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Bird People de Pascale Ferran : Critique du film

Bird People : Un scénario léger et poétique, empreint de vérité

Pascale Ferran, revient après 8 ans d’absence, avec ce film très poétique qui nous fait réfléchir sur notre problème de communication et nous amène à profiter de l’instant présent à travers la métaphore filée de l’oiseau. On commence dès la première scène, dans le quotidien des transports, qui nous est tous familier. La foule du lundi matin qui se presse aux machines à tickets, les escalators qui se croisent, les gens qui se bousculent, les horaires qui nous dictent notre vitesse, la sonnerie des portes qui se ferment. Bref, on nous représente déjà les cages qui nous rendent solitaires et coupent nos ailes.

Audrey dans sa cage

Dans le milieu de l’hôtel Hilton, ou tout est carré et calculé, Audrey, est une jeune femme de chambre, réservée et rêveuse. Le temps (les pendules sont omniprésentes dans le film), est ce qui dicte la vie de la jeune fille. Elle calcule les heures qu’elle passe dans les transports, celui à faire les chambres, et au final n’a pas le temps de profiter de sa jeunesse. Elle reste enfermée dans cette spirale du quotidien et ne parle à personne, car personne ne parle aux femmes de ménage non plus.

Gary, l’homme nouveau

A coté, Gary Newman, un homme d’affaire américain à Paris pour un contrat, est en pleine crise existentielle et décide de tout quitter pour tout recommencer, faire un road trip en Europe. Se libérer de tout le stress du travail : horaires des réunions, voyage d’affaires partout dans le monde, jet-lag épuisants et nuits d’hôtel en solitaire. Il dit adieu à sa vie américaine parfaite, femme, enfants, grosse bagnole, belle baraque et jardinier. Il prend alors son temps, et réfléchit sur sa condition. Observant à l’aéroport, les gens qui courent partout comme « des poulets sans têtes ».

La libération de deux personnes

Réalisé en chapitre séparé, Bird People parle de ces deux personnages, qui ont chacun une soif secrète de liberté. Tous deux veulent vivre différemment du quotidien construit qui les a emmurés et privés de connaitre réellement ceux qui les entourent. Le seul moyen pour eux est alors de briser les habitudes. Audrey, plongé dans le noir, est contrainte de s’élever sur le toit de l’Hôtel. L’histoire brise alors les conventions mais devient d’autant plus intéressante. Audrey devient littéralement un oiseau, enfin libre et sans attaches. En moineau, elle peut observer, comme elle le faisait avant par sa fenêtre, les bouts de vie de ses voisins. Sa transformation lui permet de rester aussi discrète et inaperçue que dans son rôle de femme de chambre, car personne ne fait jamais attention aux moineaux qui observent. Enfin, une magnifique scène où elle se fait croquer par un client japonais, en tant qu’oiseau. Dans un merveilleux plan large, sur la musique Space Odity de David Bowie, l’oiseau et la caméra prennent leur envolée aux cotés des géants de fer de l’Aéroport Charles de Gaulle. Tel Cendrillon, elle aura goûté , juste le temps d’une nuit, à une vie sans responsabilités et profité de sa liberté avant de redevenir humaine, mais nouvelle.

Désormais, libérés de leurs cages, Audrey et Gary, se rencontrent et c’est le début d’une nouvelle histoire.

Synopsis : Dans l’hôtel Hilton près de l’Aéroport CDG, le destin croisé d’Audrey, femme de chambre, et Gary, client et ingénieur informatique américain en business sur Paris. Ces deux personnages vont reprendre en main le cours de leur vie en prenant la décision de tout lâcher.

Ce film a été présenté dans la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes 2014.

Fiche technique : Bird People

Réalisatrice: Pascale Ferran
Scénaristes: Guillaume Bréaud, Pascale Ferran
Date de sortie: 4 Juin 2014
Durée: 2h30
Genre: Drame, Fantastique, Romance
Nationalité: Français
Acteurs: Josh Charles (Gary Newman), Anaïs Desmoutier (Audrey Camuzet), Roschdy Zem (Simon), Camelia Jordana (Leila) …
Producteur: Denis Freyd
Directeur de la Photographie: Julien Hirsch
Montage: Mathilde Muyard
Musique Originale: Beatrice Thiriet
Auteur de la critique : Céline Lacroix

 

Wolf de Jim Taihuttu : Critique du film

Wolf : Le choc de l’été

Froid et tranchant comme la lame d’un couteau à cran d’arrêt, Wolf en a aussi l’efficacité. Voilà un film brutal et amer sur l’état des banlieues européennes, qui ne s’encombre pas d’artifices et d’effets de manche. Si sa parenté avec La Haine est une évidence. Wolf s’attarde davantage sur ce qui se passe hors des cités, sur les difficultés d’intégration de la population d’origine immigrée. Un film lucide et sans parti-pris, peut-être le plus gros choc de ce début d’été, une œuvre discrète d’origine hollandaise, n’ayant pourtant pas à souffrir de la comparaison avec le cinéma international.

Le combat d’un homme 

À sa sortie de prison, Majid est en liberté conditionnelle et doit se soumettre à un contrôle constant des forces de l’ordre. Embauché dans l’entrepôt où son père travailla durant 30 ans, il supporte mal une vie dont il ne veut pas, préférant de loin continuer à vivre de petits larcins et surtout de la boxe qui lui permet d’évacuer sa rage. Cet amour du combat lui vaudra d’être approché par la pègre, qui veut de lui comme homme de main, l’entraînant dans une spirale dont il finira par perdre le contrôle et qui brisera ses rêves de carrière de champion de boxe, pour lesquels il avait tant sacrifié.

Profondément humain et politique 

Wolf touche avant tout par sa sincérité, par un humanisme d’autant plus convainquant qu’il n’est pas manichéen. Majid est un garçon qui veut réellement s’en sortir, mais n’a jamais appris à survivre sans faire usage de la violence. Il est pris entre quatre feux qui constituent autant de choix impossibles : la boxe, la pègre, l’amour et la famille. De tous ces choix il fera le plus mauvais, le plus dangereux et finalement, le plus facile. Wolf est sans concession sur l’état des cités européennes, qui sont partout les mêmes délabrements sociaux. Des endroits méprisés, aux populations stigmatisées, qui prennent de force ce que la société refuse de leur laisser gagner dignement. Des populations qui ne connaissent rien d’autre que les trafics, la survie et la débrouille, la plupart du temps en-dehors de la légalité.

L’art du noir et blanc 

On dit souvent de manière hasardeuse qu’un noir et blanc et beau dans un film, comme si c’était un gage de talent. Le réalisateur Jim Taihuttu semble l’avoir compris et travaille réellement le procédé, sans esbroufe ni épate. Les contrastes sont élevés au rang d’art tellement le film est très lisible, malgré un éclairage sombre. Mais c’est la nuit que les images sont les plus belles, la ville apparaissant dans toute la beauté d’une nappe noire parsemée d’éclairages publics.  Si le noir et blanc était historiquement une contrainte technique, il est devenu avec le temps un argument artistique, superbement exploité ici.

Acteurs et musique au diapason

La bande-originale de Wolf, sobre et pleine d’angoisse, correspond étrangement au personnage de Majid, homme de peu de mots et aux colères imprévisibles. Marwan Kenzari, qui l’interprète, alterne le bon avec l’excellent. Il atteint par moments la grâce des acteurs capables de transmettre les émotions les plus intenses d’un simple regard, tout en retenue et en réserve. Cette musique, ces instants entre Majid et Hamza, son frère malade, tout concorde à créer les moments les plus forts et touchants du film, jusqu’aux larmes…

La bête qui sommeille 

Wolf est un film sur ce loup qu’est Majid, un homme affamé de tout ce que la vie a offert aux autres, mais lui a refusé. Il veut simplement sa part du gâteau et ne comprend pas que ses règles à lui ne vaillent pas autant que leurs règles à eux. Jim Taihattu fait passer un message fort et clair aux politiques et aux citoyens que nous sommes : dans une société de consommation comme la nôtre, il n’y a rien de plus dangereux que la frustration que nos règles discriminantes engendrent chez les plus défavorisées. Il y malheureusement fort à parier qu’une fois de plus, le message de ce cinéaste tombe dans les oreilles de sourds.

Synopsis : Majid, tout juste sorti de prison, peine à se réinsérer. Il alterne vols de scooter et séances de kickboxing. Sa rage est vite repérée par la pègre locale, qui voit en lui une recrue de choix. 

Fiche Technique : Wolf

Réalisateur, Scénariste : Jim Taihuttu
Interprètes : Marwan Kenzari, Bo Maerten, Chems Edine Amar
Durée du film : 2 h 03
La date de sortie prévue pour le 25 juin 2014 vient d’être reportée à une date ultérieure
Genre : Drame, Thriller
Nationalité : Néerlandais
Photographie : Lennart Verstegen
Montage : Wouter van Luijn
Musique : Sjaak
Costumes : Minke Lunter
Décors : Lieke Scholman
Producteur : Habbekrats, XYZ Films
Distributeur : ARP Sélection
Festival : Festival du film Policier de Beaune

Auteur de l’article Freddy M.

