Sylvester Stallone trois fois mis à l’honneur aux éditions LettMotif

Le comédien italo-américain Sylvester Stallone fait l’objet de trois publications aux éditions LettMotif. David Da Silva analyse en quoi l’interprète de John Rambo peut être perçu comme un « héros de la classe ouvrière », Quentin Victory Leydier nous balade à travers la saga Rocky et Jean-Christophe HJ Martin nous propose un recueil de nouvelles irriguées par les thèmes de ses films.

Sylvester Stallone, héros de la classe ouvrière, par David Da Silva
David Da Silva s’astreint à un double exercice : déjouer les idées préconçues qui circulent au sujet de Sylvester Stallone et proposer une grille de lecture validant l’hypothèse d’un comédien en prise directe avec les classes populaires et ouvrières. Il s’agit donc de déconstruire l’image de la star bodybuildée reaganienne et de décrypter tout ce qui permet d’associer John Rambo ou Rocky – mais pas seulement – à l’Amérique d’en bas. Pour ce faire, l’auteur s’intéresse notamment aux second et troisième épisodes de Rambo, ainsi qu’à Rocky IV, souvent employés à charge contre Sylvester Stallone. David Da Silva s’appuie sur les discours de John Rambo écornant l’aura d’une Amérique abandonnant ses soldats ou sur les propos pacificateurs de Balboa à la fin de son combat contre Ivan Drago. Il montre aussi comment Ronald Reagan a pu s’adonner à une entreprise de récupération politique envers les succès de Sylvester Stallone, quand ce dernier véhiculait pourtant des messages critiques, ou à tout le moins ambigus, envers l’Administration américaine.

Au-delà du personnage de syndicaliste que Sylvester Stallone campe dans FIST ou de la vulnérabilité et de l’intégrité de Freddy Heflin dans Copland, c’est surtout dans la saga Rocky qu’on trouvera de quoi rapprocher le comédien italo-américain des classes ouvrières. Dans la lignée du Nouvel Hollywood et des antihéros des années 1960-1970, Rocky Balboa est d’abord caractérisé comme un raté : trentenaire célibataire et taciturne, il vivote dans les bas-quartiers de Philadelphie en prêtant main-forte à un usurier local. Sa carrière de boxeur a du plomb dans l’aile et même son entraîneur en vient à vider son casier pour le réallouer à un jeune sportif apparemment plus méritant. Le traitement du personnage, à la fois social et intimiste, et le dépassement de soi qui va lui permettre de gagner enfin en fierté contribuent à conférer à Rocky Balboa les attributs d’un personnage populaire « héros de la classe ouvrière ». Et David Da Silva n’oublie pas de revenir, en sus, sur les similitudes troublantes entre le boxeur et son interprète : Sylvester Stallone dut faire face à une paralysie faciale, à la pauvreté et se battre pour réaliser le « rêve américain ». Très bien documentée, en tout point passionnante, la démonstration au cœur de cet essai a ceci de louable qu’elle réhabilite un comédien sur lequel ont été projetées toutes sortes de contre-vérités.

Retour à Philadelphie, par Quentin Victory Leydier
Quelle est cette « promenade analytique et amoureuse avec Rocky et Stallone » promise en sous-titre de l’ouvrage ? À vrai dire, les écrits de Quentin Victory Leydier, assumés comme plus passionnés qu’académiques (mais néanmoins rigoureux), constituent un prolongement idoine de l’essai de David Da Silva. L’auteur revient lui aussi sur les origines modestes de Rocky, sur ses accomplissements, sur l’étiquette reaganienne ou sur les polémiques très exagérées qui ont pu entourer notamment Rocky IV. Au caractère prétendument anti-russe de ce film, Quentin Victory Leydier répond par l’appel à la paix de Rocky à la fin du long métrage, voire par les rodomontades peu flatteuses, teintées de patriotisme, d’Apollo Creed. C’est un regard chargé d’affection que l’auteur pose sur la saga Rocky. C’est aussi un regard extrêmement lucide : sur le rôle d’Adrian, principal « adjuvant » du boxeur de Philadelphie, qui se révèle avant tout à son contact ; sur Paulie, personnage attachant mais abîmé, fidèle mais jaloux, représentatif de la classe ouvrière mais ne s’accomplissant qu’anecdotiquement et par procuration ; sur Tommy, le fils de substitution du cinquième épisode, celui qui prive la famille naturelle de Rocky de ses droits de préemption sur l’attention du boxeur…

Retour à Philadelphie comporte bon nombre de réflexions. Parmi celles-ci, on trouve une évocation du racisme dont on a parfois accusé la saga, de la religiosité (surtout présente dans le second épisode), de l’ascenseur social allant et venant ou du rôle des miroirs dans les différents films. De manière plus détachée, et pour accréditer certaines de ses observations, Quentin Victory Leydier nous livre quelques interviews fictives avec Sylvester Stallone, visant notamment à vider de toute substance les clichés qui collent à la peau du comédien-scénariste-réalisateur. Dans cet ouvrage, Rocky est présenté pour ce qu’il est : un homme qui doute, qui s’accomplit par l’effort, qui ne vise qu’à « tenir la distance », avec le soutien nécessaire et indéfectible de sa femme, loin d’être le symbole d’un quelconque antiféminisme, comme le souligne avec pertinence l’auteur. Si cet homme parvient à s’attacher la sympathie du public, c’est par son humilité, sa vulnérabilité et l’universalité des écueils qui se dressent sur sa route – estime de soi, romance, filiation, amitié, pauvreté, etc. Quentin Victory Leydier le verbalise en tout cas de belle façon.

Directed by Silvester Stallone, par Jean-Christophe HJ Martin
C’est sans conteste le plus surprenant des trois ouvrages consacrés au comédien italo-américain. Directed by Silvester Stallone est un recueil de nouvelles dont l’unique liant se trouve dans l’évocation des films de Stallone. « Une frénésie obsessionnelle autour des morceaux de Bill Conti » accompagne une identification improbable à Clubber Lang, la survivance de John Rambo en tant que dernier film de l’humanité ou l’organisation difficile d’un ciné-concert ayant pour objet Paradise Alley. L’exercice littéraire est convaincant, le recueil se lit d’une traite, les situations flirtent souvent avec l’absurde et le cinéma de Silvester Stallone apparaît tour à tour comme un révélateur, une anecdote narrative ou un véritable objet de réflexion. Bien qu’on ne s’empare qu’à la marge du septième art, l’ouvrage de Jean-Christophe HJ Martin apparaît finalement comme un complément approprié aux deux essais précités. Avec toujours, en filigrane, une passion éprouvée pour la filmographie du comédien-cinéaste italo-américain.

Aux éditions LettMotif, août 2020
Sylvester Stallone, héros de la classe ouvrière, par David Da Silva, 240 pages
Retour à Philadelphie, par Quentin Victory Leydier, 200 pages
Directed by Silvester Stallone, par Jean-Christophe HJ Martin, 168 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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