Les scénarios de Nolan : anatomie du suspense

Dans une récente interview, Robert Pattinson qualifiait de « massif » le nouveau projet de Christopher Nolan. L’acteur, qui a obtenu l’immense privilège de lire le script, affirmait avoir découvert « la chose la plus dingue » de ces dernières années. Si le film n’a pas encore de titre, il devrait sortir en France en juillet 2020. En attendant de le découvrir, Le Magduciné revient aujourd’hui sur les méthodes d’écriture de ce cinéaste hors normes. Les scénarios de Nolan, riches et innovants, constituent la marque de fabrique d’un réalisateur qui a su, par du cinéma d’auteur comme des blockbusters, imposer son style narratif à Hollywood. Analyse.

Impossible de décrypter les histoires de Christopher Nolan sans évoquer son frère Jonathan. Les deux hommes, qui ont collaboré à la conception des scénarios de Memento, du Prestige, de The Dark knight : le chevalier noir, de The Dark knight rises et d’Interstellar, unissent régulièrement leurs talents pour forger des films sombres et cérébraux.  Qu’il travaille seul ou avec son frère, le thriller noir et la science-fiction restent les deux genres de prédilection du réalisateur. Ils lui permettent de créer des univers, d’explorer les tréfonds de l’âme humaine tout en construisant une intrigue à tiroirs, empreinte de suspense et de rebondissements.

1. Un labyrinthe des temporalités

Plus que tout autre metteur en scène, Christopher Nolan s’est imposé comme un cinéaste du temps. Jouer sur l’accélération du rythme, lancer une course contre la montre constitue chez lui un véritable leitmotiv. Une source intarissable de suspense aussi stupéfiante qu’éprouvante pour les spectateurs. Une atmosphère pesante exacerbée par le son inéluctable du « tic-tac » de l’horloge, qui s’invite insidieusement dans les bandes-originales d’Interstellar et de Dunkerque.

Le temps reste une figure centrale dans les scénarios de Nolan. Personnage invisible, ressort dramatique,  il est pleinement exploité par une volonté affichée de déstructurer la chronologie. Si l’on excepte la trilogie Batman (Batman Begins, The Dark Knight : le chevalier noir, The Dark Knight rises), aucun film du réalisateur ne s’ouvre par le début du récit. Lancer sur la fin, imbriquer les temporalités, construire à l’envers font partie intégrante des méthodes d’écriture des frères Nolan. Un parti pris aventureux qui présente l’avantage de faire réfléchir un public actif. Découvrir une oeuvre de Christopher Nolan, c’est replacer les pièces d’un puzzle, résoudre une énigme, retrouver son chemin dans le dédale des temporalités.

Au commencement, une fin mystérieuse…

Toute la philosophie de Christopher Nolan a été exposée dès Following et Memento, deux films d’auteur à petits budgets. La première scène d’un film possède une fonction essentielle : poser une atmosphère intrigante dont les tenants et aboutissements paraissent insaisissables. En débutant par une séquence avancée dans la chronologie du récit, le réalisateur instaure d’emblée le suspense.

Inception s’ouvre sur la capture de Cobb par les hommes d’un Saito vieilli. Cobb lui rappelle leur jeunesse, le marché qu’ils ont passé ensemble pour le convaincre de « revenir ». Située dans l’histoire juste avant le réveil des deux personnages dans l’avion, cette ouverture suggère déjà que le plan prévu a mal tourné. Elle prendra tout son sens pour le spectateur un peu plus tard, lorsque la frontière poreuse entre le rêve et la réalité aura été révélée. Les premières images d’Interstellar s’intègrent également à la toute fin du film, à l’ère où l’Humanité a déjà quitté la Terre et se souvient de l’horreur des conditions de vie. Elles soulèvent directement le mystère principal du film : la façon dont l’Homme a accompli avec succès un voyage interstellaire. De même, Following commence par une discussion entre un policier et Bill, dans lequel ce dernier tente de prouver qu’il a été manipulé par un cambrioleur meurtrier. Ici encore, l’enjeu du film ne réside pas dans une issue donnée d’avance mais dans la manière dont les personnages vont inexorablement y être portés.

La déstructuration des temporalités chère à Christopher Nolan ne sert cependant pas qu’à capter l’attention du public dès les premières minutes. Tout au long des films, elle accentue la tension et la dramaturgie.