 

 

Un Amour Sans Fin de Shana Feste : Critique du film

Critique Un Amour Sans Fin : Une histoire d’amour adolescent mièvre et sans saveur

Un film sans fin

Un réalisateur peut avoir un bon sujet entre les mains et passer totalement au travers, mais Un Amour Sans Fin n’a même pas de bon sujet. Ce film traite une histoire d’amour réellement vue trop de fois au cinéma et qui s’oublie en même temps qu’elle se regarde. Les moments où il ne laisse pas le spectateur indifférent, c’est lorsqu’il agace par sa mièvrerie, sa naïveté et un manque total de crédibilité. L’histoire étant d’une pauvreté cinématographique assez rare, pas même un adolescent n’y trouvera son compte. On ne tient donc pas là le nouveau « film d’une génération », comme ont pu l’être Le Grand Bleu ou encore Les Nuits Fauves.

Une histoire simpliste

Un amour sans fin (Endless Love) simplifie au maximum l’idée d’histoire d’amour au cinéma, reprenant à son compte l’ensemble des clichés et poncifs qui sont autant de pièges. David aime Jade depuis quatre ans, sans jamais avoir osé le lui dire. La jeune fille riche, distante depuis la mort de son frère, ne se laisse pas approcher facilement. À force d’audace et de ténacité, David va la séduire, malgré un père autoritaire et un brin salaud sur les bords. Bien évidemment, l’histoire finit bien : l’amour triomphe, le méchant papa regrette un peu ses méfaits et la morale est sauvée.

Des clichés à la tonne

Malgré son absence d’originalité, cette histoire pourrait presque être sauvée des eaux si elle n’enfilait pas, en plus, les clichés comme des perles. Le spectateur oubliera vite l’hilarant ralenti sur Jade en train de courir dans la nuit, bras ouverts, après son premier baiser. Cette scène est indigne, même d’un enfant de cinq ans ! Par contre, comment ne pas être effaré par les ressorts dramatiques dont on n’aurait pas pensé qu’ils oseraient les filmer? L’adultère du père, l’accident de voiture de Jade et surtout l’héroïsme de Hugh et David lors de l’incendie final ?

Des scènes « incroyables »

Le manque de crédibilité de certaines scènes est frappant, lors de la première « nuit d’amour » de Jade et David. Ce dernier vient d’être mis à la porte de la maison de Jade. Il y revient donc lorsque les parents dorment et lui fait l’amour jusqu’au matin au milieu du salon, devant la cheminée. Scène suivante : le jour s’est levé, les amoureux sont toujours allongés là et prennent le temps de se réveiller. David devrait s’enfuir mais non : il part visiter la maison au risque de tomber nez à nez avec le père ! Si vous êtes sceptiques, penchez-vous également sur la scène du (presque) baiser dans le placard, une leçon de surréalisme. Moralité : le spectateur commence le film en étant indulgent avec nos tourtereaux ; il le finit en les traitant de tous les noms pour la bêtise dont ils font preuve.

Une technique inexistante

Techniquement la mise en scène est au niveau du scénario, c’est-à-dire à peine au-dessus d’une sitcom : aucune innovation, aucune créativité bref, absolument rien qui suscite l’intérêt. Les acteurs, à deux exceptions près, ont été recrutés pour leur physique et leurs gueules d’anges. Ils sont charmants, beaux et souriants mais sont à peu près incapables d’exprimer une émotion. Il n’y a guère que Robert Patrick (vu dans Terminator 2 et X-Files) et Bruce Greenwood (vu dans Star Trek et Super 8) pour livrer une prestation passable, mais perdus dans un océan de médiocrité.

On efface tout et on recommence

Shana Feste, qui signe là son troisième long-métrage, semble coincée dans la bluette à la chaîne : un produit de grande consommation standardisé, sans saveur et reproductible à l’infini. Si elle doit avoir une carrière, ce sera dans un certain anonymat, car elle ne semble avoir aucune ambition artistique autre que de multiplier les clichés éculés et usés jusqu’à la corde. Le Monde Charlie et The Spectacular Now ont démontré qu’on peut traiter des sentiments adolescents avec sensibilité, mais Shana Feste ne semble pas comprendre les adolescents. Sa seule sortie de secours sera de tout recommencer, en ayant cette fois plus d’amour pour le cinéma que pour les dollars.

Synopsis : Deux adolescents, David et Jade, s’aiment à la folie mais leurs parents n’adhèrent pas à cet amour. Quand ces derniers essayent de les séparer, David met le feu à leur maison. Il est alors envoyé en maison de correction.

Fiche technique – Un amour Sans Fin

Titre original : Endless Love
Réalisation : Shana Feste
Montage : Maryann Brandon
Scénario : Shana Feste,Joshua Safran
Pays : États-Unis
Interprète : Bruce Greenwood, Joely Richardson, Robert Patrick, Alex Pettyfer, Rhys Wakefield, Gabriella Wilde
Genre : Drame sentimental
Durée : 105 min.
Date de sortie : 11 Juin  2014
Photographie : Andrew Dunn
Musique : Christophe Beck

Auteur de la critique : Freddy M.

 

 

Dragons 2 de Dean DeBlois : Critique du film

Dragons 2 : Un univers toujoursaussi magique, coloré et libérateur

Amusant et merveilleux, la suite tant attendue de Dragons est à la hauteur des espérances. Ce nouveau volet, qui sera le second d’une trilogie, nous fait découvrir de nouveaux personnages inattendus, et de nouvelles aventures pleines de rebondissements. Plus âgés (autour de la vingtaine), le spectateur ressent que les personnages principaux ont évolué, dans leur relations réciproques et également au niveau de leurs ambitions.

Dans cette nouvelle aventure intitulée Dragons 2, Harold es tiraillé entre le rôle de protecteur du village qu’il n’est pas prêt à assumer, et sa soif d’aventure auprès des dragons. Il va en apprendre beaucoup sur ses origines grâce au personnage de Valka, mystérieuse et indépendante, qui va devenir le point pivot de l’histoire.

C’est dans cet univers magique, coloré et libérateur que le dessin animé, plus mature, arrive à nous émouvoir dans ses moments les plus sérieux, et nous faire rire tout du long. Le personnage de Krokmou, ainsi que les autres dragons sont toujours aussi mignons et amusants dans leur mimiques, au delà même des personnages humains. La magie de leur envol sublimée par l’utilisation de la 3D, fait rêver et frissonner le spectateur, comme s’il était lui-même un dompteur de dragon.

Avec des nouveaux méchants, Dragons 2 dévoile une vision un peu manichéenne de l’ennemi principal de l’histoire, Drago, antithèse de Stoïk. On trouve a contrario, le personnage d’Eret (fils d’Eret), exemple de personnage se rachetant dans ses actions. On s’attend alors à ce que ce personnage soit plus développé par la suite, et évolue, tout comme la fine équipe des dompteurs et de leurs dragons.

Dreamworks prouve avec cette suite, la qualité de ses dessins animés, dans le même courant que Shrek ou Madagascar, en alliant humour et originalité des histoires. Qui plus est, avec des acteurs imposants pour le doublage en V.O. (Cate Blanchette, Gerard Butler, America Ferrera, Kit Harrington). Le genre de dessin animé qui plait à tous et qui nous fait regretter de ne pas pouvoir adopter de vrais dragons…

Synopsis: Cinq ans après, dans le village de Beurk, Harold, Astrid et Krokmou, cohabitent paisiblement entre dragons et dompteurs de dragons. En tant que fils de chef de village, Harold a désormais l’âge de reprendre le flambeau de son père. Mais lors d’une escapade dans une grotte, ils découvrent de nouveaux dragons sauvages et une nouvelle menace. Drago Bludvist, un dompteur de dragons à la soif de pouvoir, veut dresser une armée de dragons et mettre à cendre la ville de Beurk. Harold, Krokmou  et toute l’équipe de dompteurs de dragons partent en guerre pour sauver les dragons et défendre leur village.

Ce film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2014.

Fiche technique : Dragons 2

Réalisateur : Dean DeBlois
Scénaristes : Dean DeBlois, Cressida Cowell
Interprètes (doublage) : Jay Baruchel (Harold), Cate Blanchett (Valka), Gerard Butler (Stoïck), Craig Ferguson (Gueulfor), Astrid (America Ferrera), Jonah Hill (Rustik), Christopher Mintz-Plasse (Varek), T.J. Miller (Kranedur), Kristen Wiig (Kognedur), Djimon Hounsou (Drago), Kit Harrington (Eret) …
Genre : Animation, Aventure, Fantastique
Sortie en salle : 02 Juillet 2014
Durée : 1h45min
Musique : John Powell
Public : A partir de 3 ans

Auteur de la critique : Céline Lacroix

Black Coal de Diao Yinan : Critique du film

Black Coal s’ouvre sur un cadavre emballé puis disséminé dans différentes usines à charbon d’une Mandchourie ensoleillée. Au même moment, un couple s’enlace dans une chambre d’hôtel puis se sépare sur le quai d’une gare, l’homme tentant de retenir sa femme qui vient de lui donner les papiers du divorce, dans une dernière étreinte violente.

