The Hate U Give, le teen-movie politique qui percute l’Amérique raciste

The Hate U Give ne faisait pas partie des films que l’on attendait forcément en 2019 et pourtant, le long métrage de George Tillman Jr., basé sur le livre éponyme, s’avère être une belle surprise dans son traitement des violences policières et racistes aux États-Unis.

Après le très réussi What You Gonna Do When The World’s On Fire, documentaire sur les Black Panthers sorti l’an dernier, le Black Power se réveille dès ce début d’année 2019 avec 3 films d’affilée sur la communauté afro-américaine aux Etats Unis. Comme ce dialogue qui avait marqué les esprits dans Moonlight lorsque la mère apprend à son fils comment se comporter lors d’une arrestation, The Hate U Give démarre selon ce même schéma avec un père de famille qui prépare ses enfants aux injustices en leur apprenant en parallèle, dès leur plus jeune âge, les lignes du programme des Black Panthers. Des scènes fortes qui donnent la rage au ventre et l’envie de lever le poing. Comme Detroit ou d’autres films ont pu le faire avant, The Hate U Give s’empare du mouvement Black Lives Matter pour faire valoir la vie et la dignité des individus morts injustement sous les balles policières. Finis les teen-movie à l’eau de rose dont l’intrigue repose sur le couple le plus canon et populaire du lycée, les prochains films pour ados seront politiques.

T.H.U.G. L.I.F.E. : The Hate U Gave Little Infants Fucks Everybody – La haine que vous transmettez aux enfants détruit tout le monde

En prenant comme point de départ le slogan écrit par 2Pac et son engagement, le film amène délicatement et non sans douleur le public sur son terrain. Hommage au rappeur, et engagement de son auteur, The Hate U Give prouve une nouvelle fois l’importance d’être actif et de ne jamais se taire, même au cinéma. La performance d’Amanda Stenberg, déjà découverte dans Everything Everything et Darkest Minds permet à l’oeuvre d’être aussi riche et forte que le thème l’exige. La jeune femme incarne les idées de 2Pac contre les injustices et la violence dans les ghettos américains. Mais le film soulève une autre problématique liée à la première qui est celle du sentiment d’appartenance à une communauté. Green Book le faisait également à travers une réplique des plus parfaites livrée par Mahershala Ali « Si je ne suis pas assez noir, mais que je ne suis pas non plus assez blanc, dis-moi qui je suis. » Tiraillée entre un lycée hors du ghetto où il n’y a que des blancs à la vie aisée, et son ghetto où elle a grandi et vit aujourd’hui, Starr ne sait plus qui elle doit être. Rejetée de toute part à cause de son appartenance à l’autre communauté, elle se veut porte parole de nombreux jeunes qui ne savent plus qui ils sont, et quelle légitimité ils ont à se rendre dans certains lieux. À l’image de ce déchirement, la division de ses parents durant une bonne partie du film en est la preuve. Sa mère, inquiète, la pousse à fuir le ghetto et la violence qui y est permanente alors que son père la pousse à assumer qui elle est. L’équilibre de ses choix et l’affirmation de ses opinions provoquera autant de conflits dangereux que de discours fabuleux, porteurs de sens à toute une génération qui saura s’y reconnaître.

The Hate U Give réalise quelque chose d’important en s’adressant directement aux adolescents comme Love, Simon l’avait fait au sujet de l’homosexualité. Faire évoluer les mentalités lors de l’une des périodes les plus décisives de la vie grâce aux messages diffusés par le cinéma n’est pas toujours évident mais certains cinéastes relèvent le défi et y parviennent plutôt bien. Les teen-movie prennent donc un tournant en jouant un rôle dans l’éducation et la politique, place que l’art a toujours plus ou moins eue.

The Hate U Give : Bande Annonce

The Hate U Give : Fiche Technique

Réalisation : George Tillman Jr.
Scénario : Audrey Wells, d’après le roman The Hate U Give d’Angie Thomas
Interprètes : Amandla Stenberg, Regina Hall, K.J. Apa, Russell Hornsby, Common, Lamar Johnson, Issa Rae
Photographie : Mihai Malaimare Jr
Montage : Alex Blatt et Craig Hayes
Musique : Dustin O’Halloran
Producteurs : Marty Bowen, Wyck Godfrey et Robert Teitel
Sociétés de production : Fox 2000 Pictures, State Street Pictures et Temple Hill Entertainment
Société de distribution : 20th Century Fox
Genre : drame
Durée : 133 minutes
Dates de sortie : 23 janvier 2019
ÉTATS-UNIS – 2018

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3.5

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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