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Locke de Steven Knight : Critique du film

Locke de Steven Knight : Une vie en voiture

Et si toute une vie pouvait se décider en une fraction de seconde, en une décision prise au dernier moment ? Tout n’est que question de choix, au fond. Mais certains choix ont plus d’impact que d’autres. La pilule bleue ou la pilule rouge ? Sophie ou Émilie ? À droite ou à gauche ? Pour Ivan Locke, tout va basculer à un feu rouge, dès les premières secondes du film. Engagé dans la voie de gauche, celle qui doit le ramener chez lui après une longue journée de travail, il va finalement choisir de partir à droite. Le spectateur ne le sait pas encore, mais ce brusque changement de voie va dicter les événements des quatre-vingt-dix prochaines minutes.

Un homme et sa voiture

Le principe de Locke est à la fois d’une simplicité parfaite, et d’une extrême complexité. Exposer toute la vie d’un homme, et les changements qu’il va subir, en gardant une unité de temps et de lieu. Le temps est celui qu’il mettra pour relier son point de départ et l’hôpital de Londres, soit environ une heure et demie. La durée du film, donc, à laquelle il fera régulièrement référence par de petites indications. Le lieu est sa voiture, dans laquelle il restera tout au long de l’histoire, avec le spectateur.

Tom Hardy tient le film sur ses seules épaules. Lui seul apparaît à l’écran. Les autres personnages sont résumés à deux dimensions : leur nom, qui apparaît sur l’écran de bord de sa voiture tandis qu’il les appelle (en main libre, la sécurité avant tout) et leur voix à travers son oreillette. Aucune apparition, aucune présence autre que vocale. Un one-man show, en somme, dans lequel l’acteur qui incarnait Bane dans le Dark Knight Rises fait une nouvelle fois preuve d’une présence proprement hallucinante. Par sa seule voix, par ses seules expressions, il parvient à faire passer l’image d’un homme simple, dont la vie a basculé suite à une seule erreur. Un homme banal, confronté à une situation qui ne l’est pas moins.

Dialogues de haute volée

Pour tenir l’exploit sur la distance, bien sûr, un acteur, aussi charismatique soit-il, ne suffit pas. Il faut aussi une mise en scène qui tienne la route. Sans effets spéciaux, sans mouvements de malade, avec seulement une poignée de valeurs de plans différentes, Steven Knight obtient un long-métrage au rythme lent, presque hypnotique, traversé de moments de beauté intense. Quiconque a déjà pris la route la nuit connaît bien cet éclairage si particulier obtenu par un mélange des lampadaires et des phares des automobilistes. Bercé par le bruit du moteur, le spectateur se retrouve embarqué dans cette aventure, comme un passager clandestin.

Mais là où Knight brille, c’est par son sens des dialogues. Raconter une vie n’est pas chose aisée. Brosser ainsi le portrait d’un personnage en quelques phrases, le rendre crédible, et faire ressentir l’intensité du basculement que sa vie vient de prendre tient de la gageure. Le réalisateur/scénariste y parvient avec une maîtrise qui force l’admiration, suspendant le spectateur à des phrases d’une banalité telle, d’une simplicité si réaliste, qu’on croirait presque entendre son voisin de café.

Rentrer dans cet univers particulier n’est pas donné à tout le monde, et certains se retrouveront rapidement abandonnés au bord de la route. Mais, pour qui aura la curiosité d’aller jusqu’au bout de cet ovni cinématographique, l’expérience vaut d’être vécue.

Synopsis : Ivan Locke a tout pour être heureux : une famille unie, un job de rêve… Mais la veille de ce qui devrait être le couronnement de sa carrière, un coup de téléphone fait tout basculer…

Fiche Technique – Locke

Britannique, Américain
Réalisateur : Steven Knight
Scénariste : Steven Knight
Genre : Thriller
Distribution : Tom Hardy (Ivan Locke), Olivia Colman, Ruth Wilson, Andrew Scott, Ben Daniels, Tom Holland, Bill Milner, Danny Webb, Alice Lowe, Silas Carson, Lee Ross, Kirsty Dillon…
Directeur de la photographie : Haris Zambarloukos
Monteuse : Justine Wright
Producteurs : Paul Webster, Guy Heeley
Production : IM Global, Shoebox Films
Distributeur : Metropolitan Filmexport

Auteur de la critique : Mikaël Yung

 

 

 

 

Sabotage de David Hayer : Critique du film

Sabotage s’adresse directement aux nostalgiques des années 80, ces années où Stallone et Schwarzenegger se tiraient la bourre à grands renforts de pectoraux aux amphétamines et de coups de fusils à pompe.

I’ll be back !

Le parfum des eighties

Des films assez bas de plafond mais, jouissifs dans leur bêtise simpliste, quand les seuls moments de réflexion revenaient à se demander si le héros allait mettre ou non la langue en embrassant la blonde à forte poitrine de service. Bref, une période d’insouciance et de films d’action tous plus bêtes (mais si bons) et abusés les uns que les autres, Stallone enchaînant les Rambo, Schwarzy les Terminator et Van Damme (ne l’oublions pas…), les navets…

Les gros bras de Schwarzy

L’avantage de Sabotage, outre le fait que Schwarzy vieillit plutôt pas mal, c’est qu’en quelques répliques on est au parfum, c’est le cas de le dire. Une des toutes premières (qui deviendra culte c’est sûr) est à écouter dans un véhicule blindé, quand l’un des « héros » demande qui a pété. S’étalent sous vos yeux des gros muscles, des grosses armes, des gros tatouages et des gros bourrins. On ne voit à peu près que ça d’ailleurs, des armes, des tripes et des paires de seins de qualité tout à fait honorable. Autant dire qu’on n’est pas vraiment en présence de Sissi Impératrice, ici c’est un film de mâles, pour les mâles et qui fait mal. Le résultat est plutôt agréable d’ailleurs, sans être un chef-d’œuvre, Sabotage est plutôt décomplexé et revendique l’héritage d’une époque glorieuse de l’action movie. Schwarzy n’est plus gouverneur et c’est tant mieux, il peut du coup refaire la course avec Stallone et ses Expandables.

Les petits bras du scénario

Dans le respect des traditions, le scénario est presque invisible et comporte à peu près autant de lignes qu’il n’y a de neurones dans le crâne de celui qui en est l’auteur…si auteur il y a.  Tout est fait pour ménager l’adolescent pré-pubère trop occupé a faire travailler sa tête en cours de physique/chimie. On a donc un cartel qui torture, une bande de flics des stups qui arnaque le cartel et qui se retrouve prise pour cible, jusqu’à la révélation finale qui parait un tantinet tirée par la racine des cheveux. C’est à peu près tout et, sauf si le scénariste a couché sur le papier les : bangs ! pan ! et autres boum !, il n’a pas dû écrire plus de mots que n’en comporte ce texte.

Les bras minuscules d’Ayer

La réalisation n’a rien d’extraordinaire, on est loin des génies du genre que sont McTiernan ou Tony Scott, mais l’essentiel est là : ça défouraille dans tous les sens, on a notre dose d’hémoglobine et de héros badasses plus sûrs d’eux qu’un représentant en encyclopédies dans une cité ouvrière du Nord. David Ayer fait le job sans inspiration, mais en connaisseur qui récite sa leçon avec conviction. Ce qui lui manque sincèrement, c’est une sacrée bonne dose de culot, quitte à se casser la gueule quand il tente quelque chose. Par contre, il aurait dû faire un effort sur la bande originale, pas assez présente dans les moments de « gloire » et franchement passe-partout quand on l’entend. Pourtant, la musique dans ce genre de film, apporte beaucoup au panache que peuvent avoir les scènes d’action pure.

