Larmes de Joie de Monicelli : Critique du film

Larmes de Joie : De salauds ordinaires en héros magnifiques

Farce satirique sur L’Italie d’après-guerre, cette comédie est une digne représentante d’un genre qui à fait la gloire du cinéma transalpin des années 60. Dans la lignée des Vittorio De Sica, Luigi Comencini et autre Dino Risi, Mario Monicelli s’empare alors avec brio de ce nouveau courant pour dénoncer avec un humour corrosif la situation sociale et politique d’un pays empêtré dans ses travers. Corruption, Mafia, Histoire passé et récente ainsi que bien d’autres sont les thèmes privilégiés par ces nouveaux maîtres qui entendent bien contester à leur manière les discours officiels.

Ravagée économiquement et moralement par une Seconde Guerre Mondiale particulièrement dévastatrice pour les troupes italiennes, l’Italie est exsangue. La duperie et les faux semblants sont alors érigés en valeurs nécessaires pour la survie du peuple. Les uns se rêvent stars de Cinecitta quand ils ne sont que simples figurants ou vedettes en déclins, tandis que les autres s’idéalisent gentleman cambrioleurs quand leur réalité est beaucoup plus pragmatique. Et ces tous puissants barons de la Haute Société, accueillants et prévenants, s’ils se bercent avec allégresse de joies lisses et convenues, n’en restent pas moins des descendants indirects de l’envahisseur nazi. Signe qu’on ne se débarrasse pas aussi facilement de ses démons intérieurs. Cet ensemble pour le moins hétéroclite se mélange et se croise dans une sorte de condensé révélateur d’une fuite en avant impossible. C’est aussi une belle mise en abîme d’une cinématographie en plein balbutiement qui cherche à se renouveler tout en conservant sa spécificité. Si le 7ème art n’est qu’illusion, il est aussi vital à toute démocratie qui se respecte. La force du cinéma sublime le mensonge et triomphe toujours sur la triste réalité. Le prisme de l’écran détourne les mauvaises intentions et les enjolive, avec le risque que notre lucidité de spectateur s’envole, et transforme les salauds ordinaires en héros magnifiques. La fin en est une parfaite illustration, les tricheurs et les arrivistes n’agissant ainsi que par obligation vitale. Le mépris se transforme petit à petit en empathie totale pour ces cabossés de la vie.

Enchaînant les péripéties et les gags hasardeux avec grand talent, Larmes de Joie de Monicelli orchestre un savoureux bal ou quiproquos et désillusions se construisent dans une logique implacable. Tout est pensé avec fluidité et le début « cartoonesque » de l’intrigue laisse peu à peu place à une sourde mélancolie prenante. La finesse d’esprit dont fait ici preuve le réalisateur est fort à propos dans cette étude de mœurs tragi-comique. Il faut dire qu’il est grandement aidé dans sa tâche par des acteurs au diapason. Toto, plus connu pour ses farces survoltées, fait ici preuve de retenue mais n’en perd pas pour autant son efficacité dans une succession de maladresses hilarantes. Sa force de conviction efface sans peine quelques répliques forcées et la relative fadeur originelle de son personnage. Ben Gazzara, en pickpocket charmeur gracieux et agile nous montre une belle élégance et nous enchante sans peine, élégance qu’il peaufinera plus tard en homme fragile chez Cassavetes. Et que dire de LA Magnani, sublime créature survoltée en blonde peroxydée, femme fatale mais fragile sous ses faux airs de meneuse de troupe, bien décidée à réussir à tout prix. Rôle sans doute déterminant et prémonitoire avant son interprétation la plus célèbre de mère maquerelle au grand cœur dans le non moins fameux Mamma Roma de Pasolini. Classique méconnu de l’autre coté des Alpes, il mérite amplement une plus large reconnaissance et s’inscrit pleinement dans cet âge d’or italien.

Synopsis :  Gioia Fabbricotti surnommée Tortorella, une figurante de Cinecittà qui, pour gagner sa vie, s’échine dans de petits rôles en rêvant de devenir une diva, refuse pour le réveillon de fin d’année la compagnie d’Umberto Pennazuto, un ancien acteur surnommé Infortunio pour sa capacité à provoquer de faux accidents et à escroquer les assurances. Infortunio a promis à son ami Lello, un pickpocket, de l’aider pendant la nuit de la Saint Sylvestre pour tenter quelques coups. Les trois personnages se rencontrent par hasard et Tortorella – qui a été abandonnée par les amis avec qui elle devait réveillonner – oblige les deux hommes à l’accompagner à un bal masqué. 

Fiche Technique: Larmes de Joie

Titre original : Risate di Gioia
Réalisateur : Monicelli Mario
Acteurs : Ben Gazzara, Anna Magnani, Carlo Pisacane, Totò, Edy Vessel
Genre : Comédie dramatique
Nationalité : Italien
Date de sortie : 17 juillet 1962
Durée : 1h46mn

Auteur de la critique: Le Cinéphile Dijonnais

 

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