Le succès a été instantané au box-office pour le "Mortal Kombat" de Paul W. S. Anderson, dont la bisserie n'a pas fait l'unanimité. Le film n'a pas été épargné par le bras de fer entre le réalisateur et les producteurs, mais continue de fasciner par certaines idées et séquences qui rendent hommage au cinéma d'action hongkongais, tout en composant avec les motifs du jeu vidéo. Le miracle ne s'est pas réalisé deux fois cependant, avec cette "Destruction finale", qui trahit à peu près tout ce qui plaisait dans le premier opus et aux joueurs inconditionnels de la franchise — une promesse brisée, symptôme d'une suite qui n'a jamais su décider ce qu'elle voulait être.
Il faut sans doute accepter "Mortal Kombat" pour ce qu'il est — et surtout pour ce qu'il n'a jamais prétendu être. Film inclassable, maladroit et souvent pauvre dans sa construction scénaristique comme dans sa mise en scène, l'œuvre de Paul W. S. Anderson accumule plus de défauts que de qualités objectives. Et pourtant, trente ans plus tard, elle résiste. Non par excellence, mais par singularité.
Avec "Princess Bride", Rob Reiner nous murmurait à l’oreille un conte de cape et d’épée, d’aventure et de magie, d’amour et d’amitié, au pouvoir d’évocation immense. Mais avant d’être images, visages ou paysages, le long métrage est d’abord une voix : celle d’un narrateur espiègle (Peter Falk) qui nous fait aimer la littérature fantasy romanesque en déjouant les codes du genre pour mieux les célébrer. Soit un film qui écoute le livre. Et un livre qui se met au service d’un film. Une réussite sur ce que le cinéma métatextuel a pu faire de mieux dans les années 80.
Entre récit d’apprentissage, réflexion sur la violence dans une société embryonnaire, et triangle amoureux à bas bruit, L’homme des vallées perdues (Shane) ne répond guère aux canons du western traditionnel. Face à la chaîne Teton, dans le Wyoming, l’âpre conflit entre éleveurs et colons gâte la magnificence des paysages. Dans ce monde ouvert et qui se cherche encore, à l’instar du jeune Joey qui est irrésistiblement attiré par la brutalité des hommes, surgit un cavalier solitaire dont on ne sait rien. Vestige d’un passé violent en voie de disparition, il se mue paradoxalement en berger qui protègera les brebis de la future civilisation.
Vingt-cinq ans après sa sortie, "Yi Yi" d’Edward Yang demeure un chef-d’œuvre bouleversant sur la famille, le deuil, le temps qui passe et la quête de sens. À travers une mise en scène d’une rare délicatesse, le cinéaste taïwanais signe un récit choral d’une humanité profonde, reflet d’une société en mutation. À (re)découvrir dans sa somptueuse restauration 4K.
Dans "Naïs", Marcel Pagnol réinvente la nouvelle sombre de Zola en une œuvre lumineuse et poignante. Sur fond de Provence ensoleillée, l’amour devient un acte de résistance sociale. Grâce à Fernandel, Jacqueline Bouvier et Raymond Pellegrin, ce drame romantique explore les thèmes de l’émancipation, du déterminisme et de la tendresse silencieuse. À redécouvrir en salle dans une version restaurée en 4K.
Œuvre singulière de Marcel Pagnol, "Cigalon" raconte l’histoire d’un cuisinier orgueilleux refusant de servir ses clients dans un petit village provençal. Portée par l’exubérance d’Alexandre Arnaudy, cette comédie restaurée en 4K mêle humour grinçant, joutes verbales et satire des travers humains. Un délice à (re)découvrir en salle.
Film de Noël méconnu de Marcel Pagnol, "Merlusse" explore la solitude et la bienveillance dans un internat marseillais vidé pour les fêtes. Entre huis clos intimiste, dialogues ciselés et chaleur humaine, Pagnol livre un hommage touchant aux figures éducatives de l’ombre. Restauré en 4K, ce récit sobre et profond mérite une nouvelle attention.
Sortie en plein cœur des années 80, premier grand rôle de Juliette Binoche, prix de la mise en scène au Festival de Cannes, "Rendez-vous" d’André Téchiné est un film qui est un poison pour tous les protagonistes du long métrage. Entre conquête difficile de la vie de bohème, érotisation du corps malmené, vie rêvé, voici une œuvre particulièrement imprégnée par la notion d’auteur, où les suicidaires sont humiliant et fantomatique, et où les vertueux ne le sont plus à moyen terme. Le désir de la chair peut déclencher une frustration. La frustration, une obsession. Et l’obsession, une déperdition.
Film d’animation culte de René Laloux & Mœbius, "Les Maîtres du Temps" est un space opera visuellement fascinant, entre poésie graphique et science-fiction rétro.
Premier film de Takeshi Kitano où ce dernier n’apparait pas en tant qu’acteur, "A Scene at the Sea" préfigure ce qu’il y aura dans certains autres de ses films poétiquement embellis où une part d’enfance et de grand rêve prédomine et où la simplicité du propos se marie avec des visuels particulièrement épurés et biseautés. Le silence favorise la méditation. Le handicap permet une œuvre profonde et authentiquement touchante. Les deux protagonistes principaux ont beau être muet, leur alchimie agit comme une symphonie.
À travers un trait simple et des mots d’une précision désarmante, "La Garde" racontent un système de santé en tension permanente. Entre conquêtes passées et fragilités présentes, c’est toute une vision du soin qui se dévoile.
Dans les plis du temps, entre deux fractures intimes, "Jusqu’à la nuit tombée" explore les états d'âme d’un homme qui cherche à comprendre et à réparer, quitte à s’égarer.
Dans "Les Voyageurs de la Porte Dorée", paru aux éditions Delcourt, Flore Talamon et Bruno Loth inventent un dispositif narratif aussi simple qu’efficace : faire parler les objets pour redonner chair à l’histoire des migrations. Une traversée sensible, entre transmission et introspection, où le passé s’invite dans le présent avec une étonnante justesse.
Avec "l’Encyclopédie des patrimoines de l’Amérique française", le patrimoine est une matière vivante, mouvante, où se croisent mémoire, langue, paysages, techniques, rites, saveurs ou encore combats collectifs. Ce livre foisonnant, paru aux PUR, constitue surtout une manière très juste de rappeler qu’une civilisation se conçoit autant dans ses vieilles pierres que dans ses chansons, ses noms de lieux ou sa manière de faire lever une pâte et mûrir un fromage.