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Séries Mania : Ride Upon The Storm, une série d’Adam Price

Découverte au festival Séries Mania 2017 de Ride Upon The Storm, qui suit une famille de chrétiens danois pris dans des tourments politiques et intimes.

Synopsis : De nos jours, au Danemark. La famille Krogh est issue d’une longue lignée de pasteurs. Le père brigue l’évêché de Copenhague. Le fils aîné Christian se cherche sans parvenir à s’accomplir. Auguste, le benjamin, marié, est le pasteur d’une église dans la capitale. Chacun cherche sa voie, entre éveil à la foi et perdition.

La nouvelle série d’Adam Price aura suscité bien des attentes. Ride Upon The Storm aura aussi provoqué bien des réactions dans la salle. Des spectateurs étaient intrigués – certains probablement passionnés -, d’autres se sont endormis au cours de la projection du premier épisode. Beaucoup ont quitté la salle à la fin de l’épisode.

L’intrigue du nouveau show signé Adam Price (Borgen) n’est pourtant pas sans intérêt. Observer la politique cléricale danoise ne manque pas de croustillant, surtout lorsque l’un des deux candidats au poste d’évêque de Copenhague n’est autre que Lars Mikkelsen, acteur que l’on a adoré détester dans le rôle du président russe de House of Cards. Le père de la famille Krogh paraît sympathique au premier abord, droit. Puis il révèle sa position dangereuse sur l’Islam, tandis que la caméra nous expose ses trahisons successives. En effet, il trompera sa femme à plusieurs reprises ; il laissera sa famille sans nouvelles après les résultats défavorables de l’élection, pour aller boire, beaucoup, encore, jusqu’à ce qu’un de ses compagnons le trouve enfin et le ramène chez lui. Il aura prêché la parole de Dieu à un homme qui a failli mourir. Ce dernier acceptera sa Foi, et mourra plus tard. Justement le père devait gérer la cérémonie, mais il est encore éméché. L’un de ses deux fils, pasteur, prend la relève. Le père, saoul, lui dit des propos abominables, trahissant à nouveau la confiance du fils envers son père, et aussi la confiance d’un pasteur envers un autre « homme de Dieu ». Et pourtant, après un laps de temps à balbutier, avoir des propos maladroit puis un long silence, le père saura trouver les mots pour parler de cet homme bon qui les a quittés. Alors que son discours était de plus en plus beau, l’homme semblait regagner sa Foi, auparavant abimée par ses trahisons successives et noyée dans l’alcool.

« J’ai toujours été fasciné par le concept de la foi »

– Adam Price, en 2015 –

La Foi, voilà un sujet fort (brillamment traité par Martin Scorsese dans Silence) et passionnant pourtant peu connu du grand public qui considère de manière ambivalente la religion comme un système, ou comme croyances. Mais où se situe la foi là-dedans ? D’ailleurs, qu’est-ce que la foi ? Aussi, la religion est-elle forcément liée à l’être religieux ? Et puis, le religieux (du latin religere soit « relié à Dieu ») n’est-il aujourd’hui que le descendant d’une famille aux mœurs conservatrices (dont le catholicisme fait ici partie) ? Ou, est-il un politicien œuvrant dans un autre système politique ? Est-il un homme dévot au point de sembler être un fou dangereux auprès de ses petits enfants ? Enfin, l’homme de foi, l’être spirituel, existe-t-il encore aujourd’hui ?

Autant de questions que la série va poser, sans véritables réponses fondées, et surtout sans jugements. La caméra observe les réactions émotionnelles et réflexives de ses personnages, parfois interrogatives, parfois emplis de colère, parfois jugeurs. Mais la caméra, elle, reste en recul.

Et pourtant, la série n’a pas provoqué des réactions passionnées sur la majorité du public. Comment peut-on expliquer cela ? Un élément de réponse peut être proposé : si l’intrigue, le travail de la caméra et le casting fonctionnent, la réalisation – dans son ensemble – ne parvient pas à mettre en scène la tension au sein de son récit, dont les enjeux peinent à prendre leur élan. Bon gré une introduction mystérieuse et forte en émotions et interrogations, le show semble ensuite englué dans une sorte d’observation de son propre récit. Toutefois, ce choix « artistique » – si tant est qu’il en est conscient – empêche le spectateur de pouvoir s’insérer émotionnellement dans cette intrigue qui ne le concerne pas forcément. Quand bien même on trouve à nouveau dans une série des personnages abimés, une intrigue emplie de trahisons, et des rivalités mises en place pour la suite, le show peine à mettre en scène tous les enjeux et toutes les tensions qui devraient être présentes ici. Par manque d’animation, de souffle de vie, Ride Upon The Storm passe de série au fort potentiel à une œuvre anecdotique et muséale. On aurait aussi apprécié un travail visuel plus mystique quant à la question de la foi. Une déception, peut-être rattrapée par la suite de la saison, espère-t-on malgré tout.

Fiche Technique : Ride Upon The Storm – Épisode 1 & 2

Titre original : Herrens Veje
Création : Adam Price
Scénario : Adam Price, Karina Dam, Poul Berg
Réalisation : Kaspar Munk, Seren Balle, Louise Friedberg, May el-Toukhy
Interprétation : Lars Mikkelsen, Ann Eleonora Jorgensen, Simon Sears, Morten Hee Andersen
Composition : Kristian Leth, Fridolin Nordso
Production : DR Drama en coproduction avec ARTE France et SAM le Français
Distribution : STUDIOCANAL (International)
Diffusion : DR1 (Danemark) ; Arte (France et Allemagne)

Danemark – 2017

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Séries Mania 2017 : compétition de webséries et digitales

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Pour la première fois en cette 8ème édition, les webséries et digitales sont à l’honneur, avec une compétition qui leur est propre. 5 formats courts présentés en avant-première et soumis à un jury de professionnels…

Les trois personnalités décisionnaires sont Jérôme Fansten, scénariste et réalisateur, Titou Lecoq, écrivaine et bloggeuse et Eric Laroche, anciennement responsable éditorial de la chaîne Canal + Séries et  actuellement directeur du développement à Empreinte Digitale. La salle 500 est moyennement comble, mais l’attente certaine pour 5 pays en compétition et des genres tous azimut: comédies, thriller policier, autobio, vrai faux docu…

BKPI de Hye Hung Park ★★★☆☆

On peut lire sur le programme Séries Mania propagandiste à propos de BKPI, « (…) redore comme Sweet/Vicious le blason du vigilante movie ». L’humour étant très proche de la moderne adaptation Kim’s Convenience, cette mini webserie de 3 fois 14 minutes produite par Super Deluxe est un concentré de travail avorté par un désir ambigu de faire rire et réfléchir en même temps. La retranscription quasi-documentaire de la vie de quartier couplé à un montage vidéo un peu mou ne favorise pas l’adhésion, mais est appréciable pour ses actrices de couleurs et touchantes.

