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Killers, un film des frères Mo : Critique

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Killers : Le renouveau du film de tueurs en série ?

Synopsis: Bayu est un journaliste qui enquête sur la corruption de la classe politique indonésienne. Son obsession l’enferme dans une spirale négative : rétrogradé au simple rang de cameraman, il voit aussi son couple partir en lambeaux. En fouillant dans les recoins obscurs d’internet, il tombe sur la vidéo d’un tueur psychopathe japonais qui filme l’agonie de ses victimes.

Il suffira d’une étincelle pour que les trajectoires de ces deux hommes si différents se rejoignent.

L’histoire de Killers commence un an auparavant avec la diffusion de V/H/S/ 2 lors de l’Etrange Festival. Parmi les sketchs qui le composait, un en particulier a retenu l’attention de tout le monde : Safe Haven. Plongée apocalyptique au cœur d’une secte satanique, il combinait les talents de deux réalisateurs : Gareth Evans, que nous connaissons pour la série des The Raid, et Timo Tjahjanto du duo de réalisateurs : les Mo Brothers (dont fait aussi partie Kimo Stamboel, qui semble plus impliqué dans l’aspect logistique des films). Si nous avons eu la chance de voir les films de l’expatrié anglais, nous n’avions pas pu voir Macabre en France, de sorte que la question se posait : qui a eu la plus grosse influence sur la réalisation de ce formidable moment de cinéma fantastique ?

La bande annonce de ce Killers devait nous apporter quelques réponses, et faire naître une envie bien compréhensible : portée par une musique hypnotique, elle promettait un film aussi violent que dérangeant, appliquant l’esthétique brute d’un The Raid au genre du film de tueur en série. Une parenté qui s’annonçait d’autant plus claire, que la grande majorité des acteurs était déjà apparue dans les films de Gareth Evans.

C’est donc avec une très grande envie que l’on est allé découvrir le film à l’Etrange Festival de cette année, et ce d’autant plus que les premiers retours parlaient d’un film profondément dérangeant. On va voir que si Killers a des qualités, il est loin d’être à la hauteur de cette attente.

Les deux visages de la mort

Killers raconte deux histoires, évoluant en parallèle, et qui, on l’imagine bien, vont se rejoindre arrivées à un certain point.

D’un côté on a Bayou : idéaliste, il perd peu à peu pied suite à ses problèmes professionnels. Pourquoi le fait de révéler la vérité devrait-il le mettre en échec ? La volonté de se venger monte en lui, et il suffit, comme dans Colt 45, d’une agression pour qu’elle se déploie dans des meurtres de plus en plus audacieux, et de plus en plus politiques. En filmant l’agonie de ses victimes, il reprend aussi bien le dispositif du tueur japonais, qu’il exerce son métier de journaliste, enregistrant l’actualité en train de se faire, de la manière la plus radicale qui soit.

De l’autre côté on a Nomura : sous ses apparences d’homme d’affaire sans histoire, il s’agit d’un tueur psychopathe avec toute la panoplie qui va avec : cibles féminines, salle de torture secrète dans sa maison, et histoire familiale troublée. Son intrigue tournera beaucoup autour de son histoire d’amitié avec une jeune fleuriste, tentant d’élever son jeune frère autiste, malgré les difficultés financières.

Tout l’intérêt du film est de voir la progression de ces deux personnages : l’un qui se déshumanise et devient de plus en plus violent envers ses proches dans une fuite en avant possiblement fatale, l’autre qui s’humanise au contact d’une femme qu’il pourrait ne pas envisager comme une victime, et qui va l’emmener dans un processus de remise en question de sa toute puissance. Cette progression n’est heureusement pas linéaire : Bayu se voit devenir un monstre, et cherche à se rattacher à ce qui était bon en lui, tandis que Nomura accepte mal d’être remis en cause, et rendra coup pour coup face aux humiliations qu’il pourrait subir.

Une histoire de violence 

Killers est un film très référencé d’un point de vue cinématographique : il est le croisement entre deux traditions du thriller opposées : d’un côté le modèle de l’histoire de Bayu est à chercher en Corée, avec deux films en point de repère : Sympathy for Mister Vengeance de Park Chan-Wook, et The Murderer de Na Hong-Jin. Comme dans le premier film, on assiste à la descente en enfer d’un homme qui va commettre des actes inacceptables par idéal politique et va en payer le prix fort. Comme dans le second film, cela va l’amener à des séquences d’action enlevées où sa maladresse sera compensée par son énergie pour échapper aux poursuivants, qui se feront de plus en plus nombreux avec le temps.

