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Halt & Catch Fire, Saison 1 – Critique de la série

Critique Halt & Catch Fire

Synopsis : Au cœur des années 80, au Texas, un visionnaire, un ingénieur et un prodige spécialisés dans la micro-informatique confrontent leurs inventions et innovations aux géants de l’époque. Leurs relations sont alors mises à rude épreuve, entre convoitises, jalousies et crises d’ego.

Du génie à la folie

Joe MacMillan (Lee Pace) débarque dans une petite entreprise texane, Cardiff Electric, dirigé par John Bosworth (Toby Huss), pour créer un ordinateur capable de concurrencer le géant IBM. C’est un visionnaire, guidé par le besoin de tuer le père, un ponte d’IBM, lui-même étant un ancien cadre de cette multinationale, qui a disparu durant un an. Le choix de Cardiff Electric, n’est pas anodin, il veut tirer la quintessence d’un génie qui vit dans l’échec de sa seule œuvre informatique, Gordon Clark (Scoot McNairy), qui a failli le mener à la folie et détruire son mariage avec Donna Clark (Kerry Bishé). Joe McMillan injecte du sang frais, en ramenant Cameron Howe (Mackenzie Davis), une jeune femme surdouée en informatique, au caractère bien trempé et convoitée par diverses firmes. L’association de ce trio improbable, doit mener à la création d’un ordinateur innovant et capable de concurrencer IBM, au risque de sacrifier l’esprit de chacun et Cardiff Electronic, pris en otage par la folie de Joe McMillan.

En associant les années 80 avec l’informatique, les créateurs Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers, surfent sur la nostalgie d’une époque revenue à la mode, en attestent les sorties de Ping Pong Summer ou Les Gardiens de la Galaxie, et un outil qui est devenu incontournable au 21ième siècle, déjà traité sous le ton de la comédie dans l’excellente série d’HBO Silicon Valley.

La série repose sur un trio de personnages aux personnalités contrastées. Lee Pace use de son charisme, de son manque d’empathie pour mener à bien son projet. Un homme mystérieux et manipulateur, qui n’a ni morale, ni limites. Scoot McNairy est un artiste fragile, qui tente d’oublier son échec dans un travail ennuyeux, pour ne pas perdre la femme de sa vie, Kerry Bishé. Mackenzie Davis, jeune et donc rebelle, ne vit que pour sa passion de l’informatique, loin des conventions, tout en entamant une romance avec Lee Pace. Au cours du récit, le trio va devenir un quatuor, Kerry Bishé prenant de plus en plus d’importance dans la création de cet ordinateur, qui devient une obsession pour les deux hommes, flirtant avec la folie et l’autodestruction.

Le plaisir de suivre l’évolution des rapports entre ces personnages atypiques, est la principale qualité de la série. En se focalisant sur un trio, le casting n’avait pas droit à l’erreur. Là aussi, c’est réussi avec Lee Pace en leader, bien loin de son personnage dans Pushing Daisies. Il revient dans un rôle sombre, ou ses faux-airs de John Cusack et sa grande carcasse font merveille. En opposition, Scoot McNairy avec son frêle physique, sa barbe et sa situation familiale stable, en apparence. Un génie au rêve brisé, retrouvant de sa splendeur au contact de Lee Pace, pour le meilleur et le pire. Mackenzie Davis, au physique androgyne, des airs de Robin Wright avec sa blondeur, en contradiction avec la noirceur de Lee Pace et Scoot MacNairy. Elle est encore naïve, n’a pas encore été confrontée au monde du travail et à son vice. Elle est le rayon de soleil, mais pas une victime. Chacun a sa personnalité, mais surtout, un fort caractère.

La réalisation est simple, parfois trop, pour donner un peu plus le sentiment d’être dans les années 80. Heureusement, l’interprétation, l’intrigue et les dialogues rendent l’ensemble captivant. Les rapports entre les personnages devenant plus important que la construction de cet ordinateur, qui doit changer leurs vies et le monde.

Le couple Scoot MacNairy/Kerry Bishé est le plus intéressant. Il a déjà failli imploser, par la faute de celui-ci. Cette nouvelle aventure, va encore mettre à mal leur famille. La folie n’étant jamais très loin, ni les tentations. On se passionne pour ses parents de deux adorables jeunes filles.

Lee Pace et Mackenzie Davis forment un couple improbable, aussi instable, que lui se montre détestable. Derrière leurs masques, se cachent des douleurs et une fragilité insoupçonnée. La complexité des personnages est en osmose avec les différents obstacles et rebondissements, qui doit mener à la réussite de leur entreprise. Rien ne sera simple pour eux. Comme toute œuvre née d’un esprit torturé, cela se fera dans la douleur, au prix de nombreux sacrifices.

Malgré de bonnes notes et des critiques élogieuses, la série n’a pas rencontré son public. On reste suspendu à la décision d’AMC de renouveler celle-ci pour une seconde saison, au risque de nous laisser sur notre faim, sans nous offrir un dénouement digne de la qualité de cette série originale et captivante.

Fiche technique – Halt & Catch Fire, Saison 1

Halt & Catch Fire
USA – 2014
Créateurs : Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers
Réalisateurs : Juan José Campanella, Jon Amiel, Ed Bianchi, Larysa Kondracki, Karyn Kusama, Terry McDonough, Johan Reck et Daisy Von Sherler Mayer
Scénaristes : Jamie Pachino, Jason Cahill, Dahvi Waller, Zack Whedon et Jonathan Lisco
Casting : Lee Pace, Scott McNairy, Mackenzie Davis, Kerry Bishé et Toby Huss
Production : Christopher Cantwell, Christopher C. Rogers, Jonathan Lisco, Mark Johnson et Melissa Bernstein
Chaîne de diffusion : AMC
Saison : 1
Nombre d’épisodes : 10 de 42 minutes

Auteur de la critique: Laurent Wu

 

 

Nos étoiles contraires, un film de Josh Boone : Critique

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Nos étoiles contraires : « Okay, Okay » ou la magie de l’instant

Il ne faut pas être effrayé par le synopsis. L’amour et le cancer frappant simultanément une jeunesse pleine d’espoir, n’est certes pas une thématique aisée à aborder. Mais Nos étoiles contraires de Josh Boone [i], est une œuvre gracieuse et poétique, un hymne à l’amour et à la vie, une ode à la ténacité de l’espoir, avec une touche d’humour parfaitement dosée. C’est le genre de film qui travaille l’esprit durablement. Une histoire universelle faite pour les amoureux du 7ème art, qui appréhendent avant tout le cinéma comme pure émotion.

Fidèlement adapté de la célèbre nouvelle éponyme de John Greene (The Fault in Our Stars, 2012), et réunissant à nouveau les deux talentueux scénaristes de (500) Days of Summer (2009) et The Spectacular Now (2013), Scott Neustadter et Michael H. Weber, Nos étoiles contraires est indéniablement une belle réussite. Josh Boone parvient ici parfaitement à s’affranchir des codes de la comédie romantique hollywoodienne classique, afin de donner à voir le vrai, de saisir la magie de l’instant. Nous croisons ces deux adolescents qui s’entraident et évoluent ensemble, malgré l’absurde de la maladie, et c’est bien plus romantique que des promesses universitaires d’amour éternel au soleil couchant !

Le réalisateur aborde cette merveilleuse romance, sans misérabilisme, sans mièvrerie, mais avec un profond réalisme, et une subtilité, une pudeur, dignes des plus grands. Les personnages ne sont jamais complètement des héros stoïques ou tragiques. Josh Boone met d’abord en lumière, leur profonde humanité : leurs espoirs, leurs craintes, leurs humiliations, leur colère, la façon dont ils vont apprendre à vivre tout en sachant qu’ils vont mourir. C’est ainsi que Nos étoiles contraires trouve le ton juste.

