festival-deauville-2019-Heavy-avec-Sophie-Turner-skin-de-Guy-Nattiv-Judy-and-Punch-movie-Waiting-for-the-Barbarians-

Festival de Deauville 2019 : Le cœur palpitant de l’Amérique

Du 6 au 15 septembre 2019, le Festival de Deauville a mis à l’honneur toute la richesse et la diversité du cinéma indépendant américain. Une vision ancrée dans l’Amérique profonde, abordant des thèmes frappants comme la drogue, le racisme, la maladie et les marginaux, qui résonnent particulièrement fort sous l’ère Donald Trump. Un art innovant, qui n’hésite pas à créer, à prendre des risques, loin des traditionnels blockbusters hollywoodiens. Une vision féministe enfin, avec un grand choix de films reposant sur des héroïnes féminines, dans la compétition (Swallow, Knives and Skin, Mickey and the Bear, Share, The Wolf Hour, Watch List) comme dans les avant-premières (Terre Maudite, Charlie says, JT Leroy, American Woman). Le palmarès dévoilé, il est temps pour nous d’évoquer les pépites et les découvertes cinématographiques de cette édition singulière, marquée par une sélection plus expérimentale.

Précédent
Suivant

1/La Compétition du Festival de Deauville 2019

Parmi les quatorze films de la compétition officielle, quatre resteront tout particulièrement dans nos mémoires et trois nous ont surpris par leur originalité.

– Coups de cœur avec les films : Skin, Bull d’Annie Silverstein, The Peanut Butter et Swallow.

Immersion totale et violente au sein d’une bande de skinheads suprématistes, Skin du réalisateur israélien Guy Nattiv raconte le chemin éprouvant d’un jeune homme désireux de s’amender et de renoncer à la haine dans laquelle il a été élevé. Tiraillé entre sa famille adoptive et la femme qu’il aime, il doit choisir entre ceux qui l’ont construit et l’opportunité d’une nouvelle vie. La peau couverte de tatouages symbolise une identité, une appartenance à un groupe à revendiquer ou à effacer. Le film, tiré d’un court-métrage récompensé aux Oscars, émeut tout en appelant à la paix, à la tolérance, et en encourageant à s’affranchir d’un cadre social clos et destructeur. Tiré d’une histoire vraie, il livre au spectateur un récit poignant et sensible sur un homme repenti, prenant progressivement conscience de ses erreurs passées. Par son sujet et sa réalisation à fleur de peau, Skin restera certainement une des œuvres non récompensées qui aura le plus touché les festivaliers.

Grand Prix et Prix de la Critique, Bull d’Annie Silverstein a remporté l’unanimité auprès du jury et de la presse. Rappelant par certains traits The Rider, Grand Prix du Festival en 2017, Bull séduit par son atmosphère profondément américaine, où les cowboys modernes peinent à joindre les deux bouts en cherchant à vivre d’une passion dangereuse, pleine d’adrénaline, la monte des taureaux à cru. Il se construit autour de la rencontre impromptue entre Abe Turner, une étoile déchue du rodéo, et Kris, une jeune fille de quatorze ans à la dérive suivant l’exemple de sa mère emprisonnée. Cette union improbable de deux personnages solitaires et isolés apprendra à Kris le sens des responsabilités et à Abe la force et le pardon. Ces deux protagonistes opposés, au caractère bien trempé, s’enrichissent et se renforcent réciproquement  jusqu’à devenir indispensable l’un à l’autre. Un parcours initiatique à deux, ponctué d’obstacles, qui sonne toujours juste. Brut et réaliste, peinture tout en finesse d’une Amérique courant à sa propre perte, Bull n’aura certainement pas volé ses prestigieuses récompenses.

