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Power : Saison 1- Critique de la série

Power, une série sexe, drogue et péripatéticiennes

Synopsis : Propriétaire d’un night-club new-yorkais très populaire, James « Ghost » St. Patrick entend développer son empire. Seulement sa double-vie à la tête d’un des réseaux de drogue les plus importants de la ville pourrait devenir un handicap. Vouloir mettre un terme à sa carrière de criminel risque de mettre en danger son mariage, sa famille et ses affaires. 

James St. Patrick dit « Ghost » (Omari Hardwick) est à la tête d’un réseau de drogue avec son complice de toujours, Tommy Egan (Joseph Sikora). Mais le temps est venu de quitter la rue, en ouvrant un night-club, qui lui servira à blanchir son argent et devenir un honnête citoyen, riche et puissant. Mais on ne quitte pas la rue si facilement, ni on enterre son passé sous les liasses de billets verts qui s’entassent dans son coffre. Encore plus, quand l’amour de son enfance, Angela Valdes (Lela Loren) refait surface dans sa vie, mettant son mariage avec Tasha St. Patrick (Naturi Naughton) en péril. Tout comme une mystérieuse tueuse, qui se met à éliminer les membres de son réseau. Son empire vacille, son cœur aussi. Il va devoir faire face à ses ennemis, tout en gérant son night-club.

La chaîne Starz est capable du pire : Spartacus & Black Sails, comme du meilleur : Boss & Party Down. Power se situe plutôt du mauvais côté, tout en essayant de pencher du bon côté. Une série pleine de paradoxes, mais qui peut se résumer facilement, en un long clip hip-hop, qui ravira les amateurs de bling-bling.

Curtis Jackson dit « 50 cent », produit cette série, qui est à l’image de son rap et de ses clips, de la forme, sans fond. Pourtant, il s’est associé avec Courtney Kemp Agboh, qui est aussi le showrunner. On lui doit : The Bernie Mac Show & The Good Wife, mais aussi : The Beauty and The Beast & Hawaï 5-0. Comme la chaîne Starz, elle est capable du pire, comme du meilleur. L’association de la chaîne et de ces deux producteurs, sonnent comme une évidence. Ils ne pouvaient que se retrouver, tant leurs univers sont proches.

Après la diffusion du pilote, les médias US ont comparé la série aux Sopranos, c’est très exagéré. Omari Hardwick a beau être sympathique, mais il n’a ni la carrure, ni le charisme de James Gandolfini. Tout comme l’écriture et le casting, est très loin de l’exigence de ce classique de HBO.

Mais le personnage de James St. Patrick, fait penser à Stringer Bell. Bien sur, on est aussi très loin du talentueux Idris Elba et de l’excellence de The Wire. C’est dans le parcours de celui-ci, que les deux personnages se rejoignent. James St. Patrick réussissant, ce que Stringer Bell voulait faire. Quitter la rue et son rôle de caïd, pour celui de riche propriétaire, se mêlant aux puissants politiciens et magnats de sa ville. On peut considérer James St. Patrick, comme le fils de Stringer Bell, celui qui a su réussir, là ou son père a échoué.

Sauf que la série n’a pas l’exigence de son aînée. Les différents personnages, comme les trames sont très simples. On est pas là pour réfléchir, mais pour admirer les courbes somptueuses de Naturi Naughton, Lela Loren et Lucy Walters, qui se dénudent à chaque épisode et pas qu’une fois. On pourra d’ailleurs noter, qu’elles sont exhibitionnistes, tout comme leurs partenaires Omari Hardwick et Joseph Sikora, puisqu’ils passent leurs temps à s’envoyer en l’air, en plein jour, avec les volets et rideaux ouverts. Les voyeurs des bâtiments alentours, ont du se régaler. C’est peut-être un détail, mais cela arrive si souvent, que cela en devient agaçant. Certes, cela ravit l’œil, mais cela n’apporte rien aux intrigues, cela confirme la superficialité de l’ensemble, encore plus dans cet univers fait de luxure, de drogues et de péripatéticiennes.

En dehors de la prestation correcte d’Omari Hardwick, le reste du casting n’est pas très enthousiasmant. Joseph Sikora est une sorte d’Eminem croisé avec Macklemore, ce qui lui vaudra une vanne durant un épisode, sûrement le seul moment drôle de la série. Mais en dehors de cela, il est assez fade, bien loin de ses prestations dans Banshee et True Detective. Le manque de profondeur psychologique et la simplicité des dialogues, n’aident pas vraiment à rendre les personnages attachants.

Naturi Naughton ne vaut que pour sa plastique, qu’elle montrait déjà en long et en large dans le biopic sur Notorious Big. Elle est totalement improbable en mère de famille, plus convaincante en allumeuse vénale. Lela Loren, est un peu plus intéressante. Certes, elle use aussi de sa plastique, mais offre un peu plus d’émotions que sa rivale. Après, ce n’était pas trop difficile, vu que la première ne montre rien (sauf ses courbes, je le rappelle). Lucy Walters est au niveau de Naturi Naughton, pas besoin d’en dire plus. Un trio sexy mais qui tourne à vide. Curtis Jackson ne sait pas oublier. Il a un petit rôle, mais qui a son importance. Le générique en noir et blanc, mélange luxe et violence, sur un de ses sons.

Au final, Power a le mérite de ne pas se prendre pour ce qu’il n’est pas, et d’être une simple série divertissante. La réalisation est impeccable et le final, même s’il a ses défauts, donne envie de voir la seconde saison. En cette période estivale bien calme, elle se démarque. Pas pour ses qualités, mais pour sa simplicité, aussi rafraîchissante, qu’un pepsi frais sous un parasol, sur la plage, les doigts de pied en éventail et l’esprit vide.

Fiche technique : Power

USA – 2014
Showrunner et créatrice : Courtney Kemp Agboh
Réalisateurs : Anthony M. Hemingway, George Tillman Jr, John David Coles et Kari Skogland
Scénaristes : Courtney Kemp Agboh, Lauren Schmidt, Randy Huggins, Raphael Jackson Jr et Damione Macedon
Distribution : Omari Hardwick, Lela Loren, Naturi Naughton, Joseph Sikora, Curtis Jackson, Lucy Walters, Adam Huss, Andy Bean, Luis Antonio Ramos, Sinqua Walls, Vinicus Machado, Leslie Lopez, Greg Serano
Producteurs : Curtis Jackson, Courtney Kemp Agboh, Dadid Knoller, Mark Canton et Randall Emmett
Production : CBS Television
Chaîne de diffusion : Starz
Saison 1 – 8 épisodes de 58 minutes

Auteur : Laurent Wu

Hasta Mañana : Critique du film

Critique Hasta Mañana

Synopsis : Orphelin depuis son jeune âge, Léo grandit au foyer des Cigales. Fragile, il s’est réfugié dans l’écriture et rêve d’être lu par son idole de toujours, le réalisateur Claude Lelouch. Il passe ses journées avec Nino, jeune adolescent de 12 ans qui réside lui aussi au foyer. Ils sont inséparables, comme deux frères. Mais un jour Nino disparaît avec la nouvelle que Léo vient de terminer. Il n’a laissé qu’un mot expliquant les raisons de sa fugue : trouver Claude Lelouch et lui apporter l’histoire… Au fil de son périple, Nino envoie des lettres à Léo, lui contant l’évolution de son aventure. Mais Léo commence à se douter que les raisons de la fugue de son ami, sont d’une autre nature…

Le cinéma n’est pas une question d’argent

Olivier Vidal et Sebastien Maggiani sont deux réalisateurs résidant à Montpellier, le dernier venant tout juste d’obtenir son bac. Cependant, il débute le cinéma à 13 ans pour son premier court métrage sur la maladie de Cutis laxa, une maladie de vieillissement de la peau précoce. Faisant déjà preuve d’une maturité incroyable, il continue sur sa lancée et commence à coréaliser des films avec Olivier Vidal, un réalisateur tout aussi talentueux qui a commencé en 2002 avec Au loin…l’horizon, avec le regretté Mouss Diouf. En 2012, commence le projet Hasta Manana, produit par SoFilms Indépendants, en partie sous forme de kickstarting (financement libre), et s’offrant de surprenants guests.

Dans ce premier long métrage, les réalisateurs nous proposent une histoire dans un foyer pour enfants. L’un d’entre eux Léo, un véritable cinéphile, écrit chaque jour une nouvelle. Il possède notamment des posters de nombreux films de Claude Lelouch, son idole, comme Les uns et les autres et Le voyou mais aussi des posters de 2001 de Kubrick, Léon de Besson ou encore Pierrot le fou de Jean-Luc Godard. Son ami, Nino, avec lequel il est inséparable, s’éprend de liberté et décide d’apporter sa nouvelle à Claude Lelouch.

Ce premier film agit comme une véritable révélation, que ce soit pour les auteurs comme pour les acteurs. La mise en scène est d’une grande maturité et permet une immersion totale dans ce groupe d’adolescents aussi fragiles que courageux. Même si cette réalisation souffre de certains aspects répétitifs avec un style caméra à l’épaule mal exploité, on ne boudera pas notre plaisir. Ainsi, nous ne pouvons que féliciter ces jeunes réalisateurs talentueux, qui vont évidemment émerger et à qui nous souhaitons le meilleur.

La distribution est d’ailleurs très prometteuse pour les jeunes adolescents, surtout les matures et professionnels Amir Ben Abdelmoumen et Antoine Gautron, jouant respectivement Nino et Léo, les deux amis inséparables. Nous avons aussi des révélations, comme Delphine Depardieu (la nièce de Gérard) et Alysson Paradis, la sœur de Vanessa Paradis, ainsi que des guests apparaissant lors de caméos bien conçus, tels que Jean Pierre Castaldi en aveugle (très drôle), et Claude Lelouch.

Nous avons également ici un scénario très émouvant où nous nous identifions de manière immédiate. L’histoire des personnages est sincère et touchante, tout autant que le film en général. L’émotion se construit de manière très fluide, dans un récit bien construit. Nous pouvons enfin croire à nouveau au cinéma français, car ce film apporte la fraîcheur dont nous avons tous besoin. Cet aspect à la fois primeur et candide apporte la justesse qu’il faut quand cela semble nécessaire. Grâce à cela, le film touche énormément.

