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Dom Hemingway de Richard Shepard : Critique du film

Dès la première scène, Jude Law entame un monologue sur la grandeur de sa verge ; ceci plante le décor : Dom Hemingway est un personnage insolent, imbu de sa personne, au langage fleuri. Il sort de prison et part directement casser la gueule à l’homme qui a épousé sa femme durant son séjour en prison, puis rejoint son ami Richard E. Grant dont il ne remarque même pas son gant noir à la main gauche, trop occupé à vider les verres d’alcool, à sniffer de la coke et à s’envoyer en l’air avec des putes.

Mais la vraie préoccupation de Dom Hemingway est de récupérer son dû auprès de Mr Fontaine aka Ivan, qui vit dans le sud de la France avec à ses côtés une sublime roumaine à la voix et aux courbes sensuelles, Paolina. Cette période dans le domaine d’Ivan est trop longue. Elle est juste un prétexte à de nouveaux monologues de la part de Dom Hemingway, à nous présenter de belles femmes jusqu’au drame qui va obliger notre héros à retourner en Angleterre auprès de sa fille.

Le personnage de Dom Hemingway n’atteint jamais la grandeur auquel il aspire, Jude Law en fait des caisses. Le problème vient d’un scénario qui n’apporte pas grand chose, d’un manque de rythme, d’intrigues et de personnages secondaires qui puissent épauler notre héros un peu esseulé, qui porte le film sur ses seules épaules.

Richard Shepard est un réalisateur et scénariste qui a fait ses classes à la télévision depuis 15 ans, il mène une carrière de faiseur et non de créateur, ce qui se traduit ici un manque d’imagination et de profondeur. Malgré l’exubérance de Dom Hemingway, on s’ennuie rapidement. Notre « héros » donne l’impression de se battre contre des moulins à vent, tel un Don Quichotte à la barbe quasi-similaire, ce qui explique sûrement son « Dom » (à moins que ce soit pour son côté pétillant comme le champagne Dom Pérignon, ou les deux, bref)….

Malgré une présentation rapide du personnage, donnant l’impression de vouloir nous emporter dans sa folie, à l’aide d’une bande son composée de morceaux entraînants, le film manque de rythme. Le séjour chez Ivan est trop long. On a l’impression que l’histoire n’a toujours pas démarré au bout d’une heure et l’on espère vainement que le film décolle avec son retour en Angleterre.

Mais on demeure toujours dans la même veine. Toute l’intrigue tourne trop autour de Dom Hemingway ; son rapport avec sa fille et sa nouvelle famille est à peine effleuré. Emilia Clarke (Game of Thrones) et Nathan Stewart-Jarrett (Misfists & Utopia) n’ont que des miettes, Richard Shepard préférant offrir des scènes à son héros, qui sont censées être de grands moments, mais qui apportent peu à l’histoire : c’est souvent gratuit, répétitif. Le réalisateur a le tort de vouloir construire un film sur la langue fleurie et l’attitude obscène d’un seul personnage, sans un minimum d’intérêt pour le reste du casting et surtout sans une intrigue digne de ce nom.

A voir pour Jude Law, mais vraiment si vous l’appréciez car en dehors de lui, il n’y a rien d’autre autour. Le pire, c’est qu’on on ne rit pas. Ce film sera vite oublié : un produit sans saveur, une œuvre secondaire.

Synopsis : Après avoir passé 12 ans en prison pour avoir gardé le silence, Dom Hemingway, célèbre pour savoir ouvrir le moindre coffre-fort, est de retour à Londres et a bien l’intention de récupérer ce qu’on lui doit !

Fiche Technique : Dom Hemingway

Réalisateur : Richard Shepard
Casting : Jude Law, Richard E. Grant, Demian Bichir, Emilia Clarke, Kerry Condon, Nathan Stewart-Jarrett, Madalina Ghenea et Jumayn Hunter
Scénario : Richard Shepard
Genre : Comédie
Date de sortie en France: 4 juin 2014
Musique : Rolfe Kent
Photographie : Giles Nuttgens
Montage : Dana Congdon
Producteur : Jeremy Thomas
Royaume-Uni 2013
Genre : comédie policière
Durée : 1h34

Auteur de la critique : laurent Wu

The Major de Yury Bykov : Critique du film

The Major (2013) n’est que le second long métrage de Yury Bykov. Ce fait est déjà remarquable à lui seul, quand on constate la maîtrise dont le jeune réalisateur fait preuve pour développer son histoire. Que dire alors, lorsqu’on apprend qu’il en est également le scénariste, le monteur, le compositeur et qu’il y tient l’un des rôles principaux ?

The Major : Requiem pour un massacre

Inspiré du dérapage d’un membre des forces de l’ordre, auteur d’une tuerie dans un supermarché russe, le film démarre sur un gradé se rendant au chevet de sa femme en plein accouchement. Tout excité qu’il est de sa future paternité, il roule à tombeau ouvert et percute alors un enfant sur la route, le tuant devant sa mère. Paniqué, il décide d’appeler des collègues et d’étouffer l’affaire dans un premier temps.

En de telles circonstances, l’Homme est toujours rattrapé par sa conscience. Pour Sobolev, sera-ce au point de trahir l’omerta ? Ses camarades ? S’il se ravise, ne sera-t-il pas trop tard ? Mieux vaut tsar que jamais après tout, n’est-ce pas ? Dans tous les cas, pas de simple lutte du bien contre le mal ici, dans The Major il n’est pas forcément question de justice. La descente aux enfers aura bien lieu, mais pour qui ?

Le pessimisme, à l’image du climat, est de rigueur. Bykov nous dépeint une société morne et grise, tout au long d’un film noir sur fond blanc. Le rythme est à la fois lent, presque contemplatif, et nerveux. Des plans larges, surlignant la petitesse de la nature humaine fuyant ses responsabilités, des gros plans, pour bien mettre en avant le courage d’une famille devant une rude épreuve. Par cet aspect froid, implacable et ce nihilisme ambiants, il nous renvoie à un certain The Thing de Carpenter.

Techniquement, et malgré son inexpérience, Bykov n’a d’ailleurs pas à rougir de la comparaison avec Big John. A l’aide d’un budget modeste, il parvient à tenir en haleine, grâce à un montage extrêmement habile. De très nombreux plans-séquence souvent filmés à l’épaule confèrent une grande intensité à l’action, sans nuire à la lisibilité. Un travail minutieux sur la lumière, le contraste intérieurs glauques/extérieurs immaculés, renforce l’immersion. Toute cette débauche de savoir-faire est la preuve d’une véritable ambition cinématographique, rarement prise en défaut. Ambition que le scénario n’occultera pas. Plutôt bien ficelé dans l’ensemble, il se montrera surprenant par moments, et lorsque ce ne sera pas le cas, il aura au moins le mérite de demeurer des plus efficaces, grâce aux acteurs aussi, il faut bien le dire. The Major frappe fort et dénonce de manière percutante les abus de ceux qui ont le pouvoir face à une population impuissante. La corruption politique et celle des forces censées représenter l’ordre du pays. Des gradés tout puissants, du moins en apparence…

The Major est un polar polaire glaçant sans concessions. Filmé sans trépied tout en demeurant compréhensible, il constitue une belle performance, dont certains cinéastes estampillés « Stars & Stripes » devraient s’inspirer. Un rollercoaster riche en émotions et lisible en toutes circonstances, serait-ce donc l’apanage des montages russes?

Synopsis: Un hiver, Sobolev, un commandant de police, est en route vers l’hôpital où sa femme s’apprête à accoucher. Surexcité, il conduit trop vite et tue un enfant en le renversant. Paniqué, il décide alors d’appeler un collègue pour l’aider à étouffer l’affaire. Mais par la suite, Sobolev change d’avis pour se racheter, c’est alors que tout se complique…

Fiche Technique : The Major

Réalisation: Yury Bykov
Scénario: Yury Bykov
Montage: Yury Bykov
Compositeur: Yury Bykov
Interprétation: Denis Shvedov, Yury Bykov, Irina Nizina
Durée: 1h39
Directeur de la photographie: Kirill Klepalov
Production: Production Rock Films
Distribution (France): Zootrope Films

Auteur de la critique : Sébastien

The Rover de David Michôd : Critique du film

The Rover : Un western post-apocalyptique teinté d’une douce ironie

En 2010, sortait Animal Kingdom, premier film de l’australien David Michod, œuvre noire et cynique explorant le quotidien d’une famille de criminel dans les bas-fonds de Melbourne. Très justement récompensé au Festival de Sundance et aux Australian Institute Films Awards (Oscar australien), ce film avait séduit la critique tant par sa dextérité à introduire les notions de la famille et de noirceur dans un thriller que par sa contribution à la renaissance du cinéma australien, déjà initiée par John Hillcoat, réalisateur des films La Route et Des Hommes Sans Loi.

