Accueil Blog Page 796

House of Cards : Saison 2 : Critique de la série

Critique House of Cards : Saison 2 – Shakespeare 2.0

Synopsis : Après avoir écarté tous ses adversaires, Frank Underwood est nommé Vice Président des Etats-Unis d’Amérique. Sa quête de pouvoir est cependant loin d’être terminé car il ne vise rien de moins que siéger dans le bureau ovale.

Alors que les journalistes entament des actions de plus en plus dangereuses pour son ascension, Franck doit gérer son nouveau poste de conseiller au Président des Etats-Unis d’Amérique et éviter l’exposition.

Le changement dans la continuité

La saison 2 de House Of Cards débute comme finissait la première : sur un meurtre froid et violent, au service des intérêts de Frank. Si ces meurtres ont marqué un premier temps un virage dans la série, on a fini par comprendre qu’ils correspondaient bien au personnage de Frank Underwood : maître des prédateurs, calculateur reptilien dominant la chaîne alimentaire politique et ne se fixe aucune limite dans sa conquête du pouvoir. Si cette deuxième saison de House Of Cards (la troisième est annoncée pour février 2015) est dans la continuité de la première, elle confirme et appuie toutes les qualités de la première et apporte néanmoins quelques nuances de taille.

Des personnages plus complexes

On l’avait compris dès la première saison, Frank Underwood n’aurait pas cette rage de conquête s’il n’avait pas sa femme à ses côtés. Et même si Claire Underwood semble souvent moins extrême que son mari, elle a cette beauté froide et arrogante qui la range du côté des seigneurs. Jusqu’ici, on avait peu de doutes sur son dévouement pour Frank. Pourtant la deuxième saison apporte quelques enseignements qui la rendent plus complexe et plus intéressante. Car Claire a une faille, une faille béante après avoir été victime d’un viol pendant ses études, un événement qui la poursuit et semble l’affaiblir aux moments de trop forte pression. L’intelligence des scénaristes se confirme donc ici, avec un personnage essentiel qui s’affiche soudain fragile et pourrait faire s’effondrer la destinée de Frank comme un château de cartes, le titre House Of Cards prenant ici tout son sens.

A l’inverse Frank reste un rock tourné vers sa soif de pouvoir et prêt à vendre père et mère pour y parvenir. La force de Kevin Spacey, dans cette deuxième saison, est de pousser dans ses retranchements la morale du téléspectateur, un téléspectateur qui au final ne rêve plus que de le voir souffrir, tomber de son piédestal et être trainé dans la boue. S’il est la force de cette saison 2, ce n’est pas seulement du fait d’avoir une morale différente de la nôtre, c’est de ne pas avoir de morale du tout et de sembler prêt à tout et son contraire pour atteindre son but.

Une recette éprouvée

La mécanique et le choix du format de Netflix sont décidément les bons. Se contenter de treize épisodes par saison rend la série plus dense et efface les longueurs, le remplissage pouvant vite devenir l’ennemi d’une série orientée sur le fonctionnement démocratique aux U.S.A. Pourtant, un nuage noir plane sur cette deuxième saison, un nuage vite passé mais qu’on n’oublie pas. Une scène en fait, entre Frank, Claire et Meechum, une scène inutile et vulgaire. Une scène grotesque et déplacée qui ne se justifie pas ; une scène qui met mal à l’aise et donne envie de hurler de son côté racoleur. Une scène qui a intérêt à trouver un minimum d’explications dans la saison 3, au risque d’avoir l’air encore plus absurde.

Une série d’échecs 

Au contraire, les apartés que nous accordent Frank, s’il pouvaient surprendre lors de la première saison, sont aujourd’hui savamment dosés, assimilés et contribuent à rendre le personnage délicieusement détestable, lorsqu’il nous confie le fond noir de sa pensée. C’est d’ailleurs cette couleur et ses nuances qui dominent la série et dès le générique les tons de gris bleutés prennent le pouvoir, traduisant par l’image et sur fond de musique déstructurée, la noirceur de l’âme de Frank. Ce jeu des couleurs ramènerait cette série à une partie d’échecs, où tous les acteurs sont des pions dans les mains de Frank, son bras droit Doug devenant une tour et les députés de son camp des cavaliers à ses ordres. Claire, sa femme, blonde et toujours habillée de couleurs « claires » justement, devient elle cette reine blanche se tenant à la droite du roi, prête à abattre le camp ennemi.

Une suite attendue

Même si on peut se demander en fin de saison 2 ce que Frank pourrait bien encore conquérir (puisqu’il n’y a que ça qui l’intéresse), la troisième promet des rebondissements : ses casseroles pourraient enfin le rattraper. Il faut saluer le travail de scénario qui termine l’année sur de belles promesses pour la prochaine : les choix que le hacker aura à faire, les conséquences de ce qui arrive à Doug et de la fuite de Rachel. Jusqu’à présent, House Of Cards suit un parcours sans faute, à l’exception donc d’une petite faute de goût.

Auteur de la critique : Freddy M.

Fiche Technique : House of Cards Saison

Créé par : Beau Willimon
Acteurs principaux : Kevin Spacey Rôle : Frank Underwood, Robin Wright Rôle : Claire Underwood, Kate Mara Rôle : Zoe Barnes, Michael Kelly Rôle : Doug Stamper
Année de création : 2012
Format : 60 min.
Chaîne(s) : Netflix
Genre : Drame, Thriller
Nombre de saison(s) : 2
Nombre d’épisode(s) : 14
Date de première diffusion : 01/02/2013

American Horror Story : Saison 1-3 Critique série

American Horror Story Saison 1-3 : Monstres pervers, nonnes sadiques et plan à trois avec zombies

Ryan Murphy se présente lui même comme un « créateur d’univers ». Cette définition lui correspond plutôt bien. Cela fait plusieurs années qu’il parcourt le paysage télévisuel, développant ça et là plusieurs projets souvent originaux. Mais s’il met tout son cœur dans les premières saisons à installer des personnages et une ambiance particulière, le réalisateur semble à chaque fois se lasser rapidement, préférant passer à autre chose, laissant ses bébés dépérirent tristement. Il suffit de voir la saison 1 de Glee plutôt bien menée et celles qui l’on suivie accumulant reprise de tubes parfois indigestes, intrigues teen classiques et fan service facile (le couple Finn/Rachel qui n’en finit pas de se tourner autour…).

Avec American Horror Story, Murphy semble avoir trouvé la parade à son ennui chronique : à chaque saison un nouveau lieu, de nouveau personnages, de nouveaux enjeux. Une forme d’anthologie qui rappelle les grandes heures de la télévision (La Quatrième Dimension) dans une version plus étendue. Il y a donc trois saisons pour l’instant, la première (nommée par les fans Murder House), Asylum et Coven, et comme dans toute anthologie, la qualité n’est pas forcément équivalente entre chaque segment.

Murder House 

Pour lancer American Horror Story, Murphy et sa bande décident de s’attaquer à un classique de l’épouvante un peu tombé en disgrâce ces dernières années : la maison hantée. L’intrigue démarre, comme toujours, avec une famille qui vient d’emménager pour trouver une nouvelle vie (le père ayant foutu en l’air l’ancienne avec son comportement érotomane). La mère est dépressive et la fille un brin suicidaire… Que du bonheur en perspective, et pas trop d’originalité à l’horizon. Cette première saison est donc un essai plutôt sage. La trame principale reste dans les sentiers battus (rencontre successive de fantômes, affrontement, doutes sur la santé mentale…) mais on sent déjà bourgeonner quelques petites idées par ci, par là, des éléments originaux. Voulant repousser certaines limites, les auteurs n’hésitent alors pas à convoquer d’autres segments de la culture américaine pour densifier l’univers. Des fantômes certes, auquel viennent s’ajouter le traumatisme des fusillades dans les campus, des monstres dans le grenier, des serial killer et autres légendes urbaines, rajoutant ça et là quelques références cinématographiques de bon goût (Rosemary’s Baby, La Malédiction…), pour faire passer la pilule de leur délire qui peut parfois sembler indigeste tant il part dans tous les sens. On se demande encore si le flash back éclair avec le Pape au Vatican était véritablement indispensable.

Partir ainsi sans fondations solides aurait toutefois pu faire planter la série mais, coup de chance, les acteurs font tenir la baraque. Car si American Horror Story a marqué les esprits, c’est surtout grâce à un come back inattendu, celui de Jessica Lange qui incarne, avec une perversité communicative, la voisine inquiétante et envoûtante, un personnage hitchcockien qui semble toujours osciller entre l’animosité et l’empathie pour ses nouveaux « amis ».

Néanmoins Murder House ne convainc pas totalement car certains délires sont assez peu exploités (quelques  fantômes qui passent en coup de vent…), mais on retrouve tout de même certains thèmes cher à Murphy, comme l’acceptation de soi, la revendication d’être un freak (que l’on soit gothique, autiste, fantôme ou serial killer, on a tous le droit au bonheur!!), projetés cette fois dans un univers plus sombre et déviant que d’habitude. AHS intrigue donc suffisamment pour laisser une chance à sa deuxième saison.