J’ai eu la chance de pouvoir connaître les deux réalisateurs, d’espérer prochainement m’inscrire à la SoFilms Team et de voir le film à leur côté. Ces derniers m’ont raconté les secrets du tournage, la formation du budget et la genèse du projet. De plus, nous avons réussi à convaincre certains passants d’aller voir le film et cela à payer. Les réalisateurs étaient très heureux et moi de même ! Une des mes meilleures expériences cinéma…

Les deux réalisateurs ont réussi à superbement retranscrire des thèmes poussés et travaillés. Nous pouvons reconnaître ainsi le thème de l’amitié, cher aux réalisateurs, l’amitié qui fait grandir, (nous le voyons de belles manière grâce à l’inséparabilité des deux amis quasi fraternels et interdépendants) mais aussi la liberté, d’expression, de mouvement, appréhendées comme essentiel. Et bien évidemment, nous avons l’enfance, surtout l’enfance difficile. Sublimés par l’interprétation des acteurs, cette expérience cinématographique est forte. Le spectateur a droit à une très belle réflexion sur l’enfance, qui peut être la sienne ; nous devons être libres et forts. De ce message parfaitement retranscrit à l’écran, découle toute la beauté du film.

Au final, Hasta Mañana révèle la toute nouvelle fraîcheur du cinéma français avec des acteurs talentueux, en devenir, et des réalisateurs tout aussi talentueux et émergents. Tout ce talent est mis à disposition pour un film sincère et touchant, au thème intelligent et à la réalisation certes parfois bancale, mais largement perfectible. Donc bravo à ce beau travail pour leur tout premier film, que nous vous recommandons vivement.

Fiche technique – Hasta Mañana :

France – 2013
Réalisation: Olivier Vidal, Sébastien Maggiani
Scénario: Olivier Vidal, Sébastien Maggiani
Interprétation: Amir Ben Abdelmoumen (Nino), Antoine Gautron (Léo), Samuel Bousbib (Rodolphe), Mehdi Nebbou (David), Delphine Depardieu (la psychologue), Jean-Christophe Bouvet (le directeur), Xavier Inbona (Tom), Hassane Gassama (Mehdi), Juliette Battancourt (Laura), Grégoire Duez (Quentin)…
Date de sortie: 30 juillet 2014
Durée: 1h22
Genre: Comédie dramatique
Image: Fabrice Richard
Décor: Sébastien Inizan
Costume: Janie Loriault
Son: Stéphane Gessat
Montage: Dominique Petrot
Musique: Sébastien Cortella, Benjamin Raffaelli
Producteur: Alain Depardieu
Production: Adhésive Production
Distributeur: Zelig Films Distribution
Auteur de la critique : Louis Verdoux

Vikings : Saisons 1-2 – Critique Série

Vikings : une série âpre, violente, spectaculaire et purement jouissive

Synopsis: Scandinavie, fin du 8ème siècle. Ragnar Lothbrock, un guerrier viking, est avide de nouvelles conquêtes. Il se met en tête d’explorer l’Ouest par la mer et devient l’instigateur des premiers raids vikings sur les royaumes chrétiens, changeant le destin des deux peuples à jamais. Entre les conflits internes et les conquêtes, Ragnar triomphe de ses ennemis et gagne en notoriété. 

Voyage en terres du nord

Ragnar Lothbrock est un chef de clan. Contre l’avis de celui à qui il doit allégeance, il décide de piller les terres mythiques de l’ouest, à l’existence incertaine, où il y aurait dit-on plein de trésors, sauf que personne n’a encore pu y aller. A l’origine de cette folle ambition, une méthode de navigation révolutionnaire. Avec le soutien de son frère Rollo, il parvient à rallier suffisamment de monde pour mettre les voiles, et sa mission s’avère un succès. Ils reviennent avec de nombreuses richesses, la promesse de vastes terres peu défendues, et des esclaves capturés chez des moines. Parmi eux, Athelstan, que Ragnar choisit comme esclave pour sa demeure. Athelstan découvre avec un mélange d’admiration et d’effroi cet autre monde. Il faut dire qu’entre le moine chrétien et les vikings, c’est un vrai choc des cultures. Le moine doute de sa foi mais sans totalement adhérer à celle des hommes du nord, tandis que Ragnar se montre intéressé par la sienne. Le personnage ouvre ainsi une réflexion sur la religion, de l’intérêt de dépasser les limites de ses propres croyances pour s’ouvrir à d’autres horizons.

Mais la soudaine popularité de Ragnar et ses agissements lui attirent la jalousie et l’inquiétude des hommes plus puissants. Une jalousie qui se retrouve même parmi les siens, comme Rollo qui supporte mal de voir son jeune frère lui voler la gloire. Et tandis que Ragnar doit gérer des conflits internes, les rois d’Angleterre commencent à organiser la défense contre ces barbares païens.

Valhalla Knights

Précisons que réaliser un film ou une série sur les vikings est une tâche rendue difficile par le peu d’informations disponibles sur ce peuple qui pourtant fascine. Ces informations proviennent majoritairement des chrétiens qui en ont répandu une image de barbares sanguinaires ne craignant pas la peur, déferlant sur leurs côtes pour tout ravager. On découvre dans la série l’organisation de ce peuple, les jugements publics, les affaires de meurtres, les règles du pouvoir. Et pour ceux que ça rebute, point de débauche de sexe ou de violence ici comme la plupart des séries historiques, qui ont parfois tendance à en abuser un peu.

Oui les vikings ont des mœurs qui peuvent choquer, mais il faut prendre en compte qu’il s’agit d’une autre culture, et que cela n’en fait pas des monstres pour autant comme on peut le découvrir. Sans avoir les mœurs débridés des romains, les vikings forment des couples solides mais peuvent à l’occasion admettre d’autres partenaires. Ragnar est un bon père de famille, et il peut compter sur l’amitié d’autres personnes. Pourtant, comme ses frères d’arme, il tue sans pitié les habitants des terres qu’il pille, y compris des hommes ou des femmes sans défense, et peut se montrer à l’occasion d’une effroyable cruauté. Une ambiguïté qui concourt à rendre le personnage très charismatique. Mais il n’est pas le seul. Floki, l’adorateur des dieux, guerrier et charpentier à la fois, et à la folie délicieusement attachante. Et surtout Lagherta, femme guerrière diablement classe et sexy, qui séduira plus d’un mâle.

Vikings est une série qui donne une furieuse envie de voyager vers les contrées nordiques, ces falaises et ces eaux entourées de brume. L’image est soignée, et n’hésite pas à ajouter une légère touche de fantastique lors de l’évocation des mythes vikings, les morts qui sont appelés en direction du Valhala ou encore les monstres qui se réveillent lors du Ragnarok. Les cérémonies rituelles sont empreintes d’un fort mysticisme, à l’image des sacrifices, animaux mais aussi humain. Rites que l’on regarde, comme Athelstan, à la fois choqué et captivé. « Vikings » ce sont aussi les fameux drakkars qui fusent vers les terres avant de redresser leurs rames. Ce sont aussi des affrontements, plus stratégiques qu’on ne pourrait le penser, où les guerriers se retranchent derrière leurs boucliers face aux haches ennemies avant de profiter d’une ouverture et de laisser la place à toute leur fureur.

La saison 2 s’avère nettement de meilleure qualité que la première, qui si elle posait les bases, souffrait de quelques imperfections : une intrigue parfois décousue, des dénouements qui se font attendre, un traitement parfois trop soft et une culture qui, malgré les efforts mis en œuvre, peinait à vraiment fasciner, surtout en comparaison de Rome, la série référence, qui offrait d’avantage de détails. Dans la seconde saison donc, c’est comme si les créateurs avaient décidé de gommer tous les défauts et d’amplifier les points forts, offrant un spectacle épique et grandiose. Les combats ont gagné en intensité, la barbarie fusant de chaque camp, mais sans verser dans la boucherie gratuite. Les rites vikings apparaissent encore d’avantage empreints de mysticisme, accompagnée par des chants celtiques. Les paysages sont encore plus magnifiques, champs enveloppés de brumes ou fjords silencieux. Les personnages ont également gagné en intérêt : Rollo offre un nouveau visage, Athelstan est de plus en plus divisé, et le nouveau roi d’Angleterre qui affronte les vikings est bien plus captivant que le précédent. Cultivé et intelligent, il ouvre le dialogue avec Ragnar. Une alliance a pu se former, pour quel avenir ?

« Vikings » est devenue une série incontournable, et si la qualité se maintient, mais il n’y a pas de raisons que cela se passe autrement, la série sera promise à un beau succès. Et nul doute qu’elle a d’ores et déjà gagné sa place au Valhalla.

Fiche Technique – Vikings

Production: Pays d’origine : Canada, Irlande
Langue originale : anglais
Création : Michael Hirst
Réalisation : Ciaran Donnelly, Ken Girotti et Johan Renck
Scénario : Michael Hirst
Casting : Travis Fimmel : Ragnar Lothbrok, Clive Standen : Rollo Lothbrok, le frère de Ragnar,
Katheryn Winnick: Lagertha Lothbrok, la femme de Ragnar,
Jessalyn Gilsig : Siggy Haraldson, l’épouse du comte Haraldson
Gustaf Skarsgård : Floki, le constructeur de drakkar et ami de Ragnar
George Blagden : Athelstan, moine anglo-saxon capturé par Ragnar lors de son premier raid en Angleterre, Donal Logue : le roi Horik, Alexander Ludwig : Bjorn, le fils de Ragnar,
Alyssa Sutherland : la princesse Aslaug, Linus Roache : le roi Ecbert, Maude Hirst : Helga, l’épouse de Floki, Thorbjørn Harr : le jarl Borg, John Kavanagh : le voyant, Jefferson Hall : Torstein
Genre : Drame historique, action
Durée : 42 minutes
Production: Keith Thompson, Steve Wakefield; Bill Goddard (coproduction) ; Justin Pollard (associé)
Sociétés de production: Irish Film Board, Take 5 Productions et World 2000 Entertainment
Sociétés de distribution: Shaw Media (Canada), History (États-Unis), World 2000 Entertainment (Irlande)

•••Bonus: Voici un extrait de la Saison 3, le Viking Ragnar (Travis Fimmel que l’on retrouvera bientôt dans le film Warcraft) est de retour pour un 3eme acte en 2015 sur la chaîne américaine History…

Encore plus sombre, encore plus sanglant, découvrez le premier trailer, dévoilé lors du dernier Comic Con.

