Accueil Blog Page 607

Interview de Damien Leblanc, Les Révolutions de Mad Men

Pendant le festival Séries Mania, rencontre avec Damien Leblanc, auteur d’un essai conséquent sur Mad Men, nommé Les Révolutions de Mad Men.

Les Révolutions de Mad Men, disponible depuis le 28 mars 2017, réfléchit ainsi la série de Matthew Weiner diffusée entre 2007 et 2015 sur AMC. La note de l’éditeur : « Durant sept saisons, elle a montré l’Amérique des années 1960 à travers le regard de personnages évoluant dans la publicité, façonnant le rêve américain. Entre élégance visuelle, univers narratif original, héros mélancolique et évolutions politiques, elle s’impose comme un grand portrait de la société américaine passée et actuelle. »

Attention, si vous n’avez pas terminé la série, l’écrit comme l’interview vous dévoileront des éléments conséquents de l’intrigue. Vous voilà prévenus, maintenant, place à la rencontre.

Damien Leblanc, qui êtes-vous ?

« Je m’appelle Damien Leblanc, j’ai 34 ans. Je suis à la base fan de cinéma et de séries, et critique de cinéma depuis 10 ans. J’ai commencé pendant mes études à écrire dans des magazines étudiants, et puis il y a dix ans, de façon professionnelle. Petit à petit les séries télévisées sont devenues de plus en plus importantes. J’ai commencé à écrire sur des shows comme Un Village Français, Mad Men. Et je travaille pour Première depuis quatre ans. »

Écrire un essai sur l’ensemble de Mad Men n’avait pas encore été fait jusqu’ici. La série avait été évoquée ici et là, à l’image de son héros plus ou moins travaillé et théorisé.

« Au départ, pendant la diffusion de la série, j’ai écrit différents articles à son sujet. Et j’ai vu que pas mal de sites, de blogs français faisaient des comptes rendus de saisons et d’épisodes, donc c’était une vision de Mad Men un peu partielle à chaque fois. Un livre est sorti en France en 2011, mais c’était vraiment un livre photo, avec les coulisses de la série, la production… »

C’était plutôt promotionnel. 

« Oui, c’était un peu promotionnel. C’était un « beau livre » comme on dit. Et donc, Les Révolutions de Mad Men est le premier essai en français. Il y en a eu quelques-uns en anglais, dont Mad Men, Death and the American Dream, publié l’an dernier par Elisabeth Bronfen. Et les articles de la presse française sur la série ont été nombreux, je m’en suis rendu compte en écrivant le livre. Mais c’est vrai que des analyses sur l’ensemble de la série, sur les sept saisons qui permettent d’avoir une vision d’ensemble, il n’y en a pas vraiment. Et puis ça demande du temps. Analyser une série dans son intégralité pour en écrire plus de dix pages, ça demande beaucoup de temps. Même un article pour internet ou un journal sur une série, ça prend déjà plusieurs jours, plusieurs semaines pour l’analyse. Il faut déjà le temps de revoir le show. Je ne trouve pas ça évident.

Je trouve ça très dur et très plaisant en même temps. Parce qu’une série a tellement de choses à dire, c’est tellement long… Si on veut s’arrêter sur chaque scène d’un pilote, par exemple celui de Twin Peaks, on peut faire un article de quarante pages, parce que c’est sans fin, ça peut être très long.

Mon idée était vraiment d’attendre la fin de la série pour avoir du recul sur cette passionnante série. Je pense que tant qu’on ne connaît pas la fin d’une série, on ne peut pas totalement avoir un discours complet sur les personnages, notamment sur Don Draper, totalement énigmatique. Il faut vraiment attendre la dernière image de la série pour commencer à savoir quoi penser de ses agissements. »

Les Révolutions de Mad Men sont celles du récit de la série : sociales, historiques, et celles propres aux personnages ?

« Oui, c’était l’idée. J’aime beaucoup cette série depuis le début, mais c’est vraiment à la saison 4 – d’ailleurs la première que j’ai regardée en direct –, que la série change vraiment. Elle devient plus légère, plus drôle. Elle rentre plus dans les années 60 avec la libération des mœurs. Même le style de la série, avec ses couleurs, devient plus moderne. Il y a plus d’humour, de décontraction. Et en fait je suis parti de ça : une série qui arrive autant à changer en plein milieu. Vraiment la saison 4 est la saison centrale. Du coup, je me suis interrogé, et je me suis rendu compte que ce n’était pas seulement une série nostalgique ou critique des années 60, mais une réflexion sur une décennie entière de changements, d’évolution. Don Draper notamment, toute la première saison tourne autour du vol d’identité, et c’est déjà l’idée du changement. Avant même que la série commence, il a changé d’identité, de classe sociale. La question est alors : à quel point est-il prêt à changer pour être bien dans sa peau ?

Voilà, l’idée de changement dans Mad Men est narrative, politique, esthétique, et elle concerne ces personnages qui se sentent tous obligés de devoir évoluer pour s’adapter et ne pas être largués. Au cours de la série, certains personnages disparaissent. Il y a cette impression que Mad Men présente un univers dans lequel il faut s’accrocher pour avoir le droit d’aller au bout de la série, soit dix ans de vraies mutations sociales et politiques décrites de façon précise je trouve. Même si ça n’a pas l’air d’être le sujet principal au début. On a plus l’impression que c’est une série sur le machisme et sur des hommes qui fument et créent des pubs. Mais, c’est une réflexion sur l’Amérique, comme mythe du changement permanent. Je pense que le créateur s’interroge là-dessus : qu’est-ce que ce pays où il faut se réinventer pour survivre ? »

Justement, vous l’écrivez dans l’épilogue du livre (page 126). Et aussi que Weiner capte un cycle qui pourrait revenir au présent.

« Il y a des retours en arrière dans la série. Par exemple, Don Draper dans certains épisodes de la dernière saison ressemble au Draper du début. Weiner dit lui même que toute révolution se termine par une espèce de retour à l’ordre. Il cite Mai 68, mais aussi la révolution française. Il explique qu’après chaque révolution, il y a la menace du retour d’un ordre ancien. Ce qui est assez intéressant avec Mad Men, de nos jours, c’est que la diffusion a commencé quand George W. Bush était président. Puis Obama a été élu une semaine après la saison 2 (2008). Et la série s’est terminée en 2015 à un moment où on pensait qu’Hillary Clinton serait élue. Finalement on se rend compte qu’après la fin de la série, c’est Trump qui est élu. C’est facile à dire, mais c’est d’une certaine façon un retour en arrière de l’Amérique dans le sens où il s’est beaucoup référé aux années 80. Trump est un peu une créature des années 80. On doit reconnaître que c’est une sorte de retour du machisme. Justement je trouve que Mad Men arrive inconsciemment à traiter ça, c’est-à-dire du fait que toute révolution n’est jamais définitive et que tout progrès peut cacher de profonds conflits… Dans le livre, je fais un lien entre la façon dont la série parle du Vietnam, et celle dont le 11 septembre (2001) a été traité aux États-Unis. Et je me demande : est-ce que les guerres de l’Amérique ne sont pas des choses qui reviennent ? Une forme de cycle donc ? »

Le générique de Mad Men : chute d’un personnage et de son espace et de ses affaires dans les mensonges qu’il a créés, et qui le constituent.

Vous avez écrit que Weiner fait avec Mad Men un voyage fantasmatique dans le passé. Et en même temps, il n’hésite pas à représenter les mensonges et façades de la société américaine, que vous réfléchissez au début du livre. Même le quotidien de Don Draper est un mensonge parce qu’il trompe sa femme et possède une identité qui n’est pas la sienne. Et son travail consiste à créer du mensonge et à en vendre.

« Effectivement, la position de Weiner par rapport à sa série est assez ambiguë. Il veut à la fois prendre une distance sur ces années-là, et en même temps, il ne peut pas s’empêcher d’être fasciné par ce monde. Et du coup, il décrit ce monde comme un univers du mensonge et de l’illusion. Weiner est né en 1965, et son idée était de prendre un recul sur la génération de ses parents. Et en même temps, je pense qu’il a beaucoup fantasmé ces années 60. La mort de Kennedy, lui n’était pas encore né et ne l’a pas vécue. Et même si c’est une série extrêmement précise, extrêmement documentée, je pense qu’il met beaucoup de lui-même. En choisissant le milieu de la pub, il sait qu’il va insérer une part d’illusion, de fantasme, de duperie, tout en parlant de lui adulte.

