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Orange is the New Black, saison 2 : Critique de la série

Critique Orange is the New Black, Saison 2 : Un Oz au féminin

Synopsis: Inspiré du livre autobiographique éponyme de Piper Kerman, Orange is the New Black est une série crée par Jenji Kohan (Weeds). On y suit le séjour en prison de Piper Chapman, une wasp à la vie rangée, rattrapée par son passé et envoyée dans un établissement carcéral pour femmes, pour y purger une peine de prison de 15 mois. Pour elle, l’orange sera la nouvelle tendance…

Orange is the New Black, c’est avant tout une incroyable palette de personnages (Taystee, Crazy Eyes, Poussey, Black Cindy…), étoffée et fort bien campée par des actrices comme Taylor Shilling aka Piper Chapman, qui tient le rôle principal. Une série au ton décalé et humoristique, plus accessible que l’incroyable chef d’œuvre de Tom Fontana. Un Oz au féminin, drôle sans les testostérones de son illustre sœur : en effet, les effusions de sang, les affrontements et les violences d’ordre mental ne sont pas au cœur de cette série, même si on peut assister à quelques scènes fortes, l’ensemble demeure une comédie aux dialogues fort bien écrits.

Un univers carcéral riche en surprises 

Retour rapide sur la saison 1 : Orange is the New Black suit le parcours de Piper Chapman (Taylor Channing), bourgeoise égocentrique, dans une prison fédérale pour femmes en compagnie de son ex, Alex Vause (Laura Peppon). Celles-ci, 15 ans plus tôt, avaient transporté de la drogue aux Etats Unis, et Alex avait du dénoncer la complicité de Piper pour réduire sa peine. Condamnée pour 15 mois, cette dernière doit faire sa place au milieu des fortes personnalités et communautés de la prison, tout en affrontant les sentiments d’Alex qui resurgissent.

A la fin de la saison 1, on s’était déjà attaché aux personnages les plus délurés comme Big-Eyes (Suzanne), Morello, Sophia, Red et l’adorable Poussey. Entre drame et romance, le dernier épisode nous laissait en haleine avec le départ d’Alex et la tentative de meurtre de Piper sur l’insupportable Pennsatucky.

Cette nouvelle saison était alors plus qu’attendue, après House of Cards, la chaîne Netflix qui a diffusé intégralement 13 épisodes le 6 juin dernier, permettant ainsi aux fans d’assouvir leur addiction à la série avec un binge-watching (regarder tous les épisodes ou plus de trois d’affilé).

De nouveaux clans se forment

Dans cette nouvelle saison, des nouveaux personnages font leur apparition, perturbant le confort des clans qui se font, se défont, se refont sans cesse. On assiste à l’arrivée de Vee, mère adoptive de Taystee, qui s’impose comme nouvelle meneuse et menace l’autorité déjà en péril de Red.

L’originalité de chaque épisode, est le retour sous forme de flashback des détenues avant leur arrivée en prison. L’intrigue se tourne alors plus sérieusement sur les personnages jusque-là secondaires, en abordant leur passé souvent troublant et permettant de mieux les comprendre. Le spectateur ne les voit plus comme de simples criminels en tenue orange, mais comme des semblables, ces femmes, mères et épouses, confrontées aux problèmes de la vie, qui ont commis des erreurs et en paient le prix. Le thème de la maltraitance envers les femmes, les problèmes de racisme d’homophobie et des familles défavorisés sont soulevés de manière réaliste, touchante et toujours aussi satirique.

Une Piper moins pleurnicheuse, plus forte

Si dans la saison précédente, le caractère un peu délicat et sensible de Piper était mise à rude épreuve, désormais elle a totalement changé. Après huit mois de prison, et un retour sur elle-même, c’est une autre femme. Elle connait les règles et combines de la prison et profite d’un statut presque de privilégié. Toujours aussi importante, mais moins centrée sur sa propre personne, ce qui avait tendance à devenir agaçant dans la saison précédente. Enfin, elle devient un personnage fort de caractère face aux nouvelles péripéties, même si elle reste passive en action. Moins omniprésente que dans la saison précédente, on ressent la lassitude de sa situation, et vers la fin, un retour craintif de ce qui l’attend à l’extérieur. Elle se rattache au souvenir de sa relation avec Alex comme une ancre désespérément jetée à la mer, et on prend pitié d’elle.

Encore plus d’intrigues, d’humour et d’érotisme

L’intrigue dramatique monte crescendo, dès le début de la série avec le transfert de Piper vers une autre prison. Dès le premier épisode, le spectateur est perturbé par ce nouveau décor, lui donnant un aperçu d’un autre milieu carcéral. Toujours de manière à la fois brutale mais drôle, Piper se confronte déjà aux nouvelles détenues après avoir tué leur précieux cafard. Une anecdote très causasse : des cafards entraînes à transporter des paquets de clopes… Avec une multitude de personnages bien construits, jamais mis de côté, la série maintient un rythme soutenu, et captive notre intérêt au fur et à mesure des épisodes.

Le spectateur découvre également de nouvelles intrigues amoureuses au sein des matons et à l’extérieur de la prison, particulièrement dans l’épisode spéciale St Valentin, et assiste à de nouveaux rebondissements concernant son couple préféré Bennet et Daya (enceinte), avec le retour inattendu d’un personnage qui en fera rager plus d’un. Et bien sûr, toujours aussi cru dans les dialogues, la série promet de nouvelles situations insolites, sexy et jouissives.

Dans les derniers épisodes, on craint pour nos personnages préférés, particulièrement à cause de la tension entre Vee et Red qui ne cesse de s’accroître, et de Piper en proie à ses propres drames familiaux et sentimentaux. Jusqu’au dernier épisode, la série nous sert une fin surprenante et réussie, gardant le spectateur en haleine pour la saison prochaine.

Fiche Technique : Orange is the New Black

Créée par: Jenji Kohan (2013)
Diffusée sur: Netflix
Casting: Taylor Schilling, Uzo Aduba, Danielle Brooks, Michael J. Harney, Natasha Lyonne, Taryn Manning, Kate Mulgrew, Yael Stone, Kimiko Glenn, Jason Biggs
Genre: Comédie Dramatique
Scénaristes: Liz Friedman, Jenji Kohan. Inspirée du livre de Piper Kernan 
Nombre d’épisodes: 13
Format: 52 minutes

Auteur de la critique : Céline Lacroix

 

La rue de la honte (Akasen chitai) : Critique du film

La grande force du cinéma japonais se situe dans le fait que, de tout temps, chaque période historique marquante de l’archipel ait engendré une période faste dans sa création artistique. C’est en effet dans ses soubresauts mémoriaux les plus sombres que les plus grands noms du 7éme art ont accompagné cette difficile reconstruction identitaire.

Synopsis : La vie des cinq femmes dans une maison close alors que le parlement nippon étudie un projet de loi sur la fermeture de ses maisons.

La lutte des classes au bordel

Cette « marque de fabrique » – si elle a pu pâtir de la relative bonne santé économique du pays dans les années 90,  est en passe de faire émerger une des plus puissantes industries cinématographique depuis une dizaine d’années, suite à la crise mondiale qui touche de plein fouet l’ile. Le souvenir des Kurosawa, Mifune, Kobayashi (moins connu mais pas moins important) et autre Oshima, reste fondateur de la construction brillante de cette cinématographie.

Dans ce même esprit, Mizoguchi appartient à ce prestigieux cercle mythique des pères fondateurs. Sa filmographie est truffée de ces films frondeurs envers cette nouvelle société nipponne, où tradition et modernité ne cohabitent que dans une difficile dualité idéologique. Son regard ethnologique est ici sidérant de justesse, tant son approche douloureuse du basculement libertaire de l’époque charnière qu’il décrit, est minutieuse. Il ne s’agit plus seulement d’observer le microcosme sociétal féminin d’un bordel tourmenté par une nouvelle loi ravageuse pour la profession. Son ambition va bien au-delà. Ce cadre est un prétexte pour dépeindre un Japon en pleine mutation politique, alors toute juste libéré du joug des Alliés et de l’emprise de L’Oncle Sam. Cette liberté, en apparence salutaire, cache bien des vices que la nouvelle prospérité financière ne saurait cacher. Ces femmes, vivant en vase clos sous l’emprise d’une mère maquerelle et d’un propriétaire d’une maison close, représentent cet enfermement moral dicté par la nécessité de se vendre au plus offrant pour essayer de survivre décemment. L’aliénation du corps est une autre forme de diktat que l’argent permet d’acheter.