Ecoutez la B.O envoûtante…If I Had a Heart : générique d’ouverture de la série TV 2013 …

Auteur de la critique: William

 

Divergente – Critique du film

Critique de Divergente de Neil Burger

Synopsis : Béatrice est une jeune fille de 16 ans. Dans un Chicagopost-apocalyptique où la société est divisée en cinq factions, celle-ci doit choisir son camp entre les Sincères (les honnêtes), les Érudits (les intelligents), les Fraternels (les pacifistes), les Audacieux (les courageux) et les Altruistes (les désintéressés). Après avoir passé le test, il s’avère que, cas rarissime, celui-ci n’est pas concluant car elle présente des aptitudes envers trois des cinq factions (Érudits, Audacieux et Altruistes). Elle est Divergente et doit à tout prix le cacher. Native des Altruistes, elle choisit pourtant de rejoindre les Audacieux, une faction qui pourrait être dangereuse pour elle… 

 Le Gattaca du pauvre 

L’art de piller un héritage 

Divergente rime avec indigente, tant cette histoire d’anticipation qui mange sans vergogne à tous les râteliers du genre, semble avoir été calibrée pour permettre à des adolescents de jouer aux philosophes à peu de frais. Prenez une ville (américaine forcément…), installez-là dans un futur post-apocalyptique et reproduisez-y jusqu’à l’écœurement tous ce que vous avez vu ou entendu sur le sujet résultat : Divergente manque d’inspiration et accouche d’un amas indigeste de références qui ne respectent même pas les œuvres qu’il pille.

Bienvenue À Chicago 

Nous sommes donc à Chicago, dans un futur plus ou moins lointain, la ville est encerclée de murs de protection car au-delà, il y a des méchants. On ne saura jamais ce qu’ils sont, juste qu’ils sont méchants. En ville, la société est divisée en cinq castes basées sur des traits de caractères et sensées apporter un équilibre pacifique à la population. Chaque jeune arrive donc un jour à devoir choisir, lors d’une grande cérémonie, la caste dans laquelle il souhaite vivre, sans retour en arrière possible. Parmi eux il y a Béatrice, qui ne sait pas quel choix faire, car elle est divergente et possède donc un « don » pour plusieurs castes. Sauf que les divergents font peur à la caste des « intellos » qui y voient une menace à leur future prise de pouvoir.

Vamos a la plagiat ! 

Dans ce simple synopsis, on constate que ce film plagie déjà lâchement l’héritage d’illustres prédécesseurs. Passons très vite sur la cérémonie du choix, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la formation des quatre maisons dans Harry Potter, c’en est désolant. On se demande si le système des castes indiennes n’y a pas aussi mis son grain de sel, avec l’interdiction de s’aborder entre castes et l’impossibilité d’en changer. On y retrouve aussi Le Village de M. Night Shyamalan, avec cet extérieur à la ville qui se veut menaçant sans qu’on sache vraiment pourquoi, Shyamalan qui n’avait lui-même rien inventé. Mais finalement, c’est bien envers les plus illustres films du genre que Divergente est le moins respectueux, par son absence de profondeur, de réflexion sur l’avenir et par des facilités de narration qui parviennent même à faire sourire. On pense à Bienvenue À Gattaca, qui déjà traitait du déterminisme social, fondé sur des traits de caractères innés, dans une société dictatoriale.

Une histoire de grosses…ficelles 

C’est maladroit la plupart du temps, de cette maladresse adolescente qui serait presque amusante si elle n’était pas si souvent insultante. Ici, elle prend l’apparence de la caste des « audacieux », sensés être la police de la ville, mais qui sont en fait une bande de jeunes abrutis yamakazis, qui courent sans cesse en riant comme des imbéciles heureux et grimpent sur tout mobilier urbain qui se présente à eux. L’histoire d’amour est, elle, amenée à coups de pelle genre : Tris grimpe à une échelle, un barreau casse et son futur chéri n’a que le réflexe de lui mettre les mains aux fesses pour l’empêcher de tomber, c’est plein de finesse et de bon goût. Neil Burger enfile pendant 139 minutes des perles et des ficelles si grosses qu’elles auraient suffit à empêcher le Costa Concordia de sombrer.

Casting d’ados, par des ados, pour des ados 

Le casting est peut-être un peu moins mauvais, peut-être… Shailene Woodley est jolie comme un cœur mais, après un film comme The Spectacular Now, on espérait mieux de sa part et surtout de ne pas se laisser enfermer dans les films pour ados. Du casting de ce précédent film, on retrouve aussi Miles Teller, pas mal du tout en petit con de service, ce garçon se prépare une belle carrière s’il fait de meilleurs choix. Theo James est là pour jouer les beaux gosses et il faut admettre qu’il le fait bien. Mais par contre, Kate Winslet, qu’est-ce qu’elle fait là ?! Si elle est là d’ailleurs, tant elle semble ne rien avoir à faire de son rôle; qu’une actrice de cet acabit puisse cachetonner à ce point dépasse l’entendement, ou alors on lui aura fait croire que Sophia Coppola était à la réalisation ! Ajoutez une bande qui n’a d’originale que le nom, bourrée de morceaux pop d’ascenseur pour adolescents aux goûts musicaux dignes des toilettes de l’A7, un jour de départ en vacances et vous aurez le film de l’année à avoir le mieux ignoré son potentiel, comme Roxanne le fit avec Cyrano.

Les jeunes n’aiment rien en Burger ! 

Bref, ce film ne peut s’apprécier qu’en ayant jamais vu Dark City, Bienvenue À Gattaca, Zardoz ou encore Soleil Vert, films qui proposaient de profondes réflexions sur la dictature mondiale qui serait en marche, sur ceux qui seront nos nouveaux dieux et sur les déviances qui sont les nôtres aujourd’hui. Au lieu de ça, Neil Burger prend les jeunes d’aujourd’hui pour d’incultes imbéciles, qui ne pourraient apprécier un film sans une potentielle scène de sexe. Neil Burger se plante et démontre qu’il est probablement lui-même cet inculte à qui il pense s’adresser, puisque son seul Dieu est ce dollar qu’il espérait se mettre en poche avec les entrées en salle de son film.

Divergente – Fiche Technique

U.S.A. – 2014
Réalisation : Neil Burger
Scénario : Evan Daugherty et Vanessa Taylor
Casting : Shailene Woodley (Beatrice Prior/Tris), Theo James (Tobias Eaton/Quatre), Kate Winslet (Jeanine Matthews), Ashley Judd (Natalie Prior), Miles Teller (Peter), Jai Courtney (Eric)
Distributeur : Summit Entertainment
Date de sortie : 9 avril 2014
Durée : 2h19
Genre : Science-fiction
Décors : Patrick M. Sullivan Jr.
Costumes : Carlo Poggioli
Montage : Richard Francis-Bruce et Nancy Richardson
Musique : Junkie XL
Production : Lucy Fisher et Douglas Wick
Société de production : Red Wagon Entertainment

Auteur de la critique: Freddy M.

 

Détective Dee 2, de Tsui Hark : Critique du film

Critique Détective Dee 2 de Tsui Hark

Synopsis : L’impératrice Wu règne sur la dynastie Tang aux côtés de l’empereur Gaozong. Elle envoie sa flotte vers l’empire Baekje afin de soutenir cet allié de longue date, envahi par le belliqueux empire Buyeo. Mais, juste après leur départ, les navires sont attaqués par une mystérieuse et gigantesque créature surgie du fond des mers.

Le Sherlock Mandarin

Les fans de cinéma asiatique sont déjà familiers avec le réalisateur Tsui Hark, le créateur de la saga Il Était une fois en Chine, qui avait permis de populariser un certain Jet Li, bien avant son rôle marquant dans L’Arme fatale 4. Ses œuvres, habiles mélanges entre fresque historique et film d’art martiaux, sont instantanément reconnaissables grâce à son style unique. Un style qu’il a réussi à conserver malgré un succès de plus en plus grand en Occident. En 2010, Tsui Hark donnait vie au personnage de Détective Dee, un homme dont les talents de déductions ne sont pas sans rappeler un certain Sherlock Holmes. Quatre ans plus tard, il lui offre un suite aux allures de prequel.

La 3D, grand atout du film

Hark a choisi de passer à la 3D, ce qu’il avait déjà fait lors de son précédent long-métrage, La Légende des sabres volants. Il imprime ainsi à ce Détective Dee 2 une ampleur dépassant celle de son prédécesseur, déjà empreint de majesté. Ce qui ne s’avère trop souvent qu’un gadget (même dans Avatar) permet ici de donner vie à des décors époustouflants et fourmillants de détails, grâce à une profondeur de champ atteignant des sommets. Toute la grandeur de la Chine de la dynastie Tang, une période charnière pour l’Empire du Milieu, est ainsi magnifiquement rendue à l’écran.

Autre avantage du relief, les scènes de combat, dont les chorégraphies sont toujours aussi travaillées et virevoltantes. Dans un style popularisé en occident par Tigre et Dragon, d’Ang Lee, les affrontements défient la gravité, lors de scènes bondissantes plus esthétiques que violentes. Tsui Hark s’amuse beaucoup des possibilités de la 3D, et prend un malin plaisir à multiplier les projections d’armes vers l’écran. Sympathique, bien que dispensable.

La jeunesse de Dee

Le titre Détective Dee 2 peut induire en erreur : il ne s’agit pas tant d’une suite que d’un prequel. Andy Lau absent, Tsui Hark a dû changer son fusil d’épaule, et c’est donc Mark Chao qui reprend le rôle, incarnant un détective plus jeune et inexpérimenté, mais déjà observateur et bien plus spontané. Son duo avec le jeune apprenti médecin Shatuo est un clin d’oeil appuyé au duo Sherlock/Watson, que le réalisateur assume pleinement. Les amoureux du premier volet pourront être décontenancés par ce changement de casting, mais force est de constater que le résultat est plaisant.

