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La nuit a dévoré le monde : le film de zombies réinventé

Avec La Nuit a dévoré le Monde, Dominique Rocher signe un premier long métrage fort et poignant où le spectateur est confronté à la solitude d’un homme sur fond d’apocalypse de zombies. Ce huis-clos intimiste, presque gênant parfois, nous prend aux tripes avec un minimalisme maîtrisé qui concentre la majorité de son action dans un immeuble haussmannien à l’abandon, pour un résultat remarquablement poétique.

Synopsis : Sam, un trentenaire taciturne, se rend à une soirée organisée par son ex pour récupérer des cassettes audio qui lui appartiennent. Il s’isole dans une pièce pour fuir le chahut, et s’endort pour se réveiller le lendemain au beau milieu d’un appartement haussmannien sans dessus dessous. Il constate alors qu’il est l’unique survivant d’une apocalypse de zombies.

Autant prévenir tout de suite : pour tous ceux qui s’attendent à du spectaculaire, de l’hémoglobine et des montées d’adrénaline avec poursuites de zombies endiablées, morsures, cris et terreur, passez votre chemin. Ici, pas de jump-scare, pas de maquillage outrancier, ni de money shot ou même d’action soutenue. On observe plutôt l’errance d’un homme seul, livré à lui-même dans un immeuble parisien décimé par une étrange apocalypse. Que la survie commence !

Seul au monde 

D’entrée de jeu, le héros, Sam, nous est présenté comme un étranger taciturne, qui ne se mêle pas aux foules, ne participe pas aux fêtes, ne se mélange pas au monde. Il est entouré, pourtant, il préfère s’isoler. Il s’endort dans un appartement vibrant de vie et d’effervescence pour se réveiller au milieu du chaos : en une soirée, la nuit a dévoré le monde. Les gens sont zombifiés, l’existence a été anéantie, et il semble être le seul survivant. D’emblée, ce qui frappe dans le traitement du récit, c’est le minimalisme et l’économie de tout. Peu de moyens certes, mais aussi peu de décors, peu de mouvements, peu de dialogues, et peu de préambule. On rentre rapidement dans le vif de l’action, plongés en même temps que ce héros taiseux, dans un univers rongé par la mort. Le plus étonnant, c’est que le personnage principal semble comprendre immédiatement ce qui lui arrive. Pas d’incrédulité, pas d’analyse de situation, pas d’hésitation. Il observe, encaisse, et agit. Il passe en mode survie.

la-nuit-a-devore-le-monde-dominique-rocherA partir de là, on verra peu ces créatures assoiffées de sang, si souvent représentées dans les films et les séries. Quelques plans sur le dehors, un bout de rue hanté par des silhouettes désincarnées, voilà plus ou moins à quoi se résument les zombies, dans ce film singulier qui préfère assister à la métamorphose d’un homme ordinaire propulsé dans l’extra-ordinaire. Comment survivre, dans un monde où il ne reste plus rien ? Pris au piège d’un immeuble haussmannien, le héros, Sam, s’organise méthodiquement. Il nettoie sa surface habitable, et part bientôt en expédition, en quête de vivres, sans jamais quitter le lotissement dans lequel il est bloqué, se contentant de faire des repérages et de s’introduire chez les gens, de pénétrer dans leurs vies, dont il ne reste que des souvenirs. C’est ici que La Nuit a dévoré le Monde devient intéressant : on est coincé, seul face à un héros condamné à vivre avec lui-même. On le verra revivre les traumatismes de son enfance, faire de l’exercice, rationner ses quantités, parler à un zombie pour ne pas sombrer, créer aussi, et perdre pied. Il fouillera chez les autres comme il fouillera en lui, et comme lui, le public entre par effraction dans l’intimité d’un homme.

Un film d’horreur d’auteur

Le film, en installant son intrigue dans la capitale française, se joue des codes et revêt des allures de film d’auteur, mélange des genres aussi inattendu qu’efficace. Il est par exemple étonnant de voir comment l’instinct animal primaire de Sam (manger, boire, sauver sa peau) est transposé dans un cadre civilisé, très connoté. Sam part « en expédition », il se met en « chasse », allant d’appartements en appartements, chez la concierge, dans la cage d’escaliers… Environnement très urbain qui évoque bien sûr la vie dans les grandes villes, mais décor labyrinthique qui se prête bien à l’exercice de genre. On est désarçonné à plusieurs reprises, dans le bon sens du terme. On est curieux de voir ce que Sam va faire ensuite, pour pallier les problèmes les plus basiques : pénurie alimentaire, eau courante coupée, absence de chauffage. Il déploie alors des mécanismes primitifs qui le font retomber dans un mode de vie primaire, mais toujours dans un lieu aussi évolué, sophistiqué. Le paradoxe surprend et interpelle, c’est intéressant.

Le rythme est assez lent, le film prend le temps de suivre son héros et, progressivement, on pénètre dans son intimité, on se fond en lui de manière troublante et poétique, on se laisse porter par son errance. A ce titre, on peut souligner la performance intrigante d’Anders Danielsen Lie, qui compose un personnage très humain, glissant graduellement vers la folie. Il est livré à lui-même, et on est avec lui sans qu’il ne le sache, ce qui nous donne parfois le sentiment de lui voler des instants de vie très privés, très intimes, nous mettant dans la gênante position de voyeur. Mais la question de l’observation et de l’espionnage est latente dans ce film, qui se base sur un jeu de fenêtres (on épie ses voila-nuit-a-devore-le-monde-zombiessins d’en face), à l’aide de jumelles ou encore d’un appareil photo qui capture des clichés personnels, pris en cachette, sur le vif, à l’insu de. L’altérité devient vite une forme d’intrusion à part entière, et on se sent parfois de trop, quand le protagoniste se laisse aller à l’émotion ou la démence, à la colère ou bien même à la créativité (quand il compose des morceaux de musique en enregistrant les sons du quotidien, par exemple). On se sent en trop, dans ce film. C’est rare et perturbant.

Au final, La Nuit a dévoré le Monde reprend bien les codes du film de zombies pour se les approprier avec une beauté singulière et fascinante. Le film nous questionne sur l’altérité, la solitude et l’identité, à travers une histoire humaine qui ébranle et qui nous touche, notamment grâce au personnage de Golshifteh Farahani, apparition salvatrice qui va délivrer le héros de sa paranoïa et de sa peur, pour le pousser à sortir de son monde et faire exploser ses barrières, enfin. On tient ici une œuvre profonde.

Bande-annonce : La Nuit a dévoré le Monde 

Fiche technique – La Nuit a dévoré le Monde 

Réalisation : Dominique Rocher
Scénario : Guillaume Lemans, Jérémie Guez et Dominique Rocher, d’après le roman homonyme de Pit Agarmen
Distribution : Anders Danielsen Lie (Sam) ; Denis Lavant (Alfred le zombie) ; Golshifteh Farahani (Sarah)
Direction artistique : Sidney Dubois
Son :  Nassim El Mounabbih
Costumes : Caroline Spieth
Photographie : Jordane Chouzenoux
Montage :  Isabelle Manquillet
Musique : David Gubitsch
Production : Carole Scotta
Sociétés de production : Haut et Court
Sociétés de distribution : Haut et Court Distribution
Genre : horreur, drame
Durée : 94 minutes
Date de sortie : 7 mars 2018

France – 2018

Le final de la saison 3 de Gomorra programmé jeudi 22 mars 2018 sur Canal +

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Les téléspectateurs français s’apprêtent à vivre deux semaines à couper le souffle sur les antennes de Canal +. Les quatre derniers épisodes de la saison 3 de la série Gomorra seront diffusés en exclusivité sur les antennes de la chaîne cryptée.

La saison 3 de Gomorra touche bientôt à sa fin dans le cadre de sa diffusion dans l’Hexagone. La chaîne cryptée de Vincent Bolloré diffuse actuellement en exclusivité la série policière italienne qui a révolutionné les codes du genre, tout en renvoyant les intégrales des séries comme The Wire ou Les Sopranos sur les rayons du marché de l’occasion chez les vendeurs et revendeurs de DVDs et de Blu-Rays.

La série Gomorra a connu un succès impressionnant lors des diffusions en novembre et en décembre dernier en Italie. De nouveaux records d’audience ont été battus après les cartons fulgurants des deux premières saisons. Gomorra a notamment bénéficié de soirées de lancement avec des séances dans des salles de cinéma et des soirées red carpet (avec le tapis rouge) en Italie. Lors des diffusions chez nos voisins transalpins, Gomorra a même réussi à battre les audiences de Game of Thrones.