Très vite propulsé au rang de réalisateur à suivre, Michod aura pourtant pris son temps avant de présenter sa nouvelle réalisation, sur la Croisette qui plus est, avec The Rover, décrit par Thierry Frémaud, directeur général du Festival de Cannes comme un « western post-apocalyptique teinté d’une douce ironie ».

Une phrase étrange pour un mélange somme toute étrange, mais qui correspond avec précision a l’épopée a laquelle doit s’adonner le personnage principal du film, Eric, interprété par Guy Pearce (Memento ; Iron Man 3) qui évoluant dans une Australie en ruine, se voit voler sa seule possession : sa voiture ! Devant former un fragile tandem avec le frère du braqueur de ladite voiture, celui-ci va entamer un long périple pour la récupérer, périple qui sera empli de violence, de vengeance et d’obsession, dans une Australie agonisante et désespérée, et agissant comme la dernière frontière avant le néant !

Une Australie en lambeaux, des personnes se donnant justice eux-mêmes, des institutions qui se désagrègent et une contrée inhospitalière rongée par le soleil et la corruption : autant d’éléments qui rappellent la mythique saga de George Miller, Mad Max. Saga ayant lancé la carrière internationale de Mel Gibson, tout en donnant au monde un autre visage du cinéma australien, elle jouit encore aujourd’hui d’un statut inégalé dans le paysage cinématographique tant elle avait su montrer à l’époque, le tout avec un minimum de moyen, le reflet presque plausible d’un monde déshumanisé, en proie aux chimères héritées d’une crise économique, ayant instauré la loi du plus fort comme seul mode de vie.

Et pourtant, bien que l’influence madmaxienne reste forte, Michod préfère s’en affranchir en livrant un film à l’identité aussi bien visuelle que scénaristique affirmée. Cultivant ainsi la différence sur de nombreux aspects de son long-métrage, Michod opte alors pour un resserrement de son intrigue, préférant s’attarder sur l’évolution de ses personnages au sein de cet univers asphyxiant plutôt que de dresser un constat alarmiste sur le sort de la population entredéchirée entre sa volonté de survivre et sa volonté de s’en référer aux institutions vacillantes.

Et en opérant de la sorte, Michod surprend car le manichéisme régnant sur Mad Max se retrouve ainsi effacé au profit d’un désespoir et d’une animalité ambiante nourrissant tous ses personnages et notamment la bande de braqueurs, poursuivie sans relâche par Eric.

Désespérée, la population l’est mais Michod, préférant voir ce désespoir dans les yeux et les actes des personnages qui sont au cœur de son récit, opte pour une réalisation épousant ce tandem disparate. Un tandem qui renvoie efficacement à la notion de western qu’on attribue au film tant cette équipe forcée peut s’apparenter à celle du Bon, la Brute et le Truand !

Un choix certes surprenant mais pas tant que ça en fin de compte. Guy Pearce, comme Clint Eastwood dans le film de Sergio Leone, est un personnage, qui de par son magnétisme, suscite la sympathie du spectateur. Il est le leader, l’homme empli de volonté, d’obsession et d’acharnement pour récupérer son bien. Il est l’homme qui va devoir être contraint de compter sur le truand, joué par Robert Pattinson, sorte de simple d’esprit lâchement abandonné par son frère et qui est son seul espoir de retrouver la voiture !

Et comme dans le film de Leone, une certaine alchimie nait entre eux et forme ainsi un mélange intéressant. Car Guy Pearce, aveuglé par le désir de vengeance qui le consume, apparait comme une enveloppe corporelle dénuée d’âme, un homme qui tente tant bien que mal de survivre dans un monde ayant abandonné sa raison de vivre et ne fait que survivre. Un homme qui connaissant le monde dans lequel il évolue, peut se permettre d’adopter un tel comportement, comportement allant de la froideur extrême, a la fureur vengeresse en passant, mais dans des proportions moindres, par la pitié !

Une pitié qu’il entretient avec Rey, le frère simple d’esprit et lâchement abandonné par le voleur de la fameuse voiture. Campé par Robert Pattinson, qui après avoir enchainé les tournages avec Werner Herzog, Olivier Assayas, David Cronenberg et David Michod, peut se targuer d’avoir effacé l’étiquette Twilight, son personnage illustre la faiblesse d’une partie de la population, qui ignorante des instituions jadis existantes, peut afficher un comportement idiot, presque ignorant  et malgré tout une certaine stature crainte par beaucoup. Une stature qui n’impressionne nullement Eric, qui par plusieurs moments, transformera cette relation obligée en relation amicale.

Et au milieu du bush australien ou se rejoignent routes sinueuses, habitants dangereux et soleil accablant, le ton du film est lui aussi une surprise. A l’instar d’un Drive de Nicolas Winding Refn, le film malgré sa violence omniprésente et son ton sec et épuré, est très doux ! Un paradoxe obtenu grâce à un montage qui, non soucieux de coller au ton sec et rapide de Mad Max, préfère se concentrer sur la longueur du voyage et sur la déchéance d’un monde en pleine implosion.

Résultat, le montage, loin des délires steam-punk baroque de George Miller, est quasi onirique ! Un onirisme, qui doublée de plans atmosphériques et totalement maitrisées, rendent le voyage presque agréable, et loin de l’animalité exposée au grand jour par les protagonistes.

Une animalité et une fureur déployée jusqu’à une scène finale saisissante tant cette dernière en plus de clore ce trip rude et crasseux, est surprenante, révélant ainsi la réelle motivation se cachant sous la détermination et l’acharnement sans borne dont fait preuve Guy Pearce pour récupérer son bien !

Ainsi The Rover, fortement attendu au tournant et sélectionné à très juste titre en Sélection Officielle du dernier Festival de Cannes, comble toutes les attentes légitimement placées sur David Michod et laisse place à une longue attente pour son prochain film, déjà annoncé comme le récit d’un général américain basé en Afghanistan, campé à l’écran par le très beau et charismatique Brad Pitt.

Synopsis : Après l’effondrement de l’économie occidentale, l’Australie est devenue un véritable far-west où règne la loi du plus fort. Désespérée, la population est prête à tout pour survivre, même à tuer.  Les mines sont la seule industrie qui subsiste et la criminalité est galopante. Alors qu’il boit un verre dans un bar, Eric, un vagabond qui a tout perdu, se fait voler sa voiture par trois braqueurs de banque qui ont raté leur coup. Pour retrouver le gang qui lui a volé sa voiture, sa seule et unique possession, Eric, assoiffé de vengeance, est contraint de faire équipe avec Rey, le frère grièvement blessé du chef,  un simple d’esprit lâchement abandonné par les siens.

Ce film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2014.

Fiche Technique : The Rover

États-Unis, Australie – 2014
Réalisation: David Michôd
Interprétation: Guy Pearce (Eric), Robert Pattinson (Rey), Scoot McNairy (Henry), David Field (Archie), Anthony Hayes (Soldat 1), Gillian Jones (Grand-Mère), Susan Prior (Dorothy Peeples), Nash Edgerton (Soldat)…
Date de sortie: 4 juin 2014
Durée: 1h42
Genre: Drame
Scénario: David Michôd, Joel Edgerton
Image: Natasha Braier
Décor: Josephine Ford
Costume: Cappi Ireland
Montage: Peter Sciberras
Musique: Sam Petty, Anthony Partos
Producteur: Liz Watts, David Linde, David Michôd
Production: Porchlight Films, Lava Bear, Screen Australia
Distributeur: Metropolitan FilmExport

 

A toute épreuve de John Woo : Critique du film

L’ouverture est grandiose avec un gunfight d’une dizaine de minutes dans le salon de thé, Chow Yun-Fat allumant dans toutes les positions, tout en gardant son cure-dent dans la bouche, la classe ultime! Le talent de John Woo pour ce genre de scènes n’est plus à démontrer. Il faudrait sûrement ouvrir le débat mais pour ma part, c’est sa plus grande scène d’action période hongkongaise. Après ce film, il partira se perdre dans la folie hollywoodienne où son talent sera dissolu dans des productions trop aseptisées, en dehors de Volte-Face.