Le scénario fait la part belle à un humour absurde et décalé, tout en s’attachant à dépeindre son époque dans une fresque grandiose, sans jamais accuser de longueurs. On revisite ici l’Histoire à travers la jeunesse de son protagoniste, et la galerie de personnages secondaires sympathiques donne un peu de profondeur au script.

Détective Dee 2 est un très bon divertissement complètement barré, irréaliste et jubilatoire, sublimé par une 3D qui lui donne une ampleur supérieure. Les fans de Tsui Hark apprécieront.

Fiche technique – Détective Dee 2

Titre: Détective Dee II : La Légende du Dragon des Mers

Hong-Kongais – 2013
Réalisateur : Tsui Hark
Scénario : Tsui Hark, Kuo-fu Chen, Chia-Lu Chang, Jialu Zhang
Distribution : Mark Chao (Dee), William Feng (Yuchi), Lin Gengxin (Shatuo), Angelababy (Yin), Carina Lau (l’impératrice)
Genre : Action, aventure
Directeur de la photo : Sung Fai Choi
Monteur : Baiyang Yu
Compositeur : Kenji Kawai
Producteur : Tsui Hark, Wang Zhonglei, Kuo-fu Chen, Nansu Chi
Production : Huayi Brothers
Distributeur : Jokers, Le Pacte

Auteur de la critique : Mikaël Yung

The face of love, de Arie Posin : Critique du film

Critique The face of love

Synopsis : Nikki est veuve depuis 5 ans. Un jour, elle tombe sur le double parfait de son mari défunt. Envahie par son trouble, elle décide de le séduire.

Les vertiges de l’amour

Peut-on retomber amoureux de la personne qu’on aime ? Deux personnes peuvent-elles être à la fois exactement la même, tout en étant totalement différentes ? Le film de Arie Posin pose ces questions à travers la romance entre Nikki, veuve depuis cinq ans, et Tom, le sosie de son défunt mari. Le thème du double au cinéma n’est pas nouveau, et il a donné quelques unes des plus belles œuvres du 7ème art. Si The Face of Love n’en fera pas partie, il reste un beau film d’amour, sensible et poétique.

La déchirure

Cela commence plutôt mal. Très mal pour Garett, le mari de Nikki, dont le corps est retrouvé par cette dernière, échoué sur la plage. Mal aussi pour le spectateur, tant cette introduction sonne forcée, presque creuse à force de clichés de mise en scène. L’opposition entre l’ombre et la lumière et les cadrages mettant en avant l’absence, le vide ressenti par la femme éplorée sonnent comme autant d’artifices qui empêchent de vraiment se projeter dans ce drame humain. La mise en scène de Posin se fera plus discrète par la suite, moins grossière et plus lumineuse, et c’est heureux.

L’apparition de Tom, joué par le même Ed Harris, dont la troublante présence est pour beaucoup dans la réussite de l’histoire, est un turning point plutôt maîtrisé. On se prend de curiosité pour cet homme, professeur d’art, dont on ne sait quoi penser, à l’image de l’héroïne du film, qui se verrait bien combler l’absence de l’être aimé par cette copie parfaite, un peu comme on souhaiterait compléter un puzzle par une pièce qui n’est pas tout à fait la bonne, mais presque. Nikki va alors tenter de forcer le destin, et les frontières entre les deux êtres, Tom et Garett, vont progressivement s’effacer, se mêler, se reformer alors que la raison du personnage semble vaciller. Annette Bening est impeccable dans ce rôle de femme obsédée, parfois à la limite de la déraison, mais toujours poignante et plein d’émotion.

Sueurs chaudes

Le scénario fait immanquablement penser à l’un des chefs d’œuvre de Hitchcock, l’excellent Sueurs froides, auquel le film fait un clin d’œil appuyé. Malheureusement, il ne termine pas les promesses entamées par cette première partie prometteuse. Le trouble disparaît trop vite, laissant place à une romance, certes fort jolie, mais somme toute trop classique. Cela manque de force, de tension, d’un retournement de situation, peut-être, qui referait sortir le film de l’ornière. Ce n’est pas le cas, et The Face of love restera un film sympathique, qui aurait pu être un petit bijou, mais pêche par manque de cran.

Une belle romance, sublimée par un duo d’acteurs au sommet, mais qui laisse un goût d’inachevé en bouche lorsque l’on pense à ce qu’il aurait pu être.

Fiche technique – The Face of love

Américain – 2013
Réalisateur : Arie Posin
Scénario : Arie Posin, Matthew McDuffie
Distribution : Annette Bening (Nikki), Ed Harris (Tom/Garett), Robin Williams (Roger), Amy Brenneman (Ann), Jess Weixler (Summer)
Directeur de la photo : Antonio Riestra
Genre: Drame, romance
Montage : Matt Maddox
Compositeur : Marcelo Zarvos
Producteur : Bonnie Curtis, Julie Lynn, Jonathan McCoy
Production : Mockingbird Pictures
Distributeur : Chrysalis Film

Auteur de la critique : Mikaël Yung

 

Mister Babadook, de Jennifer Kent : Critique du film

Régulièrement, le cinéma australien offre quelques petites trouvailles bien senties qui permettent d’élargir le panorama du cinéma de genre mondial, et plus particulièrement du cinéma d’épouvante horreur. Pas assez prolifique en termes de production cinématographique et toujours associée à une image « mad maxienne », l’Australie n’en reste pas moins un pays viscéral qui transcende ses peurs et ses pulsions à travers des films de genre devenus parfois cultes, comme l’ont été le survival Wolf Creek, le torture-prom The Loved Ones, l’animalier Razorback ou l’aquatique The Reef. Il faudra désormais compter sur Mister Babadook dans cette liste tant il rassemble l’essence-même du film de croque-mitaine avec une profondeur psychologique remarquable.

Synopsis: Depuis la mort brutale de son mari, Amelia lutte pour ramener à la raison son fils de 6 ans, Samuel, devenu complètement incontrôlable et qu’elle n’arrive pas à aimer. Quand un livre de contes intitulé ‘Mister Babadook’ se retrouve mystérieusement dans leur maison, Samuel est convaincu que le ‘Babadook’ est la créature qui hante ses cauchemars. Ses visions prennent alors une tournure démesurée, il devient de plus en plus imprévisible et violent. Amelia commence peu à peu à sentir une présence malveillante autour d’elle et réalise que les avertissements de Samuel ne sont peut-être pas que des hallucinations…

Auréolé d’une formidable renommée dans tous les festivals par lesquels il est passé (dont la Mecque Sundance), Mister Babadook a profité de ses bonnes critiques pour être acquis par Wild Bunch, qui nous fait l’honneur d’une distribution française. C’est surtout à l’occasion de sa présentation au Festival de Gérardmer -l’un des plus remarquables d’Europe- que le film a conquis l’ensemble des spectateurs présents, en raflant le Prix du Jury, le Prix du Jury Jeunes, le Prix de la Critique internationale et le Prix du Public. Le Grand Prix du Jury, la récompense suprême du festival, lui a échappé car nombreux sont ceux qui estiment que Mister Babadook comprend trop de similitudes avec le Mamá d’Andrés Muschietti, le vainqueur de l’édition précédente. A tort par ailleurs. De fait pour éviter une ressasse de l’année dernière, c’est l’inclassable Miss Zombie du japonais Hiroyuki Tanaka qui fût récompensé par le jury de Gérardmer. Qu’à cela ne tienne, le film de Jennifer Kent a fait l’effet d’une bombe partout où il est passé et il s’agit certainement de la meilleure récompense qui soit pour un étonnant premier film.

De la difficulté d’être une mère veuve

S’étant déjà frotté à l’épouvante par le biais de son premier court métrage Monster, Mister Babadook peut être vu comme la version longue de son court qui raconte également l’histoire d’une mère et de son fils harcelé par un monstre. A ceci près que Mister Babadook est peut-être plus psychologique, plus traumatisant et offre un nouvel élan au « boogeyman movie ». A la suite d’un tragique accident de voiture, Amelia se retrouve mère veuve avec son fils Samuel de sept ans, un enfant turbulent en proie à des troubles comportementaux, dont une sorte d’hyperactivité incontrôlable et une violence gratuite envers les autres. Seule et travaillant dans une maison de retraite, la mère n’arrive plus à gérer les crises de son fils et ses comportements toujours plus agressifs. C’est à cet instant de sa vie qu’un livre pour enfants va l’amener à affronter ses plus grosses peurs. Selon les dires de Jennifer Kent, Mister Babadook est un film à multiples interprétations. Il est vrai qu’on peut y voir plusieurs messages dominants dont la difficulté de surmonter un deuil et celui d’être une mère.

Le croque-mitaine, qui donne son nom au film, n’apparaît finalement que comme une forme de représentation mentale des troubles et des peurs d’Amélia. Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est que le récit prend la moitié de l’intrigue pour pleinement développer les personnages, qui en ressortent aussi crédibles qu’attachants. C’est l’histoire d’un fils qui aime sa mère et d’une mère qui ne sait pas comment réagir, dépressive et perdue par la perte de son mari et d’un fils qu’elle ne sait plus contrôler. Tout est amené avec une certaine subtilité. Jamais les personnages ne viendront à exprimer leurs sentiments par le biais de dialogue mais chaque plan amène à interroger la relation que chacun a avec autrui. Ce plan furtif où la mère décide de tourner le dos à son fils en se mettant au bord du lit révèle parfaitement la difficulté de cette dernière à vivre avec son fils. Le premier film de Jennifer Kent traite donc de la question de surmonter ses plus grandes peurs pour arriver à vivre. Il est aidé par un duo très juste, dont Noah Wiseman, cet enfant relativement bluffant tant il opère un véritable changement dans son personnage, passant de l’être incontrôlable à l’enfant typiquement œdipien.