Ce programme télévisé ultra réaliste, qui dévoile l’emprise de la Camorra dans les quartiers populaires et à la périphérie de Naples, à Rome, à Barcelone et au Honduras, est en réalité adapté de l’enquête de Roberto Saviano. Ce journaliste et auteur italien est menacé de mort par la mafia. Il vit sous protection policière depuis la publication de Gomorra.

Canal + va donc programmer les épisodes 9 et 10 de la saison 3 de Gomorra le jeudi 15 mars 2018 dès 21h. Le grand final, l’apothéose de la rivalité au cœur du Système camorriste, sera diffusé le jeudi 22 mars 2018 avec les épisodes 11 et 12 à 21h. La rivalité entre Genny, le clan Savastano, les sécessionnistes des places de deals et Ciro di Marizo initiée depuis les tragédies de la saison 1 et de la saison 2 ne va pas laisser les téléspectateurs français indifférents.

L’intégralité de la saison 3 de Gomorra est accessible sur l’application et via la plateforme MyCanal. Ce dispositif (entièrement gratuit, sans frais supplémentaire) est accessible pour tous les abonnés de Canal + sur télévision, tablette, ordinateur, téléphone et consoles de jeux. Les saisons 1 et 2 sont également disponibles à la demande et via l’interface MyCanal. Une saison 4 est officiellement prévue pour Gomorra. Roberto Saviano travaillerait également sur l’écriture d’une série télévisée sur le colonel Mouammar Kadhafi.

Canal + va aussi diffuser, dès le lundi 12 mars 2018 à 21h, sa nouvelle création originale, Knox, une série policière étouffante de six épisodes avec Nathalie Baye et Maïwenn.

Undone : La future série des créateurs de Bojack Horseman pour le compte d’Amazon

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Le géant américain Amazon vient de signer un important accord avec Raphael Bob-Waksberg, le créateur de Bojack Horseman. La firme américaine verra donc une série animée pour adultes, Undone, débarquer sur sa plateforme de SVOD, Amazon Prime, en 2019.

Raphael Bob-Waksberg (scénariste et producteur de Bojack Horseman, la suite de La Grande aventure Lego) et Kate Purdy (scénariste et productrice pour Cougar Town, The McCarthys, Bojack Horseman) vont donc développer une nouvelle série d’animation pour adultes mais pour le compte d’Amazon cette fois-ci, selon des informations d’IGN France. Undone sera diffusée sur Amazon Prime en 2019. Quelques éléments ont été dévoilés sur ce programme qui devrait s’apparenter à « une comédie dramatique animée qui se penche sur l’élasticité de la réalité par l’intermédiaire d’Alma, son personnage principal ». La jeune femme en question a survécu à un terrible accident de voiture qui va lui faire revoir son rapport au temps. Grâce à cela, elle va tenter de comprendre les raisons de la mort de son père. Les amateurs du jeu vidéo Life is Strange (bientôt décliné en série télévisée) sur la destinée, l’adolescence et les accidents de la vie devraient notamment apprécier ce nouveau programme développé par les créateurs de Bojack Horseman.

Le casting vocal de la série Undone va réunir Angelique Cabral (Life in Piece) et Rosa Salazar (bientôt à l’affiche d’Alita : Battle Angel). Ce partenariat avec Amazon ne devrait pas compromettre, fort heureusement, le grand retour de Bojack Horseman sur Netflix pour une cinquième saison. Les studios d’animation français seraient bien inspirés de se lancer également dans des projets ambitieux similaires . Les chaînes qui financent l’industrie du cinéma comme Canal +, France Télévisions, Ciné + n’ont pas encore été à l’origine de créations originales animées pour adultes ces dernières années.

Rester vivant – méthode : Iggy Pop et Michel Houellebecq dans un documentaire bien barré !

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L’écrivain français Michel Houellebecq et le chanteur américain Iggy Pop vont être réunis dans un même film. Cet incroyable casting est au cœur du documentaire Rester vivant – méthode (To Stay Alive – A Method) des néerlandais Erik Lieshout et Reinier Van Brummelen.

Selon des informations d’Allocine, le chanteur Iggy Pop et l’écrivain Michel Houellebecq seront prochainement à l’affiche d’un documentaire néerlandais, Rester vivant – méthode. Le titre de ce film est une reprise directe de l’œuvre de Michel Houellebecq, publiée en 1991 aux éditions La Différence puis en 1999 et en 2010 chez Flammarion.

Méthode de survie au milieu des pensées molles et des contorsions théoriques actuelles, ce texte, ici suivi d’articles parus dans la presse, possède la force et la précision d’un projectile… Un regard féroce sur tous les aspects de la modernité.

Dans ce film entre documentaire et fiction, Iggy Pop présente une méthode pour rester en vie dans un monde impersonnel. L’essai Rester vivant : méthode de Michel Houellebecq et les expériences personnelles d’Iggy Pop sont les points de départ de cette quête qui s’intéresse au rôle du poète, aux artistes en difficulté et aux problèmes de santé mentale. Ce projet atypique s’apparente à un feel good movie sur la souffrance.

Un poète mort n’écrit plus, d’où l’importance de rester vivant.

Rester vivant : méthode (To Stay Alive – A Method) était initialement attendu en France pour le 11 avril 2018 au cinéma. Une nouvelle date de sortie officielle a été fixée pour ce docu-fiction fascinant qui réunit ces deux monuments de la littérature, de la poésie et de la musique ! Rester vivant : méthode va finalement débarquer dans les salles obscures françaises le 09 mai 2018, selon des informations d’Allocine 

Iggy Pop avait dévoilé son admiration pour l’écrivain Michel Houellebecq dans le cadre de l’album « Préliminaires » en 2009. Ce disque était inspiré du livre « La possibilité d’une île », paru en 2005 aux éditions Fayard.

Guillaume Nicloux avait déjà immortalisé l’écrivain français dans son propre rôle avec L’enlèvement de Michel Houellebecq. Le romancier, de son côté, avait courageusement adapté son récit La Possibilité d’une île dans une œuvre singulière avec Benoît Magimel, Ramata Koite, Patrick Bauchau, Jean-Pierre Malo, Serge Larivière ou bien encore Arielle Dombasle en 2008. Michel Houellebecq est également apparu dans les films de Benoît Delépine et Gustave Kervern (Saint-Amour et Near Death Experience).

Le film est réalisé par Erik Lieshout, Arno Hagers et Reinier Van Brummelen. Le scénario a été écrit par Erik Lieshout d’après l’essai éponyme de Michel Houellebecq, publié aux Éditions La Différence en 1991. Le casting réunit Iggy Pop, Michel Houellebecq, Anne Claire Bourdin, Jérôme Tessier et Robert Combas notamment. Le montage a été assuré par Arno Hagers et Reinier van Brummelen. Iggy Pop a composé la musique originale de ce film produit par AT-Doc, Serious Film et la RTBF. La durée de ce documentaire est de 1h10. Les passionnés de musique et de littérature vont donc guetter la sortie de Rester vivant – méthode, le 09 mai prochain dans l’Hexagone.

Rester Vivant – méthode – Bande-annonce :

Hook ou La Revanche du Capitaine Crochet de Steven Spielberg : Le syndrome de Peter Pan

En un peu plus d’un siècle, on ne compte plus les adaptations du Peter Pan de James Matthew Barrie. Et encore moins celles qui ont fait date. Aux côtés du film animé de Disney (qui popularisa massivement le personnage), Hook ou la revanche du Capitaine Crochet tient en ceci une vraie place de choix. Et s’il n’est assurément pas le blockbuster le plus convaincant de son auteur, il est sûrement l’un des plus personnels.

Hook est un film mû par une idée formidable, offrir une suite à l’histoire de Peter Pan. Idée formidable mais pas forcément inédite puisque J.M Barrie lui-même en posa les bases. En effet, quatre ans après la production de Peter Pan (qui fut une pièce avant d’être un roman), il ajoute une scène intitulée Après coup dans laquelle Peter revient chercher Wendy. Cette dernière mariée et mère ne peut le suivre et il propose alors à Jane, la fille de Wendy de le suivre. On apprend alors qu’un cycle éternel se met en route où chaque descendance de Wendy sera amenée au Pays Imaginaire. Les plus attentifs auront reconnu le point de départ du très mauvais Peter Pan 2 – Retour au Pays Imaginaire produit par Disney en 2004.

Hook prend aussi pour base ce dernier chapitre mais le fait dériver par un « What if ? » des plus savoureux. Et si Peter Pan était tombé amoureux de la petite-fille de Wendy ? Et si il avait décidé de ne plus jamais retourner au Pays Imaginaire ? Initié par Spielberg lui-même, le projet nait en 1985 chez Disney. Pensé comme une suite au film d’animation, et non au roman, Hook se rêve d’abord en comédie musicale. Et pour jouer Peter, qui mieux que la star la plus représentative du syndrome de Peter Pan : Michael Jackson ! Intéressé, il refuse finalement car la vision d’un Peter ayant oublié son passé ne lui convient pas. On murmure que David Bowie était aussi envisagé en Crochet.