Cet homme, c’est l’inspecteur Zhang qui mène l’enquête sur ces morceaux de corps et la résout lors d’un bain de sang burlesque un peu déstabilisant, en prenant une balle au passage.

Nous le retrouvons cinq ans plus tard, bouffi et alcoolique dans une Mandchourie enneigée. Tel notre héros, le climat est devenu froid et sombre. Ancien policier, il se retrouve tout de même au cœur d’une nouvelle enquête, qui le renvoie à celle du début du film. Il noue une relation ambiguë avec une jeune femme liée à trois meurtres, trois hommes démembrés.

Regarde les hommes tomber pour elle

Le thriller est sombre, la tension est permanente. Nous soupçonnons comme les policiers que cette femme mystérieuse est une veuve noire. Mais notre héros a de la folie en lui, et va se frotter à cette femme qui le repousse, et lui répète constamment de ne pas le suivre, comme un avertissement. Le suspense est permanent. Le spectateur est balloté en douceur dans différentes directions, malgré la violence qui peut frapper à tout instant. Une violence suggérée, comme le sexe. On ne voit rien, on n’entend, on imagine ; c’est encore plus dérangeant. Il n’y a pas de musique, peu de dialogues, c’est avant tout visuel. La photographie, la lumière, la mise en scène sont esthétiquement parfaites.  Le duo Fan Liao et Lun-Mei Gwei se complète à merveille. Un homme violent et exubérant face à une femme douce et effacée, deux écorchés vifs.

Une femme dans un monde d’hommes violents, tentant de survivre dans cette meute de loups attirés par sa beauté. Une femme en apparence fragile, qui veut juste faire de sa vie un feu d’artifice, tout en se laissant glisser sur ses patins à glaces pour oublier un peu la réalité du quotidien.

C’est surtout une histoire d’amour qui sort des sentiers battus, sur fond d’une intrigue policière qui reste dans l’ombre, mais planant sur eux, telle une épée de Damoclès, en ne sachant pas vraiment sur qui elle va s’abattre.

La noirceur du film est parfois mise à mal par un plan ou une scène burlesque. Un cheval dans un bâtiment, une femme obèse qui crie tel une cantatrice lors d’une fusillade, le vol d’une moto, une femme habillée dans une baignoire et autres. Tout ceci perturbe le climat oppressant de l’intrigue. Un exercice de style typique du cinéma asiatique, comme dans Memories of murders ou The Chaser, deux œuvres supérieures à celle-ci.

La réalisation de Yi’nan Diao est réussie : l’esthétisme de sa mise en scène glaciale mais énergique, de ses cadrages élégants, confère à l’intrigue, une atmosphère particulière. Le dernier quart d’heure est étrange, comme si le réalisateur voulait se démarquer du genre, en nous rappelant son statut de cinéma d’auteur.

Le film a reçu l’ours d’or à Berlin et l’ours d’argent du meilleur acteur pour Fan Liao. Un choix discutable pour le premier prix, moins pour le second. Il porte en partie le film sur ses épaules, mais c’est faire offense à Lu-Mei Gwei, toute aussi brillante. Le duo est indissociable et formidable dans un film mineur, qui procure une expérience fascinante mais pas marquante.

Synopsis: En 1999, un employé d’une carrière minière est assassiné et son corps dispersé aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang mène l’enquête, mais doit rapidement abandonner après avoir été blessé lors de l’interpellation des principaux suspects. Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres sont commis dans la région, tous deux liés à l’épouse de la première victime. Devenu agent de sécurité, Zhang décide de reprendre du service. Son enquête l’amène à se rapprocher dangereusement de la mystérieuse jeune femme.

Fiche technique : Black Coal

Black Coal (Bai Ri Yan Huo)
Chine – 2014
Réalisation: Diao Yinan
Scénario: Diao Yinan
Interprétation: Fan Liao (Zhang Zili), Lun-mei Gwei (Wu Zhizhen), Xue-bing Wang (Liang Zhijun), Jing-chun Wang (Rong Rong)
Date de sortie en France: 11 juin 2014
Durée: 1h46
Genre : Policier
Image: Dong Jinsong
Son: Zhang Yang
Montage: Yang Hongyu
Musique: Wen Zi
Producteur: Vivian Qu, Juan Wan
Production: China Film Co-Production Corporation

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

La Commune de Philippe Triboit : Critique série

Après la lecture de l’ouvrage The Wire : L’Amérique sur écoute, qui consacre un paragraphe à cette série : La Commune, ou le portrait ambigu d’une cité française en faisant un parallèle entre elles (sur la question de la rénovation urbaine, l’usage de la démolition comme outil privilégié du changement, la confrontation entre l’espace physique support de projet et le territoire vécu par les habitants, les promesses politiques de reloger les populations dans de nouvelles opérations immobilières, etc….), l’idée de se lancer dans l’unique saison des huit épisodes de cette production Canal+, semble judicieuse, celle-ci ayant finalement pour seul vrai point commun le fait qu’une cité soit présente dans l’histoire.

L’influence des séries américaines sur l’auteur Abdel Raouf Dafri, (en dehors de The Wire), se ressent. Chaque épisode s’ouvre et se conclut sur un monologue de Tomer Sisley à la manière d’Harold Perrineau Jr dans Oz. Une intention louable d’adapter d’une certaine façon les œuvres majeures de la télévision américaine, mais c’est souvent un exercice difficile et rarement réussi.

Une commune clichée

La Commune n’est pas une réussite. L’histoire et les différentes intrigues qui la composent, sont aussi ennuyeuses, qu’aberrantes. Il suffit de lire le synopsis pour comprendre que les clichés seront légions, stigmatisant une nouvelle fois les résidents de cité ou aucun d’entre eux n’est en réussite sociale, ni même étudiant ; la police est uniquement composée de blancs d’origine française, les autres blancs sont un serbe qui est le bras droit du caïd de la cité, un barman avec un fils homosexuel et cocaïnomane, un docteur alcoolique et un jeune qui fait partie d’un trio de dealers, les deux autres étant d’origine maghrébine et juive. Le caïd est bien sur un homme d’origine africaine, qui succède à un homme d’origine maghrébine, tout en étant en deal avec d’autres hommes d’origine africaine et sous le joug d’un homme d’origine maghrébine, vous suivez ?

Le bras droit Serbe avec un accent à couper au couteau, signifiant qu’il n’est pas né en France, comme pour ne pas cautionner sa couleur de peau et sa violence, en faisant de lui un immigré. Mais tout va bien, le héros est un imam, Isham Hamadi. Sauf que c’est un homme d’origine française et qu’il sort de prison. Mais soyez rassuré, le bras droit Serbe fornique avec une jeune femme d’origine maghrébine dans un squat glauque depuis deux ans, tout va bien ! En plus, il la bat et se sert d’elle comme sac à foutre, alors qu’évidemment, elle est amoureuse de lui, une version un peu trash de Plus belle la vie ! Nous avons aussi le frère d’Hocine Zemmouri qui revient du bled marié avec une jeune femme présentée comme une bonne musulmane. En vérité, elle fait des blow-jobs dans les caves, comme toutes femmes maghrébines dans les cités….. Bien-entendu !

Concernant le casting. les personnages étant caricaturaux, il aurait fallu des acteurs(trices) capables de les sauver de cet enfermement scénaristique. En dehors de Tomer Sisley, de la révélation Tahar Rahim qui sort vraiment du lot, de sa sœur Samira Lachhab et de la voix de Doudou Masta, le reste de la distribution n’est pas à la hauteur. Francis Renaud est aussi subtil qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine ; quand il s’exprime en arabe, c’est juste comique, alors que l’intrigue est censée être dramatique. Il n’a aucune crédibilité en imam. Doudou Masta est sauvé par sa voix, son instrument principal en tant qu’ancien rappeur de Timide et sans Complexe, mais en dehors de son organe vocal, il en fait des tonnes, un point commun avec ses autres partenaires, dont il partage le fronçage de sourcils à outrance. Stefan Cassetti, le méchant serbe est affligeant dès qu’il ouvre la bouche : même un marteau-piqueur est plus mélodieux que lui ! Il en est de même avec Angela Molina, en immigrée argentine. Leurs accents forcés sont énervants ; ils passent leurs temps à crier ou pleurer. Si vous avez encore en mémoire le décès de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises, ici vous l’avez en version multilingue et angles , la fameuse comédie française où tout est poussé à l’excès dans les réactions, et où la subtilité est absente. Olivier Barthelemy n’est pas en reste. Il est tout le temps énervé, les sourcils constamment froncés. Alain Doutey est aussi présent en maire véreux, acteur labellisé TF1, avec son éminence grise Stéphane Debac, le « Nicolas Sarkozy du pauvre », toujours dans l’agressivité, aussi bien dans la gestuelle, que dans le verbe, ce qui donne une idée du personnage et de sa faculté à taper sur les nerfs. Biyounia et son pseudo jeu d’actrice sont aussi de la fête, tout comme Camille Cottin. Nous comprenons vite pourquoi cette dernière a préféré se lancer dans son émission affligeante, toujours présente sur sur Canal+ «Connasse »… Bref, c’est un carnage ! On dirait des acteurs sortis tout droit d’un théâtre de rue. Une telle galerie de personnages peu inspirés, n’améliore pas l’appréciation de cette série poussive.