Weiner a l’air de critiquer le monde de la publicité, celui du mensonge, et en même temps il finit la série sur une publicité Coca Cola très connue dont il dit qu’elle est selon lui extraordinaire et fascinante. C’est comme si il aimait bien le mensonge, finalement. »

Ne peut-on pas retrouver cette fascination mêlée à un recul avec le personnage de Bert Cooper face à l’événement des premiers pas de l’homme sur la lune (saison 7 – épisode 7 : « Waterloo ») ? Alors qu’il vient d’entendre le fameux « un petit pas pour l’homme, un grand pour l’humanité » de Neil Armstrong, il dit à voix haute « bravo ». Il a ainsi cette fascination pour la technologie, et même temps, vous avez noté que c’était des félicitations pour le meilleur slogan jamais inventé.

« Oui. Bert Cooper meurt ce soir là. Le soir de sa mort est le soir où il découvre les premiers pas de l’homme sur la lune. Et il a surtout l’air émerveillé par le slogan. Il se dit : oh c’est génial, ils ont réussi à résumer ce moment en une phrase que tout le monde retiendra. Et là, par contre, je ne pense pas que c’est cynique. Je pense que Matthew Weiner est vraiment ému. D’ailleurs c’est quelqu’un de très ému par ses personnages. Je pense qu’il a un vrai amour pour ses personnages. Et je pense que cette séquence où Bert Cooper décède est une séquence dans laquelle Matthew Weiner a mis beaucoup d’intensité émotionnelle en se disant qu’il voulait lui donner une belle mort. Et en gros, une fois qu’il a entendu un slogan publicitaire sublime et qu’il salue la façon dont on vend l’Amérique, et la conquête spatiale américaine. »

C’est hyper fédérateur.

« Oui, c’est ça. Il parle de l’humanité donc du monde entier. C’est une bonne question, je n’y avais pas pensé, ce passage de l’homme sur la lune peut annoncer la fin avec la publicité Coca Cola, dans laquelle on parle du monde entier, de l’humanité, de la planète entière, alors qu’en fait c’est quand même l’Amérique qui est vendue. Coca Cola est une marque américaine, quand on en achète, l’argent revient à l’Amérique. Et le premier pas sur la lune est une mission américaine. Donc effectivement dans la série, et cette scène de Cooper en est l’exemple, il y a l’idée de vendre l’Amérique avec des slogans qui semblent s’adresser à la planète entière. Mais là, il y a peut-être une toute petite critique de Weiner. Il a ce recul par rapport aux États-Unis dans le sens où il adore le cinéma européen, la France… Il parle de l’Amérique, mais il a quand même conscience qu’elle a beaucoup emprunté aux autres cultures, et que ça reste un pays jeune. Il a conscience que les États-Unis ne sont pas le centre du monde. D’ailleurs sa prochaine série, The Romanoffs, parlera plutôt de la Russie. »

« Mad Men est la quête d’un homme qui essaie de comprendre quelle est sa place dans le monde. »

– Damien Leblanc –

La fin de Mad Men donne l’impression d’assister à la fin d’une quête épique.

« On a l’impression qu’à la fin, il se reproche moins d’avoir volé l’identité de quelqu’un que de ne pas avoir réussi à en faire une œuvre digne de ce nom. La fin reste ambiguë. Finalement c’est peut-être dans le tout dernier plan que Don accepte d’être Don Draper le publicitaire, un mauvais père… La série met donc sept saisons à ce que Don accepte d’être un imposteur, et ça se fait par étapes et différentes strates : le travail, la famille.

Dans le dernier plan, on entend une petite sonnette, ce qui veut dire que « paf » : l’idée ultime arrive dans la tête de Draper. Ce qui est ambigu est que cette publicité a été créée par quelqu’un d’autre que Draper dans la vraie vie, mais elle a été effectivement créée par la véritable agence McCann-Erickson qui achète Sterling-Cooper à la fin de série. Donc, ça pourrait être l’inspirateur de cette pub, tout comme ça pourrait ne pas l’être. Je parle notamment de l’idée d’« un paradis ». C’est comme si les personnages recherchaient un paradis, un lieu, une espèce d’Eldorado, d’utopie ultime. La saison 1 parle d’ailleurs de l’utopie. Je pense que Cooper avec le voyage sur la lune, et Don Draper à la fin sur cette colline entourée de hippies avec la mer derrière lui… Ces personnages ont atteint leur propre paradis. Cooper peut mourir quand il a vu la lune à la télévision, c’est son paradis. Don Draper ne meurt pas à la fin de la série, mais la série peut s’arrêter parce qu’il a trouvé son Eldorado. D’ailleurs au début de la saison 7, il regarde un film chez Megan, Les Horizons Perdus (Frank Capra, 1937) qui parle d’un lieu paradisiaque. »

Ci-dessous, Don Draper trouve son « paradis ».

Vous avez écrit que Mad Men portait les fantômes des années 50.

« Pour Matthew Weiner, les films situés au début des années 60 parlent en fait de l’ancien monde des années 50, c’est-à-dire une époque très pesante où il y avait le Maccarthysme… Les mœurs n’étaient pas encore libérées. Il y avait le poids des règles morales. Pour lui, cette libération n’intervient que dans le milieu des années 60. Le début de la décennie est encore pesant, on essaye de s’extraire des règles sociétales, de l’atmosphère pesante, sans y arriver. C’est comme s’il y avait des fantômes qui nous tiraient en arrière en permanence. Toute la série parle de comment les spectres et les souvenirs du passé constituent une référence dont on ne peut pas totalement s’extraire. On ne peut pas uniquement vivre sans penser à des choses traumatisantes du passé. Don Draper est un personnage hanté par son propre fantôme. Il y a presque une culpabilité à être quelqu’un d’autre. L’Amérique demande en permanence à se réinventer, à être nouveau, moderne… Mais il y a une culpabilité dans le fait de se réinventer. D’ailleurs l’épisode « The Phantom » (saison 5 – épisode 13) est hanté par le suicide de Lane Pryce. C’est comme si le suicide du demi-frère de Don Draper dans la saison 1 et celui de Lane Pryce se répondaient, et montraient que le passé menaçait toujours de revenir afin qu’on s’interroge sur qui on est vraiment. »

On a d’ailleurs le personnage de Bert Cooper qui va revenir en tant que spectre dans un moment de comédie musicale (saison 7 – épisode 7 encore). Et il faut rappeler que son interprète Robert Morse est un ancien acteur-chanteur-danseur de comédie musicale (How to Succeed in Business Without Really Trying, entre autres).

« Oui c’est ça. Beaucoup des personnages de Mad Men voient leurs doubles ou une version ancienne d’eux-mêmes frapper à la porte. Jusqu’au bout, on évoque les morts et les parcours. Même Peggy, personnage le plus moderne, dans un des derniers épisodes, son collègue Stan lui reparle de l’enfant qu’elle a abandonné et de la condition des mères. Et elle doit repenser à cet enfant qu’elle a abandonné, à ce spectre qui la poursuit. Tous ces personnages, qui ont l’air de faire un bond en avant, de finir dans la lumière avec un sourire radieux… On nous rappelle qu’ils ont laissé derrière eux des perdants, sortes de doubles qu’ils ont eus à un moment donné. Et on a Betty Draper qui meurt à la fin, comme si les années 70 allaient être hantées par cette image de femme au foyer des années 50, qui ne disparaitra jamais complètement. »

Bert Cooper, spectre bienveillant, chantonnant et dansant.

Elle n’a d’ailleurs pas eu le temps de s’épanouir en tant que femme et individu comme elle le voulait. Elle désirait obtenir un diplôme de psychologie à l’université, elle perd un amour avec le départ du jeune Glen au Vietnam. Tous ses désirs meurent dans cette décennie, avec elle.

« Oui. Betty Draper est un peu le seul personnage dont le destin est inachevé. Elle n’a pas le droit de rentrer dans les années 70, ni de gouter au nouvel hédonisme qui libère les personnages. L’idée des fantômes, c’est aussi l’idée de ce qui est inachevé. Je le dis dans le livre à propos des femmes dans la série : beaucoup de femmes s’émancipent, se libèrent ; d’autres restent prisonnières comme Betty qui meurt, ou l’ancienne amante de Pete Campbell qui a subi des électrochocs et dont le souvenir pourrait peser sur la conscience de Pete, qui de son côté réussit. »

Les Révolutions de Mad Men est disponible depuis le 28 mars 2017 chez les éditions Playlist Society. Prix indicatif : 14 euros.

Mad Men est disponible en DVD et Blu-ray chez Metropolitan Video.