Asylum

Si l’on trouve déjà que la première fournée part un peu en cacahuète, on ne s’attend clairement pas à ce qui va suivre. Nouvelle intrigue donc qui prend place dans les années 60, au cœur d’un asile tenu d’une main de fer par une nonne sadique (Jessica lange de retour) et un docteur à la déontologie douteuse (James Cromwell, le gentil berger de Babe). La saison multiplie les situations sordides et ne laisse aucun répit à ses personnages. Si Murder House est déjà bien peu glauque, Asylum est véritablement crade. Une sacré bande gravite autour de cette maison de fous : des bonnes sœurs perverses, un tueur qui découpe la peau de ses victimes, un prêtre arriviste, des aliens, le diable en personne et même un père noël psychopathe, caché dans les sous sols (Ian McShane qui arrive à faire oublier qu’il est un piètre Barbe Noire dans Pirates des Caraïbes : la fontaine de Jouvence)… que du bonheur ! Et le plus beau dans tout ça ? Ça tient plutôt la route . On aurait pu croire que cela partirait trop loin (un fond de nazisme vient s’ajouter par la suite), et on a même des nouvelles d’Anne Franck, mais finalement tout ce joyeux bordel fonctionne plutôt bien. Et pour ceux qui détestent Maroon 5, Adam Levine se fait bouffer dans le premier épisode (à bon entendeur !…). Murphy en profite alors pour développer ses thèmes de prédilections plus en profondeur, appuyant cette fois véritablement le discours féministe et gay friendly, au travers des personnages de Jessica lange, Sarah Paulson, Lily Rabe… Ces femmes sont souvent maltraitées, écorchées, torturées pour motif « médical », les raisons de leur enfermement étant souvent d’ordre sexuel (nymphomanie, homosexualité, meurtre en réponse à un viol…), ou due à une maternité non désirée assimilée à une forme d’emprisonnement. Une libération du corps féminin qui effraie les hommes même les plus sadiques, préférant étouffer toute pulsion par la violence. Peu de figures masculines sont épargnées, si ce n’est la première victime des aliens (Evan Peters), plus ouvert et marié à une femme noire en début de saison. Les autres ont tous une tare à compenser (impuissance, complexe d’Œdipe…), et payent le prix fort pour leur arrogance. Un discours aux airs de féminisme radical mais qui reste cohérent de bout en bout, convoquant l’imaginaire collectif de l’hystérie, qui aux origines était considéré comme exclusivement féminine (nom dérivé du grec hystera, utérus), et de la possession pour mieux le retourner.

Même si certaines idées passent une fois de plus à la trappe, comme les extra terrestres assez sous exploités ou le personnage de l’évêque (Joseph Fiennes) plutôt secondaire, Asylum reste haletante du début à la fin et s’impose comme l’une des œuvres les plus viscérales de la télévision américaine. Après un tels progrès, on ne peut qu’espérer le meilleur pour la suite.

Coven

Cette troisième saison est pourtant une déception. Si les deux précédentes s’amuse à jouer avec les poncifs du genre, celle ci annonce pas mal de nouveauté et de fraîcheur pour laisser, finalement, l’impression d’un potentiel gâché. Mettant cette fois en scène un couvent de sorcières à la Nouvelle Orléans, on est en droit d’attendre une version gothique et trash d’Harry Potter, boosté au girl power, jazz et  folklore vaudou. Il y a un peu de tout ça, mais rien ne semble développé sur le long terme. Un peu comme si Tarantino avait réalisé Ma sorcière bien-aimée, faisant en sorte que Samantha éclate Jean Pierre à coup de fusil au bout du 3ème épisode. Tant de pistes sont développées pour finalement être laissées de coté. Le pouvoir de succube de Zoe (Taissa Farmiga) n’est plus évoqué, passé le premier épisode. Le minotaure du début est rapidement éliminé, pareil pour les chasseurs de sorcières qui annoncent un grand final avant de se faire trucider lors de l’épisode suivant. Coven ne manque pas d’idées, parfois brillantes (un plan à trois avec un zombie) mais lier le tout en un ensemble cohérent semble être le dernier des soucis de Murphy. Délirante oui, mais tellement frustrante. La tueuse immortelle Marie-Delphine LaLaurie (excellente Kathy Bates), bien que très présente, n’a que peu d’intérêt pour l’intrigue et certains personnages se font tuer, pour revenir à la vie sans explication particulière (Quennie) ; d’autre sont tous simplement évacués de l’intrigue un peu facilement, comme Nan la télépathe. Et si le discours féministe de la saison 2 est pertinent, ici il devient trop extrême : toutes les femmes de la saison sont fortes, mais aucun homme ne leur arrive à la cheville. Ils sont tous crétins, impulsifs, manipulables ou soumis, à l’exception du diable, sous les traits de Papa Legba/le Baron Samedi (figure mortuaire du culte vaudou) qui n’aura de toute façon qu’un rôle très secondaire. Un propos sincère, mais un peu trop caricatural pour être pris au sérieux.

Et si la réalisation de Murder House et d’Asylum est efficace, celle Coven souffre souvent d’un manque de retenue. Les réalisateurs ne se refusent aucun délire de mise en scène (ralentis, décadrages extrêmes, musiques rock à fond les ballons…), ce qui continue de rendre le tout parfois très indigeste, comme cette interminable explication dans le dernier épisode sous la forme cinéma muet. On s’éclate derrière la caméra, mais au détriment de toutes cohérences narratives ou artistiques.

Coven était attendue au tournant et a eu bien du mal à convaincre avec sa trame bancale et sa résolution finale qui donne l’impression que l’histoire s’arrête là où elle aurait du commencer.

Freak Show

Comme toute anthologie, American Horror Story connaît donc ses premiers passages à vide. Bien qu’elle remplit les écrans depuis 3 ans de personnages déjà mythiques, il est facile de remarquer que Murphy ne perd rien de ses vieux tics de recyclage : si quelque chose plaît pourquoi s’en priver ? Ainsi les acteurs qui reviennent d’une saison sur l’autre ont souvent plus ou moins le même rôle, avec des variantes, comme une seule personnalité qui serait divisée dans une infinité de réalités, Jessica Lange reste toujours un peu perverse (et danse dans chaque saison avec une robe rouge, une clope au bec et un verre de whisky dans la main) et Evan Peters demeure un amoureux transit (avec ou sans sang sur les mains…), quelques impressions de déjà vu qui peuvent finir par parasiter l’esprit rebelle de la série, la faisant basculer dans le fan service de bas étage.

Mais l’intérêt de la série réside surtout en ce qu’elle s’est constituée comme une bonne planque au cœur du système pour une belle bande de rebuts de l’industrie. Il est évident qu’il s’agit d’abord pour Ryan Murphy d’une catharsis : Après avoir écrit les aventures d’un duo de chirurgiens beaux et riches dans Nip/Tuck et les amourettes pleines de paillettes de Glee, on peut comprendre qu’il veuille se changer les idée, quoi de mieux alors que de faire voler les tripes dans une série horrifique ? Il semble que ce soit une bonne thérapie, car d’autres ont suivi le mouvement. Derrière la caméra, au scénario on peut retrouver Tim Minear, un ancien de la bande à Whedon, James Wong, malheureusement connu pour avoir réalisé le désastreux Dragonball Evolution et devant Jessica Lange bien sur qui effectue un retour en grâce après avoir disparu dans nombres de série B (voire Z), mais aussi tout les autres déçus du système : James Cromwell qui se fait de plus en plus rare sur les écrans, Ian McShane cantonné aux rôles de second couteau dans de grosses productions hollywoodiennes, qui prend ici un malin plaisir à découper ses victimes, Kathy Bates dont le rôle mythique de Misery lui à trop longtemps collé à la peau…Tous ces acteurs trouvent paradoxalement une porte de sortie grâce à cette série et un bon moyen de se rapprocher des nouvelles générations (Evan Peters, Emma Roberts…), Un peu en dehors d’un système qui pourrait ne plus vouloir d’eux, la faute à leur grand âge et leur sex appeal un peu daté. On ne peut que remercier Murphy de remettre en avant ces acteurs qui comptèrent un jour parmi les plus brillants. C’est un peu ça l’âme de la série, une belle brochette de tarés qui se mettent ensemble pour faire un gros doigt aux systèmes de productions classiques.

Mais de belles intentions ne suffisent pas à justifier une baisse de rythme. American Horror strory s’en tire grâce à son format particulier. Si une saison est mauvaise, la prochaine ne pourra être que meilleure, c’est ce que tout le monde se dit. En espérant qu’il ne s’agit pas d’un plan foireux pour relancer la suite en grande pompe en faisant semblant de s’excuser d’un « faux pas ».