Mais l’admirable courage dont elles font preuve et la dignité éprouvée par celles-ci caractérisent parfaitement la supériorité de la pensée et de la foi humaine sur toute domination. Aussi pauvres et simples soient elles, leurs bontés en font des pécheresses magnifiques. Ainsi, les prêcheurs de bonne morale, guides autoproclamés suprêmes en sont réduits à figurer leur faiblesses latentes sous une autorité veine. Mais cette vénalité ne peut que les conduire dans une totale impasse, incapables qu’ils sont d’assumer leurs pleines responsabilités de bâtisseurs de L’Empire. Ironie du sort, ce sont eux qui rampent à terre pour demander pardon ou qui tentent désespérément de garder prisonnières ces filles, épouses et mères toujours dignes dans la perte.

Mizoguchi esquisse à travers ce large portrait les dysfonctionnements criants de cette organisation communautaire. L’opposition entre les tenants de L’Ancien Régime Féodal et les partisans d’une ouverture moderne se ressent jusqu’à l’intérieur de ce huis-clos oppressant. Les premiers, ruminant leur passé glorieux, s’insurgent d’un renouvellement des règles de vie au sein de l’espace fermé tout en maintenant le mensonge éhonté du bienfait de la prostitution pour leur seul profit. Alors que les secondes s’insurgent de cette mainmise tutélaire et enfreignent discrètement certaines habitudes. Plus largement, tandis que les plus anciennes occupantes des lieux tentent tant bien que mal de s’adapter à la possible fermeture de leurs lieux de travail, les plus jeunes apparaissent plus perfides et semblent ne se préoccuper que de leur bien-être. Impression qui sera démentie plus tard lorsque nous découvrirons la vraie raison de cette attitude.

Là pointe la réflexion du réalisateur selon laquelle le réel affrontement n’est pas un conflit de génération mais bien une lutte des classes qui ne pourra cesser que le jour où les exploités recouvriront la liberté d’expression requise. Nous réapparait alors la grandissime importance du devoir de mémoire et de la transmission des sages envers la future génération qui aura à redéfinir une Nation plus juste. Ce fils, au comportement plus que violent contre sa génitrice, témoigne de la peine effroyable ressentie par ces passagers de témoins. Les relations entre les hommes et les femmes ne pourront être apaisés qu’avec un nouvel état d’esprit et seul un équilibre des forces en présence permettrait cette réunion pacifique vitale pour l’avenir. La splendide réussite de ce long-métrage est de marier tous ces éléments avec une fluidité exquise sans perdre l’humour qui crée un espace respiratoire bienvenue, pour captiver l’audience sans la seriner d’éléments superficiels qui ruineraient à coup sûr l’entreprise. Encore une belle preuve, s’il en était besoin, du formidable travail de tout un pan de L’histoire de l’industrie cinématographique du territoire.

Fiche Technique : La Rue de la Honte de Mizoguchi

Titre Anglais : Street of Shame
Titre Original : Akasen Chitai
Réalisé par : Mizoguchi Kenji
Année : 1956
Pays : Japon
Durée : 1h27
Interprété par Kyo Machiko,Kato Daisuke, Mimasu Aiko, Wakao Ayako, Urabe Kumeko, Shindo Eitaro

Auteur de la critique : le Cinéphile Dijonnais

Mise à l’épreuve de Tim Story : Critique du film

Mise à l’épreuve (Ride Along) est un buddy cop movie avec Ice Cube et Kevin Hart, qui fait aussitôt penser à 48 heures ou L’arme fatale.

Synopsis : Ben, agent de sécurité dans un lycée, tente en vain de prouver qu’il est plus qu’un geek baratineur à James, grand frère protecteur de sa petite amie et flic aux méthodes musclées. Quand Ben est enfin accepté à l’Académie de l’APD (Atlanta Police Department), il demande la bénédiction de James pour épouser Angela, pensant avoir enfin gagné son respect. Sceptique, James le met à l’épreuve pour lui apprendre le métier et voir s’il est digne ou non d’épouser sa soeur. Durant 24 heures il devra patrouiller avec lui dans les rues d’Atlanta.

Une rude épreuve 

Une comparaison peu flatteuse, ses aînés sachant combiner l’action et la comédie, en se reposant sur des réalisateurs de talents, Walter Hill et Richard Donner. Tim Story n’est pas de leur trempe : il a déjà causé des dégâts en maltraitant Les 4 fantastiques par deux fois, ce qui vous classe un homme. Mais c’est un film entre amis, c’est une production Ice Cube, qu’il a déjà dirigée dans Barbershop, tout comme avec Kevin Hart dans Think Like a Man.

Le duo est classique, le policier chevronné solitaire et dur en la personne d’Ice Cube et le nain hystérique cabotinant comme une adolescente dans un concert des 1D, Kevin Hart. Tout les oppose mais à la fin, ils deviennent beaux-frères, ou presque. Kevin Hart du haut de son 1m57 est en couple avec Tika Sumpter 1m70, qui est du genre top-modèle international. L’ensemble manque de crédibilité. Après, il faut bien avouer que le réalisme n’est pas vraiment une des qualités du film, ni même son scénario, ni son interprétation, ni ses dialogues, ni ses scènes d’actions, ni….. En fait, il n’y a pas grand chose de réussi là-dedans. Il est évident que si l’on est hermétique à l’humour de Kevin Hart, cela va vite se transformer en une longue épreuve. Ses scènes sont longues et vides ; il y a peu de réparties renversantes, c’est plat, sans chutes, c’est du vent.

La première demi-heure est pourtant encourageante : Kevin Hart semble sobre et ses échanges avec Tika Sumpter mettent un peu de vie, dans un film sans rythme, malgré une scène d’action réussie pour ouvrir le film, mais intégré au générique, ce qui gâche un peu le plaisir. Cela marche moins bien avec Ice Cube, qui semble toujours énervé. Certes, il convient d’être indulgent avec un des meilleurs rappeurs des 90’s, qui a su construire une carrière dans l’Entertainment et retrouve ici Laurence Fishburne, qui faisait parti de son premier film en tant qu’acteur Boyz’N the Hood. Ce qui confirme le côté « film entre amis », en oubliant l’essentiel, offrir un divertissement de qualité, drôle et explosif.

En associant la caméra paresseuse de Tim Story, un Kevin Hart qui ne possède qu’un ersatz du talent de Chris Tucker, auquel il est en permanence comparé (ce qui renvoie à un autre Buddy Movie réussi Rush Hour), on obtient un film qui se traîne, rate ses scènes d’action, rarement drôle, se moque du talent de John Leguizamo et totalement inoffensif, au point de se révéler limite soporifique.

Fiche technique – Mise à l’épreuve

Ride Along – 2014
États-Unis
Réalisateur: Tim Story
Scénario: Greg Coolidge
Casting : Ice Cube, Kevin Hart, John Leguizamo, Bruce McGill, Tika Sumpter, Bryan Callen, Laurence Fishburne, David Banner, Angie Stone
Photographie: Larry Blanford
Montage: Craig Alpert
Genre: Buddy Movie
Durée: 100 minutes
Date de sortie en France: 14 mai 2014
Budget: 25 millions de $
Musique: Christopher Lennertz
Production: Matt Alvarez, Larry Brezner, Ice Cube et William Packer
Sociétés de production: Cube Vision, LBI Entertainment, Rainforest Films et Universal Pictures

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

 

Avé de Konstantin Bojanov : Critique du film

Dans une Union Européenne ultralibérale où seuls les pays les plus forts peuvent s’en sortir, les nouveaux arrivants rêvent de ce nouveau mirage économique, tel un miracle qui leur permettrait d’intégrer la puissante mondialisation, au nom d’une promesse d’un avenir qu’ils espèrent meilleur.