Mais pas de bras pour Schwarzy l’acteur

Quant à Schwarzy, qu’on nomme désormais « Schwarz Le Vieux », il démontre encore une fois son absence absolue de talent d’acteur lorsqu’il s’essaie à la composition. Il fait très bien le regard d’acier qui glacerait le cœur d’une Clara Morgane en période d’accouplement. Par moments, il fait même terriblement penser à Eastwood comme on le voit dans la trilogie du dollar. Mais dès qu’il sort de ce personnage, son jeu devient maladroit, forcé et terriblement surjoué. Le reste du casting, sans être forcément au top, est tout de même un léger ton au-dessus, rappelant que si Schwarzy a un jour fait du cinéma, c’est avant tout pour son physique. Stallone lui, a eu Copland pour démontrer qu’il pouvait réellement être rangé dans la catégorie « acteurs », Schwarzy attend toujours…

Un film très con mais bon

Sabotage ne ravira peut-être que les nostalgiques et les ados attardés, de ceux qui se contentent de sang et de chair fraîche pour passer une excellente soirée. Sabotage est un film violent et régressif qui insiste lourdement sur le côté gore des meurtres qu’il met en scène, probablement par exorcisme. La recette est simple : trouvez-vous une bande de potes, un gros pack de bières et n’oubliez pas la cartouche de cigarettes, n’oubliez non plus pas les pizzas et les pieds posés sur la table su salon. Vous êtes dans les années 80, Jeanne Mas a les cheveux droits sur la tête et Schwarzy des bras gros comme ses cuisses. Vous êtes dans les années 80 : savourez Sabotage

Synopsis : Pour cette force d’élite de la DEA, il s’agit officiellement de prendre d’assaut le repaire d’un important cartel mais en réalité, l’opération se révèle être un véritable braquage. Après s’être emparés de 10 millions de dollars en liquide, les agents complices pensent leur secret bien gardé… jusqu’à ce que quelqu’un se mette à les assassiner les uns après les autres, froidement, méthodiquement. Alors que les meurtres se multiplient, chaque membre de l’équipe devient un suspect. Chacun sait tuer, et chacun a un excellent mobile…

Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement 

https://www.youtube.com/watch?v=jFlLTMYd_98

Fiche technique – Sabotage

USA – 2014
Réalisation: David Ayer
Scénario: David Ayer, Skip Woods
Interprétation: Arnold Schwarzenegger (John « Breacher » Wharton), Sam Worthington (Monster), Olivia Williams (Détective Caroline Brentwood), Terrence Howard (Sugar), Joe Manganiello (Grinder), Mireille Enos (Lizzy), Harold Perrineau (Jackson), Josh Holloway (Neck), Max Martini (Pyro)…
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date de sortie: 7 mai 2014
Durée: 1h49
Genre: Action, Thriller
Image: Bruce McCleery
Décor: Jennifer M. Gentile
Costume: Mary Claire Hannan
Montage: Dody Dorn
Musique: David Sardy
Producteur: David Ayer, Bill Block, Paul Hanson, Palak Patel, Ethan Smith
Production: Crave Films, Open Road Films, QED International, Miller Roth Films

Auteur de la critique : Freddy M.

 

The raid 2, un film de Gareth Evans : Critique

The Raid 2 : Le coup de grâce au cinéma d’action mondial

Après avoir porté un sévère coup de bambou contre le cinéma d’action mondial avec The Raid, Gareth Evans double la mise et porte un énorme coup de grâce au cinéma Hollywoodien. Là où le premier s’attardait sur le raid de l’armée Thaïlandaise dans un immeuble, le second propose une véritable intrigue comprenant trahison, honneur et trafics mafieux, laissant la possibilité à Gareth Evans de se surpasser d’autant plus sur sa mise en scène.

L’intrigue de cette suite se déroule seulement deux petites heures après le premier. Cependant, rien n’est jamais vraiment fini et on ordonne à Rama de devoir démanteler les plus grands réseaux de corruption au sein de la police en devant s’infiltrer dans le gang dominant de Jakarta. Il devra aller en prison pour ce faire ami avec le fils du chef du gang malgré la dangerosité de cette mission pour lui comme pour sa famille.

Et c’est en ce point que ce film surpasse le premier. The Raid nous proposait une heure et demi d’action pure où la tension ne retombait jamais et où les combats étaient ahurissants de dynamisme et de réalisme. Cette suite nous propose en plus de scènes de combats surréalistes, une intrigue âpre, digne de vrai film de gangster Asiatique. Néanmoins, même si le récit est assez profond, il ne l’est pas autant que des chefs d’œuvres du genre, tels Infernal Affairs de Andrew Lau et Alan Mak ou Outrage de Takeshi Kitano qui étaient bien plus dignes que moult films occidentaux dans leur manière de traiter leur thème.

Gareth Evan prend aussi le temps d’écrire son intrigue doublant sa casquette de réalisateur à celle de scénariste.  Non sans nous déplaire. En effet, en essayant de construire une histoire de vengeance parsemée de thèmes idéologiques tels la famille, l’honneur, le courage ou encore le respect de l’adversaire, Evans pose ses bases durant la second partie du film, souffrant cependant de petites longueurs, seul défaut du film, avec des personnages néanmoins assez travaillés. On ne se lasse pas des sous intrigues plutôt efficaces, n’utilisant pas les scènes d’action comme prétexte mais privilégiant bien le récit. Car si le premier était de l’action non-stop, le second propose même une sorte de trou dans l’action d’une demi-heure en posant ses bases de manière remarquable.

D’un point de vue purement extérieur, une des plus grosses surprises, après que l’argument de vente se fasse sur les scènes d’action tout bonnement ahurissantes, c’est la profondeur de l’intrigue. Le réalisateur Gallois nous propose de nombreux thèmes assez travaillés même si certain sont un poil survolés. On a ainsi un énorme rapport à la famille, à la violence et à l’honneur. Nous comprenons facilement où le réalisateur veut en venir. Surtout que pour un film d’arts martiaux, nous proposer une intrigue aussi poussée, relève de la prouesse totale. Un réalisateur qui a compris que la baston ne suffit pas ; beaucoup de films hollywoodiens devraient en prendre de la graine.

La second réussite résulte bien évidemment de la mise en scène, ultra efficace et ultra soignée. Les combats les plus beaux (et le film en lui même) atteignent un paroxysme de génie au moment où il tombe dans l’ultra violence. Les combats sont superbement chorégraphiés et superbement filmés. Certaines scènes comme celle de la cuisine resteront dans les annales du film d’action pendant une trentaine d’années minimum. Surtout qu’Evans réussit la prouesse de renouveler sa technique et ses rendus sur chaque scène, repoussant toujours plus ses limites sans jamais en voir le plafond. L’art martial utilisé est le Pencak-Silat, un art martial indonésien, maîtrisé à la perfection par le réalisateur depuis son Merantau également avec Iko Uwais. On ne peut pas faire mieux du côté Européen au niveau de la mise en scène et le remake en production du premier film promet forcement d’être une déception.

On peut également glorifier dans ce long métrage, la distribution avec le champion dans sa discipline, un artiste martial du Pencak-Silat, Iko Uwais, bluffant pour un acteur semi professionnel qui n’a eu pour expérience étrangère, que le (moyen) Man of Taï Chi de Keanu Reeves, sinon il n’a osé tourner qu’avec Gareth Evans dans Merantau et les deux films The Raid. Gareth Evans n’a pas voulu prendre la grosse tête suite au succès du premier film et décide de ne prendre que des acteurs inconnus du grand public, quasi amateur, livrant chacun une performance aussi efficace qu’épatante. L’acteur Arifin Putra, excelle dans son interprétation du personnage d’Uco, le fils du patron du gang, froid, sombre et très professionnel. On notera aussi la prestation remarquée de Julie Estelle, interprétant The Hammer Girl, la fille au marteau, véritable hommage (trop voyant?) à Old Boy, une guerrière sourde et quasi aveugle.

Cependant nous oublions que ce qui fait l’évidente et la plus grande force du film, à savoir la fusion de tous ces éléments, conduisant à une symbiose parfaite, à l’ambiance digne d’un film de mafia et aux meilleurs scènes d’action de ces dix dernières années. Gareth Evans est le réalisateur à suivre de notre génération, ses films sont aussi violents que brillants, aussi efficace que bien écrits.

Nous ne pouvons que glorifier The Raid 2. Le réalisateur Gallois a réussi la prouesse de mélanger film d’action ultra efficace et ultra violent (à ne surtout pas mettre devant tous les yeux !) et polar âpre et sombre dans l’univers mafieux. Le résultat est époustouflant et brillant de réalisme. La mise en scène est sublime que ce soit pour les scènes d’actions qui resteront gravées dans la mémoire collective ou pour l’intrigue mafieuse aux thèmes développés et riches. L’affiche avait finalement raison, il s’agit là d’un des meilleurs films d’action de tous les temps !

