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Jimmy’s Hall, un film de Ken Loach : Critique

Jimmy’s Hall : Un portrait historique d’un engagement politique

Ken Loach, reprend ici un thème qui lui est cher, celui de l’Irlande et son indépendance. Après le magnifique chef d’œuvre Le Vent se lève (Palme d’or 2006), c’est avec une vision plus légère et frivole, grâce au côté musical, que Jimmy’s Hall dépeint le combat de ces Irlandais pour la liberté.

Le combat pour la liberté sur fond de musique irlandaise

De manière documentaire, Jimmy’s Hall installe son décor dans la campagne irlandaise, verdoyante et brumeuse ; une image belle et lisse de plaines et paysages typiques. Cet arrière-plan brumeux est représentatif d’un pays en post-guerre civile, encore divisé et meurtri. Premier biopic sur la vie de ce militant peu connu, Jimmy Gralton, personnage remis en lumière, de manière touchante et romancé.

Barry Ward, gueule d’ange au petit accent de Dublin, est irréprochable et porte aussi bien le personnage que la parole révolutionnaire. Un caractère chaleureux et jovial. Loin de représenter le stéréotype de l’engagé morne, il fait du personnage ce passionné politique prêt à tous les sacrifices pour affirmer ses libertés, permettant au film de ne pas s’appesantir dans le drame, de garder ce côté léger sans faire de l’ombre au sérieux du discours.

Un discours politique contre l’oppression catholique

Très engagé, le fond du film dévoile cette guerre cachée entre deux générations, d’un côté les mœurs de l’Eglise catholique oppressive et de l’autre, les opinions progressistes et communistes apportés par Jimmy. Le discours gagne en intérêt politique dans les moments de débats sur la liberté entre Jimmy et ces jeunes.

C’est une vision d’une réalité sociale et d’une lutte pour la liberté, certes profonde en émotions mais qui malheureusement perd le spectateur dans ses moments de flashbacks répétitifs. Nous expliquant le tragique de son départ en pleine guerre, ces scènes coupent et perturbent le récit. Le rythme déjà assez linéaire est aussi ralenti par des scènes de romances, visant à trop nous attendrir.

La musique apporte la nouveauté et l’espoir

Tout au long, nos oreilles sont bercées par les chants et danses irlandaises réunissant la communauté lors des soirées dansantes. Le cabaret, devient le théâtre de partage et de convivialité, comme exutoire et espoir que le changement est possible. De même, le ton et les couleurs du film s’adoucissent aux premières apparitions du Jazz ; cette musique sensuelle et peu orthodoxe est un divertissement salvateur qui apaise le sentiment de rébellion qui sommeille en chacun. Au centre de l’image, le spectateur contemple cette nouvelle génération qui n’a pas connu la guerre et qui a avant tout soif de vie et de liberté.

Annonçant lors du dernier festival de Cannes, que Jimmy’s Hall était peut être son dernier long métrage, Ken Loach ne brode pas ici de nouveau portrait avec ce film certes intéressant, mais pas réellement passionnant, ne faisant que réaffirmer son engagement dans sa remise en question du passé, pour contribuer à un avenir meilleur.

Synopsis : 1932, dix ans après la guerre civile qui a dévasté l’Irlande, Jimmy Gralton, communiste Irlandais, revient sur sa terre patrie après avoir exilé aux Etats Unis. Les jeunes du village le sollicitent à rouvrir une salle de fête. Mais ce lieu, où ils peuvent librement débattre, danser et s’amuser, est vu d’un mauvais œil par la communauté bourgeoise et religieuse du patelin. 

Jimmy’s Hall : Bande-annonce

Jimmy’s Hall : Fiche Technique

Réalisateur : Ken Loach
Scénaristes : Paul Laverty, Donal O’Connel
Interprétation : Barry Ward (James Gralton), Simone Kirby (OOnagh), Andrew Scott (Père Seamus), Jim Norton (Père Sheridan), Aisling Franciosi (Marie), Brian O’Byrne (O’Keefe), Francis Magee (Mossy)
Montage : Jonathan Morris
Musique : George Fenton
Producteurs : Rebecca O’Brien
Genre : Biopic, Drame
Durée : 109 minutes
Date de sortie : 2 juillet 2014

Grande-Bretagne – 2014

Zero Theorem de Terry Gilliam : Critique du film

Le dernier long métrage de Zero Theorem nous évoque instinctivement une version plus moderne de Brazil (1985), prouvant que sa créativité dans le genre SF n’a pas de limites. Adapté du scénario de Pat Rushin, il témoigne d’une vision pessimiste d’un futur chaotique et bruyant, ou Christopher Waltz excelle dans le personnage de Qohen Lohen.

Un univers perturbant mais pas si futuriste

Dans le décor anachronique d’une église abandonnée, le personnage de Qohen symbolise l’image du savant fou, fuyant de peur le monde extérieur, qui ne s’adapte pas à lui. Dans cette société futuriste, les plans anguleux, les couleurs aveuglantes, et les nuisances sonores et visuelles, nous placent dans un monde effrayant et stressant. Mais cette société dominée par ManCom et régie par la publicité, n’est pas loin de ressembler à la nôtre. La population au look bariolé et à l’attention rivée sur les écrans, est tout aussi agressive et concentrée sur elle-même. Des caméras omniprésentes, comme dans Truman Show, indiquent le contrôle permanent de Management sur Qohen.

Un homme solitaire à la recherche d’un bonheur impossible

Il est facile de s’identifier à ce personnage particulier de Qohen, qui n’est pas à l’aise dans le milieu oppressant des fêtes, ou des gens en groupe qui se déshumanisent, deviennent animaux, et ne vivent qu’à travers les écrans. Lui-même s’isole derrière sa console informatique, et a pleinement conscience de son asociabilité, seul moyen pour lui de vivre paisiblement. Il dit lui-même qu’il n’éprouve aucun plaisir, et n’a jamais été heureux, et ce ne sont pas les séances particulières avec Tilda Swinton (Only Lovers left Alive) en psy délurée qui vont permettre de résoudre sa pathologie. Seul son travail lui sert d’exutoire, mais quand le théorème devient pour lui impossible à résoudre, détruisant petit à petit son esprit, sa vie n’a plus de sens. Le théorème zéro ne correspond jamais à 100% à la plénitude de son existence.

Des adjuvants bizarroïdes et indéfinissables

Au contrôle de cette société, le personnage mystérieux de Management (Matt Damon), qui oscille entre le » Big Brother », épiant à travers les caméras les moindres agissements de Qohen, et le « Deus ex Machina », lui apportant l’aide nécessaire pour résoudre son problème existentielle : le coup de téléphone libérateur. Il l’attend, mais n’agis pas, de la même manière qu’il attend que la vie s’offre à lui. Le jeune Lucas Hedges, qui  joue Bob, le fils de Management et petit génie, s’impose à l’écran, portant le discours le plus sensé du film. Il représente la seul aide sincère pour résoudre le problème de Qohen. Devenant son ami et tentant de lui faire réaliser qu’il est contrôlé par Management. Puis pour briser la coquille solitaire que Qohen s’est construite, la sulfureuse Mélanie Thierry dans son rôle de Bainsley, nous charme mais reste cantonnée à son rôle de poupée plastique, belle et manipulable. La call-girl apporte une sensibilité, un espoir d’échappatoire et de connaitre l’amour, pour ce personnage solitaire qui parle de lui à la première personne du pluriel.

Une réflexion sur la nécessité de s’ouvrir au monde

Au final, la réflexion de Zero Theorem ne se centre sur l’aspect effrayant de cette société totalitaire définie par ses caméras omniprésentes. Le film nous fait plutôt réfléchir sur cette recherche impossible d’un bonheur à atteindre. A attendant passivement cet appel qui consiste à donner un sens à sa vie, véritable clé du bonheur, Qohen est un exemple à ne pas suivre : il gâche sa propre existence et l’opportunité de vivre heureux avec celle qu’il aime. Une piste de réflexion très moderne et d’une grande acuité d’un Terry Gilliam devenu plus sage, mais qui garde une vision toujours aussi vive sur la société qui nous entoure.