Synopsis :Anthologie d’horreur, chaque saison prend place dans un nouveau lieu avec des personnages différents. De Los Angeles à la Nouvelle Orléans, des années 60 à nos jours, une vision macabre de l’Amérique et son folklore d’hier et d’aujourd’hui.

American Horror Story Extrait saison 4 Freakshow

Fiche technique : American Horror Story

Titre original: American Horror Story
Genre: Horreur, Épouvante, Fantastique
Créateur(s): Ryan Murphy, Brad Falchuk
Avec: Jessica Lange, Evan Peters, Lily Rabe, Sarah Paulson, James Cromwell, Zachary Quinto…
Production: Alexis Martin Woodall, Patrick McKee
Pays d’origine: États-Unis
Date: 2011
Chaîne d’origine: Fx
Épisodes: 38
Durée: 50 minutes
Statut: en cours (saison 4 annoncée)

 

 

 

 

La Féline de Jacques Tourneur : Critique du film

La Féline de Jacques Tourneur : L’image trouble de la femme prédatrice

S’il est de films mystérieux dont la compréhension totale nécessite plusieurs pistes de réflexions pour en saisir la pleine mesure et dont on n’est toujours pas certain d’en appréhender toutes les facettes, même après un second visionnage, alors ce classique du cinéma fantastique mérite largement sa place dans cette catégorie. C’est tout l’attrait qui s’en dégage, sa force principale mais paradoxalement aussi son aspect le plus, sinon répulsif, du moins distancié. Il n’est pas forcément aisé de bien distinguer vers quoi tend cette appropriation de la femme prédatrice.

Si l’on peut plus ou moins y comprendre une « psychanalyse » de la féminité dévorée par ses peurs et ses doutes, recluse dans un monde qu’elle s’érige comme protection envers une réalité agressive et effrayante, il est peu probable que ce soit son seul intérêt. Peut on aussi y lire une critique ténue mais bien présente d’une Amérique trop sûre de sa force et incapable de combattre ses propres démons intérieurs? Idée assez farfelue au premier abord, tant ce ne semble pas du tout être le sujet abordé ici, mais que l’on pense furtivement percevoir au détour de l’arrogance de cet homme pour qui les légendes serbes ne sont que traumas d’enfance refoulés et pour qui son pays est un rempart infaillible contre le danger extérieur.

Cette idée que la démence ne peut provenir que de marginaux n’ayant pas trouvé leur place au sein d’une société « normative » (la pécheresse aux troubles origines balkaniques est le démon incarné qui menace la prospérité du nouveau couple bourgeois et de ce médecin inquiétant et antipathique) revient assez régulièrement pour ne pas l’écarter définitivement. On peut encore y déceler une critique de la psychiatrie, alors encore balbutiante à cette époque, trop suffisante de ne pas comprendre le malaise et la solitude, choses impensables pour une société qui se construit sur des mirages.

Ce maelstrom de possibilités peut s’élargir à l’infini et c’est surement l’intention de Jacques Tourneur, que de nous perdre dans ce jeux de pistes pervers. Lui seul détient la vérité et son intention est possiblement tout autre, auquel cas la clef du long-métrage serait à revoir complètement. La limite de ce genre d’exercice est que sa courte durée veuille embraser trop de matière première, au risque de déclencher un sentiment troublant de désintérêt pour l’intrigue. Car au niveau purement cinématographique, c’est véritablement un exploit d’avoir réussi un tel rendu atmosphérique avec si peu de moyens.

Entre ombres et lumières, appuyées par des effets spéciaux fins, mais particulièrement bien rendus, sourde une angoisse de plus en plus présente à l’écran au fur et à mesure. Le noir et blanc accentue encore davantage cet effet de malaise persistant et si le doute est longtemps permis, le dénouement permet de valider certaines thèses précitées. Les animaux, thème récurant du genre, par leur apparition rappellent étrangement Les Oiseaux d’Hitchcock. Leurs réactions instinctives sont les prémices d’une horreur annoncée et les quelques immenses bâtisses vides font figure de maisons hantées, renforçant ainsi la peur ressentie dans certaines séquences de courses poursuites. Ces qualités essentielles sont évidemment un tour de force qui élève La Féline au rang d’œuvres marquantes dans l’histoire du cinéma, nonobstant cette incertitude qui plane sur son réel sens.

Synopsis : Irena Dubrovna, une styliste serbe, est persuadée d’être la descendante d’un clan de personnes pouvant prendre l’apparence d’une panthère. Malgré ses dires, l’ingénieur naval, Oliver Reed l’épouse mais Irena refuse de consommer le mariage de peur que ses fortes émotions influent sur la malédiction. Oliver s’éloigne de plus en plus d’elle et Irena devient alors de plus en plus dangereuse.

La Féline : Extrait

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais

Fiche Technique : La Féline de Jacques Tourneur

Titre original : Cat People
Réalisateur : Jacques Tourneur
Scénario : DeWitt Bodeen
Interprètes : Simone Simon, Kent Smith, Tom Conway, Jane Randolph.
Année de sortie : 1942
Durée :  1h15min – Pays : Etats-Unis
Photographie : Nicholas Musuraca
Montage : Mark Robson
Musique : Roy Webb

 

 

Le traitement de Hans Herbots : Critique du film

Ce thriller psychologique est une adaptation du livre The Treatment de l’écrivaine britannique Mo Hayder. Le scénariste Carl Joos (Dossier K, De Zaak Alzeimer, The Broken Circle Breakdown) s’est chargé de retravailler le script.

Un enfant assiste à l’enlèvement de son frère. 25 ans plus tard, l’enfant est devenu enquêteur de police. Il reste hanté par cette disparation et harcelé par le vieil homme soupçonné d’en être l’auteur. Un nouvel enlèvement d’enfant à lieu. Il prend l’affaire à cœur et soupçonne ce vieil homme, qui est prêt à lui raconter sa vérité, sauf que….

Le film, Le traitement – De Behandeling – est sombre, la lumière est obscure, l’atmosphère est irrespirable du début à la fin. Le passé s’invite dans le présent. Nick est seul, sans vie sociale et se jette corps et âme dans cette nouvelle affaire, ou les pistes sont multiples et souvent trompeuses, à la recherche de ce troll qui effraie les enfants.

Fenêtre sur Troll

Le réalisateur Hans Herbots ne perd pas de temps en route. Le chemin sera long et sinueux, mais il ne va pas nous épargner. Même si l’on ne voit rien ; un style toujours aussi efficace, mettant à contribution notre imagination ; il colle aux basques de son acteur principal Geert Van Rampelberg, écartelé entre son passé et ce présent, et victime de le mal-être qu’il porte en lui.

Adapté d’un roman du Britannique Mo Hayder datant de 2001, cette ambiance et cette histoire bien particulières évoquent l’excellent thriller psychologique Prisoners de Denis Villeneuve. Cette plongée dans la pédophilie, ne peut-être que dérangeante. Un univers malsain qui abrite aussi bien des hommes, que des femmes, ou se cache le troll et le mordeur : ou est-il une seule et même personne ?…

Nous suivons l’enquêteur Nick Cafmeyer. Nous découvrons les indices comme lui, nous recherchons la moindre piste qui mène à ce psychopathe, en se demandant si nous l’avons déjà croisé, s’il a un lien avec la disparition de son frère.

Un thriller noir comme l’intrigue. Les différents personnages que l’on croise, nous mettent mal à l’aise. L’immersion est totale, la vérité sera éprouvante, le final aussi violent visuellement, que psychologiquement. Le spectateur est à cours d’oxygène. Il lui faudra du temps pour se vider l’esprit, et de « se nettoyer » de la crasse des ces pseudos êtres humains.

Synopsis : Björn, un garçonnet de huit ans s’est enfuit et a disparu après s’être disputé avec son frère Nick, âgé d’un an de plus que lui. Suite à ce traumatisme, sa mère l’a rejeté. Nick Cafmeyer, maintenant enquêteur, reste perturbé par ce drame. Il habite dans le voisinage d’un pédophile notoire, Ivan Plettinckx, qui a été relâché après avoir été suspecté de cette disparition. Danni, la supérieure de Nick, est la seule personne qui a une bonne relation avec lui. Après avoir hésité, elle lui confie une affaire difficile. Un couple a été séquestré pendant trois jours par un homme qui s’est introduit chez eux. Il a disparu, de même que le fils du couple, Robin, âgé de neuf ans. Nick enquête pour le retrouver. 

