FEFFS 2016 : Invisibilité, Interactivité et Interconnectivité

Pas de films en compétition internationale pour le FEFFS cette fois-ci, mais des séances spéciales et un crossover difficile à définir.

Une petite pause dans la compétition internationale pour ce quatrième jour du FEFFS, mais le programme reste tout de même alléchant avec un classique du film de monstres, Richard Bates Jr qui revient avec un nouveau film quatre ans après le prix obtenu pour Excision, des séances spéciales mettant en avant la technologie et le très attendu nouveau film de Rob Zombie pour clôturer la soirée.

[Rétrospective Hollywood Monsters] L’homme invisible

Réalisé par James Whale (USA, 1933) Date de sortie 13 novembre 1933

Synopsis : Jack Griffin est un scientifique qui a mis au point un sérum afin de devenir invisible. Très vite son comportement se modifie lorsqu’il réalise l’étendue de son pouvoir.

Figure de proue des films fantastiques développés par Universal au cours des années 1930, James Whale nous offre ici une adaptation du roman éponyme de H.G Wells. 2 ans après le classique Frankenstein, le voilà à nouveau au commande d’un film de monstres où le point de départ est un scientifique voulant jouer à Dieu. Le film suit donc le personnage de Jack Griffin, scientifique ayant découvert un sérum rendant invisible. Malheureusement ce pouvoir va très vite lui monter à la tête et va pousser le docteur Griffin à répandre le chaos en Angleterre.

Bien plus efficace qu’un Frankenstein, l’Homme invisible nous offre des effets spéciaux incroyablement moderne pour l’époque. Les séquences de vêtements flottant dans les airs ou les personnages se faisant maltraiter par une entité invisible sont encore aujourd’hui très convaincante. Le personnage campé par Claude Rains est lui aussi très réussi, et représente vraiment une face sombre de l’homme. En offrant un pouvoir quasi-illimité au personnage, il n’est pas étonnant de le voir tomber dans les travers de l’âme humaine. Proposant toujours cette réflexion sur le pouvoir de l’homme, le film est également un très bon divertissement faisant à la fois frissonner et rire. Un classique en somme.

[Compétitions crossovers] Trash Fire

Réalisé par Richard Bates Jr (USA, 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Owen est un jeune homme cynique possédant certains troubles psychologiques, la faute à un incendie ayant tué ses parents et brûlé à 80% sa petite soeur. Poussé par sa petite amie Isabelle, Owen reconnecter avec sa famille dysfonctionnelle  et essayer de se faire pardonner.

Lauréat du prix du Jury en 2012 pour Excision, Richard Bates Jr nous présente ici son troisième film, déjà vu au festivals de Neuchâtel, Sundance ou très récemment à l‘Etrange festival. Trash Fire est un film  particulier, démarrant comme une sorte de comédie dramatique mettant en scène un couple ayant beaucoup de problèmes notamment à cause d’Owen et son cynisme substantiel. Le film se veut donc à la fois drôle, tout en offrant une vision assez pessimiste du couple.

Trash Fire va cependant basculer une fois que Owen et Isabelle se rendent chez la grand-mère de celui-ci. Fervente pratiquant du christianisme, la grand-mère n’a pas sa langue dans sa poche et possède avec elle un certain bagages de préjugés. Devenant de plus en plus noir dans son humour, le film va également développer un côté fantastique. La grand-mère se voit en effet comme un héraut de Dieu venu nettoyer le péché du monde. Trash Fire va devenir alors un petit récital de scène décomplexées tout en restant convaincantes pour finir avec un très bon bouquet final. Difficile à définir, Trash Fire se voit parfaitement affublé de son statut de crossovers.

[Séance spéciale] Late Shift

Réalisé par Tobias Weber ( Suisse, UK 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Matt, jeune employé de parking se retrouve malgré lui embarqué dans le vol d’un bol de porcelaine chinois à la valeur incommensurable. Le vol tourne mal, et c’est au spectateur de définir la direction de l’histoire grâce à l’application CtrlMovie.