Synopsis: Dans un Londres futuriste, Qohen Leth, un scientifique misanthrope, reste enfermé chez lui, à résoudre des problèmes mathématiques en attendant désespérément un appel important. Un jour, Managment, dirigeant de la société ManCom pour laquelle il travail, lui demande de résoudre un théorème impossible.

Fiche Technique – Zero Theorem

Réalisateur : Terry Gilliam
Scénariste : Pat Rushin
Date de sortie : 25 Juin 2014
Durée : 1h46
Genre : Science Fiction, Drame
Nationalité : Americain, Britannique, Roumain
Acteurs : Christopher Waltz (Qohen Leth), Melanie Thierry (Bainsley), David Thewlis (Joby), Matt Damon (Menagment), Tilda Swinton (Dr Shrink-Rom), Lucas Hedges ( Bob) …
Producteurs : Dean Zanuck, Nicolas Chartier
Directeur de la Photographie : Nicola Pecorini
Montage : Mick Audsley
Musique Originale : George Fenton

 

 

Le Conte de la princesse Kaguya : Critique du film

Le Conte de la princesse Kaguya : Un conte onirique au cœur des paysages naturels japonais

Après plus de 14 ans d’absence, le maître Isao Takahata, co-fondateur avec Miyazaki des Studios Ghibli, sort de son ombre pour nous délivrer l’œuvre d’une vie, celle de la Princesse Kaguya, vacillant entre ode à la nature et scepticisme de l’humanité. En effet, il adapte l’un des plus vieux contes, abordant des thèmes universels comme la famille, la religion, et l’amour dévoué. Une véritable merveille visuelle, reprenant l’esthétisme raffiné de la calligraphie japonaise du Xème siècle, cachant un discours moralisateur plus sombre et spirituel.

L’intrigue démarre par la naissance de cette petite fille, sortie magiquement d’un bambou, traitée comme une princesse par ce modeste vieux couple de paysan. Attachants et aux traits de caractère volontairement grossiers, les personnages nous amusent au début par leur naturel. Au fur et à mesure la petite fille croit à une vitesse miraculeuse, et expérimente les joies de l’enfance au milieu d’une nature intacte qui devient plus fleurie et plus fertile autour d’elle. Ainsi, on lui attribue le titre de princesse, pour ses dons hors du commun. Mais le vieux paysan, devient ambitieux et prétentieux, prétendant vouloir le meilleur pour sa fille. Il l’éloigne de la campagne pour la parer comme une véritable princesse.

La vie réglementée de Princesse

La suite de l’histoire devient plus rude et amère. Les traits deviennent violents pour dessiner ces décors urbains. La nouvelle vie de la jeune fille perd alors toute la joie et l’innocence du début. Désormais, elle est réduite à se plier aux codes de conduite et le diktat vestimentaire d’une princesse digne de ce nom, se privant de liberté, de rire ou de courir…

Dans cette nouvelle vie dictée par l’honneur et le devoir, on la promet au mariage d’un grand prince, comme clé de son bonheur. C’est pour l’honneur et la fierté de son père, qu’elle se plie à cette promesse de mariage. Les prétendants se bousculent, mais leurs intentions sont peu honorables entre la recherche de la beauté, la soif de pouvoir et la cupidité. Les hommes sont mauvais à coté de cette princesse (pas si humaine) maline, qui leur demande des choses impossibles en échange de sa main. S’ensuit un discours plus progressiste sur l’impossibilité de se marier sans amour véritable et partagé.

Une fin mystique et tragique

Cette seconde partie du conte est beaucoup plus pessimiste, nous livrant une magnifique scène emprunte de violence, où la jeune fille s’enfuit vers la Lune brillante, délivrée des apparats et diktats de princesse humaine. Comme pour clôturer son expérience sur terre, la jeune fille retourne à son village d’origine, retrouvant son amour d’enfance et la nature apaisante. La fin prend une tournure surnaturelle et mystique avec l’arrivée inattendue des habitants de la Lune sur Terre, venue récupérer leur princesse. La fin heureuse n’en ai pas réellement une. Cette scène d’adieux entre la princesse et ses parents adoptifs est très émouvante, mais sonne désespérément comme la conclusion que la vie sur Terre est trop triste à supporter. Le Conte de la princesse Kaguya doit être perçu comme le processus d’une année bercée par les saisons (printemps à hiver), de l’évolution du personnage de la naissance à la mort.

Un dessin perfectionniste dans un univers grave

Rien à redire sur les dessins, dont les ébauches de coups de crayons sont lisses et voluptueux, prouvant le côté perfectionniste de Takahata. Les costumes et détails caricaturaux des visages témoignent d’un grand réalisme, plus particulièrement les décors naturels : de cette forêt de bambous phosphorescents, à la perfection de cette lune pleine…

D’une rare beauté, simple et épurée, Le Conte de la princesse Kaguyasouffre en contraste d’une longueur pesante et d’un côté très portée sur la religion et l’importance de l’honneur. Le discours moraliste et écologiste de la fin, parfois lourd de sérieux, dénote avec le début lumineux et candide. Comme les traits noirs et durs contrastent avec la légèreté des tons pastel qui dessinent l’apparence de la petite fille.  A 78 ans, Isao Takahata signe sûrement son dernier projet qui aura germé pendant 50 ans, aboutissant à ce mélange d’accomplissement testamentaire et de constat désabusé.

Synopsis : Un coupeur de bambou retrouve une enfant dans un bambou. Malgré leur faibles moyens, lui et sa femme la recueille et l’élève comme leur propre fille.

Fiche Technique – Le Conte de la princesse Kaguya

Titre originale: Kaguya-hime no monogatari

Réalisateur : Isao Takahata
Scénaristes : Isao Takahata, Riko Sakaguchi
Date de sortie : 25 Juin 2014
Durée : 2h17
Interprètes VO : Aki Asakura, Kengo Kora, Takeo Chii, …
Genre : Animation, Drame, Fantastique
Nationalité : Japonais
Studio d’Animation : Studio Ghibli
Musique : Joe Hisaishi
Producteurs : Yoshiaki Nishimura, Seiichiro Ujiie

 

 

 

Les Voies du destin de Jonathan Teplitzky : Critique du film

Les Voies du Destin : Une incroyable histoire vraie traitée de manière académique

La Seconde Guerre Mondiale recèle encore bien des parts d’ombres. Un constat somme toute surprenant à l’heure où nous fêtons le 70ème anniversaire du D-Day, tant Hollywood a réussi à bâtir sa renommée sur ce genre de films avec une frénésie telle que l’on pensait la moindre parcelle de ce conflit éludé. Pourtant il arrive que parfois, des histoires resurgissent du passé ou jouissent d’une publicité inespérée, permettant alors de voir ces faits divers de nouveau sur les feux de la rampe.

Et l’année 2014 propose ainsi à travers 2 longs-métrages radicalement différents dans leurs constructions, de nouveaux faits sur ce conflit que l’on pensait depuis longtemps, qu’il n’avait plus rien à nous apprendre !

D’abord, la course aux œuvres d’arts à laquelle s’est adonnée la brigade des Monuments Men, brigade formée de chercheurs, de savants et d’artistes pour protéger le patrimoine culturel européen de la sauvagerie et de la soif démesurée de culture d’Hitler ; film ayant relativement déçu de par le traitement donné par le réalisateur George Clooney, qui a opté pour un buddy movie et a remplacé le suspense par un humour lourdingue made in USA.

Et ensuite avec le film Les Voies du Destin ou l’histoire incroyable et vrai d’Eric Lomax, jeune lieutenant écossais établi à Singapour et qui suite à la reddition anglaise, a dû participer à la construction d’un pont tristement célèbre et mondialement reconnu depuis le chef d’œuvre de David Lean en 1957 : le Pont de La Rivière Kwai.

Pourtant, là n’est pas l’aspect inédit de son histoire. En effet, torturé par ses geôliers japonais, celui-ci survivra à la guerre et sera alors confronté des années plus tard à un dilemme plus que cornélien, lorsqu’il retrouve la trace de son tortionnaire, encore en vie : Doit-il obtenir justice et vengeance ? Ou peut-il pardonner l’impardonnable ?