L’imbrication des temporalités

Même lorsque l’histoire conserve un déroulement relativement linéaire, Nolan décompose ses récits en entremêlant des temporalités distinctes. Dunkerque se démarque par l’utilisation de trois lieux, la terre, la mer et l’air, au sein desquels les personnages évoluent respectivement pendant une semaine, un jour et une heure. Ce cadre spatio-temporel, précisé à l’écran, exprime sans détour la volonté du réalisateur de jouer avec la chronologie. Plus frappant, Inception emboîte trois niveaux de rêve soumis chacun à leur propre temporalité, allant de quelques secondes à plusieurs heures, voire des années. Dans un montage alterné s’exécutent ainsi trois actions simultanées : la conduite périlleuse du van par Yusuf, la lutte au corps à corps d’Arthur dans les couloirs de l’hôtel et les combats dans la neige de Cobb, Saito, Eames et Fischer. Le célèbre tesseract d’Interstellar symbolise littéralement cette imbrication des temporalités. Il donne simultanément accès à Cooper à l’infinité vertigineuse de tous les instants écoulés dans la chambre de sa fille.

L’installation de cette chronologie éclatée, multipliant des présents concomitants, accentue le suspense et les effets dramatiques de l’écoulement du temps, des erreurs de timing. Dans Interstellar, le redémarrage en une heure du moteur détrempé de la navette spatiale, posée sur la planète d’eau, coûte une dizaine d’années d’attente à l’Humanité. Le passage du temps entraîne des conséquences toutes aussi tragiques dans Dunkerque. Il représente même l’ennemi le plus perceptible lorsque les soldats attendent, cachés dans un navire percé, la montée de la marée, ou espèrent, bloqués sur la plage, l’arrivée des bateaux avant le prochain raid aérien. Inception ne déroge pas à cette règle quand on sait que rater une « décharge » de réveil peut laisser un personnage coincé dans un niveau de rêve. La mission de Cobb repose elle-même sur le respect d’un timing précis, sans lequel l’idée ne pourra pas être implantée dans l’esprit de Fischer avant l’écroulement du rêve.

En allant encore plus loin sur la déconstruction du temps, Christopher Nolan fait parfois de la chronologie le miroir même du thème central de ses films.

La chronologie conceptuelle

La construction des scénarios de Memento et du Prestige reste la plus innovante, voire expérimentale, dans la filmographie de Christopher Nolan. Cette complexité ne délaisse pas pour autant la compréhension de l’histoire, puisque le réalisateur donne toujours aux spectateurs les clés de lecture pour ne pas se perdre dans l’ordre chronologique du récit.

  • Memento : le puzzle mémoriel

Le sujet principal de Memento, exprimé dans son titre, est évidemment la mémoire. Il se situe au cœur du film car le personnage principal, Léonard ou Lenny, souffre de troubles mentaux. Plus précisément, il ne possède pas de mémoire à court terme. Il ne peut donc enregistrer de nouveaux souvenirs et efface, toutes les dix minutes, ce qu’il vient de vivre. C’est en dépit de ce sérieux handicap que Lenny tente d’accomplir sa mission : retrouver et tuer le violeur et le meurtrier de sa femme. Le thème de la mémoire compose la structure même du film, la rupture de chronologie des scènes faisant constamment appel à la mémoire du spectateur. Tout comme Lenny, le public doit reconstituer un véritable puzzle mémoriel.

Derrière l’apparent désordre des scènes de Memento, au départ très déstabilisant, se cache en réalité un cadre parfaitement logique, un rythme redondant se reproduisant tel un refrain. La chronologie sépare deux lignes temporelles simplement reconnaissables. La ligne A, en couleurs, constitue l’axe de développement du récit. La ligne B, en noir et blanc, se déroulant avant la ligne A, présente Lenny seul dans sa chambre et permet d’appréhender l’ampleur de la pathologie du protagoniste. L’histoire du film se raconte donc en deux temps alternatifs : un récit qui débute par la fin et remonte le passé et des scènes en noir en blanc antérieures qui se suivent. Ce code de compréhension est donné par le réalisateur dès le début du film. La première scène s’arrête en effet sur Lenny tenant une photo d’un corps avant de remonter en arrière et de montrer le personnage tirer.

La structure de Memento se présente ainsi :

– scène A en couleurs
– scène B en noir et blanc
– scène A – en couleurs, précédant la scène A
– scène B + en noir et blanc, continuant la scène B.