∅ [œ] (île) de Cyrinne Arrar, Guillaume Fillion et Christophe Coffre ☆☆☆☆☆

Malgré de beaux effets visuels, le policier façon noir nordique copie les formes déjà mille fois exploitées pour une ersatz d’intrigue « sur-cousue » sur fond d’ostracisme et racisme et une héroïne écrite sur un schéma usé. Si on est pas capable à trois plumes de proposer de l’originalité percutante dans un monde saturé du genre policier (entre autre), on ferait mieux de laisser la place à d’autres talents plus économes. Ou est-ce juste le pilote qui cumule toutes ces tares, car l’animalisme présente par la suite dans des paysages somptueux pourrait peut-être rattraper l’ennui? Retournons donc à Jour Polaire ou The Killing

La théorie du Y  de Caroline Taillet et Martin Landmeters ★★★☆☆

Élue par les internautes sur le site de la RTBF comme le meilleure pilote parmi une sélection de 5 weséries, La Théorie du Y fait se côtoyer l’amateurisme et le fascinant. Les problématiques de la bisexualité sont traitées « urbainement » comme Search Party ou Girls, à l’exception que la ville n’est pas si grande ou oppressante que pourrait être une capitale telle que Paris. Si le premier épisode semble maladroit ou interprété comme un film de fin d’étude trop rigide, le deuxième déploie une plus grande habileté à tirer sur le sensible en faisant appel au flashback et les souvenirs de lycée/collège déterminants. Le sourire apparaît donc plus naturel, mais l’ensemble, convenu et méthodique, manque de fluidité. Une héroïne familière dans une épopée singulière sur l’identité sexuelle…

People you may know de Zandile Tisani ★★☆☆☆

Première apparition de l’Afrique du Sud dans cette compétition, cette dram(web)édie s’attache à dépeindre les portraits de trois amies dans l’errance de leurs propres choix. Si le rythme manque d’hétérogénéité, les personnages de caractères, le récit de but précis, le spectateur finit trop rapidement par se désintéresser de ce qui semble être une métaphore même d’une recherche objective sur les directions existentielles. Difficile de l’apprécier donc à sa juste valeur. (Atlanta dans un mauvais film de Jarmush)

The man woman case d’Anaïs Caura ★★★★☆

Grosse surprise, cette websérie d’animation coproduite par 2p2l (…), par une simplicité cosmique entre noir et blanc, perd le spectateur dans un imbroglio visuel enchanteur. Elle semblerait être une enquête dans l’Australie des années 20, mais en passant par le western, le maritime et le policier, l’intrigue sous ecsta est contrebalancé par l’audace graphique du coup de pastels à huile. A suivre !

Lifer de Franck Khalfoun et Jimmy Halfon ★☆☆☆☆

A la manière de Making a murderer sur Netflix, ce vrai faux documentaire sur un soi-disant Adolfo Ramirez surnommé « L’Ecorcheur » durant les années 80/90, brouille toutes les pistes pour nous proposer d’aller à la rencontre d’un esprit criminel bolivien. Réelles interviews et images d’archives constituent le cœur de ces 10 minutes qui paraissent interminables tellement la vrai fausse immersion est froide et sans originalité. On assiste platement à un procès virtuel sans intentions pour le bien de Studio +.

Loulou d’Alice Vial, Louise Massin et Marie Lelong ★★★★★

Après Florence Foresti et son discours acerbe et hilarant sur la grossesse ou la série canadienne Working Moms sans pitié sur l’instinct maternel, Louise Massin ajoute son grain de sel décalé et irrésistible à l’édifice. En mettant en scène ses propres troubles et ses peurs de femme enceinte dans des situations pittoresques, comme le shooting photo animalier avec Philippe Rebbot (Mariage à Mendoza, Tristesse Club, L’Effet aquatique) ou la réunion façon Tupperware avec Isabelle Vitari (Nos chers voisins) en mère hippie dérangée, l’actrice/créatrice mérite toute notre attention. Une claque pleine de bon sens ! A savoir pourquoi est-ce qu’étaient diffusés deux épisodes de fin de saison… Les débuts étaient-ils bancals ?

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Manchester By The Sea de Kenneth Lonergan en DVD/Blu-Ray le 25 Avril

Auréolé de 2 Oscars dont un pour son acteur principal Casey Affleck, Manchester By The Sea est un drame dans la plus pure tradition du genre, confrontant ses personnages au poids du passé et du deuil. Un film subtil et bouleversant qui vaut autant pour sa sincérité que les  performances hallucinantes de justesse de son casting.

Issu d’une famille ouvrière du Massachusetts, Lee Chandler (Casey Affleck) est un modeste concierge. Le jour ou son frère ainé disparait, et qu’il se voit désigné tuteur de son neveu Patrick, sa vie va brutalement changer. Le voici contraint de retourner dans sa ville natale, Manchester-by-the-Sea, une bourgade qui va raviver chez lui les affres d’un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi (Michelle Williams) et de la communauté où il est né et a grandi.

Un drame bouleversant

A Hollywood, on n’en avait que pour lui en 2016. D’abord présenté au prestigieux Festival de Sundance, Manchester By The Sea aura finalement acquis une certaine réputation qui l’aura imposé en grand favori pour les Oscars 2017. Autant dire une évidence sitôt qu’on voit l’œuvre de Kenneth Lonergan tant celle-ci, bien que simple en apparence, brille par sa complexité. manchester-by-the-sea-sortie-dvd-blu-ray-casey-affleck-lucas-hedgesNiché dans une narration non-linéaire, le film brasse en effet des thématiques aussi larges que le deuil, les liens familiaux et filiaux ou encore l’héritage ; et donne le la à un Casey Affleck méconnaissable. Fragile mais charismatique, touchant mais renfermé, réussissant par son jeu à donner un sens à tous ses silences, il offre une prestation littéralement habitée qui rend d’autant plus compréhensible son sacre aux Oscars. On notera d’ailleurs, en plus de sa prestation, la réussite totale de Kenneth Lonergan. Nommé lui aussi aux Oscars pour sa contribution, le réalisateur excelle pour suggérer sans montrer, évoquer sans confronter. Et finalement, il parvient, au détour d’un drame bouleversant, à dresser le portrait délicat et sans concession d’une petite ville, de ses habitants et d’une famille en proie au doute. Bref, voilà bien une pépite d’émotion à ne pas rater.

Manchester Bonus Sea

On se réjouira d’autant plus à la vue des bonus, qui ont à cœur d’éclaircir les parts d’ombre du phénomène. On pourra ainsi se reporter sur plusieurs scènes coupées, un making-off « Des Vies Émouvantes » qui relate le processus créatif entourant le projet et enfin des commentaires audio du réalisateur Kenneth Lonergan. Autant d’éléments qui permettent de mieux cerner l’ambition du projet, à juste titre récompensé par l’Oscar du Meilleur Scénario Original à la dernière Cérémonie des Oscars.

Caractéristiques techniques du DVD

Image : 16:9 1.85:1 – Anamorphic Widescreen
Audio : Anglais, Espagnol, Français, Allemand, Italien – Dolby Digital 5.1
Sous-Titres: Anglais (Sourds et malentendants), français, espagnol, arabe, Allemand, Néerlandais, Hindi, Italien

Durée : 2h11
Scènes coupées (La charte des Chandler / Les obsèques des enfants / L’appel d’Elise) • Des vies émouvantes: La création de Manchester By the Sea • Commentaires sur le film avec le réalisateur Kenneth Lonergan

Caractéristiques techniques du Blu-Ray:

Image : 16:9 1.85:1 – Anamorphic Widescreen
Audio : Anglais, Espagnol, Français, Allemand, Italien, Russe – Dolby Digital 5.1 Sous-Titres: Anglais (Sourds et malentendants), français, espagnol, mandarin, arabe, Allemand, Néerlandais, Hindi, Italien, Russe

Durée : 2h17
Scènes coupées (La charte des Chandler / Les obsèques des enfants / L’appel d’Elise) • Des vies émouvantes: La création de Manchester By the Sea • Commentaires sur le film avec le réalisateur Kenneth Lonergan

Manchester By The Sea : Bande-Annonce

Clint Eastwood va réaliser un film sur les héros américains qui ont maîtrisé l’assaillant du Thalys

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Le réalisateur américain Clint Eastwood devrait rendre un nouvel hommage aux héros ordinaires de l’Amérique après Sully et American Sniper. Son prochain projet cinématographique devrait s’inspirer de l’attentat terroriste déjoué par de jeunes américains, dans un train Thalys entre Amsterdam et Paris, en août 2015.

