Rencontre exclusive avec Gabriel Yared : Portrait d’un artiste passionné

Le compositeur Gabriel Yared nous accueille chez lui, quelques jours avant son concert évènement avec le London Philarmonique Orchestra à la Philamornie de Paris le samedi 9 décembre.

Gabriel Yared met ses études de droit de côté, après seulement deux ans, pour étudier la musique. Seul artiste de sa famille, qui ne comprend pas sa décision, Gabriel décide de se lancer dans l’aventure de la musique qui est, pour lui, bien plus qu’une passion, mais véritablement sa raison d’exister (Notre interview exclusive en vidéo en bas de l’article).

« Mes parents ne comprenaient pas que je sois autant enflammé pour la musique alors que ce n’était pas du tout dans ma famille. Je crois vraiment que je suis né pour la musique. Depuis tout petit, il n’y a que ça qui m’intéressait. »

Après des cours à l’école de musique auprès d’Henri Dutilleux, il part au Brésil et continue d’abreuver sa soif de connaissance.

« J’ai tout de suite commencé à faire du solfège mon alphabet… Je savais que je n’allais pas devenir un virtuose, ce qui m’intéressait c’était de dévorer la musique »

Il collectionne ainsi les partitions de musique classique des grands maîtres et se met à les déchiffrer pour apprendre l’art de la composition. Il dévore aussi les albums des Beatles, Marvin Gaye… Tout ce qui à trait à la musique, qu’elle soit classique, contemporaine ou même tribale nourrit la soif du compositeur. Ses compositions sont riches de ces influences diverses et variées (en témoigne la valse en trois temps de Tatie Danielle).

« …j’écoutais John Coltrane, j’écoutais Marvin Gaye, les Beatles…et pour les comprendre mieux, je prenais mon cahier de musique et je les relevais. Je notais absolument tout…J’essayais de comprendre la musique par le dedans. Il fallait que je pose par écrit pour comprendre comment une musique est architecturée. »

Plus tard, grâce aux contacts qu’il s’est faits en travaillant comme compositeur et arrangeur pour des vedettes de variétés (telles que Johnny, Aznavour, Hardy…), il rencontre Jean-Luc Godard qui lui demande de s’inspirer de l’histoire et non des images.

« Cette approche de la musique par le narratif et non par l’image, qui est le résultat du narratif, m’a beaucoup marqué et a provoqué chez moi, non pas une méthode, mais une approche différente de la musique de film »

Dès lors le mélange d’influences absorbées par le compositeur va se mettre au service des images tout en créant une musique qui peut s’écouter seule. Pour lui, pas question d’accoucher d’une oeuvre qui perdrait sa valeur sans les images qu’elle est censée illustrer.

« Ceux dont la culture s’arrête uniquement à la musique de films ou à la musique de chansons ne peuvent pas vraiment s’ouvrir à toutes les beautés de la musique. »

Sa façon de travailler : être là bien avant le premier tour de manivelle. Quel que soit le projet de film pour lequel on vient le solliciter, il faut qu’il soit en accord avec le cinéaste, qu’un lien se créé. Pour l’Amant de Jean-Jacques Annaud, c’est le pitch très court du cinéaste et son idée d’un thème simple (« Comme un arpège » lui demandera Annaud) qui va inspirer Gabriel Yared. Au retour d’un repérage au Vietnam, Annaud écoutera la démo de Yared et décidera d’en faire le thème principal du film. Il n’aura fallu qu’un thème, un lieu évoqué (le Vietnam où le film se déroule) et un embryon d’idée pour faire naître sous les doigts du compositeur un thème applaudi et récompensé par un César.

Quels que soient le genre cinématographique abordé, le support (télévision, cinéma) ou le lieu (en France et aux États-Unis), la sensibilité de Yared va exploser. Remarqué du grand public déjà à la sortie de 37,2 le matin, puis pour son César avec L’Amant, c’est Le patient Anglais qui lui vaut l’Oscar de la meilleure musique de film. Succès qui sera l’occasion pour Yared de signer un grand nombre de musiques aux États-Unis et d’entamer une collaboration avec Anthony Minghella.

Interview du compositeur Gabriel Yared

Aujourd’hui encore la musique de Gabriel Yared transporte les cinéastes. Xavier Dolan compte déjà trois collaborations avec le maître et dans les projets tournés, qui sortiront l’année prochaine, une collaboration avec l’acteur / réalisateur Rupert Everett pour un biopic sur Oscar Wilde.

Avant cela, les fans du maestro ont rendez-vous dans la grande salle de La Philarmonie de Paris samedi 9 décembre pour un concert en images inédit où les plus belles mélodies de Gabriel Yared se joueront avec le London Philarmonique Orchestra sous la direction de Dirk Brossé et de Gabriel Yared. Au chant viendront se joindre Catherine Ringer et Yaël Naïm et des musiciens comme Juan José Mosalini au Bandoléon ou Lewis Morison au saxophone.

A noter d’ici fin 2017 – début 2018 dans l’actualité de Gabriel Yared, 5 films dont il a composé la musique :

  • La promesse / Terry Georges / USA / SP/ sortie française le 29 novembre 2017
  • Si tu voyais son cœur / Premier long métrage de Joan Chemla récompensé au Festival du film de Varsovie (prix du meilleur Réalisateur) : sortie française le 10 janvier 2018
  • The Happy Prince de et avec Rupert Everett / Premier long métrage de l’acteur en tant que réalisateur
  • The death and life of John F. Donovan de Xavier Dolan (3ème collaboration pour le compositeur et le réalisateur Quebecois)
  • Dilili à Paris / Michel Ocelot / sortie française le 10 octobre 2018

Yared /40 ans de musique de films
 –  et  pour un complément d’ infos sur Gabriel, sa carrière, sa bio, son actu  :  www.gabrielyared.com

Un grand merci à Gabriel Yared et à Danielle Escher pour leur gentillesse et leur disponibilité.

Propos recueillis par Olivier Pastorino et Rudee Larue. Vidéo et montage de Rudee Larue (RCG Team).

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Olivier Pastorinohttps://www.lemagducine.fr/
Auteur du recueil de nouvelles "Nouvelles des Morts" aux éditions Edilivre et du livre de science fiction "Avant la Fin". Féru de Cinéma, de littérature et de Rock.

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