Cette forme s’apparente aux rimes croisés utilisés en poésie, à savoir A B A B. Sauf qu’ici, le deuxième A précède la scène du premier A alors que le deuxième B succède à la scène du premier B. Ce schéma constitue notre propre mémento pour suivre l’histoire, une fois le premier cycle achevé. La jonction entre ces différentes scènes s’effectue par le procédé des inserts, c’est-à-dire ici, la reprise d’images déjà montrées précédemment. Au sein de la ligne A, le début de la scène A est ainsi identique à la fin de la scène A -, ce qui nous permet d’imbriquer l’ordre des événements.

Ce traitement chronologique, outre son originalité, assure l’existence d’un suspense énigmatique autour d’une histoire qui, racontée du début à la fin, aurait perdu beaucoup de son intérêt. Il crée en outre, par le travail de mémorisation, un lien permanent entre Lenny et le public en renforçant notre compassion pour le personnage.

  • Le Prestige : le tour de magie

Le Prestige relate la rivalité obsessionnelle opposant deux magiciens, Alfred Borden et Robert Angier, à la fin du XIXème siècle. Le film débute par une exposition des trois étapes d’un tour de magie. Dans « la promesse », le magicien présente au public une chose semblant ordinaire. Il la transforme ensuite pendant le « tour » en quelque chose d’extraordinaire. Mais le paroxysme du numéro reste le « prestige », durant lequel se déroulent des « coups de théâtre » ou un « événement spectaculaire ».

Cette description préalable est évidemment loin d’être anodine puisqu’elle constitue la base même de construction du scénario. Dans le film, la « promesse » correspond à l’essor de l’antagonisme entre les deux personnages. Le « tour » se rattache au spectacle de l’homme transporté accompli par Borden, dont Angier et le public recherchent désespérément l’explication. La révélation de la vérité sur le personnage de Borden et sur les méthodes de réalisation des tours, twist final du film, représente enfin le « prestige ».

La succession de ces trois étapes se déroule selon une chronologie non linéaire, alternant le présent marqué par le procès de Borden et le passé consacré à la compétition entre les deux magiciens. Ce schéma favorise la duperie du spectateur en lui cachant des éléments essentiels jusqu’à l’ultime retournement. Christopher Nolan n’a donc pas réalisé qu’un thriller à suspense ancré dans l’univers de la magie. Par une intelligente mise en abyme, il a lui-même joué un véritable tour au spectateur, manipulé comme l’audience d’un grand prestidigitateur. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir incité le public, dès l’introduction du film, à se montrer attentif…

La fin de tous les possibles

Qui ne se souvient pas de la fameuse toupie qui tourne ? L’ultime image d’Inception aura fait couler beaucoup d’encre et torturé bien des neurones. Sans rentrer dans le jeu des théories, elle révèle le désir du cinéaste d’adopter une fin ouverte, qui laisse la part belle à l’interprétation et donne envie de revoir le film pour trouver de nouveaux indices. L’issue du Prestige présente la même particularité. La bulle qui sort discrètement de la bouche d’Angier jette un sérieux doute sur la disparition finale du personnage. Le dernier ressort d’un tour de magie parfaitement maîtrisé. Ou un ultime trucage dont le spectateur doit encore percer le secret ? Là aussi, le mystère perdure. Interstellar offre également un épilogue de tous les possibles, marqué par l’arrivée de Brand et de Cooper sur une planète potentiellement habitable. L’Humanité sera-t-elle condamnée à vivre sur une station spatiale ou pourra-t-elle coloniser ce nouveau monde ?

Même si l’intrigue principale est toujours résolue (du moins semble l’être), ces fins ouvertes nous invitent à la réflexion autour des thématiques du film tout en maintenant un certain niveau de suspense. Outre les ruptures de temporalité, les scénarios de Nolan se caractérisent par le destin de personnages affligés.

2. Une exploration de l’âme humaine 

Christopher Nolan s’attache à développer la psychologie de personnages torturés au sein d’un univers sombre. Ce traitement a été progressivement reconnu dans l’industrie américaine, si bien que l’on parle volontiers aujourd’hui de « nolanisation » de certains genres ou franchises (notamment Skyfall, Man of Steel).

Les méandres du tourment

Les personnages de Christopher Nolan ne connaissent ni la paix ni le repos. Ils sont torturés, rongés par l’obsession, le regret, la culpabilité et le deuil dans une spirale sans fin presque tragique. Les affres du remord caractérisent la majorité d’entre eux. Dans Inception, Cobb ne parvient pas à se pardonner le suicide de sa femme Mel dont il s’estime responsable. Batman se sent également coupable du décès de ses parents, puis de la mort de Rachel mise en scène par son ennemi, l’insaisissable Joker, dans The Dark Knight : le Chevalier noir. Lenny ne vit dans Memento que pour venger le viol et le meurtre de sa femme. L’inspecteur Will Dormer, incapable de dormir dans Insomnia, tue accidentellement sa coéquipière et refuse d’avouer sa bavure.

