Accueil Blog Page 531

Cannes 2018 : Miraï ma petite sœur de Mamoru Hosoda, un léger conte sur l’enfance

La Quinzaine des réalisateurs 2018 est une réussite totale. Cette section du Festival de Cannes nous présente cette fois-ci le dernier film d’animation de Mamoru Hosoda, Miraï et sa jolie mais anecdotique chronique familiale.

Mamoru Hosoda est le nouveau chef de file d’une animation japonaise revigorée. Pourtant, avec sa dernière œuvre, le cinéaste parait un peu moins inspiré et semble alimenter son récit d’un fan service qui n’est pas des plus appropriés. Qu’on ne se méprenne pas non plus : Miraï, ma petite sœur est doux, beau et terriblement attachant. Hosoda et toute son équipe ont fait encore une fois un travail assez splendide sur les cadres et la fluidité de l’animation avec ses lignes claires. Parlant déjà souvent de l’enfance et de sa genèse, que cela soit dans les magnifiques Le Garçon et la Bête ou Les Enfants Loups, Hosoda revient donc encore une fois avec son thème de prédilection dans un univers qui de prime abord parait moins onirique et plus naturaliste.

C’est le petit récit d’un enfant qui va devenir le grand frère du nouveau-né de la famille, la toute petite Mirai. Avec cette naissance, qui vient bouleverser la routine familiale, tous les membres de la famille vont devoir apprendre à comprendre l’autre et à faire de leur mieux pour améliorer le quotidien de chacun. Mais voyant sa mère et son père le délaisser pour s’occuper de Mirai, le jeune Kun va devenir jaloux du fait que sa soeur accapare l’attention de tous. Les scènes quotidiennes se suivent, avec drôlerie et empathie, sous les pleurs et les cris des enfants qui énervent les parents. Sauf que la sobriété de la réalisation, la fine simplicité du récit n’empêchent pas la monotone répétitivité de l’enjeu du film.

Mais comme à son habitude, Mamoru Hosoda va sortir des carcans du réel pour singer le fantastique et en faire une porte vers la compréhension des sentiments. Mais bizarrement, cette emphase fantasmagorique, où Kun se retrouve dans d’autres mondes et rentre en relation avec les membres de sa famille à des âges différents du présent, n’arrive pas à donner une véritable dynamique. Ces séquences oniriques paraissent un peu surfaites, loin de la mélancolie visuelle d’un Summer Wars, et s’imbriquent avec trop de facilité inopportune dans le récit. Ces divagations sont importantes, belles et parfois touchantes car elles permettent de faire un portrait de chacun des membres de la famille, ainsi que d’avancer cette jolie morale sur l’instant présent et la conséquence de chaque geste ou action envers son prochain.

Sauf que ces séquences peinent à émerveiller ou à amuser, n’ont pas une aspérité tenace, n’ont pas ce questionnement profond mis à part cette fin magnifique sur l’emboîtement entre le passé et le futur. Sans doute que les attentes étaient trop élevées ou disproportionnées mais Miraï, malgré sa beauté et sa bonté communicative, est un film mineur du réalisateur, qui ne fait que ressortir les habituels gimmicks narratifs et visuels de Mamoru Hosoda.

Bande-annonce : Miraï ma petite sœur de Mamoru Hosoda

Synopsis : Kun est un petit garçon à l’enfance heureuse jusqu’à l’arrivée de Miraï, sa petite sœur. Jaloux de ce bébé qui monopolise l’attention de ses parents, il se replie peu à peu sur lui-même. Au fond de son jardin, où il se réfugie souvent, se trouve un arbre généalo-ma-gique. Soudain, Kun est propulsé dans un monde fantastique où vont se mêler passé et futur. Il rencontrera tour à tour ses proches à divers âges de leur vie : sa mère petite fille, son arrière grand-père dans sa trépidante jeunesse et sa petite sœur adolescente ! A travers ces aventures, Kun va découvrir sa propre histoire.

[Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

Miraï ma petite sœur (Titre original Mirai), un film de Mamoru Hosoda
Avec Gen Hoshino, Haru Kuroki, Koji Yakusho, Kumiko Aso, Mitsuo Yoshihara, Moka Kamishiraishi, Yoshiko Miyazaki…
Genres : Animation, Drame, Fantastique
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Durée : 1h 40min
Date de sortie Prochainement

Nationalité japonais

Cannes 2018 : Burning de Lee Chang Dong, une valse des sentiments vertigineuse

Habitué du Festival de Cannes, Lee Chang Dong revient sur la Croisette avec Burning, œuvre qui adapte Les Granges brûlées du Japonais Haruki Murakami. Long et faisant parler les non-dits, Burning tisse tout de même sa toile magnétique grâce à la fluidité d’une mise en scène souveraine qui accompagne avec grâce des personnages sur la brèche.

Jongsu est un travailleur à la sauvette, passant de job en job mais qui a dans l’idée d’écrire un roman alors qu’il vient tout juste de déménager à la campagne. Un jour, il revoit Haemi, une fille qui habitait jadis dans le même quartier. Ils commencent à parler, à discuter de choses et d’autres, puis se mettent ensemble. Lee Chang Dong débute son film calmement, dans une romance qui empile les scènes d’exposition jusqu’à n’en plus finir. C’est beau, d’un naturaliste cotonneux, notamment tout ce discours de Haemi sur les « Great Hunger » et sa volonté de lumière mais Burning s’éparpille dans ses divagations quasi documentaristes.

Jusqu’au jour où elle part au Kenya. A son retour, elle est accompagnée de Ben, jeune, riche et ténébreux, qui prendra une grande place dans la vie d’Haemi. A ce moment-là, Burning met de la confusion dans l’esprit de Jongsu car il devient jaloux de Ben. Ce dernier est en très peu de temps devenu le catalyseur de tous les espoirs et les rêves de grandeur de Haemi. C’est alors une possibilité pour Lee Chang Dong d’acérer sa vision mortifère et fébrile d’une Corée du Sud paranoïaque qui se divise par un clivage social certain. Parfaitement sibyllin dans sa narration, d’une extrême légèreté dans sa mise en forme, Burning voit cette jeunesse prolétaire phagocytée et jugée pour la responsabilité et les conséquences de leurs actes pendant que la jeunesse clinquante et riche qui n’aspire qu’à s’amuser, sévit en en toute impunité.

Cependant, le film parait très, trop, didactique dans sa manière d’amener le clivage social, trop schématique pour donner de l’épaisseur à ses personnages. Et pourtant, les scènes restent en tête, les moments de bravoures sont intimistes, et l’immersion sensitive se fait palpable : comme ce moment où Haemi, de nouveau, simule une danse africaine devant tout un parterre gêné de jeunes riches rigolards. L’intensité et le sentiment de perdition se mettent alors à devenir asphyxiants. On assiste, à travers Haemi, à ce miroir fabuleux d’une classe moyenne fatiguée de sa condition et qui pourrait tout faire pour se sortir du guêpier de l’errance: la fluidité de la mise en image du récit est la force du film.