Sur un sujet tout aussi sérieux que ceux de Skin et Bull, la trisomie, mais avec une touche d’humour parfaitement dosée, The Peanut Butter Falcon s’envole avec le Prix du Public. Un road trip movie rempli de bienveillance, de délicatesse, drôle et grave, qui a su conquérir les spectateurs. Comme Skin, il prône le respect d’autrui et dénonce la violence. Il incite aussi à sortir des sentiers battus dans le traitement des maladies mentales en critiquant le carcan inadapté des institutions psychiatriques. Le film, réalisé par Tyler Nilson et Michael Schwartz, a été écrit sur mesure pour son acteur principal, Zack Gottsagen, dont la performance est particulièrement impressionnante. Il incarne un jeune homme attachant de vingt-deux ans, atteint de trisomie, qui s’évade de son centre médical pour réaliser son rêve : devenir lutteur professionnel en se formant à l’école de son leader, le Salt Water Redneck. Lors de sa fuite, il croisera la route de Tyler, un pêcheur interprété par Shia LaBeouf, qui promet à Zak de l’accompagner jusqu’à l’école de lutte en Floride. Une virée à deux rafraîchissante, pleine de vie, où la maladie n’est plus un frein à l’amitié et à la liberté. Un film qui fait du bien et dont on sort à la fois ému et requinqué.

Swallow de Carlo Mirabella-Davis traite une autre forme de trouble mental, le Pica, caractérisé par le besoin incontrôlable d’ingérer des substances ou des objets non comestibles. L’héroïne du film, femme modèle d’un époux peu attentionné, commence à manifester cette affliction au tout début de sa grossesse sans en comprendre les raisons profondes. Quels secrets ou traumatismes, passés ou présents, se cachent derrière l’apparition soudaine de cette pathologie singulière ? Par ses mystères, Swallow pose de nombreuses questions relatives à la place de la femme face à la domination masculine, à la connaissance de soi et au sentiment de culpabilité. Une œuvre plus profonde qu’il n’y paraît, à la fin parfaitement maîtrisée, qui a reçu le Prix spécial du 45ème Festival.

– Expériences avec les films : Knives and Skin, Judy and Punch et Ham on Rye.

Il aurait presque pu figurer dans nos coups de cœur tant il déborde de créativité. Avec son univers magnétique et envoûtant, dans lequel les jeunes femmes s’affirment et les mères s’émancipent, Knives and Skin gagne sans conteste le prix de l’inventivité grâce à son identité artistique propre, presque visionnaire, ouvrant la porte sur le monde riche et unique d’une cinéaste déjà bien assurée. Deuxième film de la réalisatrice Jennifer Reeder, Knives and Skin commence par la disparition mystérieuse d’une lycéenne discrète, Carolyn Harper, dans une petite ville de l’Illinois. Ce drame n’est pourtant pas le sujet du film, mais davantage un catalyseur, une source de bouleversements pour tous les habitants de la communauté. Les jeunes filles se rebellent contre les comportements masculins, les femmes trompent leurs époux, les mères se déchirent pour leurs filles. Le féminisme de la réalisatrice imprègne toute cette œuvre au visuel sublime, aux personnages à la fois humains et excentriques. Malgré ses défauts, Knives and Skin innove, ose sans limite, et reste une vraie révélation du Festival oubliée par le jury.

Tout comme Knives and Skin, Judy and Punch fait la part belle aux femmes. Au XVIIème siècle, dans la ville fictive de Seaside, opprimée par l’ordre et les superstitions religieuses, un couple de marionnettistes cherche à faire revivre leur spectacle populaire. L’alcoolisme de Punch, aux effets dévastateurs, détruit cependant ce duo et amène Judy, interprétée par la magnifique Mia Wasikowska, à se venger. Premier film réalisé par Mirrah Foulkes, Judy and Punch est un film un peu déjanté, parfois brouillon, qui réussit à créer son propre univers. A l’instar de The Peanut Butter Falcon et de Skin, il décrit des marginaux, des exclus sociaux. Il encourage surtout à combattre la violence gratuite, les ostracismes arbitraires, les superstitions fondées sur la différence des individus. Même s’il n’existe plus de sorcières, cette morale constitue une utile piqûre de rappel dans la société actuelle. Judy and Punch, par son approche étonnante, est peut-être un des films du Festival au message de tolérance et de paix le plus efficient.

L’expérience de Ham on Rye ne repose pas sur son monde mais sur son traitement. Le cadre du long-métrage, parfaitement banal, est celui de la banlieue américaine. Le réalisateur Tyler Taormina filme le quotidien, les visages, les expressions fugaces avec une certaine dimension poétique. Les plans, ralentis, cherchent à capter l’instant présent avant qu’il ne disparaisse, l’émotion avant qu’elle ne s’évanouisse. Cette approche singulière, volontairement épurée, laisse peu de place au développement d’un véritable scénario. Ham on Rye est construit autour d’un rite de passage à l’âge adulte de plusieurs adolescents chez Monty’s, une épicerie locale. A l’issue de cette cérémonie rituelle, chacun peut être accepté ou rejeté et condamné à errer seul et sans fin dans la ville. Si le rythme lent du film et l’absence de réelles péripéties peuvent rapidement lasser, Ham on Rye propose une ode à la vie et offre de beaux moments de grâce.