Place à la réalisation. La série date de 2007 et pourtant elle donne l’impression d’être filmée avec les moyens des années 90. C’est pauvre. On ne ressent aucune ambition. Ces nombreux zooms répétitifs sur les visages en colère ou en pleurs (tout comme sur une assiette vide), accompagnés d’une musique assourdissante qui martèle tous les moments dramatiques, sont d’une lourdeur extrême. Nous ne pouvons que saluer l’osmose de l’ensemble !

C’est le premier scénario d’Abdel Raouf Dafri. Il fera beaucoup mieux plus tard avec Le prophète, où il retrouvera Tahar Rahim. Mais ici, la simplicité des diverses intrigues, les personnages manquant de psychologie, les nombreux clichés qu’ils véhiculent, ne plaident pas en sa faveur. Il s’est fait la main, et a appris de ses erreurs depuis. Il faut dire qu’il n’a guère été aidé par la réalisation de Philippe Triboit sortie des années 70, au style désuet, et dont la filmographie ne parle pas vraiment en sa faveur. Nous ressentons pourtant l’envie de bien faire, mais les bonnes intentions ne suffisent pas, que ce soit la description de La Commune, de ses habitants, de sa police, de ses dealers, de ses politiciens et autres. L’ensemble se veut réaliste, avec une absence d’artifices, mais frôle trop souvent l’incohérence, comme ce policier en civil qui traîne l’imam en plein jour au sol à travers la cité, sans que personne ne réagisse. C’est tellement improbable, que cela en devient gênant…

Au final, une série que l’on regarde sans passion. Le spectateur a juste l’envie de savoir où cela va le mener, en n’espérant plus grand chose au bout de 3 épisodes, ce qui lui permet de ne pas être déçu par une fin banale, et des intrigues non conclues. Cette série n’a pas été renouvelée, ce qui semble logique, après cette faible et unique saison.

Synopsis : La Commune est un quartier difficile qui détient tous les records en matière de chômage, trafic de stupéfiants et criminalité. Après 20 ans passés en prison, le charismatique chef musulman Isham Amadi décide de réintégrer son quartier d’origine où il retrouve son ami d’enfance, devenu le caïd local, Housmane Daoud. Les habitants de la Commune viennent d’apprendre que les immeubles vétustes dans lesquels ils résident seront rasés pour faire place à de nouveaux logements. Soupçonnant là une manœuvre des autorités pour nettoyer la cité de ses éléments les plus « nocifs », certains habitants, rassemblés autour d’Amadi, organisent la résistance. Mais derrière cet affrontement politico-médiatique se profile une guerre de territoire larvée et meurtrière : celle que se livrent les deux frères ennemis Daoud et Amadi, liés par un crime vieux de vingt ans.

Fiche technique : La Commune

Réalisateur : Philippe Triboit
Scénariste : Abdel Raouf Dafri
Casting : Tahar Rahim, Tomer Sisley, Francis Renaud, Doudou Masta, Stefano Cassetti, Angela Molina, Patrick Descamps, Olivier Barthélémy, Samira Lachhab, Alain Doutey, Pascal Elso, Hicham Nazzam, Biyouna
Producteur : Jean-François Boyer
Compositeur : Eric Neveux
Genre : dramatique, policier
Saison : 1 de 8 épisodes
Chaîne : Canal +
Année : 2007

Critique : Laurent Wu

 

Critique de N.C.I.S. – Enquêtes Spéciales, saison 11

 N.C.I.S. – Enquêtes Spéciales, saison 11 : Fin de cycle ou fin de parcours ? 

C’est la question qui se pose à la fin de cette saison 11 de N.C.I.S. Enquêtes Spéciales. En effet, sans être catastrophiques, les audiences ont connu aux U.S.A. une baisse sensible cette année, avec une moyenne de « seulement » 17 millions de téléspectateurs par épisode. Il faut remonter à la saison 6 pour trouver un score aussi faible. Depuis, les moyennes avaient toujours dépassé les 19 millions de téléspectateurs par épisode. Bien entendu il n’y pas le feu, pas encore du moins : N.C.I.S. est encore et toujours la série numéro 1. Mais cette baisse doit quand même sonner l’alarme du côté des producteurs et scénaristes, car il y a bien des raisons à cette baisse. Un profond renouvellement s’impose donc si la série veut arriver aux quatorze saisons atteintes par Urgences.

Un format qui s’essouffle

True Detective, Damages ou même House Of Cards l’ont démontré ces dernières années : le format de 24 épisodes de 42’ en vogue dans les années 80 pourrait bientôt disparaître. Aujourd’hui, faire qu’une série dure sur toute une année scolaire n’est plus une obligation, certains téléspectateurs consomment autrement. Le rapprochement avec le monde du cinéma y est pour quelque chose, entrainant un besoin de liberté dans le choix du format, car on n’impose pas à Martin Scorsese leformat de sa série. Bref, aujourd’hui N.C.I.S. semble sur le point de passer de mode, coincée dans ce modèle d’une série qui revient chaque saison, régulière comme un métronome. S’ils veulent stopper dès maintenant la tendance, sans changer le format, les scénaristes vont devoir écrire autrement des intrigues qui commencent objectivement à être ennuyeuses.

Une série qui ne surprend plus 

Car N.C.I.S. c’est aussi la routine des scénarios, des épisodes qui se ressemblent souvent car tous construits sur le même modèle : un crime en introduction, suivi d’une enquête pour finir sur la révélation du coupable, qui n’est jamais là où on l’attend. Entre temps on aura eu droit au cadavre, au spectromètre de masse et à la prise d’assaut de la maison du suspect par…quatre agents. N.C.I.S. est toujours une franchise d’excellente qualité, mais qui ressemble trop aux séries d’il y a vingt ans.

Pourtant, la saison 9 promettait un tournant, en s’intéressant aux personnages principaux plus que par le passé. On découvrait leurs blessures, leurs sentiments ou leurs aspirations. C’était une idée intéressante, qui n’a duré qu’une saison et malheureusement, a vite été mise de côté.

Des signes qui ne trompent pas 

Alors que penser de ce petit événement révélateur ? Car pour la première fois depuis plusieurs saisons, N.C.I.S. s’achève sans le cliffhanger habituel. Cette année pas d’intrigue à cheval sur deux saisons, pas de suspens pour garantir le retour du téléspectateur à la rentrée. Manque d’inspiration ? Manque de volonté ou plutôt volonté de changement ? Seule certitude : il est très difficile de penser à une coïncidence, comme si les scénaristes sentaient le vent tourner et avaient déjà baissé les bras. Pourtant, ces cliffhangers étaient toujours les meilleurs moments des dernières années. Leur absence cette saison fait automatiquement baisser la qualité de cette saison 11.

Enfin, il y a le cas Emily Wickersham, chargée de succéder à Cote De Pablo et qui semble se retrouver face à un mur. Impossible de savoir qui d’elle ou des scénaristes est responsable, mais son personnage peine à s’affirmer, à s’approfondir, a trouver le charisme que possédait Ziva David. Etrange idée alors de lui créer un rôle de geek (créneau déjà occupé par McGee) doublé d’un talent de déduction, car cela pèse tellement peu face à ce qu’était Ziva : son talent pour le combat rapproché, ses flirts avec Tony, l’amour de son pays mais aussi desU.S.A. et ce père directeur du Mossad. C’est pour ça que le personnage de Bishop a un besoin urgent d’épaisseur et de profondeur qui pourrait contribuer à enrayer la chute d’audience.

Changer ou disparaître

N.C.I.S. est à un tournant, au moment le plus important depuis sa création. Elle doit s’adapter et suivre le vent ou prendre le risque que les fans aillent voir ailleurs. Les pistes sont peu nombreuses mais efficaces : mettre en place des intrigues « au long cours », peut-être sur une saison entière, prendre le temps de parler de ses héros et faire tout de suite quelque chose pour que Bishop soit autre chose qu’une ravissante blonde à la tête bien pleine. D’autres l’ont fait avant, Le CaméléonX-Files. Il y a peu, on n’imaginait pas ce qui pourrait arrêter N.C.I.S. dans sa course au succès, maintenant on connait la réponse : la routine.

Synopsis : La Naval Criminal Investigative Service regroupe une équipe d’agents spéciaux chargés d’enquêter sur des crimes concernant la Marine.