Synopsis : Après un combat sans merci pour s’extirper d’un immeuble rempli de criminels et de fous furieux, laissant derrière lui des monceaux de cadavres de policiers et de dangereux truands, Rama, jeune flic de Jakarta, pensait retrouver une vie normale, avec sa femme et son tout jeune fils…. Mais il se trompait. On lui impose en effet une nouvelle mission : Rama devra infiltrer le syndicat du crime, où coexistent dans une sorte de statu quo mafia indonésienne et yakusas. Sous l’identité de « Yuda », un tueur sans pitié, il se laisse jeter en prison afin d’y gagner la confiance d’Uco, le fils d’un magnat du crime indonésien – son ticket d’entrée pour intégrer l’organisation. Sur fond de guerre des gangs, il risquera sa vie dans un dangereux jeu de rôle destiné à porter un coup fatal à l’empire du crime.

The Raid 2  : Bande-annonce

 

The Raid 2  : Fiche technique

Titre américain : The Raid 2 : Berandal
Réalisation: Gareth Evans
Scénario: Gareth Evans
Interprétation: Iko Uwais (Rama alias Yuda), Yayan Ruhian (Prakoso), Arifin Putra (Uco), Oka Antara (Eka), Tio Pakusadewo (Bangun), Alex Abbad (Bejo), Julie Estelle (la fille aux marteaux), Cok Simbara (Bunawar), Ryuhei Matsuda (Keichi), Kenichi Endo (M. Goto), Kazuki Kitamura (Ryuichi)…
Image: Matt Flannery, Dimas Imam Subhono
Décor: Tomy Dwi Setyanto
Costume: Rinaldi Fikri, Aldie Harra
Montage: Gareth Evans
Musique: Joseph Trapanese, Aria Prayogi, Fajar Yuskemal
Producteur: Ario Sagantoro, Nate Bolotin, Aram Tertzakian
Production: Merantau Films, XYZ Films
Distributeur: The Jokers, Le Pacte
Durée: 128 minutes
Genre : Action, Arts martiaux
Date de sortie: 23 juillet 2014
Interdit aux moins de 16 ans avec avertissement

Indonésie – 2014

American Nightmare 2 : Anarchy – Critique du film

Dans moins de trois heures, la purge va commencer et durer douze heures. Leo (Frank Grillo) prépare son arsenal. Eva (Carmen Ejogo) tente de demander une augmentation à sa patronne, pour mieux subvenir aux besoins de sa fille Cali (Zoe Soul), mais surtout de son père, qui a besoin de médicaments. Shane (Zach Gilford) et Liz (Kiele Sanchez) sont en route pour voir la sœur de celui-ci, et annoncer leur séparation. Mais rien ne va se passer comme prévu. Leo va se détourner de sa mission, pour sauver Eva et Cali des mains de mystérieux hommes masqués. Ils sont rejoints par Shane et Liz, pris en chasse par la bande du skateur muet, croisé juste avant le début de la purge, qui sont responsables de la panne de leur voiture.

Another night in hell

Cette suite d’American Nightmare, est bien plus efficace. Le huit clos laisse la place aux rues de Los Angeles. Un espace plus grand, offre de plus grandes possibilités et encore plus de psychopathes. La mise en place se fait rapidement. On nous présente les différents protagonistes, tout en laissant planer une zone d’ombre sur leurs rapports et motivations. C’est calme, avant que Shane soit bousculé par ce skateur muet au visage peint en blanc, avec la croix inversée dessinée sur le front. A partir de ce moment, l’angoisse s’installe et nous ne lâchera pas jusqu’à la fin.

Le scénario est simpliste, tout comme les personnages. Mais l’atmosphère est prenante. C’est tendu, nerveux et violent. Enfin violent, pas vraiment finalement. On ne voit pas grand chose pour un film qualifié d’horreur. La faute à une production visant un public plus large, faisant des concessions pour n’obtenir qu’une interdiction au moins de 13 ans. Dans une nuit de violence sans limites, l’absence de tueries sanguinolentes est un peu absurde. On voit tout de même du sang, mais cela reste soft, il n’y a pas de scènes chocs. James DeMonaco va compenser avec des scènes fortes.

Le succès n’empêche pas le réalisateur de critiquer à nouveau cette Amérique puritaine et hypocrite. Il frappe encore plus fort sur les nantis. La scène ou l’on voit le père assis, entouré d’une famille de riches, qui se fait un cadeau pour la purge, est saisissante. Encore plus, lorsque d’autres riches qui s’ennuient et ne savent pas quoi faire de leur argent, s’offrent un lot de pauvres capturés, pour les traquer et les éliminer, comme les chasses du comte Zaroff.

Un groupe d’individus traqué dans les rues d’une grande ville et de nuit, cela fait penser aux Guerriers de la nuit de Walter Hill, ou New York 1997 de John Carpenter. Tout comme le personnage sombre et solitaire de Frank Grillo, au volant d’une voiture de sport blindée, tel Mel Gibson dans Mad Max. James DeMonaco a de bonnes références cinématographiques. Il ne manque à aucun moment de respect à ses œuvres, se hissant parfois à leur hauteur, au détour d’une ruelle, ou d’une course angoissante dans les tunnels du métro.

Frank Grillo est impeccable. Un acteur physique, à la présence électrisante. Son rôle est proche de celui de Mel Gibson dans Mad Max. Zoe Soul est la jeune révélation. Elle fait concurrence à son aîné. Leurs scènes sont réussies. Elles sont drôles et émouvantes. Carmen Ejogo est plus en retrait, un peu fade, comme Zach Gilford et Kiele Sanchez. Mais le duo précédent prend tellement de place, qu’on ne peut pas leur en vouloir. Jack Conley et sa mâchoire, reconnaissable entre toutes. Une gueule, avec un rôle qui lui va bien. Légère déception du côté de Michael K.Williams, en leader d’opposition, habillé comme un membre des Black Panthers. Un peu caricatural dans son attitude, et mécanique quand il déverse des flots de punchlines,

Un film efficace, largement au-dessus du premier opus. Il surprend parfois, dans sa direction et ses événements. Il frustre aussi, par son côté soft et des personnages mystérieux sous-exploités. Mais dans l’ensemble, c’est un bon divertissement. Un thriller passablement horrifique, mais diablement efficace.

Synopsis : 2023, Leo, un homme sombre et énigmatique, est hanté par la disparition de son fils. Eva, une mère célibataire tentant tant bien que mal de joindre les deux bouts, et sa fille adolescente Cali vivent dans un quartier défavorisé et n’ont pas les moyens de s’offrir une bonne protection. Shane et Liz, un couple sur le point de se séparer, sont les victimes d’un acte de sabotage sur leur voiture à quelques minutes seulement du début de la Purge. Leurs chemins vont se croiser dans les rues de LA, où ils vont tenter de survivre jusqu’à l’aube.

Fiche technique – Americain Nightmare 2 : Anarchy

The Purge : Anarchy USA – 2014 Réalisation : James DeMonaco Scénario : James DeMonaco Distribution : Frank Grillo, Carmen Ejogo, Zach Gilford, Kiele Sanchez, Zoe Soul, Justina Machado, Jack Conley, Michael K. Williams, Edwin Hodge Genre : Horreur/Epouvante Durée : 103 minutes Date de sortie France : 23 Juillet 2014 Photographie : Jacques Jouffret Montage : Todd E. Miller Musique : Nathan Whitehead Production : Michael Bay, Jason Blum, Andrew Form, Bradley Fuller et Sébastien Lemercier Sociétés de production : Blumhouse Productions, Platinum Dunes, Universal Pictures et Why Not Productions Société de distribution : Universal Pictures

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

Requiem pour un massacre d’Elem Klinov : Critique du film

Les horreurs perpétrées par les nazis dans nos contrées sont bien connues, relatées dans un bon nombre d’œuvres. Mais ce que l’on sait moins, c’est que la Russie –ou plutôt la Biélorussie- a également payé un lourd tribut. C’est ce que raconte Requiem pour un massacre, film russe de 1985, soit après le choc d’Apocalypse Now et Voyage au bout de l’enfer, du côté américain. Bien que ce film soit surtout connu dans les sphères cinéphiles, Requiem pour un massacre est devenu un classique du genre.