Cette incroyable histoire est dotée d’un potentiel rare. Car, après des décennies remplies de salves successives de films de guerre vantant le patriotisme et l’honneur, rares sont les films qui tout en offrant un réel divertissement arrivent à dresser un constat réaliste et non enjolivée des horreurs de la guerre.

Voyage au Bout de l’enfer, Full Metal Jacket, La Déchirure, Apocalypse Now, Taxi Driver, autant de longs métrages réalisés par des cadors du 7ème art, tels que Scorsese, Coppola, Kubrick ou Cimino, qui ont puisé leur succès de par leur proximité aux faits montrés à l’écran mais surtout de leur capacité à rendre plausible le quotidien de ces hommes, qui après un conflit violent, inhumain et dangereux, voient leurs vie brisées, les condamnant à errer sans but dans une société devenue aussi inhospitalière que l’enfer dont il se sont tirés.

De fait, l’histoire de ce lieutenant parait relativement intéressante, tant pour le conflit qu’elle cherche à éluder, à savoir la Seconde Guerre Mondiale, que pour sa propension à traiter les atrocités commises sur le continent asiatique, continent relativement oublié dans le traitement cinématographique de ce conflit, écrasé par la suprématie de l’Allemagne et de la France comme dans Les 12 Salopards ou encore Il Faut Sauver le Soldat Ryan.

Pourtant, le réalisateur, inconscient de la pépite qu’il a entre les mains, enterre tous les espoirs de voir une œuvre forte, mettant en avant le pardon, la dignité humaine et le sacrifice, et en livrant une œuvre purement académique.

Toutes les scènes attendues et purement clichées qu’un tel sujet peut véhiculer, se retrouvent en effet sur la pellicule. Entre la détresse psychique et émotionnelle que doit endurer le personnage de Colin Firth (qui joue merveilleusement bien et confirme le talent qu’on lui attribue depuis Le Discours d’un Roi), le rôle d’épouse décontenancée et impuissante campée par une Nicole Kidman presque transparente et faisant office de figuration et la première partie mettant en place les horribles hallucinations dont est victime Firth, l’entame du film est désastreuse non pas pour ses images, qui dans le plus pur style britannique sont réussies, mais plus pour son absence d’audace et sa flagrante conventionnalité.

Heureusement pourra-on compter sur une seconde partie, qui confronte alors le soldat face à son tortionnaire. L’affrontement, d’ordre verbal, est ici beaucoup plus travaillé, jouit d’élégants flash-back, et oppose ces deux hommes qui transformés par la guerre, se voient à l’heure de leurs retrouvailles comme autant détruits l’un que l’autre, entre regrets et déceptions pour l’un et vengeance et justice pour l’autre.

Une joute verbale qui non dénuée d’émotions et de tension parait pourtant à quelques moments comme relativement moralisatrice. Peut-être la faute à une mise en scène préférant s’attarder sur les scènes de guerre et expédiant bien trop rapidement les scènes se passant de nos jours. L’affrontement entre Colin Firth et Hiroyuki Sanada, vu précédemment dans Wolverine le Combat de l’Immortel, aurait gagné à être mieux exploité.

Cette histoire qui aurait pu avoir une odeur de brûlot si elle avait été réalisée par Coppola, Cimino ou Scorsese, voit son potentiel ravagé par une réalisation qui, emplie de classicisme et de retenue semble comme aseptisée et refuse d’en dévoiler trop.

Assurément une déception au vu de la sensationnelle histoire proposée, mais peut-être également le constat que les réalisateurs d’aujourd’hui sont trop jeunes pour aborder des histoires aussi complexes, humaines et réalistes sur un sujet aussi fort.

Synopsis: Le lieutenant écossais Eric Lomax, a été fait prisonnier par les Japonais à Singapour durant la Seconde Guerre mondiale et envoyé dans un camp en Thaïlande. Là-bas, il a été forcé de contribuer à la construction du fameux pont sur la rivière Kwaï. Des années après, il souffre toujours d’un stress post-traumatique. Sa femme, Patricia Wallace, décidée à l’aider à surmonter ses démons, découvre que le jeune officier japonais qui hante sa mémoire est toujours vivant. Doit-elle donner à Eric une chance de se confronter à celui qui l’a torturé ?

Fiche Technique: Les voies du destin

Les Voies du destin (The Railway Man)
États-Unis – 2013
Réalisation: Jonathan Teplitzky
Scénario: Andy Paterson, Frank Cottrell Boyce d’après: le roman Les armes du bourreau de: Eric Lomax
Interprétation: Colin Firth (Eric Lomax), Nicole Kidman (Patti Lopax), Jeremy Irvine (Eric Lomax jeune), Stellan Skarsgård (Finaly), Hiroyuki Sanada (Nagase), Sam Reid (Finlay jeune)…
Genre: Drame, Biopic
Image: Garry Phillips
Décor: Steven Jones-Evans
Costume: Lizzy Gardiner
Montage: Martin Connor
Musique: David Hirschfelder
Producteur: Andy Paterson, Chris Brown, Bill Curbishley
Production: Archer Street Productions, Latitude Media, Lionsgate
Interprétation: Colin Firth (Eric Lomax), Nicole Kidman (Patti Lopax), Jeremy Irvine (Eric Lomax jeune), Stellan Skarsgård (Finaly), Hiroyuki Sanada (Nagase), Sam Reid (Finlay jeune)…
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date de sortie: 11 juin 2014
Durée: 1h56

Transcendance de Wally Pfister : Critique du film

Transcendance est une première réalisation pour Wally Pfister, dont le nom parlera malgré tout aux plus cinéphiles.

Le metteur en scène s’est en effet connaître en tant que directeur de la photographie, notamment chez Christopher Nolan, avec qui il a collaboré sur la trilogie du Dark Knight. Pour son premier film sous sa nouvelle casquette, il dirige Johnny Depp dans un thriller de science-fiction, s’interrogeant sur la place de la technologie face à l’être humain.

On retrouve un scénario proche de ce qui se fait depuis déjà un quart de siècle et l’apparition d’Internet, à savoir le problème de l’intelligence artificielle, et des risques que nous fait courir son développement non contrôlé. Skynet, Google, même combat. Un point de départ intéressant, mais qui n’est malheureusement pas bien servi dans le film. Car Pfister est avant tout un technicien pas un conteur, et cela se ressent dans sa façon de dérouler le scénario. Le défaut majeur du film est le manque d’empathie ressenti vis-à-vis des personnages. Trop vite introduits, pas assez incarnés, trop clichés, ils manquent cruellement de matière, pour ainsi dire.

Deppus ex machina

Le duo Depp-Hall n’arrive ainsi jamais à attirer la sympathie, ce qui rend leurs scènes en duo trop lisses, trop creuses. On peine à s’intéresser à leur histoire personnelle, encore plus lorsque celle-ci se désincarne au sens propre. Les réactions d’Evelyn Caster, incarnée par une Rebecca Hall très mal dirigée (un problème de direction d’actrice que l’on retrouve d’ailleurs chez Nolan), sont souvent incompréhensibles, variant d’une scène à l’autre. Quant à Will, joué par un Depp effacé, le spectateur manque de temps pour s’identifier à lui, et les enjeux de l’histoire ainsi que ses motivations personnelles sont trop souvent obscurs, ou au mieux mal définis.

Un problème que l’on retrouve chez l’ensemble des personnages secondaires, qui vont et viennent sans laisser le temps au spectateur de s’attacher. D’autant plus dommage que le casting est de haute volée, avec la présence de Morgan Freeman et Cillian Murphy, tous deux sortis des Dark Knight, mais aussi Paul Bettany ou Kate Mara. L’histoire prend vite trop d’ampleur, et Pfister ne parvient pas à lui donner de la chair.