Synopsis : Hong-Kong 1997. Les Britanniques vont rendre dans quelques mois à la Chine populaire une ville corrompue par le crime. Alors que les policiers ont baissé les bras, un groupe d’inspecteurs, mené par Yuen, surnommé Tequila, décide de mettre fin a la suprématie des gangs.

A toute épreuve : Danse avec les balles

John Woo a un défaut majeur, l’abus de ralentis, à tout moment et pour n’importe quoi. Cela pénalise le rythme du film d’une durée de 2h02, qui aurait mérité un montage plus serré et nerveux, à l’image des nombreux gunfights qui permettent de se maintenir éveillé, malgré les quelques longueurs.

Mais au contraire de son soi-disant chef d’œuvre Une balle dans la tête, on le sent plus à l’aise techniquement, sa caméra étant un personnage à part entière de l’histoire. Il est impossible de regarder le film, sans remarquer les superbes plans séquences, même s’il en fait souvent des tonnes, comme l’entrée de Tony leung dans la bibliothèque. Il serait capable de te rendre épique l’ouverture d’un réfrigérateur. John Woo a trop de talent dans ses mains.

Le film est superbe techniquement, mais un autre défaut de John Woo, est qu’il privilégie la forme au fond. Le scénario est juste une excuse pour enchaîner les scènes d’actions. Heureusement, il se repose sur un duo d’acteurs majeur avec Chow Yun-Fat et surtout Tony Leung, dont le seul Andy Lau peut rivaliser avec sa classe et son talent. Dix ans plus tard, on retrouvera d’ailleurs Andy lau dans un rôle similaire dans le grandiose Internal Affairs, dont Martin Scorsese fera un remake intéressant Les Infiltrés. C’est la preuve de l’influence de John Woo sur le cinéma asiatique, lui-même s’inspirant du cinéma américain, dont la dernière heure a des similitudes avec le célébrissime Die hard ou la série Deux flics à Miami avec son ambiance jazzy, le bateau et le style vestimentaire de Tony Leung. Ils s’inspirent des meilleurs John McTiernam et Michael Mann, une raison suffisante pour visionner toute sa filmographie.

Pour les amateurs de cinéma d’action, de gunfight jusqu’à l’overdose, de héros qui sont censés mourir toutes les cinq minutes, de revolvers au barillet illimité, d’acrobaties improbables, de méchant qui a une vraie gueule de méchant, encore plus avec un œil en moins, même s’il n’est pas dénué de cœur. N’oubliez pas de ranger vos neurones, on a juste besoin de ses yeux pour apprécier la folie de la caméra de John Woo.

Fiche Technique : A toute épreuve

Réalisation: John Woo
Scénario: John Woo, Barry Wong et Gordon Chan
Nationalité: Hong-Kongais
Distribution: Chow Yun-Fat, Tony Leung, Teresa Mo, Philip Chan, Philip Kwok et Anthony Wong
Musique: James Wong et Michael Gibbs
Photographie: Wang Wing-Heng
Genre: action, policier
Durée: 2h02
Date de sortie: 21 Novembre 1992

Auteur de la critique Laurent Wu

Série Silicon Valley : Critique de la saison 1

Silicon Valley saison 1 : Les héritiers de Steve Jobs

Synopsis : La série décrit l’aventure de six programmeurs vivant ensemble et essayant de percer dans la Silicon Valley, en Californie.

Mike Judge est connu pour ses Beavis & Butt-Head, une série d’animation vulgaire et médiocre sur MTV, qui a pourtant eu du succès, le trash faisant souvent recette. La suite fût encore moins glorieuse avec son film Idiocracy, tout aussi navrant et vulgaire que la plupart de ses productions, c’est dire comme sa nouvelle série malgré qu’elle soit sur HBO.

A 51 ans, il semble avoir atteint sa maturité et nous offre une série adulte, tout en injectant de temps à autre, un peu de vulgarité, mais sans que cela soit de mauvais goût, sûrement le fait de ne pas être seul à l’écriture, entouré de scénaristes chevronnés comme Alec Berg et Dan O’Keefe (Seinfeld), Ron Weiner (Futurama et 30 Rock), puis Dave Krinsky et John Altschuler (King of the hill et Les rois du patin).

D’ailleurs, il faut attendre le troisième épisode pour voir un peu de vulgarité. Avant cela, on nous laisse du temps pour faire la connaissance de ses 6 sympathiques programmateurs, même si ce sont des clichés de geeks, aussi bien physiquement, que dans leur manière de vivre, de parler, bref de fonctionner.

Richard Hendrix est la tête pensante de ce groupe d’amis, un génie effacé qui va créer un logiciel permettant de compresser tout les formats possibles, avec moins de perte que ceux existants. Vous n’avez pas vraiment compris ? Pas grave. Malgré un vocabulaire propre aux informaticiens, on n’ai jamais largué, les dialogues étant adaptés aussi aux non-initiés.

Autour de lui, gravite des personnalités différents avec Elrich, celui qui héberge tout ce monde et réussit à prendre part à l’aventure grâce à sa tchatche, ce qui soulage Richard Hendrix qui préfère rester dans l’ombre. Dinesh, le quota immigré mais surtout le souffre-douleur de Gilfoyle, l’autre quota immigré mais canadien, ce qui est pire que tout pour eux, ce nous offrira un des meilleurs moments de la série. Big Head, est le meilleur ami de Richard Hendrix mais aussi le seul qui va devoir quitter le navire et partir chez l’ennemi Matt Ross, une sorte de Mark Zuckerberg, remplacé par Jared, celui qui va structurer la start up, tout en étant encore plus effacé que Richard Hendrix, ce qui est un véritable exploit.

La série Silicon Valley ne se contente pas de nous faire rire, elle offre aussi une vraie trame. On suit avec plaisir la mise en place de leur start up, qui les fait basculer dans un monde moins calme que celui dans lequel ils se complaisaient et vont découvrir la compétition, les coups bas et autres difficultés pour se faire une place au soleil de Californie.

Les épisodes durent 30 minutes, il y en a que 8, c’est un peu frustrant et tellement loin des standards habituels avec plus de 20 épisodes par saison. Un format court comme les séries anglaises, auxquelles elles se rapprochent sans les rires enregistrés, ce qui la rend moins énervante que The Big Bang Theory, dont on ne peut éviter la comparaison.

En dehors de Martin Starr ; Freaks & Geeks, qui est abonné à ces rôles mais cela lui sied bien, le reste du casting est peu connu, cela permet de ne pas avoir d’à priori sur eux. C’est rafraîchissant, une série attachante et renouvelée pour une seconde saison, une très bonne nouvelle, même s’il faudra attendre Avril 2015.

Fiche Technique : Silicon Valley

Créée par : Mike Judge, John Altschuler, Dave Krinsky et Alec Berg
Distribution : Thomas Middleditch, TJ Miller, Josh Brener, Martin Starr, Kumail Nanajiani, Christopher Evan Welch, Amanda Crew, Zach Woods et Matt Ross
Genre : comédie
Format : 1 saison avec 8 épisodes de 30 minutes
Chaîne de diffusion : HBO

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

Arrow : saison 1 & 2 : Critique série

Saison Arrow saison 1 & 2 : Mieux vaut une bonne série qu’un mauvais blockbuster

Tandis que Marvel semble tout réussir au cinéma (en tout cas ces ce que disent les chiffres) grâce à une stratégie d’univers partagé tendant dangereusement à étouffer dans l’œuf toutes intentions originales, son passage à la télévision avec Agent of S.H.I.E.L.D ne fut pas des plus réussis, la faute à un scénario poussif et des personnages creux. Chez DC comics en revanche c’est plutôt l’inverse : les films ne réussissent pas toujours leur coup, ce qui s’explique avec la politique de Warner (propriétaire de DC depuis un moment déjà) qui laisse étonnamment une certaine liberté aux réalisateurs pour adapter leur panthéon. Ainsi les Batman de Nolan seront des succès mais Green Lantern de Martin Campell aura été un flop retentissant et le Superman de Snyder, bien que rentable, n’a pas fini de faire criser pas mal de fans.