Fiche Technique : N.C.I.S

Créateurs : Donald P. Bellisario, Don Mcgill.
Producteurs exécutifs : Donald P. Bellisario, David Bellisario.
Sociétés de production: Belisarius Productions, Paramount
Année de création : 2003.
Date de 1ère diffusion : 23/09/2003.
Nombre de saisons : 11.
Nombre d’épisodes : 257.
Genre : Policiers / judiciaires.
Lieu de l’action : Washington, D.C.
District de Columbia.

Auteur de la critique Freddy M.

The two faces of January : Critique du film de Hossein Amini

 The two faces of January : Un thriller âpre et sombre, bridé par ses références classiques

Auteur de scénarios prestigieux (Drive ou Les ailes de la colombe, nominé à l’oscar du meilleur scénario), Hossein Amini décide de franchir le cap et de passer à la réalisation avec ce thriller aux références et aux ambitions hitchcockiennes. Parcourant les thèmes récurrents du grand « maître du suspense », tels que l’interdépendance entre les personnages, les faux semblants, les trahisons, Amini n’oublie pas d’où il vient et prend également ici la casquette de scénariste.

Tout d’abord, il est intéressant de comprendre, ce qui a poussé Hossein Amini à réaliser ce film. Alors au fond du gouffre dans sa carrière de scénariste, il est contacté par Nicolas Winding Refn, qui lui propose un scénario d’adaptation ayant pour base le roman Drive de James Sallis. Touché par cette proposition, Amini accepte et écrit alors le scénario du film de Nicolas Winding Refn. Sur le tournage, et à sa grande surprise, Refn réclame constamment sa présence pour des conseils scénaristiques. Amini, inspiré par Refn, entreprend alors l’adaptation d’un polar Les deux visages de Janvier écrit par Patricia Highsmith.

Pour ce premier film, le réalisateur met en scène le personnage de Rydal, un américain ayant fuit en Grèce sa trop stricte famille, au début des années 60,  pour plus de liberté. Il est merveilleusement interprété par Oscar Isaac, jouant également dans Drive et star montante d’Hollywood, désormais connu pour son rôle d’artiste raté dans Inside Llewyn Davis des frères Coen (il a d’ailleurs été nominé aux Golden globes pour ce rôle). Rydal devient sur place guide touristique pour touristes anglophones et accessoirement petit escroc des bas quartiers, escroquant la plupart de ses clients.

Cependant, au moment où il fait visiter à de jeunes américaines naïves le monument du Parthénon, il est fasciné par un couple de touristes américains, joués avec brio par Viggo Mortensen et Kirsten Dunst, Chester et Colette MacFarland. D’abord un peu méfiant, les deux finissent par sympathiser avec lui. Chester n’a pas l’air cependant d’avoir un passé tout blanc et le couple semble cacher un lourd secret. En effet, le mari a vendu à de louches investisseurs, des parties monétaires d’un gisement pétrolier fantôme. Profitant désormais de leur vie aisée, ils visitent les plus belles villes d’Europe. Jusqu’au jour où un représentant de ces investisseurs sonne à la porte et réclame violemment l’argent. Dans un réflexe de légitime défense, Chester le tue. Par un concours de circonstance, Rydal devient complice de la cachotterie et le trio va alors entrer dans un engrenage infernal.

Concernant la distribution des rôles et la prestation des acteurs, Amini jouant sur l’interdépendance des personnages de son récit, met en valeur le trio Mortensen-Isaac-Dunst, fonctionnant à merveille et dont les jeux sont parfaits de retenue. Nous ne pouvons que souligner la véritable performance de Mortensen qui passe du mari aimant au mari jaloux et prêt à tuer. Il passe d’un registre à l’autre de manière tout à fait remarquable et sait jouer avec nos nerfs. Nous ne savons plus s’il est un protagoniste ou un antagoniste, s’il est bon ou mauvais… Il est regrettable néanmoins que Kirsten Dunst apparaisse si peu à l’écran : elle est en quelque sorte le maillon faible de ce trio, malheureusement sous exploitée, et peine à rivaliser avec le duo d’hommes. Dommage, car elle aurait pu apporter à ce triangle amoureux bien particulier une profondeur toute autre.

Ce qui frappe tout de suite dans ce polar, c’est la mise en scène très proche des polars d’Hitchcock. Le style est retranscrit de bien belle manière non pas par des travellings, mais des plans fixes quasi subjectifs à la Wes Anderson, beaucoup de plans larges, pas ou peu de caméra à l’épaule. Nous sommes dans du classique. Cependant, trop de classique tue le classique. Ainsi, nous nous retrouvons comme prisonnier de l’époque du film, et nous nous perdons dans le classicisme des références bien trop nombreuses.

Amini exploite de nombreux thèmes récurrents hitchcockiens de manière tout à fait correcte, mais il aurait pu s’imprégner un peu plus de la mise en scène de Refn avec des travellings lents et très stylisés. Mêlé à ce style classique et efficace, l’ensemble aurait sûrement donné un mélange formidable d’influences, et ce double hommage serait parvenu peut-être, à créer un nouveau genre. Le réalisateur reste dans un style bridant son talent et ne mettant pas en valeur sa mise en scène, sans doute prometteuse.

L’ambiance générale est vraiment particulière, très proche des polars des années 50 et des thrillers d’Hitchcock. On pourrait la qualifier d’âpre, rude, parfois violente, voire oppressante. C’est comme si le film était entouré d’une brume pâteuse : nous étouffons, c’est une sensation bien étrange, parfois agréable, parfois rude et sèche. Elle peut être due à ce triangle amoureux où l’ambiance est glaçante. Sommes-nous dans la réalité ou dans le rêve? Est ce que tout cela est réel ou irréel? A ce moment là, les personnages sont perdus eux-mêmes dans une vision troublante de leur vie oscillant entre le soleil et la pluie, le bonheur et le malheur, la vie et la mort. Tout ceci retranscrit dans un rythme haletant qui peut soit laisser de marbre, soit subjuguer. Ces personnages perdus dans leurs propres rêves, évoquent l’onirisme de David Lynch, qui dans beaucoup de ses films comme Mulholland drive, installe une ambiance assez étouffante voire malsaine pour le spectateur.

Le scénario quant à lui est bien écrit et rondement mené. Même si Amini réalise le film, il n’en reste pas moins un vrai scénariste et un très bon adaptateur. Nous regretterons cependant, un manque important d’enjeux sur certaines scènes : nous ne ressentons aucune détresse pour les personnages ; le scénario est trop prévisible, car l’hommage prend le pas sur la personnalité singulière de l’intrigue. Cependant, certaines scènes sont dignes d’un grand polar.

Au final, le spectateur sort de la salle ni repu, ni frustré. Avec un scénario bien mené mais prévisible, intriguant parfois, mais inégal, ce thriller sombre aurait mérité une meilleure inspiration, surtout au niveau de sa mise en scène et de son scénario. Toutefois, la prestation des acteurs et certaines scènes dignes de grands polars permettent aux spectateurs de passer un moment agréable.

Synopsis : 1962. Un couple de touristes américains très élégants, le charismatique Chester MacFarland et sa jeune épouse Colette, arrive à Athènes. À l’Acropole, ils rencontrent Rydal, jeune guide américain parlant grec, arnaqueur de touristes à l’occasion. Séduit par la beauté de Colette et impressionné par la fortune de Chester, Rydal accepte sans hésiter leur invitation à dîner. Les McFarland se révèlent moins lisses qu’il n’y paraît : le luxe et leur raffinement cachent bien mal leur part d’ombre.

Fiche Technique: The two faces of January

USA, Royaume-Uni, France – 2014
Réalisation: Hossein Amini
Scénario: Hossein Amini d’après: The Two Faces of January de: Patricia Highsmith
Interprétation: Viggo Mortensen (Chester MacFarland), Kirsten Dunst (Colette MacFarland), Oscar Isaac (Rydal), Daisy Bevan (Lauren), Yiğit Özşener (Yahya), David Warshofsky (Paul Vittorio), Ozan Taş (réceptionniste du Grand Hotel)…
Genre: Thriller
Date de sortie: 18 juin 2014
Durée: 1h37
Image: Marcel Zyskind
Décor: Dominic Capon
Costume: Steven Noble
Montage: Nicolas Chaudeurge, Jon Harris
Musique: Alberto Iglesias
Producteur: Tim Bevan, Eric Fellner, Robyn Slovo,Tom Sternberg
Production: Working Title Films, StudioCanal, Timnick Films
Distributeur: StudioCanal

Auteur de la critique: Louis Verdoux

Game of thrones : saisons 1-4 : Critique

Cela fait maintenant trois ans, que Game of thrones s’est faite une place dans la culture populaire. Au fil des épisodes, nous  découvrons le monde de Westeros, ses intrigues complexes, ses personnages haut en couleurs, sa violence et ses guerres de successions. Au cours des 4 saisons qui ont tenu en haleine une bonne partie des spectateurs, le succès n’a jamais été démenti et l’accueil critique extrêmement positif, annonçant déjà la série comme le nouveau standard de qualité télévisuelle.