Bien évidemment, la grande force du film réside dans la complicité d’un duo d’acteurs exceptionnelsAnsel Elgort, au visage angélique, campe un Augustus idéal et charismatique, à la fois sensible, taquin et attentionné, la sorte d’ado qui met une cigarette entre ses lèvres mais jamais ne l’allume, une métaphore gestuelle pour indiquer qu’il crache dans les yeux de la mort. C’est assurément un acteur à suivre, une étoile montante. Son alchimie à l’écran avec Shailene Woodley est évidente (ils sont déjà frère et sœur dans l’aventure dystopienne Divergente cette dernière s’est également distinguée dans The Spectacular Now et The Descendants). Shailene campe une Hazel épatante, une jeune femme d’abord solitaire, fragile et résignée, qui va peu à peu céder et se laisser emporter par la douceur irrésistible de cette romance. Elle a bien fait de se battre pour décrocher le rôle [ii]; il pourrait lancer véritablement sa carrière. Les personnages secondaires délivrent eux aussi une interprétation authentique : Nat Wolff (Isaac) est une pièce maîtresse de la distribution, et révèle à de nombreux moments un talent irrésistiblement comique et salvateur, afin de dédramatiser l’ensemble. Laura Dern (Mrs Lancaster), est une mère touchante et déchirante, au visage transfiguré à l’écran. Enfin, Willem Dafoe est parfait dans le rôle de l’écrivain reclus, détestable et alcoolique, Peter Van Houten.

Nos étoiles contraires est la grande surprise du box-office américain et a su toucher l’AmériqueCar c’est une histoire universelle, une magnifique histoire d’amour et d’amitié, au climat émotionnel intense à chaque instant, ponctuée par quelques chansons pop rock bien senties. Cet univers à la fois réaliste et onirique, aux splendides moments de vie comme des temps suspendus, aux nombreux flashbacks, aux sms flottants sur l’écran, aux œufs vengeurs s’écrasant sur les façades, révèle la pureté et le réalisme d’une romance prodigieuse, d’une Love Story moderne et sublimée, qui procurera assurément au spectateur un rire mêlé de larmes, un instant d’émerveillement.

Synopsis : Hazel Grace et Gus sont deux adolescents hors-normes, partageant un humour ravageur, le mépris des conventions et un amour qui les entraîne dans un voyage inoubliable, littéraire et initiatique, à Amsterdam. Leur relation est elle-même miraculeuse, étant donné qu’ils se sont rencontrés lors d’un groupe de soutien pour les malades du cancer.

Fiche technique – Nos étoiles contraires

Titre original : The Fault in our Stars
Réalisation : Josh Boone
Scénario : Scott Neustadter et Michael H. Weber d’après le roman Nos étoiles contraires de John Green
Interprétation : Shailene Woodley, Ansel Elgort, Nat Wolff, Willem Dafoe, Laura Dern…
Direction artistique : Gregory A. Weimerskirch
Décors : Merissa Lombardo
Costumes : Diane Collins
Photographie : Ben Richardson
Montage : Robb Sullivan
Musique : Katrina Schiller
Production : Wyck Godfrey et Marty Bowen
Société(s) de production : Temple Hill Entertainment
Société(s) de distribution : Fox 2000 Pictures
Budget : 12 millions de dollars
Pays d’origine : États-Unis
Format : Couleurs – 35 mm – 2.35:1 – Son Dolby numérique
Genre : Romance Drame
Durée : 2h05
Dates de sortie : France : 20 août 2014

The Shield saison 1-7 : Critique de la Série

Fange et Vic, Mackey des Anges

Los Angeles, commissariat de Farmington. « The Barn ». Ses bons éléments, ses brebis galeuses. Ses coups de filets, ses coups fumants aussi. Gangs, trafic de drogue, prostitution, tueurs en série, violeurs, indics, interrogatoires, perquisitions, interventions musclées, magouilles politiques et autres arrangements entre mafias ou cartel et quelques membres de la police. Et une chasse aux sorcières qui commence au sein même du commissariat, après que Mackey et les siens se soient aventurés en terrain boueux…, plus glissant qu’à l’accoutumée tout du moins. Vaguement inspiré par une affaire de corruption au sein du LAPD, The Shield, c’est avant tout une ville, une multitude d’enquêtes et d’embrouilles. Tout un programme.

La fin justifie-t-elle les moyens ? Un dérapage, un con trop laid: Vic Mackey « on top of the world ». Pour toujours ? Michael Chiklis plus crédible que quiconque en leader de la « Strike Team », brigade de choc en lutte (?) contre les gangs et la drogue. Expéditif comme personne, et efficace, mais à quel prix ? Une descente, pas forcément celle que l’on croit. Un goulot, pas forcément celui que l’on croit. Heureusement, l’homme a de la bouteille, et il est aidé par trois gaillards ralliés à sa cause: Shane Vendrell, son disciple impulsif, parfois incontrôlable (Walton Goggins impressionnant). Une relation très forte. Curtis Lemansky dit « Lem », sans doute le plus sensible et humain au début de l’aventure (Kenny Johnson impeccable et touchant), et enfin Ronnie Gardocki, le plus discret (David Rees Snell sobre mais bel et bien présent).

Ce qui frappe d’emblée, outre l’aspect visuel brut de décoffrage et la qualité d’interprétation, c’est la manière dont la série de Shawn Ryan joue avec nos émotions. Vous détestez un personnage dès le début de la première saison ? Sachez que vous risquez de l’adorer par la suite. L’inverse est valable également. Les motivations de chacun sont telles qu’il est difficile de ne pas s’attacher à tel ou tel personnage, voire à tout le cast. A un moment donné, tout le monde se retrouve devant un, voire plusieurs choix difficiles. Une décision et ses conséquences, pour l’intéressé comme pour son entourage. Car dans « The Shield », il y a aussi une vie en dehors du commissariat. Parfois, la situation est désespérée et entraîne une action extrême, on se dit alors que l’on vient de consommer le divorce avec ledit personnage. Souvent, on se trompe.

Pas d’introduction à chaque épisode, à peine un jingle. Un générique de fin brutal, fait de cris et de riffs ravageurs, couplés à des sonorités hip hop. La rue, la violence, simple, direct (dans la face), tout y est. Au fil des saisons, légèrement inégales mais de haute tenue quoiqu’il en soit, l’on se rend compte du remarquable travail au niveau de l’écriture. Les événements s’imbriquent parfaitement. Les premières saisons construisent, les trois dernières détruisent. Elles s’enchaînent à vive allure vers un chaos et une noirceur sans pareil. Il est juste regrettable de voir venir l’un des éléments clés de l’intrigue à des kilomètres, mais inutile d’en dire plus, on pardonne volontiers, et pour cause: même en m’attendant à la suite des événements, l’impact a été tout aussi fort, car superbement amené et mis en scène, sans concessions.

Enfin, il y a tant de choses à dire sur la distribution. Tout au long de la série, on découvre de nouvelles facettes de la personnalité des différents protagonistes. La Strike Team d’une part, chaque membre de l’équipe prenant de l’importance à un instant du récit. Outre la percutante équipe de Mackey, que dire du duo Wyms/Wagenbach (magnifiques CCH Pounder et Jay Karnes), du Capitaine Rowling (Glenn Close au poil), de Kavanaugh (Forest Whitaker impérial), d’Antwon Mitchell (étonnant Anthony Anderson), d’Aceveda, de Julien, de Danny, d’Olivia Murray, de Gilroy, de Billings, sans parler des différentes familles (Corrine, Mara, Cassidy, l’actrice interprétant cette dernière étant la véritable fille de Michael Chiklis), des représentants des différents gangs, des rôles secondaires (dont une apparition de Carl « Apollo Creed » Weathers notamment) ? Un sans-faute, tout simplement.

Plier 7 saisons, soit 88 épisodes, en moins de trois semaines (dont une entièrement dédiée à la seule première saison), c’est un signe qui ne trompe pas. The Shield est un incontournable de la série télé. Au-delà des nombreuses qualités énumérées plus haut, il faut dire qu’elle a tout de même l’audace de nous proposer le sosie de Philippe Etchebest avec un badge, sur un plateau: un « Cauchemar en résine », cela ne se refuse pas.