Le projet mute alors et passe chez Paramount avec un scénario de James V. Hart et Dustin Hoffman pour tenir le rôle de Crochet (dans une performance cabotine restée dans les mémoires). Alors que la pré-production est entamée, Spielberg quitte le navire pour se consacrer à son premier enfant, Max. Il estime ne plus jamais y revenir après Empire du Soleil en 1987 où il pense avoir fait le tour du sujet de l’enfance. Entre-temps, le projet continue avec un nouveau scénariste et un nouveau réalisateur, Nick Castle (LE Mike Myers de Halloween). Hoffman toujours à bord, c’est Robin Williams qui signe pour le rôle de Peter Pan mais tous les deux ont des différends créatifs avec Castle. Spielberg fait alors son retour, modifie le script et se lance dans l’aventure Hook pour Tristar Pictures. Pour anecdote, certains dialogues de La Fée Clochette sont ré-écrits par la regrettée (et non-créditée) Carrie Fisher. A Hoffman et Williams s’ajoute Bob Hoskins en Mouche et Julia Roberts en Fée Clochette (surnommée Tinkerhell sur le plateau pour ses caprices) pour le casting.

hook-ou-La-Revanche-du-Capitaine-Crochet-steven-spielberg-robin-williams-famille-retro-spielbergHook conte ainsi l’histoire de Peter Banning, orphelin recueilli à Londres par Wendy et marié depuis à sa petite-fille Moïra. Vivant désormais aux États-Unis, il est devenu un avocat de 40 ans obsédé par son travail et père de deux enfants qu’il néglige. Alors que la famille part pour les vacances de fin d’année à Londres, notamment pour un gala en hommage à Wendy, les enfants de Peter sont kidnappés par le Capitaine Crochet. Wendy révèle alors à Peter ce qu’il a oublié, à savoir qu’il est Peter Pan et qu’il doit aller au Pays Imaginaire sauver ses enfants.

Steven Spielberg n’aime pas Hook. L’affirmation peut choquer mais elle provient de Spielberg lui-même qui déclare en 2013 : « Je veux revoir Hook encore car je n’aime tellement pas ce film que j’espère qu’un jour, je le reverrais et aimerais quelque chose. ». Les propos sont durs mais déjà amorcés en 2011 quand Spielberg, durant une interview pour Tintin, déclare ne pas être fier des séquences au pays Imaginaire. Il n’aime notamment pas la direction artistique choisie où son imagination s’est résumée à construire des décors et peindre des arbres en bleu et rouge. Il regrette de ne pas avoir eu la technologie lui permettant de créer digitalement le Pays Imaginaire.

En vérité, Spielberg a partiellement raison. Si l’emploi des effets pratiques et les décors monumentaux créés pour le film font mouche, Hook souffre d’un univers paradoxalement limité par les murs de son gigantesque studio dans une époque déjà passée à autre chose. Le film ressemble à l’attraction Pirates des Caraïbes, il est fastueux, fourmille de détails mais n’offre aucune ligne d’horizon au-delà de sa charmante artificialité. Pire, Hook est probablement l’unique film de Spielberg contaminé par l’esprit marketeux des costards-cravates. Pensé pour coûter 50 millions, l’économe Spielberg (peu habitué des dépassements) reconnaitra avoir merdé sur Hook en ayant pris plus de temps que d’habitude à tourner. Le film finira par coûter entre 60 et 80 millions, une somme colossale pour l’époque. En son temps, il sera l’un des cinq films les plus chers de tous les temps.

Dès lors, Hook ne devait pas se planter et le pacson de produits dérivés l’accompagnant devait être soutenu par un film commercialement efficace. Ainsi, dans un souci d’identification au public des 80’s-90’s, Hook fait des concessions et imagine des enfants perdus jouant au basket, des pirates en partie de base-ball, un punk asiatique du nom de Ruffio faisant de la voile sur un monorail de parc d’attractions,… Autant d’éléments faisant pénétrer crassement le contemporain au Pays Imaginaire, dont l’identité est paradoxalement d’être un espace immuable et imperméable au monde extérieur.

Grosse machine commerciale s’il en est, craftée cependant par le maître du divertissement, Hook marche finalement un peu sur la tête en s’avérant à la solde de ce(ux) qu’il(s) dénonce(nt). En transformant Peter Pan en Peter Banning, l’enfant qui ne voulait pas grandir en pirate de la finance, Hook part bien sûr avec l’intention de ramener l’enfant dans l’adulte. Paradoxalement, Hook s’avérera alors le véhicule d’une idéologie qui ne coïncide pas avec son statut de blockbuster prévu pour vendre des jouets McDo. Il est plutôt le (gentillet) début d’une escalade merchandising très 90’s dont on perçoit encore les secousses aujourd’hui. D’autant plus que Hook, s’il ne sera pas un échec, verra ses résultats en deçà des attentes espérées.

Mais le plus grand drame de Hook, c’est finalement de ne jamais se remettre (comme beaucoup d’œuvres sur Peter Pan) de son incroyable premier acte. Car on peut aimer ou non le film, ces 40 premières minutes sont tout bonnement exceptionnelles. Legacyquel tordu avant l’heure, Hook pose brillamment ses personnages et retraverse le mythe de Peter Pan avec l’émotion et la mélancolie du conte d’origine. Ce dernier est d’ailleurs présent et existant dans l’univers du film (On cite Barrie, le film s’ouvre sur une représentation de la pièce,…), nourrissant plus qu’habilement le script.

Il faut voir une Maggie Smith bouleversante en Wendy âgée, portant les yeux sur son amour de jeunesse ou bien ce senior orphelin cherchant désespérément ses billes pour mesurer la déférence et l’amour à l’œuvre de Barrie. Le tout confluant dans l’une des plus belles scènes de la carrière de Spielberg où, lors du discours hommage de Peter à Wendy, de vieux monsieurs se lèvent pour envoyer des baisers à travers la salle. En 40 minutes brillantes, Spielberg offre une leçon absolue de story-telling, de mise en scène, de direction d’acteurs qui bifurquera ensuite vers son schéma plus spectaculaire et un tantinet plus convenu. Non sans avoir offert avant une séquence d’enlèvement traumatique (et ses conséquences), source de nombreux cauchemars.

La réflexion sur le mythe de Peter Pan ne sera pas reléguée aux oubliettes pour autant, le film connait sur le bout des doigts son sujet et travaille en profondeur les figures et thématiques de Barrie. Peut-être trop finalement, au point de ne pas avoir grand chose à raconter en dehors. En cela, il existe des scènes formidables dans la seconde partie de Hook mais aucune n’a vraiment trait au plaisant mais convenu film d’aventures en jeu. Toutes sont ainsi des scènes d’émotions pures enrichissant les figures bien connues : Crochet suicidaire et obsédé par le temps qui passe, l’amour de Clochette pour Peter, le regard d’un enfant sur Peter, comment Peter s’est retrouvé à Neverland,… Hook comprend Peter Pan à un point atteint par aucune autre œuvre sur le sujet, mais sans vraiment pouvoir cohabiter avec les impératifs de divertissement en jeu. C’est là où le bât blesse.

Et il y a bien sûr Spielberg, qui parle ici de lui à cœur ouvert, exorcisant dans la relation entre Peter et son fils Jake son propre rapport à la paternité. D’une part, lui, ayant souffert d’un père obsédé par son travail. D’autre part, en forme d’avertissement à lui-même, jeune papa, sur le besoin de rester un enfant et de ne pas complètement devenir un adulte au risque d’être un pirate (ce que Wendy verbalise). Dans une ironie toute Hollywoodienne, Spielberg est ce mogul du cinéma, pourvoyeur d’un imaginaire gouleyant et c’est sur Hook, probablement son œuvre la plus commerciale, qu’il se met en garde à ne pas devenir Crochet. Le financier successfull doit rester autant que possible ce petit garçon qui rêve, être aux côtés de ses enfants et ne pas se laisser avaler par son propre empire. Dans un exercice d’auto-analyse fait film, que ses quelques lignes ne feront qu’effleurer maladroitement, Spielberg se projette comme jamais dans Peter Banning. Au point de lui donner un visage très similaire au sien dans cet homme-enfant qu’était le regretté Robbie Williams.

Hook est aujourd’hui une madeleine de Proust pour toute une génération, fortement attaché au culte actuel de son époque de production. Finalement plus intéressant et vertigineux dans son fond qu’il n’est efficace ou réussi en termes de divertissement, il a le mérite d’éclairer sur son auteur à un moment précis de sa carrière. Tout en offrant au mythe de J.M Barrie l’une de ses plus belles lettres d’amour.