Fiche Technique : Mad Men

Création : Matthew Weiner
Réalisation : Phil Abraham, Michael Uppendahl, Jennifer Getzinger, Matthew Weiner, Scott Hornbacher, Alan Taylor, John Slattery, Tim Hunter…
Scénario : Matthew Weiner, Jonathan Igla, Kater Gordon, André Jacquemetton, Maria Jacquemetton, Erin Levy, Carly Wray, Lisa Albert, Semi Chellas…
Interprétation : Jon Hamm, Elisabeth Moss, Vincent Kartheiser, January Jones, Christina Hendricks, Aaron Staton, Rich Sommer, John Slattery, Robert Morse, Kiernan Shipka…
Musique : David Carbonara
Producteurs : Jack Lechner, Todd London, Greg Schultz, Scott Hornbacher, André Jacquemetton, Maria Jacquemetton, Lisa Albert, Blake McCormick, Dwayne L. Shattuck
Production : AMC
Diffusion : AMC (Etats-Unis)

États-Unis – 2007 – 2015

[irp]

Main Basse sur Pepys Road, une série de Matt Strevens : critique

Avec la mini-série Main Basse sur Pepys Road, la BBC montre une fois de plus son savoir-faire en matière de production télévisuelle.

Synopsis : tous les habitants de Pepys Road, une petit rue résidentielle de Londres, reçoivent quotidiennement une étrange carte avec une photo de leur maison et le texte : « Nous voulons ce que vous avez ». Très vite, ce courrier journalier devient menaçant.

Une fois de plus, c’est à Arte que nous devons la découverte d’une très bonne série venant du nord de l’Europe, en l’occurrence du Royaume-Uni. Main Basse sur Pepys Road (titre original : Capital) nous plonge dans le quotidien d’une poignée d’habitants d’une petite rue de Londres.

Une série chorale donc, procédé qui se révèle être le meilleur moyen pour faire le portrait d’une ville chorale comme Londres. Nous avons donc Petunia, femme âgée et veuve, qui vit dans cette rue depuis 60 ans maintenant et qui a été la témoin de toutes les transformations sociales qui ont modifié la ville, depuis l’arrivée de l’immigration jusqu’à l’embourgeoisement lié à la hausse spectaculaire des prix de l’immobilier.

Main-basse-sur-pepys-road-critique-serie-gemma-jones

A ses côtés, on trouve la famille Kamal, des immigrés d’origine pakistanaise, Roger, un trader qui a l’air de faire partie des vainqueurs de la mondialisation et qui espère un bonus à sept chiffres en cette fin d’année, ou encore Quentina, une réfugiée zimbabwéenne qui travaille illégalement et qui est menacée d’expulsion.

La vie quotidienne de ces personnages permet de dresser un portrait critique de la Londres moderne. La ville y est montrée, certes, dans son aspect cosmopolite, mais le voisinage de personnes d’origines et de milieux aussi divers ne suffit pas à créer une unité. Au contraire, les communautés sont constamment en train de se replier sur elles-mêmes. Les musulmans se plaignent d’être considérés comme des citoyens de second ordre, les immigrés sont facilement suspectés dès que quelque chose ne va pas, les plus riches pensent être les victimes privilégiées des différents criminels, etc.

Les rapports sociaux, quand ils existent, sont marqués par le conflit. Conflit entre une mère et sa fille, entre un mari et sa femme, entre les immigrés et l’administration, etc. Le monde moderne est un monde inhumain, dans le sens que les relations humaines disparaissent, remplacées par le repli sur soi. « Avant, quand j’ai commencé ce travail, affirme Roger, c’étaient les relations qui primaient. Maintenant, ce sont les mathématiques. » On a peur des relations avec les autres, on s’excuse presque de devoir adresser la parole à quelqu’un et on n’ose pas engager de conversations. Mashinko, le petit ami de Quentina, remarque qu’à Londres, tout le monde est renfermé.

Main-basse-sur-pepys-road-critique-serie

Finalement, on pourrait affirmer que Main Basse sur Pepys Road montre le paradoxe urbain : plus on vit entouré de monde, plus on est seul.

Le titre original de la série, Capital, peut être vu comme un jeu de mots. D’un côté, la capitale, c’est-à-dire Londres. Mais aussi le capital, c’est-à-dire l’argent. Pour faire la transition entre les différents mois où se déroule l’action, nous voyons à l’écran un compteur qui affiche plus de deux millions de livres sterling, et dont la somme augmente sans cesse.

Main-basse-sur-pepys-road-affiche-critique-serie

C’est bien autour de cela que se situe l’action « policière » de la série. Les habitants de la rue sont littéralement harcelés par des cartes (puis par d’autres colis plus menaçants) où ils peuvent lire toujours le même message : « We want what you have ». Ce que Petunia prenait, au début du premier épisode, pour la publicité d’un agent immobilier, tourne progressivement à l’obsession. La tension, d’abord assez faible, monte d’un cran avec la fin spectaculaire du premier épisode. Et ces incidents montrent à quel point l’argent a de l’influence sur les relations humaines.

C’est ce que découvre Roger, qui travaillait dur pour pouvoir obtenir sa prime de fin d’année, et dont le salaire très élevé permettait de maintenir une certaine paix dans son ménage.

Petunia en fait aussi l’amère expérience, en voyant revenir sa fille, Mary, avec laquelle elle est brouillée depuis des années, et qui semble surtout appâtée par l’objectif de revendre la maison familiale qui, désormais, vaut une fortune.

Mais ce constat amer, celui d’une déshumanisation des rapports sociaux au profit de rapports comptables, cède la place à des scènes plus émouvantes montrant les personnages s’ouvrir finalement à leur entourage. La série parvient ainsi à nous capter par ces caractères bien dessinés, ces personnages attachants, évitant tout manichéisme et toute réduction caricaturale.

Finalement, Main basse sur Pepys Road, c’est tour à tour drôle, triste, inquiétant, émouvant, révoltant, nostalgique. Une très belle série que nous offre la télévision britannique.

Main Basse sur Pepys Road : bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=wg3KYt9c0T4

Main Basse sur Pepys Road : Fiche Technique

Titre original : Capital
Réalisation : Euros Lyn
Scénario : Peter Bowker, d’après le roman The Capital, de John Lanchester
Interprétation : Gemma Jones (Petunia), Danny Ashok (Shahid), Toby Jones (Roger), Rachael Stirling (Arabella), Wunmi Mosaku (Quentina), Rad Kaim (Bogdan)…
Photographie : Zac Nicholson
Montage : Philip Kloss
Musique : Dru Masters
Producteur : Matt Strevens
Sociétés de production : BBC, Kudos Productions Ltd.
Distribution : Arte
Genre: drame, comédie, suspense
Diffusion en France : 20 avril 2017
Nombre d’épisodes : 3
Durée d’un épisode : 60 minutes.

Royaume-Uni-2015

[irp]

Cannes 2017 : D’Agnès Jaoui à Will Smith, le jury cannois enfin révélé

0

À trois semaines du début des festivités, le jury du festival de Cannes 2017 vient d’être annoncé

Depuis janvier, on savait que Pedro Almodóvar allait tenir les rênes de la Présidence du jury du 70ème Festival de Cannes, on sait désormais qui composera son jury. Parité respectée puisque quatre femmes et quatre hommes plus le Président délibéreront à l’issue du Festival pour établir un palmarès des films de la compétition, dont la sélection a été dévoilée il y a une dizaine de jours. Deux jurés étaient présents l’an passé dans la compétition officielle, à savoir Maren Ade et le plébiscité Toni Erdmann et Park Chan-Wook qui avait habilement su jouer avec les nerfs des spectateurs avec Mademoiselle. Jessica Chastain sera également chargée de voir les films de la compétition, l’actrice dont la remarquable carrière et l’engagement féministe en font l’une des femmes actuelles les plus influentes d’Hollywood. Elle a récemment été vue dans Miss Sloane. Fan Bingbing est une actrice et productrice chinoise reconnue dans son pays et dont elle a pu jouir pour participer au blockbuster X-Men : Days of Future Past.  La star de cette édition sera le toujours aussi adulé Will Smith dont la carrière d’acteur a retrouvé un souffle avec son rôle dans le décrié Suicide Squad. Paolo Sorrentino, le plus talentueux des cinéastes italiens actuels se joindra aux précédents, après avoir offert à la Croisette des oeuvres comme La Grande Bellezza ou Youth et quelques mois après la fin de la diffusion de la série The Young Pope. Côté français, Agnès Jaoui, dont on ne présente plus la carrière ou l’impact qu’elle a eu sur la comédie française, complétera ce jury. Elle a obtenu le Prix du Scénario en 2004 au Festival de Cannes pour Comme une image avec Jean-Pierre Bacri. Enfin, le compositeur Gabriel Yared représentera l’hexagone avec Agnès Jaoui dans ce jury. Il a notamment collaboré avec Jean-Luc Godard, Jean-Jacques Annaud ou encore récemment Xavier Dolan avec Juste la fin du monde.