Synopsis: Pour rétablir l’ordre dans les quartiers sensibles de Los Angeles, une brigade de police met en œuvre des méthodes expéditives, multipliant les abus au mépris des dommages collatéraux.

Fiche Technique: The Shield

Années: 2002-2008 (7 saisons – 88 épisodes)
Création: Shawn Ryan
Distribution: Michael Chiklis, Walton Goggins, Kenny Johnson, David Rees Snell, CCH Pounder, Jay Karnes, Benito Martinez, Catherine Dent, Michael Jace, Autumn Chiklis, Glenn Close, Forest Whitaker, Anthony Anderson…
Production: 20th Century Fox Television
Producteur: Michael Chiklis
Producteurs délégués: Shawn Ryan, Scott Brazil, Glen Mazzara
Scénaristes: Shawn Ryan, Kurt Sutter, Glen Mazzara, James Manos Jr, Scott Rosenbaum…
Photographie: Rohn Schmidt

Auteur de la critique: Sébastien

 

Le Policier (Ha-shoter), de Nadav Lapid : Critique du film

Le Policier de Nadav Lapid  : Un cri d’alerte salvateur contre l’intégrisme archaïque

Synopsis : Yaron se trouve au cœur d’un groupe de policiers d’élite, appartenant à une unité anti-terroriste israélienne. Ses compagnons et lui sont l’arme pointée par l’État sur ses adversaires, «l’ennemi arabe». Yaron adore l’unité, la camaraderie masculine, son corps musclé, sa beauté. Sa femme est sur le point d’accoucher ; il pourrait devenir père d’un moment à l’autre. Sa rencontre avec un groupe peu commun, violent, radical, le confrontera à la guerre des classes israélienne et à celle qu’il livre à l’intérieur de lui-même. 

Nadav Lapid, nouveau venu dans le jeune cinéma israélien, lance un cri d’alerte salvateur et salutaire. Il dénonce un pays sclérosé et archaïque qui s’est trop longtemps conforté dans son rôle réconfortant de sauveur de la Nation juive. Cette obsession, fédérant dirigeants politiques et tenants d’un judaïsme rigoriste, est volontairement exacerbée au profit d’une cohésion nationale. Il est ainsi plus facile de trouver un ou des ennemis communs pour étouffer une réalité sociale beaucoup plus complexe. Ainsi, la question palestinienne n’est jamais réellement évoquée explicitement, mais tout de même bien présente. Cette thématique est dépeinte assez subtilement, afin de pointer du doigt l’irresponsabilité d’un gouvernement trop à son affaire. Par ce biais là, ce dernier peut évacuer son incompétence et sa corruption.

L’histoire de ce soldat de l’armée de Tsahal est très significative de ce point de vue. Ces corps massifs et virils expriment leurs amitiés brutalement. Toute cette puissance qui s’en dégage est une parfaite métaphore du corporatisme de cet Israël protecteur, arrogant et suffisant. La première partie décrit une société installée dans un conformisme trop rassurant, que rien ne semble écorner. Pas même le cas de conscience de ces hommes suspectés d’actes de tortures lors d’une opération commando en terre Arabe. Ils s’en déchargeront facilement et rapidement en rejetant la faute sur leur pauvre camarade en fin de vie. C’est un premier avertissement, signe que ce pays qui se veut juste envers ses compatriotes, n’est pas assez consciencieux. La mort rode, annonciatrice d’une certaine culpabilité.

Le basculement est définitivement acté lorsque apparaît à l’écran cette nouvelle jeunesse réclamant dignité et justice. Elle, qui ne se reconnait pas dans cette judaïté traditionaliste, se radicalise à force de désespérance sociale. La lutte des classes, qui fait écho aux révoltes de plus en plus courantes en Terre Sainte, est le résultat de l’exaspération de la classe moyenne, mais est occultée au profit des nouveaux riches ayant la mainmise sur l’État. S’ensuit un patriotisme sincère mais dangereux car de conception diamétralement opposée dans les deux camps.

Cette radicalisation ne sert l’intérêt de personne, tel semble être le message de Nadav Lapid. Elle ne fera que renforcer et attiser la déliquescence morale d’un peuple fatigué de devoir lutter sur tous les fronts. Un point de vue très intéressant, tant dans la forme que dans le fond. La première heure met en place de façon précise et cohérente les enjeux essentiels de cette charge courageuse. La suite est un peu moins travaillée, d’où une impression de didactisme trop appuyé. Mais ce procédé sert de point d’appui nécessaire pour une meilleure compréhension d’ensemble. Cela s’avère donc moins démonstratif que de prime abord.

Il est judicieux de constater qu’une nouvelle génération de cinéastes osent aborder des sujets pour le moins délicats, et ainsi questionner de front le devoir de mémoire et sa remise en cause. Vivement conseillé à tous ceux qui se passionnent pour les sujets d’ordre philosophiques, politiques et moraux, ô combien d’actualité !

Fiche technique – Le Policier

Titre Original : Ha-shoter
Réalisation : Nadav Lapid
Scénario : Nadav Lapid
Producteur : Itai Tamir
Avec Ben Adam, Michael Aloni, Meital Barda…
Montage : Rea Lapid1
Photo : Shai Goldman
Costumes : Amit Berlowitz
Dates de sortie : 28 mars 2012
Durée : 1h47

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais

 

 

Casse-tête chinois, de Cédric Klapisch : Critique du film

Casse-tête chinois est le dernier volet en date de la trilogie de Cédric Klapish sur les aventures de Xavier, Martine, Wendy et Isabelle. Celui-ci se veut l’aboutissement ou tout du moins, la concrétisation de la maturité de ces personnages suivis depuis 15 ans (ils en avaient 25 au commencement et ils approchent maintenant de la quarantaine).

Synopsis : Xavier a maintenant 40 ans. On le retrouve avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après L’Auberge Espagnole et dix ans après Les Poupées russes. La vie de Xavier ne s’est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l’entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier u cherche sa place en tant que fils, en tant que père… en tant qu’homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l’instar de New York et de l’époque actuelle, à défaut d’être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d’écrivain…

La séparation et le temps qui passe

Au début du film, Wendy décide de se séparer de Xavier et emménage à New-York avec leurs enfants pour y retrouver un homme qu’elle a rencontré lors d’un déplacement professionnel. Isabelle prend le même chemin pour vivre avec sa copine rencontrée aussi sur place… Ces séparations (et spécialement celle d’avec Wendy), éléments déclencheurs de l’histoire, sont le point de départ d’une longue remise en cause…

A travers ce thème existentiel pointe une réflexion sur l’évolution du couple et des idéaux avec le temps qui passe, ainsi que sur l’amitié et la famille. L’amertume ou le désappointement que l’on aurait pu ressentir n’est pourtant que trop fugace. En effet, dès que cette joyeuse bande se retrouve dans la « Big Apple » (Xavier décide d’aller y vivre pour suivre ses enfants), on a l’impression que l’insouciance et l’immaturité de leurs jeunes années barcelonaises refont immédiatement surface, au détriment d’une analyse plus fine sur leurs nouvelles conditions de vie.

Les péripéties qu’ils vivent ne sont que des prétextes pour pouvoir en rire et ne sont jamais réellement creusées. Et la conclusion heureuse n’est finalement que la suite logique de tous ces événements, qui n’ont que pour unique but, de ne pas bousculer les certitudes du spectateur qui n’attendait pourtant que cela… Reste malgré tout le plaisir indéniable, même amoindri, de retrouver une bande de potes qui nous ont accompagnés durant toutes ces années. Certaines scènes sont hilarantes et celle ou Martine parle le mandarin (un dialecte chinois) mérite à elle seule d’aller voir le film.