Fruit d’une union illégitime de Lord Stark, Jon Snow se prépare à intégrer la fameuse Garde de Nuit. Depuis des siècles, cette confrérie protège le royaume de toute créature pouvant provenir d’au-delà de l’immense Mur protecteur septentrional. En Orient, sur le continent d’Essos, l’héritier «légitime» en exil des Sept Couronnes, Viserys Targaryen, se prépare à reconquérir le royaume. Prêt à tout, le fils d’Aerys projette de marier sa jeune sœur Daenerys à Khal Drogo, seigneur de guerre des Dothrakis, afin d’obtenir une alliance avec la puissante horde de cavaliers nomades qu’il dirige. Mais le lunatique Viserys n’a peut-être pas hérité que du titre de son père.

Game of thrones : saisons 1-4  : Où nous mène la folie des hommes ?

Mais beaucoup de show tendent à perdre de leur superbe au fil du temps, en témoigne les dernières saisons d’How I met your Mother bien inférieures à ses débuts prometteurs. C’est sur cette voie que semble s’engager la saga portée par David Benioff et D.B Weiss, car si pendant ses premières années, Game of thrones est un colosse inattaquable, depuis quelques temps, les légers bruissements d’une lassitude commencent à se faire sentir. Tout le monde n’aime pas le trône de fer : certains méprisent tout simplement la série, et d’autres finissent par trouver que cela ne mène finalement nulle part.

La série dispose encore d’une communauté de fans assez conséquente. Cette critique qui résulte d’un avis personnel, n’a aucune vocation à devenir canonique, et ne porte que sur la série elle-même (son écriture, son interprétation, sa réalisation), sachant qu’il ne sera pas fait ici référence aux livres de G.R.R Martin.

Bien sur les qualités de la série sont indéniables, la première de toute étant bien sur son interprétation générale. Les directeurs de castings ont du flair : chaque acteur est à sa place et joue son rôle parfaitement. D’autant plus étonnant qu’aucun acteur ne peut être considéré comme une tête d’affiche. Sean Bean qui fut le méchant dans Goldeneye et Boromir dans La communauté de l’anneau, est peut être le seul à pouvoir prétendre à ce titre, et encore, il n’est qu’un visage familier. Tous les autres sont souvent de parfaits inconnus aux yeux de la majorité, et n’ont pas toujours l’occasion de briller. Qui se souvient que Jason Momoa avait le rôle titre dans le reboot de Conan avant d’être Khal Drogo le chef barbare, ou que Lena Headey était la reine Gorgo dans 300 avant d’être Cersei Lannister ? Beaucoup de seconds couteaux qui ont explosé à l’écran en jouant des personnages cyniques, pervers, machiavéliques. L’exemple le plus marquant étant celui de Peter Dinklage, quasiment inconnu avant son interprétation de Tyrion, le nain plus intelligent que la moyenne.

Nous pourrions écrire des pages entières sur chaque protagoniste et la manière avec laquelle chaque acteur s’est approprié le rôle avec aisance. Nous pourrions également démontrer comment certains choix de casting tiennent de l’évidence même, comme Charles Dance, le tueur à l’œil de verre de Last Action Hero, qui campe un Tywin fascinant et glacial. Ses dialogues avec Maisie William/Arya Stark font partie des moments d’anthologies de la série tant la tension est à son paroxysme. Le credo est donc simple, à chaque figure, l’acteur qui lui faut. Simple mais parfois trop efficace, car emportés dans leurs élans, certains se retrouvent trop charismatiques dans leur propre rôle. C’est le cas d’Oberyn Martell, incarné avec malice par le chilien Pedro Pascal, lui aussi quasiment inconnu, qui est rapidement devenu la nouvelle coqueluche des fans avant d’être brutalement éliminé. C’est l’un premiers défaut de la série : elle provoque trop souvent la frustration, celle de voir un personnage que l’on apprécie grandement être trop rapidement éliminé. Après avoir glané quelques renseignements ça et là, il apparaît que le personnage en question, Oberyn, n’a pas tant d’importance que cela dans le roman. Pourtant les créateurs en on fait une sorte de nouvel héros providentiel, séduisant et rayonnant, sûrement pour retarder certains twist des livres, et  laisser du temps à Martin pour continuer sa saga. Mais voilà certaines choses sont écrites et à moins d’assumer totalement une rupture avec le matériau originel (le roman) et partir dans une autre direction, il est impossible de se soustraire à ce qui est prévu. Après nous avoir fait miroiter ce nouveau personnage haut en couleur, ils le suppriment, donnant à son histoire de vengeance l’apparence d’un pétard mouillé. Ce décès ne révèle pas seulement l’erreur d’un trop bon casting (espérons que Pedro Pascal aura une belle carrière après Game of thrones), mais également un certain ralentissement de l’intrigue.

Les premières saisons filent à une vitesse folle, mais dans la 4ième on se surprend souvent à penser qu’il ne se passe rien : les errances d’Arya et du Limier n’en finissent pas, le procès de Tyrion s’éternise, la bataille du mur ne vient jamais et Daenerys reste la plupart du temps assise sur son trône à écouter des doléances. Où sont passés les complots, les conversations fascinantes ? Quand on sait que la série risque dangereusement de rattraper la publication, on peut alors comprendre que les auteurs tentent le tout pour le tout avec du remplissage, seulement il faut assumer ses choix, et terminer sur une image gore, ne cache pas forcément la vacuité du procédé. En cela, l’écriture de la série accuse quelques faiblesses, devant jouer entre les standards télévisuels (60 minutes par épisodes) et la fidélité au roman, il s’agit alors de ne jamais trop en révéler sans pour autant perdre le rythme. Alors parfois, on ne saisit pas vraiment où ils veulent en venir, pourquoi un tel agit ainsi à tel moment (par exemple Rob Stark qui se présente à un mariage chez Walder Frey qu’il à insulté auparavant, sans armes, ni gardes du corps). En essayant de montrer un maximum d’événements en un laps de temps très court, on finit par voir des épisodes au format une minute = un personnage. Donc on attend la suite du twist de l’épisode précédent et on nous montre autre chose, ajoutant encore plus à la frustration. Quelques révélations foireuses renforcent encore ce sentiment amère : quelle est l’utilité de révéler que le Mestre Pycelle est en fait en pleine forme et joue la comédie ? Et d’où sort l’armée de Stannis pendant la bataille du mur ? Des questions qui tendent à s’accumuler de plus en plus mais que la série passe sous silence en continuant d’avancer dans son univers somptueux.

La direction artistique n’a quant à elle, quasiment rien à se reprocher. Les costumes sont réussis, donnant une autre image que celle trop stéréotypée des productions médiévales habituelles : de même pour les décors extrêmement variés, peut être manquant un peu de vie et de détails, mais l’effet fonctionne. Les effets numériques sont aussi de très bonnes qualité, ce qui est plutôt rare à la télévision. En revanche la réalisation n’est pas toujours au top. Les combats sont souvent brouillions et mal cadrés (l’affrontement entre Oberyn et La montagne faisant penser à une envolée lyrique du monteur d’Intervilles), ou parfois vaguement chorégraphiés (le duel Brienne/Le limier). L’image manque souvent de poésie, restant tout simplement lisse, de bonne facture mais sans âme, là où d’autres séries comme Hannibal ou American Horror story multiplient leurs expérimentations, Games of thrones reste désespérément plate, rattrapée de justesse par la musique efficace de Ramin Djawadi.

Au final, la série ne manque pas de potentiel mais semble peiner à choisir son camp. Au début on parle de réalisme, et plus l’intrigue avance, plus on se retrouve confronté aux poncifs de l’héroic fantasy classique : d’abords les dragons, justifié par l’idée des vestiges d’une ancienne civilisation, puis la magie noire pratiquée par la sorcière Melissandre, et puis dernièrement des squelettes et des farfadets, finissant par donner à l’ensemble l’impression d’un scénario écrit au cours d’une interminable partie de Donjons & Dragons. Une succession de deus ex machina qui semblent à chaque fois résoudre l’intrigue facilement quand elle va dans le mur. Multipliant également à outrance les personnages et les sous intrigues, le discours se trouve dilué, on ne sait plus qui est juste, qui est mauvais, et l’on perd le questionnement originel de l’auteur … On peut trouver des similitudes entre son univers et le notre bien sur : La guerre des roses, le mur d’Adrien, la chute des grands empires après la première guerre mondiale, l’inquisition… mais pour mener à quoi ? La tradition semble vouloir que les gentils finissent mal et que les méchants gagnent, ou alors ils se retrouvent dans un processus de rédemption classique (Jaimie Lanister, enflure notoire qui devient droit et juste après une mutilation et une rencontre amoureuse…), tant mieux si ça marche, mais où cela va t’il bien finir ?… On assiste plutôt à une succession de meurtres et de complots qu’a une véritable réflexion crépusculaire.