Pour rappel, le Festival de Cannes démarrera le mercredi 17 mai avec la projection du film d’ouverture Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin et s’achèvera le dimanche 28 mai avec le palmarès et le film de clôture qui sera le lauréat de la Palme d’Or.

Jury de la Compétition Officielle du Festival de Cannes 2017 :

Pedro ALMODÓVAR – Président (Réalisateur, Scénariste, Producteur – Espagne)

Maren ADE (Réalisatrice, Scénariste, Productrice – Allemagne)
Jessica CHASTAIN (Actrice, Productrice – États-Unis)
Fan BINGBING (Actrice, Productrice – Chine)
Agnès JAOUI (Actrice, Scénariste, Réalisatrice, Artiste-interprète – France)
Park CHAN-WOOK (Réalisateur, Scénariste, Producteur – Corée du sud)
Will SMITH (Acteur, Producteur, Musicien – États-Unis)
Paolo SORRENTINO (Réalisateur, Scénariste – Italie)
Gabriel YARED (Compositeur – France)

[irp]

Séries Mania : Fleabag, une série de Phoebe Waller-Bridge

Découverte au festival Séries Mania 2017 des trois premiers épisodes de Fleabag, un show de et avec Phoebe Waller-Bridge, qui suit le quotidien d’une jeune femme pince-sans-rire, professionnellement et émotionnellement instable, et touchée par le deuil.

Synopsis : La vie mouvementée d’une jeune femme nommée Fleabag qui essaye de remonter la pente après une récente tragédie.

Fleabag est l’adaptation de la pièce de théâtre éponyme à succès, créée et interprétée par Phoebe Waller-Bridge. La série a notamment gardé de la pièce l’adresse au public. En effet, le protagoniste féminin nommé Fleabag communique Directement avec le public au fil des événements qu’elle vit. Cette adresse se fait par des regards-caméra qui sont des coupes dans l’espace-temps, dans le sens où personne d’autre que les spectateurs ne peut capter ces moments.

Ces adresses contribuent à l’humour parfaitement maîtrisé de la série. Un exemple : alors qu’un gars va arriver chez elle pour un rencard, et tandis qu’elle se prépare, la jeune femme saura exactement à quoi s’attendre, et va nous expliquer au fur et à mesure de la soirée ce qui va se passer. Elle ne saura pas toujours anticiper. Parfois elle nous expliquera ce qui aura lieu sans que nous le voyions, tel que le fait que l’homme, en plein acte sexuel, va se déplacer lentement mais sûrement pour arriver à la sodomie. Autre moment ayant provoqué l’hilarité du public : Fleabag est dans un sex-shop avec un ancien rencard raté pour acheter un cadeau à sa sœur sexuellement frustrée. Tout va partir de ceci : l’homme touche un vagin en plastique de manière nerveuse et dit à notre héroïne qu’elle devrait s’en acheter un ; elle répondra qu’elle en a un et qu’elle l’a toujours sur elle. L’homme ne comprendra pas la blague, tandis que Fleabag parlera avec le public : « Vous allez voir… » ; « Il n’a pas saisi » (voir extrait ci-dessous).

L’humour sera aussi ironique, cynique, loufoque et absurde par bien des façons. Que ce soit par des dialogues satiriques (comme ci-dessous) ou de manière plus visuelle : on peut penser à la « danse » dans le métro, complètement absurde, où les gens se contractent violemment, se pliant puis se reconduisant normalement au rythme d’une musique. Fleabag paraît interrogative, puis en déduit ceci : « je crois que j’ai mes règles ».

– « 24 livres… »

– « Ah… Londres. »

Échange – running-gag – entre Fleabag et sa sœur Claire,

qui veut lui acheter quatre malheureux sandwiches.

Mais la série n’est pas qu’une comédied’ailleurs l’une des plus drôles depuis un certain temps, à la télévision comme au cinéma. Le show, sorte de Journal de Bridget Jones sans filtre et moins romancé, traite aussi du deuil. Fleabag a perdu sa meilleure amie avec qui elle a créé un petit lieu de restauration. La jeune femme est à la fois en colère, effondrée et rieuse face à ce décès absurde : son amie voulait avoir un petit accident, un « poignet cassé » explique Fleabag, pour culpabiliser son copain qui l’a trompée. Le plan tourne mal : elle est renversée par des vélos et un bus ou poids lourd.

Fleabag est ainsi la chronique d’une jeune femme pince-sans-rire, hilarante et douce-amère, tentant de subvenir à ses besoins comme elle peut, sa boutique n’étant pas une réussite, à l’image de ses amants, qui ne savent pas la combler. Car la jeune femme veut être comblée sexuellement, et aussi aimerait plus ou moins consciemment qu’on l’aide à traverser ce deuil ; enfin elle souhaiterait trouver quelqu’un qui puisse vraiment la comprendre, et non un bouffon psychologue de comptoir, encore moins une bête de sexe complètement déconnectée de la réalité.

Le show déjà multi-récompensé, servi par un casting impeccable – de Phoebe Waller-Bridge à Brett Gelman, marié pervers et alcoolique ici, salop égocentrique dans Love –, est une véritable surprise. Les trois premiers épisodes d’une maîtrise absolue annoncent une série à ne pas rater.

Bande-Annonce : Fleabag

Fiche Technique : Fleabag

Création et scénario : Phoebe Waller-Bridge
Réalisation : Harry Bradbeer, Tim Kirkby
Interprétation : Phoebe Waller-Bridge, Sian Clifford, Jenny Rainsford, Brett Gelman, Bill Paterson, Olivia Colman
Production : Two Brothers Pictures
Distribution : All3Media
Diffusion : BBC Three (R.-U) ; Amazon Prime Video (France)

Royaume-Uni – 2016

[irp]

Séries Mania 2017 : Clique, une série de Jess Brittain

0

Clique nous a été présenté par Bryan Elsley (Skins, Dates, scénariste sur Casual…) qui revient sur le devant de la scène en produisant la création d’une toute jeune Britannique bourrée de talent, sa propre fille, Jess Brittain. Une série sur les dérives en milieu universitaire de l’amitié féminine. Un brin de The Neon Demon pour une ambiance à la Match Point, électrique !

Synopsis : Georgia et Holly, deux meilleures amies, commencent ensemble leur première semaine à l’université d’Edimbourg, quand Georgia se retrouve enrôlée dans la Clique : un cercle très restreint de filles appartenant à l’élite. Holly, inquiète pour son amie et quelque peu jalouse, tente de s’infiltrer au sein du fameux groupe.

C’était l’un de ces événements de cette 7ème journée de festival et pourtant il est passé quasi-inaperçu (tellement d’événements et surprises qu’à force plus rien ne sort vraisemblablement du lot). La diffusion des deux premiers épisodes d’une série qui mérite le détour. Clique, arrivé sur écran après plus de 3 années de gestation, aura fait sensation. La création de la fille du showrunner britannique souligne âprement avec justesse et sensibilité l’ambition de jeunes filles comme lobotomisées par l’appât du gain et la carrière professionnelle. A travers les yeux tout d’abord, de Georgia et Holly qui se sont inscrites depuis plus d’un mois à l’université, les codes sont posés. En suivant de près leur intime soirée arrosée, puis la directe attraction pour 4 filles de dernière année, on pourrait croire à un futur jeu sordide lesbien et pourtant, les jeux de pouvoir seront tout autres.

La photographie lisse et satinée pour un éclairage à la densité halogène électrisante permet à la mise en scène sobre et sombre une plus rapide adhésion. On est projeté dans ces deux premiers épisodes comme dans un sablier qui s’écoule vers un instinct de survie contrebalancé par un désir de réussite. Lorsque l’inéluctable reçoit la visite de dame déception, il est évident que l’incompréhension accompagnée d’un certain sentiment de perte nous bouleverse. D’autant plus lorsqu’un suicide a eu lieu en rapport avec la mystérieuse entreprise des McDermid. On ne peut s’empêcher de penser à The Neon Demon, les banquets à la James Bond, les intérieurs chambres à la Buffy, les amphithéâtres à la Harry Potter ou encore certaines ficelles subtilement tirée à la Soderberg ou Fincher sur quelques traits d’humour noir à la Woody Allen… Les références n’ont pas été corroborées par la créatrice et sont propres au plaisir personnel du spectateur, mais prouve une certaine homogénéité dans le caractère bigarré de cette fraîche série, à la fois enténébrée et éclairée. Il ne faut pas chercher trop de nœuds dans les interconnexions, mais seulement l’état brut de ce que l’on donne sans recevoir en retour ou bien l’amère sortie inexpliquée de notre quotidien d’une personne qui nous était proche. A la fois thriller, friendship movie et drame plus mâture que teenage (malgré des relents à la Riverdale), Clique réussit le pari audacieux de captiver. Un nouveau talent donc à suivre, Jess Brittain, qui arrive à capter la féminité dans toute sa complexité sur fond d’intrigue pour l’instant à peine inquiétante…

Clique : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=Yd2fyrPc6gE

Fiche Technique : Clique

Créatrice et scénariste : Jess Brittain
Réalisateur : Robert McKillop
Avec Synnøve Karlsen, Aisling Franciosi, Louise Brealey…
Producteur : BBC Studios, Balloon Entertainment
Vendeur international : all3Media International
Diffuseur : BBC Three 
Royaume- Unis – 2017
[irp]

Séries Mania 2017 : le palmarès

0

Ce samedi 22 avril, à l’occasion de la soirée de clôture, la huitième édition du festival Séries Mania a dévoilé son palmarès. Parmi la soixantaine de série présentées cette année, onze prix ont été remis.