D’un point de vue technique, en revanche, le résultat est de toute beauté, les images sont magnifiques, les cadres souvent travaillés, les effets spéciaux irréprochables. Pfister est un fervent défenseur de la pellicule, et lorsqu’on admire le résultat, on ne peut que souhaiter longue vie au support. Malgré tout, la mise en scène souffre parfois d’un manque d’idée. On ne s’improvise pas ainsi metteur en scène, et une succession de plans léchés ne suffit pas à faire un bon film.

Au final, avec Transcendance, on se retrouve face à un produit esthétiquement travaillé, mais manquant de vie et de sentiments. Le sujet s’y prête, et peut-être cette froideur est-elle recherchée, comme une forme de mise en abîme à échelle cinématographique. Ce serait un pari risqué, surtout sur 1h53. Le sujet est là, l’idée de base est bonne, mais le manque d’empathie pour les personnages empêchent de pleinement apprécier l’expérience.

https://www.youtube.com/watch?v=Ud7fIKchmAI

Synopsis: Dans un futur proche, un groupe de scientifiques tente de concevoir le premier ordinateur doté d’une conscience et capable de réfléchir de manière autonome. Ils doivent faire face aux attaques de terroristes anti-technologies qui voient dans ce projet une menace pour l’espèce humaine. Lorsque le scientifique à la tête du projet est assassiné, sa femme se sert de l’avancée de ses travaux pour « transcender » l’esprit de son mari dans le premier super ordinateur de l’histoire. Pouvant désormais contrôler tous les réseaux liés à internet, il devient ainsi quasi omnipotent. Mais comment l’arrêter s’il perdait ce qui lui reste d’humanité?

Fiche Technique : Transcendance

États-Unis – 2014
Réalisation: Wally Pfister
Scénario: Jack Paglen
Interprétation: Johnny Depp (Will Caster), Rebecca Hall (Evelyn Caster), Paul Bettany (Max Waters), Morgan Freeman (Joseph Tagger), Kate Mara (Bree), Cillian Murphy (Anderson Buchanan), Cole Hauser (Colonel Stevens)…
Date de sortie: 4 juin 2014
Durée: 2h
Genre: Science-fiction
Image: Jess Hall
Décor: Chris Seagers
Costume: George L. Little
Son: Tim Walston
Montage: David Rosenbloom
Musique: Mychael Danna
Producteur: Kate Cohen, Broderick Johnson, Andrew A. Kosove, Annie Marter, Marisa Polvino, Aaron Ryder, David Valdes
Production: Alcon Entertainment, DMG Entertainment, Syncopy, Straight Up Films
Producteurs exécutifs: Christopher Nolan, Emma Thomas, Dan Mintz
Distributeur: SND

Auteur : Mikael Yung

 

 

 

 

Triple alliance de Nick Cassavetes : Critique du film

Triple Alliance : Un Buddy-Movie au féminin un peu trop conventionnel

Sex And The City, Les Flingueuses, Les Gazelles, Jamais le Premier soir, Mes Meilleures Amies, plus récemment Sous les Jupes des Filles et maintenant Triple Alliance marquent le regain d’intérêt que le cinéma mondial porte sur la Femme ! Longtemps reléguée au rang de sex-symbol ou tout au plus gadget pour réchauffer le cœur des hommes et doter les salles obscures d’une présence féminine, celle-ci à l’instar de son statut au sein de la société a dû attendre longtemps avant d’obtenir la reconnaissance de ses homologues masculins, dans un milieu où ils règnent pourtant en maîtres.

Et bien que le nombre de réalisatrices demeure encore relativement faible, c’est avant tout dans le domaine du jeu que les femmes se sont majoritairement illustrées. Meryl Streep avec ses 18 nominations aux Oscars, Katharine Hepburn avec ses 4 statuettes en sont d’ailleurs de brillants exemples et tendent à prouver que le talent est universel et que le jeu d’une femme est souvent plus complet, devant en effet jongler avec une palette d’émotions plus large que ses homologues masculins.

De fait, on assiste depuis 1991, année de sortie de Thelma et Louise, film qu’on pourrait qualifier de jalon dans le processus de féminisation du cinéma mondial, à un véritable sursaut d’orgueil de la gente féminine. Et Triple Alliance, dernier film de Nick Cassavetes, réalisateur du film N’Oublie Jamais, perpétue cette vision d’émancipation des femmes aussi bien dans la société que dans le cinéma.

Finis les rôles de femmes aux foyers névrosées et incapables, les femmes qui doivent constamment s’abaisser face à la toute-puissance du mari, ou celle ne servant qu’à jouer un pathétique sidekick du personnage principal. Cassavetes opte dès le début de resserrer son intrigue autour d’un duo particulièrement bien sentie composé de Cameron Diaz, brillante avocate et business woman accomplie et Lindsey Mann, épouse simplette et trompée; duo lui-même rejoint par une troisième femme en la personne de Kate Upton, mannequin aux formes généreuses.

Trio composé de 3 femmes aux ambitions, aux desseins et aux comportements bien différents qui vont se retrouver unies par un fatal coup du sort : elles ont toutes été trompées par le même homme !

Un postulat somme toute simple, mais qui dresse l’ambivalence dont fait preuve Hollywood pour représenter la femme. Outre le fait que le réalisateur donne à voir avec le personnage de Cameron Diaz un autre visage de la gente féminine, emplie de réussite et confiante en elle, le traitement des personnages incarnés par Lindsay Mann et Kate Upton frôle les clichés. Entre la voluptueuse poitrine et le corps de bimbo dont est affublée Kate Upton et le rôle de femme au foyer insignifiant de Lindsay Mann, le film dévoile irrémédiablement son plus gros défaut : sa conventionnalité.

Conventionnalité qui malgré un synopsis alléchant à gout de vengeance et de tromperie et une propension à confiner tous les rôles d’hommes au second plan, restera toujours autant présente. En atteste les sujets de discussions tournant autour d’épilation, de sous-vêtements, de conquêtes d’un soir et celles du vrai amour que ponctuent la quasi-totalité des dialogues du film.

Néanmoins, l’autre problème du film réside dans sa mise en scène. Éludant de manière subtile le personnage du mari volage, campé par un ex-membre de Game of Thrones, Nikolaj Coster-Waldau, le film souffre d’un scénario, qui bien qu’explorant avec brio les conséquences d’une relation adultère sur trois femmes radicalement différentes, se voit affublé de longueurs ; longueurs pour une fois représentées par des scènes utiles à la bonne marche du récit, mais un peu trop pompeuses comme si le réalisateur face à la complexité de devoir tourner un film de femmes, s’était minutieusement préparé et essayait de trop bien faire.

La très longue première partie mettant en place la trame, se voit vite doublée d’une deuxième partie ou les protagonistes de ce vaudeville américain paraissent davantage impliqués dans leur jeu et participe de manière plus active au projet de vengeance. Une deuxième partie beaucoup plus dynamique et rythmée laissant entrevoir une réelle complicité du trio d’actrices principal et qui ne manque pas d’humour et de cynisme.

Une complicité procurant au film le plaisir attendu pour un tel genre de production et permettant d’apprécier à sa juste valeur un film de filles qui fait du bien à voir mais qui demeure une déception de la part de Nick Cassavetes et n’est pas encore le film tant attendu qui cassera les barrières cinématographiques entre les deux sexes !

Synopsis : Carly découvre que son nouveau petit ami Marc est un imposteur, lorsqu’elle rencontre accidentellement sa femme, Kate. Carly va se prendre d’affection pour elle, et leur improbable amitié va se renforcer encore un peu plus lorsqu’elles réalisent que Marc les trompe toutes les deux avec une autre femme, Amber. Les trois femmes vont joindre leurs forces et mettre au point un impitoyable complot pour se venger.