Fiche technique : Le Traitement

Titre original :De Behandeling
Belgique – 2014
Réalisateur : Hans Herbots
Scénariste : Carl Joos
Casting : Geert Van Rampelberg, Laura Verlinden, Johan Van Assche, Ingrid De Vos, Brit Van Hoolf, Michael Vergauwen, Dominique Van Malder, Ina Geerts
Durée : 2h
Genre : Thriller
Image : Frank Van Den Eeden
Montage : Philippe Ravoet
Musique : Kieran Klaassen, Melcher Meirmans, Chrisnanne Wiegel
Costumes : Nathalie Leborgne
Producteur : Peter Bouckaert
Production : Eyesworks Film & TV Drama

Auteur : Laurent Wu

Bird People de Pascale Ferran : Critique du film

Bird People : Un scénario léger et poétique, empreint de vérité

Pascale Ferran, revient après 8 ans d’absence, avec ce film très poétique qui nous fait réfléchir sur notre problème de communication et nous amène à profiter de l’instant présent à travers la métaphore filée de l’oiseau. On commence dès la première scène, dans le quotidien des transports, qui nous est tous familier. La foule du lundi matin qui se presse aux machines à tickets, les escalators qui se croisent, les gens qui se bousculent, les horaires qui nous dictent notre vitesse, la sonnerie des portes qui se ferment. Bref, on nous représente déjà les cages qui nous rendent solitaires et coupent nos ailes.

Audrey dans sa cage

Dans le milieu de l’hôtel Hilton, ou tout est carré et calculé, Audrey, est une jeune femme de chambre, réservée et rêveuse. Le temps (les pendules sont omniprésentes dans le film), est ce qui dicte la vie de la jeune fille. Elle calcule les heures qu’elle passe dans les transports, celui à faire les chambres, et au final n’a pas le temps de profiter de sa jeunesse. Elle reste enfermée dans cette spirale du quotidien et ne parle à personne, car personne ne parle aux femmes de ménage non plus.

Gary, l’homme nouveau

A coté, Gary Newman, un homme d’affaire américain à Paris pour un contrat, est en pleine crise existentielle et décide de tout quitter pour tout recommencer, faire un road trip en Europe. Se libérer de tout le stress du travail : horaires des réunions, voyage d’affaires partout dans le monde, jet-lag épuisants et nuits d’hôtel en solitaire. Il dit adieu à sa vie américaine parfaite, femme, enfants, grosse bagnole, belle baraque et jardinier. Il prend alors son temps, et réfléchit sur sa condition. Observant à l’aéroport, les gens qui courent partout comme « des poulets sans têtes ».

La libération de deux personnes

Réalisé en chapitre séparé, Bird People parle de ces deux personnages, qui ont chacun une soif secrète de liberté. Tous deux veulent vivre différemment du quotidien construit qui les a emmurés et privés de connaitre réellement ceux qui les entourent. Le seul moyen pour eux est alors de briser les habitudes. Audrey, plongé dans le noir, est contrainte de s’élever sur le toit de l’Hôtel. L’histoire brise alors les conventions mais devient d’autant plus intéressante. Audrey devient littéralement un oiseau, enfin libre et sans attaches. En moineau, elle peut observer, comme elle le faisait avant par sa fenêtre, les bouts de vie de ses voisins. Sa transformation lui permet de rester aussi discrète et inaperçue que dans son rôle de femme de chambre, car personne ne fait jamais attention aux moineaux qui observent. Enfin, une magnifique scène où elle se fait croquer par un client japonais, en tant qu’oiseau. Dans un merveilleux plan large, sur la musique Space Odity de David Bowie, l’oiseau et la caméra prennent leur envolée aux cotés des géants de fer de l’Aéroport Charles de Gaulle. Tel Cendrillon, elle aura goûté , juste le temps d’une nuit, à une vie sans responsabilités et profité de sa liberté avant de redevenir humaine, mais nouvelle.

Désormais, libérés de leurs cages, Audrey et Gary, se rencontrent et c’est le début d’une nouvelle histoire.

Synopsis : Dans l’hôtel Hilton près de l’Aéroport CDG, le destin croisé d’Audrey, femme de chambre, et Gary, client et ingénieur informatique américain en business sur Paris. Ces deux personnages vont reprendre en main le cours de leur vie en prenant la décision de tout lâcher.

Ce film a été présenté dans la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes 2014.

Fiche technique : Bird People

Réalisatrice: Pascale Ferran
Scénaristes: Guillaume Bréaud, Pascale Ferran
Date de sortie: 4 Juin 2014
Durée: 2h30
Genre: Drame, Fantastique, Romance
Nationalité: Français
Acteurs: Josh Charles (Gary Newman), Anaïs Desmoutier (Audrey Camuzet), Roschdy Zem (Simon), Camelia Jordana (Leila) …
Producteur: Denis Freyd
Directeur de la Photographie: Julien Hirsch
Montage: Mathilde Muyard
Musique Originale: Beatrice Thiriet
Auteur de la critique : Céline Lacroix

 

Wolf de Jim Taihuttu : Critique du film

Wolf : Le choc de l’été

Froid et tranchant comme la lame d’un couteau à cran d’arrêt, Wolf en a aussi l’efficacité. Voilà un film brutal et amer sur l’état des banlieues européennes, qui ne s’encombre pas d’artifices et d’effets de manche. Si sa parenté avec La Haine est une évidence. Wolf s’attarde davantage sur ce qui se passe hors des cités, sur les difficultés d’intégration de la population d’origine immigrée. Un film lucide et sans parti-pris, peut-être le plus gros choc de ce début d’été, une œuvre discrète d’origine hollandaise, n’ayant pourtant pas à souffrir de la comparaison avec le cinéma international.

Le combat d’un homme 

À sa sortie de prison, Majid est en liberté conditionnelle et doit se soumettre à un contrôle constant des forces de l’ordre. Embauché dans l’entrepôt où son père travailla durant 30 ans, il supporte mal une vie dont il ne veut pas, préférant de loin continuer à vivre de petits larcins et surtout de la boxe qui lui permet d’évacuer sa rage. Cet amour du combat lui vaudra d’être approché par la pègre, qui veut de lui comme homme de main, l’entraînant dans une spirale dont il finira par perdre le contrôle et qui brisera ses rêves de carrière de champion de boxe, pour lesquels il avait tant sacrifié.

Profondément humain et politique 

Wolf touche avant tout par sa sincérité, par un humanisme d’autant plus convainquant qu’il n’est pas manichéen. Majid est un garçon qui veut réellement s’en sortir, mais n’a jamais appris à survivre sans faire usage de la violence. Il est pris entre quatre feux qui constituent autant de choix impossibles : la boxe, la pègre, l’amour et la famille. De tous ces choix il fera le plus mauvais, le plus dangereux et finalement, le plus facile. Wolf est sans concession sur l’état des cités européennes, qui sont partout les mêmes délabrements sociaux. Des endroits méprisés, aux populations stigmatisées, qui prennent de force ce que la société refuse de leur laisser gagner dignement. Des populations qui ne connaissent rien d’autre que les trafics, la survie et la débrouille, la plupart du temps en-dehors de la légalité.

L’art du noir et blanc 

On dit souvent de manière hasardeuse qu’un noir et blanc et beau dans un film, comme si c’était un gage de talent. Le réalisateur Jim Taihuttu semble l’avoir compris et travaille réellement le procédé, sans esbroufe ni épate. Les contrastes sont élevés au rang d’art tellement le film est très lisible, malgré un éclairage sombre. Mais c’est la nuit que les images sont les plus belles, la ville apparaissant dans toute la beauté d’une nappe noire parsemée d’éclairages publics.  Si le noir et blanc était historiquement une contrainte technique, il est devenu avec le temps un argument artistique, superbement exploité ici.

Acteurs et musique au diapason

La bande-originale de Wolf, sobre et pleine d’angoisse, correspond étrangement au personnage de Majid, homme de peu de mots et aux colères imprévisibles. Marwan Kenzari, qui l’interprète, alterne le bon avec l’excellent. Il atteint par moments la grâce des acteurs capables de transmettre les émotions les plus intenses d’un simple regard, tout en retenue et en réserve. Cette musique, ces instants entre Majid et Hamza, son frère malade, tout concorde à créer les moments les plus forts et touchants du film, jusqu’aux larmes…

La bête qui sommeille 

Wolf est un film sur ce loup qu’est Majid, un homme affamé de tout ce que la vie a offert aux autres, mais lui a refusé. Il veut simplement sa part du gâteau et ne comprend pas que ses règles à lui ne vaillent pas autant que leurs règles à eux. Jim Taihattu fait passer un message fort et clair aux politiques et aux citoyens que nous sommes : dans une société de consommation comme la nôtre, il n’y a rien de plus dangereux que la frustration que nos règles discriminantes engendrent chez les plus défavorisées. Il y malheureusement fort à parier qu’une fois de plus, le message de ce cinéaste tombe dans les oreilles de sourds.

Synopsis : Majid, tout juste sorti de prison, peine à se réinsérer. Il alterne vols de scooter et séances de kickboxing. Sa rage est vite repérée par la pègre locale, qui voit en lui une recrue de choix. 