Le jury de la compétition officielle, présidé par Damon Lindelof (Lost et The Leftovers, et composé d’Aure Atika, Agnieszka Holland, Eytan Fox et Clément Manuel, a attribué quatre prix : le grand prix pour Your Honor, le prix spécial du jury pour I Love Dick, le prix d’interprétation féminine pour la prestation d’Anna Friel dans Broken et enfin le prix d’interprétation masculine pour Kida Khodr Ramadan pour son rôle dans 4 Blocks.

Séries Mania 2017 : le palmarès complet

Grand prix : Your Honor

Créée par Shlomo Mashiach et Ron Ninio,  la série  met en scène un juge brillant et exemplaire, dont le fils adolescent est impliqué dans un délit de fuite et dont la victime se révèle être membre d’une famille de criminels.

Prix spécial du jury : I Love Dick

Adaptée du roman épistolaire éponyme de Chris Kraus, cette série créée par Jill Soloway et Sarah Gubbins, suit les aventures de Chris (Kathryn Hahn), réalisatrice indépendante new-yorkaise qui suit son mari, Silvere (Griffin Dunne) dans la petite ville texane ultra culturelle de Marfa, à la fois coin perdu et « pourri » au beau milieu du désert texan et épicentre « branché » de la contre-culture américaine. Alors que son couple bat de l’aile, l’irruption de Dick dans sa vie va tout bouleverser…

https://www.youtube.com/watch?v=N7m8Xu2iwOk

Anna Friel (Broken) a reçu le Prix d’interprétation féminine pour sa prestation dans la série de BBC, Broken

Créée par Jimmy McGovern, la série relate l’histoire du père Michael, un curé anticonformiste et indépendant à la tête d’une paroisse dans le Nord de l’Angleterre. Dans un portrait social et réaliste de l’Angleterre, Broken raconte le quotidien de cet homme qui doit assurer le rôle de confident, de psy et de confesseur auprès de ses fidèles.

Kida Khodr Ramadan a reçu le Prix d’interprétation masculine pour son rôle de parrain de la mafia à Berlin-Neukölln, dans la série allemande 4 Blocks, créée par Marvin Kren, Hanno Hackfort, Bob Konrad et Richard Kropf .

Kida Khodr Ramadan joue Toni, un gangster qui prépare sa sortie du trafic de drogues mais sa réorientation se complique lorsque son beau-frère se fait arrêter. Cette série de gangster rythmée, ce “Gomorra” allemand, dresse le portrait d’une Allemagne urbaine sous tension.

Prix du public Le spin off de The Good Wife, The Good Fight, suit Les nouvelles aventures de Diane Lockhart.

Un an après les événements de la dernière saison de The Good Wife, ce spin-off créé par Phil Alden Robinson, Robert King, Michelle King, Ryan Pedersen et Joey Scavuzzo, met en scène une énorme escroquerie financière qui détruit la réputation d’une jeune avocate et ruine sa mentor.

Compétition française

Prix de la meilleure série : Transferts

Une série créée par Claude Scasso et Patrick Benedek et bientôt diffusée sur ARTE. Dans un futur proche, le transfert de l’esprit d’un corps à un autre est rendu possible par une substance mystérieuse. Florian, père de famille dans le coma, se réveille un jour dans le corps de Sylvain, un capitaine de police membre d’une brigade spécialisée dans les transferts illégaux. Un thriller d’anticipation ambitieux qui interroge les dérives de la science et la quête insatiable d’immortalité.

Prix d’interprétation masculine : Arieh Worthalter (Transferts)

Prix d’interprétation féminine : Ophélia Kolb (On va s’aimer un peu, beaucoup…)

Deux avocates, une mère et sa fille font le périlleux pari de travailler ensemble. On va s’aimer un peu, beaucoup raconte l’histoire d’une famille qui s’est éloignée et qui va devoir apprendre à coopérer.

Prix de la découverte Mission

Dans cette nouvelle production de -Henri Debeurme, Ami Cohen et Julien Lacombe, on suit une équipe européenne d’astronautes et de scientifiques embarqués dans une mission spatiale, direction Mars. Lorsqu’ils approchent de la planète rouge, ils apprennent non seulement qu’ils ont été devancés par une équipe américaine, mais également que celle-ci, après une vidéo alarmante, ne donne plus de signe de vie. Partis à sa recherche, c’est sur Vladimir Komarov qu’il tombent, un homme envoyé dans l’espace et censé être mort depuis 1967 …

Panorama international / Prix des blogueurs Juda

Dans cette série loufoque, créée par Zion Baruch, Juda, joueur de poker vit de petits trafics, devient la victime des vampire des Carpates. Juda explose les codes du genre avec un scénario original et une mise en scène déjantée.

Séries web et digitales Loulou

Séries Mania a présenté une sélection de séries Web et digitales et  Le prix de la meilleure série Web et digitale a été remis à Loulou, un programme français produit par Arte Creative, mettant en scène la grossesse de Louise Massin, comédienne et une des créatrices de la série.

[irp posts= »96952″ name= »Séries Mania 2017 : compétition de webséries et digitales »]

Coup de cœur des internautes : Ahi Afuera

Les internautes ont pu voté en ligne pour l’un des coups de cœur digital de l’année. C’est Ahi Afuera créée par Nicolas Perez Veiga, qui a remporté le prix, une histoire d’amour impossible et un braquage qui tourne au cauchemar dans les paysages époustouflants de Patagonie.


Rendez-vous est pris pour l’année prochaine pour une saison 9, même si la décision du gouvernement de créer un Festival international des séries à Lille dès juin 2018 et celle de voir bientôt un festival de Cannes des séries dès avril 2018 a provoqué quelques remous. Il semble bien que nous allons avoir droit à un Séries Mania à l’international, plus exactement à Melbourne du 20 au 24 juillet.

Séries Mania : Atlanta, une série de Donald Glover

0

Jeudi 20 avril au festival Séries Mania 2017 nous avons pu découvrir les trois premiers épisodes d’Atlanta, une série qui, selon Charlotte Blum (qui présentait la séance), s’apparente à The Wire, une œuvre qui dit la vérité sur les travers de l’Amérique.

Synopsis : Earn, trentenaire paumé et père de famille fauché, tente de survivre à Atlanta. Il propose à son cousin Alfred, star montante du rap, de devenir son manager.

Charlotte Blum (journaliste OCS) nous a présenté Donald Glover, créateur d’Atlanta, en commençant par nous lire un de ses nombreux tweets existentiels et torturés. Ce jeune trentenaire surdoué, déjà scénariste à 22 ans, joue aussi la comédie (Community, Girls), rappe sous le nom de Childish Gambino et a d’ailleurs obtenu deux Emmys pour sa musique. Aujourd’hui il produit, écrit, réalise et interprète sa série, Atlanta.

La série dépeint le quotidien des quartiers populaires d’Atlanta, que le rêve américain semble avoir oublié, délaissé. Atlanta surprend par son originalité, tout d’abord parce que les personnages ne sont pas ce qu’on imaginait d’eux. Paper Boi, qui dégaine son flingue sur un type qui a cassé son rétroviseur est en fait très loin du stéréotype du rappeur violent et impétueux, au contraire, il a peur de toute la violence qui l’entoure et veut s’en éloigner. Il partage une profonde amitié avec l’illuminé Darius, qui, un couteau dans une main, une assiette de cookies fait maison dans l’autre, sort des phrases existentielles entre deux trips hallucinés. Avec Earn, ils forment un trio de losers magnifiques, un peu paumés, rêvant en grand mais restant assis sur leur canapé à fumer, voulant réussir financièrement mais en gardant néanmoins leur intégrité et leur vision du monde. Et Earn, malgré une jeune enfant à charge et des responsabilités, ne veut pas s’enfermer dans un boulot qui ne lui ressemble pas et continue d’essayer de trouver sa voie. Ce que sa petite-amie lui reproche, déplorant sa rêverie et ses discours philosophiques fumeux.

