Cinéma

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner (1974) de Werner Herzog : le temps suspendu

A l’aide d’une caméra 16 mm haute vitesse, Herzog filme merveilleusement bien ce qui, dans ce sport atypique, constitue son vrai centre d’intérêt : ces instants où, suspendu dans l’air, le skieur défie le temps et l’espace. Loin de l’ingrate « solitude » du coureur de fond, le sauteur à ski est un rêveur qui offre son extase en spectacle.

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Bernadette : une Première Dame face à l’histoire

Bernadette est un biopic original, traitant de la famille autant que de la politique, dans un contexte où la Première Dame doit redorer son image aux yeux de l'opinion publique.

N’attendez pas trop de la fin du monde : jubilatoire et virtuose

N’attendez pas trop de la fin du monde, de  Radu Jude : Comme son titre à rallonge, ce film n’a pas peur d’étirer sur plus de 160 minutes le  récit de la vie éreintante de ses deux Angela, au service des riches et des puissants, mais qui ne s’en laissent pas compter pour autant. Le fond autant que la forme sont jubilatoires et intelligents et montrent une fois de plus que le cinéaste roumain est au-dessus du lot

Je vous salue salope : la misogynie au temps du numérique

Harcèlement, agression, homophobie, sexisme, racisme… Il existe encore bien plus de termes à coller au champ lexical de la misogynie. D’où vient ce mépris pour les femmes et comment l’ère du numérique a provoqué une escalade de haine à leur encontre ? Je vous salue salope donne la parole à quatre femmes de l’espace public, afin qu’on les entende témoigner de leurs déboires et afin que d’autres victimes puissent se relever à leurs côtés. Un documentaire aussi percutant que nécessaire !

Lost in the night : la mémoire n’est pas soluble dans l’eau

Le cinquième long-métrage d’Amat Escalante, Lost in the night, nous entraîne dans l’univers de violence propre au réalisateur mexicain, mais la critique d’un mode de fonctionnement politique s’entortille de façon intéressante à un drame familial, lui aussi approché sans que le réalisateur et scénariste se départisse de son regard social.

Love It Was Not : rien que la vérité

Les crimes de guerre sont-ils pardonnables ? Un amour interdit est-il tolérable au sein d’un camp de concentration ? Love It Was Not joue constamment sur l'ambivalence entre le bien et le mal, en brossant le portrait d’un geôlier au cœur sensible et d’une jeune femme, qui use de sa captivité pour rester à l’abri des horreurs commises autour d’elle. Maya Sarfaty en appelle aux souvenirs que cette liaison a engendrés pour aboutir à un documentaire surprenamment bien ficelé, sorte de relecture de La Vie Est Belle de Roberto Benigni.

L’Autre Laurens : double asymétrie

Claude Schmitz laisse les planches du théâtre derrière lui pour se pencher sur sa cinéphilie, notamment sur ce qu’il a gardé des œuvres d'outre-Atlantique de son enfance. Avec L’Autre Laurens, présenté à la Quinzaine des cinéastes de Cannes 2023, il exploite un filon qui ne le mène pas nécessairement à la fortune, mais lui permet de bâtir une belle passerelle entre plusieurs genres. Dans une cohérence insoupçonnable et un humour tout aussi improbable.

Edouard Louis ou la transformation : deviens ce que tu mimes ! Rien ne s’oppose à la re-naissance

Dans un documentaire franc et fidèle à l’histoire personnelle et sociale d'une des figures phares de la vie culturelle française, François Caillat construit par touches subtiles et éclairées un portait authentique de l’auteur Edouard Louis.

L’Arbre aux papillons d’or : Et l’Image s’est faite chair

Caméra d’or au dernier Festival de Cannes. Récit sensible et méditatif d'un homme en quête de foi dans le Vietnam contemporain. L'Arbre aux papillons d'or, un film étonnant de maîtrise et de profondeur, qui vous plonge dans la vie nue comme dans une eau purificatrice.

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