Un jour de pluie à New-York de Woody Allen : New-York, une lumière

En ouverture du festival du film américain de Deauville, Un jour de pluie à New-York est un beau film de Woody Allen comme il n’en n’a plus réalisé sans doute depuis Blue Jasmine. Tourné dans la tourmente de ses démêlés judiciaires avec Amazon, le film est pourtant drôle et romantique à souhait.

Synopsis : Deux étudiants, Gatsby et Ashleigh, envisagent de passer un week-end en amoureux à New York. Mais leur projet tourne court, aussi vite que la pluie succède au beau temps… Bientôt séparés, chacun des deux tourtereaux enchaîne les rencontres fortuites et les situations insolites.

Coup de foudre à Manhattan

De nos jours, comment commencer un article sur Woody Allen sans évoquer ses démêlés judiciaires Outre-Atlantique. Jusqu’alors, les cinéphiles allaient voir ses films avec la régularité d’un métronome, alors même que ça fait 25 ans qu’il a épousé la fille adoptive de son ex-compagne Mia Farrow. Situation « scandaleuse » s’il en est. Mais voilà qu’Amazon annule un contrat de 4 films avec le cinéaste, dont le premier est Un Jour de pluie à New-York, car de nouveau, sa fille adoptive l’accuse du même harcèlement sexuel déjà jugé (il n’y a pas eu d’agressions sexuelles selon les autorités américaines), défendue dans ses accusations par un de ses demi-frères, au contraire d’ un autre de ses demi-frères qui la condamne et la traite d’affabulatrice. Un imbroglio familial et financier donc (Allen réclame 68 millions de $ à Amazon), et un homme qui sera privé de salles aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne pour un film pourtant bien meilleur que ses derniers.

Ashleigh (Elle Fanning) et Gatsby (Timothée Chalamet) sont deux étudiants du college de Yardley, une petite structure au nord de l’Etat de New-York où posséder plusieurs banques est la profession moyenne du père des élèves. Bien que très différents, elle une provinciale un peu naïve et terre-à-terre, lui un pur new-yorkais pétri de culture, ils sont amoureux, et se préparent à passer un week-end de rêve à Manhattan. D’emblée, cette différence entre les deux protagonistes apportent du rythme et du dynamisme dans le métrage de Woody Allen. Elle Fanning excelle à incarner  le personnage d’Ashleigh, naïve, adorablement émotive, et super joyeuse. Chalamet, lui, rentre dans la peau de Woody Allen d’une manière moins évidente, puisqu’il s’agit bien sûr de son  alter ego jeune, et ce malgré son indéniable talent. Son physique très juvénile et frais ne cadre pas forcément avec le juif new-yorkais ronchon que le cinéaste aime à représenter film après film. Paradoxalement, c’est cette fraîcheur et cette légèreté qui font que le film marche. Lâchés dans un New-York embrumé et humide, upper class comme souvent dans les films d’Allen, au- devant de vraies aventures très drôles, les deux amoureux virevoltent littéralement dans un vaudeville continu. On croit retrouver des réminiscences de la splendeur passée du réalisateur dont les aphorismes et les punchlines qui ont fait mouche sont légion. Oubliées, le temps du film, les indigences tels que Wonder Wheel, ou pire, l’Homme irrationnel, des films certes dans la lignée de son travail, mais qui sont vides de ce qu’il a de mieux.

Très vite, le film est entraîné dans deux directions distinctes. Celle d’Ashleigh est joyeuse et enlevée, malgré sa rencontre avec des personnages assez lugubres (le réalisateur désabusé porté par Liev Schreiber, faisant penser au Godard d’Hazanavicius, le scénariste mollasson incarné par un Jude Law aux antipodes de son incroyable Young Pope, l’acteur  bellâtre -Diego Luna- qui n’a qu’une idée en tête). Celle de Gatsby, au prénom évocateur, est plus étoffée et plus « sérieuse ». C’est lui qui va faire une rencontre romantique avec Chan (Selena Gomez, très convaincante dans son rôle de cynique petite peste), lui encore qui va avoir un tête-à-tête émouvant avec sa mère, après avoir vécu tout le film sous son ombre écrasante.

Sans rejoindre le top de sa filmographie, Un jour de pluie à New-York est un bon film, un beau métrage filmé joliment par son relativement nouveau cinématographe Vittorio Storaro. L’ambiance new-yorkaise est palpable au-delà des lieux explicites tels que le Met ou Central Park. Le jazz est des plus exquis,  Chalamet  très émouvant en reprenant Chet Baker au piano (douce version de Everything happens to me). Woody Allen démontre avec ce film à quel point il a une vision claire de sa propre œuvre qui reste finalement très cohérente. Il continue de viser juste dans ses études de caractère, sa description de la conscience de classe, son analyse des rapports humains. Ceci, malgré son âge, et malgré le tumulte qu’il vit, aussi bien familial que professionnel et financier. On n’est pas mécontente de le retrouver en bonne forme, ce cinéaste qu’on adore aimer…

Un jour de pluie à New-York – Bande annonce

Un jour de pluie à New-York – Fiche technique

Titre original : A rainy day in New-York
Réalisateur : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Interprétation : Timothée Chalamet (Gatsby), Elle Fanning (Ashleigh), Cherry Jones (La mère de Gatsby), Rebecca Hall (Connie), Jude Law (Ted Davidoff), Kelly Rohrbach (Terry), Selena Gomez (Shannon), Liev Schreiber (Roland Pollard), Diego Luna (Francisco Vega), Annaleigh Ashford (Lily), Will Rogers (Hunter)
Photographie : Vittorio Storaro
Montage : Alisa Lepselter
Producteurs : Erika Aronson, Letty Aronson, Helen Robin
Maisons de production : Gravier Productions, Perdido Productions
Distribution : Mars Distribution
Durée : 92 min.
Genre : Comédie, Romance
Date de sortie : 18 Septembre 2019
Etats-Unis – 2019

Note des lecteurs5 Notes
4

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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