Une stratégie différente parfois payante mais comportant quelques risques. En revanche, là où DC écrase Marvel, c’est à la télévision. Cela remonte à loin, déjà dans les années 60 la série Batman avec Adam West était un très populaire, et qui se souvient qu’a la même époque il y avait eu aussi une série Spiderman ? Personne, car même Stan Lee ne veut plus en entendre parler. On pourrait aussi discuter longuement de la merveilleuse série animée sur le chevalier noir de Paul Dini, ou même de Smallville qui s’est étalée sur 10 saisons pour le pire, mais parfois le meilleur. DC à la télé, c’est une affaire qui roule. Alors comment ne pas leur faire confiance pour adapter un nouveau justicier à l’écran ? Pourtant des craintes il y en avait et elle se résumait toutes à une seule chose, l’identité du héros : Green Arrow.

Green Arrow c’est qui ? C’est l’équivalent de Hawkeye chez Marvel, un humain lambda dont la seule particularité est une aptitude redoutable à l’arc. Un milliardaire philanthrope qui se ballade la nuit pour arrêter les criminels en tout genre accompagné de son acolyte Speedy…et là c’est le moment où on se dit que ça ressemble beaucoup à Batman avec un arc et un slip vert, et on aurait pas tort de le penser car à son époque, il n’était que cela…un simili chevalier noir, avec même une cave secrète pour ranger tous ses gadgets High Tech… Ajouter à cela que le personnage était déjà apparu dans Smallville et qu’il ne dispose pas d’un ennemi juré charismatique comme le Joker ou Lex Luthor, lui offrir sa propre série n’avait rien d’un plan sans accrocs. Et pourtant, une fois de plus DC a battu Marvel.

Arrow n’essaie pas de se hisser au niveau des productions cinématographiques, contrairement à Agents of S.H.I.E.L.D qui multiplie les effets spéciaux coûteux pour cacher son vide scénaristique. Il s’agit d’une série dans la pure tradition du genre, avec une intrigue qui se relance régulièrement, des personnages nombreux et surtout qui ne semble pas être trop écrite à l’avance, se laissant assez de marge pour évoluer ou corriger ses erreurs en cas d’échec. Les premiers épisodes laisseront un goût de déjà vu : un approche réaliste à la Nolan, une ambiance familiale de Soap opéra qui parfois rappelle les feux de l’amour ou Gossip Girl, une structure dans le style « méchant de la semaine »…bref Arrow s’inscrit dans une tradition télévisuelle bien rodée afin de s’installer tranquillement, mais les flash-back réguliers sur l’île et les scènes d’actions étonnamment rythmée et nerveuses feront la différence. Au fil des semaines, la série finit par prendre son identité, reléguant de plus en plus au second plan tout le coté romances, amitiés, secrets de familles, pour aller vers l’action et le thriller pur, devenant de plus en plus addictif.

L’écriture progresse, les personnages se densifient un peu, les scènes d’actions sont toujours aussi réussie et les comédiens, sûrement d’abord choisi pour leur physique, finissent par incarner parfaitement leurs personnages. Stephen Amell (Green Arrow), qui n’en menait vraiment pas large au début avec sa tronche de quarterback sorti d’un film avec Lindsay Lohan, devient attachant à force de ne pas se prendre trop au sérieux, son duo avec Emily B. Rockard (Felicity), l’informaticienne qui cumule les gaffes, fonctionne à merveille et apporte la touche d’humour qui manquait parfois à la série. Il en va de même pour les autres personnages devenant au fur et à mesure aussi important que le justicier lui-même et Super héros oblige, quelques méchants réussissent à sortir du lot comme John Barrowman, anciens de Doctor Who et Torchwood qui retrouve enfin un rôle de premier plan à la télévision (de quoi se consoler de son absence dans l’épisode des cinquante ans du seigneur du temps). D’autres personnages viendront compléter cette belle famille comme l’ambigu Slade Wilson/Deathstroke, la ligues des assassins et bien d’autres figures emblématiques de l’univers DC, pas toujours là où on les attend, mais toujours traités avec respect, changeant souvent leurs origines mais gardant leur essence intacte.

Tout n’est pas forcément réussi non plus, quelques interprètes un peu à la ramasse comme Michael Rowe (Floyd Lawton/Deadshot) un peu trop caricatural ou encore Cathy Lotz (Black Canary) qui finit par devenir exaspérante à faire sa moue sexy en toute circonstance (même en plein combat)… des petites erreurs de casting qui peuvent parfois rebuter, et quelques envolée scénaristiques maladroites comme l’arrivée de la suicide squad ou l’inutilité de certain méchants comme le compte Vertigo ou Ravager, sans compter le coté bipolaire de toute les femmes de série grand public : « je ne t’aime pas mais ne t’avise surtout pas de mater une autre femme ! ». Ce genre de personnage qui gonfle tout le monde et ne donne pas une image sympathique de la féminité mais qui, pour une raison obscure, continue d’exister…. Néanmoins on retrouve tout de même le charme de certain show des années passées, qui apprennent de leurs erreurs pour en ressortir plus fort encore, au milieu de toutes ces séries virtuoses qui semblent ne laisser aucune place à l’imprévu.

Arrow est donc contre toute attente une bonne surprise. Suffisamment divertissante et pas trop prétentieuse, la série continue et on peut espérer qu’elle ait encore de beau jours devant elle. Avec en plus l’annonce de la série Flash dans le même univers partagé, le futur s’annonce imprévisible et plutôt intéressant. Reste à savoir si les studios comptent lier le tout ensemble (série et cinéma) pour leur film Justice League et pour la série Gotham… En attendant, on peut toujours continuer à rire de Marvel qui multiplie ses projets de séries avant même de songer a corriger son premier essai.

Synopsis : Après un violent naufrage, le milliardaire et playboy Oliver Queen, porté disparu et présumé mort depuis cinq ans, est découvert vivant sur une île isolée dans la Mer de Chine. Quand il rentre chez lui, à Starling City, Il devient un justicier qui va réparer les torts de sa famille, lutter contre la criminalité et redonner à la ville de Starling son ancienne gloire. Oliver joue également le rôle d’un coureur de jupons riche, insouciant et négligeant afin de cacher son identité secrète.

Fiche technique : Arrow saison 1 & 2

Titre original : Arrow
Genre : policier, action, Aventure
Créateur(s): Andrew Kreisberg, Greg Brelanti, Marc Guggenheim
Avec : Stephen Amell, Katie Cassidy, David Ramsey, John Barrowman, Manu Bennett, Paul Blackthorne…
Production : Andrew Kreisberg, Greg Brelanti, Marc Guggenheim
Pays d’origine : États-Unis
Date : 2013
Chaîne d’origine : CW
Épisodes : 46
Durée : 45 min
Statut : en cours (saison 3 annoncée)

 

 

 

Band of Brothers – Frères d’Armes : Critique de la série

Band of Brothers – Frères d’Armes  : Save the Easy Company

Après « Il faut sauver le soldat Ryan », Steven Spielberg et Tom Hanks s’associent pour produire « Band of brothers » pour HBO, une mini-série de 10 épisodes sur l’histoire de la Easy Company de ses débuts jusqu’à la fin de la guerre, le tout avec des moyens digne d’une production hollywoodienne. La série se vit en deux parties : la première est un peu répétitive, enchaînant les scènes d’action influencées par l’énorme scène du débarquement dans « Il faut sauver le soldat Ryan », se focalisant sur un lieu et une opération, laissant de côté les personnages dont on a du mal à les identifier.

Pourtant, on a eu un premier épisode au camp d’entrainement pour faire leurs connaissances mais Damian Lewis sort tellement du lot au début, qu’en dehors de Scott Grimes, les autres semblent effacés et laissent le pouvoir aux rouquins. Il y a aussi David Schwimmer en contre-emploi, une belle performance, tellement le rôle de Ross lui colle à la peau.
Certes, la réalisation est parfaite, on a souvent l’impression d’être au cœur de l’action mais cela se résume à cela, on regarde mais l’ennui s’installe doucement au fil des épisodes, tout comme la déception dû à l’immense notoriété de la série datant de 2001.