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En prenant son temps, le film se démarque des standards du genre par une ambiance à la fois onirique et macabre qui permet de voir comment réagissent au sein de cet univers des personnages profonds et extrêmement intéressants. La folie n’est jamais très loin et très souvent le film cherche à nous faire douter des potentiels troubles de la mère, ou du fils, ou bien de savoir si le Babadook existe réellement en tant qu’esprit démoniaque. Depuis le début, Jennifer Kent a sans cesse déclaré être davantage intéressée par l’écriture des personnages que par la fonction « chair fraîche » typique du film d’horreur mainstream. Tout ce qui pourrait sembler prévisible ne l’est pas et la réalisatrice cherche à contrecarrer les codes du genre. Il était tellement simple de faire du collègue de travail l’amant d’une mère en quête d’amour et donc logiquement, le victime d’un monstre qui ne laisserait pas sa place à un nouveau « père » mais le récit n’accorde son importance qu’à ce tandem mère-fils, et au fond seule la mère semble voir un semblant de signe affectif et de désir dans l’importance que lui porte son collègue. Vous ne verrez rarement une telle horreur psychologique autre part que dans Mister Babadook, comme ce plan où la mère prend seule du plaisir dans le lit marital, tandis que son fils vient l’interrompre sans l’ombre d’un soupçon. C’est typiquement ce genre de plan qui permet d’en révéler énormément sur le personnage sans le dire. Ce qui manque à Amelia, c’est tout simplement un homme. De même, l’enfant va peu à peu acquérir le statut de la victime, et filmer de manière frontale un étranglement sur mineur est aussi rare que cruel dans le cinéma contemporain. Mister Babadook ose les choses et tant mieux.

babadook-critique-epouvante

Inutile de s’attendre à des jump-scares prévisibles et des effets chocs, Jennifer Kent préfère miser sur une ambiance troublante. En faisant de Mister Babadook un monstre invisible agissant dans l’ombre des petits instants de la vie, elle renvoie à notre propre condition humaine déstabilisée par les difficultés de la vie. Cette longue silhouette noire armée de griffes métalliques a un petit côté Freddy Krueger mais travaille encore plus le mental à travers des plans tout droit sortis de cauchemar. En faisant de la demeure familiale un endroit où la peur peut survenir d’une zone d’ombre, de sous le lit, du plafond, le film s’avère aussi terrifiant que Conjuring de James Wan qui nous scotchait sur le fauteuil quand l’ombre d’une porte était l’endroit le plus terrifiant de la maison. Malgré un budget faible qui voit toute l’intrigue se dérouler dans ce huis-clos qu’est la maison familiale, il y a une vraie volonté de travailler l’esthétisme du film et Jennifer Kent ne se gêne pas pour offrir quelques plans tout droits sortis de l’expressionnisme allemand, de la trilogie d’appartement de Polanski ou plus étonnamment des films de Méliès, le Babadook s’incorporant jusque dans la magie du célèbre réalisateur du Voyage dans la Lune.

La photographie est d’une élégance formelle à base de bleus obscurs, de noirs omniprésents et de couleurs très froides en général. Rajoutée à cela, une mise en scène qui passe d’un environnement clinique à quelque chose de bien plus ténébreux. Et que dire de ce travail sur le livre Babadook, composé par l’illustrateur Alexander Juhasz, véritable bijou de terreur. Cette scène où Amelia retrouve le livre est tout simplement une des meilleures du film, tant le livre révèle enfin une terreur insoupçonnée et présage d’une relation destructrice de la mère avec son fils, ou l’inverse. Ce que nous apprend le dénouement du film, c’est qu’au fond Mister Babadook est davantage une métaphore enfouie de la difficulté d’oublier le deuil, le croque-mitaine se terrant dans la cave au milieu des souvenirs du père disparu tragiquement. Il continuera à y loger tant que le deuil n’aura pas été fait mais paradoxalement, la mère et son fils continueront à le nourrir, entretenant le croque-mitaine au sein de la maison, représentation du mental troublé de la mère. Le final est à deux doigts de tomber dans la farce grotesque mais s’avère plutôt démonstratif du traitement psychologique du boogeyman dans le film.

S’attirant une renommée déjà culte dans les festivals par lesquels il est passé, Mister Babadook passionnera les amateurs de films en dehors des standards du genre horrifique. Une telle précision dans l’écriture est à saluer, et même les premiers spectateurs ont cru à cette histoire de Babadook, l’associant à une vieille légende australienne. Huis-clos éprouvant malgré quelques maladresses, on lui pardonnera ces quelques erreurs pour un premier film aussi ambitieux dans le traitement de ses personnages, l’installation réussie d’une ambiance macabre et certains plans de toute beauté. Même s’il était à un cheveu de tout rafler à Gérardmer, Mister Babadook est assurément le vainqueur de cette édition du festival et très certainement l’un des films de genre les plus remarquables de cette année. En reprenant un langage horrifique qui revient aux origines de l’expressionnisme allemand et par la déconstruction de tous ces effets saturés et codifiés du film d’épouvante, Jennifer Kent crie au monde qu’il convient d’apporter un vrai vent de fraîcheur (et d’intelligence) au genre. Pas étonnant que la critique ait été si sensible à cette histoire de croque-mitaine australien.

Fiche Technique: Mister Babadook

Titre originale: The Babadook
Australie
Réalisation: Jennifer Kent
Scénario: Jennifer Kent
Interprétation : Essie Davis (Amelia), Noah Wiseman (Samuel), Hayley McElhinney (Claire)Daniel Henschall (Robbie), Barbara West (Madame Roach), Ben Wispear (Oskar), Tiffany Lyndall-Knight (La Maman du supermarché), Tim Purcell (le Babadook)
Genre: Epouvante-horreur
Durée: 1h33
Image: Radek Ladczuk
Décor: Alex Holmes, Jennifer Drake
Costume: Heather Wallace
Montage: Simon Njoo
Musique: Jed Kurzel
Producteur: Pete Best, Julie Byrne, Kristina Ceyton, Jan Chapman, Jeff Harrison, Kristian Moliere, Jonathan Page, Michael Tear
Production: Causeway Films, Smoking Gun Productions
Distributeur: Wild Bunch
Festival: Prix du Jury, le Prix du Jury Jeunes, le Prix de la Critique internationale et le Prix du Public au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer.
Prix du Meilleur Film d’horreur étranger aux Golden Trailer Awards.

 

 

Fastlife de Thomas Ngijol : Critique du film

Fastlife de Thomas Ngijol : Un premier essai solo inachevé

Franklin Ebagé (Thomas N’Gijol) est un homme immature et arrogant. Il vit encore sur son lointain passé glorieux, ce qui exaspère son amie Pauline (Karole Rocher) et son agent Lionel (Julien Boisselier). Il n’a plus que le soutien de son ami Samir (Yasit Ait Hamoudi), créateur de la ligne de vêtements « Swagg DeBonhommes », qui rencontre autant de succès, que Franklin. Celui-ci se retrouvant avec un seul et unique sponsor, les poulets fermiers Jeno (Olivier Marchal). Malgré tout, il croit toujours en sa capacité à se qualifier pour les JO. Il va se battre pour accéder à son rêve, envers et contre tous.

Après une première réalisation réussie, en binôme avec son ami Fabrice Eboué Case départ. Thomas N’Gijol se lance seul dans l’aventure. Un premier essai moyennement réussi, qui se veut une critique de la starisation excessive, mais se révèle au final, une comédie inoffensive, bien loin de ses prétentions.

Thomas N’Gijol ; révélé par le biais du Jamel Comedy Club, est doué pour la scène, pour les punchlines assassines ou il n’épargne personne. Sa carrière cinématographique est moins réussie. Certes, Case Départ fut une bonne surprise, mais Le crocodile du Botswanga, fut une catastrophe, même si sa performance était sympathique.

Il a choisi d’être seul derrière la caméra, mais pour l’écriture, il s’associe avec Mohamed Issolah, un réalisateur et scénariste de courts-métrages, mais qui comme lui, manque d’expérience. On retrouve le manque de vécu à l’écran. Pire encore, l’exigence qui fait de Thomas N’Gijol, un des meilleurs humoristes actuels, est absente.

La platitude de la réalisation, l’absence de rythme, de personnages secondaires forts et d’un scénario bancal, rend le film quelconque. Une comédie qui ne vit que par le regard pathétique et la mauvaise foi de Thomas N’Gijol, parfois illuminé par la folie d’une scène, comme la rencontre avec Olivier Marchal, ou celle avec Kaaris au studio.

De trop rares moments, qui ne suffisent pas à en faire un film, ni même un sketch, la désastreuse vidéo de rap de Thomas, à peine sauver par une chute de scooter, en est le parfait exemple. L’amateurisme de l’ensemble, d’un casting léger, comme les dialogues, en fait un film du dimanche soir sur TF1.

Faut-il vraiment parler du cas Kaaris ? Artiste minable aux textes aussi insipides, que sa prestation. Il est à l’image du héros. Une comète qui ne fera pas long feu, aussi bien au micro, que devant la caméra. Par contre, on appréciera Olivier Marchal et la folie de son personnage. Un rôle loin des flics torturés qui l’ont fait connaître du grand public. Karole Rocher aussi à contre-emploi, elle aussi cantonné aux rôles de femmes flics physiques. Même si elle reste une femme forte et à son moment violence physique ridicule. Elle est moins convaincante, son couple ne fonctionne pas vraiment avec Thomas N’Gijol, alors qu’ils le sont vraiment hors écran, ça arrive. Yasit Ait Hamoudi, le bon copain bedonnant, mais transparent. Julien Boisselier, l’agent quelconque, n’apporte pas grand chose. On notera le caméo de Fabrice Eboué, qui nous sort sa plus belle tête de con, pour le plaisir de nous faire sourire.

Une comédie banale, loin de l’irrévérence de son auteur, qui semble avoir perdu de sa verve avec le succès. C’est surtout un one man show de Thomas N’Gijol, si on l’apprécie, ça passe tout juste. Mais si ce n’est pas le cas, il vaut mieux éviter de se retrouver devant, au risque de s’ennuyer fermement.