En 1943, les armées allemandes avancent dans les terres russes. Un jeune garçon, Fiora, est déterminé à se battre. Il est le témoin d’atrocités sans nom qu’il est bien trop jeune pour pouvoir supporter. Des atrocités que personne d’ailleurs ne pourrait endurer. Pas d’explosions spectaculaires, de nobles résistants, ou de charges héroïques. Juste la menace d’une mort violente venue du ciel, des tirs d’artillerie arrachant la vie dans une gerbe de débris, exacerbée par une musique lancinante et monotone, horriblement discrète, et une atmosphère pesante. Le « héros », un adolescent, l’âme à jamais marquée par la cruauté humaine lors de la période la plus sombre de l’histoire de l’humanité. Une cruauté humaine montrée sans fard, brute, dans toute son absurde stupidité. Persuadés d’être une race supérieure, les soldats allemands se permettent toutes les dérives envers ceux qu’ils considèrent comme des inférieurs. Le pire étant qu’ils ne ressemblent même pas à des monstres, ils n’ont même pas conscience de leurs actes. Impossible dès lors de ne pas se demander comment des hommes peuvent commettre de telles horreurs ; comment des soldats peuvent massacrer des civils, femmes et enfants compris, en rigolant et en s’esclaffant.

Au-delà de l’horreur sans concession qui constitue la principale qualité du film, et à l’origine de sa renommée, bien que discrète, Requiem pour un massacre n’est cependant pas parfait. Il a tendance à insister un peu trop sur les réactions du personnage, son visage déformé, ses moments de folie. Certes après avoir vu ce qu’il a vu, personne ne peut savoir comment réagir, mais le film s’appuie un peu trop lourdement là-dessus. Quelques lourdeurs donc, et aussi quelques longueurs.

Comment attribuer une bonne note à ce film ? Il fait passer un moment très désagréable. Requiem pour un massacre est un film horrible. Mais au-delà de son côté pénible, cet aspect de l’humanité ne doit pas être ignoré. C’est pourquoi Requiem pour un massacre est également un grand film.

Synopsis : 1943, dans un village de Biélorussie occupé, Fliora s’engage, bien que trop jeune, chez les partisans. Il va découvrir l’horreur de la guerre et de la cruauté humaine.

Fiche technique – Requiem pour un massacre

Titre français : « Requiem pour un massacre » ou « Viens et vois »
Titre original : « Сволочи » en cyrillique (« Svolochi » en latin)
Titre international : « Bastards »
Réalisation : Aleksandr Atanesyan
Scénario : Aleksandr Atanesyan et Vladimir Kunin
Directeur de la Photographie : Dmitriy Yashonkov
Musique : Arkadiy Ukupnik
Son : Victor Morse
Montage : Valeria Belova
Direction artistique : Victor Petrov
Costumes : Eleonora Semionova
Pays d’origine : URSS
Date de sortie : juillet 1985 en URSS
Langues : biélorusse, russe, allemand
Genre : Drame, guerre
Durée : 140 minutes
Production : S. Terechtchenko
Sociétés de production : Mosfilm et Belarusfilm

Auteur de la critique : William

Boyhood, un film de Richard Linklater : Critique

Boyhood : L’enfance, le temps d’une vie

Unique en son genre, le film n’a compté que 39 jours de tournage, mais répartis sur une durée de 12 ans. Un projet expérimental assez osé pour le réalisateur Richard Linklater, connu plutôt pour sa trilogie romantique Before Sunrise, Before Sunset et Before Midnight. Applaudi par la critique lors du Sundance 2014 , le film s’installe déjà comme un bijou unique et incomparable.

Avec au casting Ethan Hawke (le père) déjà familier avec le réalisateur, Patricia Arquette (la mère) et Lorelei Linklater (la sœur) sa propre fille. Enfin, la révélation d’Ellar Coltrane, qui aura investi douze ans de sa vie au seul personnage de Mason. Une aventure hors du commun pour ses acteurs, comparable à celle d’une franchise, un défilé de séquences, de moments de leur propre vie.

Témoignage touchant et réel de notre époque

Ce film c’est l’expérience d’une vie à laquelle chacun risque de s’identifier. De ces histoires de familles, parfois drôles et sincères, d’autres fois plus dramatiques et poignantes, ressortent une profonde franchise. Le spectateur est plongé au cœur des difficultés affrontées par cette famille, toujours relatées sans exagération et de manière optimiste pour l’avenir.

Boyhood retrace également tous les moments clés de la dernière décennie à travers l’univers de Mason. Son évolution graduelle et sans aucun trucage, est d’abord physique (cheveux courts, longs, rasés, et un look qui passe de skateur à indie rock) ; puis comportementale, dans sa manière de s’imposer et de réfléchir au monde qui l’entoure. Nous vivons son passage progressif et terrifiant à l’âge adulte, sa confrontation aux pressions sociales multiformes du lycée, les responsabilités professionnelles qui s’imposent à lui, et au milieu de tout cela, ses rêves un peu naïfs de devenir photographe.

Quand le documentaire rejoint la fiction

Malgré son origine fictionnelle, Boyhood se démarque par son côté documentaire dans sa vision factuelle et attachée au moment présent. Des événements importants de l’histoire sont alors capturés à l’instant présent, là ou d’autres films les auraient reconstitués. Par exemple, la sortie tant attendue du tome sept d’Harry Potter, des références à Star Wars, ou d’autres icones populaires comme Lady Gaga. Mais également des faits sociaux et économiques importants comme la guerre en Irak et les conséquences du 11 septembre 2011, l’arrivée à la présidentielle d’Obama contre McCain, ainsi que la réelle difficulté économique des familles modestes à subvenir à leurs besoins.

Richard Linklater se permet également de dresser un portrait des mentalités de notre époque, parfois des archétypes qui traversent les différents milieux familiaux et sociaux, du modeste au plus aisé, suite aux remariages. Comme en témoigne l’exemple probant du père : au début, rocker rebelle et irresponsable dans sa voiture de collection, puis père et mari modèle dans une famille très carrée et très croyante, du premier amendement surtout. Le réalisateur nous montre l’évolution de ces personnages, mais aussi celle des acteurs, considérés comme des membres de sa propre famille.

Une bande originale qui accompagne l’évolution de Mason

Tout comme le film, la bande originale nous replonge dans une nostalgie musicale : en commençant par « Yellow » de Coldplay; des classiques comme « She’s long Gone » de Black Keys, et des titres des Beatles; le bon vieux « Wilco – Hate it Here » et « Hero » de Family of the Year et plus récemment « Gotye – Somebody That I used To Know », « Atlas Genius – Trojans », « Could We – Cat Power », sans oublier « 1901 – Phoenix ». Une bande originale éclectique qui fera à coup sûr replonger le spectateur dans ses propres souvenirs.

Le temps, outil du cinéma

Le film permet d’avoir au final, un certain recul sur sa propre vie, et celle des acteurs en parallèle. Il permet de s’identifier, et de se questionner soi-même sur les choix faits et les erreurs que l’on aurait pu éviter. Nous sommes tous amenés à revoir sous forme de film nos dix dernières années. Et nous constatons que les douze années d’évolution pour cet enfant, qui paraissent longues en durée, filent de facto à une vitesse incontrôlable. C’est cela qui rend le film unique et intéressant : le temps qui passe modélise notre expérience de vie. Le temps est donc la notion clé du film : ce n’est pas à nous de saisir l’instant présent, c’est lui qui nous saisit sans que l’on s’en rende compte.

Synopsis : La vie du jeune Mason de ses 6 ans à ses 18 ans, en temps réel. Les séparations, les déménagements, les remariages, les naissances, tout ce qui bouleverse la vie de cette famille normale. Mais aussi tout ce qui peut troubler l’enfance d’un jeune américain qui a grandi dans les années 2000. Ses questionnements, ses espoirs, ses premières fois, ses peurs et ses rêves d’avenir au cœur d’une réalité sociale et économique.

