L’Enfer des tropiques : Jack Lemmon vs Robert Mitchum en Blu-ray chez Rimini

Ce mardi 16 juillet 2019, les bacs Blu-ray voient débarquer L’Enfer des tropiques (Fire Down Below), réalisé par Robert Parrish en 1957. Retour sur son triangle amoureux porté par Jack Lemmon, Robert Mitchum et Rita Hayworth, à la vivacité retrouvée grâce l’édition HD signée Rimini.

Synopsis : Aux Caraïbes, Felix Bower et Tony Finn, deux aventuriers, vivent de petits trafics. Moyennant une jolie somme d’argent, ils acceptent d’emmener clandestinement Irena, ex-danseuse au passé mystérieux, jusqu’à l’île de Santa Nada. Tony tombe amoureux d’elle. Les rapports entre les deux hommes dégénèrent.

Jack Lemmon, Robert Mitchum et Rita Hayworth : le triangle amoureux de Robert Parrish mis à mal par ses producteurs

L’Enfer des tropiques doit beaucoup à son casting malin. Créer une amitié puis une rancœur violente entre l’élancé et nerveux Jack Lemmon et le trapu et nonchalant Robert Mitchum tient d’un éclair de génie. Parrish met ainsi face à face deux visages, deux grandes silhouettes hollywoodiennes. Le cinéaste ne s’arrête pas là. Il fait revenir sur grand écran l’une des plus grandes actrices de l’histoire du cinéma, Rita Hayworth. La dame fait ainsi son retour au cinéma en 1957, à 39 ans, un âge déjà considéré comme tardif par la profession. Parrish réussit à réveiller « la déesse de l’amour ». Dans L’Enfer des tropiques, Rita Hayworth est même davantage que ce qu’elle a pu être. Elle est plus qu’un surnom, plus qu’une image, plus qu’un stéréotype féminin.

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Rita Hayworth, éternel objet du désir masculin.
Copyright : Columbia Pictures / Rimini Editions

En effet, le cinéaste fait de l’actrice et de son duo Lemmon/Mitchum un trio de paumés dans un décor grandiose. Parrish s’inscrit ainsi dans ce cinéma américain post-néoréalisme italien marqué par quelques séquences et films magistraux : Dieu seul le sait ; Le Grand Chantage ; Sur les quais… Tous les personnages de ces métrages – paumés, naufragés du cosmos humain – vont se retrouver aspirés par des enjeux sociaux et/ou émotionnels. Ici c’est le manque de repère et la perdition des individus qui va lancer le récit du film : l’affrontement entre Mitchum et Lemmon pour la magnifique – et intimement blessée – Rita Hayworth qui ne demande qu’à être aimée et à ne plus être seule, alors qu’elle fuit des ennuis. Mais cette volonté d’amour sied-t-elle mieux à Lemmon ou à Mitchum ? Les deux sont aussi perdus qu’elle : le premier a fui une vie américaine bien posée notamment guidée par une emprise paternelle ; le deuxième se noie dans l’alcool imbibé de nonchalance cynique. L’arrivée du personnage de Hayworth va leur donner un désir fougueux d’amour. Toutefois, cette femme est-elle vraiment bonne pour eux ? Le trio termine leur mission, soit amener Hayworth à bon port. Puis les trois errent à leur façon dans des décors exotiques grandioses et dangereux mettant à mal chacun d’entre eux, ces espaces étant finalement peu propices à leur course à la « liberté » loin de la civilisation occidentale. Cela, jusqu’à ce qu’un événement ne vienne faire naître un équilibre pour deux d’entre eux et une vengeance terrible concernant le dernier.

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Jack Lemmon et Robert Mitchum : un choix de casting malin par Robert Parrish.
Copyright : Columbia Pictures / Rimini Editions