De l’autre côté, l’histoire de Nomura évoque des figures très classiques du thriller allant de Psychose à Millénium, avec tous les clichés qui collent à la peau des serial killers de cinéma.

Cette rencontre est censée apporter un regard neuf sur chacune de ces deux approches, mais cela ne fonctionne pas réellement pour plusieurs raisons.

Tout d’abord; parce que les deux intrigues se croisent trop tardivement, et de manière trop artificielle, ce qui non seulement donne parfois l’impression de regarder ce que les amateurs de nanar connaissent sous le nom de deux en un, mais en plus, laisse penser que chaque histoire aurait été plus intéressante traitée seule dans son propre film.

Ensuite parce que le film est trop timide. Sympathy for Mister Vengeance était un film qui impliquait entièrement le spectateur, et n’hésitait pas à lui faire vivre des scènes émotionnellement insoutenables : Killers garde les scènes les plus dures hors champ et n’arrive pas à créer de véritable lien émotionnel avec le personnage principal. De plus la croisade menée par Bayu manque d’ambiguïté : alors qu’il aurait été intéressant de mettre en doute le regard du personnage principal, chacune de ses actions montre que s’il n’est pas quelqu’un de bon, les autres sont pires encore, justifiant pleinement ses actes.  De même dans sa partie horreur, le film est trop timide en violence graphique et psychologique pour créer le malaise du spectateur.

De sorte qu’il échoue sur deux plans :

  • pour le spectateur qui s’intéresse à l’histoire, le film n’est pas assez incarné, en proposant une intrigue qui repose trop sur des clichés de cinéma et pas assez sur des personnages
  • pour le cinéphile qui aura l’impression d’avoir vu tout cela en mieux ailleurs.

Un sentiment de gâchis 

Si Killers a été accueilli très favorablement dans les festivals où il a été projeté, il n’est pas si étonnant de le voir sortir directement en DVD en France. Si on a évidemment vu bien pire en salles cette année, il paie son manque de vedettes pour un public français, et son absence d’originalité. En récitant ses leçons de cinéma extrême d’une manière très appliquée mais prévisible, il peine à intéresser le spectateur durant ses deux heures dix-sept. On en ressort avec une impression de gâchis : il y a en effet un vrai potentiel visuel chez les Mo Brothers, un vrai sens de l’action et de l’utilisation de la musique. On aimerait simplement voir tout cela au service d’une histoire plus personnelle. L’annonce d’un prochain film de Timo Tjahjanto en solo, The night comes for us, écrit par Gareth Evans, avec le même chorégraphe et les mêmes acteurs que dans les The Raid ne semble pas aller dans cette direction.

Killers : Bande-annonce

Killers : Fiche technique

Titre original : Killers
Réalisation : Mo Brothers (Kimo Stamboel, Timo Tjahjanto)
Scénario : Takuji Ushiyama, Timo Tjahjanto
Interprètation : Oka Antara, Kazuki Kitamura, Rin Takanashi, Luna Maya
Photographie : Gunnar Nimpuno
Musique : Aria Prayogi
Production : Yoshinori Chiba, Shinjiro Nishimura, Kimo Stamboel, Timo Tjahjanto, Takuji Ushiyama
Société de distribution : Wild Side
Sélections : Films de minuit au festival Sundance 2014 , Etrange Festival 2014
Genre : Thriller
Durée : 02h17
Date de sortie : 26 novembre 2014 en DVD

Indonésie / Japon – 2014

 

Eau argentée, Syrie autoportrait de Ossama Mohammed

Wiam Simav Bedirxan, 35 ans, a filmé le quotidien de sa ville assiégée depuis trois ans. Ses rushes ont servi au réalisateur syrien, Ossama Mohammed, pour réaliser Eau argentée : Syrie autoportrait, un documentaire poignant présenté en Sélection Officielle Cannes 2014 – Séances Spéciales, également sous-titré « Mille et une histoires par mille et un Syriens ».

Cinéma de l’insoutenable

Que valent les mots face à ce requiem saisissant d’une nation autodestructrice ? Exercice hautement jubilatoire autant que délicat et malaisé que la construction d’une critique juste et précise qui puisse rendre la pleine mesure à cette œuvre, qu’est Eau argentée, Syrie autoportrait. Cernée par la colère et le désespoir tout autant qu’empreinte de la mélancolique poésie arabe, elle est la pleine et entière expression d’un peuple défait mais héroïque.  L’incroyable puissance que dégage cet objet hybride, ne sert qu’à conforter et confirmer notre bonne conscience de spectateur attristé par cet effroyable mise à mort. Eau argentée, Syrie autoportrait est conçu comme un témoignage direct du parricide étatique de la contrée Syrienne, il fait office d’avertissement et se rappelle à notre mémoire sélective embrouillée d’événements tragiques déjà passés à la postérité, chassés par le tourbillon médiatique des conflits mondiaux plus « télégéniques » à même d’accaparer l’audience.