Atlanta semble en dehors du temps, couverte d’un voile onirique, ne tombant cependant jamais dans le loufoque à outrance : Donald Glover réussit à doser l’absurdité du show avec justesse. Dans ce rythme lent, les personnages semblent totalement déconnectés de la réalité, ne réagissant jamais comme on l’attend. Et pourtant, lorsqu’ils parlent c’est pour dire tout haut ce qu’on pense tout bas, touchant dans le mille à chaque parole. Dans cette ambiance âpre et mélancolique règne un malaise ambiant omniprésent. Une gêne qui fait basculer la série entre rire et malaise, lui conférant un côté controversé et subversif. Car la série traite des travers de l’Amérique sans filtre, sans pour autant tomber dans la critique facile et agressive. Que ce soit l’ami blanc d’Earn qui n’ose plus répéter le mot “negro” lorsqu’Earnest est accompagné de son cousin rappeur, ou le serveur qui félicite Paper Boi pour avoir tiré sur quelqu’un (“you’re a real rapper”), Atlanta réussit à mettre le doigt sur le racisme et la banalisation de la violence aux États-Unis, le tout avec beaucoup de subtilité. Nous poussant alors à la réflexion, nous laissant tirer nos propres conclusions, la série ne nous dit jamais quoi penser des évènements se déroulant sous nos yeux. Usant de beaucoup d’humour et appuyée par les expressions de malaise d’Earn qui semble toujours extrêmement mal à l’aise face aux absurdités et à la violence qu’il observe, Atlanta livre une critique intelligente et subtile de l’Amérique urbaine et de sa communauté afro-américaine avec une poésie touchante et un trio auquel on s’identifie immédiatement.

Atlanta : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=MpEdJ-mmTlY

Atlanta : Fiche Technique

Créateur : Donald Glover
Scénaristes : Donald Glover, Stephen Glover, Jamal Olori, Stefani Robinson, Fam Udeorji
Interprétation : Donald Glover, Brian Tyree Henry, Lakeith Stanfield, Zazie Beetz
Réalisateurs : Hiro Murai, Donald Glover, Janicza Bravo
Producteur : FX Productions
Vendeur international : FNG (Fox Network Group)
Diffuseurs : FX (É.-U.), OCS (France)

États-Unis – 2017

[irp]

La Morsure des Dieux de Cheyenne Carron : Critique

La Morsure des Dieux, sortie ce mercredi 26 avril apparaît comme la dernière réalisation en solitaire de Cheyenne Carron. C’est avec une subtilité extrême que la réalisatrice aborde dans son nouveau drame, la thématique du suicide en milieu agricole. Un sujet qui aujourd’hui, touche du doigt la réalité.

Au bord du gouffre

« Il y a environ 500 suicides recensés par an. » Cheyenne Carron.

la-morsure-des-dieux-francois-pouronAprès seize ans de carrière, la signature de Cheyenne Carron est désormais connue de tous : réaliser des drames, qui abordent avec réalité, des thématiques en phase avec la société actuelle. Dans cette dernière réalisation, l’espoir du cinéma français, s’est penché sur un sujet quelque peu polémique mais pourtant bien réel : le suicide en milieu agricole. Ce problème, de plus en plus récurrent de nos jours, trouve ses racines dans le gouffre économique qui, depuis plusieurs années, bouleverse le monde de l’agriculture. De ce drame à la fois politique et social, découle la question du burn-out. La Morsure des Dieux aborde avec sincérité ce sujet, encore trop délaissé par le cinéma français.

Bercé par la découverte de l’amour viscéral, Sébastien (François Pouron) construit une relation profonde dans les bras de Juliette (Fleur Geffrier), une aide-soignante catholique. Leur union apparaît comme un parfum de renouveau sur les terres du Pays Basque. Pourtant, derrière cette image idyllique, se dissimule le drame agricole. De nos jours, tout a changé : l’agriculture tend à devenir une activité professionnelle risquée et complètement délaissée. Entièrement dépendante des grandes firmes, cette dernière essaye de survivre tant bien que mal à la menace de la mondialisation. Mais, elle s’épuise doucement… Ainsi, La Morsure des Dieux permet une certaine prise de conscience à l’égard de ce drame sociétal bouleversant.

L’osmose entre l’Homme et la Terre

« Et j’ai compris que le paganisme était vraiment l’identité des campagnes, avant l’arrivée du christianisme. » Cheyenne Carron.

la-morsure-des-dieux-francois-pouron-fleur-geffrierComment garder foi en la Terre, quand le monde qui a construit nos racines se désintègre sous nos pas ? Cette question existentielle est la clé de ce drame naturellement beau. Au-delà de la profondeur morale, La Morsure des Dieux est un film esthétiquement réussi. La perspective des paysages liée à la beauté des images permettent de ressentir l’osmose qui existe entre Sébastien et la nature. En choisissant d’adopter ce rendu esthétique, Cheyenne Carron réalise un drame visuel et moral, abordant avec profondeur, l’inhabituelle question du paganisme. Ce terme, dérivé du latin pagus, met à l’honneur l’homme du pays, celui qui croit en la religion de sa terre. C’est autour de cette thématique, que s’appuie La Morsure des Dieux. Ce film, s’apparentant à un récit initiatique, nous plonge dans le quotidien spirituel de ce païen. Nous découvrons à travers certaines scènes, des rituels formels tels que les danses traditionnelles basques, ou encore le feu solsticial. Ainsi, en se penchant sur ces traditions populaires, Cheyenne Carron met à l’honneur, la thématique très peu exploitée, du folklore basques.

Le suicide en milieu agricole et le paganisme sont finalement deux sujets étroitement liés. En effet, c’est l’amour de la terre qui pousse l’homme à construire sa vie autour de l’agriculture. Mais c’est également l’écroulement autour de cette passion qui le fait revenir à ses sources et ses racines. Ce terrible drame est donc construit sur un paradoxe incertain, et un cercle vicieux alarmant. Souvent ignorés, ces sujets s’ancrent aujourd’hui pourtant, dans l’air du temps. Sans tomber dans le pathos, Cheyenne Carron fait de ce suicide social, une question existentielle.

Creusant la polémique autour du suicide en milieu agricole, Cheyenne Carron réussit un pari risqué : celui de rendre public un drame social oublié. L’espoir du cinéma français tire aujourd’hui sa révérence devant une œuvre esthétique et militante. 

La Morsure des Dieux : Bande Annonce

La Morsure des Dieux : Fiche Technique

Réalisation : Cheyenne Carron 
Scénario : Cheyenne Carron
Interprétation : François Pouron, Fleur Geffrier, Pierre Molinier, Laurent Lucmaret, Cyrille Campri, Pascal Elso…
Directrice de Production : Julie Guittard
Monteur : Stéphan Kootosüis
Chef Opératrice : Prune Brenguier
Chef Électricienne : Cécile Hannequin
Script Morgane : Saint-Germain
Régisseuse Générale : Julie Guittard
1ère assistante réalisatrice : Lola Breton, Éléonore Jégo
Ingénieur du son : Pierre Desprats
Perchman : Lucas Domejean, Paul Guilloteau
Chef Décorateur : Xavier Vander
Mixeur / monteur son : Edward Pellicciari
Genre : Drame
Durée : 120 minutes
Date de sortie : 26 avril 2017
France-2016

 

Cannes 2017 : Uma Thurman présidente du jury Un certain regard

0

Fin du suspense pour les cinéphiles. L’actrice fétiche de Tarantino Uma Thurman sera la présidente du jury Un Certain Regard au festival de Cannes cette année.

C’est désormais officiel. L’actrice Uma Thurman présidera le jury Un certain regard lors de la 70ème édition du festival de Cannes. Ce n’est pas sa première participation au festival cannois, elle avait été membre du jury  en 2011 sous la présidence de Robert de Niro. De plus, elle était à l’affiche du film culte Pulp Fiction de Tarantino qui a remporté la palme d’Or en 1994 et de Kill Bill vol.2 présenté hors compétition en 2004.

En plus d’être une figure emblématique du festival de Cannes, elle est un visage incontournable du cinéma bien que discrète depuis quelques années. Révélée à 17 ans dans Les Liaisons dangereuses, Uma Thurman connaît une filmographie variée entre Pulp Fiction et Batman & Robin en passant par Nymphomaniac. « Films d’action ou d’anticipation, drames intimistes ou comédies légères, sa filmographie s’insère dans un large registre qui témoigne d’un esprit libre et indépendant développé dès son enfance au sein d’une famille hippie » souligne le Festival dans son communiqué. Le choix de l’actrice fétiche de Tarantino a aussi été motivé par l’impact qu’elle a eu sur le cinéma contemporain « En vingt ans de carrière, l’actrice américaine a démontré son audace et son goût du risque… Trouble, sensuelle ou autoritaire, celle qui doit son prénom à la déesse hindoue de la beauté et de la lumière est définitivement entrée au panthéon du 7ème Art en lui offrant plusieurs scènes devenues cultes » ajoute le Festival.