Franchement, pour un ratage, Steven, c’est plutôt un beau ratage !

Hook ou la revanche du Capitaine Crochet : Bande-annonce

Hook ou la revanche du Capitaine Crochet : Fiche Technique

Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Jim V Hart, Malia Scotch Marmo, Nick Castle, J.M. Barrie
Interprétation : Dustin Hoffman, Robin Williams, Julia Roberts, Bob Hoskins, Maggie Smith
Image : Dean Cundey
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Société de production : Tristar Pictures, Amblin Entertainment
Durée : 195 minutes
Date de sortie : 1 avril 1992

États-Unis – 1991

Munich, les hommes de l’ombre de Steven Spielberg reviennent en Blu-ray

Ce mardi 6 mars est ressorti en Blu-ray le film Munich de Steven Spielberg. Le long métrage sorti au cinéma en 2006 suit l’opération « Colère de Dieu » soit la traque de plusieurs responsables palestiniens liés à l’attentat meurtrier de Munich par un groupe mené par un agent du Mossad.

Synopsis : Dans la nuit du 5 septembre, un commando de l’organisation palestinienne Septembre Noir s’introduit dans le Village Olympique, force l’entrée du pavillon israélien, abat deux de ses occupants et prend en otages les neuf autres. Vingt et une heures plus tard, tous seront morts, et 900 millions de téléspectateurs auront découvert en direct le nouveau visage du terrorisme. Après avoir refusé tout compromis avec les preneurs d’otage, le gouvernement israélien de Golda Meir monte une opération de représailles sans précédent, baptisée « Colère de Dieu ». Avner, un jeune agent du Mossad, prend la tête d’une équipe de quatre hommes, chargée de traquer à travers le monde onze représentants de Septembre Noir désignés comme responsables de l’attentat de Munich. Pour mener à bien cette mission ultrasecrète, les cinq hommes devront vivre en permanence dans l’ombre…

Avant-propos : si cet article revient sur Munich pour sa ressortie Blu-ray, n’hésitez pas à ouvrir votre expérience spielbergienne en consultant les articles de la rétrospective dédiée au maître sur CineSeries-Mag à l’occasion des deux importantes sorties cinématographiques du réalisateur en janvier puis en mars, Pentagon Papers et Ready Player One.

« En 1972, le monde apprenait l’assassinat de 11 athlètes israéliens aux Jeux Olympiques de Munich. Ce film raconte la suite. »

– lisible sur l’affiche du film –

La suite des événements a été, on le sait, relativement imaginée. Comme le dit Steven Spielberg dans un making of du film, tout n’est pas clair concernant ce qui a pu se passer après le lancement de la tristement réelle opération « Colère de Dieu ». Aussi « (Munich) n’est pas un documentaire. Ce n’est pas censé en être un. C’est une histoire qui s’inspire d’un événement de l’Histoire. La finalité n’est pas de faire un portrait net et précis de ce qui s’est passé car même dans le livre de Jonas (Vengeance, qui a inspiré le film), tout n’est pas clair. » Cette obscurité du réel a permis au réalisateur et à ses scénaristes Tony Kushner et Eric Roth de dresser le portrait d’ombres. On en compte cinq, aux visages bien humains, de nationalités différentes, et chacune avec des compétences bien spécifiques. De confession juive, ils doivent accomplir une mission qui saura mettre à mal leurs convictions et les emplir de doute et d’effroi. La mission même sera remise en question. Nous sommes juifs, nous ne devons pas faire ça, ça n’est pas comme ça qu’on m’a élevé, dit l’opérateur des explosifs interprété par Matthieu Kassovitz. Mais la vengeance d’Israël doit être livrée quoiqu’il arrive. Avner doute et dans un élan de colère, demande à son responsable si ça n’est qu’une affaire de vengeance ou si ça ne cache pas autre chose : ont-ils coupé des têtes pour les remplacer par d’autres ? « Pourquoi coupe-t-on ses ongles ? » lui répond son responsable/intermédiaire interprété par Geoffrey Rush. Les agents de l’ombre voient de plus en plus flou concernant leur mission. Alors que le groupe doute chaque jour un peu plus du bien fondé de leur objectif, ce dernier est loin de servir le plan établi par leurs chefs qu’il pensait clair et net.

Ainsi Munich dresse l’obscur portrait d’une sombre histoire d’ombres. Un tableau dominé par une teinte qu’a souvent interrogé Steven Spielberg : la violence. « Ne vous méprenez pas, ce film n’est pas une attaque envers Israël. En aucun cas. C’est un sujet très difficile et on a décidé de l’aborder honnêtement et sans complaisance. On tente d’observer la politique qu’Israël partage avec le reste du monde, et de comprendre pourquoi ce pays a estimé que la violence était la meilleure réponse à la violence. En tant que réalisateurs on utilise l’empathie. C’est normal, on fait preuve d’empathie pour tout, car on ne peut pas comprendre les motivations humaines sans ça » explique le réalisateur. Ainsi, l’empathie/le cinéma est l’outil qui permet à l’artisan juif qu’est Spielberg de questionner cette violence mise en place par le gouvernement d’un peuple pacifiste. Le plan final sur les deux tours élargit le propos en l’associant au lendemain guerrier du 11 Septembre 2001 que lancera George Bush. Et de façon plus générale, Spielberg pose justement à nouveau l’une des questions morales les plus simples mais essentielles de l’humanité : pourquoi la violence ? Et puis, spielbergement logique, la violence ne mène-t-elle pas à la violence ? Un élément de réponse de la bouche du maître s’invite alors ici : « Ce film ne prône pas la passivité. Au contraire, il montre que la réaction qui pourrait être la bonne nous met face à des situations très difficiles. Quand on doit répondre à la terreur aujourd’hui, l’important, c’est de passer par un processus minutieux. Pas pour nous paralyser ou nous empêcher d’agir, mais pour s’assurer que les résultats produits sont ceux escomptés. Ce sont les résultats fortuits qui nous tourmenteront le plus. Avec ce film, on ne veut pas dire qu’il faut ou non des attaques ciblées. Ce que je mets en valeur ici, ce sont ces dilemmes et ces problèmes dont il faut parler. Ce film est un drame humain ce que ces gens ont subi et qui fera réfléchir, je l’espère. »

Munich, une édition Blu-ray typique d’Universal

Réédition de la précédente édition Blu-ray sortie en 2015 chez Universal, on note que l’image et la piste originale sonore sont toujours soignées. On remarque à nouveau l’absence d’une piste vf HD. Comme d’habitude chez Universal, la piste vf est reprise du DVD. Quant aux bonus, on attendait quelques compléments récents revenant alors douze ans après sur l’un des longs métrages importants du Master Spielby. Que neni ! Universal a simplement repris les bonus d’anciennes éditions DVD/Blu-ray. Certes, ces derniers sont plutôt riches, mais on en attendait davantage pour cette ressortie Blu-ray Spielbergienne probablement liée aux sorties récentes et rapprochées de Pentagon Papers (janvier 2018) et Ready Player One (fin mars 2018). Ainsi cette réédition est clairement recommandable si vous n’avez acheté la précédente et surtout à la vue de son prix de vente raisonnable de dix/quinze euros selon les revendeurs.

Bande-Annonce – Munich

INFORMATIONS TECHNIQUES

Munich – 1 Blu-ray – 164 minutes – Master HD – 16/9ème compatible 4/3 format d’origine respecté 2.35 :1

Date de sortie : 06.03.18

Prix public indicatif : 14,99 €

Always – Pour toujours de Steven Spielberg : Comme un avion sans ailes

Rares sont les réalisateurs pouvant se vanter de n’avoir fait que des grands films. Fort d’une carrière de près de 30 longs-métrages, l’immense Steven Spielberg ne fait pas exception à la règle. Si un Steven moyen (Lincoln, Le Monde Perdu) voire mauvais (Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal) vaut nombre d’autres métrages, il est pourtant difficile de sauver Always, le vilain petit canard.

Always – Pour toujours est un remake de Un nommé Joe de Victor Fleming (Le Magicien d’Oz, Autant en emporte le vent). Sorti en 1943, avec – excusez du peu – Dalton Trumbo au scénario, Un nommé Joe conte l’histoire d’un pilote américain tête brûlée qui meurt lors d’une mission durant la seconde guerre mondiale. Désormais fantomatique, il devient l’ange gardien d’un jeune pilote tout en observant la femme qu’il aime…tomber amoureuse de ce pilote !

