Triple alliance de Nick Cassavetes : Critique du film

Triple Alliance : Un Buddy-Movie au féminin un peu trop conventionnel

Sex And The City, Les Flingueuses, Les Gazelles, Jamais le Premier soir, Mes Meilleures Amies, plus récemment Sous les Jupes des Filles et maintenant Triple Alliance marquent le regain d’intérêt que le cinéma mondial porte sur la Femme ! Longtemps reléguée au rang de sex-symbol ou tout au plus gadget pour réchauffer le cœur des hommes et doter les salles obscures d’une présence féminine, celle-ci à l’instar de son statut au sein de la société a dû attendre longtemps avant d’obtenir la reconnaissance de ses homologues masculins, dans un milieu où ils règnent pourtant en maîtres.

Et bien que le nombre de réalisatrices demeure encore relativement faible, c’est avant tout dans le domaine du jeu que les femmes se sont majoritairement illustrées. Meryl Streep avec ses 18 nominations aux Oscars, Katharine Hepburn avec ses 4 statuettes en sont d’ailleurs de brillants exemples et tendent à prouver que le talent est universel et que le jeu d’une femme est souvent plus complet, devant en effet jongler avec une palette d’émotions plus large que ses homologues masculins.

De fait, on assiste depuis 1991, année de sortie de Thelma et Louise, film qu’on pourrait qualifier de jalon dans le processus de féminisation du cinéma mondial, à un véritable sursaut d’orgueil de la gente féminine. Et Triple Alliance, dernier film de Nick Cassavetes, réalisateur du film N’Oublie Jamais, perpétue cette vision d’émancipation des femmes aussi bien dans la société que dans le cinéma.

Finis les rôles de femmes aux foyers névrosées et incapables, les femmes qui doivent constamment s’abaisser face à la toute-puissance du mari, ou celle ne servant qu’à jouer un pathétique sidekick du personnage principal. Cassavetes opte dès le début de resserrer son intrigue autour d’un duo particulièrement bien sentie composé de Cameron Diaz, brillante avocate et business woman accomplie et Lindsey Mann, épouse simplette et trompée; duo lui-même rejoint par une troisième femme en la personne de Kate Upton, mannequin aux formes généreuses.

Trio composé de 3 femmes aux ambitions, aux desseins et aux comportements bien différents qui vont se retrouver unies par un fatal coup du sort : elles ont toutes été trompées par le même homme !

Un postulat somme toute simple, mais qui dresse l’ambivalence dont fait preuve Hollywood pour représenter la femme. Outre le fait que le réalisateur donne à voir avec le personnage de Cameron Diaz un autre visage de la gente féminine, emplie de réussite et confiante en elle, le traitement des personnages incarnés par Lindsay Mann et Kate Upton frôle les clichés. Entre la voluptueuse poitrine et le corps de bimbo dont est affublée Kate Upton et le rôle de femme au foyer insignifiant de Lindsay Mann, le film dévoile irrémédiablement son plus gros défaut : sa conventionnalité.

Conventionnalité qui malgré un synopsis alléchant à gout de vengeance et de tromperie et une propension à confiner tous les rôles d’hommes au second plan, restera toujours autant présente. En atteste les sujets de discussions tournant autour d’épilation, de sous-vêtements, de conquêtes d’un soir et celles du vrai amour que ponctuent la quasi-totalité des dialogues du film.

Néanmoins, l’autre problème du film réside dans sa mise en scène. Éludant de manière subtile le personnage du mari volage, campé par un ex-membre de Game of Thrones, Nikolaj Coster-Waldau, le film souffre d’un scénario, qui bien qu’explorant avec brio les conséquences d’une relation adultère sur trois femmes radicalement différentes, se voit affublé de longueurs ; longueurs pour une fois représentées par des scènes utiles à la bonne marche du récit, mais un peu trop pompeuses comme si le réalisateur face à la complexité de devoir tourner un film de femmes, s’était minutieusement préparé et essayait de trop bien faire.

La très longue première partie mettant en place la trame, se voit vite doublée d’une deuxième partie ou les protagonistes de ce vaudeville américain paraissent davantage impliqués dans leur jeu et participe de manière plus active au projet de vengeance. Une deuxième partie beaucoup plus dynamique et rythmée laissant entrevoir une réelle complicité du trio d’actrices principal et qui ne manque pas d’humour et de cynisme.

Une complicité procurant au film le plaisir attendu pour un tel genre de production et permettant d’apprécier à sa juste valeur un film de filles qui fait du bien à voir mais qui demeure une déception de la part de Nick Cassavetes et n’est pas encore le film tant attendu qui cassera les barrières cinématographiques entre les deux sexes !

Synopsis : Carly découvre que son nouveau petit ami Marc est un imposteur, lorsqu’elle rencontre accidentellement sa femme, Kate. Carly va se prendre d’affection pour elle, et leur improbable amitié va se renforcer encore un peu plus lorsqu’elles réalisent que Marc les trompe toutes les deux avec une autre femme, Amber. Les trois femmes vont joindre leurs forces et mettre au point un impitoyable complot pour se venger.

Fiche Technique : Triple alliance

Titre original : The Other Woman
Réalisateur : Nick Cassavetes
Casting : Cameron Diaz (Carly), Leslie Mann (Kate), Kate Upton (Amber), Nikolaj Coster-Waldau (Mark), Don Johnson (Franck), Nicki Minaj (Lydia), Taylor Kinney (Phil)…
Genre : Comedie
Date de sortie en salle : 18 juin 2014
Durée : 1h49
Budget : 40 M$

 

 

Festival

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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