Séance très attendue par les festivaliers, et pour cause Late Shift est un film interactif. Grâce à l’application CtrlMovie, vous pouvez en effet décider de la direction de l’histoire. Au cours du film, des propositions vont s’afficher sur l’écran et sur le téléphone, le spectateur aura alors 5 secondes pour faire un choix entre les différentes possibilités et cela aura une influence sur l’histoire (de façon direct ou même plus tard dans le récit).

Late Shift est un véritable film d’ambiance. Si l’histoire est, elle, ultra-basique, c’est véritablement cette sensation de contrôler l’histoire qui va rendre la séance très plaisante. Malheureusement notre salle a fait beaucoup de mauvais choix (cherchant très souvent la bagarre ou ne faisant pas confiance aux autres personnages), et on s’est retrouvé avec la version la plus courte du film. A peine plus d’une heure. Le producteur du film était présent et nous a donné certaines informations comme le développement du film qui sera certainement exploité en salle, et est d’ores et déjà disponible sur Apple TV. Il nous a aussi confié que le film possède près de 7 fins différentes, et qu’il y a un total de scènes filmés s’élevant à 4h30. Croisement entre film et jeu vidéo, Late Shift est une expérience très amusante.

[Séance spéciale] Lo and Behold : Reveries of the connectecd World

Réalisé par Werner Herzog (USA, 2015) Date de sortie inconnue

Synopsis : Werner Herzog nous emmène en voyage dans le monde d’Internet. De sa genèse à son extinction, le documentaire mélange faits et hypothèses sur l’avenir de l’une des plus grandes inventions de l’Homme.

Célèbre réalisateur, Werner Herzog a fait ses preuves dans le domaine de la fiction et dans celui du documentaire. Et c’est dans ce dernier qu’on le retrouve cette année au FEFFS. Lo and Behold met en avant les talents de conteur de Herzog pour nous offrir une histoire de l’internet en 10 chapitres. Allant de sa création, à ce qu’il adviendra dans le futur, tout en parlant de ses dangers, de l’intelligence artificielle ou des hackers, Herzog nous offre un document au panorama très complet bien qu’inégal.

Bénéficiant de nombreux intervenants ayant plus ou moins de pertinences (la séquence de la famille endeuillée était par exemple assez fausse), le film prend un aspect science-fiction vers la fin. Comme dans The Visit l’an dernier qui mettait l’Homme face à une hypothétique rencontre extraterrestre, Herzog va ici essayer de nous offrir des scénarios sur l’évolution de l’internet dans le futur, en mêlant astrophysique et développement de la robotique. Le point fort du film se révèle être également son point faible, et cette volonté de dresser un portrait complet rend certaines séquences trop superficielles.

[Midnight Movies] 31

Réalisé par Rob Zombie (USA,2016) Date de sortie inconnue

Synopsis : Cinq artistes itinérants se retrouvent capturés par une bande d’aristocrates sadiques leur proposant un petit jeu pour Halloween. Pendant 12 heures, les cinq personnages vont devoir survivre dans une usine désaffectée aux attaques de clowns psychopathes.

Rob Zombie s’est fait une certaine réputation dans le milieu de l’horreur. La rockstar retrouve d’ailleurs ici ses premiers amours datant de La Maison des 1000 morts avec ces personnages « rednecks » perdus dans la cambrousse américaine. Avec un point de départ possédant un certain potentiel bien que peu original, Rob Zombie va malheureusement nous offrir un film très paresseux que ça soit dans son développement ou dans le gore.

En effet, 31 s’avère être très redondant. Pendant 12 heures les cinq personnages vont subir les assauts de divers clowns psychopathes aux designs grotesques. Une fois qu’un ennemi est battu, un autre prend sa place et ainsi de suite. L’histoire tourne très vite en rond. Si le film était fun à côté de ça, on aurait pu passer à coté de ce défaut. Malheureusement sur ce point, Zombie n’est pas très généreux avec le spectateur. L’humour tombe très souvent à plat, le gore se fait souvent hors-champ et les scènes d’actions sont filmées de manière à suivre tous les mouvements des personnages, ce qui les rends absolument illisibles. On passera aussi sur ce gaspillage de Malcolm McDowell qui se contente d’émettre des paris sur le taux de survie des protagonistes. 31 est un ratage complet et la salle avait l’air d’être d’accord, tellement l’ambiance était morte pour une salle pourtant complète.

Festival

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