C’est là où Burning touche du doigt parfois les sommets : une hypnose sur les prémices d’une révélation, la seule existence de « non-dits ». On assiste à une œuvre qui change de forme sans jamais changer de reflet, et qui nous amène là où on ne pensait pas qu’elle pourrait nous amener : Jongsu, pris par la peur du vide, court vers le vertige de la vérité. D’une romance un peu longuette même si touchante par sa sincérité, Lee Chang Dong met en perspective trois portraits émouvants de justesse pour finir sur les pas d’un thriller assez magnétique. Burning est donc un cas de conscience que seul Cannes peut nous offrir : malgré sa longueur, ses redondances scénaristiques, un étirement évident et un peu vain, son début balbutiant, le film reste à n’en pas douter un grand moment de ce Festival.

Portée par une fluidité immaculée, Burning éclabousse la croisette de son talent avec sa poésie lunaire, ses portraits insidieux et sa mise en scène immersive comme en témoigne cette tension dans les courses effrénées de Jongsu entre les serres, ce calme angoissant dans les regards errants de Ben ou cette frénésie dans les danses incantatoires et hypnotiques de la jeune Haemi.

 

Teaser : Burning de Lee chang dong

Synopsis : Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, tombe par hasard sur Haemi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier. Elle lui demande de s’occuper de son chat pendant un voyage en Afrique. À son retour, Haemi lui présente Ben, un garçon mystérieux qu’elle a rencontré là-bas. Un jour, Ben leur révèle un bien étrange passe-temps…

[En compétition au Festival de Cannes 2018]

Burning (Titre original Buh-Ning), un film de Lee Chang-Dong
Avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-seo…
Genres : Drame, Thriller
Distributeur : Diaphana Distribution
Durée : 2h 28min
Date de sortie : 29 août 2018

Nationalité sud-coréen

Cannes 2018 : Under the Silver Lake de David Robert Mitchell, la symbolique de la pop culture

Après le succès It Follows, David Robert Mitchell revient au Festival de Cannes, en sélection officielle, avec son polar noir et psychédélique Under the Silver Lake. Un film qui revisite le mythe de Los Angeles dans une quête existentielle labyrinthique.

David Robert Mitchell est un caméléon. Un peu comme Nicolas Winding Refn, il fait partie de ces nouvelles têtes d’affiche qui ingurgitent un maximum d’influences cinématographiques pour mieux les éviscérer et s’en amuser sur la pellicule. Après sa parenté flagrante avec les codes horrifiques de Carpenter dans It Follows, c’est autour du polar néo noir et d’Hitchcock de passer à la moulinette du réalisateur américain. Under the Silver Lake est un patchwork assez improbable entre le Vertigo d’Hitchcock, Inherent Vice de Paul Thomas Anderson et une plâtrée de références à la pop culture aussi anachroniques qu’intemporelles.

Dans un Los Angeles baroque, bariolé mais aussi souterrain, le cinéaste infuse sa propre mécanique, un peu longue certes mais très libre dans sa propension à prendre son temps, à observer son personnage principal, Sam, suivre les traces de sa voisine disparue. On ne sait pas ce que Sam fait à Los Angeles ni quel est son travail, ni quel est son passé, mais il passe le plus clair de son temps à se masturber, à jouer à la console, et à chercher des messages codés dans de vieilles cassettes vidéos et dans des paquets de céréales. Il passe de femmes en femmes, et est un glandeur maladif : cette enquête va permettre de le remodeler au monde réel, de le séparer de son monde imaginaire et libidineux. Los Angeles a souvent été le théâtre de films narrant sa superficialité ou sa vacuité, comme Mulholland Drive, et Under the Silver Lake fait partie de cette catégorie-là tout en y mettant une petite touche d’originalité.

Conjugaison de la névrose même d’un homme gangréné par les images véhiculées par la société ou même les publicités, et d’une ville d’anges déchus dénudés faite de soirées luxueuses ou de symboliques complotistes, Under the Silver Lake est un objet hybride, entre le vieil Hollywood des 50’s et l’ambiance hippie 70’s, qui évite les écueils de la redondance, malgré sa monotonie et son manque de scène de bravoure assez flagrant, et épouse les courbes d’une ambiance aussi inquiétante que vaporeuse. Au-delà d’une mise en scène léchée, maîtrisée dont le sens du cadre et de la couleur n’est plus à prouver, le film éblouit par la digestion de toutes ses influences, pour au final, proposer une œuvre rafraîchissante et pulp sur le pouvoir de la pop culture : un lieu où chaque chose a un sens et chaque signe une symbolique bien particulière qui nous conduirait à être ou ne pas être ce que nous sommes.

C’est plutôt simple comme parti-pris, mais au travers de cette gestuelle narrative qui permet au récit d’avancer à coup d’énigmes réussies, Under The Silver Lake se laisse visiter avec le plus grand des plaisirs et écrit les premières lettres de l’émancipation d’un personnage aux allures adolescentes. Le film devenant pour ainsi dire, un monde qui dissimule les non-dits d’une ville aux ailes sataniques et suicidaires, et l’espace mental d’un homme égoïste et inconséquent.

Bande-annonce : Under the Silver Lake

Synopsis : À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

[En Compétition Internationale au Festival de Cannes 2018]

Under the Silver Lake, un film de David Robert Mitchell
Avec Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace, Callie Hernandez..
Genre : Thriller, Comédie
Distributeur : Le Pacte
Durée : 2h19min
Date de sortie : 8 août 2018

Nationalité : Américaine

 

L’Affaire Thomas Crown, de Norman Jewison, le plaisir d’un jeu trouble et sensuel

Il n’y a pas que 2001 qui fête ses 50 ans cette année. C’est le cas aussi du film le plus connu de Norman Jewison, L’Affaire Thomas Crown. Retour sur ce classique élégant et ludique.

La fameuse chanson composée par Michel Legrand et que l’on entend dès le générique d’ouverture donne un bon aperçu du film : élégante, aérienne, et qui reste en tête un long moment. Commençant ainsi sous les meilleurs auspices, le film de Norman Jewison n’a plus qu’à dérouler ce programme.

affaire-thomas-crown-faye-dunaway-steve-mcqueen-norman-jewison-critique-film

L’Affaire Thomas Crown, c’est d’abord la rencontre de deux acteurs dont la classe irradie tout le film. Steve McQueen et Faye Dunaway forment un de ces couples glamour dont Hollywood a le secret. Deux prédateurs à la grâce féline qui vont s’observer, se jauger, et jouer l’un avec l’autre.

Car ce film est avant tout un grand jeu. Dès le début, Thomas Crown est montré comme un joueur : de retour chez lui après le cambriolage qui ouvre le film, il se retrouve seul dans son salon à caresser les pions de son jeu d’échec. Bien entendu, ce film sera une immense partie d’échecs, allant bien au-delà de la scène culte où l’on voit les deux antagonistes autour de l’échiquier. Il s’agira, à chaque fois, de placer ses pions et de calculer plusieurs coups à l’avance, de prévoir les réactions de l’adversaire et de les devancer.