Clint Eastwood n’a toujours pas l’intention de prendre sa retraite. Le cinéaste, âgé de 86 ans, entend bien respecter sa promesse de faire un film par an.

Le réalisateur de Million Dollar Baby souhaite donc s’inspirer une nouvelle fois de véritables héros américains après ses deux derniers long-métrages. American Sniper et Sully ont marqué les esprits et ému les spectateurs du monde entier. Les polémiques ont malheureusement été nombreuses avec American Sniper. Le sujet brûlant de la glorification d’un tireur d’élite ayant fait de très nombreuses victimes et la séquence avec la femme et l’enfant ont été notamment très critiqués.

Clint Eastwood aurait donc choisi de rendre à nouveau hommage à des citoyens américains, héros du quotidien. Le cinéaste s’est inspiré des faits réels survenus dans le Thalys entre Amsterdam et Paris, le 21 août 2015. Ayoub El Khazzani s’apprêtait à commettre un attentat à l’intérieur du train à l’aide d’une arme à feu. Le comédien Jean-Hugues Anglade s’était senti littéralement prisonnier du train face à une mort imminente. Il a évoqué l’horreur du drame à l’époque dans de nombreux médias.

Ce projet cinématographique, dévoilé par Deadline, va donc retracer le destin d’Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone. Ces trois amis d’enfance, originaires de Sacramento, ont risqué leur vie en maîtrisant le terroriste présumé à l’intérieur du train Amsterdam-Paris.

Ce prochain long-métrage de Clint Eastwood pour la Warner Bros. devrait s’intituler The 15:17 to Paris. Ce film sera basé sur le livre-témoignage, The 15:17 To Paris: The True Story Of A Terrorist, A Train, And Three American Heroes, écrit par les trois sauveurs du Thalys (Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone) en compagnie de l’auteur Jeffrey E. Stern.

Le scénario a été confié à Dorothy Blyskal d’après des informations de Deadline. Le casting du film ne devrait pas tarder à débuter. Le tournage serait même imminent à en croire les médias américains. Clint Eastwood produira ce long-métrage aux côtés de Tim Moore, Kristina Rivera et Jessica Meier.

Hollywood tente de s’approprier de plus en plus les grandes tragédies ou les événements qui ont fait basculer la planète comme avec World Trade Center, La Chute du Faucon Noir, Traque à Boston, 13 Hours ou Zero Dark Thrity. Le recul des américains sur ce type d’événements tragiques n’est pas du tout au même stade que pour les citoyens français dans l’Hexagone par rapport à ces sujets sensibles et douloureux, comme l’actualité vient encore de le démontrer aux Champs-Elysées, à deux jours de l’élection présidentielle. Les nombreux projets de films sur les attentats du 13 Novembre, sur l’horreur du Bataclan ou bien encore sur l’attentat contre Charlie Hebdo sont dénoncés et très mal vus.

Le positionnement de Clint Eastwood sur ce fait divers tragique devrait être moins vivement critiqué fort heureusement. Aucun voyageur du train n’ayant perdu la vie, la démarche du réalisateur ne devrait pas être étrillée ou être jugée choquante. Cette intervention héroïque de trois américains a contribué au sauvetage miraculeux des voyageurs du Thalys. Les liens d’amitié, le parcours fascinant des trois jeunes et l’agression de l’un d’entre eux quelques mois après le sauvetage du train risquent de constituer une fresque poignante sur le sens du sacrifice et le courage de la jeunesse américaine. En pleine Amérique de Donald Trump, Clint Eastwood devra néanmoins éviter le piège du film de propagande à grosses ficelles glorifiant le rôle des jeunes militaires américains en civil.

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Rencontre avec Kasper Barfoed, le créateur de Below The Surface : Séries Mania

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Ce jeudi 20 avril au festival Séries Mania nous avons eu l’occasion de voir Below The Surface, une nouvelle série danoise produite par Adam Price (Borgen) et Søren Sveistrup (The Killing). Kasper Barfoed, le créateur (co-scénariste et réalisateur des deux premiers épisodes) de la série est venu nous présenter son œuvre.

Synopsis : Copenhague, octobre 2016. La vie de 15 personnes est mise en péril lorsqu’une rame de métro est prise d’assaut par un groupe terroriste. Ils réclament une rançon conséquente en échange de leur libération. Philip Nørgaard, ancien otage de guerre, est chargé des opérations des forces spéciales.

L’idée de départ vient d’Adam Price et de Søren Sveistrup, venu la soumettre à Kasper Barfoed. Ce dernier a tout de suite été attiré par cette idée, conscient que depuis ces dernières années le terrorisme est dans les esprits de chacun et que tous ont conscience que cela peut arriver à n’importe quel moment. Partant de ce constat là, Barfoed trouvait important de ne pas ignorer la question et alors d’oser faire une série sur le sujet. Après des recherches approfondies avec des négociateurs et agents des forces spéciales, l’équipe choisit de se centrer sur l’aspect psychologique, s’interrogeant sur les comportements que nous pourrions avoir dans une telle situation, se focalisant alors sur la psychologie des personnages mais aussi sur le travail des forces spéciales.

Kasper Barfoed nous précise que la relation entre le preneur d’otage et Philip, en charge des forces spéciales, va s’approfondir et se dévoiler au fil des épisodes. Il était important pour lui de ne pas avoir une vision manichéenne des choses, le bien contre le mal, mais plutôt d’aborder cela de manière nuancée. Nous montrant alors le côté sombre des “good guys” et, sans pour autant justifier les actes des criminels, essayer de comprendre comment une personne peut arriver à la conclusion qu’un tel acte est nécessaire.

Peut-on alors parler de série politique ? Kasper Barfoed répond que oui et non. Oui, parce que la série pose des questions sensibles, difficiles à répondre. Notamment la question au centre de ces deux premiers épisodes : “doit-on payer la rançon ?” (Il faut savoir que le Danemark ne paie pas de rançons dans ce genre de situations). Dans la série, ce sont alors les proches des victimes et une journaliste qui vont tenter de mobiliser le peuple danois pour lever des fonds et payer la rançon que le gouvernement se refuse à donner.
Lorsqu’on aborde la question de l’auto-censure, et qu’on lui demande s’il s’est interdit de dire certaines choses de peur de froisser ou choquer le public, Kasper Barfoed déclare ne pas s’être réellement posé la question, cela n’a jamais été véritablement un problème puisqu’il a surtout privilégié l’aspect psychologique en dépit de l’aspect politique et religieux. En tentant tout de même d’amener le sujet de manière sobre, en évitant les clichés du genre d’action et surtout en essayant de raconter les choses avec véracité puisque le créateur s’intéresse avant tout aux mécanismes qui se cachent derrière d’un tel évènement.