Mais le plus gros reproche que l’on peut faire à la série vient plutôt de ce qui l’entoure, de l’aura de culte qui la protège qui peut s’expliquer par une utilisation intelligente de la culture du spoil. Souvenez vous il n’y a pas si longtemps, ce n’était pas si grave de raconter un détail de l’intrigue pour discuter du dernier épisode avec ses amis, aujourd’hui cela ne semble plus possible. Game of thrones se compose de twists nombreux dispersés un peu partout, quand auparavant ce genre de ficelles était réservé pour les milieux et fins de saison. Alors raconter le moindre point sensible peut dès lors ruiner la surprise de ceux qui ont pris du retard. Ainsi, nous aimons tous la série, mais nous n’en discutons pas, de peur de froisser, d’où la difficulté de prendre du recul et de critiquer (dans le sens peser les qualités et les défauts). Car seulement dire « c’était bien » ou « c’était pas terrible » sans pouvoir argumenter par derrière avec force de détails, tue le débat dans l’œuf. Sans compter un nombre conséquent de fans qui semblent prendre personnellement toute attaque faite à l’univers de Westeros. Par exemple, malgré une critique portant exclusivement sur la série, il y aura toujours quelqu’un pour venir ré-expliquer toute la complexité de l’œuvre de Martin, que cet univers est vaste, mais l’on est en droit de juger la série en tant que telle. Sans être de piètre qualité, elle n’atteint pas toujours des sommets et n’est certainement pas constante dans sa réussite.

Au fond, osons : est ce que Games of thrones est vraiment la meilleure série du moment ? Ou ne profite t’elle pas d’une certaine « hype » grâce à HBO qui est à la télévision ce que Pixar est au film d’animation, une tour d’ivoire, laissant dans l’ombre tant d’autres séries qui mériteraient toute une attention toute aussi particulière (comme Black Mirror ou Black sails) ? Ouvrons dès lors le débat.

Synopsis : Sur le continent de Westeros, le roi Robert Baratheon règne sur le Royaume des Sept Couronnes depuis dix-sept ans, suite à la victoire de la rébellion qu’il a menée contre le « roi fou » Aerys II Targaryen. Jon Arryn, son guide et principal conseiller, vient de décéder. Le roi part alors dans le nord du royaume demander à son vieil ami Eddard Stark (Ned) de remplacer leur regretté mentor au poste de « main du roi ». Eddard, seigneur suzerain du Nord, accepte à contre-cœur de partir à la cour avec ses deux filles, Sansa et Arya.

Fiche technique : Game of thrones

Titre original: Game of thrones
Genre: Drame, Fantaisie
Créateur(s): David Bennioff, D.B Weiss, George R.R Martin
Avec: Peter Dinklage, Charles Dance, Emillia Clarke, Kit Harington, Lena Headey, Nikolaj Coster-Waldau, Sean Bean…
Production: Mark Huffam, Franck Doelger
Pays d’origine: États-Unis
Date: 2011
Chaîne d’origine: HBO
Épisodes: 40
Durée: 50 à 63 min
Statut: en cours (saison 5 annoncée)
Auteur de la critique: Vincent Baudart

 

Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard : Critique du film

Pierrot, l’homme fou de vivre

pierrot-le-fou-affiche-belmondoSynopsis: L’odyssée à travers la France de Ferdinand dit Pierrot le Fou et de son amie Marianne, poursuivis par des gangsters à la mine patibulaire.

Légèreté, liberté et poésie sont les fils conducteurs de cette œuvre qui a indéniablement sa place parmi les chefs d’œuvres du cinéma.
out au long de ce film on se sent bien, on a envie de savoir, envie de goûter, envie d’être, envie d’essayer. Ce film fait tout simplement vivre le spectateur. Jean-Luc Godard nous transporte dans le monde d’un fou, qui n’a pourtant que le nom puisque ce dernier a finalement compris les rites de l’homme dans sa vie sociétale et opte pour une démarche anticonformiste.

Ce film c’est oser, savoir aller à l’essentiel, oublier le superflus. C’est l’explication de ce que devrait être la vie. Le couple négocie, manigance et tue parfois cet environnement externe qui nuit au développement de l’être ou du moins qui empêche le développement de ce que devrait être notre vie. On pourrait même dire que le réalisateur donne l’exemple en n’incluant pas des scènes d’ébats qui auraient sans doute ralenti le rythme de ce film.

Au cours de ce chef d’œuvre, rien n’est superficiel tout est simple, léger et accessible. La mort les attend alors à quoi bon s’attarder sur ce qui ne fera que retarder le fruit de l’émancipation de leur existence (à l’image du passage où Pierrot, où Ferdinand imite une personne âgée faisant le bilan de sa vie). Le message qu’il cherche à faire passer est de montrer qu’il faut vivre sa vie et éviter les regrets qui ont parfois une corrélation trop importante avec le rythme de notre société.

La superficialité et la stupidité sont également évoquées, au travers notamment de la guerre du Vietnam. Une belle preuve d’audace de la part de JLG de critiquer l’inutile est de ce que l’on pourrait comprendre comme étant le summum du ridicule. Comme en témoignent leurs interprétations d’un Vietnamien se faisant exterminer par un Américain.

Godard se moque également de la religion avec un passage osé sur l’islamisme. Il a sans doute choisi cet exemple car c’est sans doute celle qui est la plus décalée de nos religions (finalement assez proches). On peut comprendre implicitement que l’être doit se construire au-delà des croyances et de s’émanciper avec l’accessible et l’authentique.

Ensuite, ce que l’on pourrait qualifier de remarquable est la valeur ajoutée que JLG apporte constamment dans cette œuvre. Les acteurs parlent directement au spectateur, le faisant ainsi s’interroger parfois sur ce qu’il est. Ainsi, le spectateur est amené à se questionner lui-même sur le parcours de son existence.

La chronologie également est habilement choisie à l’image d’une vie simple au départ dans des lieux typiques où la société n’a pas encore exercé son influence. Dans ces moments tout se déroule alors pour le mieux, ce qui n’est pas du tout le cas lorsque le film avance et que le couple finit par être en quelque sorte rattrapé par les attraits de la société. A l’image de la fin où l’on voit écrit VEGAS, lieu où périt le couple. On ressent également le sentiment de révolte de cette société française qui se fera entendre 4 ans plus tard.
En outre, les échanges sont très dynamiques de par l’interactivité des dialogues, où l’un est l’autre complètent les phrases de chacun. Ce qui enlève une certaine monotonie que peut avoir parfois un monologue.

De plus, il y a d’autres artifices dans cette œuvre particulièrement agréables, tel que ce sentiment de liberté sur la plage, dans la voiture ou encore dans le bateau. Il y a une certaine ivresse de la joie de la vie qui lorsque l’on accroche à ce style de cinéma envoute littéralement le spectateur.

Enfin, puisque ce film offre également plusieurs passages où chacun est libre de se faire sa propre interprétation, je pense également que le Godard insiste sur le fait que rien n’arrive au hasard que beaucoup de choses qui ne paraissent pas prédestinées le sont finalement. A l’image du nombre de fois où ils se retrouvent comme par miracle …

Ensuite, l’absurdité de sa réponse 137. L’incohérence apparente de sa réponse avec ce 137 devient évidente dans le sens où le réalisateur cherche à montrer la manière dont on doit optimiser son temps.

Pour finir, la fin, l’autodestruction, est très forte. Les couches de dynamites pour montrer sans doute la honte de l’évolution de notre société ou d’une partie de la société ou de l’évolution de l’être ou peut-être tout simplement de son impossibilité de vivre avec sa « douce », la vie dont il rêverait avec cette ivresse et cette liberté au sein de cette société. Ce dénouement reste ouvert…

Une chose est sûre cependant : Pierrot le Fou est un chef d’œuvre authentique non seulement pour le cinéma français mais également pour l’histoire de cinéma à l’échelle internationale.

Fiche Technique : Pierrot le Fou

Réalisé par Jean-Luc Godard
d’après l’oeuvre de: Lionel White
Scénario: Jean-Luc Godard
Avec: Jean-Paul Belmondo, Anna Karina, Graziella Galvani
Genre: Drame,Policier, Comédie
Nationalité: Français italien et américain
Date de sortie: 5 novembre 1965 (1h55min)
Concepteur de production: Pierre Guffroy
Rédacteur: Françoise Collin
Directeur de la photographie: Raoul Coutard
Compositeur original: Boris Bassiak
Compositeur original: Antoine Duhamel
Producteur: Georges de Beauregard

Auteur de la critique : A.L

L’île des Miam-nimaux : Tempête de boulettes géantes 2 – Critique DVD

L’île des Miam-nimaux : Tempête de boulettes géantes 2 : Les fruits sont nos amis pour la vie !

C’est un véritable rêve pour Flint, qui a toujours rêvé d’être reconnu comme grand inventeur. Malheureusement, il se rend vite compte que sa plus célèbre invention (qui transforme l’eau en nourriture) fonctionne toujours mais qu’elle crée à présent des « miam-nimaux », des croisements entre des aliments et des animaux.

Accompagné de ses amis, Flint va devoir entreprendre une mission dangereuse qui va les confronter à des «tacodiles», « cheddararaignées », « pastèquéléphants », « serpommes » et autres « miam-nimaux » qui menacent l’humanité.