Si Vicki se présente d’emblée comme une adversaire, comme celle qui cherche à le faire tomber, c’est bien parce qu’elle a cerné dès le début la personnalité de Thomas Crown : l’homme d’affaires est un joueur qui souffre de ne pas avoir d’adversaire. Le voir seul, au début, devant son échiquier, dans son immense salon vide, est assez significatif. Il cherche quelqu’un à qui se mesurer. « Ceux qui ont tout ne veulent qu’une seule chose, des émotions ». Et c’est exactement cela qui va guider Thomas, cette recherche d’émotions. C’est sans doute cela, plus que l’argent, qui le pousse à organiser ces cambriolages. Il apparaît tout de suite comme un calculateur froid qui ne semble s’amuser que dans les défis à relever.

Et c’est ce qui la rapproche de lui. Vicki comprend Thomas parce qu’elle est exactement identique à lui. Elle se définit comme une femme d’affaires « immorale » uniquement attirée par l’argent, elle adore relever les défis et elle est constamment dans le contrôle des apparences.

affaire-thomas-crown-norman-jewison-steve-mcqueen-critique-film-faye-dunaway

Cette notion de jeu va irradier tout le film, conçu avant tout comme un divertissement élégant, prenant et intelligent. Comédie, suspense, sensualité, Norman Jewison joue avec les émotions du spectateur, sans jamais perdre de vue l’unité de son film. Il maîtrise sa réalisation de bout en bout, jouant parfaitement sur la temporalité par exemple, comme dans cette scène de cambriolage qui mérite de figurer parmi les plus grandes réussites du genre : scène qui s’allonge, dans le silence complet, pour instaurer le suspense, puis accélération du rythme et apparition de la musique lorsque l’on passe à l’action.

Visuellement, le film est remarquable. Norman Jewison adopte une réalisation d’une grande modernité, faisant un emploi très réussi de la technique du split screen. Sa caméra se fait légère, audacieuse dans ses mouvements.

Mais malgré toutes ces qualités techniques, il faut surtout dire que le film fonctionne à l’affectif. Voir L’Affaire Thomas Crown, c’est assumer son plaisir de retrouver deux stars glamours au sommet de leur art. Le plaisir d’un jeu malin où le spectateur aime se laisser prendre.

L’Affaire Thomas Crown : bande-annonce

L’affaire Thomas Crown : Fiche Technique

Titre original : The Thomas Crown Affair
Réalisateur et producteur : Norman Jewison
Scénario : Alan R. Trustman
Interprétation : Steve McQueen (Thomas Crown), Faye Dunaway (Vicki Anderson)
Photographie : Haskell Wexler
Montage : Hal Ashby, Ralph Winters, Byrom Brandt
Musique : Michel Legrand
Société de production : Solar Productions, Simkoe, The Mirisch Corporation
Société de distribution : United Artists
Genre : suspense
Durée : 102 minutes
Date de sortie initiale en France : 4 septembre 1968
Date de reprise : 16 mai 2018

États-Unis – 1968

Cannes 2018 : Spike Lee VS Trump, conférence de Godard et le Festival au Gaumont Opéra

0

Le Festival est au cœur de sa deuxième semaine. Le Palmarès tant attendu sera dévoilé ce samedi. Spike Lee et Jean-Luc Godard se sont illustrés dans des conférences de presse qui ont fait couler beaucoup d’encre. Le cinéma Gaumont Opéra, de son côté, va programmer des films de la Sélection officielle du Festival de Cannes du 18 au 20 mai.

Les cinéphiles profitent encore des ultimes jours de fête et de magie sur la Croisette dans le cadre de la 71e édition du Festival de Cannes. Cette semaine a été marquée par des conférences de presse retentissantes.

La violente charge de Spike Lee contre Donald Trump

Le cinéaste Spike Lee est de retour à Cannes avec son bipoic BlacKkKlansman, sur un duo de choc qui a permis à s’infiltrer au cœur de l’organisation du Ku Klux Klan. Après l’impact, le message, le contenu, les castings et les thématiques de nombreuses œuvres comme Black Panther, Fruitvale Station, Get Out, The Birth of a Nation ou bien encore la série Atlanta, Hollywood tente de pallier l’absence de représentation de la diversité au cinéma ou sur le petit écran pour la communauté Noire. Les studios américains ont également été empêtrés des accusations de « white whasing » pour l’attribution de certains rôles ces dernières années. Des œuvres se déroulant en Asie ou avec un contexte particulier ont été pointés du doigt comme l’adaptation du manga Ghost in the Shell ou bien encore la série Iron Fist.

Dans ce contexte, le clip de Donald Glover (This is America), sous son nom de scène Childish Gambino, a atteint les 100 millions de vues cette semaine. L’acteur et le créateur de la série Atlanta a effectué la montée des marches à Cannes pour le spin-off de Star Wars, consacré à Han Solo. Donald Glover incarne le jeune Lando Calrissian.

Lors de la conférence de presse pour la présentation de son film BlacKkKlansman cette semaine à Cannes, Spike Lee a évoqué la situation politique aux USA et a abordé des sujets sensibles comme le racisme, la condition des Noirs. Le réalisateur de Do the Right Thing s’en est pris à Donald Tump, sans le nommer, tellement le cinéaste était excédé !

On a un mec à la Maison Blanche, je n’ose même pas prononcer son nom, qui fait des déclarations devant les Américains, devant le monde… Ce putain d’enfoiré a eu une chance de parler d’amour et non pas de haine, mais il ne l’a pas fait. Ce putain d’enfoiré n’a même pas osé dénoncer le Klan, tous ces nazis. C’était un moment important, il aurait pu dire au monde entier qu’on méritait mieux que cela. On parle de démocratie en Amérique, mais c’est des conneries. Les États-Unis ont été construits par le génocide des Indiens et l’esclavage. C’est ça, qui a fabriqué l’Amérique. Comme dirait mon frère de Brooklyn, Jay-Z, ce sont des FAITS. C’est pour ça que je devais parler de ces événements dans mon film. (…) On doit se réveiller ! Ne pas rester silencieux. (…) J’espère avant tout éveiller les consciences. L’extrême droite sévit partout dans le monde et on croule sous les mensonges présentés comme des vérités. Mon film parle de ça. Je parle avec mon cœur, je m’en fous des critiques, je sais qu’on est du bon côté de l’histoire avec ce film. (…) Avec ce film, je voulais simplement créer un débat autour de la question du racisme, qui est un problème mondial (…) Il ne faut pas rester silencieux, il faut élever la voix. (…) Excusez-moi pour les gros mots mais avec tout ce qui se passe, ça donne envie de jurer. Merci de m’avoir écouté.

Son nouveau film est dédié à Heather Heyer, la victime des violences survenues lors d’une manifestation contre le racisme à Charlottesville, en août dernier. Spike Lee estime que le locataire de la Maison Blanche aurait pu à cette occasion adresser un message clair, pacifique et d’unité pour toute la nation.