Boyhood : Bande-annonce

Boyhood : Fiche Technique

Réalisation : Richard Linklater
Scénario : Richard Linklater
Interprétation : Ellar Coltrane (Mason), Patricia Arquette (Mère), Ethan Hawke (Père), Lorelei Linklater (Samantha)…
Montage : Sandra Adair
Musique : Meghan Currier
Producteurs : Cathleen Sutherland
Durée : 164 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 23 juillet 2014

Etats-Unis – 2014

Mourir comme un homme de Joa Pedro Rodrigues : Critique du film

Mourir comme un homme ou une Lisbonne fantasmée d’où surgit la vérité humaine  

Comment définir le plus justement possible cette expérience cinématographique? Plus proche dans sa forme d’une mise en scène théâtralisée, surtout dans sa seconde partie, que d’un pur film de cinéma ; emprunte d’une rigueur toute européenne qui prend son temps pour installer sa trame narrative ainsi que ses personnages.

Cet OFNI (objet filmique non identifié) reste difficilement accessible. Sur un sujet aussi délicat, la moindre faute de goût rendrait ce long métrage purement et simplement insupportable. Nous sommes beaucoup plus proches de la froideur et la noirceur d’un Pedro Almodovar période La Mauvaise Éducation ou Parle avec elle que de l’efficacité américaine d’un Transamerica. Non que ce dernier ne soit pas sensible et délicat, bien au contraire, mais il est conçu de telle manière que son émotion tend davantage à une certaine facilité.

Rien de tout ça ici, car le réalisateur construit une analyse, ou plutôt nous entraîne dans les méandres de ce transsexuel, Tonia, qui n’arrive pas à vivre pleinement sa nouvelle identité. Dans une Lisbonne fantasmée, où les ruelles et la nature désertes sont autant une représentation mentale de sa solitude qu’un miroir à peine déformé d’un monde violent qui rejette ses laissés pour compte, se joue toute la vérité humaine. Ses amours contrariées avec un jeune toxicomane qui le presse de s’affirmer en tant que femme et ses relations filiales et amicales sont des refuges qui se délitent peu à peu. S’y ressent toute la cruauté de ce monde interlope où les confidents, jadis rassurants, se muent en menaces ou en repoussoirs, signe d’une société perdue dans laquelle y vivre devient un chemin de croix. La religion, très présente, est révélatrice d’une foi perdue. Même les animaux, source de confiance, se révèlent être de malicieux petits usurpateurs. Le chien errant retrouvé est très symbolique de ce point de vue…

 

Rien ne nous est épargné de ces corps en souffrance. Tonia, qui vit douloureusement sa transformation physique et voit régulièrement sa transplantation mammaire se liquéfier, n’est plus sure de savoir quelle direction prendre. Les seins, symboles de la féminité par excellence, souffrent de ce corps androgyne. Image terrible de cette identité qui se cherche sans réussir à se trouver. La nudité exacerbée de ces hommes et femmes, cet appétit sexuel dévorant dans ce cinéma de quartier glauque, ce désir excitant tout autant que repoussant crée un trouble perturbant. Effet sans doute recherché par Joao Pedro Rorigues pour nous obliger à nous interroger sur notre construction d’Homme (au sens large).
Ce besoin et cette recherche esthétique sont passionnants pendant un temps, mais nous perd en route à force de radicalité trop exigeante et déroutante. La rencontre fortuite dans un champ éloigné de tout se transforme en une laborieuse pièce de théâtre. La déstructuration des couleurs et de l’espace temps semble amuser le metteur en scène. La vie n’est qu’un jeu, aussi malsain et dangereux soit-il. Ce mystérieux personnage, pour qui la solitude est la seule raison valable d’exister, et nous déclamant des poèmes en allemand sortant d’un autre temps, est une fantaisie assez rébarbative et guère touchante. La fin magnifique et bouleversante, vient rattraper cette digression longue et inutile dont on se serait volontiers passé.

A réserver à un certain public averti et à voir avec le cœur bien accroché. C’est un concept courageux qui a le mérite d’exister et qu’il faut soutenir face aux mastodontes de l’industrie commerciale qui étouffe ce genre.

https://www.youtube.com/watch?v=qLD9Nk8-E58

Synopsis: Tonia, une transsexuelle vétéran des spectacles de travestis à Lisbonne, voit s’effondrer le monde qui l’entoure : son statut de star est menacé par la concurrence des jeunes artistes. Pressée par son jeune copain Rosário d’assumer l’identité de femme et de se soumettre à l’opération qui la fera changer de sexe, Tonia lutte contre ses convictions religieuses les plus intimes. Pour s’éloigner de tous ses problèmes, elle part à la campagne avec Rosário. Après s’être égarés, ils se retrouvent dans une forêt enchantée, un monde magique où ils rencontrent l’énigmatique Maria Bakker et sa copine Paula. Cette rencontre va tout faire basculer… 

Fiche Technique: Mourir comme un homme

Mourir comme un homme (Morrer como um homem)
Portugal – 2009
Réalisation: João Pedro Rodrigues
Scénario: João Pedro Rodrigues, Rui Catalão
Interprétation: Fernando Santos (Tonia), Alexander David (Rosário), Gonçalo Ferreira De Almeida (Maria Bakker), Chandra Malatitch (Zé Maria), Jenny Larrue (Jenny), Cindy Scrash (Irene), Fernando Gomes (Teixeira), Miguel Loureiro (Paula), André Murraças (Dr Felgueiras)
Date de sortie: 28 avril 2010
Durée: 2h13
Genre: Drame, Biopic
Image: Rui Poças
Montage: Rui Mourão, João Pedro Rodrigues
Producteur: Maria João Sigalho
Production: Rosa Filmes

Auteur de la critique: Le Cinéphile Dijonnais

Twin Peaks de David Lynch : Critique de la série

Tout comme le Grunge, la guerre du Golfe ou les achats de matchs par Bernard Tapie, Twin Peaks est indissociable du début des années 90, une décennie qui verra l’explosion de la technologie bouleverser notre façon d’appréhender le monde.

Née alors que balbutie un réseau connecté que l’on n’appelle pas encore Internet, la série a fait l’objet d’un culte dont l’ampleur n’a guère diminué depuis. Le nom HBO n’est pas encore sur toutes les lèvres, Netflix n’est qu’un rêve pas encore caressé, et le petit écran souffre d’un manque d’originalité cruel, coincé qu’il est entre séries policières et soap opéra.

L’ancêtre de la série télé moderne

Et puis déboule Twin Peaks, une série à nulle autre pareille, qui dynamite les codes du genre et insuffle un vent de mystère et d’inquiétante étrangeté, tout droit sorti du cerveau torturé de David Lynch. Un réalisateur de renom qui s’attaque ainsi à la petite lucarne, ce n’est pas chose commune à l’époque. On peut penser à Michael Mann et sa série Deux flics à Miami, mais le metteur en scène de Heat n’a pas à l’époque l’aura qui allait l’entourer, et certainement pas celle du créateur de Blue Velvet.

Et les créateurs de l’époque s’inspirent de cette nouvelle recette, qui n’a plus peur de créer un univers fort et de faire des incursions dans le fantastique. On peut ainsi considérer Twin Peaks comme le père d’autres grands noms de séries télé des années 90, comme X-Files par exemple. Le plus bel exemple de descendant (plus ou moins) direct est Desperate Housewives, dont le décor et les intrigues mettant à nu le cœur pourri d’habitants à l’apparence trompeuse, est le pendant plus sage et réaliste de Twin Peaks.

Les apparences sont trompeuses

Au cœur de la série, comme pour son dernier film, se trouve une ville et ses habitants tous très propres sur eux. La découverte du cadavre emballé de plastique de Laura Palmer va faire voler en éclat cette illusion de normalité pour révéler un monde souterrain qui déborde sur la réalité. Ce meurtre (car c’en est un) sert à la fois de point de départ et d’excuse à une intrigue policière qui n’en est pas une. David Lynch a d’ailleurs ouvertement déclaré se moquer de l’identité de l’assassin, et ne comptait pas la révéler au public. La production fit pression sur lui, et il dût finalement donner un nom en pâture, avant de se désintéresser du destin de la ville.

Ce qui intéressait le réalisateur, ce sont les habitants, leurs histoires, leurs fêlures, leurs névroses. Mettre à nu l’âme humaine dans toute son imperfection. Et, comme dans Blue Velvet, utiliser son clone cinématographique, Kyle MacLachlan, comme témoin silencieux. Dale Cooper, l’agent du FBI trop propre sur lui pour être vrai, est ainsi le spectateur de cette tragédie qui se joue sous ses yeux et ceux du spectateur, assistant à la transformation progressive de la ville et de ses habitants.