Notre connaissance plus que partielle de L’Histoire Syrienne, et la réduction qui en est faite à travers les journaux télévisés en affadit considérablement la complexe tradition et nous tend un miroir peu reluisant de notre suffisance. Il en va ainsi de nombreux autres cas similaires, et ce que cela raconte de notre bienséance à l’égard des civilisations « bâtardes », n’est pas pour nous grandir. Nous en sommes alors réduits à attendre ce genre de film documentaire pour nous rendre compte que L’Horreur n’a pas de frontières, et que notre méconnaissance culturelle dessert notre esprit critique. Nous avons alors beau jeux de verser des larmes de crocodile à la vision de La Terreur. Et les pires amalgames sont alors édictés comme vérités notoires, par nos visions étriquées de la situation donnée. Seuls les plus éclairés et les plus curieux iront chercher la contradiction pour élargir leurs pensées et y voir plus clair. Ceci n’étant pas inné, il est clairement dommageable que les médias de masse se contentent d’un travail peu élaboré et n’aillent pas chercher des sources bien plus fiables. Le cinéma, s’il doit ouvrir notre regard sur le monde qui nous entoure et nous interpeller en tant que citoyens de la mondialisation, ne doit pas prendre la responsabilité de remplacer notre éducation intellectuelle.

Requiem de l’horreur

Eaux Argentée, Syrie Autoportrait fait donc acte de transmission. Héritage d’une longue et catastrophique guerre confessionnelle, le démantèlement du pays est le résultat douloureux d’un processus d’anéantissement méticuleux de Bachar El Assad. De confession alaouite, longtemps méprisé, torturé et chassé par le pouvoir sunnite en place, il s’était juré, à la suite de son père (Hafez El Assad) de rendre la pareille aux mécréants. S’ajoutant à l’ardue cohabitation entre les deux fratries du fait de la domination macabre des seconds, son accession au trône suprême ne pouvait qu’accélérer cette scission (pour plus de précisions, voir ce dossier de Courrier International et celui-ci du Point). Mais plus que ce passé si difficile, ce qui intéresse davantage le réalisateur est comment se réapproprier sa nationalité quand tout concourt à rendre apatride L’Humain dans une Nation devenue inapte juridiquement. Qui ne sait respecter et valoriser son identité au point de l’anéantir, ne peut aucunement se considérer comme patriote. Il ne suffit pas d’user de la persuasion et de la force pour affirmer son entité, et les antécédents dictatoriaux tendent à nous le démontrer.

Aux moyens de vidéos amateurs et de petites caméras nous est alors montrée la pure abjection d’un régime sans scrupules, éliminant la moindre contestation revendicative. Ce qui n’était au départ qu’une légitime aspiration démocratique à plus de liberté, se change subitement en révolte populaire face à tant d’ignominies. Corps sans vie ensanglantés, sévices traumatisants et exécutions sommaires sont ici restitués sans filtre, avec une brutalité écœurante (une insistance peu opportune sur cette horreur dévitalise par ailleurs la force du propos). Choquant mais nécessaire pour nous secouer. Filmées caméra à l’épaule, ces séquences interpellent notre représentation du réel, et nous font reconsidérer avec vigilance la violence fictionnelle.

La maitrise de ces outils est encore plus rehaussée par la correspondance lumineuse qu’entretiennent le documentariste et son homologue resté au pays, fruit d’un dialogue permanent interrogeant avec acuité le présent incertain et l’avenir indéfinissable. Ou la mort fait partie intégrante d’un processus de réhabilitation et la peur n’empêche pas le courage. C’est aussi et surtout l’illustration que les pouvoir du cinéma et de l’imagination resteront toujours plus fort symboliquement que le sens de la vie. Agrémentées de chansons et de poèmes de L’Ancien Mythe Perse, ils accompagnent magnifiquement la traversée éprouvante des deux comparses. Nourri de références aux cinématographes d’avant-guerre et à ses codes culturels occidentaux (Charlie Chaplin, Hiroshima Mon Amour, Edith Piaf), il frappe aussi par sa similitude avec des archives historiques des charniers et des pogroms de l’époque soviétique et nazie. Un champ lexical proche de la Solution Finale dont nous avait plus habitués jusqu’à présent les récits de Claude Lévi-Strauss et Primo Lévi. Signe que la barbarie prend aujourd’hui d’autres formes mais qu’elle reste bien présente à nos portes.