La conférence de presse fascinante et surréaliste de Jean-Luc Godard

Le réalisateur Jean-luc Godard a présenté son film Le Livre d’image dimanche dernier sur la Croisette. Le cinéaste, âgé de 87 ans, n’était pas présent physiquement à Cannes. Il s’est néanmoins plié à l’exercice de la conférence de presse… à distance, via FaceTime. Pendant près de 45 minutes, des journalistes ont défilé devant un micro et un téléphone portable afin de lui poser des questions. Canal + a partagé l’intégralité de la conférence de presse sur son site Internet.

Jean-Luc Godard a distillé sa sagesse sur le cinéma et sur l’art. Le réalisateur d’A Bout de souffle a indiqué qu’il avait « vu en quatre ans plus de films que Thierry Frémaux en a vus pour établir sa sélection » afin de préparer son nouveau long-métrage, Le Livre d’image.

Un film est fait pour montrer ce qui se fait, et c’est le cas de la plupart des films qui sont à Cannes cette année et comme les années précédentes… Mais très peu de films sont faits pour montrer ce qui ne se fait pas. J’espère que le mien aidera un peu à montrer ou à penser à ce qui ne se fait pas. (…) J’ai très vite eu l’intuition que ce qui importait pour moi, ce n’était pas le tournage, mais le montage. C’est de la post-production, ça permet d’être beaucoup plus libre. Le montage, même en numérique, est fait avec les mains. Comme le dit le film, le propre de l’homme, c’est de penser avec ses mains…

Les films de la Sélection Officielle projetés au Gaumont Opéra

Du 18 au 20 mai 2018, le Gaumont Opéra propose aux cinéphiles parisiens de découvrir les films de la Sélection Officielle de la 71e édition du Festival de Cannes. Cette opération est renouvelée cette année pour la sixième fois au cinéma Gaumont Opéra. Les cinéphiles qui n’ont pas eu la chance de se rendre sur la Croisette ou les journalistes privés d’accréditations vont pouvoir découvrir un florilège de la Sélection officielle du Festival de Cannes. Le Gaumont Opéra est situé au 2 boulevard des Capucines dans le 9ème arrondissement de Paris.

Vendredi 18 mai :

Burning de Lee Chang-Dong à 14h

Leto de Kirill Serebrennikov à 16h45

Les Filles du soleil d’Eva Husson à 19h30

The House that Jack Built de Lars Von Trier à 22h30

Samedi 19 mai :

Girl de Lukas Dhont à 13h15

Trois Visages de Jafar Panahi à 15h15

Asako de Ryusuke Hamaguchi à 17h15

Dogman de Matteo Garrone à 19h45

Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez à 22h15

Dimanche 20 mai :

Les Eternels de Jia Zhang-Ke à 14h15

Capharnaüm de Nadine Labaki à 17h

Une affaire de famille d’Hirokazu Kore-eda à 19h30

A genoux les gars d’Antoine Desrosières à 22h

Le seul dilemme pour ces trois jours de programmation exceptionnelle concerne le Palmarès du Festival de Cannes. Les cinéphiles qui se rendront aux séances de samedi vont rater la cérémonie de clôture du 71e Festival de Cannes.

 

Cannes 2018 : “En liberté !”, une comédie burlesque signée Pierre Salvadori

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2018, « En liberté ! » offre des éclats de rire à toute la salle. Pierre Salvadori réalise un long métrage hilarant qui mêle thriller et comédie de manière loufoque.

ll faut dire que voir Adèle Haenel dans ce genre d’exercice pouvait laisser dubitatif au début, la jeune actrice a plutôt l’habitude de nous émouvoir et de nous bousculer par son jeu intense plein de simplicité. Mais qu’est ce qu’elle rayonne dans la peau d’Yvonne, veuve déçue d’apprendre que son défunt de mari n’est autre qu’un gros escroc. S’en suit alors toute une série de situations aussi absurdes soient-elles qui font ressortir le côté caché de l’actrice césarisée, son humour incroyable. Fidèle à elle même, Haenel s’accroche à son naturel charmant pour rentrer à pieds joints dans les gags, merveilleusement bien écrits par Pierre Salvadori. Et plus c’est cocasse, plus c’est drôle. L’équipe qui l’entoure est elle aussi clairement à la hauteur. Pio Marmaï aime se parler tout seul et joue l’ancien détenu devenu fou avec une aisance remarquable. Damien Bonnard est lui aussi très surprenant en flic totalement fou d’Yvonne, qui se refuse à écouter les aveux d’un criminel tant l’obsession éprouvée pour cette femme est grande. S’il était plutôt fade dans Rester vertical, il prouve dans ce film sa grande capacité à faire rire. Audrey Tautou rajoute elle aussi sa dose hilarante à l’œuvre avec des scènes qui régalent comme lorsque son mari sort de prison et qu’elle lui fait refaire son entrée. Ces quatre personnages se ressemblent si naïvement que c’en est drôle. Tous un peu plus perdus les uns que les autres, ils forment un quatuor désopilant.

Le film fonctionne grâce à cette équipe d’acteurs talentueux mais aussi par l’écriture grandiose dont a fait preuve le cinéaste. Salvadori ne se contente pas de faire rire simplement. Il pousse, certes, les blagues un peu loin comme les histoires racontées au fils d’Yvonne qui se répètent encore et encore à la manière d’OSS 117, mais il offre également une histoire d’amour touchante. Là encore la capacité des acteurs à savoir tout jouer est remarquable tant il passe de répliques hilarantes à d’autres plus attendrissantes. Les braquages ont rarement été aussi drôles au cinéma et les parodies aussi agréables. Le réalisateur prouve que la comédie française a encore de belles heures devant elle avec son film et a tout à fait sa place sur les écrans du Festival de Cannes. « En liberté ! » est totalement la dose de fraîcheur canonise qu’on attendait après tous ces films de plus de 2h souvent difficiles à regarder en entier.

Synopsis : Yvonne, jeune inspectrice de police, découvre que son mari, le capitaine Santi, héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou. Déterminée à réparer les torts commis par ce dernier, elle va croiser le chemin d’Antoine injustement incarcéré par Santi pendant huit longues années. Une rencontre inattendue et folle qui va dynamiter leurs vies à tous les deux.

[Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

En liberté !, un film de Pierre Salvadori
Avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Vincent Elbaz, Damien Bonnard…
Distributeur : Memento Films Distribution
Genre : Comédie
Durée : 1h 47min
Date de sortie 31 octobre 2018

Nationalité français

Cannes 2018 : En Guerre de Stéphane Brizé, la loi des marchés

Trois ans après le Prix d’Interprétation masculin obtenu pour La Loi du Marché, le duo Brizé/Lindon se reforme pour En Guerre, un drame social haletant sur la fermeture d’une entreprise. Le Royaume-Uni a Ken Loach, la Belgique a les Frères Dardenne et la France a désormais Stéphane Brizé en chef de file d’un cinéma-vérité saisissant. Incontestablement l’un des films chocs de ce Festival de Cannes !

