Clayface : le visage de l’autre

Après le Superman de James Gunn et le ratage complet de Supergirl, le DC Universe poursuit son chapitre « Gods and Monsters » avec Clayface, l’origin story d’un vilain de Gotham signée James Watkins. Un body horror sombre et romantique, où le monstre devient le miroir de notre identité.

Enfant des rues de Gotham devenu acteur prometteur, Matt Hagen voit son visage détruit par un mafieux. Une thérapie expérimentale à base de nanosphères le sauve — puis le condamne : il devient Clayface, créature de glaise dont le visage épouse ses émotions. Porté par James Watkins dans le nouveau DCU, ce body horror organique et romantique transforme la vengeance en réflexion sur l’identité, le regard des autres et la responsabilité de son propre visage.

Film de body horror sombre et organique, Clayface se montre réflexif et inventif malgré des emprunts visibles. Hérité de la série animée Batman de 1992, le personnage assume un tragique romantique et une filiation stylistique avec le Joker de Todd Phillips. Sa vraie force est de s’inscrire dans un corpus de cinéastes qu’il cite sans servilité : le body horror de David Cronenberg (La Mouche, Videodrome, Faux-semblants), où la mutation corporelle révèle la fracture identitaire ; la matière instable et monstrueuse de John Carpenter (The Thing) ; le visage détruit et reconstruit de Georges Franju (Les Yeux sans visage) et l’héritage du fantastique expressionniste ; le visage-masque et l’identité éclatée de David Lynch (Mulholland Drive, Lost Highway) ; la tragédie du monstre défiguré héritée du Fantôme de l’Opéra et des monstres Universal. À cela s’ajoute une proximité assumée avec The Substance de Coralie Fargeat — dont Clayface est en quelque sorte le jumeau sobre. Ici, ce n’est pas un patchwork : c’est une généalogie subtilement incorporée qui donne au film sa profondeur de champ.

Matt Hagen, enfant des rues de Gotham parvenu au seuil d’une gloire naissante d’acteur, est défiguré par un mafieux. Pour reconstruire son visage, il se soumet à une technique expérimentale mise au point par une médecin spécialiste des cellules souches et des nanosphères. Le traitement restaure son visage, mais Matt s’en injecte une dose excessive. Dès lors, il perd le contrôle des mutations de son visage et de son apparence, pouvant devenir n’importe qui au gré de ses émotions.

Le visage de nos émotions : l’autre entre en scène

Le film de James Watkins (Eden Lake, Speak No Evil), intégré au nouveau DCU de James Gunn (chapitre Gods and Monsters), porte cette belle idée que nos visages deviennent les émotions qui nous meuvent. L’intériorité monte et se montre à l’extérieur. On devient celui qu’on hait. La colère, la haine et le désir de vengeance tordent, affaissent, fondent et font muter le visage du héros, donnant lieu à des séquences visuellement saisissantes. Épris de vengeance autant que d’une certaine loyauté envers ce « lui-même » qu’il a eu tant de mal à bâtir, Matt Hagen (Tom Rhys Harries) se transforme au gré de ses pulsions. Le film offre aussi une très belle scène où son visage redevient « intact », ou lui-même, indemne, sous les mains de l’amour.

Clayface — littéralement « gueule d’argile » — parvient, à force d’artifice et de glaise maquillée, à nous saisir lorsqu’il incarne l’effarement de l’injustice, la douleur, la honte et l’infamie rassemblées dans cette sculpture de chewing-gum au corps difforme et au visage délaissé dans une baignoire. L’atmosphère y est prenante, souvent impressionnante, matière tactile hantée d’obsessions, ancrée dans les racines de la légende tragique, intime de Joker.

Filmé dans la matité violente et les angles cassants d’un New York hostile et déclassé (reconstitué à Liverpool), le long métrage déploie un sens spectaculaire de la cascade, un thriller horrifique organique — jumeau sobre de The Substance —, une vraie tenue narrative (Mike Flanagan, Hossein Amini) et une réflexion sur la perte d’identité, sur ce que signifie endosser son visage et assumer sa responsabilité.

En cela, Clayface ne se contente pas de citer ses aînés : il prolonge leur obsession du corps comme lieu du sujet, du masque comme vérité et du monstre comme miroir.

Clayface – bande-annonce

Clayface – fiche technique

Réalisation : James Watkins
Scénario : Mike Flanagan, Hossein Amini
Interprètes : Tom Rhys Harries, Naomi Ackie, David Dencik, Max Minghella, Eddie Marsan
Photographie : Rob Hardy
Montage : Jon Harris
Musique : Volker Bertelmann
Décors : James Price
Costumes : Keith Madden
Création des prothèses : Legacy Effects
Producteurs : Matt Reeves, James Gunn, Peter Safran, Lynn Harris
Producteurs délégués : Chantal Nong Vo, Lars P. Winther
Sociétés de production : DC Studios, 6th & Idaho Productions, The Safran Company, Troll Court Entertainment
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Warner Bros. Pictures
Durée : 1h48
Genre : Horreur, Thriller psychologique, Science-fiction
Date de sortie : 21 octobre 2026

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