Synopsis : En Syrie, les Youtubeurs filment et meurent tous les jours. Tandis que d’autres tuent et filment. A Paris, je ne peux que filmer le ciel et monter ces images youtube, guidé par cet amour indéfectible de la Syrie. De cette tension entre ma distance, mon pays et la révolution est née une rencontre. Une jeune cinéaste Kurde appelée Simav (« eau argentée » en kurde) qui lui demande : de Homs m’a « Tchaté » : « Si ta caméra était ici à Homs que filmerais-tu ? » Le film est l’histoire de ce partage.

Extrait: Eau argentée, Syrie autoportrait 


Fiche technique : Eau argentée, Syrie autoportrait

Sous-titré « Mille et une histoires par mille et un Syriens »
Auteur : Ossama Mohammed (Étoiles de jour, Sacrifices)& Wiam Simav Bedirxan
Image: Wiam Simav Bedirxan, thousand Syrians & Ossama Mohammed
Son : Raphael Girardot
Direction de production : Camille Laemlé & Martin Berthier
Montage : Maïsoun Assad
Musique Originale : Noma Omran
Mixage : Jean-Marc Schick
Producteur exécutif : Les Films d’Ici (Serge Lalou & Camille Laemlé) & PROACTION FILM (Orwa Nyrabia & Diana El Jeiroudi) en association avec Arte France- La Lucarne – Chargé de programme Luciano Rigolini
Version originale : Arabe
Version Disponible : VOSTVF – VOSTA
Durée : 90′
Format : HD

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais (Sabri)

Samba, un film d’Olivier Nakache et Eric Toledano : Critique

Une mariée, de l’euphorie, une plongée dans l’envers du décor… Le début de Samba fait écho à celui d’un autre film, sorti la même semaine : Geronimo  (Tony Gatlif). Après ces premières images trompeuses mais reflétant l’ambiance générale de Samba – l’euphorie  – on sent de suite que les deux films n’ont pas la même ambition.

Si Samba a un nom de danse et que  Geronimo à des airs de West Side Story, avec des scènes de danse incontrôlables, c’est dans leur ambition que les deux films diffèrent. Bouffée d’adrénaline aussi optimiste que violente, Geronimo épouse la vitalité de ses acteurs alors que Samba utilise de grands acteurs, connus et souvent très bons, pour leur faire faire ce qu’ils savent le mieux nous offrir : un visage frêle mais apaisant pour Gainsbourg, un gentil « pauvre » pour Omar Sy. Même quand ils sont à contre-emploi, comme Tahar Rahim, ce n’est que pour des seconds rôles pas très incarnés. Samba déçoit donc non pas à cause de ce que l’on attendait du film après Intouchables, mais à cause d’un duo de réalisateurs trop modestes pour leur ambition, à savoir que le film, mettant en scène une privilégiée et un rejeté, rejoue à travers Alice (Charlotte Gainsbourg) qui cherche ici son sens, une révolution avortée. Après un tel succès il y a 3 ans, on aurait pu espérer qu’avec un sujet aussi fort, les réalisateurs auraient fait se lever les foules. Mais le miel du film en fait une piètre révolution de velours où chacun n’est finalement que le médicament de l’autre. A l’image de la dernière scène du film qui le démontre aisément : le film n’est là que pour que chacun s’échange ses propres gris-gris, pour que deux personnages attachants se sauvent, presque malgré eux. Cessons là les comparaisons. Toledano et Nakache en font bien assez eux-mêmes en mettant en scène des duos, comme eux, que tout oppose mais qui créent ensemble une alchimie à laquelle on croit sans y croire, par la magie du cinéma vue ici comme une machine à miracle, à belles histoires, à émouvoir.

Populaire et exigeant ?