C’est sur le tournage des Dents de la Mer que Steven Spielberg et Richard Dreyfuss échangent sur ce film qu’ils adorent. Nait alors l’envie commune d’en faire un remake, avec Dreyfuss dans le rôle titre, qui se concrétisera 20 ans plus tard, en 1989. Ce à une époque où Spielberg est incontournable de l’industrie, par ses succès et ses nombreuses productions mainstream, mais où il s’affirme également sur des projets plus risqués (La Couleur Pourpre, L’Empire du Soleil). Au sortir de cette décennie très chargée, revenir à Always apparait dès lors comme une récréation très personnelle, un gentil caprice à 30 millions. Et qui peut refuser quelque chose au King en 1989 ?

Sur le papier, le projet semble d’ailleurs taillé pour Spielberg. Remake (son seul) d’un film qu’il adore, postulat entre fantastique et émotion mais surtout la présence de gros navions, une des obsessions les plus larvées de son auteur.

Kamikaze américain dans 1941, socle des rêves d’un enfant dans L’Empire du Soleil, phobie du héros de Hook, faux métier de Abagnale dans Arrête-moi si tu peux sans oublier appel de l’aventure dans Indiana Jones ou Tintin, l’univers de l’aviation tient une place à part chez Spielberg. Ce depuis ses lectures de jeunesse, notamment les comics de guerre.

Always aurait d’ailleurs pu s’inscrire dans le contexte de l’original mais transpose finalement l’intrigue de nos jours chez les pompiers de l’air. L’occasion pour Spielberg de déployer son talent dans des séquences d’incendies impressionnantes et millimétrées. En l’absence de CGI, Always  force d’ailleurs le respect quant à la gestion technique de ces plans aériens ou impliquant des avions en manœuvre. On note même pour l’époque quelques audaces comme cette caméra portée hyper dynamique suivant les pompiers au sol bien avant que McTiernan n’utilise cette forme (aujourd’hui usitée ad nauseum) dans Une Journée en Enfer.

Mais vous me direz alors, en quoi Always est mauvais ?

Vous le savez sans doute, nos chaines télé regorgent l’après-midi de téléfilms irregardables conçus pour une audience peu exigeante. Quand ces derniers ne racontent pas l’histoire d’amour entre une workhaolic et le père Noël, ou le combat d’une mère pour son fils autiste, on peut trouver des choses comme Always. Grosso-modo, des histoires à faire pleurer Margot, à base d’êtres aimés en phase terminale ou déjà décédés et de comment c’est triste, comment c’est dur… Bref, tout ce qu’il faut pour que la ménagère avale ses cachetons dans son plaid avec les yeux bouffis au milieu des Kleenex.

Always, c’est ce même genre de téléfilm, mais sur deux heures (sic) avec pour seule plus value d’être filmé par Spielberg. Ce qui en soi pourrait effectivement suffire à réhausser le bouzin mais non. Car Always est tout bonnement soporifique enfilant les passages obligés vers une fin complètement attendue. Ce sans péripéties, sans enjeux, sans conflits (du moins véritablement écrits) mais aussi sans charme compensatoire. Le spectral Richard Dreyfuss à beau nous affubler de son sourire le plus sympathique, son personnage crâneur ne l’est pas vraiment (ni intéressant d’ailleurs). Idem pour les bons John Goodman, Holly Hunter et Audrey Hepburn dont la performance en Ange Gabriel new-age sera, bien malheureusement, la dernière prestation. Mais encore ici parlons nous de vrais acteurs…

Puisque il reste un personnage, le plus horripilant de tous : Ted Baker, le jeune pilote protègé par Dreyfuss. Ce bellâtre au charisme d’endive est probablement le personnage le moins intéressant de la planète. Mais quand, en plus il est incarné par Brad Johnson, anomalie de vidéoclub dont la présence au casting est un mystère (ou une arnaque savante), on tient une vraie performance d’enclume. Littéralement puisque suivre son parcours durant une heure, où il plante des avions et dragouille sans le savoir la nana de son ange gardien, tient du lourd calvaire. On se fout de ce personnage (des autres aussi mais de lui surtout), on veut le voir disparaitre très vite mais on nous l’impose en simili-naïf maladroit au grand coeur avant de le transformer, de façon peu crédible, en nouveau Maverick.

Est-ce que tout est donc à jeter dans Always ? Non bien évidement puisque Always reste la preuve que même avec un script fade et inintéressant, Spielberg est cependant un puissant créateur d’images. On parlait des séquences d’incendie mais on peut aussi souligner un traitement intéressant de la figure fantomatique (en présence / absence) ainsi que quelques séquences d’émotion réussies. On pense notamment au moment où Goodman vient récupérer Hunter dans sa chambre ou de ce plan-séquence final de Dreyfuss parlant à Hunter qui s’avère le seul grand moment d’acting du film.

On notera également que même dans ses films les moins convaincants (Indiana Jones 4 le confirmera), Spielberg dispose d’un nez incroyable pour la tendance de l’époque. En effet, moins d’un an après sortira Ghost de David Zucker, gros carton à l’histoire similaire qui engendrera quantité de films, séries et téléfilms dans cette veine « fantômes et calins ».

Ça console mais ne vous oblige certainement pas à découvrir ce film quelque peu oublié de Spielberg (coincé entre Indiana Jones 3, Hook et Jurassic Park), anomalie téléfilmesque qui viendra à bout même des plus grands fans du réalisateur. Et on vous dit ça en sachant très bien qu’Indiana Jones 4, c’est nul.

Always – Pour toujours : Trailer

Synopsis : Un as des « pompiers volants », Pete Sandich, pilote d’élite et casse-cou invétéré accepte, de devenir un « rampant » sur les instances de sa compagne. Il s’envole pour une ultime mission dont il ne reviendra pas. Quelques mois plus tard, il se réveille dans une foret carbonisée ou l’attend une femme tout de blanc vêtue. Cette bonne fée le renvoie sur terre… « Always est l’histoire d’une passion. Il parle de la vie, de l’amour, de l’influence posthume des êtres que nous avons aimés. L’idylle de Pete et Dorinda se situe à la fois dans le présent et l’au-delà. »

Always – Pour toujours : Fiche Technique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénariste : Chandler Sprague, David Boehm, Dalton Trumbo, Frederik Hazlitt Brennan, Jerry Belson
Distribution : Richard Dreyfuss, Holly Hunter, Audrey Hepburn, Brad Johnson, John Goodman, Roberts Blossom, Marg Helgenberger, Keith David…
Directeur de la photographie : Mikael Salomon
Monteur : Michael Kahn
Conception générique : Joe Johnston
Compositeur : John Williams
Production : Universal Pictures
Genres Romance, Fantastique
Durée : 2h 04min
Date de sortie 14 mars 1990

 Etats-Unis – 1990

Bertrand Bonello, Président du Jury de la Cinéfondation et des courts métrages

Alors que la rédaction vous livrait un article sur le renouveau du cinéma français il y a deux jours, le Festival de Cannes a annoncé ce matin que Bertrand Bonello serait le président du Jury de la Cinéfondation et des courts métrages pour sa 71ème édition. Le réalisateur est tout à fait à sa place dans le rôle de celui qui récompensera le renouveau et l’envie de la jeunesse.

La création cinématographique est en constante évolution et c’est ce que cette sélection révèle au grand public. Bonello apportera son œil de cinéaste aguerri pour porter au plus haut les nouvelles inventions des jeunes réalisateurs. Habitué à la Croisette depuis 2003 pour son film Tiresia retraçant l’histoire d’un homme transexuel, puis pour L’apollonide – Souvenirs de la maison close ou encore pour Saint Laurent en 2014, il est évident qu’il sera dans son élément. Toutefois, Bertrand Bonello n’a en son palmarès remporté qu’un seul prix sur 47 nominations au Festival de Cannes. De fait, on espère qu’il sera plus lumineux de l’autre côté de la compétition. D’autant plus que son rapport au corps est passionnant et se voit dans son cinéma : il se plaît à explorer les pensées humaines dans leur plus profonde obscurité, mais aussi dans toutes leurs complexités. C’est en tout cas ce qui émane de sa filmographie. bertrand-bonello-festival-cannes-2018

Dans le communiqué du Festival de Cannes, le réalisateur de Nocturama déclare « Qu’attendons-nous de la jeunesse, des cinéastes inconnus, des premiers films ? Qu’ils nous bousculent, qu’ils nous fassent regarder ce que nous ne sommes pas capables de voir, qu’ils aient la liberté, le tranchant, l’insouciance et l’audace que parfois nous n’avons plus ». Phrase qui prouve son amour de la découverte, des expériences cinématographiques et surtout son envie de porter fièrement le rôle qu’on lui a confié.

C’est toujours un honneur de voir le cinéma français dans les plus grands festivals, Cannes offre ainsi une belle vitrine à Bonello mais aussi au cinéma auquel on l’associe et à l’art qu’il représente. Après l’échec relatif de son dernier film (Nocturama), le revoir à Cannes rassure sur l’avenir du cinéaste. C’est en tout cas un sans faute pour le prestigieux festival qui après avoir nommé Cate Blanchett présidente du jury de la compétition officielle démontre à nouveau son envie de récompenser les grands cinéastes de notre époque.