Hasard ou pas, l’épisode 5 « la croisée des chemins » ou Damian Lewis prend du galon et s’éloigne du champ de bataille, permet à l’histoire d’être plus humaine, les personnages devenant plus importants avec Donnie Wahlberg discret jusque-là, de devenir un des plus importants et surement le plus attachant par sa retenue. Cela se confirme avec l’épisode 6 « Bastogne » ou l’on suit un infirmier et ou la voix-off devient le nouveau mode de narration, donnant plus de puissance aux faits et nous permettant d’être encore plus dans l’histoire, de mieux connaitre les protagonistes et de procurer plus d’émotions. Cet épisode est surement le meilleur des dix, l’ennemi est invisible mais bombardent constamment l’Easy Company, ne leur laissant aucun répit. Ils sont coincés dans leurs abris, l’infirmier nous permettant de faire le tour de chacun et donc de mieux les découvrir, tout comme leurs conditions précaires (absence de munitions, de médicaments, de vêtements, etc…) en plein hiver dans la forêt Ardennaise, Donnie Wahlberg le relayant dans ses déplacements.

A partir de là commence la seconde partie, la série prend une autre dimension dramatique ou le sommet est atteint avec l’épisode 9, la compagnie entrant en Allemagne et découvrant un camp de concentration, difficile de ne pas rester ému devant la violence de ses corps décharnés et des conditions inhumaines d’emprisonnement.
La série n’est pas une ode à la guerre, ni à l’armée américaine, elle n’omet pas les atrocités de celle-ci, ni la stupidité de la hiérarchie (comme la mission de nuit en Alsace ou les soldats sont sacrifiés pour faire des otages), comme dans les témoignages des rescapés de cette compagnie qui ouvre chaque épisode, assumant le fait de s’être engagé pour l’argent et non pour la gloire du drapeau, tout en nous émouvant par la forte amitié qui est née entre eux au cours de leur campagne, un des rares bons côtés de cette guerre.

Il est aussi plaisant de voir les débuts de certains acteurs, comme James McAvoy, Michael Fassbender et Colin Hanks (il y aussi Tom Hardy…), Simon Pegg apparaissant furtivement au début ou Kirk Acevedo avec un rôle plus conséquent, comme Ron Livingston qui devient l’égal de Damian Lewis sur la fin, même si celui-ci domine la distribution du début à la fin. Frank John Hugues, Neal McDonough, Eion Bailey, Dexter Fletcher, Rick Gomez ou encore James Madio, des noms qui ne vous disent surement rien, mais des gueules que vous avez vu ailleurs. Un casting impressionnant, des réalisateurs confirmés comme Phil Alden Robinson et David Frankel, entre autres, avec la musique de Michael Kamen et Graham Yost au scénario.

Les moyens ont été mis en place pour réussir l’adaptation de l’œuvre de l’historien Stephen E. Ambrose (merci wikipédia), on va garder en mémoire l’histoire de la Easy Company et surtout, ça donne envie de se plonger dans « The Pacific » avec la même équipe technique, même concept mais avec un nouveau casting dans un lieu différent comme le signifie clairement son titre.

Synopsis : Vivez la Seconde Guerre Mondiale aux côtés de la Easy Company, un groupe de soldats américains. Suivez-les en tant que groupe, ou individuellement, depuis leur formation en 1942, jusqu’à la libération de l’Allemagne Nazie en 1945, en passant par leur parachutage en Normandie le 6 juin 1944.

Fiche Technique: Band of brothers

Créée par: Tom Hank et Steven Spielberg… Avec : Damian Lewis, Donnie Wahlberg, Ron Livingston, Michael Fassbender,  Neal McDonough…Genre: Guerre / Action / Drame Format: 60 min Saisons : Format Mini-série donc 1 seule de 10 épisodes Chaîne de diffusion : HBO (US) / France2 (FR)

Auteur de la critique : Laurent Wu

Star Trek – Enterprise : Critique de la série culte

Star Trek – Enterprise :  Saga cosmique aussi culte que les oreilles de Spock

Synopsis : Le premier vaisseau terrien Enterprise, dirigé par le capitaine Jonathan Archer, part à la découverte de mondes nouveaux, de nouvelles formes de vie et de civilisation différentes.
Note : L’histoire se déroule 100 ans avant les aventures du capitaine Kirk dans la série originale Star Trek.

La franchise Star Trek n’a jamais vraiment fonctionné en France. La meilleure preuve est que jusqu’à ce que J.J. Abrams s’en mêle, le plus gros succès en salles de la saga (le premier des films en fait) a fait un peu moins de 700 000 entrées. Le plus gros bide ayant été Star Trek 6, avec à peine plus de 58 000 entrées. Autant dire que les 861 000 entrées France de Star Trek : Into Darkness (ce qui n’est pourtant pas grand chose) résonnent un peu comme un vrai succès. Difficile donc d’être un Treker (fan de la saga) dans l’hexagone, encore plus difficile d’être fan d’Enterprise, dernière série en date tirée de l’univers crée par Gene Roddenberry. Cette série a été très critiquée par les puristes extrémistes, pour son générique chanté (une première !) et il paraît, pour une foule d’incohérences. Autopsie.

Enterprise (appelée ensuite Star Trek – Enterprise) pourrait être le chaînon manquant dans l’univers de Roddenberry, malgré les protestations de nombreux fans qui y voient un manque de respect du créateur de la saga. Enterprise vient se placer en parallèle du film Star Trek – Premier Contact, sorti en 1996, qui racontait la première rencontre entre Terriens et Vulcains et la découverte de la vitesse de distorsion par Zefram Cochrane puis sa mise en application par Henry Archer. Dans la série son fils, Jonathan Archer (l’inoxydable Scott Bakula), est le capitaine du tout premier vaisseau interstellaire Enterprise de Starfleet, chargé d’explorer le cosmos et d’étendre la présence humaine dans le cosmos. Au fil des épisodes, on croise différentes races et on assiste à la première rencontre avec les Klingons. Si l’équipage est moins cosmopolite que dans la série d’origine, on a tout de même droit à la Vulcaine de service, ici sous les traits de T’Pol, personnage encore plus insupportable de logique que ne l’était Spock. On sourira aussi devant la peur qu’a l’équipage de la téléportation, technologie qui n’en est qu’à ses balbutiements et ne sert pratiquement qu’au transport de matériel.

La production de la série n’a pas à rougir des précédentes, les moyens sont là et évitent le côté cheap que peut avoir aujourd’hui la série originelle. Les pyjamas moulants ont été troqués contre des bleus de travail, les phasers ressemblent à de vraies armes et l’esthétique du vaisseau est au moins aussi réussie que celle créée pour le cinéma. Quant aux effets spéciaux, même s’ils sont limités dès qu’on sort des scènes spatiales, ils sont suffisamment crédibles pour éviter les rires moqueurs. Le seul bémol viendra peut-être des scénarios qui ne semblent pas toujours à la hauteur de la réputation de la franchise, pas assez d’énigmes et de mystères, un peu trop d’action. Mais il reste le côté philosophique, la diplomatie, la rencontre de nouvelles espèces ou encore le non-interventionnisme dans l’histoire des civilisations. Les quelques effets spéciaux ratés sont rattrapés par les acteurs, Scott Bakula en tête, avec toujours ce même capital sympathie à défaut d’un réel talent, Jolene Blalock alias T’Pol est parfaite en Vulcaine sans aucune émotion. Autour d’eux gravite la galerie habituelle de personnages secondaires dont les caractères s’affirment au fil des épisodes.

Sans être la réussite absolue de la franchise à la télévision, Enterprise a le mérite de lever le voile sur beaucoup de questions et de satisfaire la curiosité de beaucoup de fans. Bénéficiant d’un univers malgré tout respectueux, elle privilégie le côté space-opera qui a fait son succès outre-Atlantique. Reste que chez nous son manque de succès la relègue toujours aux chaines satellites, les Français n’ayant toujours pas compris le fort potentiel de cet univers qui allie la beauté d’un univers de science-fiction à l’intelligence de ses scénarios. J.J. Abrams y changera peut-être quelque chose…

Fiche technique :  Star Trek – Enterprise

Créée par Brannon Braga, Rick Berman (2001)
Avec: Dominic Keating, Scott Bakula, John Billingsley plus
Nationalité: Américaine
Genre: Fantastique
Format: 42 minutes

Auteur de la critique : Jambalaya

 

 

Palo Alto de Gia Coppola : Critique du film

Palo Alto :  Critique stéréotypée, aiguë et troublante de la jeunesse américaine

Un nouveau membre de la famille Coppola rejoint le cercle assez fermé du cinéma. Il s’agit de Gia Coppola, petite fille de Francis Ford, le réalisateur du désormais culte, Le parrain. Gia nous offre, pour sa toute première réalisation, une critique de la jeunesse américaine avec quatre adolescents, Teddy, April, Fred et Emily. Nous suivons leur parcours à la découverte du monde et de ses limites où l’alcool, la drogue et le sexe trompent leur ennui.