Synopsis : Parti de Sofia, Kamen se rend en stop à Roussé, dans le nord de la Bulgarie. Sur la route, il rencontre Avé, une jeune fugueuse de 17 ans, qui lui impose sa compagnie. À chaque nouvelle rencontre, Avé leur invente des vies imaginaires et y embarque Kamen contre son gré. D’abord excédé par Avé et ses mensonges, Kamen se laisse troubler peu à peu… 

Une Europe avide d’argent à l’économie destructrice

Mais cette entité, pensée et créée au sortir de la Seconde Guerre Mondiale dans un but de prospérité, s’avère symbolique d’une économie destructrice car mal fignolée. Au lieu d’être un espace de mutualisation et d’harmonie, elle symbolise une course toujours plus catastrophique a l’appât du gain qui dessert les pays adhérents.

La Bulgarie n’échappe pas à cette rengaine. Son entrée en 2007 dans L’UE a encore plus affaibli cet idéal démocratique car son économie trop exsangue ne peut soutenir la comparaison avec les places fortes historiques du marché. Son intégration, voulue par des élites politiques corrompues et une mafia gangrenée par la violence, n’a pu se faire qu’avec la malsaine complicité d’une Europe avide d’argent. Au détriment d’un projet équilibré et libérateur qui enfonce un peu plus chaque jour ce vaste territoire dans un abyssal déficit et laisse ses concitoyens dans une précarité insoutenable, surtout depuis la crise de 2008. Les jeunes héros que nous suivons dans ce très beau film en sont les malheureux héritiers.

L’histoire débute à Sofia, capitale du pays, où cet adolescent, frêle et chétif pratique l’auto-stop au bord d’une autoroute pour rejoindre une ville plus au nord. Apparaît alors cette gamine espiègle et peu farouche dont on ne sait trop quoi penser au premier abord. S’ensuit un long périple au long duquel nous découvrons ces deux âmes esseulées en quête de transcendance, cherchant à fuir un passé douloureux et avancer vers un avenir plus qu’incertain. Lui, mystérieux et hermétique, va retrouver la famille endeuillée de son meilleur ami mort dans un suicide désespérant. Elle, irritante et intrigante à force de mensonges répétés, veut sauver son frère d’une toxicomanie comme seul apaisement d’une situation sociale affligeante.

La confrontation donne à voir une troublante métaphore d’une société partagée entre le déni de réalité ,comme pour mieux se protéger d’une vérité sordide, et la détermination sans faille d’une jeunesse décidée à prendre en main son destin, quoi qu’il lui en coûte. La mort, présente insidieusement tout au long du récit, sert d’avertissement à un dangereux désinvestissement d’un gouvernement délaissant ses enfants au bord du gouffre. On y sent tout le malheur de familles dévastées par cette lâcheté. Cadrant au plus près leur longue traversée du désert, la caméra épouse leurs mouvements incertains et leur détermination à s’ouvrir à la vie. Des squats miteux aux transports routiers graveleux en passant par des rencontres humiliantes se dessine une trajectoire constitutif d’un passage à l’âge adulte précaire mais nécessaire. C’est aussi un merveilleux apprentissage des sentiments, où la découverte de la sexualité élabore une sensibilité à fleur de peau, ultime rempart contre la déchéance d’un monde exterminateur. Le réalisateur fait preuve d’une grande douceur et d’une dextérité bouleversante et réussit à nous entrainer dans leur sillage passionnant avec une étonnante économie de moyens. Cette finesse d’esprit, si elle ouvre un possible chemin du bonheur aussi évanescent soit-il, n’en est pas moins lucide sur la difficile rédemption à suivre. Témoin cette fin où elle se fantasme en star hollywoodienne, paroxysme du faux et fuite en avant pour s’oublier. Lui n’aura de cesse de poursuivre cette fugace sensation de plénitude, symbole d’un irrépressible besoin de tendresse pour panser des cicatrices ouvertes trop tôt.

Dans une photographie et une lumière éclairant de mille feux ces personnages, nous assistons à l’émergence plus que prometteuse d’un metteur en scène plein de talent et d’acteurs à la justesse extraordinaire. Découvert au Festival de Cannes en 2011 dans la section « Semaine De La Critique »,ce petit bijou réconciliera les cinéphiles parfois déçus par une compétition officielle à l’audace en voie de disparition. Le cinéma des Balkans profite de cette aubaine pour se faire entendre et connaitre du plus grand nombre, et c’est tant mieux tant il semble en plein essor.

Fiche Technique: Avé de Konstantin Bojanov

Réalisation: Konstantin Bojanov
Scénario Konstantin Bojanov, Arnold Barkus
Casting: Avé (Anjela Nedyalkova) et Kamen (Ovanes Torosian)
Catégorie: Drame
Durée: 87 min
Langue: Bulgare
Directeur de la photographie: Nenad Boroevich, Radoslav GotchevMontage
Montage: Stela Georgieva
Costumes: Marina Yaneva
Musique: Tom Paul

Auteur de la critique: Le Cinéphile Dijonnais

Transformers 4 : L’Âge de l’extinction, un film de Michael Bay : Critique

Synopsis : Quatre ans après les événements mouvementés de « Transformers : La Face cachée de la Lune », un groupe de puissants scientifiques cherchent à repousser, via des Transformers, les limites de la technologie. Au même moment, un père de famille texan, Cade Yeager, découvre un vieux camion qui n’est autre qu’Optimus Prime. Cette découverte va lui de attirer les foudres d’un certain Savoy, dont le but est d’éliminer les Transformers. Pendant ce temps, le combat entre les Autobots et les Décepticons refait surface…

Tant qu’il y aura des robots 

Optimus Prime est de retour, et il n’est pas content ! Pour ce quatrième opus de la saga des robots transformistes, Michael Bay a choisi de faire table rase du passé. Sans être un reboot, ce nouvel épisode, qui se passe un temps indéfini après les événements du précédent, change complètement la donne. L’accroche du film l’annonce d’ailleurs : « Les choses ont changé ». La franchise va-t-elle opérer un virage à 180 degrés, et s’adresser à un public plus mature ? L’action à outrance laissera-t-elle la place à une réflexion philosophique sur la place de l’homme sur la Terre ? Michael Bay délaissera-t-il enfin la boîte à explosions ? Coupons court à tout suspens, la réponse est non.

On prend (presque) les mêmes et on recommence 

Non, non, rien n’a changé. Hormis Shia LaBeouf, qui laisse sa place à Mark Wahlberg, tout ce qui fait le charme (ou pas) de la série est présent, et bien présent. Attendez-vous donc à assister à plus de 2h30 de fusillades, de course-poursuite, de bastons robotiques et, bien sûr, d’explosions en pagaille. Michael Bay maîtrise parfaitement son art, et sait faire preuve de son efficacité coutumière, à grand renforts d’effets sonores et de musiques plus ou moins subtiles. Les connaisseurs retrouveront ses marques de fabrique coutumières, que ce soit dans ses cadrages ou dans l’enchaînement toujours aussi nerveux des plans. Petit bémol, que l’on retrouvait déjà dans les volets précédents, les scènes d’action, lorsqu’elles se font à grande échelle, sont rapidement illisibles, ou du moins difficiles à suivre. Le maître atteint là ses limites.

Concernant le scénario, rien de bien neuf non plus, on retrouve les gentils contre les méchants, (mini SPOILERS) avec l’arrivée d’une nouvelle race de Transformers, et des humains pris bien malgré eux dans le conflit. Mark Wahlberg apporte ses gros muscles à un nouveau personnage plus orienté action hero que son prédécesseur. Sans révolutionner le genre, c’est là un nouvel agréable changement. En revanche, côté personnages secondaires, on a droit à une belle enfilade de clichés ressortis du petit manuel du scénariste pour film d’action. Mention spéciale à Nicola Peltz, dont le personnage ne sert qu’à se faire enlever ou apporter un petit côté sexy au film. À quand un personnage féminin fort ?