Synopsis : Franklin Ébagé est un athlète franco-camerounais, coureur du 100 mètres. Après avoir décroché une médaille d’argent aux Jeux Olympiques, il y a quelques années, sa carrière bat de l’aile. À 34 ans, il est cependant toujours obnubilé par l’envie de briller à n’importe quel prix.

Fiche technique – Fastline

Fastlife – 2014
France
Réalisateur : Thomas N’Gijol
Scénario : Thomas N’Gijol et Mohamed Issolah
Distribution : Thomas N’Gijol, Karole Rocher, Julien Boisselier, Yasit Ait Hamoudi, Olivier Marchal, Kaaris, Olivia Biffot
Photographie : Michel Amathieu
Musique : Guillaume Roussel
Producteurs : Eric et Nicolas Altmayer
Sociétés de production : Mandarin Cinéma et EuropaCorp
Distribution : EuropaCorp
Durée : 91 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 16 Juillet 2014

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

Une histoire vraie de David Lynch : Critique du film

Critique Une histoire vraie de David Lynch  : Au cœur de l’homme

Synopsis : Comme son titre l’indique, il s’agit bien d’une histoire vraie, celle d’Alvin Straight qui, a soixante-treize ans, après une mauvaise chute, décidé de quitter Laurens, village du nord de l’Iowa, pour retrouver son frère aîné qui vient d’avoir une attaque. Les deux frères sont fâchés depuis dix ans. Malgré son état de santé médiocre et après avoir réfléchi à leur contentieux, Alvin décide d’aller voir Lyle dans le Wisconsin et entreprend un voyage de plusieurs centaines de kilomètres par ses propres moyens. 

Une œuvre de cœur

Une Histoire Vraie tient une place à part, celle du film décalé dans la filmographie de David Lynch. De ces films qu’on revoit avec toute l’affection que l’on a pour une œuvre qui touche au cœur des plus humains sentiments. On tient sans doute ici le plus « normal » des films de Lynch : pas de monstres, pas non plus d’êtres difformes ni d’atmosphère malsaine. Juste une histoire simple, sur d’authentiques habitants de la campagne américaine, un film au plus près de ces gens, de leurs regards, de leurs solitudes et de leurs espérances. Alors tout compte fait, Une Histoire Vraie n’est peut-être pas ce film « normal » pour lequel il se fait passer…

Le vieil homme et sa tondeuse

Car Une Histoire Vraie, c’est avant tout celle d’Alvin, vieillard broussailleux à la barbe neigeuse et aux yeux couleur d’horizon, un vieillard qui va parcourir 563 kilomètres, juché sur le siège d’une tondeuse à gazon (puisqu’il n’a pas le permis), pour aller rendre visite à son frère malade, un frère qu’il n’a pas vu depuis une bonne dizaine d’années. Pour accomplir ce périple, Alvin va devoir passer outre les mises en garde de son entourage et en particulier celles de sa fille Rosie, femme courage, touchante de fragilité et de détermination. En bon road-movie, cette histoire jonchera la route d’Alvin de nombre de rencontres et d’imprévus parfois iconoclastes qui lui permettront d’étancher sa soif de rencontres et de découverte.

Regagner les plaines

On glosera la photographie de Lynch, tout à fait superbe ici, en rappelant qu’il n’est pas si compliqué de filmer de beaux paysages dans les superbes grandes plaines des U.S.A. Mais il ne faut pas oublier que, même s’il s’agit de son premier film du genre, ce réalisateur a déjà fait preuve par le passé d’une vision picturale aiguisée qui transformait chaque plan en peinture de maitre. Ce talent trouve ici son accomplissement. Les couchers de soleil, enflammant les champs de blé, sont d’une beauté stupéfiante, rappelant clairement le travail de Kubrick sur Barry Lyndon. Il n’y a pas c’est vrai, ou alors très peu, de fulgurances de mise en scène, peu de prouesses techniques, mais le film ne s’y prêtait de toute façon pas. Cette œuvre est d’une sobre douceur, un road-movie cheminant à la vitesse d’une tondeuse à gazon, soulignant les contrastes entre cette tondeuse et les camions tonitruants qui doublent Alvin à chaque instant, entre le calme d’un homme vieillissant et la vitesse de la civilisation moderne.

La sagesse rurale

Lynch insiste beaucoup sur ces contrastes entre ces deux « civilisations » qui semblent se côtoyer sans se voir ni se comprendre. Ces villes qui amènent le bruit et la fureur dans des campagnes qui tentent, tant bien que mal, de continuer à vivre au rythme du temps qui passe. Alvin est un sage, un homme qui prend et accepte les choses comme elles se présentent, un homme qui semble n’accorder d’importance qu’à éviter ce qui pourrait faire du mal autour de lui. Un vieillard qu’on sent en bout de course et qui veut accomplir là un dernier voyage en forme de pèlerinage, celui qui le réconciliera avec son frère. Le talent de Lynch est de, pour une fois, ne pas parler des « bouseux » d’une manière condescendante, mais avec toute l’affection qu’on doit à ceux que la communauté oublie dans les endroits reculés du pays.

Des acteurs « possédés »

D’ailleurs, la confusion est grande et permanente entre Alvin et Richard Farnsworth (Josey Wales, Hors-La-Loi, Papillon), son interprète. Rarement acteur sera à ce point entré dans son personnage, tant on se demande qui, de l’acteur ou du personnage, habite l’autre. Lorsqu’on voit évoluer ce grand-père aux yeux tristes et aux rides soulignées de bonté, on ne peut imaginer un instant que Richard Farnsworth ne soit pas exactement le même dans sa vie de tous les jours. Même chose pour sa fille, interprétée par Sissy Spacek (Carrie Au Bal Du Diable, JFK), étonnante en fille affublée d’un bégaiement qui semble venir d’un trop-plein de gentillesse. On l’imagine n’ayant jamais été aimée à sa juste valeur, si ce n’est par ce père qui décidément, semble ne vouloir en faire qu’à sa tête et la rendre folle. Tout ça pour finir le film avec la cerise sur le gâteau, le frère d’Alvin, interprété avec charisme par Harry Dean Stanton (Paris, Texas).

Lynch change et reste lui–même

Une Histoire Vraie surprend, tant il semble déplacé dans le cinéma de Lynch. Pourtant on y retrouve ses univers habituels, parfois loufoques et peuplés de personnages en rupture. Un cinéma qui aurait au fond pour credo de toujours sortir de la norme. Bien sûr, voir que le film est produit par Disney peut surprendre, mais il ne faut pas oublier que, qualité ou pas, Disney investit là où il y a de l’argent à gagner, tant mieux si cela se fait avec un bon film. Finalement, mais avec un thème plus conventionnel, Lynch parvient à créer un univers fantasmagorique, peuplé d’êtres en rupture ou en tout cas à la marge. Il signe un film d’une grande douceur dans son déroulement, mais d’une force évocatrice peu commune sur notre rapport à la mort, à l’espace et au temps qui nous échappe. Nous rappelant (car nous avons tendance à l’oublier) que tant qu’on n’est pas mort, on est bien vivant et, que tant qu’on est vivant, la partie n’est jamais perdue…

Fiche Technique: Une histoire vraie de David Lynch

Titre original: The Straight Story

Nationalité: Américain
Date de sortie: 1998
Réalisateur: Lynch David
Acteurs: Richard Farusworth (Alvin Straight), Jane Galloway Heitz (Dorothy), Joseph A. Carpenter (Bud), Harry Dean Stanton (Lyle Straight, le frère d’Alvin), Sissy Spacek (Rose Straight), Dan Flannery (Docteur Gibbons)…
Genre: Road-movie
Compositeur: Angelo Badalamenti

Auteur de la critique : Freddy M.

 

Fleming : The Man Who Would Be Bond – Critique de la série

Fleming: The Man Who Would Be Bond est un morceau de choix, une série pleine de cette distinction et de ce flegme tout britanniques, une série qui déborde de la noblesse de cette bourgeoisie londonienne au milieu de laquelle semblait déambuler Ian Fleming, l’auteur dont on commence à oublier qu’il est le père de James Bond, depuis que ses romans ne servent plus de base aux adaptations cinématographiques des aventures de 007. Cette série est assez bienvenue, en sauvant de l’oubli celui qui fit de sa vie un roman, aussi bien à l’écrit qu’en réalité, tant il semble qu’il était incapable de ne pas inventer même sa propre existence.

Synopsis : Le parcours de Ian Fleming, ancien officier de l’intelligence navale britannique devenu l’auteur des romans consacrés à l’agent 007 James Bond…

Dr Fleming & Mr Bond

La vie rêvée de Fleming

On se moque en fait, de savoir si cette série est une réussite, tant on est pris par l’enjeu, voir adaptée à l’écran la vie (du moins une partie) de celui dont on dit qu’il a truffé son œuvre de détails authentiques. L’ambiguïté est permanente, qui de Bond ou Fleming est un personnage de fiction ? Au cours des quatre épisodes, on découvre un Fleming tour à tour séducteur à tendances sadomasochistes, adepte de vodka-martini au shaker (pas à la cuiller), propriétaire d’une villa à la Jamaïque appelée Goldeneye, devenu commandant aux services secrets de Sa Majesté et affublé d’une secrétaire d’âge mûr nommée Monday, avec laquelle il pratique le jeu délicieux de la séduction. Toute ressemblance avec un personnage n’ayant jamais existé ne serait pas fortuite. Tout l’univers de Bond : personnages, situations, noms et caractères se retrouvent dans sa vie. Fleming était un électron libre, fâché avec la hiérarchie et qui se moquait du règlement mais qui, au contraire de son héros, n’est quasiment jamais allé sur le terrain, à son grand désespoir.

The Spy Who Loved Me

Sa vie semble avoir été presque aussi passionnante que celle de 007, en pleine Seconde Guerre Mondiale ; il met son imagination (déjà fertile) au service de la reine et des services secrets de la Royale Navy. La reconstitution est d’ailleurs à saluer : décors criants de vérité, mœurs bourgeoises pleines de fourberie aristocratique alternent avec les alertes à la bombe. On prête beaucoup d’exploits à Fleming, mais combien en a-t-il inventés ? Au début on le croit sans peine, puis on se rappelle l’écrivain et on se demande à quel point il aurait pu romancer sa vie mais ce qui ressort, c’est qu’on comprend à quel point James Bond est son double, celui qu’il aurait rêvé d’être dans une autre vie, celui dans lequel il a jeté toutes ses frustrations, dues en partie à une mère castratrice et autoritariste.