Samba, dernier né du duo Nakache / Toledano, est à l’image de ses affiches toutes resserrées sur le visage serein de ses personnages : sucré, policé, trop sage. Sur les affiches, la lumière est très belle, pas forcément dans le film, qui souffre d’une image plutôt banale et d’une absence souvent flagrante de mise en scène. A la manière de leur immense succès passé, ils opposent aujourd’hui deux figures diamétralement opposées : une paumée en burn-out à la recherche de sens (et de tendresse) et un sans-papiers sous le coup d’une reconduite à la frontière. Derrière ces figures, on aurait aimé plus de corps, de chair, moins de surface. Les blagues arrivent dès le début. Parce que le regard posé sur notre monde malade, de son rejet ou de sa pression, est d’emblée rempli d’humour et d’humanisme. Oui, il y a une vraie volonté chez ce duo d’écrire une rencontre, des rencontres, mais sans aller assez loin. C’est ce qu’on regrette, car malgré l’absence d’un vrai parti pris de mise en scène, les deux réalisateurs réussissent des scènes assez belles, notamment au cœur du centre où les bénévoles, qui tentent de venir en aide aux sans-papiers, officient. L’humour est fort bien dosé car il montre l’absurdité des impasses administratives, souvent mineures mais déterminantes, auxquelles sont confrontés des êtres dépassés. Il y a alors une incompréhension qui domine. Mais leur humour, s’il est bien retranscrit dans les dialogues assez finement écrits, est parfois trop omniprésent. C’est surement que Nakache et Toledano n’ont pas encore bien cerné leur nouveau  public. Résultat, ils veulent plaire à tout le monde en contant la rencontre entre Charlotte Gainsbourg – habituée à d’autres films – et Omar Sy leur acteur fétiche que la plupart des spectateurs sont venus voir pour rire. Parce que c’est leur comique et que son personnage, qui se dit effrayé pendant tout le film, ne fait jamais ressentir sa vraie peur. C’est pourtant là tout le sujet du film : l’absence de reconnaissance, le repli sur soi, la peur d’être exposé. Que Samba doive se cacher pour échapper à la police, ou qu’Alice se soit isolée par dépression, aller vers les autres est pour eux, complexe. Quand ils se rencontrent, elle ne sait pas quoi dire, et ne comprend pas, elle non plus, tout ce qui se passe. Elle est naïve dans ce monde, elle pense que tout peut s’arranger. Nous pas. On sait que le cinéma à la Tolenado/Nakache, est une machine à illusion, à miracles, pourtant on ne marche pas toujours. Parce qu’on a du mal à croire à cette accumulation de deus ex-machina sous la forme de rencontres qui font de Samba-Omar Sy un clown malgré lui. Qu’il rencontre un sans-papiers fou d’amour dans le centre de rétention où il reste enfermé, ou un faux brésilien au bagout indomptable, ce n’est que pour faire rire, tout en voulant émouvoir.

Un film sans « début d’abus »

On ne peut pas en vouloir à ce film mais plutôt à l’ambition des deux réalisateurs, celle de raconter, au plus grand nombre, ce que c’est qu’attendre des papiers, une identité, une terre d’accueil. Certes, pour raconter la misère, l’humour est tout aussi noble que le drame, mais ici c’est un trop plein d’humour, toutes les répliques semblant être écrites comme pour faire rire. Et pourtant, avec Charlotte Gainsbourg, souvent lumineuse et bien ancrée dans son personnage de dépressive, et les regards qu’elle échange avec Omar Sy, le film tente d’atteindre autre chose. On sait ce que ces deux-là vont finir par  s’aimer. Pourtant, on les observe avec plaisir, se chercher, se raconter. Parce qu’elle n’a pas un regard misérabiliste sur sa condition à lui, parce qu’il ne comprend pas bien ce qu’elle a vécu. C’est quoi le burn-out sinon un symptôme d’une société qui va à toute vitesse ? A-t-on le droit d’être déprimé de son travail quand on a face à soi quelqu’un qui donnerait n’importe quoi pour en avoir un stable, rester en France ? D’ailleurs, on ne sait jamais vraiment ce que Samba cherche en France, il voudrait quelque chose mais rêve, comme son oncle, tout autant de rentrer. Alice n’est presque là que pour justifier qu’on commence à vouloir qu’il reste. Son rêve est bien de rentrer un jour, de construire une maison dans son Sénégal natal. Et la France avec lui est ambiguë, ce que montre bien le film. A l’image d’Alice qui se console, cherche un sens en aidant ces sans-papiers mais pourtant veut sa douleur tout aussi – voire plus – légitime. Si Alice cherche un « début d’abus », le film n’en trouve pas, restant en surface, ne tentant jamais de se plonger à corps perdu dans son sujet. La pression que ressentent ces deux-là, ils ne nous la font jamais vivre, nous disant seulement que tout est prétexte à rire, que la misère n’est pas une fatalité. On rit, c’est vrai, mais on attend aussi que certaines scènes gags durent moins longtemps. On ne sait plus où est le drame, où est le rire. Parfois savamment dosée, cette alchimie ne marche pas toujours parce qu’elle est diluée. Notamment face à certains personnages secondaires. A l’image du début d’histoire d’amour entre Alice et Samba, qui au début démarre doucement et ne démarre plus. On aime leur pudeur, leurs regards, leurs blagues, on adore les voire se hurler dessus. Mais rien de neuf. Ce regard épouse trop de sujets à la fois, fait de Samba une quête d’identité qui s’effrite où tout fini bien. Croire en l’amour certes, mais avec plus de fougue, ça aurait été beaucoup mieux. Le film n’a certainement pas d’autre ambition qu’être ce qu’il est, mais il peine pourtant à se décider. Est-t-il plutôt Charlotte Gainsbourg ou Omar Sy ? Le problème c’est qu’il est les deux à la fois, veut s’adresser à tout le monde et finit par « s’enguimauver ». Dommage, car le film n’est pas foncièrement mauvais. Dans le paysage de la comédie française, on sent que Samba est largement au-dessus, qu’il flotte quelque part mais n’a pas encore – comme Alice et Samba dans la société qui les ignore – trouvé sa place.