Moins de deux ans après Une Vie, l’adaptation du premier roman de Guy de Maupassant, qui avait obtenu un succès d’estime mais s’était avéré être au final un triste échec commercial après le triomphe de La Loi du Marché, Stephane Brizé retrouve le cinéma brut et la hargne sociale qui avaient valu à Vincent Lindon le Prix d’Interprétation cannois en 2015. À l’heure où les conflits sociaux bouleversent l’Hexagone et où Emmanuel Macron est un Président largement discuté dans tous les rangs du pays, le duo Brizé/Lindon compte bien enfoncer des portes pour dénoncer le capitalisme mais surtout pour évoquer le combat de ces gens qui doivent subir les décisions d’actionnaires obnubilés par le marché libéral, loin des réalités du terrain et des vies modestes. Lors d’une interview, Stéphane Brizé disait de lui qu’il avait « peu d’imagination mais qu’il a un bon sens de l’observation ». En portant un regard déstabilisant et profondément intimiste sur le monde socio-économique qui l’entoure, il retrouve la radicalité de La Loi du Marché, pour un film qui se veut profondément immersif, enragé et désespéré.

Une grande table. Les syndicalistes face aux cadres de leur entreprise. Un échange a lieu et enfin le motif de la réunion est révélé, des promesses non tenues par le groupe de Perrin Industrie qui avait promis des emplois préservés pendant cinq ans alors que le site d’Agen s’apprête à être fermé au bout de deux ans. Une situation inconcevable pour les 1100 salariés de l’entreprise qui avaient fait des sacrifices et sont sur le point d’être mis à la porte. Dès lors, face à l’injustice, le spectateur se range obligatoirement du côté des ouvriers et des syndicalistes, même si son jugement variera au gré des situations du film tant Stéphane Brizé évite judicieusement les travers d’un manichéisme dans lequel il aurait été facile de tomber. Ce qui ressort du film, c’est que finalement chaque partie – ouvriers, cadres et politiques – a des arguments qui peuvent s’entendre. On est loin du gentil ouvrier contre le cynique DRH. Pourtant, la discussion entre les deux parties ne mène à rien, la guerre est déclarée. Derrière la société Perrin Industrie, c’est le passif de sociétés comme Goodyear, Continental, Whirlpool et consorts qui est raconté. Stéphane Brizé semble bien au fait du sujet qu’il traite et s’insurge avant tout contre les sociétés qui capitalisent mais suppriment des emplois en parallèle. Une situation de faute sociale flagrante qui fait réagir le réalisateur rennais et son acteur fétiche, ces deux-là partageant la même colère et le même désir de faire du cinéma pour montrer l’absurdité du monde dans lequel on vit. Pile pour les cinquante ans de mai 1968.

La mise en scène est en immersion au cœur de ces groupes de grévistes, dans leur réunion, dans leur manifestation mais aussi dans leur moment de relâchement. La caméra ne les quitte jamais. Le montage est une maîtrise à tous les niveaux tant la mise en scène nous fait ressentir l’urgence de la situation et le bouillonnement intérieur des protagonistes. Au cœur de la colère, ce sont des dizaines de non-acteurs (syndicalistes pour la plupart) qui se donnent la réplique pour un réalisme brut saisissant. En Guerre est pensé pour le bien commun, c’est donc l’ensemble des gens qui œuvrent pour faire bouger les choses avec Vincent Lindon, en leader qui s’estime investi d’une mission de sauvetage, à la limite de la posture messianique. Il est le point sur lequel l’œil du spectateur se focalise, fasciné par son verbe et sa rhétorique, son engagement et son jusqu’au-boutisme. Il faut dire que Vincent Lindon s’est imposé comme une valeur sûre des performances d’acteurs depuis La Loi du Marché, puisqu’il était également présent dans la compétition cannoise l’an passé avec Rodin de Jacques Doillon. Moins timoré et taiseux qu’à l’accoutumée, il incarne ici ce délégué de la CGT à fleur de peau dans tous les plans. Quelques séquences le ramènent à son intimité et le font sortir de son engagement syndicaliste. Futur grand-père que l’on imagine divorcé, se couchant tardivement après avoir poussé ses yeux à l’usure sur son ordinateur ou ses dossiers, l’icône des grévistes laisse place à l’homme, seul et sans avenir qui n’a plus que ce combat à mener et à gagner pour subsister. Il n’est pas nécessaire de préciser que la performance d’interprétation de Vincent Lindon est à ce point magistrale qu’elle en devient renversante, tant l’acteur incarne ce personnage jusqu’à le posséder et ne faire plus qu’un avec lui. L’émotion est là, c’est indiscutable.

Malgré tout cela, En Guerre manque le coche, la faute à quelques ratés qui l’empêchent d’accéder directement au rang des grands films sociaux. On pense notamment à ces séquences de reportages avec les logos des chaînes d’infos (BFM TV et France Télévision) qui n’apportent rien au récit, n’effleurant que sommairement le traitement manipulé par les médias des conflits sociaux. On regrettera également les huit dernières minutes du film tant elles tombent maladroitement, malgré la symbolique du geste, dans un pathos qui jusque-là avait été soigneusement évité. Qu’à cela ne tienne, si En Guerre peut frustrer à bien des égards, il n’en reste pas moins une œuvre maîtrisée, nécessaire et brillante qui possède une portée sociale percutante. Et de cela, peu de films peuvent déjà se targuer. Avec En Guerre, Stéphane Brizé propose une fausse suite magistrale à La Loi du Marché, devant lequel on ne peut rester insensible, et dont l’énergie déployée par Vincent Lindon et les non-acteurs qui l’entourent, participe à la réussite incontestable du film. On ose croire à un nouveau prix d’Interprétation pour Vincent Lindon, et pourquoi pas enfin la reconnaissance internationale pour Stéphane Brizé dont la maîtrise et la capacité à traiter de sujets sociaux forts n’est plus à prouver. Ça serait mérité.

Bande-annonce : En Guerre

Synopsis : Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

[En compétition au Festival de Cannes 2018]

Réalisation :  Stéphane Brizé
Scénario : Stéphane Brizé et Olivier Gorse
Avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey
Photographie : Eric Dumont
Montage : Anne Klotz
Décors : Valérie Saradjian
Costumes : Anne Dunsford
Production : Nord-Ouest Films, France 3 Cinéma
Distributeur : Diaphana Distribution
Genre : Drame
Durée : 1h 53min
Date de sortie : 16 mai 2018

France

Cannes 2018 : The House That Jack Built de Lars Von Trier, un testament introspectif et névrosé

Alors que la polémique gonflait depuis quelques heures sur la prétendue violence de son film, alimentée par les nombreux claquements de porte lors de la projection officielle au Festival de Cannes 2018, le nouveau bébé de Lars Von Trier est donc enfin arrivé. Comédie dérangeante et nihiliste, crachat gore sur la médiocrité de l’humanité, The House That Jack Built est bien la claque annoncée.