La Cinéfondation fête ses 20 ans cette année. Créée en 1998 par Gilles Jacob, qui n’a pas changé de rôle, elle fait émerger les nouveaux talents du septième art sur la scène internationale. Cette année, l’atelier de la Cinéfondation a sélectionné 15 films venus de pays différents. De tous les horizons, les projets promettent de belles générations de cinéastes pour les prochaines années.

Festival Cinélatino 2018 : le point sur la sélection

Comme chaque année, la ville rose accueille son célèbre festival de cinéma latino-américain du 16 au 25 mars 2018. Depuis maintenant trente ans, il est devenu un événement incontournable pour les cinéphiles de la région et s’étend dans toute l’Occitanie pour offrir une diversité culturelle à un large public. Avant que le festival ouvre ses portes dans quelques jours, voici l’occasion de revenir sur la grande sélection de films diffusés durant ces dix jours.

Pour ses trentièmes rencontres toulousaines, le festival s’offre la présence de l’actrice Paulina García Alfonso et de nombreuses personnalités françaises, ainsi qu’une programmation très riche pour rendre hommage à la belle variété que le cinéma d’Amérique du sud propose au monde entier. Le festival cinélatino a la particularité de mettre assez en valeur le travail des femmes dans sa sélection. Presque à la manière des Women in Motion de Cannes, Cinélatino a lui aussi décidé de rendre hommage à certaines figures féminines cette année. En mettant à l’honneur des actrices ou réalisatrices chiliennes, ces 30èmes rencontres diffuseront les films s’étant faits une place dans le cinéma international tels que La Novia del Desierto (Cannes 2017, Un Certain regard) de Cecilia Atlàn et Valeria Pivato, El presidente (Cannes 2017, Un Certain regard) de Santiago Mitre, ou encore Une femme fantastique de Sebastian Lelio.

Sa diversité, le festival la trouve également dans les jurys qu’ils convoquent pour différents prix. Des professionnels du septième art à la presse en passant par des cheminots, ou encore des étudiants, et même plus simplement, le public. Cinélatino ouvre ses portes à tout le monde et c’est là que réside sa force. Regrouper tout le monde au sein d’une même passion, et faire venir un public aussi divers que ce qu’il projette.

La compétition Fiction remettra 6 prix dont celui du Grand Prix Coup de Coeur.

– Azougue Nazaré, de Tiago Melo (Brésil)

– Cabros de mierda, de Gonzalo Justiniano (Chili)

– Candelaria, de Johnny Hendrix Hinestroza (Cuba)

– El silencio del viento, d’Álvaro Aponte-Centeno (Porto Rico)

– Matar a Jesus, de Laura Mora (Colombie)

– Mormaco, de Marina Meliande (Brésil)

– Princesita, de Marialy Rivas (Chili)

– Sergio y Serguei, de Ernesto Darañas Serrano (Cuba)

– Severina, de Felipe Hirsch (Brésil)

– Sinfonia para Ana, de Virna Molina (Argentine)

– Temporada de caza, de Natalia Garagiola (Argentine)

– Zama, de Lucrecia Martel (Argentine)

La compétition documentaire remettra 4 prix dont un par le public.

– A morir a los desiertos, de Marta Ferrer Carné (Mexique)

– Cocaine prison, de Violeta Ayala (Colombie)

–  El silencio es un cuerpo que cae, de Agustina Comedi (Argentine)

– Primas, de Laura Bari (Argentine)

– Robar a Rodin, de Cristóbal Valenzuela Berríos (Chili)

– O Chalé é uma ilha batida de vento e chuva, de Letícia Simões (Brésil)

– Tierra sola, de Tiziana Panizza (Chili)

Et la compétition court métrage remettra 5 prix à travers 17 films divisés en 3 programmes dont deux de fiction et un de documentaire.

[cbtabs][cbtab title= »Programme 1″]

» Apenas o que você precisa saber sobre min de Maria Augusta V. NUNES (Brésil)

» Hombre de Juan Pablo ARIAS MUÑOZ (Chili)

» La Duda de Juan CÁCERES (Chili)

» Lo que no se dice bajo el sol d’Eduardo ESQUIVEL (Mexique)

» Peñas de Sheila ALTAMIRANO (Mexique)

[/cbtab][cbtab title= »Programme 2″]

» A passagem do cometa de Juliana ROJAS (Brésil)

» Damiana d’Andrés RAMÍREZ PULIDO (Colombie)

» Deusa de Bruna CALLEGARI (Brésil)

» Fantasma cidade fantasma d’Amanda DEVULSKY et Pedro B. (Brésil)

» Tierra mojada de Juan Sebastián MESA (Colombie)

[/cbtab][cbtab title= »Programme 3″]

» Amor, nuestra prisión de Carolina CORRAL (Mexique)

» Boca de fogo de Luciano PÉREZ FERNÁNDEZ (Brésil)

» Como lágrimas en la lluvia de Milagros TÁVARA ESTELA (Pérou)

» El Viejo y la isla de Paul CORONEL (Mexique)

» Lupus de Carlos GÓMEZ SALAMANCA (France)

» Palenque de Sebastián PINZÓN SILVA (Colombie)

» Resistencia en paz d’Edison SÁNCHEZ CASTRO (Colombie)

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Ajoutées à ces trois compétitions, plusieurs sections parallèles seront l’occasion de faire de nouvelles découvertes inédites ou de ré-apprécier les incontournables de l’année aussi bien en documentaires qu’en films de fiction. Cinélatino présentera en avant première Les bonnes manières de Juliana Rojas et Marco Dutra, un film franco-brésilien qui dresse le portrait d’une relation entre deux femmes et explore le psyché. Pour ses 30 ans, le festival organise également beaucoup d’événements spéciaux comme de multiples cartes blanches à des invités qui ont eu la chance de choisir le film qu’ils voulaient faire découvrir au public toulousain. Notamment à travers une carte blanche à Nahuel Perez Biscayart, un des visages marquants de 2017, avec le film El auge del humano réalisé par Eduardo Williams. En octobre 2017, le public a voté pour une sélection de 16 films parmi 30 fictions et 12 documentaires qu’ils ont élu comme leurs préférés sur les 10 dernières éditions du Festival Cinélatino et seront projetés au public à l’occasion des 30 ans de l’événement. Parmi eux, il y a notamment 7 cajas  de Juan Carlos Maneglia et Tana Schémbori qui raconte l’histoire d’un jeune de 17 ans embarqué dans un thriller malgré lui. De plus, pour fêter ces 30èmes rencontres toulousaines, le festival s’associe avec la Quinzaine des Réalisateurs pour diffuser La Primera carga al machete, un film cubain de Manuel Octavio Gomez présenté lors de la première édition de la Quinzaine en Mai 1969. Le délégué général Edouard Waintrop présentera d’ailleurs la séance ainsi que le livre « La Quinzaine des Réalisateurs : les jeunes années 1967 – 1975 » de Bruno Icher lors d’une rencontre spéciale à la librairie Ombres Blanches.

La Liste de Schindler de Steven Spielberg : le noir et blanc, comme rarement, au service de l’émotion

Tout comme cette année 2018, Spielberg était sur tous les fronts en 1993 où il assurait à la fois deux projets : Jurassik Park et La Liste de Schindler. Deux œuvres ambitieuses au ton radicalement différent, à l’image de Pentagon Papers et Ready Player One dont les sorties sont respectivement en janvier et mars 2018. La Liste de Schindler dure trois heures, mais regarder ce chef d’œuvre ne sera pas une perte de temps. En revanche, il faut avoir le cœur accroché parce que la partie de l’histoire que Spielberg choisit de raconter n’est pas la plus facile à supporter.