Fiche Technique : Wolf

Réalisateur, Scénariste : Jim Taihuttu
Interprètes : Marwan Kenzari, Bo Maerten, Chems Edine Amar
Durée du film : 2 h 03
La date de sortie prévue pour le 25 juin 2014 vient d’être reportée à une date ultérieure
Genre : Drame, Thriller
Nationalité : Néerlandais
Photographie : Lennart Verstegen
Montage : Wouter van Luijn
Musique : Sjaak
Costumes : Minke Lunter
Décors : Lieke Scholman
Producteur : Habbekrats, XYZ Films
Distributeur : ARP Sélection
Festival : Festival du film Policier de Beaune

Auteur de l’article Freddy M.

 

 

Un Amour Sans Fin de Shana Feste : Critique du film

Critique Un Amour Sans Fin : Une histoire d’amour adolescent mièvre et sans saveur

Un film sans fin

Un réalisateur peut avoir un bon sujet entre les mains et passer totalement au travers, mais Un Amour Sans Fin n’a même pas de bon sujet. Ce film traite une histoire d’amour réellement vue trop de fois au cinéma et qui s’oublie en même temps qu’elle se regarde. Les moments où il ne laisse pas le spectateur indifférent, c’est lorsqu’il agace par sa mièvrerie, sa naïveté et un manque total de crédibilité. L’histoire étant d’une pauvreté cinématographique assez rare, pas même un adolescent n’y trouvera son compte. On ne tient donc pas là le nouveau « film d’une génération », comme ont pu l’être Le Grand Bleu ou encore Les Nuits Fauves.

Une histoire simpliste

Un amour sans fin (Endless Love) simplifie au maximum l’idée d’histoire d’amour au cinéma, reprenant à son compte l’ensemble des clichés et poncifs qui sont autant de pièges. David aime Jade depuis quatre ans, sans jamais avoir osé le lui dire. La jeune fille riche, distante depuis la mort de son frère, ne se laisse pas approcher facilement. À force d’audace et de ténacité, David va la séduire, malgré un père autoritaire et un brin salaud sur les bords. Bien évidemment, l’histoire finit bien : l’amour triomphe, le méchant papa regrette un peu ses méfaits et la morale est sauvée.

Des clichés à la tonne

Malgré son absence d’originalité, cette histoire pourrait presque être sauvée des eaux si elle n’enfilait pas, en plus, les clichés comme des perles. Le spectateur oubliera vite l’hilarant ralenti sur Jade en train de courir dans la nuit, bras ouverts, après son premier baiser. Cette scène est indigne, même d’un enfant de cinq ans ! Par contre, comment ne pas être effaré par les ressorts dramatiques dont on n’aurait pas pensé qu’ils oseraient les filmer? L’adultère du père, l’accident de voiture de Jade et surtout l’héroïsme de Hugh et David lors de l’incendie final ?

Des scènes « incroyables »

Le manque de crédibilité de certaines scènes est frappant, lors de la première « nuit d’amour » de Jade et David. Ce dernier vient d’être mis à la porte de la maison de Jade. Il y revient donc lorsque les parents dorment et lui fait l’amour jusqu’au matin au milieu du salon, devant la cheminée. Scène suivante : le jour s’est levé, les amoureux sont toujours allongés là et prennent le temps de se réveiller. David devrait s’enfuir mais non : il part visiter la maison au risque de tomber nez à nez avec le père ! Si vous êtes sceptiques, penchez-vous également sur la scène du (presque) baiser dans le placard, une leçon de surréalisme. Moralité : le spectateur commence le film en étant indulgent avec nos tourtereaux ; il le finit en les traitant de tous les noms pour la bêtise dont ils font preuve.

Une technique inexistante

Techniquement la mise en scène est au niveau du scénario, c’est-à-dire à peine au-dessus d’une sitcom : aucune innovation, aucune créativité bref, absolument rien qui suscite l’intérêt. Les acteurs, à deux exceptions près, ont été recrutés pour leur physique et leurs gueules d’anges. Ils sont charmants, beaux et souriants mais sont à peu près incapables d’exprimer une émotion. Il n’y a guère que Robert Patrick (vu dans Terminator 2 et X-Files) et Bruce Greenwood (vu dans Star Trek et Super 8) pour livrer une prestation passable, mais perdus dans un océan de médiocrité.

On efface tout et on recommence

Shana Feste, qui signe là son troisième long-métrage, semble coincée dans la bluette à la chaîne : un produit de grande consommation standardisé, sans saveur et reproductible à l’infini. Si elle doit avoir une carrière, ce sera dans un certain anonymat, car elle ne semble avoir aucune ambition artistique autre que de multiplier les clichés éculés et usés jusqu’à la corde. Le Monde Charlie et The Spectacular Now ont démontré qu’on peut traiter des sentiments adolescents avec sensibilité, mais Shana Feste ne semble pas comprendre les adolescents. Sa seule sortie de secours sera de tout recommencer, en ayant cette fois plus d’amour pour le cinéma que pour les dollars.

Synopsis : Deux adolescents, David et Jade, s’aiment à la folie mais leurs parents n’adhèrent pas à cet amour. Quand ces derniers essayent de les séparer, David met le feu à leur maison. Il est alors envoyé en maison de correction.

Fiche technique – Un amour Sans Fin

Titre original : Endless Love
Réalisation : Shana Feste
Montage : Maryann Brandon
Scénario : Shana Feste,Joshua Safran
Pays : États-Unis
Interprète : Bruce Greenwood, Joely Richardson, Robert Patrick, Alex Pettyfer, Rhys Wakefield, Gabriella Wilde
Genre : Drame sentimental
Durée : 105 min.
Date de sortie : 11 Juin  2014
Photographie : Andrew Dunn
Musique : Christophe Beck

Auteur de la critique : Freddy M.

 

 

Dragons 2 de Dean DeBlois : Critique du film

Dragons 2 : Un univers toujoursaussi magique, coloré et libérateur

Amusant et merveilleux, la suite tant attendue de Dragons est à la hauteur des espérances. Ce nouveau volet, qui sera le second d’une trilogie, nous fait découvrir de nouveaux personnages inattendus, et de nouvelles aventures pleines de rebondissements. Plus âgés (autour de la vingtaine), le spectateur ressent que les personnages principaux ont évolué, dans leur relations réciproques et également au niveau de leurs ambitions.

Dans cette nouvelle aventure intitulée Dragons 2, Harold es tiraillé entre le rôle de protecteur du village qu’il n’est pas prêt à assumer, et sa soif d’aventure auprès des dragons. Il va en apprendre beaucoup sur ses origines grâce au personnage de Valka, mystérieuse et indépendante, qui va devenir le point pivot de l’histoire.

C’est dans cet univers magique, coloré et libérateur que le dessin animé, plus mature, arrive à nous émouvoir dans ses moments les plus sérieux, et nous faire rire tout du long. Le personnage de Krokmou, ainsi que les autres dragons sont toujours aussi mignons et amusants dans leur mimiques, au delà même des personnages humains. La magie de leur envol sublimée par l’utilisation de la 3D, fait rêver et frissonner le spectateur, comme s’il était lui-même un dompteur de dragon.

Avec des nouveaux méchants, Dragons 2 dévoile une vision un peu manichéenne de l’ennemi principal de l’histoire, Drago, antithèse de Stoïk. On trouve a contrario, le personnage d’Eret (fils d’Eret), exemple de personnage se rachetant dans ses actions. On s’attend alors à ce que ce personnage soit plus développé par la suite, et évolue, tout comme la fine équipe des dompteurs et de leurs dragons.

Dreamworks prouve avec cette suite, la qualité de ses dessins animés, dans le même courant que Shrek ou Madagascar, en alliant humour et originalité des histoires. Qui plus est, avec des acteurs imposants pour le doublage en V.O. (Cate Blanchette, Gerard Butler, America Ferrera, Kit Harrington). Le genre de dessin animé qui plait à tous et qui nous fait regretter de ne pas pouvoir adopter de vrais dragons…

Synopsis: Cinq ans après, dans le village de Beurk, Harold, Astrid et Krokmou, cohabitent paisiblement entre dragons et dompteurs de dragons. En tant que fils de chef de village, Harold a désormais l’âge de reprendre le flambeau de son père. Mais lors d’une escapade dans une grotte, ils découvrent de nouveaux dragons sauvages et une nouvelle menace. Drago Bludvist, un dompteur de dragons à la soif de pouvoir, veut dresser une armée de dragons et mettre à cendre la ville de Beurk. Harold, Krokmou  et toute l’équipe de dompteurs de dragons partent en guerre pour sauver les dragons et défendre leur village.

Ce film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2014.