Below The Surface est un thriller réussi, qui sait efficacement créer une atmosphère sous tension. Kasper Barfoed, qui a “voulu inverser les attentes des spectateurs” assume ce côté plus thriller psychologique que série politique mais dans un pays où l’on a connu, et continue de connaitre, des attaques terroristes, cette approche a dérangé plus d’un spectateur. Certains s’attendaient à une réflexion plus poussée sur la religion et à une série bien plus politique. Difficile pour certains de s’identifier à cette prise d’otage lorsqu’on a connu dernièrement des attaques d’un autre type. Mais Kasper Barfoed insiste en disant que se pencher sur ces thématiques aurait empiété sur ses intentions de départ et n’aurait alors pas donné la série qu’il désirait.

Below The Surface : Bande-annonce

Below The Surface : Fiche Technique

Créateur : Kasper Barfoed
Scénaristes : Kasper Barfoed, Astrid Øye, Per Daumiller, Michael W.Horsten, Lars K. Andersen
Interprétation : Johannes Lassen, Paprika Steen, Sara Hjort Ditlevsen, Dar Salim, Henning Jensen
Réalisateurs : Kasper Barfoed, Christian E. Christiansen, Roni Ezra
Producteurs : Morten Kjems Hytten Juhl, Sam Productions, zdf_neo
Producteurs exécutifs : Adam Price, Søren Sveistrup & Meta Louise Foldager Sørensen
Vendeur international : STUDIOCANAL
Diffuseurs : Kanal 5 (Danemark), Discovery Networks Denmark (Danemark)
Format : 8×44 min

Danemark – 2017

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Cannes 2017 : La sélection de la Quinzaine des réalisateurs est tombée

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Ce jeudi 20 avril, soit à quatre semaines de son ouverture, la Quinzaine des Réalisateurs, organisée annuellement par la Société des Réalisateurs de Films en marge du Festival de Cannes, a dévoilé les 19 films de sa 49ème édition.

Une sélection éclectique, faites de 5 films français, 5 films américains, 3 films italiens et 6 venus d’autres pays. On retrouve notamment, I am not a Witch, un film zambien, un pays dont le cinéma est rarement visible dans les festivals internationaux.

Au-delà de cette volonté de choisir des œuvres issues d’horizons divers et variés, une tendance se dessine dans cette sélection, celle de vouloir dépeindre les conflits qui déchirent le monde moderne, sous différentes formes. Qu’il s’agisse d’un documentaire sur le conflit israélo-palestinien, d’une fable dystopique imaginant Brooklyn en proie à une guerre civile ou bien encore de la thématique des tensions sociales qui semble commune aux 3 long-métrages italiens, il semblerait à première vue que l’heure ne soit pas à la franche rigolade.

Ceci aurait été sans compter sur des films plus légers, et en particulier ceux venus de France. Comédies populaires, telle que celle de Corine Tardieu, ou œuvres plus anticonformistes,  puisqu’une des œuvres qui s’annonce d’ores et déjà comme l’une des plus clivantes de cette sélection est la comédie musicale signée par Bruno Dumont.

À noter aussi la présence de plusieurs documentaires dont deux partagent un sujet commun : un cinéaste, et donc à travers eux leur art respectif. L’un d’eux est en effet un autoportrait d’Abel Ferrara fait à l’occasion de sa tournée  musicale en France, tandis que le second suit un célèbre réalisateur afghan.

En parallèle à cette sélection de longs-métrages, deux programmes de 5 courts-métrages ont également été choisis.

La Quinzaine des réalisateurs débutera le jeudi 18 mai par un hommage à Werner Herzog à qui sera décerné le Carrosse d’Or et dont le film Bad Lieutenant sera diffusé. Après quoi, le film d’ouverture sera Un beau soleil intérieur, une réalisation de Claire Denis qui s’essaie à la comédie avec, parmi son casting, on retrouve Juliette Binoche, Gérard Depardieu ou encore Josiane Balasko.

10 jours plus tard, le film de clôture sera lui aussi, et à sa façon, musical puisqu’il s’agit de Patti Cake$, un drame social américain avec Danielle Macdonald en rappeuse.

Pour rappel, celles et ceux d’entre vous qui n’auront pas la chance de voir ces films à Cannes pourront les rattraper, à commencer, comme chaque année dès le début du mois de juin, par des programmations à l’Alhambra à Marseille et au Forum des Images à Paris.

La sélection complète de la Quinzaine des Réalisateurs :

Un beau soleil intérieur, de Claire Denis (film d’ouverture)

A Ciambra, de Jonas Carpignano

Alive in France, d’Abel Ferrara

L’Amant d’un Jour, de Philippe Garrel

Bushwick, de Cary Murnion & Jonathan Milott

Cuori Puri, de Roberto De Paolis (1er film)

The Florida Project, de Sean Baker

Frost, de Sharunas Bartas

I am not a Witch, de Rungano Nyoni (1er film)

Jeannette, l’enfance de Jeanne D’Arc, de Bruno Dumont

L’Intrusa, de Leonardo Di Costanzo

La Denfensa Del Dragon, de Natalia Santa (1er film)

Marlina si Pembunuh Dalam Empat Babak, de Mouly Surya

Mobile Home,s de Vladimir de Fontenay

Nothingwood, de Sonia Kronlund (1er film)

Ôtez-moi d’un Doute, de Carine Tardieu

The Rider, de Chloé Zhao

West of the Jordan River (Field Diary Revisited), d’Amos Gitai

Patti Cake$, de Geremy Jasper (1er film), (film de clôture)

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Séries Mania : 13 Commandments ou Seven en Belgique

Découverte en exclusivité mondiale au festival Séries Mania 2017 des deux premiers épisodes de 13 Commandments, une série policière belge inspirée par Seven qui suit des enquêteurs sur la piste d’un sérial tortureur ou « ange de la mort aussi salvateur ».

Synopsis : S’inspirant des dix commandements, un serial-killer commet plusieurs meurtres afin de rétablir un nouvel ordre moral. Un agent proche de la retraite nommé Peter Devriendt et sa jeune coéquipière, Vicky Degraeve, se lancent dans une chasse à l’homme, afin de faire cesser les crimes punitifs de ce nouveau prophète…

« Inspiré par Seven »¹

¹ note à propos de la série dans le livret Séries Mania, page 28

Disons-le de suite : 13 Commandments ne propose pas une intrigue fichtrement originale ou novatrice. La série reprend les poncifs du genre : un protagoniste (Peter) qui a du mal à vivre son quotidien de solitude et qui s’inquiète pour sa fille et son avenir ; une héroïne (Vicky) abimée et toujours rongée par un vieil accident ; un tueur aux revendications étranges et citant des passages de la Bible, assassin mais pas que. En effet, le tueur surnommé Moïse a d’abord commis un meurtre et a torturé ses deux autres victimes (brûlée pour l’une ; l’autre a eu la langue coupée) et les a laissées en vie (en appelant même les secours dans un cas). Si l’un des collègues de Peter, Simon Roelandts, note qu’il pourrait s’agir d’un « ange exterminateur aussi salvateur », on notera qu’il s’agit surtout de messages destinés à tous, notamment à la police. Le protagoniste recevra en effet des SMS étranges, connotant des punitions divines qui seront infligées peu après aux victimes élues par Moïse. Rien de nouveau sous l’horizon du thriller, mais tout de même, la question doit être posée : quel est donc le lien entre notre héros policier et le tueur ? Où ce dernier veut-il en venir ?