Fiche Technique : Triple alliance

Titre original : The Other Woman
Réalisateur : Nick Cassavetes
Casting : Cameron Diaz (Carly), Leslie Mann (Kate), Kate Upton (Amber), Nikolaj Coster-Waldau (Mark), Don Johnson (Franck), Nicki Minaj (Lydia), Taylor Kinney (Phil)…
Genre : Comedie
Date de sortie en salle : 18 juin 2014
Durée : 1h49
Budget : 40 M$

 

 

Under the Skin, un film de Jonathan Glazer : Critique

Under the Skin, un Road Movie en mode Prédateur

Synopsis : Sur les routes d’Écosse, Laura, une extraterrestre d’apparence humaine, enlève des hommes

L’introduction donne déjà envie de quitter la salle. L’écran est sombre, la musique est crispante. Nous devinons la voix de Scarlett Johansson en fond sonore : juste des mots, pas de phrases, c’est confus. Puis la lumière apparaît, nous venons d’assister à sa transformation… Un homme ramasse le corps d’une femme. Scarlett Johansson nue, se met à la déshabiller. Tout se passe en silence, ce sera le ton du film jusqu’à la fin.

Nous suivons Scarlett Johansson. Elle est au volant d’une camionnette blanche appartenant à une femme morte, une prostituée, dans les rues d’une ville écossaise, accostant les hommes seuls. Elle ramène ceux qui n’ont pas de famille, dans un lieu non identifié. Elle marche en reculant, se dénudant… Ils marchent vers elle, en se dénudant aussi, comme hypnotisés, avant de disparaître, sans que l’on sache ce qui va advenir d’eux, ni la raison de ce rituel obscur. Le mystère plane sur cette femme et cet homme discret sur sa moto, qui veille sur elle et surtout sur ces hommes.

Under the Skin, est un film froid, comme le personnage de Scarlett Johansson, qui ne ressent aucune émotion face à la détresse d’un couple qui se noie, à leur bébé seul sur la plage dont le destin sera sûrement funeste. Avant la rencontre qui va perturber sa mission – mais l’être humain est fait de contradictions – il a plusieurs visages et elle va l’apprendre à ces dépends.

Jonathan Glazer prend son temps, les plans sur cette Écosse pluvieuse et brumeuse sont beaux. Sa caméra est sur Scarlett Johansson. Il ne la lâche pratiquement pas, ne perd pas une seule occasion de montrer son corps évoluant en tenue légère ou nue, sans que cela soit érotique ou vulgaire. Cela ressemble à du cinéma expérimental, du cinéma d’auteur, à une ode envers Scarlett Johansson. Mais ce n’est ni fascinant, ni envoûtant, ni même déroutant. Il n’y a pas d’émotions, les plans sont longs. Cela frise parfois le ridicule, comme lorsqu’elle découvre son corps humain.

Under the Skin rappelle le cinéma de David Lynch, sans la fascination d’Eraserhead, mais avec l’humanité éphémère d’Elephant Man. Un objet d’art contemporain. Il peut tout autant dérouter, que fasciner, tout dépend de la sensibilité de chacun.

Under the Skin : Bande-annonce

Auteur de la critique : Laurent Wu

Fiche technique : Under the Skin

Royaume-Uni – 2013
Réalisation : Jonathan Glazer
Scénario : Walter Campbell, d’après le roman Sous la peau de Michel Faber
Casting : Scarlett Johansson, Jeremy McWilliams, Lynsey Taylor Mackay, Dougie McConnell, Kevin McAlinden, D. Meade, Andrew Gorman, Joe Szula, Krystof Hádek…
Décors : Emer O’Sullivan
Costumes : Steven Noble
Montage : Paul Watts
Musique : Mica Levi
Photographie : Daniel Landin
Production : Nick Wechsler et James Wilson
Sociétés de production : Film Four, FilmNation Entertainment, JW Films
Société de distribution : Studio Canal
Durée : 1h45
Genre : Science-fiction

 

 

 

American Horror Story : Musique de la série

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Musique en 3 saisons : Murder House, Asylum et Coven

Les séries doivent leurs succès à leurs scénarios, leurs acteurs, leur réalisation mais aussi à leurs ballades, leurs musiques, comme True detectiveAmerican Horror Story crée pour chaque saison une atmosphère sur un son brutal, flippant, presque malsain… Des émotions provoquées par une musique qui devient un personnage à part entière… Frissons, effrois, dégoût s’insinuent dans nos oreilles telle une danse macabre. Un son de sang empli de hurlements happe et entraîne dans un monde de torture, de sévices, de sadismes et de perversité en tout genre.

La série horrifique d’anthologie n’est pas seulement dérangeante et provocatrice ; Elle touche à des thèmes comme le passé esclavagiste de La Louisiane, la religion, la sorcellerie, l’inquisition, les démons, les aliens, les rites vaudous et autres légendes païennes comme celle du dieu Baphomet… Une musique gore, vertigineuse, inconfortable faisant écho à ce vaste univers glauque sublime l’horreur des images… Ce visuel diabolique baignant dans une musique inspirant la terreur se retrouve dans tous les génériques d’American Horror Story Murder House, Asylum, Coven…

American horror story : Murder house – Musique

https://www.youtube.com/watch?v=tVnDCmXVipY

 There’s So Much Pain Tate & Violet  – Artistes : Jake Bugg, Joy Division, Amy Winehouse

https://www.youtube.com/watch?v=zeoEDi2Jw0A

American Horror Story : Asylum – Musique Marilyn Manson – the nobodies 

American Horror Story : Musique Coven

House of the Rising Sun Lauren O’Connell

https://www.youtube.com/watch?v=ICqX2HjvMGY

 

House of Cards : Saison 2 : Critique de la série

Critique House of Cards : Saison 2 – Shakespeare 2.0

Synopsis : Après avoir écarté tous ses adversaires, Frank Underwood est nommé Vice Président des Etats-Unis d’Amérique. Sa quête de pouvoir est cependant loin d’être terminé car il ne vise rien de moins que siéger dans le bureau ovale.

Alors que les journalistes entament des actions de plus en plus dangereuses pour son ascension, Franck doit gérer son nouveau poste de conseiller au Président des Etats-Unis d’Amérique et éviter l’exposition.

Le changement dans la continuité

La saison 2 de House Of Cards débute comme finissait la première : sur un meurtre froid et violent, au service des intérêts de Frank. Si ces meurtres ont marqué un premier temps un virage dans la série, on a fini par comprendre qu’ils correspondaient bien au personnage de Frank Underwood : maître des prédateurs, calculateur reptilien dominant la chaîne alimentaire politique et ne se fixe aucune limite dans sa conquête du pouvoir. Si cette deuxième saison de House Of Cards (la troisième est annoncée pour février 2015) est dans la continuité de la première, elle confirme et appuie toutes les qualités de la première et apporte néanmoins quelques nuances de taille.

Des personnages plus complexes

On l’avait compris dès la première saison, Frank Underwood n’aurait pas cette rage de conquête s’il n’avait pas sa femme à ses côtés. Et même si Claire Underwood semble souvent moins extrême que son mari, elle a cette beauté froide et arrogante qui la range du côté des seigneurs. Jusqu’ici, on avait peu de doutes sur son dévouement pour Frank. Pourtant la deuxième saison apporte quelques enseignements qui la rendent plus complexe et plus intéressante. Car Claire a une faille, une faille béante après avoir été victime d’un viol pendant ses études, un événement qui la poursuit et semble l’affaiblir aux moments de trop forte pression. L’intelligence des scénaristes se confirme donc ici, avec un personnage essentiel qui s’affiche soudain fragile et pourrait faire s’effondrer la destinée de Frank comme un château de cartes, le titre House Of Cards prenant ici tout son sens.

A l’inverse Frank reste un rock tourné vers sa soif de pouvoir et prêt à vendre père et mère pour y parvenir. La force de Kevin Spacey, dans cette deuxième saison, est de pousser dans ses retranchements la morale du téléspectateur, un téléspectateur qui au final ne rêve plus que de le voir souffrir, tomber de son piédestal et être trainé dans la boue. S’il est la force de cette saison 2, ce n’est pas seulement du fait d’avoir une morale différente de la nôtre, c’est de ne pas avoir de morale du tout et de sembler prêt à tout et son contraire pour atteindre son but.