– Cinéma à l’état brut avec les films Watch List, Mickey and the Bear, Share, The Wolf Hour et The Climb.

Dans le reste de la compétition, le Festival a présenté deux films sur des jeunes femmes fortes et courageuses, prêtes à tout supporter pour protéger leur famille. Watch List de Ben Rekhi aborde la politique de la guerre contre la drogue menée d’une main de fer par le Président Rodrigo Duterte aux Philippines. Maria, une veuve mère de trois enfants, doit choisir entre survivre dans la misère et vivre en se salissant les mains. Un dilemme moral qui l’amènera à renier sa propre identité. S’il n’est pas totalement abouti, Watch List nous plonge avec un certain réalisme dans une page sombre, pas nécessairement connue, de l’histoire des Philippines.

La jeune héroïne de Mickey and the Bear d’Annabelle Attanasio, a quant à elle la lourde charge de s’occuper de son père, un ancien combattant accro à la drogue qui ne parvient pas à faire le deuil de son épouse. Elle est aussi confrontée à un choix, soutenir son père qui n’a plus qu’elle au monde ou partir étudier à l’université sur la côte ouest. Émouvant, le film nous confronte à la conciliation complexe entre désir de liberté et responsabilité familiale. Une quête particulièrement difficile pour une adolescente qui ne rêve que de gagner son indépendance. Une autre belle découverte de ce Festival 2019.

A Deauville, les femmes ont également été confrontées à des épreuves psychologiques. Dans Share, premier film de Pippa Bianco, Mandy, 16 ans, découvre une perturbante vidéo d’une soirée dont elle n’a aucun souvenir. Tout en essayant de surmonter le choc avec ses parents, elle cherche des réponses auprès de ses camarades. En dépit de quelques longueurs, Share est plutôt bien construit et montre les dérives du voyeurisme.

June Leigh, ancienne écrivaine renommée, doit quant à elle affronter dans The Wolf Hour sa peur de sortir, son cruel manque d’inspiration ainsi qu’un mystérieux harceleur. Le réalisateur Alistair Banks Griffin a situé son film dans le quartier du Bronx en juillet 1977, alors que des violences urbaines frappent aveuglément la ville. Sous la forme d’un huis clos à suspense, assez efficace, qui repose beaucoup sur les épaules de la remarquable Naomi Watts, The Wolf Hour convainc par son atmosphère et l’évolution progressive de son héroïne.

Sur un registre beaucoup plus comique, The Climb, premier film de Michael Angelo Covino, raconte une périlleuse histoire d’amitié entre deux hommes que tout semble opposer. La belle complicité des deux amis bascule lorsque Mike, à l’occasion d’une balade à vélo, avoue qu’il a couché avec la fiancée de Kyle. Prix du jury ex-aequo avec The Lighthouse, The Climb fait presque figure d’ovni au sein d’une sélection portant sur des sujets extrêmement sérieux et actuels. Un peu de rire ne pouvait donc faire de mal. Les situations sont toujours drôles, caustiques, et offrent une bonne respiration au cours de ce Festival.

2/Les films en avant-premières du festival de Deauville 2019

– L’âme de l’Amérique avec les films Heavy avec Sophie Turner, Daniel Zovatto…, American Skin de Nate Parker avec Parker, Omari Hardwick, Larry Sullivan, Theo Rossi… et American Woman de Jake Scott avec Sienna Miller, Christina Hendricks…

Heavy, premier film de Jouri Smit, nous laisse avec un goût d’inachevé. Il relate la relation tumultueuse entre Maddie, une ancienne accro à l’héroïne interprétée par Sophie Turner, et Seven, un dealer vivant des soirées folles où se mêlent drogues et top-models. En voulant rendre service à un ami d’enfance, Seven s’engage dans une spirale destructrice dont il ne soupçonne pas les tenants et aboutissements. La construction du film en trois parties, sur le modèle d’une tragédie classique, ne fonctionne pas trop et étire artificiellement le scénario. Si la présence de Sophie Turner donne du piment à Heavy, la fière actrice de Sansa n’a malheureusement à jouer que deux ou trois scènes réellement susceptibles de démontrer son talent. Le thème de la drogue, également traité dans Watch List, garde le mérite d’avertir les jeunes sur les effets dramatiques et incontrôlables de la vente comme de la consommation des opiacés, du sentiment de culpabilité au désir de vengeance, de l’implosion d’un couple aux meurtres.