A la présidence du jury Un certain regard, Uma Thurman succède à Marthe Keller, Isabella Rossellini et Pablo Trapero. Les jurés qui seront à ses côtés ne sont pas encore dévoilés, mais la constitution du jury doit respecter la règle de parité. La programmation Un certain regard propose des œuvres singulières dans leur propos et leur esthétique. La sélection comporte seize films dont 7 premiers films. On retrouve notamment des œuvres de Mathieu Amalric, Laurent Cantet, Sergio Castellito ou encore Kiyoshi Kurosawa. De son côté, Uma Thurman sera à l’affiche du prochain film de Lars Von Trier The House that Jack Built, aux côtés de Matt Dillon et Bruno Ganz. Rappelons que le festival se tiendra du 17 au 30 mai 2017. Le palmarès de la programmation Un certain regard sera dévoilé le 27 mai 2017.

[irp]

Séries Mania : Downward Dog, une série qui a du chien

Découverte au festival Séries Mania 2017 de Downward Dog, qui suit Martin, un chien philosophe observant le quotidien de Nan, sa maîtresse trentenaire. Leçons d’humanité et humour au programme de la nouvelle sitcom d’ABC.

Synopsis : Le quotidien d’une trentenaire vu à travers les yeux de son chien Martin, canin solitaire et philosophe. Alors que Nan peine à jongler entre sa carrière professionnelle et sa vie sentimentale, Martin, laissé seul de longues journées à la maison, réfléchit au sens de l’existence.

Écrivons-le d’entrée : il ne s’agit pas d’un chien qui parlerait parce que Nan, sa maîtresse, serait folle à lier, tel Jerry dans The Voices. Au contraire, qui se souvient de Dr. Dolittle et de Baxter, ces films où les canins – et d’autres animaux – parlent comme vous et moi ? Justement, Downward Dog poursuit la tradition pour l’amener ailleurs.

Les animaux dotés de réflexions et parole humaines ont amusé dans les animés de Disney et autres films tels Stuart Little. La comédie joue sur leur anthromorphisme, et les différences entre l’homme et ces animaux qui – dotés de parole humaine mais restant eux-mêmes – tiendront des paroles absurdes et loufoques pour les spectateurs humains. Downward Dog redonne le regard à l’animal, non pas parce que l’action prend essentiellement place par son point de vue, mais parce que la série fait du chien un véritable spectateur aussi acteur d’une histoire qui n’est alors pas qu’unilatéralement humaine. Oui, on gloussera et rira à cause des différences de points de vue de Nan et de Martin sur une seule situation, ou encore sur chacun d’entre eux. Mais Downward Dog va plus loin. Alors qu’elle doit proposer un projet important au boulot (une entreprise de mode), Nan voit son travail déchiqueté par Martin. Sa relation amoureuse est incertaine et n’a pas de véritable statut. La jeune femme est triste quand tout à coup, elle voit le regard de son chien. Elle vit une leçon importante qui deviendra son nouveau projet : qu’importe qu’elle grossisse ou maigrisse, qu’importe sa beauté, son chien la regardera toujours avec le même regard. Son projet plaira au client. Son supérieur, un homme opportuniste et incompétent, fera tout pour lui mettre des bâtons dans les roues. Il croira avoir compris son projet lorsqu’il se plongera à son tour ses yeux dans ceux de Martin, considérant que le chien est un être idiot dont le regard vide nous fait à notre beauté. Nan a compris que Martin la respectait, l’aimait pour ce qu’elle était. Martin, lui, nous expliquera être fou amoureux de cette « merveilleuse » femme depuis leur rencontre. Qu’importe son état, qu’importent les tracas de leur relation, Martin l’aime. Et inversement, même si Martin fait ses besoins de temps en temps par terre (notamment pour s’amuser mais sa maîtresse ne le sait pas), même s’il a déchiré son projet, Nan l’aime. Le premier épisode parle ainsi de l’amour d’un couple comme il y a tant.

Les trois autres épisodes traiteront de questions existentielles, et non forcément du couple : ne se sous/surestimeront pas ? Ne faudrait-il pas s’accepter comme on est plutôt que de courir après un modèle inatteignable et empli de défauts ? Qu’est-ce que trahir une relation, et tromper un amour ? Ne manquerait-on pas de recul et de réflexion lorsqu’on se laisse submerger par des émotions instinctives ? Avec le personnage canin de Martin, Downward Dogs se transforme en quête existentielle. Martin n’est pas un prétexte à la mise en place de celle-ci. Non, lui et Nan progressent dans leurs quêtes respectives et communes. Toutefois, la série ne s’envole pas dans des élans lyriques. Le show pense ces sujets lors de leurs expériences dans le quotidien à travers un personnage ou le couple. En proposant un regard canin – relativement anthropomorphisé – et un autre humain, Downward Dogs capte non pas toute la complexité d’un sujet, mais cherche à répondre modestement à celui-ci en observant et comprenant une strate ou plus de l’univers qui compose ce sujet du quotidien.

Car il s’agit enfin de suivre le quotidien de ce couple à la fois typique – bien des gens ont de telles relations avec leurs chiens – et atypique : la télévision donne la parole au chien. Un quotidien absurde, drôle, triste, ennuyant, passionnant ; qui pousse une jeune femme à accomplir ses rêves. Et qui dévoile les sombres et loufoques désirs destructeurs d’un chien nommé Martin contre un chat qui vient le harceler physiquement dans la réalité, et moralement dans ses cauchemars. Mais qui sait jusqu’où ira ce beau duo ?

La nouvelle Sitcom qui sera diffusée chez ABC – à partir du mois de mai – donnera une réponse, on l’espère, très positive. Les quatre épisodes projetés tendent à le croire. À voir si la tenue du show sera aussi constante, et où le récit emmènera les personnages.

Bande-Annonce : Downward Dog

https://www.youtube.com/watch?v=ePcQrc1vrqc

Fiche Technique : Downward Dog

Création et réalisation : Michael Killen, Samm Hodges
Showrunners : Kat Likkel, John Hoberg
Interprétation : Allison Tolman, Lucas Neff, Kirby Howell-Baptiste, Barry Rothbart
Composition : Daniel Bracken
Production : Legendary Television, ABC Studios
Distribution : Legendary Television Distribution
Diffusion : ABC (États-Unis)

États-Unis – 2017

[irp]

Séries Mania : rencontre et projection avec Julianna Margulies

Échange avec Julianna Margulies suivi de la projection d’un épisode d’Urgences et d’un autre de The Good Wife, à l’occasion de sa « carte blanche » au festival Séries Mania.

Le vendredi 21 avril, le festival Séries Mania a laissé « carte blanche » à l’actrice Julianna Margulies, actrice connue et reconnue pour Urgences et surtout The Good Wife. L’interprète a ainsi dû proposer au public de revoir deux épisodes de séries dans lesquelles elle a œuvré. Elle a ici proposé un épisode d’Urgences : le numéro 8 de la saison 6 nommé « De grandes espérances » ; et un autre de The Good Wife : l’épisode 16 de la saison 5 appelé « Le dernier appel ».

Avant de laisser place à la projection, un petit échange avec l’actrice engagée a eu lieu.

Comment a-t-elle choisi les épisodes ?

« Ça a été facile pour The Good Wife (mais) difficile pour Urgences car je n’avais pas revu la série depuis longtemps. Ces deux femmes sont seules à la fin des deux épisodes. Mais on ne va pas verser de larmes non plus, moi j’y vois un côté positif. Ce sont toutes les deux des guerrières. Elles trouvent au bout du compte ce dont elles ont besoin. »

Ci-dessous, le générique de la saison 5 d’Urgences, une série de Michael Crichton (Jurassic Park ; Westworld)

Est-ce que ces deux personnages, Carol Hathaway (Urgences) et Alicia Florrick (The Good Wife), ont des points communs ?

« Je crois que le seul point commun entre les deux est la complexité de leurs émotions. Elles ne sont pas très similaires à ces deux femmes, néanmoins elles ont une psyché assez sombre, et ça les travaille. Alicia repousse cet aspect de sa personnalité et de son expérience. Et Carol Hathaway y met fin car c’est trop pour elle. En revanche, ce que j’ai beaucoup aimé chez les deux personnages, c’est leur détermination, leur volonté d’avancer et de progresser. Pour moi, c’est une joie dans les deux cas, d’essayer de trouver en moi les émotions pour parvenir à rendre ces deux aspects des personnages. »

À l’écran, l’émotion est forte dans l’épisode de The Good Wife. Est-ce que jouer ces émotions fortes a été facile ?