Un casting et une réalisation au service de l’efficacité

Poser ces deux dernières questions expose un fait : la série, même si elle n’est pas novatrice, est particulièrement efficace. Servi par un casting formidable, le mystère saura vous draguer, et l’intrigue, capter votre attention. Car 13 Commandments est excellemment exécuté, de sa construction visuelle à son travail sonore. L’image de la série belge est à la fois classique mais maîtrisée (on pense à la silhouette et au regard d’une adolescente tenue au silence, observant les policiers partir depuis sa fenêtre tel un fantôme), et élaborée : on note le travail du cadre qui joue avec les vitres transparentes et les fenêtres. Ce jeu appelle au travail du regard des policiers et des spectateurs qui essayent de distinguer le vrai du faux, mais qui sont aussi des êtres observés par Moïse (rappelons les envois de SMS).

La caméra est ainsi une fenêtre, un regard – que l’on s’appropriera en tant que spectateurs – qui donne sur d’autres ouvertures qui permettent à notre vision de s’accroitre, mais permet aussi de nous observer depuis l’extérieur. En cela, 13 Commandments est un véritable jeu d’ombres et de silhouettes, de vérités alternatives et de faux-semblants, dans une Belgique fatiguée où la violence règne, et s’inscrit jusque dans les corps des personnages de la série.

Inspirée par ‘Seven’, ’13 Commandments’ est une série du regard.

Des corps en désagrégation

La Belgique est présentée comme pays en souffrance, où les regards peuvent être à la fois révélateurs et ouvertures au danger. Peter Devriendt, souffrant de sa solitude, se rend pendant le premier épisode dans une maison close. L’intérieur du bâtiment est rendu visible par de grandes fenêtres transparentes donnant sur un décor aux couleurs rose/rouge et surtout sur les corps marchandés présentés tels des objets en vitrine comme dans bien des boutiques.

Car la réalisation de 13 Commandments donne aussi à voir des corps. Des corps déshumanisés et vendus tels des objets, des corps torturés ; d’autres accidentés : celui de Vicky est en perpétuelle souffrance ; quant à Peter, ce dernier est vieillissant mais ne cherche qu’à retrouver une passion, une flamme pour réanimer ce corps bientôt à la retraite professionnelle qui l’enfermerait dans une solitude presque complète. La fille de Peter, Sara, qui ne cesse de se chercher en changeant de formations, mais aussi de looks, voit son corps se métamorphoser au fur et à mesure de ses modes et de sa quête existentielle (elle testera les drogues légères, par exemple). Sara est un ainsi un corps en construction mais en proie au doute, dans un pays touché par de nombreuses crises – parlementaire, économique, communautaire – et par le terrorisme.

Les agents Marnix Santermans (à gauche) et Simon Roelandts (à droite).

Mais la Belgique ne saurait être pleinement corporalisée si on oubliait sa force humoristique. Nouveau collègue de Simon Roelandts, Marnix Santermans est un policier dont l’incompétence et les maladresses sont des sources de comédie. Car 13 Commandments possède de l’humour. Marnix a un bon embonpoint, et ne possède aucun masque quant à ses émotions ou ses réflexions. Cet inspecteur Clouseau belge – en plus allégé –, exposera son dégout face à la première victime, n’hésitera pas à poser naïvement des questions évidentes, ou encore à jouer au mauvais flic, pire même, le devenir lors d’une séquence d’interrogatoire déjà culte. Dans cette scène, Marnix est déterminé à obtenir des aveux du petit-ami de la première victime, qui ne peut être que le tueur selon lui, alors que le jeune homme est pleinement innocent – preuves à l’appui. Le policier joue de sa grosse voix et de ses bonnes joues pour acculer le gosse déjà terrorisé par la mort de celle qu’il aime, en frôlant le harcèlement moral. Absurde, loufoque, grotesque sont les qualificatifs les plus aptes à définir cette séquence, et de manière générale, ce policier qui semble toutefois bienveillant.

« Tu t’es pris pour Brad Pitt dans Seven ? »

– Simon à Peter dans l’épisode 1 –

13 Commandments se présente ainsi comme un récit classique mais intriguant. Une série efficace exécutée excellemment et intelligemment, qui filme la fiction d’une réalité ; les corps comme figures des douleurs, meurtrissures, et ténèbres de la Belgique, qui n’a toutefois pas perdu son humour. Une série de treize épisodes à découvrir et à suivre, sans aucun doute.

Fiche Technique : 13 Commandments

Titre original : De Geboden
Création : Rita Bossaer, Mathieu Depuydt, Dirk Nielandt, Lieven Scheerlinck, Ed Vanderweyden
Réalisation : Maarten Moerkerke
Scénaristes : Nele Meirhaeghe, Maarten Moerkerke, Geert Verbanck, Koen Sonck, Frauke Heyde
Interprétation : Dirk Van Dijck, Marie Vinck, Karlijn Sileghem, Berth Halvoet, Tom Ternest, Koen Van Impe, Ella Leyers, Line Pillet
Production : Menuet
Distribution : Attraction Distribution (International)
Diffusion : VTM (Belgique)
13 x 45 minutes

Belgique – 2017

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Séries Mania : Born To Kill, une série de Tracey Malone et Kate Ashfield

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Nous avons découvert en avant-première mondiale Born To Kill, la mini-série noire venue de Grande-Bretagne, faisant partie de la compétition officielle du festival Séries Mania 2017.

Born To Kill est une troublante exploration de la psyché d’un adolescent en proie à des pulsions meurtrières. Si la trame de l’histoire reste assez banale – un jeune serial killer en devenir dont on comprend rapidement que le père partage les mêmes pulsions – le personnage de Sam est assez complexe pour piquer notre curiosité. Ayant un charme indéniable, Sam est beau, poli et un petit peu maladroit dans les interactions sociales. Faisant partie de l’équipe de natation, Sam n’a pourtant pas beaucoup d’amis selon la principale du lycée, l’adolescent préférant passer son temps libre à l’hôpital, où sa mère travaille, et faire la lecture aux patients. Dans sa chambre, il se filme en train de réciter les histoires qu’il invente sur la mort de son père puis analyse ses propres expressions. Dès lors, on ne sait plus quand est-ce que Sam joue ou non la comédie. A-t-il des sentiments sincères pour Chrissy, la nouvelle venue en ville ? Ressent-il une quelconque empathie ou est-il un pur psychopathe ? Lors de sa rencontre avec Oscar, (un garçon qu’il a défendu contre des élèves qui le brutalisaient), il lui demande ce qu’il a ressenti lorsqu’il se faisait humilier et malmener en public. Lorsqu’Oscar lui avoue avoir été terrifié et qu’il lui décrit sa peur, “d’abord tout était noir, puis tout est devenu blanc”, Sam semble fasciné par ces émotions qu’il ne parait pas pleinement comprendre.