Quand la publicité rencontre le cinéma 

On ne peut pas reprocher à Transformers 4 d’être ainsi ultra-formaté, et de suivre tous les codes du film d’action un peu décérébré que ses prédécesseurs ont aidé à élever au rang de modèle. Ce qu’on peut lui reprocher, c’est d’être ainsi calibré pour rapporter un max. Le placement de produit y est poussé jusqu’au ridicule, et on a parfois l’impression que la coupure pub a été incluse au sein même du film. C’est devenu habituel, mais Michael Bay pousse la logique un peu trop loin. Petite nouveauté, il a également déjà prévu l’exportation sur le marché asiatique, toujours aussi rentable et juteux. On a donc droit à une petite séquence en Asie, avec, ô merveille, du placement de produit destiné uniquement au public local.

Transformers 4 : L’Âge de l’extinction s’annonce comme le blockbuster pas très fin de l’été, et satisfera les amateurs du genre, en quête d’un divertissement pas trop cérébral. Son côté marketing forcé et une intrigue parfois peu compréhensible risquent cependant d’en rebuter plus d’un.

Transformers 4 : L’Âge de l’extinction : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=qH4OwQYiMrU

Transformers 4 : L’Âge de l’extinction : Fiche technique

Réalisation: Michael Bay
Scénario: Ehren Kruger
Interprétation: Mark Wahlberg (Cade Yeager), Stanley Tucci (Joshua Joyce), Kelsey Grammer (Harold Attinger), Nicola Peltz (Tessa Yeager) Jack Reynor (Shane Dyson)…
Image: Amir Mokri
Décor: Jeffrey Beecroft
Montage: William Goldenberg
Musique: Steve Jablonsky
Producteur: Lorenzo Di Bonaventura, Tom Desanto, Don Murphy, Ian Bryce
Production: Paramount Pictures
Distributeur: Paramount Pictures France
Durée: 2h45
Genre: Action, Science-Fiction
Date de sortie: 16 juillet 2014
États-Unis – 2013

Homeland – saison 3 : Critique serie

Homeland : Troisième saison, troisième coup de maître

Synopsis : L’attentat du siège de la CIA à Washington a causé de nombreuses victimes. Forcé de quitter le pays, Nicholas Brody se retrouve à Caracas, tandis que Carrie Mathison essuie les plâtres pendant l’enquête qui accuse clairement Brody d’être le responsable de l’explosion. Une explosion qui a également remis en question la crédibilité de la CIA. Pendant que Brody est activement recherché, Saul Berenson tente de remettre les choses en ordre…

La série Homeland est une Adaptation de la série israélienne Hatufim 

Une saison mal-aimée

Etonnant de voir à quel point cette troisième saison d’Homeland a été accueillie plutôt froidement par une partie du public qui lui aurait attribué, paraît-il, une baisse de régime. Pourtant, tous les ingrédients des deux saisons précédentes sont toujours bien là et n’ont rien perdu de leur redoutable efficacité, cette troisième saison tenant toutes les promesses qu’elle avait faites, jusqu’à un incroyable et inattendu dénouement dont on a toujours du mal à revenir. Homeland garde donc sa place au milieu des meilleures séries actuelles, de celles qui sont en train de modifier le paysage télévisuel aux Etats-Unis, mais aussi le nôtre, avec quelques années de retard.

Des scénarios béton

Le final de la saison deux voyait Brody obligé de prendre la fuite suite à un dramatique attentat, dont il devenait le suspect numéro un. il est maintenant planqué à l’étranger. Carrie a été écartée et Saul est en position délicate à la tête de la C.I.A. dont il est devenu directeur. Tout cela maintient la tension presque physique des deux premières saisons, qui reste toujours l’ingrédient essentiel d’Homeland qui se rapproche beaucoup de 24 sur la forme. D’ailleurs, le twist totalement imprévisible du milieu de saison le confirme, les scénaristes Alex Gansa et Howard Gordon entre autres, ont un immense talent pour créer les ressorts du rythme d’une série au développement assez lent.

La forme au service du fond

Le montage savant de la série permet tout autant que le scénario, de maintenir ce fameux rythme, tout en prenant le temps de développer une histoire. D’autant que dans cette saison, le téléspectateur voyage encore plus, puisqu’en-dehors des pays arabes et de Etats-Unis, il va devoir faire un tour en Amérique Latine où il assistera à la déchéance de Brody. Mais depuis sa création, Homeland a forgé son identité dès son générique, qui en plus d’être une réussite esthétique, plante le décor en retraçant l’histoire moderne du terrorisme depuis les attentats du 11 septembre 2001 jusqu’à aujourd’hui. D’un point de vue esthétique et formel, Homeland est une série pour laquelle la technique est entièrement au service de la thématique.

Le plus beau des castings

Tout comme les acteurs qui représentent peut-être le plus beau casting du paysage audiovisuel actuel, d’autant plus que cette saison trois voit débarqué l’immense F. Murray Abraham (Inside Llewyn Davis) en plus des déjà excellents Mandy Patinkin (Princess Bride), Damian Lewis (Band Of Brothers) et bien sûr Claire Danes (Romeo & Juliette), toujours bouffante dans ce personnage d’analyste de la C.I.A., torturé par ses problèmes psychologiques. Tous forment une troupe véritable, qui prend plaisir à jouer ensemble, visiblement ravie de participer à l’aventure Homeland et de contribuer à sa réussite. Car même si la qualité globale des séries made in U.S.A. s’est bien améliorée ces dernières années, Homeland parvient à se hisser encore un ton au-dessus.

A voir pour le final

Même si ce n’était que pour le dernier épisode de cette troisième saison, il est impératif de la voir, car si cette série est née du traumatisme des attentats du WTC et qu’elle ne cache pas par moments ses opinions républicaines, elle reste d’une efficacité redoutable, ménageant un suspens qui ne faiblit à aucun moment des douze épisodes. Elle est une très belle vitrine de ce qui apparaît désormais comme un « savoir-faire » américain en la matière car, même si chez nous une chaîne tente de hausser le niveau des séries hexagonales, il faut bien admettre que le Français moyen a du mal à se sortir de ces séries très politiquement correctes que produit notre système audiovisuel.

Fiche Technique: Homeland – saison 3

Origine : États-Unis
Créateurs : Howard Gordon, Alex Gansa, Gideon Raff
Réalisateurs : Lesli Linka Glitter, Clark Johnson, David Nutter, Carl Franklin, Seith Mann, Jeffrey Reiner, Keith Gordon, Daniel Minahan.
Acteurs: Claire Danes, Mandy Patinkin, Damian Lewis, Morena Baccarin, Morgan Saylor, Rupert Friend,Sarita Choudhury, F. Murray Abraham, Tracy Letts…
Diffusion d’origine: 29 septembre 2013
Chaîne: Showtime
Genre : Thriller/Drame/Adaptation
Diffusion en France : Canal Plus
Nombre d’épisodes : 12

Auteur de la critique : Freddy M.

Bad Words de Jason Bateman : Critique du film

Synopsis : Un homme aigri, approchant de la quarantaine, profite d’une faille de système pour s’inscrire à un concours d’orthographe pour enfants… 

The Jason Bateman Show

Pour sa première réalisation, Jason Bateman reste dans un genre qu’il maîtrise, la comédie. Comme on est jamais mieux servi que par soi-même, il s’offre le premier rôle, celui de Guy Trilby, un homme solitaire, qui se moque de tout et de tout le monde. Pour participer à ce concours d’orthographe, il doit-être sponsorisé par un grand journal. Allison Janney est dépêchée pour relater cette aventure hors du commun. Une femme isolée et un brin dérangée, un couple bien assorti, en marge de la société et de ses conventions. Au cours de l’aventure, Jason Bateman va faire la rencontre de Rohan Chand, dont les origines lui permettent de faire toutes les réflexions racistes possible à ce charmant Slumdog. Un enfant de dix ans qui cherche à être son ami, lui aussi étant solitaire, malgré la présence de parents plus que discrets.