« C’était assez difficile. C’était assez facile en ce sens que le scénario était tellement bien écrit, qu’il était tellement formidable que cela me mâchait le travail. C’était vraiment extraordinaire. Je n’avais pas, en tant qu’actrice, à puiser bien loin dans mes émotions nécessaires pour rendre ce que les scénaristes avaient en tête. Mais c’était difficile parce qu’au niveau de la préparation, il m’a fallu une semaine. Au préalable, on avait tourné quatre scènes à la cour. Donc, il fallait se remettre dans un bain différent et rester tout à fait focalisée. (…) Le travail était mâché mais il fallait quand même pouvoir gérer les émotions et les larmes. »

Après l’échange, place à la projection donc, pendant laquelle les spectateurs ont constaté à nouveau le talent de la formidable Julianna Margulies.

Ci-dessous : un teaser de la saison 5 de The Good Wife, une série de Robert King (BrainDead ; The Good Fight).

[irp]

Sous le même toit, un film de Dominique Farrugia : Critique

A sa façon, Sous le même toit marque une tentative de la part de Dominique Farrugia d’en revenir à une tradition de comédie de mœurs qu’il nous a déjà prouvé vouloir travailler. Malheureusement pour lui, son envie de s’exprimer avec une certaine tendresse est mise à mal par son humour gras. Un paradoxe qui a touché l’ensemble de sa filmographie.

Synopsis : Après 15 ans de vie commune, le couple que forment Yvan et Delphine est arrivé à bout. Leur décision de se séparer à pour première conséquence de mettre Yvan à la rue. Après quelques jours à abuser de l’hospitalité de ses amis, il n’a pas d’autre choix que revenir chez son ex-femme. Leur cohabitation au quotidien, et sous les yeux de leurs enfants, se montre rapidement chaotique.

La stratégie de la lose

sous-le-meme-toit-louise-bourgoin-et-gilles-lelloucheEn 1996, alors que les Nuls venaient de rencontrer le succès grâce à La Cité de la Peur deux ans plus tôt, Dominique Farrugia est le premier de la bande à s’essayer à la réalisation. Il signe alors Delphine 1 – Yvan 0, une comédie romantique assez maladroite mais surprenante par son ton léger en rupture avec les gags à tendance scato auxquels nous avait habitué son réalisateur sur le petit écran. Pourquoi ce rappel ? Parce que, vingt ans et quatre films plus tard, c’est très clairement vers ces racines que revient Farrugia. En mettant en scène le divorce d’un homme et femme quadragénaires prénommés Yvan et Delphine, c’est même très clairement une fausse suite qu’il nous propose.  Le premier reproche pourrait alors être de ne pas avoir refait appel aux mêmes acteurs, mais ce serait oublier que le couple de 1996 était composé de Julie Gayet, que l’on sait rare sur les écrans et occupée par son amant qui sera lui aussi chassé de chez lui sous peu, et de Serge Hazanavicius, qui est loin de posséder le talent de son frère Michel. En les remplaçant par Louise Bourgoin et Gilles Lellouche, Farrugia compose l’un des couples les plus glamour que l’on puisse imaginer dans le cinéma français.

[irp]

Pourtant le charme de ses deux acteurs principaux ne fait pas tout. Et les faire se balader à poil pour l’un et en robe sexy pour l’autre ne suffit même pas pour faire oublier le manque de passion qui se dégage de leurs scènes en commun. C’est bien là le premier véritable souci de ce film : Lellouche et Bourgoin sont en roue libre et lâchent quelques répliques amusantes de temps en temps, mais dès qu’ils sous-le-meme-toit-louise-bourgoinsont ensemble, l’alchimie ne passe pas. Qu’il faille qu’ils s’engueulent ou qu’ils se réconcilient, les deux comédiens semblent être en compétition et entrent dans une surenchère théâtrale qui, certes peut être drôle, mais qui en l’occurrence vient s’opposer à l’effet émotionnel recherché. L’une des conséquences directes est que seules leurs scènes individuelles fonctionnent, ne faisant qu’amplifier un second problème, plus gênant encore : son rythme en dent de scie.

Il semble qu’il sorte une comédie française toutes les semaines en ce moment. La preuve d’une production en effervescence mais surtout un calendrier surchargé qui bouchonne leur exploitation respective. Dans le lot, entre un Boule et Bill 2 et un A Bras Ouverts tous deux exécrables, le vaudeville de Dominique Farrugia est sans doute la meilleure occasion de rigoler un peu… en attendant Jour J la semaine prochaine.

Puisque la comparaison est impossible à éviter, Sous le même toit mélange les formules de Papa ou Maman et de L’économie du Couple, sans jamais réussir à atteindre ni l’humour grinçant du premier ni, moins encore, la sincérité poignante du second. C’est sans doute sa construction qui empêche à ses effets de se faire ressentir. Avec un scénario qui met au moins une demi-heure à poser son postulat de départ, et qui de plus prend la forme d’un flashback illustré de façon terriblement pénible, les ruptures de rythme se multiplient et les gags en viennent à se faire attendre. Si, à l’inverse, un surplus de gags lourdingues se serait fait au dépriment du sujet, ici les scénaristes semblent presque en mal d’inspiration tant la plupart des situations paraissent déjà-vu et exploités sans grande originalité puisqu’elles s’orientent immanquablement vers une certaine vulgarité pas forcement opportune.

[irp]

sous-le-meme-toit-gilles-lellouche-beau-gosseIl faut au moins reconnaitre à Dominique Farrugia d’avoir voulu aborder des sujets graves. Pourtant, en poussant chaque situation jusqu’à l’absurde, le regard qu’il porte notamment sur le drame de cet homme à la rue ou de ces enfants privés de repères familiaux, tout en gardant à leur égard une certaine complaisance, ne dégage aucune émotion et ne fait que trop rarement sourire. N’en reste pas moins, entre deux blagues de cul assumées, quelques effets comiques relativement réussis. Ce sont souvent aux personnages secondaires qu’on les doit. Les plus visibles sont les deux jeunes acteurs qui prêtent leurs traits à Violette et Lucas – les enfants d’Yvan et Delphine – et qui volent littéralement la vedette aux adultes chaque fois qu’ils en ont l’occasion, et ce dès les tous premiers plans. A l’inverse, à chaque fois qu’ils sont entre eux, les enfants semblent réciter leur texte sans y croire, en particulier dans les dialogues lors du mariage (marque évidente de scènes tournées à posteriori du reste malgré le poids qu’elles font peser sur la narration !). Les scènes où les deux divorcés sont entre amis, parmi lesquels Manu Payet et Marilou Berry livrent une prestation sympathique dans des rôles qui leur sont familiers, sont clairement les meilleurs moments du film. Des passages qui se comptent sur les doigts d’une main mais où l’équilibre entre l’humour et l’émotion se stabilise et sauvent ainsi le long-métrage du naufrage total. On notera aussi la présence accablante de caméos parfaitement superflus, à commencer par ceux de Marie-Anne Chazel et de Dominique Farrugia en personne, qui semblent n’être là que pour le plaisir d’être vus.

Sous le même toit est symptomatique de la comédie consciente de manquer d’idées : elle essaie de compenser ses lacunes en étirant chacune de ses scènes et en misant sur ses acteurs pour faire de leur cabotinage le principal effet comique. Bien que les rares scènes et répliques un tant soit peu rigolotes aient la décence de ne pas tomber systématiquement à l’eau, l’ensemble reste relativement anodin. Il vire même au médiocre dès qu’il s’agit de traiter de thématiques aussi épineuses que la crise du logement. En somme, un petit film idéal pour une première partie de soirée  sur TF1.

Sous le même toit : Le bêtisier (parce que la bande annonce, c’est déjà les scènes les plus drôles!) 

Sous le même toit : Fiche technique

Réalisation : Dominique Farrugia
Scénario : Dominique Farrugia et Laurent Turner
Interprétation : Gilles Lellouche (Yvan), Louise Bourgoin (Delphine), Kolia Abiteboul (Lucas), Adèle Castillon (Violette), Manu Payet (Nico), Marilou Berry (Melissa), Julien Boisselier (William)…
Image : Rémy Chevrin
Montage : Antoine Baudoin
Musique : Julien Jaouen
Production : Dominique Brunner
Société de production : ProductionEuropaCorp, TF1 Films Production
Distribution : Europacorp
Récompenses et festival : Prix du Jury au Festival de l’Alpe d’Huez 2017
Durée : 93 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 19 avril 2017
France-2016

[irp]