Schizophrénie et clones maléfiques

Car ce qui sous-tend la série, c’est bien la part d’ombre qui réside en chaque être humain. Une dualité que Lynch exploite au maximum et au premier degré, chaque personnage de Twin Peaks ayant son jumeau, son double, comme un miroir déformant qui renverrait une image diamétralement opposée. Jusqu’à Laura Palmer, dont le fantôme hante la ville, et qui se réincarne sous les traits de sa cousine Maddy, dans une version plus pure et innocente. Le nom de la ville est en ce sens révélateur.

Cette dichotomie prend encore plus d’ampleur dans la seconde partie de la série, quand a enfin été révélé le nom du meurtrier. Car il a bien fallu poursuivre l’histoire, malgré le départ de son créateur. Il faudra quelques épisodes avant que ce second arc narratif ne se mette en place, durant lesquels le show bat un peu de l’aile. Mais lorsque apparaît enfin la Loge Noire, la série trouve un second souffle, retrouvant les sommets qu’elle a perdu après l’épisode 14, celui où se révèle enfin l’identité (forcément double) de l’assassin de Laura Palmer, et l’un des plus marquants de Twin Peaks. La thématique de la schizophrénie gagne encore en importance dans cette deuxième partie, toujours aussi brillamment menée. Malheureusement, la série ne se relèvera pas des baisses d’audience enregistrée une fois le mystère résolu, et se conclura à la fin de la saison 2 sur un cliffhanger qui laisse encore les fans de Twin Peaks dans un état proche de l’hystérie.

Testament et héritage

Malgré cette fin prématurée, Twin Peaks garde une place à part dans le cœur des amoureux de la série, mais aussi des cinéphiles. Pour la première fois, une aventure sur le petit écran possède la même qualité qu’un film. David Lynch, s’il ne réalise pas tous les épisodes, imprime une identité visuelle très particulière à la série, avec ses cadres travaillés et réfléchis, et exploite au maximum les possibilités laissées par le médium, notamment en terme d’ambiance, grâce au hors champ. La multiplication de personnages forts, loin des caricatures unidimensionnelles que l’on retrouve trop souvent à l’époque, permet au public de se projeter. Cela semble une évidence aujourd’hui, mais c’est bien Twin Peaks qui a créé cette tendance.

La série aura également généré autour d’elle une véritable communauté de fans dévoués, qui encore aujourd’hui peuple les forums pour proposer leurs interprétation du moindre détail, apporter des explications supplémentaires ou écrire leur fan-fiction dans l’univers Twin Peaks. À l’époque, autour de la machine à café, on ne discute pas de la mort de la veille dans Game of Thrones, mais bien de la petite ville de campagne, et des différentes explications possibles au sens de l’épisode.

Plus de vingt ans après la fin de sa diffusion, Twin Peaks n’a rien perdu de sa puissance envoûtante et de son mystère. L’engouement qui entoure la série a d’ailleurs connu un regain récemment à l’occasion de ses 25 ans, un petit clin d’œil que les connaisseurs apprécieront.

Synopsis : Dans la ville imaginaire de Twin Peaks, située dans le nord-ouest de l’État de Washington, le cadavre de Laura Palmer, une jolie lycéenne connue et aimée de tous, est retrouvé emballé dans un sac en plastique sur la berge d’une rivière. L’agent spécial du FBI Dale Cooper est désigné pour mener l’enquête. Il découvre alors que Laura Palmer n’était pas celle que l’on croyait et que de nombreux habitants de la ville ont quelque chose à cacher.

Fiche Technique – Twin Peaks

Twin Peaks-1990 à 1991
États-Unis
Réalisateur : David Lynch
Scénariste : David Lynch, Mark Frost
Créateur : David Lynch, Mark Frost
Distribution : Kyle Mac Lachlan (agent Dale Cooper), Sheryl Lee (Laura Palmer/Madeleine Ferguson), Ray Wise (Leland Palmer), Lara Flynn Boyle (Donna Hayward), Michael Ontkean (Shériff Harry S. Truman), Mädchen Amick (Shelly Johnson), Dana Ashbrook (Bobby Briggs)
Photographie : Frank Byers
Musique : Angelo Badalamenti
Chaîne d’origine : ABC
Producteur : Harley Peyton

Auteur de la critique: M.Y

 

 

Jersey Boys de Clint Eastwood : Critique du film

Tommy DeVito (Vincent Piazza) rêve de devenir célèbre et pour lui, il n’y a que trois moyens : devenir militaire, au risque de mourir ; devenir mafieux, aussi au risque de mourir ; ou devenir une star. Il a choisi le second moyen en travaillant pour le mafieux local Angelo DeCarlo (Christopher Walken), tout en chantant dans les bars du coin. Il est conscient de son manque de talent vocal, mais il a pris sous sa protection, le jeune Frankie Valli (John Lloyd Young) et sa voix d’ange.

Synopsis : L’histoire de The Four Seasons, un groupe de pop rock américain des années 60. De leurs débuts dans le New Jersey, leurs liens avec la mafia, leurs nombreux succès, jusqu’à la séparation du groupe.

De Newark à New York

Il va le mettre sur le devant de la scène et monter un groupe avec son frère Nick DeVito (Johnny Cannizzaro) et son ami Nick Massi (Michael Lomenda). Après le départ de son frère, Tommy DeVito veut absolument un quatuor, la mode des trios ayant pris fin ; il se met en quête d’un nouveau membre, avec l’aide de Joe Pesci (Joey Russo). Ils vont faire la connaissance de Bob Gaudio (Erich Bergen), un auteur/compositeur, qui va écrire tout les tubes du groupe. Après divers noms de scènes, ils vont enfin trouver celui qui sera définitif, après un échec dans un bowling, l’enseigne affichant : « The Four Seasons ».

Adaptation de la comédie musicale du même nom par Clint Eastwood, ce dernier surprend dans sa manière d’aborder l’histoire du groupe, en brisant le quatrième mur. En effet, Vincent Piazza s’adresse directement à la caméra, rendant le film particulièrement agréable dès le début.

Jersey Boys a un ton comique au début. Le cambriolage foireux, tout comme la rencontre de John Lloyd Young avec sa future femme Jacqueline Mazarella et des répliques cinglantes, font sourire. Mais à l’image du climat hostile qui s’installe entre les différents membres du groupe, le film glisse vers le drame. Si le côté comédie est réussi, celui du drame, moins. Le film est léger, il ne va jamais au fond des choses, même si un flash-back permet de mieux comprendre les événements qui se déroulent.

Le côté mafieux, même s’il se fait plutôt discret, a son importance; est aussi intéressant, encore plus quand le caïd a les traits de l’immense Christopher Walken, capable en un mouvement de sourcil, de rendre son personnage sombre, puis chaleureux.

Clint Eastwood a fait le choix de ne pas prendre de stars, en dehors de Christopher Walken, cela va de soi. John Lloyd Young interprétant déjà Frankie Valli sur scène, s’en sort surtout grâce à sa voix, son jeu étant quelconque. Vincent Piazza a déjà une carrière à la télévision, il interprète Lucky Luciano dans l’excellente série Boardwalk Empire. Son personnage est le plus intéressant de tous, un enfant de la rue, un mafieux sans envergure, un chanteur banal, un manager désastreux, détesté par tout le monde, mais au charisme indéniable. Erich Bergen se contente d’apparition dans des séries télévisées, sa performance va sûrement lui offrir des rôles plus conséquents. Il va mettre du temps à s’imposer, mais son évolution est la plus intéressante, sa scène de dépucelage est savoureuse et surtout, jamais vulgaire. Michael Lomenda est l’inconnu des quatre, il débarque de nulle part et s’en sort bien, rien de transcendant, mais il faut bien avouer que Vincent Piazza et Erich Bergen bouffent tellement l’écran, qu’il est difficile pour les deux autres d’exister.