Cependant, nous pouvons tout d’abord faire un rapprochement totalement justifié avec une, si ce n’est la meilleure œuvre de sa tante, Sofia Coppola, Virgin suicides, qui critique également la jeunesse américaine avec une adolescente souffrante et dépressive à laquelle nous pouvons rattacher April, le personnage joué par la juste et sublime Emma Roberts. Toutefois, la comparaison s’arrête là, le film étant une adaptation d’une nouvelle de l’acteur James Franco, jouant à merveille, comme d’habitude le rôle assez ingrat d’un professeur de football attiré par ses joueuses lycéennes, en particulier April, qui est au premier abord séduite, mais appréhende au final la partie incestueuse de leur relation, et renonce à cette idylle. Les autres personnages, surtout Fred et Teddy, joué respectivement par Nat Wolff (honorable) et Jack Kilmer, le fils de Val Kilmer, un acteur pépite, qui décollera assurément dans les années à venir. A noter le caméo du papa Val Kilmer, jouant le beau-père de April.

Gia Coppola ne cherche pas la facilité avec son premier long métrage malgré la comparaison inévitable avec la technique scénique de sa tante, dont elle s’inspire sur beaucoup de points. Nous retrouvons en premier plan le spleen des ados des classes aisées, thème récurant dans les longs métrages de Sofia Coppola. Cependant, Gia a aussi son propre tempérament en essayant honorablement de renier difficilement ses envahissantes influences familiales. A partir de là, plutôt que de s’inspirer de son aînée, elle crée un pont qui passe par Virgin Suicides bien évidement mais aussi à des films de son grand père Francis Ford, où l’exemple le plus approprié serait Outsiders, même si le contexte est différent.

Nous en restons au final intrigué, quelque fois abasourdi ou repu, notamment lorsque le récit devient malheureusement trop stéréotypé pour être apprécié. Les scènes de soirées enchaînent les clichés, plus abrutissants les uns que les autres, envers la future génération. Nous noterons également la lourde inclusion de scènes de sexe brut, ou celles où la beuverie est un loisir et la drogue, une banalité.

Synopsis: Piégés dans le confort de leur banlieue chic, Teddy, April, Fred et Emily, adolescents livrés à eux-mêmes, cherchent leur place dans le monde. Ils ont soif de sensations fortes et testent leurs limites. L’alcool, les drogues et le sexe trompent leur ennui. Ils errent sans but dans les rues ombragées de Palo Alto incapables de voir clair dans le tourbillon confus de leurs émotions. Sauront-ils éviter les dangers du monde réel?

Fiche technique: Palo Alto

États-Unis – 2013
Réalisation: Gia Coppola
Scénario: Gia Coppola d’après: le recueil de nouvelles homonyme de: James Franco
Interprétation: Emma Roberts (April), Jack Kilmer (Teddy), Nat Wolff (Fred), James Franco (Mr B.), Val Kilmer (Stewart), Zoe Levin (Emily)..
Date de sortie: 11 juin 2014
Durée: 1h40
Genre: Drame
Image: Autumn Durald
Décor: Sara Beckum Jamieson
Costume: Courtney Hoffman
Montage: Leo Scott
Producteur: Vince Jolivette, Miles Levy, Sebastian Pardo, Adriana Rotaru
Distributeur: Pathé Distribution
Auteur de l’article: Louis Verdoux

 

 

Big Bad Wolves : Critique du film

Big Bad Wolves, c’est le petit film israélien que personne n’attendait vraiment dans nos salles, cette année. Prévu pour le 2 juillet, le film de Aharon Keshales et Navot Papushado a vu sa popularité grandir au fur et à mesure des projections en festival.

Synopsis: Une série de meurtres d’une rare violence bouleverse la vie de trois hommes : le père de la dernière victime qui rêve de vengeance ; un policier en quête de justice qui n’hésitera pas à outrepasser la loi ; et le principal suspect – un professeur de théologie arrêté et remis en liberté suite aux excès de la police.

Et il faut que reconnaître que Tarantino déclarant Big Bad Wolves comme étant son film préféré de l’année, on fait difficilement mieux comme phrase d’accroche sur l’affiche. Présenté pour la première fois au Festival du Film de Tribeca en avril 2013, le film a été programmé dans plus d’une vingtaine de festivals, recevant par la même occasion une pluie de récompenses dont celui des Meilleurs Réalisateurs au prestigieux Festival Fantastique de Sitges. Il faut dire que ces deux jeunes réalisateurs avaient réalisé auparavant Rabies (2010), un véritable exercice de style dans le genre comédie horrifique qui avait reçu un accueil ravi dans les festivals. Et puis, nous n’allons pas faire la fine bouche devant ce genre de film qui apporte un véritable vent de nouveauté, l’Israël n’étant pas particulièrement producteur de films de genre, de films tout court par ailleurs.

Big Bad Wolves : Des loups affamés de vengeance

Le générique démarre par une somptueuse séquence où l’on voit des enfants jouer à cache-cache sur un terrain abandonné tandis que la caméra exerce des mouvements amples et sinueux autour des personnages et des décors. Une musique sombre et oppressante accompagne ce ballet de mouvements et ôte tout mot de la bouche des enfants. Une poésie innocente qui se transforme vite en jeu macabre où une jeune blondinette tout de rouge vêtue, véritable copie du Petit Chaperon Rouge, disparaît soudainement. A partir de cet instant, tout le film va jouer avec ces références à l’enfance, à ces jeux. Souvent les deux réalisateurs nous renverront au conte du Petit Poucet, évidemment celui du Petit Chaperon Rouge, au cache-cache ou le square des enfants. Plein de lieux remplis d’innocence qui contrastent avec les thèmes macabres du film : l’autojustice, la pédophilie, le meurtre, la torture, etc. Après la disparition de la fillette, l’enquête en cours ne mène à rien, seulement à donner quelques coups de poing aux potentiels suspects. Le film s’intéresse alors à un policier, Micki, aux méthodes peu orthodoxes qui se retrouvera malgré lui pris au piège par internet et l’instantanéité des vidéos publiées en ligne. On le voit alors amocher un pauvre gaillard sans défense tandis qu’il se fait filmer par un jeune qui traînait par là. A partir de là, à l’instar de La Chasse de Thomas Vinterberg, le récit suit ce pauvre personnage battu, Dror, qui tente tant bien que mal de continuer à vivre dans une société qui le rejette, le pousse à bout alors qu’il est tout juste cité dans l’affaire comme « rodant dans les parages ». Père de famille et enseignant, tout porte à croire qu’il pourrait s’agir de lui avec son visage d’ange mystérieux, ses lunettes d’écoliers et ses cheveux gominés. Les jours passent et un coup de fil macabre retentit. Toujours persuadé de la culpabilité de l’enseignant, le policier fait la découverte macabre du corps de la fille, dans une mise en scène horrible et terriblement explicite. L’arrivée du père de la fille, Gidi, sur les lieux du crime va compléter ce trio de personnages. Le film va alors véritablement démarrer.

Résumé comme cela, Big Bad Wolves semble très sombre, à la limite de la noirceur et de l’ambiance glaciale de l’oppressant thriller Prisoners de Denis Villeneuve ou plus magistralement de Memories of Murder de Bong Joon-ho. Mais c’était sans compter l’humour corrosif de ces réalisateurs qui n’hésitent pas à passer d’une séquence cruelle à un instant de décalage inattendu mais dont l’irruption brutale apporte une touche de loufoquerie et d’humour noir. Je pense au lendemain de la découverte du corps où le policier Micki est mis à pied. C’est la journée « amenez votre enfant au travail » et son supérieur lui fait passer un savon tandis que son fils observe la scène et intervient pour apporter son sel. C’est l’enfant qui corrige l’adulte, très symbolique mais surtout très décalé. On ne sait jamais si la scène est sérieuse ou volontairement grotesque et c’est là toute la subtilité de l’écriture du film. Le film a tendance à jouer sur ces deux faces, l’une où le film retranscrit une ambiance froide et glauque, l’autre où le film flirte avec le grotesque et l’humour macabre. De fait, lorsque le trio du film se retrouve enfin dans la maison de campagne à commencer les festivités, la torture laisse parfois place à des dialogues dignes des frères Coen tandis que tout est méticuleusement appliqué pour nous faire prendre conscience des maux de la société contemporaine, de la notion de Bien et de Mal tout en nuance. L’absurdité de certaines séquences contraste agréablement avec le ton du film mais il est regrettable de voir les réalisateurs s’embourber petit à petit dans un parti-pris polémique et volontairement ambigu.