American Skin plonge encore davantage au cœur de l’âme américaine. Réalisé par Nate Parker (La naissance d’une nation, 2016), ce film particulièrement attendu retrace le parcours de Lincoln Jefferson, un vétéran afro-américain de la guerre en Irak, dont le fils de 14 ans est tué accidentellement lors d’un contrôle de police de routine. Cependant, les juges déclarent rapidement innocent l’officier blanc qui a tiré sur l’adolescent, provoquant des émeutes dans la communauté noire. Afin d’obtenir justice pour son fils, Lincoln prend d’assaut le commissariat et organise un nouveau procès citoyen. Haletant, American Skin passe aux cribles tous les stéréotypes de la société américaine tout en s’attaquant à l’identité même du citoyen américain, doté d’une peau américaine plus ou moins lourde à porter. Intense et riche, ce film particulièrement évocateur de l’esprit américain restera dans les mémoires.

Après American Skin, American Woman réalisé par Jake Scoot. Un Festival décidément 100% américain, exposant l’Etat source dans les titres mêmes des films. American Woman s’intéresse aux épreuves traversées par Deb Callahan, une mère célibataire de trente-et-un ans interprétée par Sienna Miller, qui prend en charge l’éducation de son petit-fils suite à la disparition inquiétante de sa fille. Tout en surmontant cette séparation, elle doit apprendre à se construire une nouvelle vie avec l’aide de sa sœur. Ce beau drame donne une image frappante et émouvante de la femme américaine. Une femme forte, prête à tout pour s’en sortir, mais constamment rattrapée par les difficultés de la vie.

– Histoires vraies avec les films Charlie says et JT Leroy de Justin Kelly avec Kristen Stewart, Diane Kruger…

Deux autres films présentés en avant-première s’inspirent de faits réels. Charlie says de Mary Harron raconte l’évolution de trois jeunes femmes condamnées à la perpétuité pour leur complicité aux crimes de Charles Manson. Isolées dans une prison californienne, elles prennent progressivement conscience de la gravité de leurs actes au contact d’une enseignante venant régulièrement leur donner des cours. Alternant les scènes au présent dans le pénitencier et les souvenirs du passé vécus avec Charlie, le film montre l’endoctrinement dont les jeunes femmes ont été victimes par cet homme charismatique aux allures christiques. Incapables de donner leur propre opinion sur le moindre sujet, leur discussion se limite ainsi au leitmotiv « Charlie says…» faisant écho au titre. Intéressant, parfois glaçant, le long-métrage relate avec gravité et réalisme l’époque des groupes hippies et de la famille Manson, brossée récemment avec beaucoup plus de décalage et d’humour dans Once Upon a time in Hollywood.

JT Leroy est quant à lui tiré de la vie de l’écrivaine Laura Albert, qui choisit de publier ses romans sous l’identité d’un jeune homme transgenre, discret et mystérieux. Après son premier succès, elle demande à sa belle sœur de jouer en public le rôle de cet intriguant auteur. Le film, réalisé par Justin Kelly, est porté par un formidable duo d’actrices, Laura Dern et Kristen Stewart, qui rend réaliste et prenant ce récit hors du commun. Derrière cette mascarade, il traite plus largement de l’amour et de la quête de soi. Une œuvre agréable malgré ses petites longueurs.

– Fictions avec les films Terre Maudite et Waiting for the Barbarians, adapté du roman « En attendant les barbares » de J. M. Coetzee avec avec Johnny Depp, Mark Rylance…

Premier film d’Emma Tammi, Terre Maudite mêle les genres du western et du film d’horreur. A la fin du XVIIIème siècle, Lizzie emménage avec son mari à la frontière occidentale américaine pour cultiver une terre désolée. Seule dans une maison isolée, et avec l’arrivée d’un couple de jeunes mariés dans une cabane voisine, Lizzie commence à sentir une présence démoniaque autour de la prairie. Si la première partie du long-métrage, par son atmosphère intrigante, est plutôt réussie, la suite s’enlise, perd de son intensité et n’offre pas de véritable surprise. Terre Maudite reste peut-être la petite déception de ce Festival.