Une recette éprouvée

La mécanique et le choix du format de Netflix sont décidément les bons. Se contenter de treize épisodes par saison rend la série plus dense et efface les longueurs, le remplissage pouvant vite devenir l’ennemi d’une série orientée sur le fonctionnement démocratique aux U.S.A. Pourtant, un nuage noir plane sur cette deuxième saison, un nuage vite passé mais qu’on n’oublie pas. Une scène en fait, entre Frank, Claire et Meechum, une scène inutile et vulgaire. Une scène grotesque et déplacée qui ne se justifie pas ; une scène qui met mal à l’aise et donne envie de hurler de son côté racoleur. Une scène qui a intérêt à trouver un minimum d’explications dans la saison 3, au risque d’avoir l’air encore plus absurde.

Une série d’échecs 

Au contraire, les apartés que nous accordent Frank, s’il pouvaient surprendre lors de la première saison, sont aujourd’hui savamment dosés, assimilés et contribuent à rendre le personnage délicieusement détestable, lorsqu’il nous confie le fond noir de sa pensée. C’est d’ailleurs cette couleur et ses nuances qui dominent la série et dès le générique les tons de gris bleutés prennent le pouvoir, traduisant par l’image et sur fond de musique déstructurée, la noirceur de l’âme de Frank. Ce jeu des couleurs ramènerait cette série à une partie d’échecs, où tous les acteurs sont des pions dans les mains de Frank, son bras droit Doug devenant une tour et les députés de son camp des cavaliers à ses ordres. Claire, sa femme, blonde et toujours habillée de couleurs « claires » justement, devient elle cette reine blanche se tenant à la droite du roi, prête à abattre le camp ennemi.

Une suite attendue

Même si on peut se demander en fin de saison 2 ce que Frank pourrait bien encore conquérir (puisqu’il n’y a que ça qui l’intéresse), la troisième promet des rebondissements : ses casseroles pourraient enfin le rattraper. Il faut saluer le travail de scénario qui termine l’année sur de belles promesses pour la prochaine : les choix que le hacker aura à faire, les conséquences de ce qui arrive à Doug et de la fuite de Rachel. Jusqu’à présent, House Of Cards suit un parcours sans faute, à l’exception donc d’une petite faute de goût.

Auteur de la critique : Freddy M.

Fiche Technique : House of Cards Saison

Créé par : Beau Willimon
Acteurs principaux : Kevin Spacey Rôle : Frank Underwood, Robin Wright Rôle : Claire Underwood, Kate Mara Rôle : Zoe Barnes, Michael Kelly Rôle : Doug Stamper
Année de création : 2012
Format : 60 min.
Chaîne(s) : Netflix
Genre : Drame, Thriller
Nombre de saison(s) : 2
Nombre d’épisode(s) : 14
Date de première diffusion : 01/02/2013

American Horror Story : Saison 1-3 Critique série

American Horror Story Saison 1-3 : Monstres pervers, nonnes sadiques et plan à trois avec zombies

Ryan Murphy se présente lui même comme un « créateur d’univers ». Cette définition lui correspond plutôt bien. Cela fait plusieurs années qu’il parcourt le paysage télévisuel, développant ça et là plusieurs projets souvent originaux. Mais s’il met tout son cœur dans les premières saisons à installer des personnages et une ambiance particulière, le réalisateur semble à chaque fois se lasser rapidement, préférant passer à autre chose, laissant ses bébés dépérirent tristement. Il suffit de voir la saison 1 de Glee plutôt bien menée et celles qui l’on suivie accumulant reprise de tubes parfois indigestes, intrigues teen classiques et fan service facile (le couple Finn/Rachel qui n’en finit pas de se tourner autour…).

Avec American Horror Story, Murphy semble avoir trouvé la parade à son ennui chronique : à chaque saison un nouveau lieu, de nouveau personnages, de nouveaux enjeux. Une forme d’anthologie qui rappelle les grandes heures de la télévision (La Quatrième Dimension) dans une version plus étendue. Il y a donc trois saisons pour l’instant, la première (nommée par les fans Murder House), Asylum et Coven, et comme dans toute anthologie, la qualité n’est pas forcément équivalente entre chaque segment.

Murder House 

Pour lancer American Horror Story, Murphy et sa bande décident de s’attaquer à un classique de l’épouvante un peu tombé en disgrâce ces dernières années : la maison hantée. L’intrigue démarre, comme toujours, avec une famille qui vient d’emménager pour trouver une nouvelle vie (le père ayant foutu en l’air l’ancienne avec son comportement érotomane). La mère est dépressive et la fille un brin suicidaire… Que du bonheur en perspective, et pas trop d’originalité à l’horizon. Cette première saison est donc un essai plutôt sage. La trame principale reste dans les sentiers battus (rencontre successive de fantômes, affrontement, doutes sur la santé mentale…) mais on sent déjà bourgeonner quelques petites idées par ci, par là, des éléments originaux. Voulant repousser certaines limites, les auteurs n’hésitent alors pas à convoquer d’autres segments de la culture américaine pour densifier l’univers. Des fantômes certes, auquel viennent s’ajouter le traumatisme des fusillades dans les campus, des monstres dans le grenier, des serial killer et autres légendes urbaines, rajoutant ça et là quelques références cinématographiques de bon goût (Rosemary’s Baby, La Malédiction…), pour faire passer la pilule de leur délire qui peut parfois sembler indigeste tant il part dans tous les sens. On se demande encore si le flash back éclair avec le Pape au Vatican était véritablement indispensable.

Partir ainsi sans fondations solides aurait toutefois pu faire planter la série mais, coup de chance, les acteurs font tenir la baraque. Car si American Horror Story a marqué les esprits, c’est surtout grâce à un come back inattendu, celui de Jessica Lange qui incarne, avec une perversité communicative, la voisine inquiétante et envoûtante, un personnage hitchcockien qui semble toujours osciller entre l’animosité et l’empathie pour ses nouveaux « amis ».

Néanmoins Murder House ne convainc pas totalement car certains délires sont assez peu exploités (quelques  fantômes qui passent en coup de vent…), mais on retrouve tout de même certains thèmes cher à Murphy, comme l’acceptation de soi, la revendication d’être un freak (que l’on soit gothique, autiste, fantôme ou serial killer, on a tous le droit au bonheur!!), projetés cette fois dans un univers plus sombre et déviant que d’habitude. AHS intrigue donc suffisamment pour laisser une chance à sa deuxième saison.

Asylum

Si l’on trouve déjà que la première fournée part un peu en cacahuète, on ne s’attend clairement pas à ce qui va suivre. Nouvelle intrigue donc qui prend place dans les années 60, au cœur d’un asile tenu d’une main de fer par une nonne sadique (Jessica lange de retour) et un docteur à la déontologie douteuse (James Cromwell, le gentil berger de Babe). La saison multiplie les situations sordides et ne laisse aucun répit à ses personnages. Si Murder House est déjà bien peu glauque, Asylum est véritablement crade. Une sacré bande gravite autour de cette maison de fous : des bonnes sœurs perverses, un tueur qui découpe la peau de ses victimes, un prêtre arriviste, des aliens, le diable en personne et même un père noël psychopathe, caché dans les sous sols (Ian McShane qui arrive à faire oublier qu’il est un piètre Barbe Noire dans Pirates des Caraïbes : la fontaine de Jouvence)… que du bonheur ! Et le plus beau dans tout ça ? Ça tient plutôt la route . On aurait pu croire que cela partirait trop loin (un fond de nazisme vient s’ajouter par la suite), et on a même des nouvelles d’Anne Franck, mais finalement tout ce joyeux bordel fonctionne plutôt bien. Et pour ceux qui détestent Maroon 5, Adam Levine se fait bouffer dans le premier épisode (à bon entendeur !…). Murphy en profite alors pour développer ses thèmes de prédilections plus en profondeur, appuyant cette fois véritablement le discours féministe et gay friendly, au travers des personnages de Jessica lange, Sarah Paulson, Lily Rabe… Ces femmes sont souvent maltraitées, écorchées, torturées pour motif « médical », les raisons de leur enfermement étant souvent d’ordre sexuel (nymphomanie, homosexualité, meurtre en réponse à un viol…), ou due à une maternité non désirée assimilée à une forme d’emprisonnement. Une libération du corps féminin qui effraie les hommes même les plus sadiques, préférant étouffer toute pulsion par la violence. Peu de figures masculines sont épargnées, si ce n’est la première victime des aliens (Evan Peters), plus ouvert et marié à une femme noire en début de saison. Les autres ont tous une tare à compenser (impuissance, complexe d’Œdipe…), et payent le prix fort pour leur arrogance. Un discours aux airs de féminisme radical mais qui reste cohérent de bout en bout, convoquant l’imaginaire collectif de l’hystérie, qui aux origines était considéré comme exclusivement féminine (nom dérivé du grec hystera, utérus), et de la possession pour mieux le retourner.