Cet événement n’est autre que le crash d’un bateau de croisière avec un cargo sur lequel œuvrait ce bon vieux Jack Lemmon. La découverte du drame a lieu par le biais des points de vue de deux personnages jamais présentés jusqu’alors : un médecin des tropiques (interprété par Bernard Lee, le M des Bond avec Sean Connery et Roger Moore jusqu’à Moonraker) et un chef de quai (joué par Herbert Lom, le commissaire Dreyfus de la saga de La Panthère Rose de Blake Edwards, le capitaine Nemo dans L’Île mystérieuse de Cy Endfield). Plusieurs points accompagnent ce changement de point de vue : le retour du personnage de Lemmon est loin d’être rapide. Comptez aussi plus d’une demi-heure avant de revoir Robert Mitchum et Rita Hayworth. En effet, ces acteurs reviennent grâce aux actions du médecin, du chef de quai et de l’officier de la marine qui travaille à la libération de Lemmon. L’homme se trouve coincé sous des poutres de fer suite à l’accident maritime. Le long métrage semble alors virer au film catastrophe et met en suspens les enjeux du trio pendant un bon moment. L’œuvre perd alors en rythme, en puissance émotionnelle, et une forme d’incompréhension tend à se former dans notre esprit : pourquoi avoir opéré un tel virage ?

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Attention : changement de point de vue (Bernard Lee à droite ; Herbert Lom au centre).
Copyright : Columbia Pictures / Rimini Editions

Ce changement brutal s’explique par les difficultés connues de la production du film. En effet, L’Enfer des tropiques devait commencer par l’accident maritime, et à travers l’enquête du médecin et la position dangereuse de Lemmon, raconter via des flashbacks tout ce qui avait conduit ce dernier dans cette situation. Les producteurs ont toutefois trouvé le récit trop complexe et ont notamment jugé bon de remonter toutes les séquences du film dans l’ordre chronologique. C’est donc à cause de nababs peu malins que L’Enfer des tropiques souffre de lacunes narratives bien concrètes ne lui permettant pas d’être le grand film qu’il aurait pu devenir. Fort heureusement, tous les enjeux du récit accèdent à leur magnifique fin toute en subtilité. Mais l’expérience de L’Enfer des tropiques laisse tout de même un goût amer provoqué par la frustration d’avoir assisté à un film formidable mais saboté.

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Une amitié brisée, un film saboté.
Copyright : Columbia Pictures / Rimini Editions

Blu-ray Tropico

L’édition signée Rimini propose un master formidable. Certes le visionnage est ponctué ici et là d’images instables, de poussières et de quelques plans granuleux en perte de piqué. Toutefois l’ensemble est porté par un rendu visuel somptueux à la définition d’image véritablement satisfaisante. Le film présente ici une palette de couleurs tout en nuances et un visuel précis foisonnant de détails.

Du côté du son, rien à redire sur la VO. Le constat est hélas moins heureux concernant la VF. Les voix sont beaucoup trop mises en avant. Saturées, elles écrasent les effets sonores. Parmi ces derniers, seule la bande-originale réussit à s’en sortir plus ou moins correctement. Les fans de VF seront déçus de ne pas retrouver Roger Carel au doublage de Lemmon, ni Roger Tréville ou Jean-Claude Michel pour celui de Robert Mitchum.

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Copyright : Rimini Editions / Columbia Pictures

Côté bonus, on trouve un unique complément coproduit par Rimini Editions. Le document, nommé Robert Parrish, l’enfant d’Hollywood, est constitué d’un retour de Jean-François Rauger – directeur de la programmation de la Cinémathèque Française et journaliste cinéma pour Le Monde– sur la carrière de ce cinéaste plus singulier qu’il n’y paraît. L’objet est aussi l’occasion de réentendre le passionné et passionnant J-F Rauger, qui vient ici (re)mettre en lumière ce cinéaste sous-coté le temps d’une riche quinzaine de minutes. On aurait apprécié que cet unique complément soit plus long et plus habillé. Probablement par souci de droits, l’objet video ne comporte quasiment que des extraits de L’Enfer des tropiques.

Ainsi, même si on l’aurait voulue plus conséquente en termes de bonus, Rimini Editions propose une édition Blu-ray soignée pour L’Enfer des tropiques.

EXTRAIT – L’Enfer des tropiques, un film de Robert Parrish (1957)

L’Enfer des tropiques (Fire Down Below, 1957) – Edition Blu-ray avec fourreau

USA – 1957 – Couleurs, Cinemascope – Image : 1920 x 1080p HD – 2.55:1 – 16/9 – Source : Pellicule (35 mm) – Son: Master Audio DTS-HD Anglais 2.0 & Français 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 115 min

Prix de vente conseillé : 16,33 €

Note : ce nouveau master restauré est aussi disponible en DVD chez les éditions Rimini.

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