Waiting for the Barbarians de Ciro Guerra a réuni un plus grand consensus. S’il est tout aussi fictif que Terre Maudite, il décrit une réalité qui a pu ou pourrait parfaitement exister dans les sociétés humaines. Dans un désert innommé, à une époque indéfinie, le pouvoir central envoie le colonel Joll, un tortionnaire brillamment interprété par Johnny Depp, dans un fort situé aux confins de l’Empire. Le magistrat gérant ce fort, incarné par Mark Rylance, se met à contester l’ordre établi et à prendre le parti des « barbares » en côtoyant une jeune fille indigène blessée. Le film nous renvoie à la peur de l’inconnu, de l’autre, qualifié de « barbare » lorsqu’il adopte un mode de vie différent. De la même façon que les « sorcières » de Judy and Punch sont écartées pour leur marginalité, les indigènes de Waiting for the Barbarians doivent être repérés et matés, sous le prétexte futile de préparer une hypothétique rébellion contre l’Empire. C’est à nouveau la crainte de l’incompris, thème fort de ce Festival, qui imprègne le film. Waiting for the Barbarians dénonce également la violence à travers les méthodes d’interrogatoire inhumaines du colonel Joll. Par le retournement du magistrat, qui prend fait et cause pour les « barbares », il peut en outre s’inscrire dans la lignée d’un Pocahontas ou d’un Avatar à la fois moderne et réaliste. Un film à voir pour les valeurs intangibles qu’il véhicule et le duo Rylance/Depp particulièrement savoureux.

– Les documentaires du festival de Deauville 2019 : Making waves : the art of cinematic sound et Memory – the origins of Alien.

Le Festival de Deauville a présenté de nombreux documentaires dont deux, relatifs au cinéma, ont attiré notre attention.

Making waves : the art of cinematic sound expose de manière pédagogique et passionnante  les trois différentes composantes de la bande-son d’un film, à savoir les dialogues, les effets sonores ainsi que la musique. Il décrit, sons d’œuvres célèbres et interviews à l’appui, les techniques et les étapes de création de ces trois piliers. L’effacement des bruits de fond, le réenregistrement des dialogues, les effets spéciaux, les bruitages, les sons d’atmosphère, et enfin la bande-originale sont ainsi successivement disséqués pour mieux nous faire appréhender le travail des ingénieurs du son, et surtout, l’importance largement sous estimée du son au cinéma. Making Waves démontre qu’un son réaliste, prenant, immersif, participe autant que l’image à l’expérience cinématographique, le son demeurant d’ailleurs le premier sens que nous possédons pour percevoir le monde avant même notre naissance. Le documentaire s’intéresse enfin au mixage sonore, qui consiste à définir le niveau sonore de chacun des trois éléments phares au cours des scènes. Privilégier la musique pour dramatiser, ou les dialogues pour se focaliser sur les personnages, ou encore les effets sonores, comme des coups de feu, pour plonger le public dans un cadre haletant, tel est le choix rigoureux des techniciens du son. Un documentaire à voir, et à écouter, pour tous les cinéphiles.

Memory – the origins of Alien remonte aux sources et aux inspirations d’une des créatures les plus célèbres et effrayantes du cinéma. Une œuvre sans pareille, qui avant d’accoucher d’un mythe, est issue d’une triple paternité : le scénariste Dan O’Bannon, le graphiste Hans Ruedi Giger et le réalisateur Ridley Scott. C’est la rencontre presque inespérée de ces trois hommes complémentaires, s’accordant sur une même vision, qui reste à l’origine d’Alien. Ces artistes possédaient évidemment leurs propres influences, notamment les bandes dessinées, les romans de Lovecraft ou les peintures de Francis Bacon, mais ils ont créé avec Alien une épopée d’un réalisme unique, loin des sagas populaires Star Wars et Star Trek. Le documentaire traite également, dans une longue séquence qui ravira tous les fans, du tournage périlleux de la fameuse scène du « chestburster ». Son réalisateur, Alexandre O. Philippe, appréciant analyser les classiques du septième art, imprègne son film de toute sa passion et s’attaque actuellement à une étude sur l’Exorciste.

Redacteur LeMagduCiné