Le teenage movie : L’évolution de l’enfant rebelle du cinéma

Pour clôturer ce cycle portant sur l’enfance au cinéma, il est logique d’aborder le teenage movie. Ces films destinés au public d’adolescents et de jeunes adultes veulent marquer la fin d’une vision naïve sur l’écran pour s’introduire progressivement dans le monde adulte. Mais ces films sont ils reconnus comme de véritables représentations des adolescents ou des idéalisations qui n’en font que des films commerciaux ? Revenons brièvement sur ce genre, souvent sous-estimé, mais indispensable à tout cinéphile.

L’implantation du genre au cinéma

Le teenage-movie n’a pas toujours obtenu grâce dans le champ cinématographique, étant plutôt considéré comme un sous-genre ou un mélange de genres (parfois fantastique ou plus proche de la comédie), destiné à un public très niché.

Le genre s’est implanté à Hollywood à partir des années 80 avec les films de John Hughes, le réalisateur de Breakfast Club, Seize bougies pour Sam (Sixteen Candles), Rose Bonbon (Pretty in Pink) et La Folle journée de Ferris Bueller. Des comédies mêlant romance et drame et mettant en scène des lycéens atypiques. Ces films ont montré l’exemple et établi les stéréotypes de l’adolescent de l’époque – particulièrement Breakfast Club, qui reste le film référence du genre.

Vous nous voyez comme vous voulez bien nous voir. Nous, nous avons trouvé une définition très simple : chacun de nous est à la fois un surdoué et un athlète et une détraquée et une fille à papa et un délinquant. Breakfast Club

Une esthétique devenue culte

Le décor typique se déroule dans les banlieues et lycées américains proprets avec toujours des familles blanches de milieu modeste à aisé. Abordant toujours avec légèreté, voire un certain idéalisme, les années lycée et les problèmes d’adolescents : amour, amitié, famille et vie au lycée. C’est donc un genre qui s’adresse plus à un public d’ados ou de jeunes adultes.

C’est avec le temps que certains films d’ados sont devenus cultes et ont continué à le devenir grâce aux références. Comme la déclaration d’amour publique de Heath Ledger dans 10 bonnes raisons de te larguer. L’esthétique du teenage-movie qu’on dirait classique s’est donc construit en marge, tout en restant un genre commercial.

Un cinéma plus mature, plus adulte

C’est à partir des années 90 que certains réalisateurs ont rendu le genre plus provocateur et orienté vers un public plus adulte, en abordant avec moins de retenue la sexualité. Le genre se fait dépuceler avec des franchises comme American Pie et Sexe Intentions, qui n’abordent plus uniquement les relations amoureuses mais aussi sexuelles entre ados. Le public s’élargit aussi, en étant moins prude, il touche également plus les spectateurs masculins.

Dans le cinéma de Larry Clark (K.I.D.S, Bully, Ken Park, The Smell of Us) s’expose aussi la sexualité adolescente de manière frontale et parfois cruelle. Il n’hésite pas à montrer la complexité de l’éveil sexuel dans la quête identitaire de l’adolescent. Ses teenage-movies sont beaucoup plus crus et sérieux, abordant des thèmes violents comme l’inceste et le viol. Dans le genre indépendant du teenage-movie on retrouve aussi le merveilleux Virgin Suicides de Sofia Coppola, ou encore Elephant de Gus Van Sant.

L’évolution du genre à partir des années 2000-2010

C’est grâce aux adaptations des succès littéraires pour ados que le genre des teenage movies a repris grâce aux yeux des jeunes adultes, souvent implanté dans un univers fantastique ou dystopique qui permettait alors d’exacerber les peurs et préoccupations propres à l’adolescence. Les franchises les plus connues du genre sont Harry Potter, Hunger Games, Twilight, Percy Jackson et Divergente.

On y retrouve alors des thèmes qui leur sont communs et qui sont les suivants :

La recherche identitaire : Le héros ou héroïne fait souvent figure d’élu, possédant soit des dons spéciaux ou étant l’héritier d’un fardeau. Il ou elle se démarque du lot ou cherche à le faire grâce à son sentiment d’être spécial. Ce sentiment est en réalité la crise existentielle propre à tout adolescent lors du passage à l’âge jeune adulte. Il ou elle est dans une quête identitaire pour s’affirmer auprès des adultes et pouvoir se démarquer de son enfance.

Renverser l’ordre établi : Qui dit adolescence dit rébellion et qu’importe le genre (fantastique ou non), notre héros(ïne) est toujours confronté(e) à un antagoniste faisant souvent forme d’autorité suprême et l’empêchant d’atteindre son but principal. Qu’il prenne les traits d’un parent dictant les règles du foyer, d’un directeur d’un lycée, du chef d’une dictature futuriste ou le magicien maléfique dans un royaume fantasy, l’ennemi va l’obliger à se surpasser, vaincre ses peurs et se prouver à lui-même qu’il défend ses convictions.