Fiche technique : Dragons 2

Réalisateur : Dean DeBlois
Scénaristes : Dean DeBlois, Cressida Cowell
Interprètes (doublage) : Jay Baruchel (Harold), Cate Blanchett (Valka), Gerard Butler (Stoïck), Craig Ferguson (Gueulfor), Astrid (America Ferrera), Jonah Hill (Rustik), Christopher Mintz-Plasse (Varek), T.J. Miller (Kranedur), Kristen Wiig (Kognedur), Djimon Hounsou (Drago), Kit Harrington (Eret) …
Genre : Animation, Aventure, Fantastique
Sortie en salle : 02 Juillet 2014
Durée : 1h45min
Musique : John Powell
Public : A partir de 3 ans

Auteur de la critique : Céline Lacroix

Black Coal de Diao Yinan : Critique du film

Black Coal s’ouvre sur un cadavre emballé puis disséminé dans différentes usines à charbon d’une Mandchourie ensoleillée. Au même moment, un couple s’enlace dans une chambre d’hôtel puis se sépare sur le quai d’une gare, l’homme tentant de retenir sa femme qui vient de lui donner les papiers du divorce, dans une dernière étreinte violente.

Cet homme, c’est l’inspecteur Zhang qui mène l’enquête sur ces morceaux de corps et la résout lors d’un bain de sang burlesque un peu déstabilisant, en prenant une balle au passage.

Nous le retrouvons cinq ans plus tard, bouffi et alcoolique dans une Mandchourie enneigée. Tel notre héros, le climat est devenu froid et sombre. Ancien policier, il se retrouve tout de même au cœur d’une nouvelle enquête, qui le renvoie à celle du début du film. Il noue une relation ambiguë avec une jeune femme liée à trois meurtres, trois hommes démembrés.

Regarde les hommes tomber pour elle

Le thriller est sombre, la tension est permanente. Nous soupçonnons comme les policiers que cette femme mystérieuse est une veuve noire. Mais notre héros a de la folie en lui, et va se frotter à cette femme qui le repousse, et lui répète constamment de ne pas le suivre, comme un avertissement. Le suspense est permanent. Le spectateur est balloté en douceur dans différentes directions, malgré la violence qui peut frapper à tout instant. Une violence suggérée, comme le sexe. On ne voit rien, on n’entend, on imagine ; c’est encore plus dérangeant. Il n’y a pas de musique, peu de dialogues, c’est avant tout visuel. La photographie, la lumière, la mise en scène sont esthétiquement parfaites.  Le duo Fan Liao et Lun-Mei Gwei se complète à merveille. Un homme violent et exubérant face à une femme douce et effacée, deux écorchés vifs.

Une femme dans un monde d’hommes violents, tentant de survivre dans cette meute de loups attirés par sa beauté. Une femme en apparence fragile, qui veut juste faire de sa vie un feu d’artifice, tout en se laissant glisser sur ses patins à glaces pour oublier un peu la réalité du quotidien.

C’est surtout une histoire d’amour qui sort des sentiers battus, sur fond d’une intrigue policière qui reste dans l’ombre, mais planant sur eux, telle une épée de Damoclès, en ne sachant pas vraiment sur qui elle va s’abattre.

La noirceur du film est parfois mise à mal par un plan ou une scène burlesque. Un cheval dans un bâtiment, une femme obèse qui crie tel une cantatrice lors d’une fusillade, le vol d’une moto, une femme habillée dans une baignoire et autres. Tout ceci perturbe le climat oppressant de l’intrigue. Un exercice de style typique du cinéma asiatique, comme dans Memories of murders ou The Chaser, deux œuvres supérieures à celle-ci.

La réalisation de Yi’nan Diao est réussie : l’esthétisme de sa mise en scène glaciale mais énergique, de ses cadrages élégants, confère à l’intrigue, une atmosphère particulière. Le dernier quart d’heure est étrange, comme si le réalisateur voulait se démarquer du genre, en nous rappelant son statut de cinéma d’auteur.

Le film a reçu l’ours d’or à Berlin et l’ours d’argent du meilleur acteur pour Fan Liao. Un choix discutable pour le premier prix, moins pour le second. Il porte en partie le film sur ses épaules, mais c’est faire offense à Lu-Mei Gwei, toute aussi brillante. Le duo est indissociable et formidable dans un film mineur, qui procure une expérience fascinante mais pas marquante.

Synopsis: En 1999, un employé d’une carrière minière est assassiné et son corps dispersé aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang mène l’enquête, mais doit rapidement abandonner après avoir été blessé lors de l’interpellation des principaux suspects. Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres sont commis dans la région, tous deux liés à l’épouse de la première victime. Devenu agent de sécurité, Zhang décide de reprendre du service. Son enquête l’amène à se rapprocher dangereusement de la mystérieuse jeune femme.

Fiche technique : Black Coal

Black Coal (Bai Ri Yan Huo)
Chine – 2014
Réalisation: Diao Yinan
Scénario: Diao Yinan
Interprétation: Fan Liao (Zhang Zili), Lun-mei Gwei (Wu Zhizhen), Xue-bing Wang (Liang Zhijun), Jing-chun Wang (Rong Rong)
Date de sortie en France: 11 juin 2014
Durée: 1h46
Genre : Policier
Image: Dong Jinsong
Son: Zhang Yang
Montage: Yang Hongyu
Musique: Wen Zi
Producteur: Vivian Qu, Juan Wan
Production: China Film Co-Production Corporation

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

La Commune de Philippe Triboit : Critique série

Après la lecture de l’ouvrage The Wire : L’Amérique sur écoute, qui consacre un paragraphe à cette série : La Commune, ou le portrait ambigu d’une cité française en faisant un parallèle entre elles (sur la question de la rénovation urbaine, l’usage de la démolition comme outil privilégié du changement, la confrontation entre l’espace physique support de projet et le territoire vécu par les habitants, les promesses politiques de reloger les populations dans de nouvelles opérations immobilières, etc….), l’idée de se lancer dans l’unique saison des huit épisodes de cette production Canal+, semble judicieuse, celle-ci ayant finalement pour seul vrai point commun le fait qu’une cité soit présente dans l’histoire.

L’influence des séries américaines sur l’auteur Abdel Raouf Dafri, (en dehors de The Wire), se ressent. Chaque épisode s’ouvre et se conclut sur un monologue de Tomer Sisley à la manière d’Harold Perrineau Jr dans Oz. Une intention louable d’adapter d’une certaine façon les œuvres majeures de la télévision américaine, mais c’est souvent un exercice difficile et rarement réussi.

Une commune clichée

La Commune n’est pas une réussite. L’histoire et les différentes intrigues qui la composent, sont aussi ennuyeuses, qu’aberrantes. Il suffit de lire le synopsis pour comprendre que les clichés seront légions, stigmatisant une nouvelle fois les résidents de cité ou aucun d’entre eux n’est en réussite sociale, ni même étudiant ; la police est uniquement composée de blancs d’origine française, les autres blancs sont un serbe qui est le bras droit du caïd de la cité, un barman avec un fils homosexuel et cocaïnomane, un docteur alcoolique et un jeune qui fait partie d’un trio de dealers, les deux autres étant d’origine maghrébine et juive. Le caïd est bien sur un homme d’origine africaine, qui succède à un homme d’origine maghrébine, tout en étant en deal avec d’autres hommes d’origine africaine et sous le joug d’un homme d’origine maghrébine, vous suivez ?

Le bras droit Serbe avec un accent à couper au couteau, signifiant qu’il n’est pas né en France, comme pour ne pas cautionner sa couleur de peau et sa violence, en faisant de lui un immigré. Mais tout va bien, le héros est un imam, Isham Hamadi. Sauf que c’est un homme d’origine française et qu’il sort de prison. Mais soyez rassuré, le bras droit Serbe fornique avec une jeune femme d’origine maghrébine dans un squat glauque depuis deux ans, tout va bien ! En plus, il la bat et se sert d’elle comme sac à foutre, alors qu’évidemment, elle est amoureuse de lui, une version un peu trash de Plus belle la vie ! Nous avons aussi le frère d’Hocine Zemmouri qui revient du bled marié avec une jeune femme présentée comme une bonne musulmane. En vérité, elle fait des blow-jobs dans les caves, comme toutes femmes maghrébines dans les cités….. Bien-entendu !

Concernant le casting. les personnages étant caricaturaux, il aurait fallu des acteurs(trices) capables de les sauver de cet enfermement scénaristique. En dehors de Tomer Sisley, de la révélation Tahar Rahim qui sort vraiment du lot, de sa sœur Samira Lachhab et de la voix de Doudou Masta, le reste de la distribution n’est pas à la hauteur. Francis Renaud est aussi subtil qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine ; quand il s’exprime en arabe, c’est juste comique, alors que l’intrigue est censée être dramatique. Il n’a aucune crédibilité en imam. Doudou Masta est sauvé par sa voix, son instrument principal en tant qu’ancien rappeur de Timide et sans Complexe, mais en dehors de son organe vocal, il en fait des tonnes, un point commun avec ses autres partenaires, dont il partage le fronçage de sourcils à outrance. Stefan Cassetti, le méchant serbe est affligeant dès qu’il ouvre la bouche : même un marteau-piqueur est plus mélodieux que lui ! Il en est de même avec Angela Molina, en immigrée argentine. Leurs accents forcés sont énervants ; ils passent leurs temps à crier ou pleurer. Si vous avez encore en mémoire le décès de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises, ici vous l’avez en version multilingue et angles , la fameuse comédie française où tout est poussé à l’excès dans les réactions, et où la subtilité est absente. Olivier Barthelemy n’est pas en reste. Il est tout le temps énervé, les sourcils constamment froncés. Alain Doutey est aussi présent en maire véreux, acteur labellisé TF1, avec son éminence grise Stéphane Debac, le « Nicolas Sarkozy du pauvre », toujours dans l’agressivité, aussi bien dans la gestuelle, que dans le verbe, ce qui donne une idée du personnage et de sa faculté à taper sur les nerfs. Biyounia et son pseudo jeu d’actrice sont aussi de la fête, tout comme Camille Cottin. Nous comprenons vite pourquoi cette dernière a préféré se lancer dans son émission affligeante, toujours présente sur sur Canal+ «Connasse »… Bref, c’est un carnage ! On dirait des acteurs sortis tout droit d’un théâtre de rue. Une telle galerie de personnages peu inspirés, n’améliore pas l’appréciation de cette série poussive.