Mais surtout, voir New York filmée de cette façon la et traitée comme un personnage à part entière, demeure le grand mérite du réalisateur. On se promène dans les immenses rues et chantiers vides ou en construction, magnifique mise en abyme de l’état d’esprit des protagonistes. Le réalisateur rend à cette ville toute sa vibration et son exubérance, et s’en sert comme d’une métaphore pour célébrer encore une fois, la richesse d’un pays due à l’immigration et au mélange des cultures, où l’on semble prôner l’amour libre quelle que soit son orientation sexuelle. Klapisch redéfinit de façon moderne le modelé familial dans notre société actuelle, avec bienveillance et légèreté.

Fiche technique –  Casse-tête chinois

Titre français : Casse-tête chinois
Titre international : Chinese Puzzle
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch
Direction artistique : Matteo De Cosmo
Décors : Roshelle Berliner
Musique : Loïc Dury et Christophe Minck aka Kraked Unit
Production : Bruno Levy et Cédric Klapisch
Coproducteur : Buzz Koenig
Sociétés de production : Ce Qui Me Meut et Opposite Field Pictures (coproduction)
Sociétés de distribution : StudioCanal
Pays d’origine : France
Langue originale : français, anglais, chinois et espagnol
Genre : comédie
Dates de sortie :4 décembre 2013

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais

A Touch Of Sin, de Jia Zhang Ke : Critique du film

Prix du scénario au festival de Cannes 2013, A Touch Of Sin est une mise en abîme de la Chine contemporaine, le film nous dévoile un pays gangrené par la corruption et la violence.

Longtemps considéré comme un État du Tiers Monde par les occidentaux en raison de son histoire (le communisme comme doctrine politique dans un monde capitaliste) et de son régime dictatorial, la Chine a depuis une vingtaine d’années rattrapé puis dépassé ce retard en devenant la première puissance mondiale. Au prix d’un développement effréné exigé par une mondialisation à laquelle le pays n’était pas suffisamment préparé, obligeant un peuple à se soumettre à cette idéologie. C’est ce que Jia Zhang-Ke nous raconte à travers l’histoire de 4 personnages vivant dans 4 régions différentes, représentative de la situation actuelle. La conscience de ces nouveaux indignés est une métaphore du soulèvement et de la révolte qui gronde dans ce pays…

A Touch Of Sin : Une fresque violente et froide d’une Chine laborieuse

Un mineur de fond, las des magouilles financières de ses patrons et surtout de l’humiliation subie au quotidien, se transforme en prédateur. Un jeune père de famille (dont on devine plus ou moins les origines paysannes et le rôle que jouent les rituels traditionnels à travers certaines situations), las de sa condition d’oublié de la croissance économique, décide de s’en prendre aux nouvelles classes aisées voire riches. Une réceptionniste d’un sauna maltraitée par des clients, dessine la condition des femmes de la classe moyenne, où pauvre comme étant soumises au machisme et au patriarcat. Ces femmes n’ont d’autres choix que de s’affirmer dans la vengeance.

Enfin, qu’advient-il de cette jeunesse perdue sans repères dans cette société qui l’oblige à des actes désespérés, où l’amour et la solidarité sont éradiqués, car signes de faiblesse, un pays ou le productivisme forcené est le maître mot?

La mise en scène suit ces personnages au plus près de leurs colères, et évoque avec finesse tout en la dénonçant, l’idéologie Maoïste (allers-retours fréquents dans la première partie du film du mineur avec images presque subliminales de prosternation devant sa statue), où l’individualisation de cette société ne pouvait que s’exacerber à cause de cet esprit de collectivisme. Les paysages montagneux et désertiques, les espaces clos et confinés, la neige qui tombe abondamment avec des tonalités de couleurs froides filant la métaphore d’un pays replié sur lui même de peur de ne pas être prêt à rentrer dans ce monde global.

A Touch of Sin, ce chef d’œuvre annoncé n’en est pourtant pas un. La faute à une certaine complaisance dans la représentation de cette violence qu’on peut assimiler à une apologie de la vengeance. Tout en décrivant cette triste réalité, le cinéaste semble prendre un malin plaisir à voir cette rage exploser dans un déluge de tueries toutes plus sauvages les unes que les autres. Il ne s’embarrasse d’aucune mise à distance et semble approuver celle-ci. Le capitalisme sauvage engendre des monstres qui ne peuvent que compter sur eux mêmes pour se faire justice.

La fin justifie les moyens, d’après lui. Cette justification est assez ambiguë et laisse une impression plutôt mitigée. De même que le traitement de leur cheminement est parfois inégal (l’histoire du père méritait une approche plus longue alors que celle du mineur est un peu trop développée…), ce qui donne quelques longueurs superflues. A voir car cela reste une vision lucide et réaliste d’une Chine qui court à sa perte en sacrifiant l’humanité sur l’autel du capitalisme roi, tout en le déconseillant aux âmes sensibles et à ceux que l’ambivalence de ce discours rendra sceptiques.

Synopsis: Dahai, mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son village, décide de passer à l’action. San’er, un travailleur migrant, découvre les infinies possibilités offertes par son arme à feu. Xiaoyu, hôtesse d’accueil dans un sauna, est poussée à bout par le harcèlement d’un riche client. Xiaohui passe d’un travail à un autre dans des conditions de plus en plus dégradantes. Quatre personnages, quatre provinces, un seul et même reflet de la Chine contemporaine : celui d’une société au développement économique brutal peu à peu gangrenée par la violence. 

Fiche technique : A Touch of Sin

A Touch of Sin (Tian Zhu Ding)
Chine, Japon – 2013
Réalisation: Jia Zhang-Ke
Scénario: Jia Zhang-ke
Interprétation: Wu Jiang (Dahai), Wang Baoqiang (Zhou San), Zhao Tao (Xiao Yu), Luo Lanshan (Xiao Hui)…
Genre: Drame
Durée: 2h10
Image: Yu Likwai
Son: Zhang Yang
Montage: Matthieu Laclau, Lin Xudong
Musique: Lim Giong
Production: Office Kitano, Xstream Pictures
Distributeur: Ad Vitam

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais

Aimer, Boire Et Chanter, de Alain Resnais : Critique du film

Critique de Aimer, Boire Et Chanter

Synopsis: Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples est bouleversée pendant quelques mois, du printemps à l’automne, par le comportement énigmatique de leur ami George Riley. Lorsque le médecin Colin apprend par mégarde à sa femme Kathryn que les jours de son patient George Riley sont sans doute comptés, il ignore que celui-ci a été le premier amour de Kathryn. Les deux époux, qui répètent une pièce de théâtre avec leur troupe amateur locale, persuadent George de se joindre à eux. Cela permet à George, entre autres, de jouer des scènes d’amour appuyées avec Tamara, la femme de son meilleur ami Jack, riche homme d’affaires et mari infidèle. Jack, éploré, tente de persuader Monica, l’épouse de George qui s’est séparée de lui pour vivre avec le fermier Simeon, de revenir auprès de son mari pour l’accompagner dans ses derniers mois. Au grand désarroi des hommes dont elles partagent la vie, George exerce une étrange séduction sur les trois femmes : Monica, Tamara et Kathryn

Laquelle George Riley emmènera-t-il en vacances à Ténérife ?

Le Test Amant de Resnais

Le film d’un môme

Bien sûr qu’Aimer, Boire Et Chanter a un semblant de déjà vu, qu’il apparaît très proche du diptyque de Resnais : Smoking/No Smoking. Mais malgré tout, quel bonheur de voir ce cinéaste au seuil de la mort, d’être capable de proposer quelque chose d’aussi enlevé et rafraîchissant et surtout, de savoir faire encore preuve à 92 ans, d’autant de créativité et d’inventivité. Ce film ne restera pas son chef-d’œuvre, il souffre de bon nombre de longueurs, mais il ne sent pas la naphtaline comme ont pu le proposer quelques réalisateurs âgés par le passé, lorsqu’ils tenaient à proposer des thèmes « de leur âge », de grands développements philosophiques qui, au lieu de faire aimer le film, donnaient juste envie d’aller se pendre.

