Les Aventures de Rabbi Jacob en copie restaurée au cinéma

Le 10 juillet sortira sur grand écran la copie restaurée d’un film mythique de la comédie française : Les Aventures de Rabbi Jacob, de Gérard Oury. Alors, rien que pour le plaisir de voir danser une énième fois Louis de Funès, replongeons-nous dans ce petit régal.

Les Aventures de Rabbi Jacob est incontestablement une des comédies françaises les plus célèbres, de ces films qui parviennent à être « populaires » sans tomber dans le vulgaire.

Cette réussite n’est pas le fruit du hasard : en ce début d’années 70, le scénariste et réalisateur Gérard Oury est au sommet de sa carrière et de sa maîtrise. Il vient de réaliser La Folie des grandeurs, adaptation sauvage et hilarante du drame de Victor Hugo Ruy Blas, où il retrouvait pour la troisième fois Louis de Funès dans un rôle de ministre odieux pris dans une machination visant la couronne d’Espagne.

Pour la quatrième fois, Gérard Oury collaborera ici avec sa fille, Danièle Thompson, future réalisatrice de La Bûche. La précision de l’écriture et la qualité des répliques lui doivent beaucoup.

Enfin, Les Aventures de Rabbi Jacob bénéficie de la photographie d’Henri Decaë, qui avait travaillé avec Jean-Pierre Melville sur Le Silence de la mer ou Bob le flambeur, mais aussi avec Louis Malle (Ascenseur pour l’échafaud), René Clément (Plein soleil) ou Truffaut (Les quatre cents coups), entre autres. A la musique, on retrouve le formidable Vladimir Cosma.

Le cinéaste déploie ici l’étendue de son talent. Le film a un rythme impeccable, sans le moindre temps mort.

Gérard Oury joue sur différentes formes d’humour qui s’enchaînent à toute vitesse. D’abord l’humour de caractère avec l’inénarrable Victor Pivert. Là, il faut dire tout ce que le film doit à Louis de Funès, dont c’est ici l’un des meilleurs rôles. Comme d’habitude, l’acteur fait preuve d’une énergie impressionnante et joue énormément sur les mimiques. Il reprend ici le même type de rôle qui l’aura rendu célèbre, celui du personnage irascible et odieux, mais qui (à la différence d’autres films) va s’assagir, se polir à la rencontre d’une réalité qu’il ignorait jusque là : le monde juif.

Cette découverte sera d’autant plus drôle que Pivert va donc devoir se faire passer pour un rabbin, donc quelqu’un censé maîtriser les codes socio-religieux du judaïsme. Nous sommes ici dans un magnifique exemple d’humour de situation.

Les dialogues aussi ne sont pas en reste, multipliant les jeux de mots et répliques cultes : « mais Salomon, vous êtes juif ? », « C’était Farès ? C’est effarant ! »…

Plus gros succès de l’année 1973, Les Aventures de Rabbi Jacob réussit de façon quasi-miraculeuse ce que beaucoup d’autres films essaient encore de faire de nos jours : une comédie sur un sujet grave (le racisme) qui ne tombe ni dans la caricature ni dans la leçon. Il faut dire que Gérard Oury accordait un soin tout particulier à l’écriture, son film fourmille d’idées et ne se contente pas, comme beaucoup de films paresseux actuels, de déployer une seule situation de départ.

Soyons francs : une copie restaurée, même en 4K, des Aventures de Rabbi Jacob ne révolutionnera pas fondamentalement le film. Mais cette œuvre de Gérard Oury est un rare moment de rire intelligent et salutaire. Écrit, réalisé et sorti dans une période sombre, au milieu des détournements d’avions et de la guerre du Kippour, le film est arrivé en plein pic de tension internationale au Proche-Orient. Comédie du vivre-ensemble qui sait ne pas se faire donneuse pédante de leçons, cette comédie est plus que jamais d’actualité.

Les Aventures de Rabbi Jacob : bande annonce

Les Aventures de Rabbi Jacob : fiche technique

Réalisation : Gérard Oury
Scénario : Gérard Oury, Danièle Thompson, Josy Eisenberg, Roberto de Leonardis
Interprètes : Louis de Funès (Victor Pivert), Marcel Dalio (Rabbi Jacob), Claude Giraud (Mohamed Larbi Slimane), Henri Guybet (Salomon), Renzo Montagnani (Farès).
Photographie : Henri Decaë
Musique : Vladimir Cosma
Montage : Albert Jurgenson
Production : Gérard Beytout, Bertrand Javal, René Pignères, Jacques Planté
Société de production : Société Nouvelle de Cinématographie
Société de distribution : Impéria Films
Genre : comédie
Date de sortie : 18 octobre 1973
Date de reprise : 10 juillet 2019
Durée : 95 minutes

France – 1973

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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