Place à la réalisation. La série date de 2007 et pourtant elle donne l’impression d’être filmée avec les moyens des années 90. C’est pauvre. On ne ressent aucune ambition. Ces nombreux zooms répétitifs sur les visages en colère ou en pleurs (tout comme sur une assiette vide), accompagnés d’une musique assourdissante qui martèle tous les moments dramatiques, sont d’une lourdeur extrême. Nous ne pouvons que saluer l’osmose de l’ensemble !

C’est le premier scénario d’Abdel Raouf Dafri. Il fera beaucoup mieux plus tard avec Le prophète, où il retrouvera Tahar Rahim. Mais ici, la simplicité des diverses intrigues, les personnages manquant de psychologie, les nombreux clichés qu’ils véhiculent, ne plaident pas en sa faveur. Il s’est fait la main, et a appris de ses erreurs depuis. Il faut dire qu’il n’a guère été aidé par la réalisation de Philippe Triboit sortie des années 70, au style désuet, et dont la filmographie ne parle pas vraiment en sa faveur. Nous ressentons pourtant l’envie de bien faire, mais les bonnes intentions ne suffisent pas, que ce soit la description de La Commune, de ses habitants, de sa police, de ses dealers, de ses politiciens et autres. L’ensemble se veut réaliste, avec une absence d’artifices, mais frôle trop souvent l’incohérence, comme ce policier en civil qui traîne l’imam en plein jour au sol à travers la cité, sans que personne ne réagisse. C’est tellement improbable, que cela en devient gênant…

Au final, une série que l’on regarde sans passion. Le spectateur a juste l’envie de savoir où cela va le mener, en n’espérant plus grand chose au bout de 3 épisodes, ce qui lui permet de ne pas être déçu par une fin banale, et des intrigues non conclues. Cette série n’a pas été renouvelée, ce qui semble logique, après cette faible et unique saison.

Synopsis : La Commune est un quartier difficile qui détient tous les records en matière de chômage, trafic de stupéfiants et criminalité. Après 20 ans passés en prison, le charismatique chef musulman Isham Amadi décide de réintégrer son quartier d’origine où il retrouve son ami d’enfance, devenu le caïd local, Housmane Daoud. Les habitants de la Commune viennent d’apprendre que les immeubles vétustes dans lesquels ils résident seront rasés pour faire place à de nouveaux logements. Soupçonnant là une manœuvre des autorités pour nettoyer la cité de ses éléments les plus « nocifs », certains habitants, rassemblés autour d’Amadi, organisent la résistance. Mais derrière cet affrontement politico-médiatique se profile une guerre de territoire larvée et meurtrière : celle que se livrent les deux frères ennemis Daoud et Amadi, liés par un crime vieux de vingt ans.

Fiche technique : La Commune

Réalisateur : Philippe Triboit
Scénariste : Abdel Raouf Dafri
Casting : Tahar Rahim, Tomer Sisley, Francis Renaud, Doudou Masta, Stefano Cassetti, Angela Molina, Patrick Descamps, Olivier Barthélémy, Samira Lachhab, Alain Doutey, Pascal Elso, Hicham Nazzam, Biyouna
Producteur : Jean-François Boyer
Compositeur : Eric Neveux
Genre : dramatique, policier
Saison : 1 de 8 épisodes
Chaîne : Canal +
Année : 2007

Critique : Laurent Wu

 

Critique de N.C.I.S. – Enquêtes Spéciales, saison 11

 N.C.I.S. – Enquêtes Spéciales, saison 11 : Fin de cycle ou fin de parcours ? 

C’est la question qui se pose à la fin de cette saison 11 de N.C.I.S. Enquêtes Spéciales. En effet, sans être catastrophiques, les audiences ont connu aux U.S.A. une baisse sensible cette année, avec une moyenne de « seulement » 17 millions de téléspectateurs par épisode. Il faut remonter à la saison 6 pour trouver un score aussi faible. Depuis, les moyennes avaient toujours dépassé les 19 millions de téléspectateurs par épisode. Bien entendu il n’y pas le feu, pas encore du moins : N.C.I.S. est encore et toujours la série numéro 1. Mais cette baisse doit quand même sonner l’alarme du côté des producteurs et scénaristes, car il y a bien des raisons à cette baisse. Un profond renouvellement s’impose donc si la série veut arriver aux quatorze saisons atteintes par Urgences.

Un format qui s’essouffle

True Detective, Damages ou même House Of Cards l’ont démontré ces dernières années : le format de 24 épisodes de 42’ en vogue dans les années 80 pourrait bientôt disparaître. Aujourd’hui, faire qu’une série dure sur toute une année scolaire n’est plus une obligation, certains téléspectateurs consomment autrement. Le rapprochement avec le monde du cinéma y est pour quelque chose, entrainant un besoin de liberté dans le choix du format, car on n’impose pas à Martin Scorsese leformat de sa série. Bref, aujourd’hui N.C.I.S. semble sur le point de passer de mode, coincée dans ce modèle d’une série qui revient chaque saison, régulière comme un métronome. S’ils veulent stopper dès maintenant la tendance, sans changer le format, les scénaristes vont devoir écrire autrement des intrigues qui commencent objectivement à être ennuyeuses.

Une série qui ne surprend plus 

Car N.C.I.S. c’est aussi la routine des scénarios, des épisodes qui se ressemblent souvent car tous construits sur le même modèle : un crime en introduction, suivi d’une enquête pour finir sur la révélation du coupable, qui n’est jamais là où on l’attend. Entre temps on aura eu droit au cadavre, au spectromètre de masse et à la prise d’assaut de la maison du suspect par…quatre agents. N.C.I.S. est toujours une franchise d’excellente qualité, mais qui ressemble trop aux séries d’il y a vingt ans.

Pourtant, la saison 9 promettait un tournant, en s’intéressant aux personnages principaux plus que par le passé. On découvrait leurs blessures, leurs sentiments ou leurs aspirations. C’était une idée intéressante, qui n’a duré qu’une saison et malheureusement, a vite été mise de côté.

Des signes qui ne trompent pas 

Alors que penser de ce petit événement révélateur ? Car pour la première fois depuis plusieurs saisons, N.C.I.S. s’achève sans le cliffhanger habituel. Cette année pas d’intrigue à cheval sur deux saisons, pas de suspens pour garantir le retour du téléspectateur à la rentrée. Manque d’inspiration ? Manque de volonté ou plutôt volonté de changement ? Seule certitude : il est très difficile de penser à une coïncidence, comme si les scénaristes sentaient le vent tourner et avaient déjà baissé les bras. Pourtant, ces cliffhangers étaient toujours les meilleurs moments des dernières années. Leur absence cette saison fait automatiquement baisser la qualité de cette saison 11.

Enfin, il y a le cas Emily Wickersham, chargée de succéder à Cote De Pablo et qui semble se retrouver face à un mur. Impossible de savoir qui d’elle ou des scénaristes est responsable, mais son personnage peine à s’affirmer, à s’approfondir, a trouver le charisme que possédait Ziva David. Etrange idée alors de lui créer un rôle de geek (créneau déjà occupé par McGee) doublé d’un talent de déduction, car cela pèse tellement peu face à ce qu’était Ziva : son talent pour le combat rapproché, ses flirts avec Tony, l’amour de son pays mais aussi desU.S.A. et ce père directeur du Mossad. C’est pour ça que le personnage de Bishop a un besoin urgent d’épaisseur et de profondeur qui pourrait contribuer à enrayer la chute d’audience.

Changer ou disparaître

N.C.I.S. est à un tournant, au moment le plus important depuis sa création. Elle doit s’adapter et suivre le vent ou prendre le risque que les fans aillent voir ailleurs. Les pistes sont peu nombreuses mais efficaces : mettre en place des intrigues « au long cours », peut-être sur une saison entière, prendre le temps de parler de ses héros et faire tout de suite quelque chose pour que Bishop soit autre chose qu’une ravissante blonde à la tête bien pleine. D’autres l’ont fait avant, Le CaméléonX-Files. Il y a peu, on n’imaginait pas ce qui pourrait arrêter N.C.I.S. dans sa course au succès, maintenant on connait la réponse : la routine.