Si Born To Kill arrive à nous captiver, c’est aussi grâce à sa photographie : l’image à dominante verte nous plonge dans l’esprit sinistre et glauque d’un adolescent en proie à de sombres et violentes pulsions. Les couleurs primaires s’additionnent dans les mêmes plans, un mélange de teintes agressives qui nous donne une impression d’enfermement, l’impression d’être à l’intérieur d’un esprit à la fois beau et fascinant mais aussi malsain et extrême qui nous met mal à l’aise. Sam balance entre le froid et la distance du bleu de son manteau à une violente rage représentée par exemple par les néons rouges flamboyants des vestiaires dans lesquels il finit par se déchainer sur Oscar. L’adolescent est clairement traumatisé par l’absence de son père (et ce qu’il se rappelle de lui dans de vagues souvenirs). Il est d’ailleurs intéressant de voir une figure du serial killer autre que celle d’un trentenaire habitant dans un sous-sol. Sam n’est qu’un enfant (même si cela l’irrite terriblement qu’on le lui rappelle), ici la présence des parents est primordiale et on peut observer les interactions entre adolescents et géniteurs aussi bien pour Oscar, Chrissy que Sam. La mère de Sam, qui refuse de lui parler de son père, est souvent filmée en contre-plongée ; ne faisant que rappeler à Sam son manque de contrôle. On se rappelle alors sa discussion avec Oscar qui lui demandait s’il avait peur de plonger, Sam lui confiait que lorsqu’il était tout en haut, au-dessus de tous ces gens, personne ne pouvait l’atteindre. Lorsque, plus tard, il s’apprête à tuer sa deuxième victime, la trainant jusque dans la salle de bain, la caméra tombe et se renverse : Sam contrôle désormais la situation, personne à ce moment-là ne le regarde de haut. Le réalisateur Bruce Goodison exile parfois ses personnages sur les côtés du cadre, les isolant et accentuant d’autant plus la distance entre les deux interlocuteurs, comme lorsque la mère de Sam peine à comprendre le comportement de son fils, pensant qu’il vole des objets par simple esprit provocateur adolescent alors que ce dernier commence en fait sa collection d’effets personnels de ses victimes.

La série comptera en tout 4 épisodes qui seront diffusés à partir du 20 avril au Royaume-Uni sur Channel 4.

Born To Kill : Bande-annonce

Synopsis : Sam, adolescent à la personnalité complexe, vit avec sa mère infirmière, et pense que son père est mort dans un accident. Il passe son temps entre le lycée et l’hôpital où il tient compagnie à des personnes âgées. « Born to kill » explore la psyché d’un ado en proie aux pulsions meurtrières qui l’habitent. Une radioscopie dérangeante et élégante d’un serial-killer en devenir.

Born To Kill : Fiche Technique

Créateurs : Tracey Malone, Kate Ashfield
Scénaristes : Tracey Malone, Kate Ashfield
Interprétation : Romola Garai, Danny Mays, Lara Peake, Elizabeth Counsell, Jack Rowan
Réalisateur : Bruce Goodison
Producteur : World Productions
Vendeur international : BBC Worldwide
Diffuseur : Channel 4

Royaume-Uni – 2017

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Life : Origine inconnue, un film de Daniel Espinosa : Critique

Sur le papier, Life ne semblait qu’être une pale copie d’Alien coupé au Gravity d’Alfonso Cuaron. Sauf qu’en rameutant un casting all-star (Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds et Rebecca Ferguson) tout en prenant de front la violence forcément hardcore du sujet, Daniel Espinosa emballe un survival SF horrifique particulièrement tendu et plutôt réjouissant.

Sony et l’espace : 2ème. Après le transparent Passengers, la firme japonaise persiste et signe dans le divertissement spatial avec Life. Exit donc les tourtereaux photoshopés Chris Pratt et Jennifer Lawrence et place à une fine équipe de scientifiques de la station spatiale internationale (ISS), qui vont avoir le toupet de réveiller un organisme tout droit venu de Mars, qui sans surprise va se la jouer bébête tueuse et tenter de décimer tout l’équipage.

Dans l’espace, personne ne vous entendra crier

Des scientifiques désœuvrés, qui plus est parqués dans un lieu unique – ici l’ISS – et qui partent à la chasse d’un monstre à l’appétit vorace : les plus attentifs ne manqueront pas d’y voir là l’histoire du premier Alien (R. Scott). Difficile de leur en vouloir en soi car Life ne se cache jamais de cette (grosse) référence et pour cause : il est conscient de ne pas réinventer le genre. Mieux encore, il s’en fout. Une indifférence qui semble guère étonnante dès lors qu’on sait qui se cache derrière le scénario du film : le tandem Paul Wernick / Rhett Reese. Déjà à l’oeuvre sur Deadpool, ce petit film où Ryan Reynolds parle comme un charretier et se sape en rouge pour dézinguer du pourri sur fond de Wham, les deux comparses se sont forgés une petite réputation de trublions infusés à la pop-culture et à l’impertinence. Les voir donc reprendre le film d’horreur spatial le plus emblématique du 7ème art, et le coupler avec l’atmosphère très « réaliste » de Gravity pour leur nouveau projet n’avait rien d’anodin : les deux compères souhaitant simplement ici sortir leur version 2.0 d’Alien. Et il n’y a pas à dire : ils y mettent les formes d’entrée de jeu. A peine le temps de voir un formidable plan-séquence introductif (encore un emprunt à Gravity) que le scénario se met en branle : les scientifiques sont sur le qui-vive, prêt à analyser des morceaux de roches martiennes dans lesquelles ils constatent la présence d’une forme de vie. Très vite, cette entité, que l’on surnommera Calvin, montre les crocs, prête à répandre l’hémoglobine dans la station spatiale internationale, qui se transforme en un dédale bleuâtre où nos gentils scientifiques essayent de survivre.

Un scénario à la noirceur sournoise. 

Et là, le jeu de massacre commence. Ne cachant jamais ses références (Alien ou encore The Thing de John Carpenter), le film se mue alors en un survival ultra sanglant & même gore. Mains broyés, corps qui explosent de l’intérieur, gerbes de sang flottant en gravité 0, tout s’enchaîne à une telle vitesse que l’on n’a guère le temps de se soucier des nombreuses incohérences qui jalonnent les images. Tout au plus sommes nous happés devant le spectacle macabre dont l’ingéniosité n’a d’égal que l’efficacité de la mise en scène. Car bien que le budget soit faible pour le tout-venant des blockbusters (59 millions de $), Life jouit de deux éléments, qui une fois combinés, rendent appréciable cette série B qui mène sa barque sans prétention : la mise en scène et le scénario. Si la première, fonctionnelle et, qu’on se le dise, efficace permet de maintenir la tension, surtout grâce à la photographie ouatée de Seamus McGarvey (Avengers), c’est bien le deuxième, noir en diable qui est à l’aune de tout le succès de l’ensemble. Une noirceur inhabituelle pour ce genre de production, d’autant plus surprenante qu’elle n’hésite pas à sacrifier ses stars sous les coups d’une bête diablement habile et dont l’acharnement à vouloir éliminer les membres d’équipages relève de l’exploit. A l’arrivée, on retiendra un divertissement horrifique de bonne tenue qui se conclut par une fin pessimiste en diable, mais totalement cohérente, tant à l’instar de deux compères qui l’ont écrite, elle incarne l’amère ironie propre aux films ou des scientifiques jouent à Dieu.

A mi-chemin entre la SF et l’horreur, et fort d’une mise en scène efficace, Life est une série B horrifique de plutôt bonne facture, bien aidée par sa tension omniprésente et sa fin délicieusement cruelle.