Même si certaines idées passent une fois de plus à la trappe, comme les extra terrestres assez sous exploités ou le personnage de l’évêque (Joseph Fiennes) plutôt secondaire, Asylum reste haletante du début à la fin et s’impose comme l’une des œuvres les plus viscérales de la télévision américaine. Après un tels progrès, on ne peut qu’espérer le meilleur pour la suite.

Coven

Cette troisième saison est pourtant une déception. Si les deux précédentes s’amuse à jouer avec les poncifs du genre, celle ci annonce pas mal de nouveauté et de fraîcheur pour laisser, finalement, l’impression d’un potentiel gâché. Mettant cette fois en scène un couvent de sorcières à la Nouvelle Orléans, on est en droit d’attendre une version gothique et trash d’Harry Potter, boosté au girl power, jazz et  folklore vaudou. Il y a un peu de tout ça, mais rien ne semble développé sur le long terme. Un peu comme si Tarantino avait réalisé Ma sorcière bien-aimée, faisant en sorte que Samantha éclate Jean Pierre à coup de fusil au bout du 3ème épisode. Tant de pistes sont développées pour finalement être laissées de coté. Le pouvoir de succube de Zoe (Taissa Farmiga) n’est plus évoqué, passé le premier épisode. Le minotaure du début est rapidement éliminé, pareil pour les chasseurs de sorcières qui annoncent un grand final avant de se faire trucider lors de l’épisode suivant. Coven ne manque pas d’idées, parfois brillantes (un plan à trois avec un zombie) mais lier le tout en un ensemble cohérent semble être le dernier des soucis de Murphy. Délirante oui, mais tellement frustrante. La tueuse immortelle Marie-Delphine LaLaurie (excellente Kathy Bates), bien que très présente, n’a que peu d’intérêt pour l’intrigue et certains personnages se font tuer, pour revenir à la vie sans explication particulière (Quennie) ; d’autre sont tous simplement évacués de l’intrigue un peu facilement, comme Nan la télépathe. Et si le discours féministe de la saison 2 est pertinent, ici il devient trop extrême : toutes les femmes de la saison sont fortes, mais aucun homme ne leur arrive à la cheville. Ils sont tous crétins, impulsifs, manipulables ou soumis, à l’exception du diable, sous les traits de Papa Legba/le Baron Samedi (figure mortuaire du culte vaudou) qui n’aura de toute façon qu’un rôle très secondaire. Un propos sincère, mais un peu trop caricatural pour être pris au sérieux.

Et si la réalisation de Murder House et d’Asylum est efficace, celle Coven souffre souvent d’un manque de retenue. Les réalisateurs ne se refusent aucun délire de mise en scène (ralentis, décadrages extrêmes, musiques rock à fond les ballons…), ce qui continue de rendre le tout parfois très indigeste, comme cette interminable explication dans le dernier épisode sous la forme cinéma muet. On s’éclate derrière la caméra, mais au détriment de toutes cohérences narratives ou artistiques.

Coven était attendue au tournant et a eu bien du mal à convaincre avec sa trame bancale et sa résolution finale qui donne l’impression que l’histoire s’arrête là où elle aurait du commencer.

Freak Show

Comme toute anthologie, American Horror Story connaît donc ses premiers passages à vide. Bien qu’elle remplit les écrans depuis 3 ans de personnages déjà mythiques, il est facile de remarquer que Murphy ne perd rien de ses vieux tics de recyclage : si quelque chose plaît pourquoi s’en priver ? Ainsi les acteurs qui reviennent d’une saison sur l’autre ont souvent plus ou moins le même rôle, avec des variantes, comme une seule personnalité qui serait divisée dans une infinité de réalités, Jessica Lange reste toujours un peu perverse (et danse dans chaque saison avec une robe rouge, une clope au bec et un verre de whisky dans la main) et Evan Peters demeure un amoureux transit (avec ou sans sang sur les mains…), quelques impressions de déjà vu qui peuvent finir par parasiter l’esprit rebelle de la série, la faisant basculer dans le fan service de bas étage.

Mais l’intérêt de la série réside surtout en ce qu’elle s’est constituée comme une bonne planque au cœur du système pour une belle bande de rebuts de l’industrie. Il est évident qu’il s’agit d’abord pour Ryan Murphy d’une catharsis : Après avoir écrit les aventures d’un duo de chirurgiens beaux et riches dans Nip/Tuck et les amourettes pleines de paillettes de Glee, on peut comprendre qu’il veuille se changer les idée, quoi de mieux alors que de faire voler les tripes dans une série horrifique ? Il semble que ce soit une bonne thérapie, car d’autres ont suivi le mouvement. Derrière la caméra, au scénario on peut retrouver Tim Minear, un ancien de la bande à Whedon, James Wong, malheureusement connu pour avoir réalisé le désastreux Dragonball Evolution et devant Jessica Lange bien sur qui effectue un retour en grâce après avoir disparu dans nombres de série B (voire Z), mais aussi tout les autres déçus du système : James Cromwell qui se fait de plus en plus rare sur les écrans, Ian McShane cantonné aux rôles de second couteau dans de grosses productions hollywoodiennes, qui prend ici un malin plaisir à découper ses victimes, Kathy Bates dont le rôle mythique de Misery lui à trop longtemps collé à la peau…Tous ces acteurs trouvent paradoxalement une porte de sortie grâce à cette série et un bon moyen de se rapprocher des nouvelles générations (Evan Peters, Emma Roberts…), Un peu en dehors d’un système qui pourrait ne plus vouloir d’eux, la faute à leur grand âge et leur sex appeal un peu daté. On ne peut que remercier Murphy de remettre en avant ces acteurs qui comptèrent un jour parmi les plus brillants. C’est un peu ça l’âme de la série, une belle brochette de tarés qui se mettent ensemble pour faire un gros doigt aux systèmes de productions classiques.

Mais de belles intentions ne suffisent pas à justifier une baisse de rythme. American Horror strory s’en tire grâce à son format particulier. Si une saison est mauvaise, la prochaine ne pourra être que meilleure, c’est ce que tout le monde se dit. En espérant qu’il ne s’agit pas d’un plan foireux pour relancer la suite en grande pompe en faisant semblant de s’excuser d’un « faux pas ».

Synopsis :Anthologie d’horreur, chaque saison prend place dans un nouveau lieu avec des personnages différents. De Los Angeles à la Nouvelle Orléans, des années 60 à nos jours, une vision macabre de l’Amérique et son folklore d’hier et d’aujourd’hui.

American Horror Story Extrait saison 4 Freakshow

Fiche technique : American Horror Story

Titre original: American Horror Story
Genre: Horreur, Épouvante, Fantastique
Créateur(s): Ryan Murphy, Brad Falchuk
Avec: Jessica Lange, Evan Peters, Lily Rabe, Sarah Paulson, James Cromwell, Zachary Quinto…
Production: Alexis Martin Woodall, Patrick McKee
Pays d’origine: États-Unis
Date: 2011
Chaîne d’origine: Fx
Épisodes: 38
Durée: 50 minutes
Statut: en cours (saison 4 annoncée)

 

 

 

 

La Féline de Jacques Tourneur : Critique du film

La Féline de Jacques Tourneur : L’image trouble de la femme prédatrice

S’il est de films mystérieux dont la compréhension totale nécessite plusieurs pistes de réflexions pour en saisir la pleine mesure et dont on n’est toujours pas certain d’en appréhender toutes les facettes, même après un second visionnage, alors ce classique du cinéma fantastique mérite largement sa place dans cette catégorie. C’est tout l’attrait qui s’en dégage, sa force principale mais paradoxalement aussi son aspect le plus, sinon répulsif, du moins distancié. Il n’est pas forcément aisé de bien distinguer vers quoi tend cette appropriation de la femme prédatrice.