Le cadet de Smoking/No Smoking 

La ressemblance avec Smoking/No Smoking donc, se retrouve dès l’affiche, dessinée comme avaient pu l’être celles de ses deux illustres prédécesseurs. La mise en scène également, théâtrale au possible, puisque le film est intégralement tourné en intérieur, poussant le rapprochement avec le 6ème Art jusqu’à placer systématiquement des rideaux en fond de scène. On retrouve également un découpage clair et net en scènes, les transitions étant marquées par de très beaux dessins de Blutch (Le Pacha, Lune l’Envers), certes un peu répétitifs, mais permettant d’identifier rapidement le lieu où l’action va prendre place. Donc oui, Aimer, Boire Et Chanter reprend l’univers et peut-être une partie du visuel de Smoking/No Smoking et, même si ça n’excuse pas tout, c’est quelque chose d’assez naturel puisque ces trois films sont des adaptations de pièces, britanniques de surcroît.

Un Français à l’humour so british 

Alain Resnais, probablement vieux et fatigué, devait retrouver une certaine jeunesse dès qu’il filmait, en témoigne cette capacité qu’il a eu à retranscrire l’humour tout britannique de cette pièce vaudeville, pleine de fraîcheur et de ressorts amoureux qui se croisent, c’est presque impossible à dénouer. Il a su éviter l’écueil des Herbes Folles, qui l’avait ramené dans les travers de la Nouvelle Vague et de ses bavardages inutiles et pompeux, Aimer, Boire Et Chanter est une pièce très drôle que Resnais sait très bien rendre. Ici, il met son talent au service de son film, on sent l’artisan qui domine jusqu’à la part de hasard de tout travail de création. Sans dire que chaque pot de fleur a un sens, on sent qu’il maîtrise chaque éclairage, positionnement des acteurs, couleur dans le décor. Il n’en devient pas poseur pour autant, il est simplement un artiste au travail et la propriété première de l’artiste, c’est justement la création.

Resnais et sa bande 

Au casting, on retrouve l’inoxydable Sabine Azéma, muse éternelle de son réalisateur de mari, égale à elle-même et toujours parfaite dans son rôle de farfadet au regard aussi pétillant qu’une bulle de champagne. Dans les acteurs fidèles, il y a toujours Dussolier peu présent à l’écran mais qui marque toujours la pellicule d’un charisme affolant, même s’il semble ici plus âgé que son rôle. Michel Vuillermoz, avec cette troublante voix de Pierre Arditi, semble ici remplir le vide laissé par l’acteur, ce qu’il fait fort bien. Autre acteur important : la musique, celle de Mark Snow, le même qui composa le légendaire thème d’X-Files, livre ici une partition légère et faisant penser à ces boites à musique où tourne une danseuse dès qu’on les ouvre. Une musique totalement au service et en accord avec cette ambiance voulue par Resnais.

Resnais l’ado 

Finalement, c’est sûr le prix Alfred Bauer reçu par le film à Berlin qu’on pourra douter, puisque sans être mauvais, Aimer, Boire Et Chanter ne mérite pas pour autant de récompense. Il s’agit surement là d’un prix d’estime, une sorte de César d’Honneur qu’on a voulu donner à un grand monsieur en sachant qu’il n’en avait plus pour très longtemps. Il aura tout de même achevé sa carrière sur un film de gamin, sur une fraîcheur retrouvée dans la dernière ligne droite, le film d’un adolescent qui n’a eu d’autre préoccupation que les filles, les soirées arrosées et faire la fête, ce qui rappelle étrangement le titre du film.

Fiche technique – Aimer, Boire Et Chanter

Réalisateur : Alain Resnais
Année : 26 Mars 2014
Durée : 108 mn
Casting : Sabine Azéma (Kathryn), Michel Vuillermoz (Jack), Caroline Sihol (Tamara), Hyppolite Girardot (Colin), Sandrine Kiberlin (Monica), André Dussolier (Siméon), Alba Gaïa Bellugi (Tilly)
Genre : comédie
Musique : Mark Snow
Scénario : Laurent Herbiet, Alain Resnais d’après la pièce d’Alan Ayckbourn
Production : Jean-Louis Livi
Sociétés de production : F Comme Film : France 2 Cinéma
Société de distribution : Le Pacte

Auteur de la critique Freddy M.

New York Melody, de John Carney : Critique du film

Le réalisateur Irlandais Jim Carney, peu connu jusqu’ici, avait déjà réalisé en 2006 la comédie romantique Once. Avec New York Melody, il revient sur le thème d’une rencontre amoureuse liée par la passion de la musique, dans le décor de la Grosse Pomme. Avec ses apparences de comédie romantique naïve, le film appartient plutôt au style « feel good movie », dans sa manière plus profonde et moderne d’aborder la complexité des relations amoureuses.

Synopsis : Gretta et son petit ami viennent de débarquer à NYC. La ville est d’autant plus magique pour les deux anglais qu’on leur propose de venir y vivre pleinement leur passion : la musique. Le rêve va se briser et l’idylle voler en éclat quand, aveuglé par la gloire naissante, il va la plaquer pour une carrière solo et… une attachée de presse. Ses valises prêtes et son billet de retour pour Londres en poche, elle décide de passer une dernière nuit à New York avec son meilleur pote. Ce dernier l’emmène dans un pub, la pousse sur scène et la force à chanter. Dans la salle un producteur s’adonne à sa plus dangereuse passion : l’alcool. Revenu de tout, du succès et de sa gloire passée, amer, rancunier, il a perdu le fil de sa vie. Et soudain il entend cette voix, découvre cette grâce, ce talent brut et authentique. Une rencontre enchantée qui pourrait finir en chansons…

New York Melody de John Carney  : une ballade musicale dans les rues de New-York

Malgré une histoire un peu décousue au début, on assiste à la rencontre romantique de Dan (Mark Ruffalo) et Gretta (Keira Knightley) grâce à une chanson. Pour mieux ensuite revenir sous forme de flash-back sur les erreurs et déceptions sentimentales et professionnelles. Un traitement de scénario original, qui ne se risque pas de plomber l’enjeu principal avec trop de romantisme ou de dramatique. Les deux protagonistes vont s’unir dans leur malheur en relevant le pari fou de produire, sans aucuns moyens financiers, leur propre démo musicale au milieu des rues de New York. Avec joie, on retrouve un ton bobo, dans les décors vifs des cafés, des rues, et du métro new-yorkais.

Musique authentique des rues new-yorkaises

A voir, mais aussi à écouter. Les mélomanes seront ravis par l’efficacité de la bande originale qui parvient à mélanger pop traditionnel, hip-hop de rue et nouveau rock. La musique nous fait ressentir les émotions du film, dont les titres sont performés par les acteurs eux-mêmes, les paroles remplaçant les dialogues. On se sent inspiré par l’ambiance musicale – comme à la sortie de Inside Lewyn Davis -, nous donnant envie de réécouter ces titres et de se mettre à la musique de rue.

Un casting pinçant et réussi

Révélation en tant qu’acteur d’Adam Levine, chanteur du groupe Maroon 5, qui met à profit ses talents musicaux en interprétant l’ex de Gretta, aveuglé par son succès montant. Keira Knightley révèle à son tour ses talents, mais dans la chanson. Elle interprète en personne les morceaux du film ; le rôle lui va à ravir quand on sait qu’il était initialement prévu pour Scarlett Johanson. Quand à Mark Ruffalo, il est méconnaissable avec son look débraillé de producteur à la dérive et baigné dans l’alcool. Il réussit tout de même à faire de son personnage un homme attachant qui veut se racheter. Sans oublier la présence de Cee Lo Green.