Cooper est Fleming

Les Anglais semblant tenir à la qualité de leurs productions audiovisuelles, n’ont pas mégoté sur la qualité du casting, donnant le rôle de Fleming à Dominic Cooper (Need For Speed, Captain America) britannique et imbuvable à souhait, Rupert Evans (Un Monde Sans Fin) et dans le rôle de Monday, Anna Chancellor (How I Live Now). Mais on reste marqué par Lara Pulver, parfaitement venimeuse dans cette relation d’amour et de haine qu’elle entretien avec Fleming et troublante par ses faux airs de Jodie Foster. Le casting est so british, l’accent anglais est superbe et racé, la série doit énormément à la qualité de ses interprètes.

Fleming, plus Bond que Bond

C’est finalement la mise en scène, la musique et la narration qui sont les plus troublantes, semblant glisser au fil des quatre épisodes vers l’ambiance des premières adaptations de Bond à l’écran. On finit par se laisser prendre avec délice dans le tourbillon de la guerre, par Fleming qui semble incarner à l’écran le 007 qu’il créera par la suite. Fleming semble jouer Bond lui-même, convaincu semble-t-il que s’il prend les choses trop au sérieux, la vie ne pourra que le décevoir. Le format en quatre épisodes semble le meilleur choix, ne reprenant qu’une partie de la vie de Fleming, nous épargnant naissance, mort et permettant d’apporter de la densité au sujet sans jamais ennuyer.

Imaginer ses désirs

On finit passionné par une vie si complète d’un auteur qui verra son personnage survivre à la plus longue franchise de l’histoire du cinéma. On comprend à quel point Fleming s’est investi dans Bond et à quel point Bond s’est investi en Fleming : deux faces d’une même médaille qui montra un jour son revers. Fleming écrivain des aventures de Bond mais avant tout, Fleming écrivain de sa propre vie. Dans le quatrième épisode, on l’entend dire que les choses ne se passent jamais comme on les imagine, peut-être est-ce pour ça qu’il a un jour décider d’imaginer les choses telles qu’il voulait qu’elles se passent.

Fiche technique – Fleming: The Man Who Would Be Bond

Réalisateur: Mat Whitecross
Écrit par: John Brownlow et Don Macpherson
Origine de la série: Britannique – BBC America mini-série de 4 heures
Genre: Drame
Acteurs: Dominic Cooper (Ian Fleming), Lara Pulver (Ann O’Neill), Annabelle Wallis (Muriel Wright), Lesley Manville (Evelyn Fleming), Anna Chancellor (Second Officer Monday), Samuel West (Rear Adm. John Godfrey), Rupert Evans (Peter Fleming) and Camilla Rutherford (Loelia).
Compositeur: Ilan Eshkeri

Auteur de la critique : Freddy M.

 

La Planète des singes : L’Affrontement, un film de Matt Reeves : Critique

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La Planète des Singes a toujours été une saga cinématographique très appréciée du grand public. Il faut savoir que cette saga trouve son inspiration dans le roman français du même nom de Pierre Boule. En 1968, l’adaptation du livre par Franklin J. Schaffner a véritablement bouleversé le genre science-fiction et anticipation. Fort d’un immense succès public et critique, quatre suites ont vu le jour, presque toutes dispensables.

Synopsis: Une nation de plus en plus nombreuse de singes évolués, dirigée par César, est menacée par un groupe d’humains qui a survécu au virus dévastateur qui s’est répandu dix ans plus tôt. Ils parviennent à une trêve fragile, mais de courte durée : les deux camps sont sur le point de se livrer une guerre qui décidera de l’espèce dominante sur Terre.

Un remake est pensé dans les années 80, puis proposé à de très nombreux réalisateurs dans les années 90 avant de tomber dans les mains de Tim Burton au début des années 2000. Malgré des effets spéciaux épatants pour l’époque, cette réadaptation est médiocre et les critiques sont unanimes pour qualifier la déception du film. La version de Tim Burton est néanmoins un immense succès commercial et la Fox croit toujours en sa saga, prenant 10 ans avant de remettre sur pied, une réadaptation contemporaine des plus innovantes. Sous la direction de Rupert Wyatt, cette préquelle est une réussite tant sur le plan visuel que sur le plan scénaristique, installant une nouvelle mythologie et une vraie humanité au sein d’un film terriblement brûlant (critique acerbe à l’encontre de la science). Le Commencement est une immense réussite commerciale et, surtout pour la Fox, profite d’un excellent accueil critique ce qui lui permet de lancer sereinement une suite. Pas si sereinement pour Wyatt qui juge les délais trop courts et laisse donc sa place à un sympathique Yes Man en la personne de Matt Reeves (Cloverfield, Laisse-moi entrer). Avec un tel réalisateur qui pouvait s’avérer assez malléable par les studios, sans compter l’absence du casting d’origine hormis Andy Serkis, on doutait fortement du potentiel de cette suite. A tort, L’Affrontement est une excellente suite, supérieure au premier volet et dotée d’une technologie pour animer les singes tout simplement bluffante

Ape escape

Dix ans ont passé depuis les événements du Golden Bridge à San Francisco, l’humanité n’est plus ce qu’elle était à la suite d’un virus, né de l’inconscience des scientifiques après des essais sur les singes, qui a décimé une majorité de la population mondiale. La Planète des Singes : L’affrontement s’ouvre sur le regard de César, alias Andy « Motion Capture Man » Serkis, à l’allure d’un conquérant et prêt à tout pour le bien de sa tribu. Ne-serait-ce que de nom, difficile de ne pas sous-entendre le rapport à l’empereur César qui a emmené ses romains à la conquête de l’Europe, mais au fur et à mesure de l’intrigue, César se rapproche d’une certaine sagesse qui ferait penser à Nelson Mandela. Trahi et blessé par les humains, il n’en reste pas moins un singe doté d’une certaine intelligence et d’un pardon exemplaire à l’encontre de cette espèce qui ne le considère comme un vulgaire macaque. Leader et réfléchi, César est en permanence dans la réflexion pour déterminer ce qui peut s’avérer être le mieux pour sa communauté et celle des humains désemparés. S’il ne devait y avoir qu’une raison pour aller voir La Planète des Singes : L’affrontement, il s’agit bien de César et de sa communauté de singes bien plus mise en avant que dans le premier opus, qui laissait l’humanité faire face à ses conséquences. Aussi bien sur le plan visuel que sur le plan intime, cette communauté de singe est le gros point fort de ce film qui trouve le ton juste pour décrire une société naissante. En parallèle, les humains se relèvent doucement de la décimation de la population mondiale et n’espèrent plus qu’une chose, retrouver le feu de l’Homme du XXème siècle, l’électricité. Haineux envers les singes qu’ils tiennent pour responsable du virus, l’homme ne fait pas réellement preuve de la même sagesse que les singes et sont prêt à entrer en guerre pour récupérer leur dû, et au fond récupérer leur statut d’espèce dominante.

Depuis le début de la promotion, Matt Reeves a déclaré n’avoir jamais voulu faire un film manichéen qui opposerait les humains aux singes, et chaque personnage -même les plus détestables- a ses raisons pour agir comme il le fait dans le film. Si ses scénaristes tombent parfois dans la caricature outrancière aussi bien chez les humains que chez les singes, il faut reconnaître que le ton du film est bien plus humaniste que dans le premier volet. Une profonde poésie émane de ce film, notamment dans son introduction somptueuse où l’on découvre véritablement la vie en communauté de ces singes, leur joie, leur déception et la sagesse dont ils font preuve avec cet orang-outan immense, éduquant les petits derniers au principe de la vie en communauté. Nouveau père au moment du tournage, Matt Reeves a très rapidement fait le lien de sa propre vie avec César, à travers l’évolution verbale et psychologique de ses enfants. C’est ce qui tend à plus de justesse dans l’intrigue et nous amènera tristement à une cohabitation impossible avec les humains. C’est là tout l’enjeu du film, cette confrontation inévitable entre deux espèces si proches et si égocentriques à la fois, les singes n’apprenant pas des hommes et faisant preuve des mêmes erreurs. Quand l’une souhaite conserver sa suprématie mondiale, l’autre cherche à se venger de l’affront des humains à l’encontre des singes. Vrai message sur la condition humaine, le film de Matt Reeves pose d’intéressantes réflexions sur le communautarisme, le pardon, la famille, la tolérance, la conquête et montre des intentions bonnes et mauvaises aussi bien chez les humains que chez les singes.

Malgré toutes ses bonnes qualités, La Planète des Singes : L’affrontement n’en reste pas moins irréprochable. Au profit d’une contemplation et d’une immersion dans la communauté des singes qui ravira les cinéphiles par sa poésie, le film souffre d’un cruel manque de rythme, de séquences d’action marquantes et de nombreuses longueurs. En dépit de l’attaque de San Francisco ou du duel final à la « Tour des Humains », ce second volet prend le temps de placer son contexte et d’instaurer une vraie tension avant un final qui nous amène de plus en plus à l’origine-même du film de Franklin J. Schaffner. Film efficace mais qui, à l’instar de Godzilla cette année, trompera les attentes d’un public trop peu habitué à ce long parti-pris contemplatif. Le film ne s’avère pas être un produit pour les enfants et tend davantage à impliquer plus d’enjeux dramatiques, de psychologie et de résonances contemporaines. L’Affrontement est un vrai film mature. On notera que, contrairement à certains films récemment, la 3D ici est plus que dispensable. De plus, à force de vouloir concentrer l’action sur les singes, les humains s’avèrent plutôt négligés et Jason Clarke dans son premier grand rôle ne sauvera pas les meubles avec sa performance relativement discrète du film. Ni lui, ni Gary Oldman (plutôt absent du film), ni le dispensable Kodi Smit-McPhee ne font preuve de la même émotion que dégageait James Franco dans le précédent film. On saisit rapidement les états d’esprit et les attentes des humains mais ces derniers sont trop vite survolés et on ne garde à l’esprit que l’image de « sauvages réfléchis » prêt à tout pour retrouver une certaine forme de confort (ou de matérialisme) à travers l’électricité. Finalement, le seul acteur qui porte véritablement le film est paradoxalement celui dont on ne voit jamais le visage.