La réalisation de Clint Eastwood est sobre : il suit ses personnages, se met au service de l’histoire. Il est un peu à la peine, quand cela s’accélère, mais se rattrape lors des concerts et surtout dans un final, rendant hommage à tout le casting et à la pièce musicale. Sûrement la fin la plus jouissive de l’année.

Les dialogues sont savoureux, surtout dans la comédie. Malgré tout, le scénario de Marshall Brickman (ancien scénariste de Woody Allen dans les années 70/80) et Rick Elice, est le point faible du film. Comme dit précédemment, l’histoire manque de profondeur. Les liens avec la mafia sont effleurés, tout comme la vie de famille de chacun. Même si celle de Frankie Valli, se fait plus présente dans la seconde partie. C’est surtout pour offrir de nouveaux éléments dramatiques, dont le décès de sa fille, qui est aussi traité en surface. Il y a de nombreuses zones d’ombres, cela frustre un peu ; on sent que le film avait tout pour être un nouveau grand Clint Eastwood.

C’est un bon film, on rit souvent, on a parfois la gorge nouée et même la larme à l’œil, avec un final étincelant. On n’est pas loin de sa dernière réussite Gran Torino. Un biopic léger, mais passionnant, un beau moment de cinéma.

Fiche Technique – Jersey Boys

Jersey Boys – 2014 – USA

Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Marshall Brickman et Rick Elice
Casting : John Lloyd Young, Erich Bergen, Vincent Piazza, Michael Lomenda, Christopher Walken, Kathrine Narducci, Freya Tingley, Steve Schirripa, James Madio, Mike Doyle, Jeremy Luke, Joey Russo
Durée : 134 minutes
Genre : Biopic musical
Date de sortie française : 18 juin 2014
Photographie : Tom Stern
Montage : Joel Cox et Gary D. Roach
Costumes : Deborah Hopper
Musique : Bob Gaudio
Production : Tim Headington et Graham King
Sociétés de production : GK Films et Warner Bros
Distribution : Warner Bros

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

Larmes de Joie de Monicelli : Critique du film

Larmes de Joie : De salauds ordinaires en héros magnifiques

Farce satirique sur L’Italie d’après-guerre, cette comédie est une digne représentante d’un genre qui à fait la gloire du cinéma transalpin des années 60. Dans la lignée des Vittorio De Sica, Luigi Comencini et autre Dino Risi, Mario Monicelli s’empare alors avec brio de ce nouveau courant pour dénoncer avec un humour corrosif la situation sociale et politique d’un pays empêtré dans ses travers. Corruption, Mafia, Histoire passé et récente ainsi que bien d’autres sont les thèmes privilégiés par ces nouveaux maîtres qui entendent bien contester à leur manière les discours officiels.

Ravagée économiquement et moralement par une Seconde Guerre Mondiale particulièrement dévastatrice pour les troupes italiennes, l’Italie est exsangue. La duperie et les faux semblants sont alors érigés en valeurs nécessaires pour la survie du peuple. Les uns se rêvent stars de Cinecitta quand ils ne sont que simples figurants ou vedettes en déclins, tandis que les autres s’idéalisent gentleman cambrioleurs quand leur réalité est beaucoup plus pragmatique. Et ces tous puissants barons de la Haute Société, accueillants et prévenants, s’ils se bercent avec allégresse de joies lisses et convenues, n’en restent pas moins des descendants indirects de l’envahisseur nazi. Signe qu’on ne se débarrasse pas aussi facilement de ses démons intérieurs. Cet ensemble pour le moins hétéroclite se mélange et se croise dans une sorte de condensé révélateur d’une fuite en avant impossible. C’est aussi une belle mise en abîme d’une cinématographie en plein balbutiement qui cherche à se renouveler tout en conservant sa spécificité. Si le 7ème art n’est qu’illusion, il est aussi vital à toute démocratie qui se respecte. La force du cinéma sublime le mensonge et triomphe toujours sur la triste réalité. Le prisme de l’écran détourne les mauvaises intentions et les enjolive, avec le risque que notre lucidité de spectateur s’envole, et transforme les salauds ordinaires en héros magnifiques. La fin en est une parfaite illustration, les tricheurs et les arrivistes n’agissant ainsi que par obligation vitale. Le mépris se transforme petit à petit en empathie totale pour ces cabossés de la vie.

Enchaînant les péripéties et les gags hasardeux avec grand talent, Larmes de Joie de Monicelli orchestre un savoureux bal ou quiproquos et désillusions se construisent dans une logique implacable. Tout est pensé avec fluidité et le début « cartoonesque » de l’intrigue laisse peu à peu place à une sourde mélancolie prenante. La finesse d’esprit dont fait ici preuve le réalisateur est fort à propos dans cette étude de mœurs tragi-comique. Il faut dire qu’il est grandement aidé dans sa tâche par des acteurs au diapason. Toto, plus connu pour ses farces survoltées, fait ici preuve de retenue mais n’en perd pas pour autant son efficacité dans une succession de maladresses hilarantes. Sa force de conviction efface sans peine quelques répliques forcées et la relative fadeur originelle de son personnage. Ben Gazzara, en pickpocket charmeur gracieux et agile nous montre une belle élégance et nous enchante sans peine, élégance qu’il peaufinera plus tard en homme fragile chez Cassavetes. Et que dire de LA Magnani, sublime créature survoltée en blonde peroxydée, femme fatale mais fragile sous ses faux airs de meneuse de troupe, bien décidée à réussir à tout prix. Rôle sans doute déterminant et prémonitoire avant son interprétation la plus célèbre de mère maquerelle au grand cœur dans le non moins fameux Mamma Roma de Pasolini. Classique méconnu de l’autre coté des Alpes, il mérite amplement une plus large reconnaissance et s’inscrit pleinement dans cet âge d’or italien.

Synopsis :  Gioia Fabbricotti surnommée Tortorella, une figurante de Cinecittà qui, pour gagner sa vie, s’échine dans de petits rôles en rêvant de devenir une diva, refuse pour le réveillon de fin d’année la compagnie d’Umberto Pennazuto, un ancien acteur surnommé Infortunio pour sa capacité à provoquer de faux accidents et à escroquer les assurances. Infortunio a promis à son ami Lello, un pickpocket, de l’aider pendant la nuit de la Saint Sylvestre pour tenter quelques coups. Les trois personnages se rencontrent par hasard et Tortorella – qui a été abandonnée par les amis avec qui elle devait réveillonner – oblige les deux hommes à l’accompagner à un bal masqué. 

Fiche Technique: Larmes de Joie

Titre original : Risate di Gioia
Réalisateur : Monicelli Mario
Acteurs : Ben Gazzara, Anna Magnani, Carlo Pisacane, Totò, Edy Vessel
Genre : Comédie dramatique
Nationalité : Italien
Date de sortie : 17 juillet 1962
Durée : 1h46mn

Auteur de la critique: Le Cinéphile Dijonnais

 

Sans Retour de Walter Hill : Critique du film

Sur une sublime musique de Ry Cooder, on va suivre huit hommes de la garde nationale, sous le commandement d’un vétéran décoré du Vietnam, Crawford Poole (Peter Coyote), dans les bayous de Louisiane.

Mais la nature a changé, la carte ne correspond plus aux reliefs. Ils vont emprunter des pirogues aux cajuns, qui ne vont pas apprécier l’intrusion de ces étrangers sur leurs terres hostiles comme eux. Une cause minime, qui va avoir des conséquences majeures, en commençant par la perte de leur chef, laissant huit hommes inexpérimentés, tentant de sortir de l’enfer du bayou. Déjà aux prises avec les cajuns et la nature humide, boueuse et pluvieuse, les huit hommes vont aussi se déchirer entre eux. La vraie nature de chacun va se révéler et scinder le groupe en deux, pour le pire et plus encore.

L’histoire reprend de nombreux éléments du chef d’œuvre de John Boorman Délivrance de 1972. L’homme face à la nature et ses habitants, qui vivent selon leurs règles. Mais on peut aussi faire le lien avec l’un des films précédents de Walter Hill, Les Guerriers de la nuit, ou l’on suit un groupe traversant un lieu hostile, tentant de rejoindre leur base, pour leur survie, tout comme Alien,dont Walter Hill est le scénariste, avec ces ennemis invisibles, et ces proies dont les cris sont vains, rappelant le fameux : «Dans l’espace, on ne vous entendra pas crier».