Jason Bateman n’est pas un acteur comique qui va montrer ses fesses ou grimacer bêtement. Son truc, c’est de sortir des punchlines corrosives. Un pince sans rire qui se régale dans cette comédie noire, qui rappelle un autre Bad, celui de Billy Bob Thornton dans le bien-nommé Bad Santa. Ce n’est pas politiquement correct : ses réparties visent autant son jeune ami, que la journaliste ou les parents qui viennent l’insulter ou lui cracher dessus. Même si Jason Bateman reste vêtu, ses répliques visent parfois au-dessous de la ceinture. Mais c’est aussi émouvant. Son rapport avec son jeune acolyte devient quasi paternel, comme le démontre la jouissive scène du super store au son des Beastie Boys. Puis, il y a la raison qui le pousse à faire ses concours. Elle se dévoilera doucement mais ne perturbera pas le rythme effréné de cette comédie plus que réussie.

Ce qui surprend, c’est surtout la réalisation impeccable de Jason Bateman. Pour un premier essai, c’est une belle réussite. La photographie est aussi sombre que l’humour noir qui imprègne chaque scène. Les différents ralentis sont toujours utilisés aux bons moments et pour les bonnes raisons. La comédie est une partition qui demande une certaine exigence. Jason Bateman démontre qu’il maîtrise déjà celle-ci et nous sentons l’influence de Jason Reitman dans son traitement de l’histoire, sur un scénario d’Andrew Dodge (son premier).

Jason Bateman est parfait dans son rôle, tout comme la révélation Rohan Chand. Allison Janney et Kathryn Hahn qui en bonnes habituées de ce genre de comédie, sont à l’aise comme un poisson dans l’eau, sans oublier le patriarche, l’excellentissime Philip Baker Hall.

Malheureusement, Bad Words n’est pas sortie dans nos salles françaises. Cette comédie mérite une séance de rattrapage, un petit bijou d’humour noir non dénué d’humanité, une vraie bonne surprise.

Fiche technique – Bad Words

USA – 2013
Réalisateur : Jason Bateman
Scénariste : Andrew Dodge
Casting : Jason Bateman, Kathryn Hahn, Rohan Chand, Allison Janney, Philip Baker Hall, Rachael Harris, Ben Falcone, Judith Hoag, Beth Grant, Anjul Nigam, Bob Stephenson
Durée : 88 minutes
Genre : Comédie noire
Musique : Role Kent
Photographie : Ken Seng
Production: Jason Bateman, Jeff Culotta, Sean McKittrick et Mason Novick
Sociétés de production : Aggregate Films et Darko Entertainment
Auteur de la critique: Laurent Wu

 

 

 

 

Band of Brothers : L’enfer du Pacifique -The Pacific- : Critique

Neuf ans après Band of Brothers, Steven Spielberg et Tom Hanks produisent une nouvelle minisérie pour HBO, Band of Brothers : L’enfer du Pacifique. Le format est le même avec 10 épisodes pour une seule saison, mais on va suivre 3 personnages différents dans 3 corps de marines dans la même guerre, au lieu d’une unique compagnie.

Dans l’enfer des tropiques 

L’intrigue se déroule dans le Pacifique, avec trois personnages très différents. Robert Leckie, journaliste sportif, un romantique qui s’est épris de sa voisine juste avant son départ. Il va vivre cette guerre au cœur des marines, voyant ses camarades tomber autour de lui. Alternant la jungle boueuse et pluvieuse, les séjours en Australie, l’asile et l’infirmerie ; John Basilone, fils d’immigrés italiens, fier d’être un marine, qui va devenir un héros pour sa nation et retourner au pays pour faire la publicité de l’armée. Mais c’est un homme de conviction et la sienne, c’est de se battre auprès des siens. Il retourne dans le Pacifique et va y rencontrer la femme de sa vie, une infirmière italienne ; enfin, Eugene Sledge voit son frère aîné partir à la guerre, lui étant retenu par un souffle eu cœur. Le souffle disparaissant, il va pouvoir rejoindre son ami d’enfance, lui aussi parti avec les marines. Sa sensibilité va être mise à rude épreuve : il va perdre son innocence et découvrir les horreurs de la guerre, qu’elles soient américaines ou japonaises.

C’est difficile de ne pas comparer les deux séries. Même si le traitement est différent, le thème reste la seconde guerre mondiale. Le fait de se retrouver dans trois corps de marines, rend l’ensemble un peu confus. Il faudra plus de temps pour identifier les divers personnages et comme pour son aînée, c’est mi-saison que The Pacific devient enfin passionnante.

Pourtant, elle évite l’abus de combats, mettant plus l’accent sur les conditions climatiques et humaines, le climat tropical étant plus dangereux que l’ennemi. Cette pluie qui tombe à tout moment, rendant le terrain boueux, l’impossibilité de sécher ses vêtements, épuisent ces hommes aussi bien physiquement, que psychologiquement. Les batailles sont vite expédiées. L’ennemi est invisible, il donne l’assaut de nuit. Cela peut semer la confusion et mener à la bavure. Un séjour en Australie permet de souffler un peu, cela apporte un peu de légèreté. C’est aussi un défaut : on sent l’envie de viser un public plus large avec des bluettes sans réel intérêt. On est loin de la testostérone émanant de Band of Brothers.

Néanmoins, le spectateur comprend les différents rouages de la guerre : le héros trop vite porté aux nues et renvoyé malgré lui au pays pour ramener de l’argent dans les caisses de l’armée, se servant de lui comme un simple objet publicitaire, loin de son ambition de servir sa patrie au front. L’idée romantique de la guerre vole rapidement en éclats. On est loin de l’image idyllique diffusée dans la presse et la télévision. Le japonais devient un sale macaque aux yeux de ces hommes, qui vont jusqu’à lui arracher ses dents en or pour arrondir leurs soldes, comme les nazis avec les juifs. La frontière est étroite entre le bien et le mal, très étroite….

Les marines ne sont pas représentés comme des super-héros ; ce sont des hommes comme les autres. En partant à la guerre, ils reviendront différents, aussi bien touchés dans leur chair, que dans leurs convictions. Le personnage de Sledge est le plus intéressant. Il veut absolument rejoindre les marines dans le Pacifique. Il sera celui qui rend la série passionnante, avec le soutien de Leckie et Basilone, devenant moins lisses. Leurs parcours nous permet de voir les différents aspects de la guerre. Ils ne sont pas érigés en héros, en exemple, du moins pour le spectateur. On voit leurs failles, on assiste à leurs interrogations et aux atrocités auxquelles ils sont confrontés : ces membres arrachés dévorés par les vers, les villageois se sacrifiant tel des kamikazes, mettant à mal leurs désirs de les secourir, au risque de se retrouver dans un piège, ce qui instaure un climat paranoïaque. Mais aussi la question la plus importante : Pourquoi cette guerre ? A aucun moment, le spectateur reçoit une explication. Ils doivent se battre pour leur pays, point.

Lors de la deuxième partie de saison, les combats se font plus présents, plus intenses, l’ennemi prenant enfin forme. Maintenant que les personnages sont identifiés, il est plus aisé de s’intéresser à l’histoire, à cette guerre qui se finira en une phrase : « On a lâché la bombe, la guerre est finie ». Hiroshima n’est même pas citée, tout comme le fait que ce soit une bombe atomique. Apparemment les américains assument encore mal cette victoire au goût amer.

Avec un budget conséquent (plus de 150M), la série avait les moyens de ses ambitions. La réalisation n’est pourtant pas transcendante au début. Tim Van Patten étant un habitué des séries télévisés, tout comme David Nutter. La vue d’ensemble est trop simpliste, trop conventionnelle, et les épisodes en pâtissent. Il faudra l’excellent épisode 5 dirigé par Carl Franklin pour voir la différence et avoir l’impression d’être devant un film et non une série classique.