Justement, L’Affrontement repousse encore plus loin les limites de la motion capture et des effets spéciaux bluffants. Reconnaissons à César ce qui est à César par le biais de cette performance monstrueuse d’Andy Serkis mais n’oublions pas que des centaines de personnes ont travaillé pour rendre chaque poil de ces primates aussi réaliste que possible. Les rides sur le visage de César est une image absolument époustouflante, et il se dégage de ce seul visage, une conviction, une colère, une puissance de feu qui émanera de ce personnage tout le long du film. WETA confirme son savoir-faire dans la modélisation des visages et des mouvements de tous les personnages, un peu moins dans la séquence de la tour plus brouillonne. Mais qu’à cela ne tienne, cette suite s’affirme sans mal comme une avancée majeure en terme de langage visuel. Alors que le premier opus voyait une très grosse majorité de son intrigue être tournée en studio, les costumes de motion capture n’étant pas adaptable au terrain, ici L’Affrontement est presque entièrement tourné dans des décors extérieurs. Une prouesse technologique révolutionnaire grâce aux évolutions apportées aux costumes qui peuvent être désormais « maltraités » dans les environnements extérieurs. Le talent de tous les informaticiens, animateurs et simulateurs font le reste par ordinateur pour les raccords, les ajouts et opérer ainsi une réussite formelle sur le plan visuel. WETA confirme son expérience inégalable et se pose comme l’un des musts de la performance capture dans le monde. Des petits gars qu’il convient logiquement de saluer honorablement.

La Planète des Singes : L’affrontement est donc une excellente suite et la Fox a eu raison de croire au potentiel de cette saga, tant les thématiques du film sont d’une intelligence et d’une audace rare dans ce genre de produit formaté. Malgré quelques erreurs de parcours, l’intrigue de cette suite est d’une humanité, d’une poésie, d’une émotion et d’une intelligence très appréciable. L’Affrontement est très certainement la meilleure séquelle depuis The Dark Knight. Un troisième opus est logiquement sur les rails et on apprend que Matt Reeves sera à nouveau à sa tête. Une bonne nouvelle qui confirme la réussite du film et la toute-confiance des studios. De ce troisième volet se dégage déjà une vraie volonté de la part de la Fox de suivre l’évolution des singes avec des groupes d’humains différents. Pas sûr que Jason Clarke et sa bande reviennent mais tant mieux, l’approche n’en sera que plus focalisée sur les singes, l’essence-même de cette trilogie. Si Les Gardiens de la Galaxie risque de s’avérer être l’un des blockbusters les plus funs de l’été, La Planète des Singes : L’affrontement sera alors l’un des blockbusters intelligents de l’été, voire de l’année. Une excellente séquelle qu’il serait fort dommage de manquer.

La Planète des Singes : L’Affrontement : Bande-annonce

La Planète des singes : L’Affrontement : Fiche Technique

Titre original: L’Affrontement (Dawn of the Planet of the Apes)
Réalisation: Matt Reeves
Scénario: Mark Bomback, Scott Z. Burns, Rick Jaffa, Amanda Silver
Interprétation: Andy Serkis (César), Toby Kebbell (Koba), Gary Oldman (Dreyfus), Jason Clarke (Malcolm), Kevin Rankin (McVeigh), Kirk Acevedo (Carver)…
Genre: Science-fiction, action
Durée: 2h11
Budget:120 000 000 $
Image: Michael Seresin
Décor: Melissa Bruning
Costume: James Chinlund
Son: Will Files
Montage: William Hoy, Stan Salfas
Musique: Michael Giacchino
Producteur: Peter Chernin, Dylan Clark, Rick Jaffa, Amanda Silver
Production: Chernin Entertainment
Distributeur: Twentieth Century Fox France

Etats-Unis – 2014

*A noter la très bonne initiative du CGR Méga Kiné de Freyming-Merlebach (Moselle) qui, à l’occasion de l’avant-première, a mis en place devant son cinéma des carcasses de voiture, des tonneaux de feux, et embauchés toute une bande d’amis pour se déguiser en singes et soldats. Toute une mise en scène apocalyptique.  Remarquable quand on sait que l’audace de cette animation ne provient pas de la 20th Century Fox mais bien du cinéma.

 

 

Lost Highway de David Lynch : Critique du film

Lost Highway : Le ruban de Möbius ou l’art du mystère 

Peut-on apprécier un film sans en comprendre le scénario ? Peut-on se perdre dans les méandres d’une œuvre labyrinthique, de son plein gré, et en ressortir soufflé par une expérience cinématographique hors normes ? La réponse ne sera pas la même pour tout le monde. Mais, pour ceux qui sont prêts à tenter l’aventure, bienvenue dans le monde tentaculaire de David Lynch.

Lost Highway, s’il fallait le résumer, c’est l’histoire de Fred Madison, un saxophoniste de jazz, qui soupçonne sa femme Renee de le tromper. Lorsque celle-ci est retrouvée morte, il est accusé du crime et condamné à la peine capitale. En prison, il se transforme en un autre homme Pete Dayton, garagiste sans histoires. Libéré, il fait la rencontre d’Alice Wakefield, sosie de Renee Madison, et se retrouvera confronté au gangster Dick Laurent. Tout cela sous l’œil vigilant d’un mystérieux homme en noir.

Déjà mal au crâne ? Et encore, ce résumé ne tient pas compte de la façon dont les deux histoires se croisent, se télescopent, s’interpénètrent, et de leur temporalité éclatée. Le film se termine ainsi au moment exact où il débute, sur le palier de Fred Madison. La structure du film peut être assimilée à un ruban de Möbius, cet anneau qui n’a ni début ni fin. Lynch lui-même se plaît à entretenir le mystère, se gardant bien de donner une explication définitive, qui ruinerait probablement l’intérêt du film.

Il existe probablement autant d’interprétations que de spectateurs, et la subjectivité joue un rôle essentiel dans la façon dont sera apprécié ce film, cette expérience même. Quittons donc ces basses tentatives d’expliquer ce qui ne peut l’être, et concentrons-nous sur l’aspect purement formel. Lynch nous offre là une œuvre intense, puissante, tirant parti d’un sens du cadre léché, d’une photographie magnifique et, surtout, de ce qui fait tout le sel de sa filmographie depuis ses débuts, une mise en scène sonore travaillée. Chaque détail, chaque grincement, chaque chuchotement ou porte qui claque est un détail minutieusement placé, et les chansons hypnotiques et répétitives rythment cette partition, naviguant avec élégance entre jazz et métal.

La photographie du film, comme celle de son successeur Mulholland Drive, est un véritable chef d’œuvre, et participe grandement à l’atmosphère étouffante ressentie tout au long du récit, particulièrement dans la première partie. Le technicien en Lynch ressort à travers un choix de focales et de cadrage habile. La scission qu’il opère, au milieu du film, est ainsi mise en relief. Des cadrages serrés et anxiogènes, on passe à des angles de prises de vue plus large, avec une profondeur de champ augmentée. La première partie du film renvoie parfois à l’expressionnisme allemand des années 20, ses angles accentués par des zones d’ombres découpées, et l’inquiétante étrangeté qui en émane. La seconde est beaucoup plus réaliste, ce qui n’empêche pas des fulgurances obscures de faire apparition de temps à autre. Deux univers semblent constamment en balance, luttant pour la possession de l’autre, s’interpénétrant à l’occasion.

Il faut replacer l’œuvre dans le contexte de la filmographie de Lynch. Le réalisateur sort d’une traversée du désert de cinq ans, après l’arrêt forcé de sa série Twin Peaks, conclue par le film Fire, walk with me. Son image était sérieusement écornée depuis sa Palme d’or à Cannes en 1990 avec Sailor et Lula. Ce film constitue à la fois son retour en force et son testament cinématographique. Il contient toutes ses obsessions, la quintessence de son art. On peut y voir à la fois le pouvoir du metteur en scène, à travers l’homme en noir, mais aussi les troubles de l’identité que cette omniscience peut provoquer.

Mulholland Drive, qui le suivra quatre ans plus tard, reprend d’ailleurs ces thèmes, de façon plus explicite encore. Ce dernier connaîtra d’ailleurs un succès bien plus conséquent, rapportant à son auteur un prix de la mise en scène à Cannes et asseyant son statut de réalisateur ultra-talentueux aux idées troubles. Mais c’est bien Lost Highway, pourtant bien plus opaque, qui constitue le pic de la carrière de Lynch, un film dans lequel se retrouvent à la fois son talent de technicien et ses obsessions d’auteur. Que l’on aime ou déteste, que l’on se perde dans ses méandres ou que l’on reste sur le pas de la porte, Lost Highway ne laissera personne indifférent.

Synopsis : Fred Madison, saxophoniste, soupçonne sa femme, Renee, de le tromper. Il la tue et est condamné à la peine capitale. Le film raconte l’histoire de cet assassinat du point de vue des différentes personnalités de l’assassin lui-même.

Interdit aux moins de 12 ans

https://www.youtube.com/watch?v=jFlLTMYd_98

Fiche Technique: Lost Highway

États-Unis – 1997
Réalisation: David Lynch
Scénario: David Lynch, Barry Gifford
Interprétation: Bill Pullman (Fred Madison), Patricia Arquette (Renee Madison et Alice Wakefield), Balthazar Getty (Pete Dayton), Robert Loggia (Mr Eddy et Dick Laurent), Robert Blake (l’homme-mystère), Natasha Gregson Wagner (Sheila), Gary Busey (Bill Dayton)…
Durée: 2h09
Image: Peter Deming
Montage: Mary Sweeney
Musique: Angelo Badalamenti
Producteur: Deepak Nayar, Tom Sternberg, Mary Sweeney
Editeur: MK2

Auteur de la critique : Mikaël Yung