Une B.O. indissociable des sentiments du film

Le milieu musical est traité de manière sérieuse et réaliste, loin des paillettes et du glamour de la scène. Dans ce film, on aborde la difficulté pour les vrais artistes de se produire dans ce milieu régi par l’argent. On a l’exemple de ces deux genres d’artiste : Dave, qui a mis de côté ses valeurs musicales pour la gloire et la frénésie du public, et Gretta, qui compose par passion et par besoin de s’exprimer, sans prétention aucune, ni besoin de reconnaissance.

L’amour renouvelé

Pour mieux comprendre le sens du film, il faut mieux se référer au titre original Begin Again, qui nous incite à repartir de zéro. Particulièrement dans le personnage de Dan, alcoolique et dépressif, on voit ce changement évolutif guidé par l’étincelle musicale. Pour se relancer dans la production musicale, il a besoin de mettre ses erreurs passées de côté, et se racheter une conduite en tant que père, mari et producteur. Cela va dans l’acceptation que le temps passe, nous fait évoluer et changer. Au même rythme que les tendances musicales, il faut faire avec son temps pour avancer dans la vie.

Avec New York Melody, on fait face à ces nouvelles comédies romantiques progressistes, loin des clichés servis habituellement par les rom-coms. Grace à une fin inattendue, le spectateur repart avec un esprit frais et vivifiant, tout en gardant les oreilles bercées par « Lost Star ». Une comédie musicale parfaite pour l’été !

Fiche Technique – New York Melody

Réalisateur : John Carney
Titre original : Begin Again
Acteurs : Mark Ruffalo (Dan), Keira Knightley (Gretta), James Corden, Hailee Steinfeld (Violet), Adam Levine (Dave)
Genre : Drame, Romance, Comédie musicale
Musique : Gregg Alexander
Nationalité : Américain
Date de sortie : 30 juillet 2014
Durée : 1h44mn

Auteur de la critique : Céline Lacroix

Nos pires Voisins, de Nicholas Stoller : Critique du film

Nos pires voisins : Un duel au niveau du caniveau

Synopsis : À première vue, les jeunes parents que sont Mac et Kelly Radner vivent le parfait rêve américain, avec leur adorable petite Stella et une maison fraîchement (et difficilement) acquise dans un charmant quartier résidentiel. Ce qui n’empêche pas les jeunes trentenaires de se considérer toujours aussi hype et cool. Quand ils découvrent que leurs nouveaux voisins ne sont autres que les membres fervents et débridés d’une confrérie étudiante, menés par le charismatique Teddy, ils essaient d’abord de s’assurer leur sympathie et leur respect, en tirant le meilleur de cette situation quelque peu inconfortable. Mais la fiesta et les frasques incessantes des étudiants poussent le couple à se montrer plus virulent pour protéger leur territoire et leur tranquillité, et ce qui n’était que des enfantillages dégénèrent rapidement en un conflit épique de générations. 

Mac (Seth Rogen) et Kelly Radner (Rose Byrne) sont un couple de trentenaire, dont la vie vient d’être chambouler avec la naissance de leur fille Stella. Ils viennent d’acquérir une maison dans une banlieue tranquille, jusqu’à ce qu’une confrérie étudiante s’installe juste à côté de chez eux. Teddy Sanders (Zac Efron) en est le président et Pete (Dave Franco), le vice-président. Le premier rêve de marquer l’histoire de la confrérie et de voir sa photo trôner au Hall of Fame. Mac et Kelly vont dans un premier temps, sympathiser avec les jeunes étudiants, avant que leurs fêtes incessantes, deviennent une source de conflit. La guerre entre ces deux générations est déclarée.

Nos pires voisins est une comédie inégale, qui marche sur de vrais moments de folies, mais manque d’un scénario moins basique, de seconds rôles intéressants et d’une réalisation efficace. Seth Rogen joue son rôle habituel, de gros rigolo trop cool. Mais avec une différence qui a son importance, il est marié et père de famille. Sa femme est Rose Byrne, aussi cool que lui. Deux adolescents, qui se retrouvent coincé entre leur passé de fêtards et ce présent de parents responsables. Cette transition difficile, sert de ressort à l’histoire. Elle est accentuée avec l’arrivée de jeunes étudiants, qui leur permet, pour un temps, de rester jeunes, en apparence.

Le conflit des générations avec le duel Seth Rogen/Zac Efron, est mal exploité. Le premier fait son show habituel, pas de surprise et pour ceux qui l’apprécient, ça passe. Le second fait sa tête de con, du début à la fin. A aucun moment, il n’est ambigu, c’est un con et il restera un con, trop simpliste.

Dès le début, on ne peut que prendre parti pour Seth Rogen et Rose Byrne. Les «vieux» sont sympas, les jeunes sont de sales cons arrogants et irrespectueux, point. Pour légèrement contrebalancer ce fait, les Radner ont comme amis, un couple divorcé stupide, Ike Barinholtz et Carla Gallo. Deux acteurs (trices), très énervants et sans subtilités. L’inverse existe aussi chez les étudiants avec le vice-président Dave Franco, aussi prétentieux que Zac Efron, avant de se montrer plus «adulte», dans les études et son avenir.

Cette tentative d’équilibre, démontre surtout que le réalisateur Nicholas Stoller, ne sait pas trop sur quel pied danser. Car au lieu, de faire évoluer ses personnages, il se contente de leur donner des acolytes, ne permettant pas de vraiment prendre parti dans cette rivalité. Ce qui ne marche pas. A ne pas vouloir jouer à fond, la carte gentille face aux méchants. Nicholas Stoller n’exploite pas ses seconds rôles, comme Christopher Mintz-Plasse, qui se contente d’avoir juste une grosse bite (pardon), ou Dave Franco qui a la capacité d’entrer en érection à tout moment (oui, ça ne vole pas très haut, vraiment pas).

Malgré tout, la puissance comique de certaines scènes, sauvent l’ensemble. Celle des airbags est énorme, elle frappe au moment où on ne s’y attend pas, et elle se révèle très efficace. Tout comme le dialogue qui s’instaure entre Seth Rogen et Rose Byrne, au moment de devoir lui tirer le lait… Celle des sosies des Robert de Niro, de même et d’autres encore. Le film fonctionne par scènes et non dans sa narration.

On peut aussi être étonné de l’absence d’autres voisins révoltés par la présence de la bruyante confrérie. Leur cas est réglé en une scène, vite fait, mal fait. L’absence d’un scénario cohérent de la part d’Andrew J. Cohen et Brendan O’Brien, plus connus comme des producteurs : 40 ans, toujours puceau, Ricky Bobby, roi du circuit et Funny People. C’est l’école Judd Apatow. Ils manquent d’expérience et cela se ressent dans ce bordel pas vraiment organisé, où ils se font plaisir en tapant sous la ceinture, sans grande subtilité.

C’est divertissant, parfois ennuyant et décousu. Mais par la grâce de moments vraiment drôles, on en sort content, même s’il ne restera pas dans les annales. De l’humour facile, qui manque de saveur.

Fiche technique : Nos pires voisins

Titre original: Neighbors
USA – 2014
Réalisation : Nicholas Stoller
Scénario : Andrew J. Cohen et Brendan O’Brien
Distribution : Seth Rogen, Zac Efron, Rose Byrne, Dave Franco, Christopher Mintz-Plasse, Lisa Kudrow, Craig Roberts, Carla Gallo, Ike Barinholtz
Photographie : Brandon Trost
Montage : Zene Barker
Musique : Michael Andrews
Production : Evan Goldberg, Seth Rogen et James Weaver
Sociétés de production : Good Universe et Point Grey ¨Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Genre : comédie
Durée : 96 minutes
Date de sortie : 6 août 2014

Auteur : Laurent Wu

 

 

Need for Speed, de Scott Waugh : Critique film

Critique de Need For Speed

Synopsis : Suite à la mort de son père, Tobey Marshall doit gérer son garage automobile avec l’aide de Pete, Monarch, Finn et Benny, dans lequel il finira la construction de la Ford Shelby GT 500 pour Dino. Lors d’une course avec Pete et Dino, ce dernier tue Pete, mais niera avoir été présent lors du drame, ce qui entraînera l’emprisonnement de Tobey. Deux ans plus tard, Tobey sort de prison et est prêt à tout pour prouver la culpabilité de Dino et gagner la De Leon, une course de voiture illégale, en mémoire de Pete…

Vroum, Vroum!