Life : Bande-annonce

Synopsis : À bord de la Station Spatiale Internationale, les six membres d’équipage font l’une des plus importantes découvertes de l’histoire de l’humanité : la toute première preuve d’une vie extraterrestre sur Mars. Alors qu’ils approfondissent leurs recherches, leurs expériences vont avoir des conséquences inattendues, et la forme de vie révélée va s’avérer bien plus intelligente que ce qu’ils pensaient…

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Life: Origine inconnue : Fiche Technique

Titre original : Life
Réalisation : Daniel Espinosa
Scénario : Rhett Reese et Paul Wernick
Interprétation : Jake Gyllenhaal (Dr David Jordan), Rebecca Ferguson (Miranda North), Ryan Reynolds (Rory « Roy » Adams), Hiroyuki Sanada (Sho Kendo), Ariyon Bakare (Hugh Derry), Olga Dihovichnaya (Katerina Golovkin), Naoko Mori (Kazumi)
Direction artistique : Marc Homes et Nigel Phelps
Costumes : Jenny Beavan
Photographie : Seamus McGarvey
Montage : Paul Tothill
Production : David Ellison, Dana Goldberg, Bonnie Curtis et Julie Lynn
Sociétés de production : Columbia Pictures, Skydance Productions et Sony Pictures Entertainment
Sociétés de distribution : Sony Pictures (États-Unis), Sony Pictures Releasing France (France)
Budget : 58 000 000 $
Genre : Horreur, science-fiction, thriller
Durée : 104 minutes
Date de sortie : 19 avril 2017
Interdit aux moins de 12 ans

Etats-Unis – 2017

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Séries Mania 2017: Dumb et Before We Die

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Au panorama international, la série caustique israélienne Dumb est un concentré de cris, pleurs et d’actes manqués tandis que la série suédoise Before We Die vacille entre policier et drame psychologique. Des portraits contemporains intimes qui finissent par lasser…

Dumb – Plus bête qu’il n’en faut

Synopsis : Actrice frustrée au fort caractère, Shiri a trente ans mais paraît bien plus jeune, ce que tout le monde ne manque pas de lui rappeler dans sa vie professionnelle comme personnelle. Un concours de circonstances transforme ce désavantage en atout. Une série bien menée, caustique et originale, portée par une galerie de personnages réalistes et représentatifs de l’Israël d’aujourd’hui.

Le duo de créateurs Bat Hen Sabag et Shay Capon de la série Dumb, aussi corrosif que ses deux personnages principaux raconte l’histoire d’un gaillard qui ne mâche pas ses mots, mais atténue le travail de sa camarade, une fine fille aux cheveux courts post punk et très féminine qui ne manque pas de le rappeler à l’ordre quand besoin. Le ton rock, un peu suranné et frais, Dumb nous plonge directement dans la frustration d’un destin d’une femme combative et fragile. Mais rapidement les coups de gueule s’enchaînent laissant peu de répit au spectateur de moins en moins curieux. La mise en scène immersive semblable à un film d’auteur « dramédique » sur les méandres de la conjugalité réduit le rythme pourtant convaincant du départ. Les figures proches de l’emblématique frôle sensiblement le déjà vu et les personnages qui nous amusaient sur les premières minutes sombrent dans une routine de « je gueule plus que toi » et de reconquête perdue d’avance. La B.O. qui accompagne ce premier épisode est international et entraînant, mais l’on ressort rapidement de la salle que moyennement captivé.

Before we die – Avant de dormir surtout

Synopsis : Hanna, brillante officier de police, tente de renouer le dialogue avec son fils. Mais toute réconciliation semble impossible depuis qu’elle l’a fait arrêter pour trafic de drogue. Sa vie professionnelle et personnelle bascule lorsque Sven, son ami, collègue et amant, disparaît.

Si le réalisateur avait déjà gagné les faveurs en 2013 du public de Séries Mania avec Don’t Ever Wipe Your Tears Without Gloves, il n’a pas le même traitement de faveur pour ce pilote droit, mais sans grand intérêt. Est-ce par cumul successif d’histoires du même acabit et de genres semblables déjà traités mille fois sur le petit écran, en unitaires, séries ou même longs métrages que Before We Die –au générique simplissime rappelant Sons of Anarchy (en effet, les bikers sont prétextes à conflits scénaristiques)- ne décolle jamais au-delà d’une simple histoire de traîtrise sans grande émotion. Malgré une construction impeccable et des acteurs quasi-irréprochables, la série suédoise qui a fait un carton sur STV finit néanmoins par endormir les moins récalcitrants. A tel point qu’il nous est impossible de nous rappeler de la fin… La salle 4 d’UGC s’est vidée de moitié avant le deuxième épisode, est-ce un hasard ?

11 Minutes, un film de Jerzy Skolimowski : Critique

Ce mercredi 19 avril est sorti dans les salles le nouveau thriller polonais intitulé 11 Minutes. En remodelant le schéma narratif de son film, Jerzy Skolimowski prend le risque de laisser le spectateur… dubitatif !

Synopsis : Un mari jaloux hors de contrôle, une actrice sexy, un réalisateur carnassier, un vendeur de drogue incontrôlable, une jeune femme désorientée, un ex-taulard devenu vendeur de hot-dog, un laveur de vitres en pause 5 à 7, un peintre âgé, un étudiant qui a une mission secrète, une équipe d’auxiliaires médicaux sous pression et un groupe de nonnes affamées. 11 moments de vie de citadins contemporains qui vont s’entrecroiser et s’entrelacer.

Un exercice vain

11-minutes-paulina-chapkoPrésenté à la sélection officielle du Mostra de Venise en 2015, 11 Minutes s’annonçait comme un drame d’un genre nouveau. Pourtant, nous nous retrouvons plongés pendant 1h20, au centre d’un scénario complètement éclaté. En jouant à déconstruire et reconstruire les classiques de la réalisation, Jerzy Skolimowski immerge son œuvre cinématographique dans un amas de confusions. À l’honneur, pas moins d’une dizaine de personnages se succédant, s’entremêlant et se déchainant dans un thriller quelque peu soporifique. Nous attendons impatiemment le dénouement, annoncé comme un twist final efficace, profond et surprenant. Pourtant, à l’arrivée de cette dernière séquence, le jugement reste le même : 11 Minutes est un puzzle qui s’emboite difficilement. Et si l’erreur de ce film se trouvait dans son originalité même ? Éternels retours en arrière, d’innombrables temporalités (accélérations, ralentis) ou encore de nombreux mouvements et angles de vues… Bref, en s’affranchissant des codes cinématographiques, Jerzy Skolimowski a étouffé son film par une accumulation d’exercices de style. Entre une mise en scène stéréotypée et des effets visuels et sonores artificieux, 11 Minutes se révèle n’être qu’un drame prétentieux et clinquant.

L’effet papillon

« On ne comprend que la vie est précieuse que lorsqu’on la perd. Alors faisons-en le meilleur usage possible tant que nous sommes vivants. » Jerzy Skolimowski

11-minutes-david-ogrodnik11 Minutes se présentait pourtant comme un drame alarmant. En construisant son scénario autour de la thématique de l’irréversibilité du temps, Jerzy Skolimowski semblait ancrer son œuvre dans le présent. En effet, nous vivons actuellement dans une société en éternel mouvement. Métro-boulot-dodo, cela est schématique mais pourtant notre quotidien se résume à ce cycle, parfaitement défini de manière innocente et futile. À travers son scénario démantelé, Jerzy Skolimowski souhaite nous faire prendre conscience de l’irrévocable sort de la vie… 11 minutes, 11 moments, 11 vies que tout oppose, ou presque. Même si 11 Minutes est loin d’être le thriller de l’année 2017, il a pourtant le mérite de réveiller en nous une question existentielle : Et si un seul élément déclencheur pouvait provoquer votre disparition ? Cette théorie de l’effet papillon, mis à l’honneur dans ce film, était-elle peut-être un sujet cinématographique déjà épuisé ?

Ce scénario schématisé autour d’un puzzle narratif n’aura pas eu l’effet escompté. 11 Minutes restera un thriller ambitieux, au goût de déjà vu.