Lars Von Trier n’a pas l’intention de lever le pied, pour le bonheur des uns et le malheur des autres. Il est évident qu’il était difficile voire impossible pour le comité de sélection de mettre ce film en compétition : en pleine période MeToo et en vaste libéralisation de la parole de la femme, l‘impertinence misanthrope du danois, sa violence rêche, son propos totalement « fucked up » sur les relations humaines contrebalancent trop avec les discours politiques et fédérateurs de films comme Les Filles du soleil et BlacKkKlansman présentés en sélection officielle.

Là, le cinéaste danois continue ses vociférations narcissiques et égoïstes, enroule son récit de multiples allégories et métaphores comme pouvait le faire le diptyque qu’était Nymphomaniac : Jack raconte les meurtres qu’il a commis sous la forme d’une confession en  voix off à Verge, sur ce qui semble être une séance de thérapie (comme entre Joe et Seligman). Chaque point de récit a une symbolique bien particulière quitte à ce que Lars Von Trier nous donne la leçon (et il en est conscient). Ou comme atteste cette magnifique idée de lier la joie et le besoin de tuer à travers le jeu d’ombre d’un lampadaire. Après le désir féminin dans Nymphomaniac, c’est à la mort, l’homme et son envie de créer par le meurtre et les pulsions morbides que le réalisateur s’attaque. Pourtant, suite aux rumeurs, aux « on dit » de couloirs qui entouraient récemment le Palais du festival, The House That Jack Built était donc un long métrage insoutenable.

Certes, le film, qui est clairement destiné à un public averti, montrera des sévices sanguinolents souvent insoutenables d’un point de vue moral (la scène de taxidermie), comme en témoignera ce segment avec le pique-nique des enfants. Lars Von Trier ne réalise pas un film de serial killer mais dessine les traits, en 5 incidents, de la réflexion initiatique d’un serial killer. Au lieu d’être trop démonstratif dans les exactions et les sévices, The House That Jack Built est une introspection dans l’inconscient d’un tueur en série, un portrait mental, qui même s’il s’avère parfois pompeux dans sa dialectique, est une manière pour le cinéaste d’exorciser son aliénation. Ne vous méprenez pas, nous ne sommes pas dans Mindhunter : le danois place le curseur encore plus loin dans la folie et l’étude de caractère.

The House That Jack Built c’est un peu comme si Schizophrenia de Gerard Kargl avait fait un enfant à C’est arrivé près de vous. Car oui, le film est doté d’une ironie noire ravageuse, d’une picturalité démoniaque, d’une drôlerie presque coupable chez le spectateur : comme ce moment hilarant où Jack revient un nombre incalculable de fois sur le lieu du crime pour s’assurer qu’il n’y a pas de sang sous les meubles. Outrancier, dévastateur dans sa manière d’accompagner le regard morbide de son personnage principal, malsain, The House That Jack Built est avant tout une possibilité pour Lars Von Trier de parler de lui-même : Jack est une sorte d’avatar fictionnel pour discuter des démons psychologiques personnels du réalisateur. Il l’a toujours plus ou moins fait, mais pas à ce point. Ici, il signe un véritable testament, un brûlot où il rend des comptes sur lui et sa réputation (le segment sur les icônes) et égratigne tout le monde.

Ses personnages, cupides ou idiotement narcissiques, les spectateurs et lui-même : il décrit une folie douce, amère qui déteste l’humanité et sa progéniture. Lui-même sait qu’il est damné, que sa quête de perfection restera à jamais inaboutie à cause de sa bêtise et de sa condition d’humain. Il ira droit en « enfer » comme en témoigne ce final graphiquement somptueux (rappelant Antichrist ou Melancholia) dans le Purgatoire. Mais qu’importe : le discours est rude (tout ce passage sur la culpabilité des hommes et la victimisation des femmes), mais souvent d’une richesse ténébreuse passionnante. Cette histoire de serial killer n’est qu’un prétexte pour le cinéaste, d’enfin parler de lui, de son rapport à l’art et sa manière de faire vivre et créer les œuvres.

De ce point de vue-là, le film impressionne réellement : il est rare qu’un réalisateur aussi névrosé s’exprime sur lui-même à ce point. C’est déstabilisant, violent, fumeux, mais surtout intimiste dans son approche. Lars Von Trier préfère l’irrévérence à l’élégance, et c’est tant mieux.

Bande-Annonce : The House That Jack Built

Synopsis : États-Unis, années 70. Nous suivons le très brillant Jack à travers cinq incidents et découvrons les meurtres qui vont marquer son parcours de tueur en série. L’histoire est vécue du point de vue de Jack. Il considère chaque meurtre comme une œuvre d’art en soi. Alors que l’ultime et inévitable intervention de la police ne cesse de se rapprocher (ce qui exaspère Jack et lui met la pression) il décide – contrairement à toute logique – de prendre de plus en plus de risques. Tout au long du film, nous découvrons les descriptions de Jack sur sa situation personnelle, ses problèmes et ses pensées à travers sa conversation avec un inconnu, Verge. Un mélange grotesque de sophismes, d’apitoiement presque enfantin sur soi et d’explications détaillées sur les manœuvres dangereuses et difficiles de Jack.

[Hors-compétition au Festival de Cannes 2018]

The House That Jack Built, Un film de Lars Von Trier
Avec : Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman, Siobhan Fallon…
Distributeur : Les Films du Losange
Genre : Drame, Thriller
Durée : 2h35
Date de sortie : Prochainement

Nationalités : Danois, Français, Suédois, Allemand.

Cannes 2018 : Amin, un film de Philippe Faucon

Après sa mini-série Fiertés sur Arte et le succès de Fatima, Philippe Faucon atterrit à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2018. Venu présenter Amin, le cinéaste, très ému, propose un film qui lui ressemble.

Après avoir vu l’originalité se dégager de son projet de série Arte, on espérait que Faucon avait quelque peu changé sa manière de faire du cinéma mais il n’en est rien. Le réalisateur continue à être dans l’économie d’écriture et livre un film sans réel enjeu dramatique. La monotonie constante de son cinéma commence à lasser et pourtant, l’homme a des choses à dire, à prouver et s’intéresse aux gens qui méritent d’être mis en lumière. Si ses films leur rendent forcément hommage, ils ne touchent pas pour autant tous les spectateurs, endormis par tant de longueurs et si peu de fulgurances. Faucon ne propose rien de nouveau dans son cinéma que l’on commence à connaître par cœur et livre un film juste mais sans rien d’exceptionnel.

Amin a le mérite de traiter d’un sujet important : l’immigration, en prenant comme personnage principal un immigré sénégalais obligé de laisser toute sa famille dans son pays natal et de lui envoyer de l’argent, son salaire gagné en France. Moustapha Mbengue est comme Soria Zeroual l’était dans Fatima, très méritant dans son rôle. Bien que le déchirement des migrants et leur éloignement avec la famille est très touchant, les émotions auraient pu être plus intenses si le cinéaste avait dirigé les acteurs de manière plus franche. L’empathie éprouvée pour les personnages n’est pas royale bien que présente et l’on ne sent pas l’amour émaner des personnages donc on ne peut pas rentrer dans l’histoire. Comme dans Fatima, le cinéaste prend le temps de mettre en lumière des héros du « quotidien » qui vivent dans des situations difficiles et s’interroge sur les injustices de nos sociétés actuelles mais sans jamais proposer de réelle envolée. Le film ne s’achève même pas sur l’intrigue principale mais sur un personnage dont on parle très peu. À force de se vouloir porte-parole d’une population en besoin, le cinéaste perd son public et son cinéma. On retiendra le joli clin d’œil à son actrice de Fatima pendant une scène de quelques secondes qui rappelle à toute l’humanité ce que le cinéaste a en lui.