Need For Adrénaline 

Comme l’indique son titre, Need For Speed traite du besoin pathologique qu’ont certains de rouler très (trop ?) vite, ce besoin de se faire des shoots réguliers d’adrénaline au volant, de rouler au mépris des règles communes de circulation, au mépris de ceux qui ont le malheur de se trouver sur leur route. En ce sens, Need For Speed peut trouver plusieurs niveaux de lectures, qui varieront en fonction de l’addiction du spectateur lui-même à la vitesse. Certains y retrouveront les rodéos urbains qui sévissent encore aujourd’hui dans certaines villes, on pourra même penser au phénomène des go-fast, ces acheminements de drogue à grande vitesse, dans de puissantes voitures à travers toute l’Europe. D’autres seront consternés par un si haut niveau de bêtise…

Un film sans cervelle 

On pourra tenter de « philosopher » autour de Need for Speed, en y voyant un film de gladiateurs routiers, qui font de la route leur arène, de jeunes rebelles qui remettent en cause l’ordre établi en refusant de respecter les règles élémentaires de sécurité routière quitte à, ultime défi, mettre en jeu la vie des autres conducteurs. Sauf que, jouer les rebelles sans avoir un minimum de pensée, d’idéal vers lequel tendre, de références idéologiques bref : être rebelle pour être rebelle, ça s’appelle être un petit con. Ce film est rempli d’abrutis qui prennent leur pied avec de jolies filles en petites tenues, de grosses voitures très chères, qui se moquent éperdument de provoquer des accidents graves, se foutent ouvertement des forces de l’ordre, qui éclatent de rire quand ils font voler le caddie d’un SDF et considèrent les autres usagers de la route comme autant d’obstacles sur leur route et qui leur permettront de tester leur adresse derrière un volant.

Des poursuites qui bégaient 

Alors on aurait pu espérer que, comme dans Bullitt, dont on voit quelques images d’entrée, Need For Speed nous contenterait au moins avec des images de course jouissives. C’est certain, ça va vite et pour une fois cette vitesse n’est pas exagérée avec des mouvements de caméra qui trompent le spectateur. Sauf que c’est tout, rien d’autre à se mettre sous la canine vorace, à par un pauvre vol plané filmé au ralenti, mais pourquoi donc ?! La mise en scène n’est en fait pas à la hauteur, les voitures sont certes magnifiques, mais pas mises en valeur par un Scott Waugh qui n’a pas décidé de se lâcher derrière sa caméra. On a donc une succession de courses interchangeables, pas désagréables mais excessivement répétitives et finalement, il n’y a guère que le bruit des moteurs (merci aux preneurs de son), qui permette de vraiment s’impliquer.

Mais des acteurs qui assurent 

Finalement, les acteurs arrivent peut-être à sauver le tout du naufrage, Imogen Poots (Beautiful Ruins) en tête, blondinette bourrée de charme et ressemblant étrangement à Rosanna Arquette. Aaron Paul (Exodus) semble à l’aise dans son rôle, traînant une sorte de flegme désabusé et face à lui l’excellent Dominic Cooper (Fleming, The Man Who Would Be Bond) confirme un réel talent, cette fois dans un rôle d’infâme salopard arrogant. Quant au légendaire Michael Keaton, presque en roue libre ici, il reste pourtant sous-exploité, coincé derrière un bureau il n’exprime qui infime partie de son immense talent et c’est navrant. On attendait aussi une bande-originale à la hauteur de celles de la série de jeux vidéos, du Linkin Park à gogo (qui vient d’ailleurs de sortir un album!) enfin, une bande-originale musclée et à la hauteur du vrombissement des moteurs. Mais rien de tout ça, la musique de Nathan Furst (tâcheron musical du cinéma hollywoodien) est oubliée avant même d’avoir été écoutée et ne colle pas du tout à l’univers du film, elle parviendrait presque à le plomber un peu plus.

Un film contesté 

On peut comprendre que Need For Speed est un film qui fait débat, qui est contesté par la Ligue Contre La Violence Routière, car il fait l’apologie de la vitesse sur des routes ouvertes, première cause de mortalité sur les routes. Mais avec un peu de recul, on se rend compte que ceux qui sont influencés par ce film, manquent en fait d’éducation routière et sont déjà probablement des fous du volant, bien avant de voir NFS. Ceci dit, le film en lui-même n’est pas une immense réussite et défile aussi lentement que les voitures y vont vite. Son idéologie serait donc beaucoup plus digeste, si on avait devant les yeux un grand film qui ne se contente pas de parier sur notre admiration pour les grosses et belles voitures.

Fiche technique – Need For Speed

U.S.A. – 2014
Réalisateur : Scott Waugh
Scénario : George Gatins, John Gatins et George Nolfi
Casting : Aaron Paul (Tobey Marshall), Dominic Cooper (Dino Brewster), Imogen Poots (Julia Bonet), Ramon Rodriguez (Joe Peck), Michael Keaton (Monarch), Dakota Jackson (Anita Coleman)
Décors : John Hutman
Musique : Nathan Furst
Photographie : Shane Hurlbut
Production : John Gatins, Patrick O’Brien et Mark Sourian
Sociétés de production : Electronic Arts et DreamWorks SKG
Durée : 2h05
Genre : Action

Auteur de l’article Freddy M.

 

Baby Balloon, de Stefan Liberski : Critique du film

Baby BalloonTeenage movie, rock mais pas assez…

Bici est une jeune femme ronde et pleine de talents qui chante dans un groupe de rock. Elle dissimule son mal-être derrière un tempérament de feu et une présence scénique indéniable. Secrètement amoureuse de Vince, le guitariste de la bande et son ami d’enfance, elle jubile lorsqu’un moment intime naît enfin entre eux. Une erreur selon Vince qui fréquente bientôt Anita, une jolie fille revenue du Pérou où elle était bénévole pour une association humanitaire. Tour à tour perdue, découragée, en colère ou combative, Bici essaie d’abord d’éloigner l’importune avant de réaliser que celle-ci n’est pas la véritable cause de ses tourments…

L’obésité en filigrane

Ambre Grouwels, dans le rôle de Bici, parvient à incarner la fille extravagante, coincée dans ce corps en surpoids et montrée du doigt par tous. Elle réussit à s’accepter dans son univers musical et grâce à ses performances remarquables sur la scène. Mais que ce soit par les remarques constantes de sa mère ou le rire étouffé d’une simple vendeuse lors d’essayage de robes, les autres lui rappellent son poids et sa différence apparente.

Avec des plans intimistes, au plus près de son visage, la caméra suit sa manière de vivre et son parcours. Toujours habillée et maquillée de manière pop-colorée (évoquant Lady Gaga ou Beth Ditto), le spectateur entre facilement dans sa personnalité de feu. Mais elle ne sera jamais vue par les autres de la manière dont elle se voit, et le film tend à nous montrer qu’on peut s’accepter et réaliser ses rêves si on se sert de cette différence comme une force.

Contraste de ton et de fond

Dans cette Belgique industrielle, au paysage d’usines fumantes et de baraques en briques dégradées, on sent l’emprisonnement de Bici. Des plans répétitifs de ce fond grisâtre et morose marque un contraste évident avec son caractère volcanique. Ainsi, seule la musique pop rock sert d’exutoire pour ces jeunes à la recherche d’un autre horizon, moins brumeux.

Le film garde tout du long un ton ironique pour parler de malheurs bien réels. Malheureusement, les sujets plus sérieux, comme l’obésité, les disparités sociales, la mort du père de Bici sont évoqués sans être approfondis. Un malaise alors s’installe face aux demi-mots et aux moments de crises qui tournent vite à l’humour cynique.

