffisent pas à masquer l’avarie des dialogues ni la bataille d’égo qui a dû se faire sentir entre les deux Guillaume.

Un propos inexistant 

Paris, XIXème siècle. Berceau d’un renouveau artistique, capitale culturelle bouillonnante peuplée de jeunes talents, et siège d’une forte agitation politique, la ville telle qu’elle est dépeinte dans Cézanne et Moi aurait pu s’imposer comme un personnage à part entière. Zola, Cézanne et tous leurs amis forment un cercle moderne, en quête d’absolu et avides de bousculer les carcans d’une société dans laquelle ils ne se reconnaissent plus. Parmi leurs proches, on croise furtivement Manet, Monet, Renoir, Morisot, Pissaro ou encore Maupassant, mais là encore, le scénario s’avère très carencé et la présence de tous ces artistes se limite à de la figuration ponctuée de name dropping. La contextualisation est laborieuse voire inexistante et les liens intrinsèques qui existaient à l’époque entre peinture et littérature ne sont pas montrés non plus. Enfin, les thèmes abordés, comme l’amitié, la rivalité amoureuse, les ambitions vs la réalité, le temps qui passe, les non-dits et les divergences d’opinions qui sabotent insidieusement une relation sur le long terme ne sont pas suffisamment creusés : les échanges entre Cézanne et Zola sont plats, mornes et bien trop écrits pour être vivants et spontanés. C’est un film qui pose, sans mouvement.

En conclusion, Cézanne et Moi sabote ses sujets et gâche sa matière d’origine pour un rendu faible digne d’un téléfilm, avec des couleurs criardes, un style ringard, un rythme lent qui s’essouffle et un tête à tête dénué d’enjeux pour aboutir à un film qui ennuie, avec une construction dramatique dont les atouts avoisinent le néant. 

Rencontre avec la réalisatrice Danièle Thompson et Guillaume Canet

Cézanne et Moi : Bande-annonce

Cézanne et Moi : Fiche technique

Réalisation : Danièle Thompson
Scénario : Danièle Thompson
Interprétation : Guillaume Gallienne (Paul Cézanne) ; Guillaume Canet (Emile Zola) ; Alice Pol (Alexandrine Zola) ; Déborah François (Hortense Fiquet) ; Sabine Azéma (Elisabeth Aubert) ; Laurent Stocker (Ambroise Vollard)
Décors : Michèle Abbé-Vannier
Costumes : Catherine Leterrier
Photographie : Jean-Marie Dreujou
Montage : Sylvie Landra
Musique : Eric Neveux
Producteur : Albert Koski
Société de production déléguée : G Films
Coproduction : G.Films / Pathé / Orange Studio / France 2 Cinema / U Media / Alter Films
Société de distribution : Pathé Distribution / Orange Studio Distribution
Langue originale : français
Format : 2.35
Genre : Biopic, drame
Durée : 113 minutes
Date de sortie : 21 septembre 2016

France-2016