Synopsis : Évocation des années de guerre d’Oskar Schindler, fils d’industriel d’origine autrichienne rentré à Cracovie en 1939 avec les troupes allemandes. Il va, tout au long de la guerre, protéger des Juifs en les faisant travailler dans sa fabrique et en 1944 sauver huit cents hommes et trois cents femmes du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Dans La liste de Schindler, Spielberg prend son temps pour préparer le spectateur à ce qu’il va voir. Avec une première partie qui peut sembler un peu longue, le réalisateur ne néglige jamais les victimes de ce drame humain et nous présente d’ailleurs à l’ensemble de cette population pendant une bonne durée du film. L’œuvre est un hommage aux personnes disparues dans ces atrocités, un hommage froid rempli pourtant de délicatesse et de sobriété. Le metteur en scène plonge les spectateurs dans un noir et blanc dans lequel on lit tous les détails qui rendent aussi bien compte de la monstruosité de la guerre que de l’humanité persistante des Juifs. La sincérité avec laquelle Spielberg tourne ce film donne des images franches, brutes, souvent dures à regarder qui livrent un  violent aperçu de la réalité. Quelque chose d’assez spécial émane de ce film, on imagine une équipe de tournage silencieuse presque en deuil durant les prises à l’inverse de ce qui se déroule sous leurs yeux et  de la violence des actions. On ressent à la fois une impression que beaucoup de bruits sont étouffés alors que ceux que l’on entend sont forts et atroces, comme le contraste entre la douceur de la neige et la cruauté des scènes qui s’y déroulent. la-liste-de-schindler-liam-neeson

Mais si les émotions sont si grandes dans La liste de Schindler, ce n’est pas seulement dû à ce qui est montré, c’est aussi grâce à la charge émotionnelle que les acteurs provoquent. Liam Neeson prouve l’immensité de son talent dans ce rôle d’Oskar Schindler avec des expressions faciales grandioses. Spielberg a d’ailleurs ici l’intelligence de ne pas lisser son personnage en ne faisant pas uniquement de cet homme, un héros, mais aussi quelqu’un qui sert ses propres intérêts en aidant les Juifs. Neeson est accompagné de deux acteurs qui ne passent pas inaperçus dans des rôles littéralement opposés. L’humanité de Ben Kingsley est aussi brillante à l’écran que la barbarie de Ralph Fiennes qui n’est autre que le célèbre acteur jouant Voldemort.

Les mélodies de John Williams sont dramatiques et ne peuvent qu’appuyer le ton tragique du film. Plusieurs scènes relèvent du génie de Spielberg : l’erreur d’aiguillage renverse littéralement les émotions du spectateur qui comprend vite le problème. La scène de la douche est avec celle des corps exhumés l’une des plus fortes du film de par son intensité émotionnelle. On ne peut s’empêcher d’avoir des frissons sur toute la scène finale où l’on saisit toute l’émotion de Schindler, de qui la guerre a fait ressortir toute l’humanité. Pour en venir au titre, la liste est à la fois celles des noms des Juifs que Schindler sauve mais aussi celle que les Allemands font au début du film pour emmener les Juifs. Si dans cette dernière, elle les entraîne vers la mort, on essaiera de se concentrer sur celle qui les fait survivre.

La Liste de Schindler : Bande-Annonce

La Liste de Schindler : Fiche Technique

Titre original : Schindler’s List
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Steven Zaillan
Interprétation : Liam Neeson, Ben Kingsley,  Ralph Fiennes
Image: Janusz Kaminski
Montage: Michael Kahn
Musique: John Williams
Décors : Allan Starski, Ewa Braun
Costumes : Anna B. Sheppard
Producteur(s): Branko Lustig, Gerald R.Molen, Steven Spielberg
Société de production : Universal Pictures, Amblin Entertainment
Distributeur : United International Pictures (UIP)
Budget : 25 000 000 $
Récompenses : Oscars du meilleur film, réalisateur, scénario adapaté, photographie, décors, montage, musique / BAFTA meilleur, réalisateur, meilleur acteur dans un second rôle, scénario adapté, musique, photographie, meilleur film, montage / 3 prix aux Golden Globes 1994
Durée : 195 minutes
Genre : historique, drame, guerre, biopic
Date de sortie : 2 mars 1994

États-Unis – 1994

 

Au Fil du Temps, de Wim Wenders : portrait d’une Allemagne coupée d’elle-même

En orchestrant l’errance de deux hommes le long de la frontière inter-allemande, Wim Wenders signe, avec Au Fil du Temps, un de ses plus grands films, au croisement du portrait psychologique, du film politique et de l’hommage cinéphile.

Au départ, il y a la rencontre fortuite de deux hommes. Deux personnages tellement dissemblables qu’ils resteront longtemps sans trouver quoi se dire et qu’ils mettront même un long moment avant de se présenter. L’un s’appelle Bruno Winter (Rüdiger Vogler), il est projectionniste itinérant et passe sa vie dans sa camionnette, sur les routes de la frontière orientale de la RFA. L’autre, c’est Robert Lander (Hanns Zischler), il revient (à toute allure) de Gênes, où il a quitté sa femme. Malgré la quasi-absence de dialogues, on comprend vite qu’il est difficile de trouver deux personnages aux caractères aussi opposés. Bruno est un solitaire invétéré, une sorte d’ancien hippie vivant volontairement en marge de la société. Il va à son propre rythme, lent, contemplatif (comme le film). Robert, lui, ne tient pas en place. Il doit être constamment en mouvement. Pour lui, tout doit aller vite. Une image résume bien le personnage tel qu’il apparaît au début du film : il est sur un vélo et tente vainement de faire du sur-place. Mais il ne peut pas, et il aura ainsi beaucoup de mal à s’adapter au rythme de vie de Bruno.

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Ce rythme lent et contemplatif, Wenders nous le fait adopter dès les premiers plans. Malgré sa durée (presque trois heures, quand même), Au Fil du Temps se laisse savourer avec un grand plaisir. L’errance des deux compagnons est filmée et montée avec un sens du rythme rare : c’est lent, certes, mais jamais ennuyeux. Chaque scène a son importance, chaque mot prononcé est chargé de sens (de plusieurs sens, même, dans certains cas), la longueur des plans est remarquablement calculée.

Donc, Au Fil du Temps peut se rapprocher d’un road movie. D’ailleurs, avec les deux films précédents de Wenders (Faux Mouvement et Alice dans les villes), il forme une sorte de trilogie de l’errance, et le même thème se retrouvera, bien évidemment, dans Paris Texas. Le travail d’adaptation d’un genre typiquement américain aux réalités de l’Allemagne des années 70 est un des points forts du film.

Ainsi, l’errance des deux personnages se déroule sur la frontière qui séparait, jusqu’en 1990, les deux Allemagne, la RFA et la RDA. Un tel choix scénaristique est, bien entendu, chargé de significations politiques. L’entrée en scène de Robert constitue en cela un symbole fort : sa voiture (une Coccinelle, donc une voiture allemande) fonce à toute vitesse dans les rues d’un village puis se jette dans l’eau de l’Elbe, rivière qui sert de frontière naturelle entre les deux États. Une barrière d’eau qui symbolise cette absurdité géopolitique d’un pays coupé en deux, séparé de lui-même. Une barrière contre laquelle on bute sans pouvoir la franchir, et que l’on se retrouve obligé de longer. Le voyage se fait asymptotique, comme attiré par cet autre côté, cet autre face de soi-même, sans jamais pouvoir l’atteindre. Il est significatif que l’une des dernières scènes importantes du film se déroule dans la cabane frontalière de soldats américains.

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L’une des grandes qualités de ce film, c’est que Wenders est allé au bout de ses idées. Le parallèle entre les deux personnages et le pays coupé en deux est remarquable, et le cinéaste en tire tout ce qu’il peut. Ainsi, Bruno et Robert, si différents au début, se trouvent avoir, à la fin, de nombreux points communs. Les deux personnages sont côte à côte, apparemment opposés, en réalité identiques. Pour reprendre le titre d’un film ultérieur de Wenders : Si loin, si proches !

Autre fait important : l’indécrottable solitude des deux personnages. Même si Bruno affirme qu’il l’a voulue, elle est quand même subie, et elle s’inscrit dans le paysage. L’Allemagne de cette frontière fratricide est quasiment un no man’s land : personne dans les rues, aucun véhicule sur les routes, personne à la gare, et des salles de cinéma quasiment vides également. La camionnette traverse des villes fantômes et des lieux désolés. Nous sommes dans un monde de solitaires et de solitudes.

Il y a un aspect désabusé, désenchanté dans tout cela. Wenders sait magnifiquement instaurer une mélancolie douce dans les décors et chez les personnages. Dans cette Allemagne séparée d’elle-même, les personnages semblent tous être en manque de quelque chose.

Autre aspect essentiel qui relie les personnages et le pays : le rapport au passé. Les personnages sont marqués par un passé qui les retient et les empêche d’avancer. D’où ces deux scènes importantes du film : Robert et son père, et Bruno dans la maison. Scènes symboliques, une fois de plus, d’un pays qui, lui aussi, a du mal à se situer par rapport à son passé. Dès la scène de pré-générique, il est question du IIIème Reich et d’un directeur de salle de cinéma membre du parti nazi. Plus tard, on retrouve la tête de Hitler transformée… en briquet !

Le voyage géographique est donc aussi politique et historique, ce qui permet à Bruno de dire « Je me vois comme quelqu’un qui a vécu un certain temps. Ce temps, c’est mon histoire. C’est réconfortant ».