Synopsis : La Naval Criminal Investigative Service regroupe une équipe d’agents spéciaux chargés d’enquêter sur des crimes concernant la Marine.

Fiche Technique : N.C.I.S

Créateurs : Donald P. Bellisario, Don Mcgill.
Producteurs exécutifs : Donald P. Bellisario, David Bellisario.
Sociétés de production: Belisarius Productions, Paramount
Année de création : 2003.
Date de 1ère diffusion : 23/09/2003.
Nombre de saisons : 11.
Nombre d’épisodes : 257.
Genre : Policiers / judiciaires.
Lieu de l’action : Washington, D.C.
District de Columbia.

Auteur de la critique Freddy M.

The two faces of January : Critique du film de Hossein Amini

 The two faces of January : Un thriller âpre et sombre, bridé par ses références classiques

Auteur de scénarios prestigieux (Drive ou Les ailes de la colombe, nominé à l’oscar du meilleur scénario), Hossein Amini décide de franchir le cap et de passer à la réalisation avec ce thriller aux références et aux ambitions hitchcockiennes. Parcourant les thèmes récurrents du grand « maître du suspense », tels que l’interdépendance entre les personnages, les faux semblants, les trahisons, Amini n’oublie pas d’où il vient et prend également ici la casquette de scénariste.

Tout d’abord, il est intéressant de comprendre, ce qui a poussé Hossein Amini à réaliser ce film. Alors au fond du gouffre dans sa carrière de scénariste, il est contacté par Nicolas Winding Refn, qui lui propose un scénario d’adaptation ayant pour base le roman Drive de James Sallis. Touché par cette proposition, Amini accepte et écrit alors le scénario du film de Nicolas Winding Refn. Sur le tournage, et à sa grande surprise, Refn réclame constamment sa présence pour des conseils scénaristiques. Amini, inspiré par Refn, entreprend alors l’adaptation d’un polar Les deux visages de Janvier écrit par Patricia Highsmith.

Pour ce premier film, le réalisateur met en scène le personnage de Rydal, un américain ayant fuit en Grèce sa trop stricte famille, au début des années 60,  pour plus de liberté. Il est merveilleusement interprété par Oscar Isaac, jouant également dans Drive et star montante d’Hollywood, désormais connu pour son rôle d’artiste raté dans Inside Llewyn Davis des frères Coen (il a d’ailleurs été nominé aux Golden globes pour ce rôle). Rydal devient sur place guide touristique pour touristes anglophones et accessoirement petit escroc des bas quartiers, escroquant la plupart de ses clients.

Cependant, au moment où il fait visiter à de jeunes américaines naïves le monument du Parthénon, il est fasciné par un couple de touristes américains, joués avec brio par Viggo Mortensen et Kirsten Dunst, Chester et Colette MacFarland. D’abord un peu méfiant, les deux finissent par sympathiser avec lui. Chester n’a pas l’air cependant d’avoir un passé tout blanc et le couple semble cacher un lourd secret. En effet, le mari a vendu à de louches investisseurs, des parties monétaires d’un gisement pétrolier fantôme. Profitant désormais de leur vie aisée, ils visitent les plus belles villes d’Europe. Jusqu’au jour où un représentant de ces investisseurs sonne à la porte et réclame violemment l’argent. Dans un réflexe de légitime défense, Chester le tue. Par un concours de circonstance, Rydal devient complice de la cachotterie et le trio va alors entrer dans un engrenage infernal.

Concernant la distribution des rôles et la prestation des acteurs, Amini jouant sur l’interdépendance des personnages de son récit, met en valeur le trio Mortensen-Isaac-Dunst, fonctionnant à merveille et dont les jeux sont parfaits de retenue. Nous ne pouvons que souligner la véritable performance de Mortensen qui passe du mari aimant au mari jaloux et prêt à tuer. Il passe d’un registre à l’autre de manière tout à fait remarquable et sait jouer avec nos nerfs. Nous ne savons plus s’il est un protagoniste ou un antagoniste, s’il est bon ou mauvais… Il est regrettable néanmoins que Kirsten Dunst apparaisse si peu à l’écran : elle est en quelque sorte le maillon faible de ce trio, malheureusement sous exploitée, et peine à rivaliser avec le duo d’hommes. Dommage, car elle aurait pu apporter à ce triangle amoureux bien particulier une profondeur toute autre.

Ce qui frappe tout de suite dans ce polar, c’est la mise en scène très proche des polars d’Hitchcock. Le style est retranscrit de bien belle manière non pas par des travellings, mais des plans fixes quasi subjectifs à la Wes Anderson, beaucoup de plans larges, pas ou peu de caméra à l’épaule. Nous sommes dans du classique. Cependant, trop de classique tue le classique. Ainsi, nous nous retrouvons comme prisonnier de l’époque du film, et nous nous perdons dans le classicisme des références bien trop nombreuses.

Amini exploite de nombreux thèmes récurrents hitchcockiens de manière tout à fait correcte, mais il aurait pu s’imprégner un peu plus de la mise en scène de Refn avec des travellings lents et très stylisés. Mêlé à ce style classique et efficace, l’ensemble aurait sûrement donné un mélange formidable d’influences, et ce double hommage serait parvenu peut-être, à créer un nouveau genre. Le réalisateur reste dans un style bridant son talent et ne mettant pas en valeur sa mise en scène, sans doute prometteuse.

L’ambiance générale est vraiment particulière, très proche des polars des années 50 et des thrillers d’Hitchcock. On pourrait la qualifier d’âpre, rude, parfois violente, voire oppressante. C’est comme si le film était entouré d’une brume pâteuse : nous étouffons, c’est une sensation bien étrange, parfois agréable, parfois rude et sèche. Elle peut être due à ce triangle amoureux où l’ambiance est glaçante. Sommes-nous dans la réalité ou dans le rêve? Est ce que tout cela est réel ou irréel? A ce moment là, les personnages sont perdus eux-mêmes dans une vision troublante de leur vie oscillant entre le soleil et la pluie, le bonheur et le malheur, la vie et la mort. Tout ceci retranscrit dans un rythme haletant qui peut soit laisser de marbre, soit subjuguer. Ces personnages perdus dans leurs propres rêves, évoquent l’onirisme de David Lynch, qui dans beaucoup de ses films comme Mulholland drive, installe une ambiance assez étouffante voire malsaine pour le spectateur.

Le scénario quant à lui est bien écrit et rondement mené. Même si Amini réalise le film, il n’en reste pas moins un vrai scénariste et un très bon adaptateur. Nous regretterons cependant, un manque important d’enjeux sur certaines scènes : nous ne ressentons aucune détresse pour les personnages ; le scénario est trop prévisible, car l’hommage prend le pas sur la personnalité singulière de l’intrigue. Cependant, certaines scènes sont dignes d’un grand polar.

Au final, le spectateur sort de la salle ni repu, ni frustré. Avec un scénario bien mené mais prévisible, intriguant parfois, mais inégal, ce thriller sombre aurait mérité une meilleure inspiration, surtout au niveau de sa mise en scène et de son scénario. Toutefois, la prestation des acteurs et certaines scènes dignes de grands polars permettent aux spectateurs de passer un moment agréable.

Synopsis : 1962. Un couple de touristes américains très élégants, le charismatique Chester MacFarland et sa jeune épouse Colette, arrive à Athènes. À l’Acropole, ils rencontrent Rydal, jeune guide américain parlant grec, arnaqueur de touristes à l’occasion. Séduit par la beauté de Colette et impressionné par la fortune de Chester, Rydal accepte sans hésiter leur invitation à dîner. Les McFarland se révèlent moins lisses qu’il n’y paraît : le luxe et leur raffinement cachent bien mal leur part d’ombre.

Fiche Technique: The two faces of January

USA, Royaume-Uni, France – 2014
Réalisation: Hossein Amini
Scénario: Hossein Amini d’après: The Two Faces of January de: Patricia Highsmith
Interprétation: Viggo Mortensen (Chester MacFarland), Kirsten Dunst (Colette MacFarland), Oscar Isaac (Rydal), Daisy Bevan (Lauren), Yiğit Özşener (Yahya), David Warshofsky (Paul Vittorio), Ozan Taş (réceptionniste du Grand Hotel)…
Genre: Thriller
Date de sortie: 18 juin 2014
Durée: 1h37
Image: Marcel Zyskind
Décor: Dominic Capon
Costume: Steven Noble
Montage: Nicolas Chaudeurge, Jon Harris
Musique: Alberto Iglesias
Producteur: Tim Bevan, Eric Fellner, Robyn Slovo,Tom Sternberg
Production: Working Title Films, StudioCanal, Timnick Films
Distributeur: StudioCanal

Auteur de la critique: Louis Verdoux