Jersey Boys de Clint Eastwood : Critique du film

Tommy DeVito (Vincent Piazza) rêve de devenir célèbre et pour lui, il n’y a que trois moyens : devenir militaire, au risque de mourir ; devenir mafieux, aussi au risque de mourir ; ou devenir une star. Il a choisi le second moyen en travaillant pour le mafieux local Angelo DeCarlo (Christopher Walken), tout en chantant dans les bars du coin. Il est conscient de son manque de talent vocal, mais il a pris sous sa protection, le jeune Frankie Valli (John Lloyd Young) et sa voix d’ange.

Synopsis : L’histoire de The Four Seasons, un groupe de pop rock américain des années 60. De leurs débuts dans le New Jersey, leurs liens avec la mafia, leurs nombreux succès, jusqu’à la séparation du groupe.

De Newark à New York

Il va le mettre sur le devant de la scène et monter un groupe avec son frère Nick DeVito (Johnny Cannizzaro) et son ami Nick Massi (Michael Lomenda). Après le départ de son frère, Tommy DeVito veut absolument un quatuor, la mode des trios ayant pris fin ; il se met en quête d’un nouveau membre, avec l’aide de Joe Pesci (Joey Russo). Ils vont faire la connaissance de Bob Gaudio (Erich Bergen), un auteur/compositeur, qui va écrire tout les tubes du groupe. Après divers noms de scènes, ils vont enfin trouver celui qui sera définitif, après un échec dans un bowling, l’enseigne affichant : « The Four Seasons ».

Adaptation de la comédie musicale du même nom par Clint Eastwood, ce dernier surprend dans sa manière d’aborder l’histoire du groupe, en brisant le quatrième mur. En effet, Vincent Piazza s’adresse directement à la caméra, rendant le film particulièrement agréable dès le début.

Jersey Boys a un ton comique au début. Le cambriolage foireux, tout comme la rencontre de John Lloyd Young avec sa future femme Jacqueline Mazarella et des répliques cinglantes, font sourire. Mais à l’image du climat hostile qui s’installe entre les différents membres du groupe, le film glisse vers le drame. Si le côté comédie est réussi, celui du drame, moins. Le film est léger, il ne va jamais au fond des choses, même si un flash-back permet de mieux comprendre les événements qui se déroulent.

Le côté mafieux, même s’il se fait plutôt discret, a son importance; est aussi intéressant, encore plus quand le caïd a les traits de l’immense Christopher Walken, capable en un mouvement de sourcil, de rendre son personnage sombre, puis chaleureux.

Clint Eastwood a fait le choix de ne pas prendre de stars, en dehors de Christopher Walken, cela va de soi. John Lloyd Young interprétant déjà Frankie Valli sur scène, s’en sort surtout grâce à sa voix, son jeu étant quelconque. Vincent Piazza a déjà une carrière à la télévision, il interprète Lucky Luciano dans l’excellente série Boardwalk Empire. Son personnage est le plus intéressant de tous, un enfant de la rue, un mafieux sans envergure, un chanteur banal, un manager désastreux, détesté par tout le monde, mais au charisme indéniable. Erich Bergen se contente d’apparition dans des séries télévisées, sa performance va sûrement lui offrir des rôles plus conséquents. Il va mettre du temps à s’imposer, mais son évolution est la plus intéressante, sa scène de dépucelage est savoureuse et surtout, jamais vulgaire. Michael Lomenda est l’inconnu des quatre, il débarque de nulle part et s’en sort bien, rien de transcendant, mais il faut bien avouer que Vincent Piazza et Erich Bergen bouffent tellement l’écran, qu’il est difficile pour les deux autres d’exister.

La réalisation de Clint Eastwood est sobre : il suit ses personnages, se met au service de l’histoire. Il est un peu à la peine, quand cela s’accélère, mais se rattrape lors des concerts et surtout dans un final, rendant hommage à tout le casting et à la pièce musicale. Sûrement la fin la plus jouissive de l’année.

Les dialogues sont savoureux, surtout dans la comédie. Malgré tout, le scénario de Marshall Brickman (ancien scénariste de Woody Allen dans les années 70/80) et Rick Elice, est le point faible du film. Comme dit précédemment, l’histoire manque de profondeur. Les liens avec la mafia sont effleurés, tout comme la vie de famille de chacun. Même si celle de Frankie Valli, se fait plus présente dans la seconde partie. C’est surtout pour offrir de nouveaux éléments dramatiques, dont le décès de sa fille, qui est aussi traité en surface. Il y a de nombreuses zones d’ombres, cela frustre un peu ; on sent que le film avait tout pour être un nouveau grand Clint Eastwood.

C’est un bon film, on rit souvent, on a parfois la gorge nouée et même la larme à l’œil, avec un final étincelant. On n’est pas loin de sa dernière réussite Gran Torino. Un biopic léger, mais passionnant, un beau moment de cinéma.

Fiche Technique – Jersey Boys

Jersey Boys – 2014 – USA

Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Marshall Brickman et Rick Elice
Casting : John Lloyd Young, Erich Bergen, Vincent Piazza, Michael Lomenda, Christopher Walken, Kathrine Narducci, Freya Tingley, Steve Schirripa, James Madio, Mike Doyle, Jeremy Luke, Joey Russo
Durée : 134 minutes
Genre : Biopic musical
Date de sortie française : 18 juin 2014
Photographie : Tom Stern
Montage : Joel Cox et Gary D. Roach
Costumes : Deborah Hopper
Musique : Bob Gaudio
Production : Tim Headington et Graham King
Sociétés de production : GK Films et Warner Bros
Distribution : Warner Bros

Auteur de la critique : Laurent Wu

 

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.