Le film se fait le pamphlet d’une société israélienne où la violence ne semble être que l’unique solution pour résoudre les conflits. A l’inverse, il montre qu’une part d’humanité peut s’élever là où on ne l’attendait pas. Malheureusement, Big Bad Wolves joue avec les codes et apporte la panoplie du pédophile idéal. A la fin du long métrage, on en vient à se dire « tout ça pour ça ». Tout semblait prévoir un film d’une férocité corrosive avec une telle précision. Le problème est que le film laisse place à deux interprétations, selon le type de public. La première étant celle que la torture était justifiée puisque quoiqu’il arrive, le coupable était donc bien le premier suspect, représentation caricatural du pédophile dans l’imaginaire collectif. La seconde étant celle où l’on pourrait éventuellement croire que le coupable allait faire une révélation cruciale et donc sauver l’ultime captive. Difficile de répondre franchement avec ce dénouement. Aussi bien les partisans de la première comme de la seconde interprétation auront raison. Au fond, le film interroge sur la notion de « Loup » dans notre société, celle qui sommeille en chacun de nous et nous conduit aux pires atrocités. Big Bad Wolves est le récit d’un pays qui laisse un héritage indésirable et macabre, celui d’un pays qui a pratiqué et pratique encore la torture comme un loisir infâme. Cela se ressent d’ailleurs particulièrement lorsque le père de Gidi, devenu tortionnaire, s’en mêle et apporte ses conseils à son fils pour faire avouer Dror. Dérangeant. Ici donc, tous les personnages s’avèrent être des loups, capables seulement de montrer les crocs et d’utiliser les griffes, les condamnant de ce fait à un destin tragique. Le long métrage israélien a néanmoins le mérite de ne proposer aucun manichéisme dans le traitement de ses personnages. A noter qu’aucun personnage féminin -hormis les enfants et les voix au téléphone- n’est présent à l’écran. Comme une manière de souligner que le mal uniquement symptomatique de l’homme.

Big Bad Wolves a néanmoins le mérite d’avoir un trio d’acteurs incroyables, dont Tzahi Grad imposant et charismatique à souhait avec son fort timbre de voix et sa peine empathique. Un trio qui fonctionne dans un presque huis-clos où chacun va tenter de raisonner, déraisonner et convaincre l’autre de son crime, de sa culpabilité, du mal qu’il se passe dans ce sous-sol. Chaque ligne de dialogue fait preuve de symbolisme, de familiarité et de rigueur  rendant chaque conversation d’une justesse incroyable. L’humour noir de certaines séquences ne semble jamais tomber comme un cheveu sur la soupe bien que la plupart des situations rocambolesques arrivent de manière impromptue. C’est ce qui fait d’ailleurs la force et le ton du film. La mise en scène est un véritable exercice de style. Chaque mouvement de caméra est d’une fluidité remarquable et on sent que les deux israéliens à la tête du film raffole des travellings (avant, arrière, vertical, horizontal, diagonal, tout y passe !). Certains hermétiques à cette esthétisation de la violence auront à redire mais le tout est soigné, avec une lumière des plus agréables laissant entrevoir quelques beaux moments de poésie dans ce ballet macabre.

En fin de compte, Big Bad Wolves s’impose comme un élève assidu du cinéma des frères Coen et du film noir coréen. Il est cependant dommage que le film ne confirme qu’à moitié ses bonnes intentions la faute à un dénouement de très mauvais goût qui sent la farce à plein nez. C’est d’autant plus frustrant que pendant tout le film, le récit savait maintenir la tension tout en faisant monter crescendo le suspense. Quelques mauvaises notes en fin de concert et on quitte malheureusement la salle avec la cruelle sensation d’avoir assisté à un film avec tellement de potentiel mais qui n’a pas su aller jusqu’au fond des choses. Big Bad Wolves est paradoxalement un film inconfortable mais qui a le mérite de faire réagir et dont le propos suscitera de nombreuses discussions à sa sortie. L’ambiguïté de son dénouement est aussi bien son obstacle que sa plus grande qualité, pouvant être prêtée à confusion, et être multi ou mal interprétée. Pour ces deux jeunes réalisateurs israéliens, il s’agit d’un deuxième essai esthétiquement sublime mais fondamentalement bancal. Ce conte de fées contemporain a tout de même le mérite de bousculer les conventions. C’est déjà ça.


 

Fiche Technique : Big Bad Wolves

Titre original: מימפחדמהזאבהרע
Réalisateur: Aharon Keshales – Navot Papushado
Acteurs: Doval’e Glickman, Dvir Benedek, Kais Nashif, Lior Ashkenazi, Menashe Noy, Nati Kluger, Rotem Keinan, Tzahi Grad
Scénariste: Aharon Keshales, Navot Papushado
Compositeur: Haim Frank Ilfman
Directeur De La Photographie: Giora Bejach
Monteur: Asaf Korman
Genre: Comédie, Policier, Thriller
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date De Sortie: 2 juillet 2014
Festival: L’Etrange Festival 2013

Auteur de la critique :  Kévin List

 

Série Black Sails : Critique Saison 1

Black Sails : A song of blood and powder

Plus sombre que les voiles du Black Pearl. 

Black Sails fait un double pari risqué : la piraterie n’est pas forcément synonyme de succès, la saga Pirates des Caraïbes faisant office d’exception, et reprendre les personnages du roman mythique de Stevenson aurait de quoi énerver bon nombre de puristes, pourtant, bien que le premier épisode laisse un peu sur sa faim, la série gagne en qualité et réussi à éviter les plus dangereux écueils. Il ne faut toutefois pas se laisser avoir par le pilote qui nous présente un très bel abordage dans la pure tradition du genre, la majorité de l’action se passe sur le sable. Les pirates ne passent pas leurs temps à couler des navires et amasser un butin, ils vivent, complotent, boivent, se battent, s’amusent et vont assouvir leurs pulsions laissée de côté en mer. C’est tout l’intérêt de Black Sails, ne pas tenter de copier ses ancêtres du grand écran en jouant sur le spectaculaire et l’action, mais en préférant une approche plus réaliste, presque naturaliste, de la flibuste. Un soin particulier est apporté aux décors, aux accessoires et aux dialogues : les opérations passées sous silences au cinéma comme nettoyer la coque du bateau, calculer une trajectoire et vendre son butin (qui n’est pas toujours d’or et de bijoux), tout cela est montré avec une finesse et une précision du détail quasiment de l’ordre du documentaire. Ainsi une poursuite en mer durera plusieurs jours et un abordage s’étirera sur une bonne dizaine d’heures. Rarement l’univers de la piraterie aura été aussi crédible et vivant. L’action prend le temps qui lui faut pour démarrer, ce qui peut sembler un peu longuet, mais lorsqu’elle se lance, on sait exactement pourquoi et les enjeux derrière tout cela. On s’éloigne de l’ambiance des récits d’aventures souvent naïve pour quelque chose de plus sombre, de plus crade.