Synopsis : Samba, sénégalais en France depuis 10 ans, collectionne les petits boulots ; Alice est une cadre supérieure épuisée par un burn out. Lui essaye par tous les moyens d’obtenir ses papiers, alors qu’elle tente de se reconstruire par le bénévolat dans une association. Chacun cherche à sortir de son impasse jusqu’au jour où leurs destins se croisent… Entre humour et émotion, leur histoire se fraye un autre chemin vers le bonheur. Et si la vie avait plus d’imagination qu’eux ?

Fiche Technique : Samba

France – 2014
Réalisation: Olivier Nakache, Eric Toledano
Interprétation: Omar Sy (Samba), Charlotte Gainsbourg (Alice), Izia Higelin (Manu), Tahar Rahim (Wilson)
Date de sortie: 15 octobre 2014
Durée: 1h58
Genre: Comédie
Montage: Dorian Rigal-Ansous

Massacre à la Tronçonneuse (version 4K restaurée), un film de Tobe Hooper : Critique

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A l’occasion des quarante ans de la sortie du film dans les salles américaines, Massacre à la Tronçonneuse se paye une nouvelle jeunesse avec un lifting de luxe, rien de moins qu’une restauration en 4K.

Présenté en séances spéciales à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes 2014, cette version en haute qualité semble valoir le coup pour que Carlotta Films, son distributeur, décide de le ressortir dans quelques dizaines de salles françaises en cette fin du mois d’octobre. Pile pour Halloween. Avant d’accuser la restauration de n’être qu’un argument marketing pour surfer sur le succès légendaire du film, il convient de signaler que c’est Tobe Hooper, son créateur lui-même, qui se trouve à la tête de cette numérisation haut de gamme. En effet, il a pleinement supervisé la restauration et s’est exclusivement servi de son matériau original, donc de la pellicule 16mm du film. Cette pellicule, c’est ce qui donnait tout l’intérêt au film avec son image sale, brute, très granuleuse et ses dégradés infimes de couleurs maculées, qui donnaient une ambiance visuelle vraiment particulière. L’ambiance appropriée pour un film d’épouvante et d’une radicalité sans nom comme celui-là. Alors quand l’annonce d’une restauration en 4K fût lâchée, les fans les plus primitifs du film ont crié au scandale, s’inquiétant d’un rendu magnifique mais trop lisse pour coller à l’ambiance du film. Il est temps de vous rassurer, Tobe Hooper ne nous a pas déçus avec cette reconversion qui conserve son approximation, mais se voit sublimée par une numérisation de toute beauté.

Le slasher référence

Quarante ans ont passé depuis que Tobe Hooper a choqué les mœurs, enchaîné les interdictions de diffusion (la Finlande n’a eu accès au film que vingt-cinq ans après sa sortie) mais a surtout vu son long métrage devenir une référence incroyable dans la culture cinématographique de genre, mais également de la culture pop. Le film fût victime de nombreuses censures, polémiques et du débat qu’il a instauré dans la société sur le bien-fondé de montrer frontalement la violence. Paradoxalement, ce sont ces interdictions et ce bouche-à-oreille vibrant qui a contribué au succès vibrant du film. Les gens hurlaient de terreur lors des projections du film, la dramaturgie du long-métrage laissant place à une sorte de simili-reportage qui rendait l’œuvre terriblement crédible pour l’époque. La légende veut qu’à Cannes où il fût présenté en 1974, un réalisateur avait appelé les services de sécurité pour annoncer qu’une bombe se trouvait dans la salle. Motif de cette évacuation improbable, ce même réalisateur n’avait simplement pas réussi à obtenir une place pour la projection. La légende n’en a jamais dévoilé le nom.

