Les Têtes Brûlées : Robert Conrad et ses aviateurs fous s’envolent en Blu-ray

Décédé le 8 février 2020, Robert Conrad ne cessera d’illuminer notre mémoire, et cela, au-delà des souvenirs doudous des spectateurs les plus nostalgiques. En effet, Elephant Films rafraîchit nos souvenirs et en crée de nouveaux grâce à leur formidable édition Blu-ray de l’une des séries phares de Stephen Joseph Cannell, Les Têtes Brûlées (Baa Baa Black Sheep / Black Sheep Squadron), dont l’escadrille de brebis galeuses est justement menée de main de maître par Robert Conrad.

Synopsis : Évincé des « Tigres Volants », Greg « Pappy » Boyington, pilote indiscipliné mais plein de ressources, parvient à créer une escadrilles de chasse de rescapés de la Cour Martiale, basée sur l’île de Vella La Cava dans le Pacifique sud. Ces laissés pour compte forment les Black Sheep (les brebis galeuses). Ils s’amusent et ne respectent aucune règle militaire sous la bienveillance de « Pappy » Boyington, mais dès qu’ils sont dans les airs, leur efficacité fait trembler les Japonais et l’armée a bien du mal à ne pas reconnaître certaines qualités à cette escadrille un peu particulière…

Derrière Greg ‘Pappy’ Boyington, Robert Conrad

Pour de nombreux médias, il semble qu’il fut l’acteur de deux séries cultes, Les Mystères de l’Ouest (1965-69) et les Têtes Brulées (1976-78), figées dans des souvenirs télévisuels telles les doudous d’un passé sucré et lumineux. Les cultes mis de côté, et au-delà de ces shows télévisuels qui n’en demeurent pas moins formidables, Conrad est cependant plus qu’un souvenir de télévision. Son corps athlétique et sa belle gueule de doux vaurien sont de cette rare nature à éveiller la passion et l’aventure dans l’esprit de chacun. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il interpréta le rôle titre du téléfilm Les Aventures de Nick Carter en 1972, ou encore quelques charmants bad guys dans Columbo (Exercice Fatal, S4, Ep.01, 1974) et Mission: Impossible (Combats, S3, Ep.02 & 03 ; Le Tueur, S5, Ep.01 ; Billard Electronique, S7, Ep.01 ; 1968, 1970 & 1972).

robert-conrad-milo-janus-versus-columbo-peter-falk-exercice-fatal-copyright-nbc-universal
Le lieutenant Columbo (Peter Falk) est fatigué après quelques questions énergique au sportif Milo Janus (Robert Conrad) dans Exercice Fatal (1974). – Copyright : NBC Universal

En vieillissant, l’aventure et le charme étaient toujours au rendez-vous, ainsi les années 80 et 90 l’ont vu traquer des criminels de la ville grâce des compétences propres aux espaces montagnards dans Jesse Hawkes (1989), et aussi voler au secours d’accidentés dans un décor (à nouveau) montagneux dans High Sierra Search and Rescue (1995). Aussi les plus jeunes se souviennent probablement de lui dans le rôle du formidable officier Hummell dans La Course au jouet (1996). En bref, Robert Conrad fut et reste bien plus que l’homme de deux cultes. Rappelons enfin que ces deux célébrations fétichistes n’ont pas révélé l’acteur déjà connu et reconnu (peut-être moins en France qu’ailleurs) pour son rôle de Tom Lopaka qu’il porta d’un second rôle invité dans 77 Sunset Strip (1959-62) à celui du personnage phare de Hawaiian Eye produit entre 1959 et 1963.

Ci-dessous, un riche hommage à Robert Conrad sur Youtube.

Envolée en Blu-ray

les-tetes-brulees-black-sheep-squadron-robert-conrad-greg-pappy-boyington-copyright-nbc-elephant-films
Robert Conrad / Greg ‘Pappy’ Boyington, toujours prêt à se battre.
Copyright : NBC / Elephant Films

Le retour HD des Têtes Brulées menées par Robert Conrad constitue une nouvelle et formidable édition Blu-ray signée Elephant Films. Peu de regrets du côté du très bon master excepté un grain un peu trop effacé sur une bonne partie des plans en décor intérieur ainsi que certains en extérieurs et sur les inserts. Cela est probablement dû à un traitement de l’image avec du DNR (Digital Noise Reduction), ce qui expliquerait le visuel parfois relativement caoutchouteux des faciès filmés en gros plan, lissés de tout grain mais présentés avec une certaine précision, de même que le léger manque de définition sur les plans larges. Il faut toutefois relativiser en notant que le grain n’a pas été effacé de l’ensemble des épisodes et subsiste avec une bonne gestion.