Avant l’île au trésor 

Il serait alors facile de comparer Black Sails a Game of thrones, et si les intentions de faire une série sombre et violente n’est sûrement pas étrangère au succès de la série phare d’HBO (le sublime générique réussissant presque à concurrencer la carte vivante de Westeros), la série se démarque de son hypothétique modèle en superposant à son fond réaliste un certain lyrisme apporté à ses personnages. Le roman de Stevenson regorgeait de figure malicieuses, effrayantes ou machiavéliques, leurs donner une jeunesse un passé, aurait pu détruire cette aura de mystère qui entourait Flint et son équipage tandis que l’on suivait les aventures du jeune Jim Hawkins. La première apparition de John Silver sous les traits d’un minet aux yeux bleu n’était pas rassurante, mais les acteurs réussissent finalement à donner une humanité aux salauds qu’ils seront 20 ans plus tard, restant fidèle aux modèles de bases, tout en apportant chacun leur originalité, comme Toby Stephen (le méchant de Meurs un autre jour) qui arrive finalement à jouer entre la raison et la folie qui tiraille le capitaine Flint. Les auteurs ajoutent à cette galerie quelques figure majeures de l’histoire de la piraterie comme Charles Vane et Jack Rackham, même Barbe Noire aura son mot à dire dans ce joyeux bordel. Reste la question des personnages féminins. L’erreur aurait été de tomber dans le cliché de la femme pirate et badass qui aurait alors mit à mal le réalisme voulu, mais ne pas mettre de femmes du tout aurait transformé l’ensemble en anthologie de la virilité exacerbée.

Les femmes sont donc peu nombreuses à Nassau, mais elles ont leurs rôles à jouer, et surtout loin d’être des cruches, elles n’en sont pas pour autant des coupes. Au milieu de ce festival de tronches burinées, elles gèrent le commerce, manipulent, se défendent, prennent leur destins en main…et assument même leur bisexualité, sans attendre forcément le retour ou l’arrivée d’un homme qui les prendrait dans leurs bras comme un trophée facilement accessible (ce qui pour une série américaine n’est pas vraiment courant).

Black Sails ne se contente pas d’être un simple prologue à l’île au trésor, elle présente un univers dense et reste assez pudique par rapport à son modèle. Les personnages du roman apparaissent petit à petit (et on finit par trouver amusant de chercher à deviner qui deviendra qui), et l’écriture fait finalement peu de référence aux écrits de Stevenson, préférant d’abord voguer là où le vent l’emmène…

 Synopsis : Vingt ans avant les événements du roman L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson, durant l’âge d’or de la piraterie, le légendaire capitaine Flint et son équipage se retrouvent au centre d’une guerre de pouvoir pour le contrôle de l’île de Nassau, refuge de tous les flibustiers des Caraïbes. Opposé à d’autres légendes des mers tel Jack Rackham, Charles Vane et Anne Bonny, Flint risque également la mutinerie due à la méfiance grandissante de son équipage envers ses plans de plus en plus dangereux…

Fiche Technique : Black Sails

Genre : Drame, historique, Aventure
Créateur(s):John Steinberg, Robert Levine, John Wirth
Avec: Toby Stephen, Luke Arnold, Hannah New, Jessica Parker Kennedy, Mark Ryan, Zach McGowan
Production : Michael Bay, John Steinberd, Robert Levine
Pays d’origine : États-Unis
Date: 2014
Chaîne d’origine: Starz
Épisodes : 8
Durée: 50 minutes
Statut : en cours (saison 2 annoncée)

 

 

 

 

 

 

 

 

Small Soldiers de Joe Dante : Critique

Small Soldiers de Joe Dante : Les résines de la colère

Quand des figurines sont dotées de puces électroniques militaires dernier cri, la guerre ne peut qu’éclater entre soldats et Gorgonites, et elle sera violente pour tout ce qui est fait de résine! L’humanité est-elle à l’abri pour autant?

Mené tambour battant par un Chip Hazard charismatique (merci la voix rauque de Tommy Lee Jones), l’aventure prend rapidement une tournure épique grâce à des effets visuels particulièrement soignés. Stan Winston est dans la place et cela se ressent, il n’y a qu’à voir ces animations au top pour des figurines douées de conscience, et aux déplacements plus vrais que nature. Pour en revenir au voice acting, Sarah Michelle Gellar et Christina Ricci sont aussi de la partie, elles sont survoltées et nous gratifient de leur voix hystérique tout au long de certaines des séquences les plus drôles du film. Et comment ne pas évoquer la présence d’une partie des 12 salopards d’Aldrich, de nouveau réunis plus de 30 ans après (Ernest Borgnine, Clint Walker, George Kennedy, Jim Brown. Richard Jaeckel était prévu lui aussi, le destin en a décidé autrement, il décèdera durant le tournage et sera remplacé par Bruce Dern).

L’histoire en elle-même n’est pas forcément mémorable. Heureusement, la distribution assure le show en y croyant dur comme fer. Gregory Smith, qui sera le fils de Mel Gibson et le frère d’Heath Ledger dans The Patriot deux ans plus tard, campe brillamment l’ado en difficulté, amoureux éconduit, victime d’un conflit paternel en prime. Une toute jeune Kirsten Dunst s’entraîne à faire des bisous à un gamin avant d’embrasser Spidey, on fait ce qu’on peut pour tisser sa toile. Les autres s’en sortent bien aussi, Kevin Dunn en tête. Et puis comment ne pas avoir une pensée pour l’excellent Phil Hartman, au destin si tragique à l’heure où le film débarquait en salles. Face à des jouets qui en imposent tant, les acteurs sont donc loin de faire pâle figur(ine).

Dans Small Soldiers, les références à d’autres œuvres au travers de scènes, d’une musique, d’une réplique, sont nombreuses. Parfois le résultat est trop appuyé (Frankenstein). Joe Dante parvient aussi à davantage de subtilité pour des films comme Apocalypse Now, Piranhas ou encore Gremlins (ces deux derniers étant ses propres progénitures). Un paquet d’autres clins d’œil sont à découvrir tout au long de l’heure cinquante du film, plutôt bien rythmée dans l’ensemble.

La véritable prouesse de Small Soldiers est de faire décrocher un paquet de sourires. Nous attendions à un film à budget honorable avec un rendu de série Z, et ce n’est pas exactement ce que nous obtenons ici. Retomber en enfance tout en offrant plusieurs niveaux de lecture, tel est le programme proposé par le géniteur de l’Aventure Intérieure. De la petite histoire gentillette pour enfants au film d’action burné et à la punch line acérée, en passant par une satire de l’Amérique, de la société de consommation façon World Company et enfin de la guerre, dans tout ce qu’elle présente de plus néfaste, take your pick!.

La bande son quant à elle, est excellente (du Led Zeppelin, du Queen, du Wagner…). Pour ne rien gâcher, Jerry Goldsmith nous balance quelques thèmes franchement sympathiques, une reprise mémorable de « When Johnny Comes Marching Home » en prime ! Pour couronner le tout, Small Soldiers se pare d’humour par palettes, grâce à son lot de situations rocambolesques, nous montrant des figurines en mode A-Team ayant fabriqué des engins militaires sur un skateboard et tant d’autres choses. Grâce à une foultitude de dialogues parsemés de pépites aussi, en VO tout du moins, à l’image de la « guerre psychologique », ou encore la rencontre entre Archer, le Gorgonite, et Alan, le jeune héros: « Archer: what’s your name? » Alan: « Alan. Now shut up ! » Archer: « greetings, Alannowshutup ».

Small Soldiers propose donc un divertissement léger, fun, et rempli de figurines hargneuses. Une aventure à suivre seul ou en famille. Merci Mister Dante ! A ce que j’ai pu voir, toi aussi tu t’es bien amusé avec tes GI, Joe !

Synopsis: Alan Abernathy est un adolescent trop remuant pour la petite bourgade de l’Ohio où il habite. Expulsé du lycée pour une innocente plaisanterie, il aimerait se racheter aux yeux de son père, marchand de jouets. Un jour où son père part en voyage d’affaires, il prend sur lui de renouveler un stock de jouets désuets. C’est ainsi qu’il obtient une douzaine de figurines d’action : un commando d’élite super-musclé et une tribu de monstres patauds, les Gorgonites. Comment pouvait-il se douter que ces charmants jouets étaient programmés pour s’entretuer et semer la panique ?

Fiche Technique : Small Soldiers

Réalisateur: Joe Dante
Scénario: Gavin Scott, Adam Rifkin, Ted Elliott, Terry Rossio
Interprétation: Gregory Smith, Kirsten Dunst, Kevin Dunn, Phil Hartman, Tommy Lee Jones (voix), Ernest Borgnine (voix)
Durée: 1h48
Budget: 40M $
Directeur de la photographie: Jamie Anderson
Musique: Jerry Goldsmith
Effets spéciaux animatronic: Stan Winston
Production: Amblin Entertainment, Dreamworks Pictures, Universal Pictures
Distribution (France): United International Pictures

Auteur de la critique : Sébastien