11 Minutes : Bande Annonce

11 Minutes : Fiche Technique

Réalisation : Jerzy Skolimowski
Scénario : Jerzy Skolimowski
Interprétation:Richard Dormer, Paulina Chapko, Wojciech Mecwaldowski, Andrzej Chyra…                              Producteurs executifs : Jeremy Thomas, Ed Guiney, Andrew Lowe, Marek Zydowicz
Producteurs: Jerzy Skolimowski, Ewa Piaskoska
Directeurs de la Photo: Bernard Walsh, Mikolaj Lebkowski
Son : Alan Scully
Musique : Pawel Mykietyn
Montage: Agnieszka Glinska       
Scénario : Jerzy Skolimowski
Durée : 1hh21
Genre : Thriller
Date de sortie : 19 avril 2017

Pays : Pologne-2015
                                                           

Séries Mania : I Love Dick, la nouvelle série signée Jill Soloway

Découverte au festival Séries Mania 2017 d’I Love Dick, la nouvelle série de Jill Soloway (Transparent) suit avec humour et bienveillance une quarantenaire paumée trouver un nouveau point de repère et une nouvelle passion en la personne d’un certain Richard, surnommé Dick.

Synopsis : Chris (Kathryn Hahn) est une réalisatrice, mais est-elle une bonne réalisatrice et surtout une cinéaste accomplie et reconnue ? Chris est mariée, mais son couple fonctionne-t-il réellement ou est-il en délitement ? Autant de questions qui travaillent la quadragénaire paumée alors qu’on la découvre suivre son mari Sylvère dans la petite ville texane ultra culturelle de Marfa. Celui-ci y démarre une résidence pour “penser l’holocauste”. Cela sous la responsable d’un certain Richard (Kevin Bacon), surnommé Dick, un artiste et surtout un homme pour lequel Chris va se passionner.

« Dear Dick »

Le show signé par Jill Soloway suit la passion peu de commune de Chris pour Dick, qui va se matérialiser sous la forme d’une correspondance épistolaire, et d’une perception fantasmée par Chris de la réalité.

Cette dernière écrit, beaucoup. Des idées, des désirs, des aveux, le tout étant destiné à Dick. Les lettres sont d’abord des écrits cathartiques, certes pour Dick, mais elles permettent à Chris de vider son sac, d’exprimer ses fantasmes, ses envies à un homme qui ne semble en aucun cas la désirer et même la considérer. Toutefois cette passion secrète pour Dick ne le sera plus quand elle en parlera à Sylvère. Étrangement, leur couple va retrouver leur sexualité mise de côté et leur flamme grâce au fantasme qu’incarne Dick.

Kevin Bacon est Dick.

Et pourtant, l’homme est loin d’être un samaritain. Alors que Dick, Sylvère et Chris sont réunis lors d’un dîner à un restaurant, l’événement organisé par cette dernière va prendre une toute autre tournure. L’artiste se moquera du nouveau film de Chris qui a à peine présenté son sujet : « un couple, ou plutôt une femme dans un couple qui représente toutes les femmes écrasées par les attentes sociétales ». Il demande alors à Sylvère, en chuchotant, et sur un ton moqueur, si elle est douée. Chris ne sait déjà plus comment réagir, paralysée face au comportement bête et méchant des deux hommes. Mais ça c’est fini, le personnage incarné par Kevin Bacon déclare alors sûrement : « Les femmes font de mauvais films parce qu’elles sont dans une position de victimisation. » Comme le note Iris Brey (dans son retour du pilote sur le site des Inrocks) : « Le beau gosse devient alors clairement un “real dick”. Un vrai connard. » Chris a tenté de répondre au machisme de Richard, en sortant, désespérée, des noms de grandes cinéastes : Jane Campion, Chantal Akerman. Mais rien n’y fait, et Chris part aux toilettes, où sa folle passion n’a en rien été éreintée par la conversation, au contraire.

Plus tard, alors que Chris lit sa première lettre à son compagnon Sylvère, elle dévoile sa vision fantasmée de ce moment au restaurant, mise en scène par ses désirs : le pied droit de Dick caressant le sien sous la table occultant le regard naïf de Sylvère, entre autres choses – ; mais frustrée par ses attentes non comblées : elle aurait aimé qu’il la rejoigne aux toilettes, par exemple.

Le cinéma/la télévision pour inventer ; révéler ; et lire

La mise en scène de fantasmes représente de véritables moments visuels dans la série. Ces derniers travaillent le portrait sublime – imaginé par Chris rappelons-le – de Dick, alors véritable déité ; et présenté comme une figure de sex-symbol ; aussi Dick se voit être filmé tel le cowboy, mâle hégémonique ; ou encore, certains de ses gestes deviennent de véritables mouvements de beauté pure pour Chris, comme lorsqu’il allume une cigarette. Les fantasmes contribuent à nuancer la passion de Chris pour Dick, qui n’est pas juste sexuelle, ou juste celle d’une femme désespérée dans son foyer, ou encore juste celle d’une cinéaste face à sa muse. Justement, la série va tenter de révéler par différents moyens – tels que le fantasme comme invention/réinvention d’une réalité alors alternative – ces bouleversements passionnels que connaît Chris.

À l’écran, des mots, des morceaux de phrases des lettres, apparaissent souvent en caractères blancs sur un fond rouge. Car il s’agit de lire Chris Kraus, personnage de la série, mais aussi le matériau d’origine, ouvrage éponyme qui la prend la forme d’une autobiographie fictionnalisée dans un échange de lettres. Cette forme est aussi un hommage, et plus que ça, la reconnaissance d’un héritage au cinéma de femmes. Notamment de Chantal Ackerman, remémorée et remerciée par d’autres femmes.

« Dans I Love Dick, le livre, Chris Kraus cite l’artiste Sophie Calle pour contextualiser sa démarche. Le XXème siècle a été le moment où les plumes féminines ont été considérées, le XXIème sera celui où les réalisatrices le seront. C’est le message que Soloway met en scène (…) »

– Iris Brey, Ibid.

En effet, I Love Dick est une série certes signée par Jill Soloway, mais surtout construite par un groupe de femmes réunies par celle-ci. Un groupe au féminin dans lequel on trouve Sarah Gubbins, dramaturge qui a adapté le roman avec Soloway ; Mandy Hoffman à la musique ; Catherine Haight, Julie Cohen et Christal Khatib au montage ; et notamment Kimberly Peirce (Boys Don’t Cry ; Carrie, la vengeance) et Andréa Arnold (Fish Tank ; American Honey) à la réalisation d’épisodes.

Les trois épisodes projetés ont révélé une nouvelle série à suivre absolument. Servie par un casting formidable (Kathryn Hahn, l’une des stars de Crossing Jordan, est éblouissante), I Love Dick annonce un nouveau souffle pour les femmes dans le milieu du cinéma/de la télévision qu’elle marquera certainement.

Bande-Annonce : I Love Dick

https://www.youtube.com/watch?v=N7m8Xu2iwOk

Fiche Technique : I Love Dick – 3 premiers épisodes

Création : Jill Soloway, Sarah Gubbins
Réalisation : Jill Soloway, Andrea Arnold, Kimberley Peirce
Interprétation : Kathryn Hahn, Kevin Bacon, Bruce Gilbert, Meshell Ndegeocello
Production : Amazon Studios, Topple Productions
Producteurs exécutifs : Jill Soloway, Sarah Gubbins, Andrea Sperling, Victor Hsu
Distribution : Amazon Studios
Diffusion : Amazon Prime Vidéo (États-Unis & France)

États-Unis – 2017

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