Plusieurs critiques ont pu trouver regrettable que les plans archivistiques, qui complètent les prises de vue du show afin de notamment concevoir les batailles aériennes, présentent des artefacts : griffes, taches, une moindre précision de manière générale. Mais il faut rappeler que ces plans obtenus dans des stock shots n’ont pas été filmés – et probablement conservés – dans des conditions idéales. Aussi l’usage d’archives de guerre pour construire le cosmos et l’action des œuvres audiovisuelles du genre tient de l’usuel, même si le geste tend à s’effacer depuis une vingtaine d’années. On peut penser à Iwo Jima, Le Jour le plus long, La Bataille de Midway, entre autres. On peut d’ailleurs à nouveau féliciter la qualité du master tant ces plans d’archives sont réellement présentés, malgré quelques griffes et autres accrocs, dans une haute définition inattendue et bienvenue.

Du côté de la bande sonore, on préférera la VO à la VF même si celle-ci s’en sort relativement bien en terme d’équilibre entre effets sonores, musique et voix, malgré l’éternelle tendance à valoriser les dialogues et à écraser des sons en arrière-plan.

les-tetes-brulees-ba-ba-black-sheep-squadron-integrale-blu-ray-elephant-films

Enfin l’intégralité des épisodes est accompagnée d’une bonne dose de compléments qui vous permettront de prolonger l’expérience de la série. On note les courtes interviews de Conrad et Boyington (présentes sur le cinquième Blu-ray de la première saison) qui reviennent rapidement sur les réelles Têtes Brûlées et sur les parcours de l’ancien pilote ainsi que de l’acteur, mobilisé à l’âge de quinze ans pour être envoyé en Corée. On vous conseille la présentation de la série par Marjolaine Boutet qui revient notamment sur le contexte de sa création, son succès et l’histoire de Boyington. On peut toutefois regretter qu’elle limite l’usage des stock shots par la série à un simple problème de budget télévisuel alors que, comme noté plus haut, ces images d’archives furent utilisées dans nombre de riches productions hollywoodiennes, cela à cause de problèmes évidents de reconstitution et de spectacularisation des combats aéronavals. On remarque aussi la présence (sur le huitième Blu-ray de l’intégrale, soit le troisième de la seconde saison) d’un très bon supplément mené par Pierre Grumberg sur les rapports entre la série et les faits historiques. L’ensemble est complété par un dernier complément papier auquel nous n’avons pas eu accès. Il s’agit d’un livret sur la série et les épisodes, écrit par Didier Liardet, spécialiste du show.

Ainsi Les Têtes Brûlées s’envolent à nouveau grâce à l’édition Blu-ray signée Elephant Films qui redonne à la série toute son énergie, sa beauté et son fun propres au pulp, soit de quoi dépoussiérer les souvenirs figés de nombreux spectateurs en revitalisant leur expérience du show.

Bande-annonce – Les Têtes Brûlées (Baa Baa Black Sheep / Squadron)

Les Têtes Brûlées – L’intégrale Blu-ray

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES

1.33 – 16/9 – PAL – MPEG-4 AVC – 1080p – Couleurs – Langues DTS-HD 2.0 : Anglais et Français – Sous-titres français – 8 disques – Elephant Films

COMPLÉMENTS

La série par Marjolaine Boutet (VF – 16’38 – HD)

Interview de Robert Conrad & Pappy Boyington (VOSTFR – 4’57 – SD)

Interview de Greg Boyington (VO – 1’46 – SD)

Les Têtes Brûlées, « D’après une histoire vraie » par Pierre Grumberg, rédacteur en chef adjoint de Guerres et Histoire (22 mn 28)

Bande-annonce de la sortie Blu-ray

Bandes-annonces d’autres éditions d’Elephant Films

Galeries de photographies

Crédits

Livret sur la série et les épisodes, par Didier Liardet (64 pages), spécialiste de la série

Date de sortie : 25 septembre 2018 – Prix de vente indicatif : 59,09€

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Le Cuirassé Potemkine (1925), de Sergueï Eisenstein : de la propagande au firmament du septième art

Le talent d’Eisenstein fut initialement mis au service de la machine propagandiste soviétique. Un siècle plus tard, le temps a débarrassé ce film de toute la dimension polémique attachée au régime criminel. Ne reste aujourd’hui plus que la substantifique moelle du génie de son metteur en scène.

Le Grand Duel (1972), de Giancarlo Santi : pour quelques plans de Leone

Non dépourvu de plans géniaux – notamment son duel final – et illuminé par le magnétisme de Lee Van Cleef, le film est néanmoins écrasé par le modèle leonien, dont tous les codes sont scrupuleusement respectés. Les suppléments sont généreux et sympathiques… mais eux aussi très imparfaits.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.