Un scénario sans enjeux

Dès le début, on ressent que l’intrigue va se tendre. Un amour impossible, non partagé par Vince, mais qui persiste naïvement du côté de Bici. Quand arrive Anita, belle, mince et travaillant dans l’humanitaire, on comprend vite que malgré ses tentatives, Bici ne fera pas le poids aux yeux de Vince. Son seul objectif est alors de lui imposer ses sentiments, en tentant d’éliminer Anita de manière mesquine et tout aussi ridicule. Elle s’acharne dans ses chimères adolescentes et doit passer par des coups de folie pour se rendre finalement compte que c’est détachée du groupe, seule, qu’elle réalisera ses rêves de chanteuse.

Tout le film est ponctuée par des moments lourds ou rien de se passe. Ceci est lié à un scénario mal ficelé ; on en vient à et à ne plus comprendre Bici. Le spectateur se perd dans ses moments de déraisonnements et dans sa quête désespérée d’un amour ridicule. Ses choix sont insensés et poussés à l’extrême, comme cette tentative échouée de suicide. On se détache également d’elle, lorsque surgit son côté sombre guidé par sa jalousie, qui la pousse à la vengeance et au sadisme. A côté, la fin semble se démarquer de tous les événements précédents, dans une sorte de « happy end » improbable.

Des personnages faibles et exagérés

Malheureusement, les jeux d’acteurs tombent facilement dans l’exagération et enferment leurs personnages dans des clichés, entre le vieux producteur raté et lourd, la mère historique et étouffante, l’admirateur de Bici collant et aveugle, et le meilleur ami beau gosse mais immature. Ils gravitent autour de Bici, sans réels buts ou causes intéressants. Elle-même rentre facilement dans l’archétype de « la grosse » en étouffant ses sentiments dans la boulimie.

Une bande-annonce délaissée

Associé à cet univers pop rock et décalé, le groupe Bici & The Bitches, nous charme et nous guide entre les hauts et les bas de Bici. La bande originale est prenante, créée spécialement pour le film, en s’inspirant de groupe des années 80 (B-52’s – The Lobster). Merveilleusement interprétée par les acteurs eux-mêmes : César Domboy à la guitare, Allan Hoffmann à la basse, Valentin Vesmeire à la batterie et  Ambre Grouwels, chanteuse avant d’être actrice. Mais elle n’est pas assez omniprésente pour un film dont l’enjeu central aurait du être les premiers pas d’un groupe dans l’industrie musicale.

Alors que le sujet de l’obésité aurait pu devenir touchant, l’enjeu ne décolle qu’à la fin et l’histoire devient dans l’ensemble gonflante. La musique, qu’on croyait le thème principal reste un écho, un simple fil conducteur. Mais l’enjeu dramatique reste focalisé sur la romance naïve et impossible de Bici, et sa carrière musicale n’est mise au premier plan qu’à la fin. Dommage !

Fiche Technique – Baby Balloon 

Réalisation: Stefan Liberski
Scénario : Stefan Liberski, Dominique Laroche, Marc Vermeesch
Genre : Comédie romantique, Drame
Pays d’origine : Belgique
Durée : 1h28
Sortie : 30 juillet 2014
Interprètes: Ambre Grouwels (Bici), César Domboy (Vince), Pauline Parigot (Anita), Allan Hoffmann (Giant), Valentin Vesmeire (Luc), Philippe Rebbot (Mitch), Isabelle De Hertogh (Felicie)
Production : Jacques-henri, Olivier Bronckart
Montage : Damien Keyeux
Son : Allan Hoffman, César Domboy, Stefan Liberski
Photo : Claire Mathon
Distributeur : Pyramide

Auteur de la critique : Céline Lacroix

Ping Pong Summer, de Michael Tully : Critique du film

Critique Ping Pong Summer

Synopsis : Été 1985. Radford Miracle et sa famille posent leurs valises à Ocean City, Maryland pour les grandes vacances. Jeune adolescent solitaire mais sympathique, Rad est obsédé par le ping-pong, le hip-hop… et Stacy Summers, la fille populaire sur laquelle il a flashé dès son arrivée. Sportif médiocre, piètre danseur et a priori peu dragueur, cet été sera pourtant le sien : celui ou il va gagner son surnom de Radical Miracle.

Fan des années 80

C’est le projet de toute une vie que Michael Tully porte enfin à l’écran. Un film qu’il a lui-même écrit, et qu’il porte en lui depuis vingt ans, à la fois autobiographie, déclaration d’amour aux années quatre-vingt mais aussi parodie des films et de l’ambiance qui régnait à l’époque. En suivant les aventures de Rad Miracle, c’est un peu la jeunesse de Tully, mais aussi celle de tous les personnages cultes des films d’adolescents des années 80 que l’on revit.

Esthétique eighties

Tout le film peut se vivre comme un hommage à cette période où jeunesse rimait encore avec insouciance, et où la vie d’un adolescent durait parfois le temps d’un été, avec ses moments de joie et ses drames, ses amourettes qui durent toujours et ses amitiés que l’on n’oubliera jamais. Entre la comédie loufoque tendance Little Miss Sunshine et le film d’initiation façon Karaté Kid, Ping Pong Summer passe ses influences à la moulinette pour en ressortir un produit unique, délicieusement et délibérément kitsch, une comédie de l’été fraîche et parfois franchement absurde.

Du cinéma des années quatre-vingt, Tully garde la réalisation un peu vieillotte. Cela peut surprendre, gêner même parfois, d’autant que la mise en scène manque parfois cruellement de punch. Reprendre le principe du film tourné à l’époque, pourquoi pas. Dans les costumes, dans les coupes de cheveux d’un autre âge, tout déborde de nostalgie. Mais encore aurait-il fallu adapter ces codes, les mettre à jour, en tirer la substantifique moelle, pour reprendre l’expression consacrée. Ici, on se retrouve face à un produit un peu bancal, tiré en arrière par cette caméra qu’on croirait prisonnière d’un autre âge.

La vie, la vraie, sauce 80

C’est un peu le point noir du film, ce qui est d’autant plus dommage que le reste est plutôt réussi. Au delà de cette esthétique complètement loufoque, le scénario et le casting sont une réussite totale. On est dans le classique pur, presque caricatural, et dans le cliché assumé. Entre le gentil héros, son nouveau meilleur pote, son amour d’été et son grand rival, toute la troupe est réunie pour revivre une aventure comme on n’en vit plus depuis… 1989 en fait. Parmi les personnages adultes, mention spéciale à l’excellente Léa Thompson, revenue de Retour vers le futur avec (pour le coup) trente ans de plus, et Susan Sarandon, en guest star hilarante. À ce titre, petit bémol envers l’affiche française du film : cette dernière, bien que jouant un rôle important, n’est absolument pas au centre du film.

Malgré une réalisation un peu molle, Ping Pong Summer est le parfait film estival, empreint de nostalgie du passé et bel hommage rendu à la culture de l’époque. Loufoque, drôle et tendre à la fois, le film de Michael Tully se déguste comme un sorbet bien frais.

Fiche technique – Ping Pong Summer

Américain – 2014
Genre : Comédie
Réalisation : Michael Tully
Scénario : Michael Tully
Distribution : Marcello Conte (Rad Miracle), Léa Thompson (Mme Miracle), John Hannah (Mr Miracle), Helena Seabrook (Michelle Miracle), Susan Sarandon (Randi Jammer), Emmi Shockley (Stacey Summers), Myles Massey (Teddy Fryy), Joseph McCaughty (Lyle Ace)
Directeur de la photo : Wyatt Garfield
Compositeur : Michael Montes
Monteur : Marc Vives
Producteur : Brooke Bernard, Ryan Zacarias, Jeffrey Allard, Michael Gottwald, Lori Krein, Billy Peterson, George Rush
Production : Normadic Independence Pictures, Compass Entertainment, Epic Match Media,, Indie Entertainment, Pin Pong Summer LLC
Distributeur : Potemkine Films

Auteur de la critique : Mikaël Yung