L’interprétation est inégale. James Badge Dale (Leckie) est ennuyant : il est plus proche d’un personnage des Feux de l’amour, que d’un marine. Au fil des épisodes, il va remédier à cela mais il est clairement le plus faible du casting. Jon Seda est mal exploité au début, il est même presque absent mais à l’instar de Donnie Whalberg dans Band of Brothers, il va prendre de l’épaisseur et s’imposer dans la seconde partie. Joseph Mazzello débarquant en plein milieu, quand la série devient passionnante, est indiscutablement le plus doué de tous, même si Rami Malek est assez dérangeant, ce qui le rend fascinant. Jon Bernthal avait fait sa première apparition dans Band of Brothers. Cette fois-ci, il a un rôle plus conséquent aux côtés des chevronnés William Sandler et Annie Parisse. Le reste du casting n’ayant pas encore fait ses preuves, puis aucun ne sortant vraiment du lot, il faudra quelques années pour voir si certains ont eu une carrière intéressante ou confidentielle.

La série à un niveau correct, mais bien loin de Band of Brothers. Elle a du mal à décoller, et ne nous emmène jamais bien haut. Les personnages ne sont pas suffisamment passionnants pour que l’on s’y attache. Le côté romance est un peu ennuyant. Historiquement, on apprend peu : il n’y a jamais de dialogues avec l’ennemi ou trop brièvement ; tout reste en surface et ne va jamais au fond des choses. Assez décevant au final.

Synopsis : Suite à l’attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, de jeunes américains pleins d’espoirs s’engagent dans l’armée pour défendre leur pays face à l’invasion japonaise. Ces soldats sont envoyés dans les îles du Pacifique où l’ennemi gagne du terrain. Ils n’ont aucune idée de l’enfer qui les attend. Les désillusions se mêlent vite à la peur, et la mort devient leur lot quotidien. Ce qu’ils vont vivre les changera à jamais. Suivez le parcours de trois marines américains – Robert Leckie, John Basilone et Eugene Sledge – au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor jusqu’au retour à la maison des soldats après la capitulation japonaise. 

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

 

 

 

 

Devdas de Sanjay Leela Bhansali : Critique du film

Devdas de Sanjay Leela Bhansali : Roméo et Juliette au pays de Ghandi ?

Synopsis : Devdas, le fils d’un riche propriétaire, et Paro, la fille d’un modeste voisin, s’aiment passionnément. Malheureusement, le père de Devdas n’accepte pas l’entrée de Parvati dans sa famille en raison des différences de classe sociale. Paro va alors épouser contre son gré un propriétaire plus âgé qu’elle, et Devdas, parti à Calcutta, sombre dans l’alcoolisme…

Prêt à vilipender cette sucrerie Bollywoodienne qui avait tout l’air du parfait produit calibré pour plaire au plus large public occidental possible, je me réjouissais à l’avance des railleries que j’allais pouvoir en tirer à des fins purement démagogiques. Cette avalanche de mauvais gout kitchissime surlignée par de la musique sirupeuse pour midinettes en manque de merveilleuses romances ne pouvait évidement pas plaire au cinéphile exigeant que je suis. C’était couru d’avance : sitôt vu, aussitôt oublié. Et pourtant!

A mon corps défendant, et malgré toute la mauvaise volonté caractérisée que je n’avais de cesse de mettre en avant pour me persuader de le détester, je ne peux que m’avouer vaincu devant une telle merveille! Ma fourberie et ma mauvaise foi se sont littéralement effondrées devant ce qu’il faut bien considérer comme un véritable bijou.

Par où commencer? Choisir est un défi ardu car il y aurait tellement à dire et à argumenter sur la fascination qu’il exerce. Partons du principe que c’est bien plus qu’une simple comédie musicale sauce curry saupoudrée d’une pincée de Roméo et Juliette au pays de Gandhi. Derrière tout ce faste et cette préciosité, se cache en effet un appel d’air à une Inde faisant fi des singularités de cette immense territoire spirituel divisé par tant de rancœurs idéologiques et religieux vieux de plusieurs siècles. Composée de castes appartenant à différents milieux sociaux s’opposant avec acharnement, la famille hindou a cette particularité qui la déchire en son sein même. Rivalité, désir de revanche et envie d’élévation sociale sont un frein majeur à la prospérité et à la réunification de l’ancienne colonie anglaise. Dans un geste d’apaisement, ce film tente, à son petit niveau, une réconciliation fraternelle. Et il use pour cela de toute une tradition séculaire de l’expression artistique qui a fait la réputation à travers le monde de ce pays.

Constitué de tout un panel de séquences dansées et chantées qui correspondent à l’avancée et à l’état d’esprit des protagonistes (tristesse, espoir, joie…..), montées en plans séquences fluides et magiques, ce long-métrage sert ces morceaux de bravoures avec un enthousiasme démesuré plus que jouissif. Les immenses palais ornés d’or et de couleurs vives sont un pur enchantement pour nos rétines. La beauté irréelle de ces amants éplorés et de ses courtisanes finissent par nous achever pour de bon. Si la profusion d’intrigues de cours et de personnages peuvent facilement déstabiliser par instant, c’est pour mieux nous perdre dans ces sentiments exacerbés, aidés en cela par les différents points de vue nous permettant de mieux comprendre leurs raisons profondes. L’empathie que l’on ressent alors, bien qu’elle ne soit pas la même pour tous, en est alors plus aisée.

Car s’il s’agit bien d’une somptueuse et déchirante histoire d’amour entre deux magnifiques éconduits, elle prend une signification autrement plus symbolique qu’une simple amourette. Devdas (Shah Rukh Khan), ce riche héritier d’une famille de propriétaires revenu d’une très longue absence de Londres, sous des aspects lisses d’amoureux transi depuis sa plus tendre enfance de Paro (Aishwarya Rai, égérie de luxe pour une célèbre marque de shampoings qu’elle promeut tous les ans à Cannes, mais ici troublante car sublimement radieuse), ne sait qu’aimer par simple arrivisme et égoïsme et en paiera cher les conséquences. L’Amour est la grande question de sa vie car son manque d’assurance lui vient d’une profonde blessure qu’il cache sous des allures autoritaires. Fils d’une longue fratrie, rejeté par celle ci, mal aimé par sa mère mais surtout par son père, il reproduit inconsciemment ce schéma avec sa dulcinée.

Frustrée de ce manque de considération à son égard, elle qui l’a tant attendu, n’aura d’autre solution que de subir un mariage arrangé avec un homme fortuné pour ne pas déshonorer sa famille. La séparation brutale et l’exil forcé qui en découle lui serviront de prise de conscience de cette fatale erreur. La mort paternelle ainsi que sa rencontre avec une courtisane prostituée de rang et d’estime largement inférieure confirment son mépris exécrable envers la pureté du cœur. Cette rencontre décisive , si elle lui ouvre les yeux sur le chemin d’une possible rédemption, s’avère surtout le châtiment ultime pour ne pas avoir su saisir cette chance et s’être enfermé dans une auto destruction indigne d’une bonté à portée de main. Son dernier voyage est l’occasion d’un bouleversant plan séquence final, filmé avec une telle maestria qu’il en devient presque amer de terminer sur cette note là.

Fonctionnant sur un rythme frénétique particulièrement envoûtant et proposant une lecture radicalement différente de ce à quoi l’on pouvait s’attendre, le réalisateur nous propose une oeuvre unique en son genre qui fera sans doute date dans la longue histoire du cinéma. Un vrai bonheur qui a bien failli m’échapper par péché d’orgueil et dont vous auriez tort de vous priver !

Fiche Technique Devdas

Inde – 2002
Réalisation: Sanjay Leela Bhansali
Scénario: Sanjay Leela Bhansali, Prakash Kapadia d’après: la nouvelle de: Sarat Chandra Chatterjee
Interprétation: Shahrukh Khan (Devdas), Aishwarya Rai (Paro), Madhuri Dixit (Chandramukhi), Jackie Shroff (Chunnilal), Kiron Kher (Sumitra), Smita Jaykar (Kaushalya)…
Genre: Comédie Musicale, Drame
Durée: 3h02
Image: Binod Pradhan
Montage: Bela Segal
Musique: Ismail Darbar, Birju Maharaj, Monty
Producteur: Gajendra Mishra, Mohan Nayyar, Bharat Shah
Parolier: Sameer
Choréographies: Saroj Khan, Birju Maharaj, Vaibhavi Merchant
Voix de play-back: Udit Nurayan, Madhuri Dixit, Shreya Ghoshal
 Auteur de la critique : le Cinéphile Dijonnais

On a failli être amies de Anne Le Ny : Critique du film

On a failli être amies : Un film en demi-mesure

Synopsis : Marithé travaille dans un centre de formation pour adultes. Sa mission : aider les autres à changer de métier et à trouver leur vocation. Se présente alors Carole, qui vit et travaille dans l’ombre de Sam, son mari, énergique et talentueux chef étoilé. Ce n’est cependant pas tant de métier, dont Carole semble avoir besoin de changer, mais de mari. Marithé se donnera à fond pour aider Carole à se projeter dans une nouvelle vie. Mais quelle est la nature profonde de ce dévouement, quand Marithé ne semble pas insensible au charme de Sam, ni à sa cuisine ?