Second long-métrage de Tobe Hooper après le « hippie movie » Eggshells (1969), le réalisateur est parti sur des terrains moins hallucinatoires, et plus réel en s’inspirant directement de l’un des plus célèbres tueurs des Etats-Unis, Ed Gein qui avait auparavant inspiré Robert Bloch et Alfred Hitchcock pour Psychose (1960). Profanateur de tombe, assassin cannibale empailleur et nécrophile, Ed Gein n’a été reconnu officiellement coupable que de deux meurtres mais les enquêteurs ont retrouvé tellement de restes de corps chez lui qu’il a été impossible de les attribuer à des violations de sépultures ou de vrais meurtres. Ed Gein était tout ce qui évoquait le Diable sur Terre. En s’inspirant de ce personnage pour créer Leatherface, Tobe Hooper s’intéresse à la figure moderne et glauque du tueur en série dans une Amérique profonde, encastrée dans une crise économique qui a révélé les plus viscérales et terrifiantes pulsions de l’homme. Il n’a nullement été question d’un véritable fait ayant vu une bande d’amis décimés par un homme armé d’une tronçonneuse. Il ne s’agit là que de l’imagination la plus malsaine de Tobe Hooper. L’anecdote est connue mais elle mérite d’être rappelée, le réalisateur a attribué la tronçonneuse à son personnage central, tout simplement car il l’a trouvé dans une quincaillerie et que le bruit de la machine lui semblait être plus terrifiant que n’importe quelle autre musique d’ambiance. Afin de renforcer l’aspect cinéma vérité et documentaire, les tronçonneuses fonctionnaient vraiment sur le tournage dans le but d’obtenir un rendu sonore le plus proche possible de la réalité. Ce n’est pas pour rien que les acteurs ont évoqué des conditions de tournage psychologiquement éprouvantes.

Avec le recul d’aujourd’hui, bien sûr que le film sent le fauché à plein nez. Mais pour l’époque, c’est une vraie claque visuelle car il contient une ambiance, une gestion de l’épouvante et une mise en scène qui font toute la réussite du film. Les meurtres s’enchaînent sans pathos, avec une rapidité déconcertante comme en témoigne cette scène culte où Leatherface apparaît pour la première fois, armé d’un marteau, assénant un coup monstrueux sur un personnage du film et le tirant à l’intérieur d’une pièce avant de refermer brutalement la porte. Claque monumental. A son propos, bien qu’inspiré de Ed Gein, Tobe Hooper s’est également inspiré du Monstre de Frankenstein pour représenter ce monstre géant au grand cœur, victime de son contexte familial, économique et local. Après avoir donc filmé précédemment une troupe de hippies dans un film anxiogène à souhait, Tobe Hooper s’évertue à filmer une bande d’amis animé par un véritable souffle de contestation et de liberté sexuelle. Le voir les maltraiter à ce point, c’est un peu voir Tobe renier ses convictions hippies. Lors d’un entretien, le réalisateur déclarera avoir été un fervent partisan du mouvement hippie, avant de se rendre compte que ce n’était pas la bonne méthode pour faire évoluer les choses dans la société. Ce qui surprend par-dessus tout, c’est qu’il est l’un des premiers cinéastes à mettre en scène avec brutalité la vie et la mort d’un garçon atteint d’un handicap physique. Ce postulat conférera directement l’empathie du spectateur malgré son côté râleur et lourdingue. Mais c’est véritablement le personnage de Sandy qui suscitera toute notre empathie et notre soutien, pour qu’elle puisse se sortir de l’horreur dans laquelle elle est entrée. La scène du repas familial étant l’apogée du mauvais goût au cinéma. Une séquence glauque et terrifiante qui marquera à tout jamais les esprits.