Bande-annonce : Amin

Synopsis : Amin est venu du Sénégal pour travailler en France, il y a neuf ans. Il a laissé au pays sa femme Aïcha et leurs trois enfants. En France, Amin n’a d’autre vie que son travail, d’autres amis que les hommes qui résident au foyer. Aïcha ne voit son mari qu’une à deux fois par an, pour une ou deux semaines, parfois un mois. Elle accepte cette situation comme une nécessité de fait : l’argent qu’Amin envoie au Sénégal fait vivre plusieurs personnes. Un jour, en France, Amin rencontre Gabrielle et une liaison se noue. Au début, Amin est très retenu. Il y a le problème de la langue, de la pudeur. Jusque-là, séparé de sa femme, il menait une vie consacrée au devoir et savait qu’il fallait rester vigilant.

[Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

Amin, un film de Philippe Faucon
Avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Ouidad Elma…
Distributeur : Pyramide Distribution
Genre : Drame
Durée : 1h 31min
Date de sortie 3 octobre 2018
Nationalité français

Cannes 2018 : Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan, une odyssée mentale incroyable

Avec Un grand voyage vers la nuit, Bi Gan vient de frapper un grand coup dans la section Un Certain regard du Festival de Cannes 2018. Avec son dernier trip onirique, le cinéaste chinois ne fait que fortifier la magnifique réputation qui le précède : celle de devenir prochainement l’un des meilleurs réalisateurs chinois de son époque.

Comment se fait-il que cette œuvre, certes aussi déroutante et âpre soit-elle, ne soit pas en compétition officielle ? Car qu’on se le dise bien, le long métrage de Bi Gan est l’un des tours de force les plus impressionnants que connaitra le Festival de Cannes 2018. Derrière cette vague histoire d’un homme qui revient sur les terres de son enfance afin de rechercher le souvenir d’une femme qu’il a tuée il y a bien des années auparavant, Bi Gan crée un espace mental incommensurable et une montée en apesanteur qui se confondra avec des rêveries oniriques inoubliables. Kaili Blues n’était qu’une ébauche du talent sans limite du réalisateur. Dans Long Day’s Journey Into Night, le cinéaste continue à s’amuser avec le temps où il s’entête à vouloir déconstruire ses structures narratives pour lier l’image du réel à l’inconscient d’une mémoire. Il va sans dire que l’œuvre, tout comme Kaili Blues, se révèle être un objet aussi déroutant que fascinant, notamment dans sa propension à manipuler la méditation et à ciseler à bon escient la beauté de son cadre.

Dans une Chine rurale faite de bars de quartiers ou de longues rues nocturnes aux néons criards, Bi Gan filme avec apesanteur l’errance de cet homme en quête d’un visage qui le hante. Non sans talent, le jeune auteur chinois imbrique ses premières séquences les unes après les autres, sans que celles-ci ne détiennent une chronologie bien distincte. Ce n’est que petit à petit que les pièces du puzzle s’imbriqueront dans récit à la symétrie alambiquée, devenant par le biais des choses, une séance d’hypnose cinématographique foisonnante. Alors que Bi Gan se dit lui-même influencé par des grands noms tels que Tarkovski, son cinéma se raccorde surtout, dans un premier temps, à celui de Hou Hsia Hsien ou Apichatpong Weerasethakul dans l’esthétique de son cadre et dans l’évocation figée d’une approche qui ramifie une réalité naturaliste, voire documentariste, à un soupçon d’effluves fantastiques. De cet homme, on ne sait rien de prime abord, mis à part un secret du « revolver » qui le ronge, et le fait qu’il hume les rues à en perdre la raison et les sens.

Dans un premier temps, Bi Gan esquisse le quotidien inanimé, lie sa dynamique à des moments de vie qui se superposent les uns aux autres comme dans un entonnoir ouaté, des flashs qui crépitent pour délivrer des instantanés, des polaroids à la poésie vacillante à l’image de ces embrassades de ce couple imaginé ; de ces émouvantes discussions au parloir, ou comme en témoigne ce plan magnifique où un garçon mange une pomme face caméra avec une jeune demoiselle à son épaule, portrait qui ressemble trait pour trait aux Anges déchus ou Nos années Sauvages de Wong Kar Wai. De ce cinéma, se dégage un sentiment apaisé, nos sens tombent des nues, et une austérité parcellaire ne surlignant jamais ses effets de film d’auteur se rapproche. Long Day’s Journey Into Night pourrait être une simple chronique d’une population rurale en déliquescence, de rêves brisés par le temps qui passe et dont il est impossible de revenir en arrière.

Mais le long métrage de Gan Bi s’accapare le temps en fil conducteur de son cheminement fantasmatique, voit cet homme au regard déchiré faire des sauts dans le temps sans que l’on comprenne ce qu’il nous arrive réellement. Cette volonté de rallier la notion de temporalité à la réalité se fait écho par cette contingence dans l’imagerie, ces petites fulgurances graphiques comme en atteste la découpure générale de son film. Mais ce n’est qu’à partir de sa deuxième partie que l’œuvre tire toute sa singularité, par l’exécution d’un plan séquence de 1 heure en 3D qui nous offre la plus belle mise en scène de ce Festival de Cannes 2018.

Mais au lieu de seulement chercher la présence de cette femme, c’est un village monde qui va se dessiner devant nos yeux et les connexions d’une mémoire qui va se diluer entre passé, présent et futur, durant la manifestation d’une narration qui se brise sur l’échiquier de la lévitation. À l’aide de ce plan-séquence, Gan Bi crée un espace-temps intemporel aussi pudique qu’émouvant, voyant un homme dévisager le bilan d’une vie, lui permettant d’exorciser les spectres de parents partis ou l’éveil d’un ancien amour perdu.

Bande annonce : Long Day’s Journey Into Night

Synopsis : Luo Hongwu retourne dans la ville de son enfance 12 ans après avoir commis un meurtre resté impuni. Les souvenirs de la belle et énigmatique jeune femme qu’il a tué refont surface. Le passé et le présent, le rêve et la réalité se confrontent alors dans un sombre ballet.

[Section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018]

Long Day’s Journey Into Night (Titre Original : Di qiu zui hou de ye wan), un film de Bi Gan
Avec Tang Wei, Sylvia Chang, Huang Jue ..
Genre : Drame
Distributeur : Bac Films
Durée : 1h 50min
Date de sortie : 30 janvier 2019

Nationalités : Chinois, Français

Cannes 2018 : Asako (Netemo Sametemo) de Ryusuke Hamaguchi

Asako fait partie des deux films japonais en compétition officielle pour le Festival de Cannes 2018. D’abord charmant puis lassant, le film de Ryusuke Hamaguchi perd tout son potentiel au fil de la projection, qui s’éternise sans avoir grand chose à raconter. 