Dès le début de Sans Retour (titre orginal Southern Comfort), ou l’on découvre les membres de l’équipe, les défauts de chacun se font jour, mais dans le feu de l’action, ils vont se révéler insurmontables et meurtriers. Le casting est particulièrement réussi, avec un acteur confirmé, Keith Carradine, déjà remarquable dans Les duellistes de Ridley Scott. Powers Boothe qui en est à ici ses débuts, trouvera un rôle qui le fera connaître à l’international dans La forêt d’émeraude de John Boorman. Keith Carradine est le leader charismatique, mais en retrait. Powers Boothe, le nouveau venu du Texas, l’étranger au fort tempérament, va pousser son camarade a prendre les commandes pour les sauver. Leur complicité naissante, va donner sa pleine mesure dans un long final angoissant, au son de « Parlez-nous à boire » interprété par Marc Savoy, Frank Savoy, Dewey Balfa et John Stelly, des musiciens cajuns. Fred Ward est un habitué des films d’action, une sorte de Charles Bronson, qui ne percera jamais vraiment, mais dont la présence physique impressionne face à Power Boothes, qui n’est pas en reste. T.K. Carter, le « quota noir » du film, ne meurt pas dès le début, au risque de surprendre. Peter Coyote, dans un de ses premiers films, affiche déjà une maturité dans son jeu d’acteur, qu’il mettra souvent au service de Roman Polanski. Brion James, un nom que l’on ne retient pas, mais une gueule que l’on n’oublie pas ; déjà fascinant ici, il le sera tout autant dans ses rôles suivants, même si celui dans Blade Runner, reste le plus marquant.

Walter Hill maîtrise l’espace, dans ce bayou qui peut aussi être considéré comme un huis clos. Ce qui démontre que le film a de multiples références, interprétations et surtout, n’est pas juste un film de genre. Un thriller étouffant, mais aussi un drame qui flirte avec le fantastique, qui vous prendra aux tripes, du début à la fin, au sens propre, comme au figuré. Sans Retour, une œuvre majeure, sublimée par la photographie d’Andrew Laszlo et la musique de Ry Cooder.

Une séance de rattrapage s’impose pour découvrir, ou redécouvrir ce classique de Walter Hill. Il aura marqué les années 80 avec son film le plus connu 48 heures, réalisé juste après Sans Retour, puis Double Détente, confirmant son statut de réalisateur de film d’action majeur durant cette période d’euphorie, avant de se faire plus discret par la suite.

Synopsis : En Louisiane, un petit groupe d’hommes de la Garde Nationale se déplace pour une marche de reconnaissance dans les bayous. Ils empruntent des pirogues abandonnées afin de traverser un lac. Pour plaisanter, l’un de ces soldats de fortune pointe son arme chargée à blanc vers la rive et tire. Les propriétaires des embarcations, des chasseurs cajuns, répliquent et tuent le chef de l’escouade. Commence alors une impitoyable chasse à l’homme.

Fiche technique – Sans Retour

Titre original: Southern Comfort – 1983 – USA

Sortie en France : 9 mars 1983
Réalisateur : Walter Hill
Scénario : Walter Hill, David Giler et Michael Kane
Casting : Keith Carradine, Powers Boothe, Fred Ward, Franklyn Seales, T.K. Carter, Lewis Smith, Peter Coyote, Brion James
Musique : Ry Cooder
Photographie : Andrew Laszlo
Producteur : David Giler
Genre : Thriller
Durée : 99 minutes
Auteur de la critique : Laurent Wu

Blue Velvet de David Lynch : Critique du film

Lorsque David Lynch s’attaque à Blue Velvet, son aura a considérablement baissée auprès des majors, suite à l’échec fracassant de Dune, le seul film que le maître ait choisi de renier. Son retour au premier plan avec Blue Velvet, peut-être le meilleur de sa filmographie, n’en est que plus admirable.

Lynch s’y affirme définitivement comme un cinéaste de l’étrange, implantant fermement son univers schizophrène dans l’inconscient collectif. Deux ans avant de se lancer dans l’aventure Twin Peaks, il s’attache déjà à dépeindre l’aspect sombre qui sommeille derrière l’apparente normalité du quotidien.

Blue Velvet, c’est avant tout deux prestations qui ont marqué la filmographie de leurs interprètes. Isabelle Rossellini, tout d’abord, alors compagne du réalisateur. Sa fragilité irradie l’écran ; la folie perce dans chacun de ses gestes ; elle incarne à merveille la dualité femme fatale/victime dans un rôle à fleur de peau. Dennis Hopper, ensuite, impressionnant de brutalité et de rage contenue. Il offre à son personnage de Frank, pervers régressif et clown dangereux, tout son talent d’acteur, dans une partition où la démence se mêle au cynisme le plus sombre.

Blue Velvet : Une Amérique coincée entre anges et démons

Blue Velvet, c’est aussi la quintessence du film lynchien, la toile sur laquelle se projettent ses obsessions de cinéaste, sans parvenir encore à la maturation qui tendront ses futurs films. Le film pourrait presque se voir comme un brouillon de Twin Peaks, un ancêtre de Mulholland Drive, une ébauche de Lost Highway. Dans son opposition radicale entre des journées baignant la banlieue américaine dans la normalité la plus banale et la nuit la plus sombre d’où émergent les folies destructrices et la perversité. Dans sa façon de diviser le monde entre la pureté et l’innocence presque naïve d’un côté, et les plus noirs fantasmes d’un esprit malade de l’autre. Dans sa manière de faire s’entrechoquer ces deux univers, de les imbriquer l’un dans l’autre pour leur donner plus de substance.

On retrouve aussi dans le scénario les pulsions d’une Amérique coincée entre anges et démons. Laura Dern représente la vision idéale de la Girl next door, la jeune fille propre sur elle et candide. Sa blondeur tranche avec la brune Rossellini, qui complète la dichotomie madone/putain que Lynch se plaît à entretenir dans ses portraits de femme. Une dualité que l’on retrouvera dans le diptyque Lost Highway/Mulholland Drive. Dennis Hopper est, lui, le reflet d’une société malade et violente, le rejeton de cette face cachée de l’Amérique, rendue malade par les drogues et le vice. Le choix de l’acteur qui restera associé à Billy, d’Easy Rider, est sans doute tout sauf innocent.

Et, bien sûr, il y a Kyle MacLachlan. Celui que le réalisateur considère comme son double à l’écran, et à qui il donnera également le rôle principal dans Twin Peaks. L’interprétation du jeune homme, qui joue à merveille sur la corde raide entre ces deux univers, est pour beaucoup dans le succès du film. Il parvient à merveille à incarner les deux facettes de cet American Dream, de ce rêve lynchien qui tourne au cauchemar. Le duo échappe ainsi aux fantômes de Dune, qui a failli ruiner leur carrière réciproque.

Plus accessible que ses futures œuvres, tout en restant fidèle à l’univers torturé de son auteur, Blue Velvet est la parfaite porte d’entrée dans la filmographie de David Lynch. Un cauchemar d’une beauté subjuguante et envoûtante.

Synopsis : Épaulée par son amie Sandy, Jeffrey, un jeune homme, mène son enquête concernant une oreille humaine trouvée dans un terrain vague. Il croise sur son chemin Dorothy Vallens, une mystérieuse chanteuse de cabaret. 

Fiche Technique: Blue Velvet

États-Unis – 1986
Réalisation: David Lynch
Scénario: David Lynch
Interprétation: Isabella Rossellini (Dorothy Vallens), Kyle MacLachlan (Jeffrey Beaumont), Dennis Hopper (Frank Booth), Laura Dern (Sandy Williams), Hope Lange (Mrs Williams), Dean Stockwell (Ben), George Dickerson (le détective John D. Williams), Priscilla Pointer (Mrs Beaumont)…
Genre: Thriler
Distributeur: Action Cinémas / Théâtre du Temple
Date de sortie: 12 février 2014
Durée: 2h
Scénario: David Lynch
Image: Frederick Elmes
Décor: Patricia Norris
Costume: Gloria Laughride
Son: Jeffrey A. Williams, Tony Stephens
Montage: Duwayne Dunham
Musique: Angelo Badalamenti
Production: Dino De Laurentiis Productions

Auteur de la critique : M.Y