Massacre à la tronçonneuse est devenu un classique instantané du cinéma d’horreur des années 70, et continue de traumatiser chaque nouvelle génération de cinéphiles. Sorti d’un coin paumé du Texas, Tobe Hooper a littéralement giflé Hollywood et son cinéma en classique en optant pour une mise en scène qui oscille effroyablement bien entre la fiction romancée et le documentaire brut. Les plans d’inserts sur les yeux de son actrice reflètent un certain hommage au Giallo de Argento. Si l’actrice se tire de cette situation avec une facilité quelques peu déconcertante, le dénouement du film est une fin ouverte laissant Leatherface se mettre en colère au milieu de la route tandis que la jeune Sandy quitte le Texas à l’arrière d’un pick-up. Les oreilles des spectateurs entendent encore résonner les cris aiguës de la jeune  Marylin Burn, qui nous a malheureusement quitté au mois d’août de cette année. Impossible de rester de marbre devant ce premier meurtre. La description hyperréaliste et quasi documentaire de charniers et d’abattoirs débouche sur une atmosphère surréaliste de sauvagerie, d’hystérie et de cauchemar, où Tobe Hooper se permet toutes les folies, osant des cadavres exquis et des calembours visuels du plus mauvais goût. Le tournage est un cas d’école tant le réalisateur a joué la carte du réalisme à fond, usant de conditions désagréables (heures étalées, chaleur étouffante, etc.), d’acteurs allant jusqu’à se blesser et d’accessoires morbides, comme ces vrais os d’animaux qui jonchaient la maison des horreurs. Pour que les acteurs suivent l’évolution de leur personnage, il a même tourné l’ensemble du film dans l’ordre chronologique, fait rare aujourd’hui pour être signalé. Toute cette aura autour du tournage et du sujet du film confère une véritable légende à cette production fauchée d’un réalisateur qui n’était pas particulièrement fan de cinéma de genre mais qui devait réaliser une production au plus vite. De sa propre bouche, il avoue qu’il n’y a que dans le cinéma d’épouvante que l’on peut réaliser avec brio un film relativement libre, sans casting et avec peu de moyens de mise en scène. Il ne faut que du son et des images chocs. Ça n’a jamais été aussi vrai.

Massacre à la tronçonneuse est un slasher comme on n’en fait plus aujourd’hui. Il a été le premier a véritablement démocratisé ce sous-genre de l’épouvante et en est assurément la référence. Si le slasher existe toujours par le biais de quelques DTV, aucun film depuis Scream n’a su impacter à ce point la culture populaire. Avec ce film culte de Wes Craven qui offrait là une certaine dérision du genre, on pouvait y voir comme une manière de boucler la boucle et de ne jamais plus trouver la puissance dramaturgique et terrifiante de ces films, qui ont véritablement bouleversé le genre, le cinéma, la culture et l’imaginaire collectif. Toutes les suites et les remakes de Massacre à la Tronçonneuse n’auront jamais ce goût et cette terreur des débuts, et ne font que confirmer l’entière réussite d’un film précurseur qui a véritablement lancé la vague de films tueur en série. Tombé définitivement dans l’oubli après Poltergeist, toutes les générations de ces quarante dernières années et celles qui arriveront, n’oublieront pourtant jamais que Tobe Hooper a laissé une empreinte incroyable dans le cinéma de genre. Stanley Kubrick lui-même avait évoqué à la presse et à Tobe qu’il avait « adoré » Massacre à la Tronçonneuse. Tobe s’amuse encore de ce tournant dans son existence : «Il m’est pratiquement impossible de faire la connaissance de quelqu’un sans qu’il ne soit question du film. On m’a souvent demandé si je n’en avais pas assez, mais c’est le contraire. Je suis toujours aussi flatté, et je raconte les histoires qu’on me demande avec plaisir.». Et on ne vous le demandera jamais assez.

Synopsis: Au fin fond du Texas, des habitants font une découverte macabre : leur cimetière vient d’être profané et les cadavres exposés sous forme de trophées. Pendant ce temps, cinq amis traversent la région à bord d’un minibus. Ils croisent en chemin la route d’un auto-stoppeur et décident de le prendre à bord. Mais lorsque les jeunes gens s’aperçoivent que l’individu a un comportement inquiétant et menaçant, ils finissent par s’en débarrasser. Bientôt à court d’essence, le groupe décide d’aller visiter une vieille maison abandonnée, appartenant aux grands-parents de deux d’entre eux. Chacun leur tour, les cinq amis vont être attirés par la maison voisine. La rencontre avec ses étranges habitants va leur être fatale…

Massacre à la tronçonneuse : Bande-annonce Version HD

Fiche Technique: Massacre à la tronçonneuse

Titre originale: The Texas Chain Saw Massacre
USA
Réalisation: Gregg Araki
Scénario: Tobe Hooper et Kim Henkel
Interprétation : Marilyn Burns (Sally Hardesty), Allen Danziger (Jerry), Teri McMinn (Pam), Paul A. Partain (Franklin Hardesty), William Vail (Kirk), Edwin Neal (Auto-stoppeur), Jim Siedow (Vieil homme), Gunnar Hansen (Leatherface)
Genre: Epouvante-horreur
Durée: 83min
Image: Daniel Pearl
Décor: Robert A. Burns
Costume: /
Montage: Sallye Richardson et J. Larry Carroll
Son : Wayne Bell et Tobe Hooper
Producteur: Tobe Hooper, Jay Parsley, