Les années 2010 : Elle Fanning, une étoile montante déjà brillante

À chaque décennie ses révélations. Si Adam Driver peut aisément prétendre au titre de révélation masculine des années 2010, Elle Fanning remporte haut la main notre palme de la révélation féminine. À seulement 21 ans, la jeune actrice a déjà travaillé avec les plus grands, et son futur s’annonce d’autant plus radieux.

Article rédigé en collaboration avec « Peaky », ami, cinéphile émérite et fin connaisseur de la carrière d’Elle Fanning.

Nouvelle égérie

En 2019, Elle Fanning était membre du jury du Festival de Cannes. Une présence justifiée par une précocité hors du commun et une filmographie déjà étoffée, ponctuée de choix de carrière intelligents et cohérents, qui lui donnent d’ors et déjà du crédit au près des grands noms de l’industrie. Non, Elle Fanning n’est pas qu’une « enfant star » propulsée trop tôt sous les projecteurs et condamnée d’emblée à se brûler les ailes, comme tant d’autres : son parcours témoigne d’une vraie volonté de participer à des projets s’inscrivant dans une même ligne directrice, à savoir celle d’un cinéma indépendant, aux tendances parfois arty, la poussant à composer des rôles originaux et diversifiés. De ce fait, la réussite artistique, critique comme commerciale n’est pas toujours au rendez-vous, mais les risques pris sont payants, puisque ses performances portent bien souvent ces films à elles seules, en plus de se faire une place dans un paysage cinématographique étriqué ainsi que dans le cœur des cinéphiles.

« Si on devait qualifier Elle Fanning en un seul adjectif, “solaire” devrait s’imposer. Elle rayonne, littéralement. Elle ne triche pas, elle incarne à elle seule une ode à la vie. D’autres acteurs jouent des rôles de composition, essayant de se rapprocher de la vérité. Elle Fanning joue constamment son propre personnage. Elle n’essaye pas de se rapprocher de la vérité, elle est la vérité, elle est, de facto, la justesse.
Le dernier à l’avoir compris, à l’avoir cernée entièrement, c’est Woody Allen. Du haut de ses 86 ans, Woody analyse toujours aussi bien la jeunesse. Le rôle d’Ashleigh dans A Rainy Day in New-York, c’est un rôle taillé sur mesure, son personnage est lumineux, euphorique, pétillant, insaisissable. Ashleigh c’est Elle, Elle c’est Ashleigh.
Mais au-delà de sa personnalité, qu’est-ce qui fait qu’elle est aujourd’hui devenue une des actrices les plus « hip » de sa génération, au même titre que Timothée Chalamet ? Elle Fanning, c’est aucun scandale à l’horizon. C’est une image hyper maîtrisée sans être hermétique, au contraire. Pas étonnant donc de la retrouver égérie des plus grandes marques de beauté (L’Oréal, Miu Miu), ou en couverture des magazines les plus distingués (Vogue). » — Peaky

Des débuts remarqués et remarquables

Elle Fanning débute sa carrière devant la caméra dès le plus jeune âge, dans les années 2000, et tourne déjà chez Inarritu dans Babel (2006) alors qu’elle n’a que 7 ans, puis dans L’Étrange histoire de Benjamin Button (2008) de David Fincher, alors qu’elle est âgée de 9 ans. Onze ans plus tard, à l’heure où paraît cet article, Elle Fanning comptabilise plus de quarante films, dont des collaborations, en plus de celles déjà citées (Fincher et Inarritu), avec Francis Ford Coppola (Twixt, 2011), Sofia Coppola (Somewhere, 2010 / Les Proies, 2017), JJ. Abrams (Super 8, 2011), Nicolas Winding Refn (The Neon Demon, 2016), Ben Affleck (Live By Night, 2017), Mélanie Laurent (Galveston, 2018), et récemment Woody Allen (Un jour de pluie à New York, 2019). Un palmarès déjà impressionnant, auquel s’ajouteront à n’en pas douter d’autres noms prestigieux.

