L’accident de piano : Affreux, bête et suicidaire

Dans un film radical L’Accident de piano d’une grande laideur, Quentin Dupieux met en scène les délires psychopathes d’une influenceuse (Adèle Exarchopoulos) et nous livre là une œuvre suicidaire et débilitante.

Que nous aimions ou pas le cinéma de Dupieux, il faut reconnaître à ce cinéaste une ligne drue : une manière Maverick de dynamiter le processus de fabrication des films.

Il tourne vite des films brefs, il tourne régulièrement, à petit budget, est maintenant courtisé par tous les acteurs-stars et fétichisé par un certain public qui voit en ses films le parangon du rire ou de l’absurde hilarant.

Cette méthode a fait ses preuves. Et fait éclore le meilleur de Dupieux : Le Daim, actuellement son film le plus fou, le plus dingue de la dinguerie de ceux qui continuent à aimer l’humanité mais ne savent pas comment lui dire. Et fabriquent alors un objet non-domesticable, une œuvre-sorcière.

L’Accident de piano est censé dénoncer les avatars malsains et abjects de l’ultra-capitalisme, ce néo-monde inepte où la seule valeur digne de se torturer, de pleurer ou de vivre serait l’argent et comment faire pour parvenir à en gagner sans souffrir ni travailler, sans que jamais l’affect, l’humain, la délicatesse d’un sentiment ou la noblesse d’une émotion ne viennent interférer.

Une youtubeuse (Magaloche) affublée de naissance d’un handicap cynique ou magique au choix : une insensibilité à la douleur commence à se filmer dans des scènes où elle endure bêtement les dangers des souffrances les plus extrêmes. Nous la voyons se faire tomber une machine à laver sur le corps, se faire boxer le visage jusqu’à la tuméfaction, mettre sa main à l’épreuve d’un pic à glace ou autres joyeusetés bêtes. Tout est écrit dans une surenchère grossière, absurde, dévitalisante, et seule l’évidence du talent d’Adèle Exarchopoulos arrive in extremis à surmonter le déficit de langage cinématographique d’une telle litanie.

Le personnage est tellement littéral qu’il n’est même pas construit à la manière d’une Marina Abramovitch, performeuse de l’impossible. Non, ici, Magaloche – vaguement impliquée dans ce qui va donner lieu au titre du film : le coup de l’accident de piano – n’est animée 24h/24 que par la laideur, la bêtise et l’idiotie matérielle et morale dont l’affublent Dupieux.

Rien n’est fin dans ce film. Rien n’est travaillé pour duper ou transcender le système capitaliste d’asservissement par le vide dont le film se voudrait le pourfendeur. Rien ne vient surtout densifier ou concentrer notre intérêt face à un film misanthrope et malade de cette maladie de l’absence d’amour pour l’humanité.

Magaloche stagne, ragne, , hahanne ou tue, taloche la pauvre journaliste qui vient tenter de l’interviewer (on se demande comment Sandrine Kiberlain peut supporter, même au énième degré, d’être maltraitée ainsi à l’écran).

C’est le degré zéro de la laideur condensé dans une sorte de film jusqu’au-boutiste, expérimental, pauvre en cinéma, pauvre en beauté et surtout extrêmement noir et morbide.

L’ensemble vire au film d’horreur (c’est bien, Dupieux y est à l’aise) mais tout y est convenu sauf le jeu plus que vivant et jamais déprimant d’Adèle E.

Fiche technique : L’Accident de piano (2025)

  • Réalisation : Quentin Dupieux
  • Scénario : Quentin Dupieux
  • Musique : Quentin Dupieux (Mr. Oizo) et Chilly Gonzales
  • Photographie : Quentin Dupieux
  • Montage : Quentin Dupieux
  • Costumes : Justine Pearce
  • Son : Guillaume Le Braz

Production

  • Producteur : Hugo Sélignac
  • Sociétés : Chi-Fou-Mi Productions, Arte France Cinéma, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma
  • Distribution : Diaphana Distribution
  • Budget : Non communiqué

Caractéristiques

  • Genre : Comédie noire
  • Durée : 88 minutes
  • Pays : France
  • Tournage : Haute-Savoie (Megève, Combloux) et Var
  • Sortie : 2 juillet 2025

Distribution

  • Adèle Exarchopoulos : Magalie « Magaloche » Moreau
  • Jérôme Commandeur : Patrick Balandras
  • Sandrine Kiberlain : Simone Herzog
  • Karim Leklou : Roméo
  • Gabin Visona : Karim
  • Clara Choï : La coiffeuse
  • Georgia Scalliet : La femme de Patrick

Secrets de tournage

  • 5ème collaboration Dupieux/Exarchopoulos
  • Prothèses dentaires et orthopédiques pour Adèle Exarchopoulos
  • Tournage principal en Haute-Savoie (chalets bourgeois)

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.