Le film avait pourtant bien commencé. Avec une romance pleine de douceur, les spectateurs pouvaient être touchés par ce premier amour niais mais d’une grande tendresse. Très vite, le film stagne dans le charme de cette relation perdue, qu’Asako tente de retrouver mais n’obtient que du vide. Le réalisateur meuble tout le film avec des scènes de vie quotidiennes banales au lieu de creuser les fantasmes de son personnage féminin. L’intrigue n’est qu’effleurée alors que les fantômes de son premier amour en sont le sujet principal. Tout l’enjeu du film repose sur la perte d’un premier amour, confondu avec un second, pour ne proposer rien d’autre qu’une monotonie dans laquelle on aimerait donner quelques coups de poing pour que le fil rouge du film fasse quelques vagues.

Pourtant, quelques qualités émergent du film. La sobriété de la mise en scène et des images séduisent par l’opposition entre les teintes claires et obscures. Le cadrage assez coutumier du cinéma contemporain est efficace dans sa proposition mais ne suffit pas à raviver la flamme, même si la manière dont les éléments et le personnages se détachent du décor est tout à fait splendide. Les personnages sont totalement mis en valeur et l’on ressent leur émotion mais tout cela s’évapore rapidement à force d’immobilisme, ce qui laisse la désagréable sensation que le talent des comédiens n’est pas exploité. Mais Erika Karata semble en avoir encore beaucoup à montrer. L’indécision fatigante et l’errance d’Asako dans sa propre vie prend le dessus sur la forme et finit par devenir fade à force de longueur et de répétition. Même ce qui devait être la scène clé du film déçoit par son manque d’intensité. Le réalisateur a certes le mérite de surprendre et de ne pas tomber dans les clichés des comédies romantiques mais tout le semblant de construction de l’intrigue s’écroule à ce moment là pour remettre en question son propre personnage central. On notera quelques légères blagues qui ont su faire mouche dans la salle du Grand Théâtre Lumière, avant que l’équipe du film ne soit ovationnée à l’issue du générique.

Qu’à cela ne tienne, le film se révèle être une grande frustration pour le spectateur. On pensait trouver une belle histoire entre deux âmes retrouvées,  mais Hamaguchi a préféré survoler son intrigue pour ne proposer qu’un film plat. Dommage pour une oeuvre qui possédait des intentions pleines de charme.

Asako (Netemo Sametemo) : Teaser

Synopsis : Lorsque son premier grand amour disparaît, Asako est désemparée. Deux ans plus tard, elle rencontre son double parfait. Troublée par cette étrange ressemblance, elle se laisse séduire mais découvre peu à peu un jeune homme avec une toute autre personnalité.

[En compétition au Festival de Cannes 2018]

Asako (Netemo Sametemo), un film de Ryusuke Hamaguchi
Avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Rio Yamashita…
Distributeur : Art House
Genres : Drame, Romance
Durée : 1h 59min
Date de sortie : Prochainement

Japon, France

Cannes 2018 : Meurs, monstre, meurs de Alejandro Fadel, le monstre du désir

Durant ce festival de Cannes 2018, La section Un Certain Regard nous a offert avec Meurs, Monstre, Meurs d’Alejandro Fadel, une œuvre hybride, qui prend la tangente de la critique sociale faite par le biais du fantastique, et le polar tendu. Souvent passionnante, l’œuvre n’est pas sans rappeler La Région Sauvage d’Amat Escalante.

C’est dans une région un peu reculée de la Cordillère des Andes qu’Alejandro Fadel situe son récit. Alors que plusieurs femmes se font couper la tête dans des conditions bien particulières, le mari de l’une d’elles est le principal accusé, sachant que l’amant de cette dernière est le policier qui s’occupera de cette affaire. Un peu comme La région sauvage, comme nous l’avons indiqué au-dessus, Meurs Monstre Meurs est un film qui prend la direction de l’enquête policière ponctué d’un graphisme très sanguinolent. Comme nous le rappelle cette première séquence avec cette paysanne  qui essaie de remettre sa tête sur son cou alors qu’elle a la gorge tranchée.

Cependant, dans ce cortège de grandes vallées sinueuses où des cris gutturaux sortent des forêts environnantes, le cinéaste se détache du film de genre pour se consacrer sur les fêlures même de ces personnages et pour alimenter une critique sociale dont proviendrait le mal qui agit dans la contrée. D’ailleurs, très rapidement, lors du meurtre de la deuxième femme, le réalisateur brouille les pistes et inaugure son visage fantastique avec ce monstre doté d’une grande tentacule qui sert de pénis géant, à la fois pour violer et décapiter les victimes. Ce monstre, que nous verrons entièrement, seulement dans les 5 dernières minutes, est presque un dieu divin, seul maître de la pénitence et seule figure personnifiée des désirs d’une humanité en mal être.

Monstre existant, ou monstre intérieur et métaphorique, Meurs Monstre Meurs fait partie, à l’image du cinéma mexicain de Carlos Reygadas et d’Amat Escalante, de ces œuvres non linéaires qui viennent catapulter une violence graphique et gore dans un paysage social réaliste. Mais là où les deux réalisateurs en question surprennent leur monde en ayant une approche documentariste, Alejandro Fadel continue à œuvrer avec son rythme de polar psychédélique, son visuel pluvieux et sa photographie sombre comme pouvait le faire Na Hong-jin dans The Strangers.

Alors que des petites voix trottent dans la tête de nos deux hommes, que des motards surgissent de nulle part, que le sang coule à flot et que les grondements du monstre se font toujours aussi tétanisants dans les fins fonds des montagnes, la confusion se fera entêtante et brumeuse. La critique sociale et la prise de position sur le bien-vivre dans ce genre de zones isolées va devenir le point d’orgue de cette œuvre hybride où le fantastique se fera l’allégorie de la routine sociale, de la crasse dans laquelle vivent ses habitants et du manque de libido des personnages et de leurs physiques disgracieux. Un peu plus labyrinthique que La région sauvage, Meurs Monstre Meurs est un audacieux film sur le désir et la violence de la condition humaine, un film de monstre triste qui erre seul dans les montagnes mais passe de corps en corps.

Synopsis : Fin de l’hiver, une tempête de neige s’abat sur la Cordillère des Andes. Les corps de plusieurs femmes décapitées sont retrouvés près d’un poste frontière isolé, au pied de la montagne. Un homme, David, porté disparu depuis des jours, est recherché par la police rurale.

[Section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018]

Meurs, monstre, meurs, un film de Alejandro Fadel
Avec Victor Lopez, Esteban Bigliardi, Stéphane Rideau, Sofia Palomino
Genre : Thriller
Distributeur : UFO Distribution
Durée : 1h38
Date de sortie : Prochainement

Nationalité : Argentin, Français