Dans les angles morts de R. Pulcini et S. Springer : Encore un film Netflix qui nous laisse sur notre faim

Dans les Angles morts de Robert Pulcini et Shari Springer est un film qu’on n’a pas envie de qualifier de mauvais, tant les intentions et les moyens mis en œuvre ont été les bons. Mais la valse-hésitation entre le genre horreur inabouti et le drame conjugal inexploité lui est un peu fatale

Synopsis : Un couple de Manhattan s’installe dans un hameau historique de la vallée de l’Hudson. Ils vont bientôt découvrir l’histoire sombre qui a eu lieu dans leur nouvelle maison et qui fait étrangement écho à celle qu’ils sont en train de vivre…

La mort aux trousses

Quand on regarde sa montre plus d’une fois pendant le visionnage d’un film, c’est que l’affaire est très mal engagée. Par un concours de circonstances, voire peut-être  par stimulation, Dans les Angles morts  a été vu dans la foulée d’une revue d’Annabelle 2, un film de genre très genré, si on ose s’exprimer ainsi, très efficace et même pas téléphoné. De la manière dont Netflix a vendu le métrage, on s’attend à un vrai film d’horreur. Et c’est peut-être l’erreur principale de communication, car si on est un tant soit peu honnête, le film, tiré d’un roman d’Elizabeth Brundage éponyme du titre original (Things heard & seen) sorti en 2016, porte des germes d’autres choses qui avaient un véritable potentiel et qui aurait pu le faire aimer.

George Claire (James Norton) et sa femme Catherine (Amanda Seyfried) forment un couple de bobos new-yorkais qui s’apprêtent à s’exiler dans le Nord de l’état dans une bourgade tellement différente de leur environnement habituel. George y a trouvé un poste en tant que professeur, et Catherine, puisque nous sommes dans les années 80, va le suivre docilement en laissant un métier épanouissant de restauratrice d’art, et en allant s’enfoncer dans une solitude qu’elle n’a pas voulue. Georges semble exalté en permanence, et Catherine est anorexique, se faisant vomir après chaque « repas » (une feuille de salade), sans que George n’intervienne, bien au contraire. On sent dès lors un malaise diffus qui ne fera que s’amplifier après leur installation, avec des visions diverses, et l’arrivée dès le lendemain matin de deux jeunes frères sortis de nulle part : Cole, un adolescent qui s’occupera de baby-sitting,  et Eddy, un jeune adulte pour l’entretien de la maison et du jardin.

Les réalisateurs de dans les Angle morts, Robert Pulcini et Shari Springer, le couple à la barre pour le très bon American Splendor, installent très tôt les prémices de ce qui est censé être un film d’horreur. Une direction qui ne va pourtant nulle part, tant elle est faiblarde, à la limite du ridicule. En parallèle, ils dessinent une communauté rurale vaguement inquiétante, où des soupçons pèsent sur tout le monde, y compris sur les nouveaux venus. Mais le scénario fait du sur-place, et quand il avance un peu, il s’éparpille dans tous les sens, le film d’horreur très inabouti, le thriller mollasson, le drame conjugal qui, lui , aurait pu être sauvé avec davantage de rigueur.

Pourtant, l’excellente Rhea Seehorn (de la série Better Call Saul) donne beaucoup de consistance au personnage de Justine, une collègue excentrique mais alerte et dubitative de George. F. Murray Abraham, en tant que Floyd, le directeur de l’établissement est également convaincant dans son rôle d’adepte de l’existence de l’au-delà, et très empathique des frayeurs de Catherine.
Les deux vraies faiblesses du casting sont les deux acteurs jouant les personnages du couple Claire. Amanda Seyfried n’a jamais été aussi mauvaise et insipide, et James Norton est un bellâtre qui ne sait jouer que de sourires vides, et qui n’arrive pas à montrer à quel point son rôle est déterminant.

Si on trouve autant à dire sur un film qu’on a si peu apprécié, surtout lorsqu’on arrive à sa fin ridicule et flamboyante, c’est que malgré tout, dans les Angles morts a quelques atouts : une partie des acteurs avec un fort engagement, un directeur de la photographie inspiré, aidé par des paysages amples et bucoliques de la Hudson Valley où le film a été tourné. Des atouts qui hélas n’arrivent pas à endiguer l’indigence de son scénario , ni de sa mise en scène…

Dans les angles morts– Bande annonce  

Dans les angles morts – Fiche technique

Titre original : Things heard & seen
Réalisateur : Robert Pulcini et Shari Springer
Scénario : Robert Pulcini et Shari Springer, d’après le roman de Elizabeth Brundage
Interprétation : James Norton (George Claire), Amanda Seyfried (Catherine Claire), Ana Sophia Heger (Franny Claire), Alex Neustaedter (Eddie Vayle), Jack Gore (Cole Vayle), F. Murray Abraham (Floyd DeBeers), Natalia Dyer (Willis), Rhea Seehorn (Justine)
Photographie : Larry Smith
Montage : Louise Ford, Andrew Mondshein
Musique : Peter Raeburn
Producteurs: Stefanie Azpiazu, Anthony Bregman, Julie Cohen, Peter Cron
Maisons de production : Likely Story
Distribution (France) : Netflix
Durée : 121 min.
Genre : Horreur, Thriller, Drame
Date de sortie :  29 Avril 2021
USA – 2021

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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