Devant et derrière la caméra

Plus connue pour ses rôles au cinéma et à la télévision, Anne Le Ny s’est essayée à la réalisation en 2007 avec le très réussi Ceux Qui Restent, film sensible et touchant sur le destin solitaire de ces gens dont le conjoint est hospitalisé pour une maladie grave. Elle revient sept ans plus tard avec On a failli être amies : tout à la fois vaudeville, film social, film gastronomique, film familial et comédie. Un film riche donc, trop riche peut-être, en tout cas un film qui aurait gagné à plus de sobriété scénaristique. Cette histoire d’une formatrice qui reçoit comme stagiaire l’épouse d’un grand chef cuisiner aurait largement suffit à la réussite d’un bien meilleur film.

Un film brouillon

On a failli être amie veut traiter trop de sujets à la fois, courir plusieurs lièvres pour finalement n’en attraper aucun. Si Anne Le Ny a un talent de réalisatrice certain, il semble être encore insuffisant pour parvenir à aborder dans une même œuvre les questions de l’adultère, de l’amitié, du chômage et bien d’autres encore. Aucune d’entre elles n’est suffisamment approfondie et perd alors beaucoup d’intérêt, cette dispersion du scénario fait du coup perdre sa profondeur à cette histoire qui ne trouve jamais vraiment son fil conducteur. Sa courte durée ajoute à ce goût d’inachevé qui persiste après la fin : cette idée que chaque histoire prise séparément aurait pu être plus belle, plus touchante ou plus drôle.

Un titre en trop

Le film commence en fait sur une erreur grossière, sur ce titre qui en dit trop avant même de s’asseoir dans la salle de cinéma. On a failli être amies, résume à la fois la conclusion du film et toute son histoire. On ne peut s’empêcher de la garder en tête tout en le regardant et de n’y voir, tout du long, cette conclusion dont on sait par avance qu’elle est inexorable. Pourtant, cette histoire de deux femmes qui ne se comprennent pas mais tentent malgré les circonstances d’être amies, aurait pu être plus convaincante si elle n’était éventée dès l’affiche. C’est d’autant plus dommage qu’on en oublierait presque les petits moments de grâce et d’humour qui le sauvent du naufrage. On repense bien sûr à l’ordinateur dévoilant à Carole qu’elle est sa véritable vocation, délicieux instant d’humour totalement absurde.

Mais d’excellents acteurs

Il n’y a guère que la troupe de comédiens pour jouer sans fausses notes, Emmanuelle Devos en tête ; désormais habituée des films d’Anne Le Ny, elle renforce de film en film un talent de plus en plus évident, qui fera un jour d’elle un mythe du cinéma français. Roschdy Zem campe lui un étonnant chef cuisiner et outre le fait qu’on ne l’attend pas dans de tel rôle, on découvre que cette « gueule » de cinéma peut se glisser dans tous les personnages. Ce triangle amoureux se referme avec Karin Viard, décidemment incapable d’une contre-performance et finalement aussi douée pour la comédie que pour le drame. Ces acteurs ont tout compte fait plus de relief que la réalisation d’Anne Le Ny, car certes son film ne se prête pas à des prouesses en la matière, mais un peu plus de fantaisie (en plus de celle du générique) aurait été appréciable. Dans le fond sa mise en scène n’est pas bonne ou mauvaise, mais laisse juste indifférent.

Pour un film plein de regrets

On A Failli Être Amies a failli être réussi, plutôt plusieurs films qui auraient pu être réussis et qui, mêlés les uns aux autres, font un amalgame souvent indigeste malgré le fait que quelques bons moments le traversent. Il confirme en tout cas que le cinéma français semble traverser une période de doute qui, à quelques exceptions près, fait qu’on n’a plus droit à ces étonnants succès critiques et publics que l’on n’attendait pas. Anne Le Ny est finalement dans l’air du temps, livrant un film en demi-teinte, plein de demi-mesure et finalement, guère plus qu’un demi-film.

Fiche Technique : On a failli être amies

Réalisation: Anne Le Ny
Scénario: Anne Le Ny
Interprétation: Karin Viard (Marithé), Emmanuelle Devos (Carole Drissi), Roschdy Zem (Sam Drissi), Anne Le Ny (Nathalie), Philippe Rebbot (Pierre), Annie Mercier (Jackie)
Date de sortie: 25 juin 2014
Durée: 1h31
France – 2013
Genre: Comédie
Image: Jérôme Alméras
Décor: Yves Brover
Costume: Isabelle Pannetier
Montage: Guerric Catala
Musique: Éric Neveux
Producteur: Bruno Levy
Production: Move Movie, Mars Films
Distributeur: Mars Distribution

Auteur de la critique: Freddy M.

 

 

In the Mood For Love de Wong Kar-wai : Critique

Sublime et envoutant, In Mood For Love de Wong Kar-Wai, est un chef-d’œuvre d’une perfection esthétique absolue.

In The Moood For Love est l’œuvre d’une vie, l’œuvre d’un auteur qui depuis toujours, a fait de son cinéma une exigence. Plus beau film du maître, il est l’aboutissement de toute une carrière qui vit s’enchaîner les chefs-d’œuvre pour aboutir à l’ultime sommet d’un talent artistique, œuvre unique dans le cinéma d’aujourd’hui. Pourtant, In The Mood For Love effraie, le cinéma de Hong-Kong impressionne par son exotisme et son univers qu’on imagine inaccessible. Cinéma du ressenti plus que du raconté, film de l’impression plus que de la narration, Wong Kar Wai captive par ce qu’il suggère, plus que par ce qu’il montre, mais reste accessible à tous les esprits.

L’histoire tient en quelques mots, écrits à l’encre de Chine sur le papyrus du scénario. M. Chow et Mrs Chan emménagent avec leurs conjoints dans la même pension. La promiscuité des lieux et les circonstances vont pousser leurs conjoints respectifs l’un vers l’autre, laissant M. Chow et Mrs Chan seuls face à face, hésitants sur l’attitude à adopter, d’autant que la vie semble vouloir les pousser eux aussi l’un vers l’autre. Le film de Wong Kar Wai tournera autour de cette idée des amours trahies, comme une variation sur le même thème, qui verrait peu à peu la naissance d’un amour refusant d’éclore pleinement.

 Wong Kar Wai impressionniste

Tout le talent du metteur en scène est là. Enchanteur de l’image, Wong Kar Wai est réputé pour son talent pictural. D’une histoire d’amour, il tire une galerie de peinture, parvenant à transmettre par sa mise en scène, par ses cadrages purement plastiques, les plus fortes émotions que peuvent ressentir deux êtres épris. Chaque plan, chaque accessoire, chaque ligne de fuite est voulue, à sa place et pleine de sens. Le hasard est prohibé; le travail de l’image est unique et sublime la beauté des décors, des personnages et de leurs sentiments.

Wong Kar Wai aime ses personnages presque physiquement. Il suffit pour cela de voir à quel point M. Chow et Mrs Chan sont d’une troublante beauté sous l’œil de sa caméra, suscitant un mélange unique de désir et de fascination. Maggie Cheung est sublimée comme jamais elle ne l’a été et jamais plus ne le sera. Mélange de fatale beauté et d’intense fragilité, elle devient la femme ultime : reine de beauté et femme universelle. Elle déambule d’une image à l’autre, d’une beauté grandissante qui gagne en force sous les ralentis de Wong Kar Wai.