Le premier opus était une bonne surprise. Celui-ci est dans la même veine. Les personnages sont toujours aussi sympathiques. Flint Lockwood reste un inventeur naïf qui a la particularité de crier constamment, mais cette fois-ci, il commence l’aventure avec l’élue de son cœur Samantha Farris et les amis qu’il a su se faire auparavant, le policier Earl Devereaux, l’ancien bébé star Brent McHale, Manny le cameraman de Samantha, son singe Steve et son père Tim Lockwood. De nouveaux personnages font leurs apparitions, Chester V, une sorte de Steve Jobs, qui a fait fortune grâce à une barre nutritive dont il prépare la version 8,0, tel un produit Apple avec l’aide de son bras droit, Barb, une orang-outan qui s’ignore.

Amateur de jeux de mots culinaires, vous allez en avoir plein les oreilles ! Comme vous avez pu le constater dans le titre l’ile des Miam-nimaux, nos héros vont devoir batailler contre des cheeseburgers et tacos qui représentent les méchants, un statut dû à leurs propensions à boucher nos artères et faire grimper notre taux de cholestérol. Au contraire, les fruits et légumes sont leurs alliés et surtout la fraise qui est trop craquante (pas croquante, ce serait considéré comme du cannibalisme ici !), tout comme les cornichons qui sont trop mignons. Nous sommes dans la consommation correcte, la cible de ce film d’animation étant les enfants, il est normal que le message soit aseptisé. Mais pas totalement. En tant qu’adulte, nous pouvons également apprécié la critique de la société de consommation au travers du personnage de Chester V. La suite de l’aventure change la perception que nous avons de nos aliments. Il y a bien sur l’ode à l’amitié, plus fort que tout et surtout que l’argent et le succès, un grand classique. Sans oublier que nous devons accepter les gens tels qu’ils sont, mignon, non ?

Un bon divertissement pour tout public, chacun y trouvant son compte. Le spectateur n’est pas bombardé de chansons mièvres ; le graphisme est toujours aussi agréable, coloré, propre et efficace. Peut-être que l’ensemble manque juste un peu de folie et d’humour.

Synopsis : Flint Lookwood reçoit une invitation de son idole Chester V pour venir travailler avec lui dans sa société. Seuls les meilleurs inventeurs du monde entier peuvent y travailler afin d’y développer des technologies avancées.

Fiche Technique : L’île des Miam-nimaux : Tempête de boulettes géantes 2

Réalisateur : Cody Cameron et Kris Pearn
Casting US : Bill Hader, Anna Faris, James Caan, Terry Crews, Andy Samberg, Neil Patrick Harris, Benjamin Bratt, Will Forte, Kristen Schaal
Casting VF : Jonathan Lambert, Pauline Lefèvre, Cyril Lignac, Stanislas Forlani
Scénario : Judi Barrett, Ron Barrett, John Francis Daley et Jonathan M. Goldstein
Date de sortie dans les salles en France : 5 Février 2014, Sortie DVD : 11 Juin 2014
Musique : Mark Mothersbaugh
Producteur : Kirk Bodyfelt
USA 2013
Genre : animation
Durée : 1h34

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

 

 

Légendes Vivantes : Critique Blu-Ray & DVD

La légende de Ron Burgundy du duo Will Ferrel/ Adam McKay ressemble plus à une première rencontre pleine de promesses, mais avec beaucoup de fausses notes, qu’à une véritable comédie. Certaines vannes et situations font mouches, mais le film laisse le souvenir d’un manque de finesse qui rend l’ensemble très lourd à digérer. Le duo a tout de même récidivé avec Ricky Bobby : Roi du circuit, beaucoup mieux rodé, beaucoup plus drôle, beaucoup plus cohérent dans son délire, presque parfait dans son genre.

Synopsis : Après l’échec de sa carrière à New York et son divorce, le journaliste présentateur Ron Burgundy se voit offrir un poste sur une chaîne d’information 24h/24 et réunit son ancienne équipe.

Anchorman 2 – Légendes Vivantes : Aux limites de l’absurde… 

Après quelques années d’errance les deux partenaires se retrouvent pour Very Bad Cops, qui remet une fois de plus la barre très haute en matière de comédie déjantée. Lorsque les deux compères annoncent qu’ils se réunissent pour reprendre leur premier personnage original et lui donner le film qu’il mérite, on est en droit d’attendre une bombe… mais c’est plutôt une aspirine : c’est rigolo à regarder, ça mousse un peu, et puis après on se dit qu’il va falloir boire le tout d’un coup, ce qui laisse un goût amer.

Le film commence plutôt bien : on retrouve notre présentateur crétin et macho (Will Ferrell) à New York, à l’aube des années 80, qui file le parfait amour avec sa femme Veronica (Christina Applegate) et son fils. Mais très vite, les choses se gâtent. Le patron (Harisson Ford que l’on n’attend pas vraiment dans ce registre) décide de donner les rennes du prime à Veronica et renvoi Ron qu’il juge mauvais. Touché dans son orgueil, la légende du JT de San Diego préfère quitter sa femme plutôt que d’accepter sa réussite. Après six mois de galères, il est embauché par la première chaîne de News 24/24 et décide donc de reformer son équipe d’origine. Comme promis donc, Légendes Vivantes signe les retrouvailles de la bande, pour les emmener vers de nouvelles aventures. Après une succession de gags pas toujours fins, tournant surtout autour des nouvelles vies de ses anciens comparses (Paul Rudd qui photographie des chattes…au sens propre, avec des poils, une queue et des oreilles…), l’équipe est enfin complète et le film se lance avec une violente embardée du camping-car sur l’autoroute, l’occasion pour McKay de ressortir l’idée du ralentit/arrêt sur image déjà présente dans Very Bad Cops, un bonne séquence délirante et bien fendarde. Mais passé cet état de flottement, le souffle retombe très vite. La suite des aventures n’est composée que de blagues parfois poussives qui défilent à une vitesse folle, mais jamais une histoire concrète ne se développe. La rivalité avec l’autre présentateur vedette (James Marsden) est vite reléguée au second plan. La nouvelle histoire d’amour avec la directrice des programmes, une jeune femme noire et indépendante (Meagan Good) est rapidement éclipsée pour faire revenir Veronica ; enfin, la relation de Ron avec son fils est très maladroitement traitée. Will Ferell semble tellement croire en son personnage qu’il oublie de créer autour de lui un univers cohérent qui aurait permis de dépasser la simple bouffonnerie pour faire affleurer un peu d’émotion et un discours critique.

Là où Ricky Bobby et Very Bad Cops renvoient à l’Amérique sa propre connerie et son égocentrisme avec humour, Légendes vivantes ne se contente que de titiller, de chatouiller gentiment le monde de la télévision sans véritablement lui faire du rentre dedans. Ron déclare qu’il trouve les News internationales « chiantes » que les américains veulent simplement entendre que « l’Amérique est le meilleur pays du monde ». Le potentiel est là, mais il n’est jamais exploité à sa juste valeur, Ferrell et sa bande préférant laisser libre cours à leur fantaisie absurde, passant d’une situation débile à une autre sans aucun souci de cohérence. Pourquoi ce long intermède sur la cécité ? Et ce délire avec le bébé requin ? C’est idiot oui, mais moyennement drôle. Pareil pour les délires des trois autres compères (Paul Rudd et sa collection de capotes, Steve Carell et son amour autiste naissant…) Le meilleur moment du film reste, comme dans le premier opus, l’affrontement dantesque entre les équipes des chaînes rivales, composé d’apparition surprises de vieux et nouveaux copains, mais il aurait été préférable de répartir tout ce joli monde dans le film plutôt que de sacrifier tout ce potentiel d’un coup, la séquence n’étant pas suffisamment longue (et assez bordélique) pour s’en satisfaire.

Légendes vivantes est donc une déception, car si l’humour et le délire sont là, le film manque cruellement de fond. On finit alors par trouver le temps long et on se sent comme lors de retrouvailles entres copains où l’on n’aurait pas été invité.

Fiche technique : Légendes Vivantes

États-Unis – 2014
Titre original: Anchorman 2 : The legend continues
Réalisation: Adam McKay
Interprétation: Will Ferell, Steve Carell, Paul Rudd, David Koetcher, Christina Applegate, James Marsden, Meagan Good, Kisrsten Wiig, Greg Kinnear
Date de sortie: 11 juin 2014 (DVD)
Durée: 119 min
Genre: Comédie
Scénario: Adam McKay, Will Ferrell
Musique: Andrew Feltenstien, John Nau
Producteur: Judd Apatow, Will Ferrell, Adam McKay
Production: Apatow Production, Gary Sanchez Production, Paramount Pictures

Note : Sorti très discrètement en France en DVD & Blu-Ray le 11 juin 2014, six mois après sa sortie ciné aux USA sous le titre français : Légendes Vivantes, ce film est la suite réalisé 10 ans après La Légende de Ron Burgundy retrouve  la même fine équipe de journalistes ringards, menée par un Will Ferrell et entouré par Steve Carell, Paul Rudd et David Koechner.