« Elle Fanning impressionne donc dès son plus âge. J’ai l’habitude de dire que sa prestation dans Super 8 est un des meilleurs rôles tenus par un enfant, au même titre que Tatum O’Neil dans Paper Moon ou Haley Joel Osment dans The Sixth Sense. C’est un naturel, un flegme, une justesse qui ne s’apprennent pas dans les écoles d’acting. J’en veux pour preuve cette scène de zombie. » — Peaky

Anecdote peu connue : Elle et Dakota Fanning débutèrent leur carrière avec le doublage anglais modernisé du mythique Mon Voisin Totoro de Miyazaki, les deux sœurs prêtant leurs voix aux deux sœurs du film. « Dans ce making-off, on découvre une Elle toute jeune mimer manger son propre œil avant de le remettre en place. Ceux qui ont vu The Neon Demon comprendront que c’est la transition parfaite pour parler de cette étape primordiale que fut sa collaboration avec NWR. C’est le premier à lui offrir un « vrai » rôle, sans pour autant dénaturer son personnage. Elle débarque dans ce monde impitoyable de la mode. Elle est ambitieuse mais incarne la pureté absolue, la virginité. Comme dans la vie, elle est naïve, un peu maladroite, candide et surtout irrésistiblement envoûtante. Ce n’est pas étonnant donc que tous les réalisateurs qui croisent sa route tombent inévitablement amoureux de sa personne, sabotant presque parfois leur histoire pour lui accorder plus de lumière, comme c’est le cas dans Ginger & Rosa. La réaction du directeur de casting dans cet extrait illustre parfaitement l’adoration que lui voue NWR, entre surprise et béatitude. » — Peaky

Bien sûr, le chemin vers le devant de la scène suppose quelques passages obligés du côté des blockbusters, avec notamment le diptyque Maléfique (2014 et 2019), d’une piètre qualité mais assurant une mise en lumière certaine auprès du grand public. De toute façon, c’est du côté du cinéma indépendant qu’il faut chercher pour trouver des rôles plus mémorables. Dans Galveston, Elle Fanning incarne une prostituée sauvée par un gangster repenti, en fuite sur les routes de la Nouvelle-Orléans, donnant ses traits encore juvéniles à un personnage brisé et émouvant. How To Talk To Girls At Parties, délire punk surprenant mais qui aura su trouver son public, offre à Elle un rôle de jeune amoureuse s’ouvrant à des expériences psychédélique en compagnie d’une bande d’extra-terrestres humanoïdes. Citons Teen Spirit, enfin, dans lequel Elle Fanning noue avec l’une de ses grandes passions : le chant, endossant la vie d’une adolescente aux rêves de grandeur mais frustrée par une situation familiale toxique. Dans tous ces exemples, l’actrice crève l’écran et fait tant bien que mal oublier par sa prestation les nombreux défauts inhérents à ce genre de petites productions sans prétentions, mais qui transpirent les bonnes intentions et la passion.

Un destin tout tracé ?

Non, évidemment. Malgré l’ascension fulgurante qu’Elle Fanning a connu ces dix dernières années, malgré les liens thématiques ou stylistiques que ses films successifs permettent de tisser, on serait bien incapable de prédire l’avenir d’une telle actrice, avec un potentiel et une polyvalence aussi épatantes. Comment ne pas l’imaginer, à l’avenir, dans un musical de Damien Chazelle, dans une comédie déjantée de Wes Anderson, ou encore dans un film des Frères Coen ? Les combinaisons semblent toutes plausibles et font saliver d’avance : dans le drame, la comédie, le thriller ou le musical, Elle Fanning a déjà fait ses preuves. À elle de saisir l’opportunité de donner un nouvel élan à sa carrière en travaillant sur des projets encore plus ambitieux – mais toujours aussi originaux. Car elle semble définitivement faite pour briller sur des projets atypiques. The Neon Demon en fut l’indiscutable preuve.

« Si on devait la comparer à une autre actrice, je citerais Nicole Kidman. Elles se ressemblent tellement, elles ont tout en commun. La même pureté immaculée, la même froideur blanchâtre, la même force tranquille. Mais elles sont aussi prêtes à complètement casser leur image et s’en donnent à cœur joie. Pas étonnant de les retrouver ensemble dans la comédie totalement barrée qu’était How To Talk To Girls At Parties. Il serait enfin dommage d’oublier ses autres talents. Parmi ceux-ci, sa maîtrise et technique vocale n’est que peu connue et pourtant indéniable, notamment à l’écoute de sa collaboration impressionnante avec Woodkid. » — Peaky

À 21 ans, tout reste à faire, mais Elle Fanning a déjà montré qu’elle était capable de devenir l’une des plus grandes actrices de sa génération.

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Jules Chambry
Jules Chambry
Cinéphile compulsif enfermé dans le cinéma d'antan, passionné de mélos des années 30, de comédies italiennes et de westerns de l'âge d'or. Mes influences vont de John Ford à Fellini, en passant par Ozu, Tati, Pasolini ou encore Capra. J'écris des articles trop longs.

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