L’éveil sexuel et les relations amoureuses : Sujet principal des teenage-movies contemporains, la question des relations amoureuses reste un incontournable du genre. Contrairement aux teenage-movies des années 90, ceux des années 2000-2010 exposent aussi la diversité des sexualités. L’homosexualité des protagonistes reste souvent cachée et doit faire l’objet du passage au coming-out comme dans Love, Simon. Mais les teenage-movies restent importants pour les jeunes spectateurs pour s’identifier eux-mêmes dans leur recherche identitaire sexuelle.

Dans l’évolution du regard porté sur les ados et des représentations moins clichées, on retrouve les adaptations des romans de John Green, mêlant romance et quête identitaire de l’adolescence, avec un ton beaucoup plus mature. Dans la même veine que La face cachée de Margo (Paper Town), Le monde de Charlie (The Perks of Being a Wallflower), Love, Simon, abordant des sujets sérieux comme le deuil, le harcèlement, les familles dysfonctionnelles, l’échec scolaire et les addictions. Avec des épreuves traumatisantes qui propulsent ces enfants adolescents dans le rôle de jeunes adultes (Juno, Into the Bone).

Les personnages stéréotypés de genre 

Si on cherche dans le passé, avant que le genre ne s’installe, on retrouve déjà ces schémas de groupes de jeunes avec le ténébreux rebelle qui tombe amoureux de l’élève studieuse du lycée. A la Roméo & Juliette, leur amour semble impossible tant leurs deux univers sont opposés. C’est le schéma proposé par des films cultes comme Grease et Rebel Without a Cause.

Il existe deux choix de protagonistes masculins types. Notre héros peut avoir la figure de mec populaire qui brille dans tous les domaines au lycée. Prototype que l’on retrouve encore dans nos séries adolescentes récentes comme Glee, Riverdale ou encore Sex Education. A contrario, le héros peut faire figure de rebelle, de délinquant qui défie l’autorité du lycée et de ses parents. C’est un incompris, un outsider, qui révélera aussi sa bonté pour conquérir le cœur de la fille qu’il désire.

Du coté des personnages féminins, on retrouve aussi deux types de figures opposées mais qui sont généralement ennemies. La fille intello, première de la classe, le cœur sur la main, entourée d’amies, jolie naturellement mais qui n’en a pas forcément conscience. Si elle est de nature réservée et un peu marginale, son physique sera son défaut. Dans la trame de l’histoire, elle devra subir une transformation physique pour prendre confiance en elle et sera alors reconnue aux yeux de son prétendant. C’est en respectant les codes esthétiques féminins établis qu’elle parvient à s’affirmer socialement et gagne en intérêt sensuel aux yeux des garçons.

De Grease à Lolita malgré moi, les bandes de filles portent fièrement le rose !

Grease (1978)
Lolita malgré moi (2004)

Si l’héroïne respecte déjà les codes physiques mis en place, dans le rôle de la fille populaire, son problème concernera plutôt son statut social. Il est récurrent de retrouve notre héroïne dans un groupe de filles. Clueless, Crossroads, Fatal Games (Heathers) et Lolita Malgré Moi (Mean Girls) en sont des exemples frappants. On retrouve le cliché de la fille superficielle et hautaine incarnée parfaitement par Reese Witherspoon dans Clueless, puis moquée par le personnage de Regina George dans Lolita Malgré Moi dix ans plus tard. C’est un personnage féminin ambigu qui peut être à la fois l’héroïne ou l’antagoniste selon le point de vue. Elle devient l’ennemie principale quand son atout (son statut social élevé, sa beauté, son intelligence) devient une menace dans le déroulement de l’histoire, à l’image de la femme fatale des films noirs.

C’est d’ailleurs une problématique abordée dans Easy A où la marginale du lycée se rend populaire en prétendant avoir une sexualité active jusqu’à devenir victime de harcèlements et de slut-shaming. L’exemple même que les teenage-movies peuvent faire preuve d’esprit critique et tenter de dénoncer les préjugés véhiculés au sein des groupes de jeunes.

Beyond Clueless, le documentaire sur les teenage-movies

Alors, qu’on n’adhère ou pas au genre, il fait aussi partie de notre construction sociale et cinéphile. Même sans avoir vu les plus cultes comme Clueless et Breakfast Club, leur influence a tellement touché la génération suivante de films (et de séries) du genre qu’on ne peut y être complètement insensible. Pour en savoir plus, un documentaire de Charlie Lyne, très complet et passionnant, décortique les films plus connus du genre. A voir absolument, pour les grands et petits amateurs !

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