C’est d’ailleurs une des autres forces de ce chef-d’œuvre : ses deux acteurs principaux, habitués des films du réalisateur et ici complémentaires comme jamais ils ne l’ont été auparavant. Ils rivalisent de délicatesse, retenant tout excès de jeu et pratiquant la suggestion par les gestes et les expressions, comme Wong Kar Wai le fait avec sa caméra. Tony Leung promène son flegme quasi britannique de long en large, alternant les sourires las et les regards tristes, donnant plus à voir par un simple regard que par des lignes de dialogues.

Ces dialogues jouent de la partition musicale, autant que les notes du compositeur Shigeru Umebayashi, auteur ici d’une des plus belles et sensibles partitions jamais entendues au cinéma. Les dialogues, le travail sur le son, la composition musicale et la mise en scène entrent en symbiose, créant l’œuvre cinématographique parfaite, débarrassée des oripeaux scénaristiques pour ne se consacrer qu’à la beauté formelle, rendant palpable sur pellicule la notion de beau. Car ce film est d’une beauté pure, de cette beauté capable d’émouvoir aux larmes comme seule la joie peut le faire. Les visages sont lascifs et les scènes d’une tendre intimité, qui embaume une douceur suave.

Wong Kar Wai, qui jusqu’ici faisait de chaque film une expérience, semble trouver sa voix artistique pour atteindre la maturité et le génie qui font désormais de lui un membre de la cour des grands. In The Mood For Love, sans être intellectualisant, amène quiconque le regarde à découvrir la beauté d’une caméra, experte à révéler ce que l’amour renferme d’intensité. Il ne faut pas craindre ce film, ses origines et son sujet. Il est une œuvre unique, qui jamais plus ne se laissera oublier, au risque d’être ému aux larmes, rien qu’en s’en repassant les images au film des pensées…

Synopsis: Hong Kong, 1962, Madame Chan originaire de Shanghai vient de trouver une chambre à louer dans l’appartement de Madame Suen, une compatriote de Shangaï. Le jour de leur déménagement, Monsieur Chow et sa femme emménagent aussi sur le même pallier chez la voisine de Madame Suen. Madame Chan travaille comme secrétaire dans ce qui semble être une agence de voyage. Monsieur Chow lui est rédacteur d’un journal local. Il a comme ami un collègue qui joue, parie son argent et fréquente les putains. Monsieur Chan voyage beaucoup à l’étranger et notamment au Japon d’où il ramène à sa femme et ses amis des objets à la mode , comme un sac à main ou un autocuiseur. Madame Chan et Monsieur Chow finissent par se parler et s’apercevoir que leurs conjoints sont amants…

Fiche Technique: In the Mood For Love

Titre Original : 花樣年華

Réalisateur: Wong Kar-wai
Scénariste: Wong Kar-Wai
Acteurs: Goo Gam-Wa, Kelly Lai Chen, Maggie Cheung Man-Yuk, Mama Hung, Rebecca Pan Di-Hua, Roy Cheung Yiu-Yeung, Siu Ping-Lam, Tony Leung Chiu-Wai
Pays: Chine
Genre: Mélodrame, Drame, Romance
Compositeur: Michael Galasso
Directeur De La Photographie: Christopher Doyle, Mark Lee Ping-Bin
Monteur: William Chang Suk-Ping, Wong Ming-Lam
Date De Sortie: 8 novembre 2000

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

Albert à l’Ouest de Seth MacFarlane : Critique du film

Albert à l’Ouest : 1000 façons de (mou)rire dans l’Ouest

Les amateurs d’humour outrancier et de blagues gratuites connaissent bien Seth Mac Farlane. Le créateur des Griffin et d’American Dad, deux séries à l’humour corrosif et aux répliques bien senties, a fait ses débuts dans le monde de la réalisation il y a deux ans avec Ted. Cette aventure centrée sur un ourson en peluche mignon mais grognon, amateur de pétards et de femmes à petite vertu, avait cartonné au box-office, et prouvé que son humour très particulier pouvait parfaitement s’exporter sur grand écran, sur une durée plus longue que les vingt minutes auxquelles il est habitué.

Pour son second film, Albert à l’Ouest, Mac Farlane fait le choix de voir plus grand. Fini le confort de Boston, place aux plaines désolées de l’Ouest américain, pour une comédie toujours aussi décalée prenant pour cadre l’univers du western. Un monde peuplé de brutes à la gâchette facile, dans lequel survit Albert, un gardien de moutons peu amateur de duels. Lorsque celui-ci est plaqué par sa petite amie (Amanda Seyfried), il sera pris en main par la belle Anna (Charlize Theron), qui va lui apprendre les vertus du courage. Seul problème, la jeune femme est la fiancée de Clinch Leatherwood (Liam Neeson), brigand de grand chemin et meilleur tireur de l’Ouest.

Les fans de Ted se retrouveront en territoire connu. Même type d’humour borderline, mêmes dialogues à se tenir les côtes, mêmes situations abracadabrantesques. Les vannes fusent dans tous les sens, souvent complètement inattendues, toujours totalement gratuites. Le choix de faire dans le film d’époque ne l’empêche pas d’effectuer de nombreux parallèles avec la nôtre, et certaines répliques sont totalement dans l’actualité. S’il est moins irrévérencieux que Ted, qui faisait aussi dans le name-dropping à outrance, l’humour d’Albert à l’Ouest n’en reste pas moins mordant.

Petit changement, comparé avec ses productions habituelles, Seth Mac Farlane a choisi de se passer de l’élément comique central que l’on retrouve d’habitude. Que ce soit avec Brian ou Steewie dans Les Griffin, Roger dans American Dad ou Ted dans Ted, le trublion aime provoquer l’hilarité aux dépens d’un personnage, souvent complètement irréaliste, autour duquel gravite les vannes. Ce n’est pas le cas dans ce film, où les blagues partent de tous les côtés sans être centrées sur un seul personnage.

On retrouve aussi les défauts de Ted, à travers une réalisation plate et parfois maladroite, qui confirme que Mac Farlane est un enfant de la télé, et vient avant tout de l’animation. Les passages visant à provoquer l’émotion sont ainsi souvent insipides, et attirent plus la gêne que l’empathie. Heureusement, il reste un dialoguiste hors-pair, et possède un excellent sens du rythme, qui permet aux deux heures de film de filer sans que l’on ressente la moindre longueur.

Les amateurs d’humour gras et un peu bas du front trouveront une nouvelle fois leur bonheur dans cette nouvelle réalisation signée du créateur des Griffin, qui confirme qu’il est un auteur talentueux. Encore plus barré que Ted, plus abouti aussi, Albert à l’Ouest est une comédie déjantée, férocement drôle, à ne pas manquer.

Synopsis : la couardise d’Albert au cours d’une fusillade donne à sa fiancée volage la bonne excuse pour le quitter et partir avec un autre. Une belle et mystérieuse inconnue arrive alors en ville et aide le pauvre Albert à enfin trouver du courage. Des sentiments s’immiscent entre ces deux nouveaux alliés, jusqu’au jour où le mari de la belle, un hors-la-loi célèbre, découvre le pot-aux-roses, et n’a plus qu’une idée en tête : se venger. Albert aura-t-il le courage nécessaire pour venir à bout du bandit ?

Fiche Technique : Albert à l’Ouest

Titre original : A Million Ways to Die in the West
Réalisateur : Seth MacFarlane
Scénaristes : Seth MacFarlane, Alec Sulkin, Wellesley Wild
Interprètes : Seth MacFarlane, Charlize Theron, Amanda Seyfried, Liam Neeson…
Date de sortie : 2 juillet 2014
Durée du film : 1 h 57
Photographie : Michael Barrett, Paul Elliott
Montage : Jeff Freeman
Montage musical : Charles Martin Inouye
Costumes : Cindy Evans
Décors : Stephen J. Lineweaver
Producteur : Bluegrass Films, Fuzzy Door Productions
Distributeur : Universal Pictures International France

Auteur : Mikael Yung