Si l’on peut plus ou moins y comprendre une « psychanalyse » de la féminité dévorée par ses peurs et ses doutes, recluse dans un monde qu’elle s’érige comme protection envers une réalité agressive et effrayante, il est peu probable que ce soit son seul intérêt. Peut on aussi y lire une critique ténue mais bien présente d’une Amérique trop sûre de sa force et incapable de combattre ses propres démons intérieurs? Idée assez farfelue au premier abord, tant ce ne semble pas du tout être le sujet abordé ici, mais que l’on pense furtivement percevoir au détour de l’arrogance de cet homme pour qui les légendes serbes ne sont que traumas d’enfance refoulés et pour qui son pays est un rempart infaillible contre le danger extérieur.

Cette idée que la démence ne peut provenir que de marginaux n’ayant pas trouvé leur place au sein d’une société « normative » (la pécheresse aux troubles origines balkaniques est le démon incarné qui menace la prospérité du nouveau couple bourgeois et de ce médecin inquiétant et antipathique) revient assez régulièrement pour ne pas l’écarter définitivement. On peut encore y déceler une critique de la psychiatrie, alors encore balbutiante à cette époque, trop suffisante de ne pas comprendre le malaise et la solitude, choses impensables pour une société qui se construit sur des mirages.

Ce maelstrom de possibilités peut s’élargir à l’infini et c’est surement l’intention de Jacques Tourneur, que de nous perdre dans ce jeux de pistes pervers. Lui seul détient la vérité et son intention est possiblement tout autre, auquel cas la clef du long-métrage serait à revoir complètement. La limite de ce genre d’exercice est que sa courte durée veuille embraser trop de matière première, au risque de déclencher un sentiment troublant de désintérêt pour l’intrigue. Car au niveau purement cinématographique, c’est véritablement un exploit d’avoir réussi un tel rendu atmosphérique avec si peu de moyens.

Entre ombres et lumières, appuyées par des effets spéciaux fins, mais particulièrement bien rendus, sourde une angoisse de plus en plus présente à l’écran au fur et à mesure. Le noir et blanc accentue encore davantage cet effet de malaise persistant et si le doute est longtemps permis, le dénouement permet de valider certaines thèses précitées. Les animaux, thème récurant du genre, par leur apparition rappellent étrangement Les Oiseaux d’Hitchcock. Leurs réactions instinctives sont les prémices d’une horreur annoncée et les quelques immenses bâtisses vides font figure de maisons hantées, renforçant ainsi la peur ressentie dans certaines séquences de courses poursuites. Ces qualités essentielles sont évidemment un tour de force qui élève La Féline au rang d’œuvres marquantes dans l’histoire du cinéma, nonobstant cette incertitude qui plane sur son réel sens.

Synopsis : Irena Dubrovna, une styliste serbe, est persuadée d’être la descendante d’un clan de personnes pouvant prendre l’apparence d’une panthère. Malgré ses dires, l’ingénieur naval, Oliver Reed l’épouse mais Irena refuse de consommer le mariage de peur que ses fortes émotions influent sur la malédiction. Oliver s’éloigne de plus en plus d’elle et Irena devient alors de plus en plus dangereuse.

La Féline : Extrait

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais

Fiche Technique : La Féline de Jacques Tourneur

Titre original : Cat People
Réalisateur : Jacques Tourneur
Scénario : DeWitt Bodeen
Interprètes : Simone Simon, Kent Smith, Tom Conway, Jane Randolph.
Année de sortie : 1942
Durée :  1h15min – Pays : Etats-Unis
Photographie : Nicholas Musuraca
Montage : Mark Robson
Musique : Roy Webb

 

 

Le traitement de Hans Herbots : Critique du film

Ce thriller psychologique est une adaptation du livre The Treatment de l’écrivaine britannique Mo Hayder. Le scénariste Carl Joos (Dossier K, De Zaak Alzeimer, The Broken Circle Breakdown) s’est chargé de retravailler le script.

Un enfant assiste à l’enlèvement de son frère. 25 ans plus tard, l’enfant est devenu enquêteur de police. Il reste hanté par cette disparation et harcelé par le vieil homme soupçonné d’en être l’auteur. Un nouvel enlèvement d’enfant à lieu. Il prend l’affaire à cœur et soupçonne ce vieil homme, qui est prêt à lui raconter sa vérité, sauf que….

Le film, Le traitement – De Behandeling – est sombre, la lumière est obscure, l’atmosphère est irrespirable du début à la fin. Le passé s’invite dans le présent. Nick est seul, sans vie sociale et se jette corps et âme dans cette nouvelle affaire, ou les pistes sont multiples et souvent trompeuses, à la recherche de ce troll qui effraie les enfants.

Fenêtre sur Troll

Le réalisateur Hans Herbots ne perd pas de temps en route. Le chemin sera long et sinueux, mais il ne va pas nous épargner. Même si l’on ne voit rien ; un style toujours aussi efficace, mettant à contribution notre imagination ; il colle aux basques de son acteur principal Geert Van Rampelberg, écartelé entre son passé et ce présent, et victime de le mal-être qu’il porte en lui.

Adapté d’un roman du Britannique Mo Hayder datant de 2001, cette ambiance et cette histoire bien particulières évoquent l’excellent thriller psychologique Prisoners de Denis Villeneuve. Cette plongée dans la pédophilie, ne peut-être que dérangeante. Un univers malsain qui abrite aussi bien des hommes, que des femmes, ou se cache le troll et le mordeur : ou est-il une seule et même personne ?…

Nous suivons l’enquêteur Nick Cafmeyer. Nous découvrons les indices comme lui, nous recherchons la moindre piste qui mène à ce psychopathe, en se demandant si nous l’avons déjà croisé, s’il a un lien avec la disparition de son frère.

Un thriller noir comme l’intrigue. Les différents personnages que l’on croise, nous mettent mal à l’aise. L’immersion est totale, la vérité sera éprouvante, le final aussi violent visuellement, que psychologiquement. Le spectateur est à cours d’oxygène. Il lui faudra du temps pour se vider l’esprit, et de « se nettoyer » de la crasse des ces pseudos êtres humains.

Synopsis : Björn, un garçonnet de huit ans s’est enfuit et a disparu après s’être disputé avec son frère Nick, âgé d’un an de plus que lui. Suite à ce traumatisme, sa mère l’a rejeté. Nick Cafmeyer, maintenant enquêteur, reste perturbé par ce drame. Il habite dans le voisinage d’un pédophile notoire, Ivan Plettinckx, qui a été relâché après avoir été suspecté de cette disparition. Danni, la supérieure de Nick, est la seule personne qui a une bonne relation avec lui. Après avoir hésité, elle lui confie une affaire difficile. Un couple a été séquestré pendant trois jours par un homme qui s’est introduit chez eux. Il a disparu, de même que le fils du couple, Robin, âgé de neuf ans. Nick enquête pour le retrouver. 

Fiche technique : Le Traitement

Titre original :De Behandeling
Belgique – 2014
Réalisateur : Hans Herbots
Scénariste : Carl Joos
Casting : Geert Van Rampelberg, Laura Verlinden, Johan Van Assche, Ingrid De Vos, Brit Van Hoolf, Michael Vergauwen, Dominique Van Malder, Ina Geerts
Durée : 2h
Genre : Thriller
Image : Frank Van Den Eeden
Montage : Philippe Ravoet
Musique : Kieran Klaassen, Melcher Meirmans, Chrisnanne Wiegel
Costumes : Nathalie Leborgne
Producteur : Peter Bouckaert
Production : Eyesworks Film & TV Drama

Auteur : Laurent Wu