Perdus dans leurs tourments, les personnages de Nolan cloisonnent leur esprit dans des prisons émotionnelles qui les condamnent à la souffrance. Grâce aux rêves, Cobb se construit dans Inception une véritable prison de souvenirs dans l’espoir, aussi fou que vain, de faire revivre sa femme. Dans Memento, Lenny s’enferme consciemment dans une boucle infinie de déni et d’oubli. Pour lui, il vaut mieux vivre dans le mensonge, dans un labyrinthe mémoriel qu’avec la culpabilité. La vision de Lenny est très bien résumée par Teddy : « tu te mens à toi-même pour être en paix« . Ce personnage, dont le labeur éternel se rapproche d’un Sisyphe, demeure le plus tragique de Christopher Nolan, car contrairement à Cobb ou à Batman, il continuera à refuser d’accepter la réalité et à se cloîtrer dans des illusions. Les deux magiciens du Prestige, Borden et Angier, demeurent aussi prisonniers de leur rivalité et de leur quête obsessionnelle du meilleur numéro. Celle-ci justifie de perdre une part de soi, d’échanger de vie, de renoncer à l’amour et même de mourir.

De plus, les souffrances de ces personnages sont utilisées pour les manipuler. L’exemple de Lenny reste le plus frappant. Tout son entourage cherche à exploiter ses pertes de mémoire. Dans Following, le jeune écrivain en mal d’inspiration devient aussi un bouc émissaire en portant le chapeau d’un meurtre. Le Docteur Brand d’Interstellar ment encore à Cooper sur le détail de ses plans pour le convaincre de partir. Plus qu’un procédé, la manipulation devient un véritable art dans Le Prestige, monde de magiciens maîtres de la tromperie, et dans Inception, où l’objectif est d’implanter une idée dans l’esprit humain. Bien qu’éprouvés, perdus dans leur perception du monde, les personnages de Christopher Nolan ne visent qu’à s’ancrer dans un univers bien réel.

La quête du réel : le monde existe-t-il ?

Les scénarios de Christopher Nolan mettent en scène une opposition entre le réel et l’irréel, la vie vécue et la vie rêvée ou imaginaire. Si le monde fictif peut être construit, façonné de toutes pièces, comme en témoignent les architectes des rêves d’Inception, la réalité soumet les personnages à des situations inextricables, telles la Terre mourante d’Interstellar.

Pourtant les personnages, aussi rêveurs soient-ils, ont bien conscience qu’il n’est possible de vivre que dans un monde réel. La recherche d’un véritable foyer, d’un cadre existant, constitue ainsi un motif récurent dans les scénarios du réalisateur. La mission des astronautes d’Interstellar consiste à trouver une planète habitable pour l’Homme. Les soldats de Dunkerque et Cobb dans Inception n’aspirent qu’à une seule chose : rentrer à la maison. Lorsque le professeur Miles refuse de lui fournir un nouvel architecte et l’accuse de perdre pied, Cobb rappelle que l’attente de leur père reste justement la réalité de ses enfants. Même Batman souhaite retrouver une vie normale et laisser à son alter ego, le Chevalier blanc Harvey Dent, le soin de protéger Gotham dans The Dark Knight : le chevalier noir. C’est aussi le souci de conserver un lien avec le monde réel, un sens à sa vie, qui décide Lenny à continuer à vivre dans le mensonge et l’illusion : « il faut que je croie qu’il y a un monde en dehors de mon esprit. Il faut que je croie que mes actes ont encore un sens même si je les oublie. Je dois croire que lorsque je ferme les yeux, le monde est toujours là. Est-ce que je crois que le monde est toujours là ? Est-ce qu’il est toujours là ? Oui. »

Filmographie :

Following, le suiveur (1998)
Memento (2000)
Insomnia (2002)
Batman Begins (2005)
Le Prestige (2006)
The Dark Knight, le Chevalier noir (2008)
Inception (2010)
The Dark Knight Rises (2012)
Interstellar (2014)
Dunkerque (2017)

Bibliographie :

Christopher Nolan, la possibilité d’un monde, Timothée Gérardin, Playlist Society

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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