L’ensemble de ces mouvements se retrouvent aussi dans le domaine du cinéma. Au Fil du Temps est, bien entendu, un film de cinéphile, et cela se retrouve à chaque instant. Le cinéma, étymologiquement, est l’art du mouvement. Et ce mouvement est permanent dans le film. Mouvement dans le temps là aussi, avec des hommages au cinéma muet. Dans le pré-générique, on nous parle des Nibelungen ou de Ben Hur (celui de Fred Niblo), puis, plus tard, Wenders nous délivre une scène superbe en ombres chinoises, hommage évident aux films burlesques des années 20.

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Mais ce qui est passionnant dans la façon qu’a ce film d’aborder le cinéma, c’est qu’il nous parle de ce que l’on voit rarement : diriger une salle, projeter un film, etc. Au-delà de l’art cinématographique, Au Fil du Temps est aussi un hommage aux métiers du cinéma. Il faut voir comment Wenders filme avec un amour évident les moindres faits et gestes de Bruno lorsqu’il projette un film, la pellicule, les bobines, les appareils eux-mêmes, etc. Des métiers là aussi changeant au fil du temps, et c’est toute une mémoire des artisans du 7ème art qui se met en place. Une mémoire indispensable pour pouvoir se situer soi-même dans le temps, trouver notre juste place.

Avec Au Fil du Temps, Wim Wenders nous donne un film remarquable, riche, dense, passionnant et émouvant. Un road movie sentimental, géographique, historique, politique et artistique de toute beauté. Le cinéaste allemand signe là une de ses plus belles œuvres.

Synopsis : Parcourant à toute vitesse les routes de la frontière orientale de la RFA, Robert Lander a un accident et sa voiture termine sa course folle dans l’eau de l’Elbe. Il est recueilli par un projectionniste itinérant, Bruno Winter. Ils font faire la route ensemble.

Au Fil du Temps : Bande-annonce

Au Fil du Temps : Fiche Technique

Titre original : Im Lauf der Zeit
Scénario, réalisation et production : Wim Wenders
Interprètes : Rüdiger Vogler (Bruno Winter), Hanns Zischler (Robert Lander)
Montage : Peter Przygodda
Musique : Axel Linstädt
Photographie : Robbie Müller, Martin Schäfer
Sociétés de production : Westdeutscher Rundfunk, Wim Wenders Productions
Société de distribution : Bauer International
Société de distribution (rétrospective Wenders 2018) : Les Acacias
Date de sortie en France : 26 mai 1976
Date de reprise : 14 mars 2018
Genre : drame, road movie
Durée : 169 minutes

RFA – 1975

Indiana Jones et la Dernière Croisade de Steven Spielberg : le graal du divertissement !

Après un opus ayant prôné un exotisme quasi jusqu’au-boutiste (Indiana Jones et le Temple Maudit) et l’évocation d’une enfance meurtrie par la Seconde Guerre Mondiale (Empire du Soleil), Steven Spielberg avait comme qui dirait besoin de rêver. A nouveau. Et quand le plus grand entertainer de la planète s’empare d’une relique mythique – le Graal – et en fait la clé de voute d’une réunion père-fils déterminante pour le salut du monde, ça donne Indiana Jones et la Dernière Croisade, divertissement habile, haletant & doublé d’une malice incroyable !

La carrière de Steven Spielberg a souvent été émaillée de films aux airs de réponses. Des réponses aussi bien adressées aux traumas que lui réalisateur a vécus, mais aussi à la société et ses dérives. Et si on peut citer son tout récent Pentagon Papers comme l’oeuvre incarnant la réponse à l’ère Trump sclérosée par les mensonges et fake news massivement véhiculés, il ne fait aucun doute que Indiana Jones et la Dernière Croisade se veut comme sa réponse à l’industrie dans laquelle il est né. Car dans les années 80, l’entertainer déjà bien dans ses bottes se cherche une certaine légitimité ; étant encore pour la critique ce golden-boy certes doué mais encore très puéril. Suivront alors deux films : La Couleur Pourpre (1985) et Empire du Soleil (1987). Deux opus à ranger dans la case sérieux du réalisateur qui n’auront toutefois pas l’accueil espéré et laisseront l’américain amer pour ne pas dire dépité. Et de ce désaveu naîtra paradoxalement l’un de ses meilleurs divertissements, sachant allier figure prégnante de sa filmographie – la quête du père- à tout ses talents de story-telling, le tout correctement assaisonné de malice : Indiana Jones et la Dernière Croisade.

Le top du divertissement !

A l’époque, son objectif était clair : clore la trilogie. Et après un opus qu’il estime rétrospectivement raté – l’humour tache du personnage de Kate Capshaw et la veine sombre/horrifique étant trop éloignée de sa sensibilité-, Spielberg s’est mis en tête de revenir aux racines de son personnage. Le mythe de 1981 trouve ainsi un point de départ en une intro tonitruante grimée en flashback qui a vite fait d’illustrer avec toute la malice qui le caractérise, le génie du réalisateur pour la narration. Car en l’espace de 15 minutes, sublimées par un River Phoenix grimé en un jeune Indiana Jones, on apprend tout du personnage : sa peur chronique des serpents, l’origine de son Fedora, son attrait pour l’archéologie, sa faculté à foncer tête baissée et même l’origine de son fouet. Le tout emballé dans un montage énergique et déjà imprégné de la folie de son auteur. Car si on pouvait juger un certain réalisme dans les deux premières moutures de l’archéologue, ici, il semble délaissé au profit de l’humour. Et comme souvent chez lui, quand il injecte avec la même emphase, malice et humour, ça donne un cocktail furieusement drôle dans lequel il s’autorise tout, même des gros morceaux d’action à la limite du cartoon entre une poursuite en bateau dans un Venise de carte postale et une bagarre sur un char en état de marche. Mais l’immixtion du rire est surtout dûe à ce qui fait le sel du métrage et l’insère surtout dans la filmographie de son auteur : la relation au père.

La quête du père comme moteur narratif

Car là ou ce troisième opus innove, c’est en privilégiant l’effort de groupe et en joignant à la quête principale – celle du Graal- une autre éminemment plus personnelle pour Indy : celle de son père. Incarné par Sean Connery, il est au même titre que le Graal, un pivot narratif du film. Non seulement il motive l’intrigue générale (c’est son enlèvement au début du film qui convainc Indy de se rendre à Venise) mais en plus, c’est sa réconciliation avec Indy et leur duo qui procure les plus belles scènes (et les plus drôles). Rien qu’à l’écriture de ces lignes, on n’en oublie ainsi pas de penser à ces répliques scandées avec malice par Connery (« Ces gens essaient de nous tuer !  C’est nouveau pour moi ! », « Qu’est-ce qui se passe à 11h ? », « Elle parle en dormant »), ou la verve comique qui se dissimule un peu partout. Certains argueront que cette propension à insuffler un esprit de groupe et même de l’humour dessert le personnage, mais Spielberg fait tout l’inverse pratiquement : il injecte une dose d’humanité et de trauma à un personnage déjà passablement éprouvé par les pires rebuts de l’humanité – les nazis- ; tout en distillant au sein d’un divertissement populaire et accessible, son thème de cœur. Un bon moyen pour rendre le film non seulement drôle, ludique, accessible et son héros, universel et légendaire.

En injectant une dynamique de buddy-movie à une quête effrénée à un artefact légendaire, Steven Spielberg réussit à faire de Indiana Jones et la Dernière Croisade, l’opus le plus drôle, ludique, barré et accessible de la saga. Coup de maître !

Indiana Jones et la Dernière Croisade : Bande-Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=E30XKoBJOlY

Indiana Jones et la Dernière Croisade : Fiche Technique

Titre français : Indiana Jones et la Dernière Croisade
Titre original : Indiana Jones and the Last Crusade
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Jeffrey Boam avec la participation non créditée de Tom Stoppard, d’après une histoire de George Lucas et Menno Meyjes
Casting : Harrison Ford, Sean Connery, Denholm Elliott, Julian Glover, Michael Byrne, River Phoenix, John Rhys-Davies, Alison Doody
Chef décorateur : Elliot Scott
Costumes : Anthony Powell et Joanna Johnston
Directeur de la photographie : Douglas Slocombe et Paul Beeson
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Producteur : Robert Watts
Producteurs délégués : George Lucas et Frank Marshall
Productrice associée : Kathleen Kennedy
Sociétés de production : Lucasfilm et Paramount Pictures
Sociétés de distribution : Paramount Pictures, United International Pictures
Budget : 48 000 000 $
Langue originale : anglais (quelques dialogues en allemand)
Format : Couleurs — 2,35:1 — Dolby — 35 mm
Genre : aventure, fantastique
Durée : 127 minutes

Etats-Unis – 1989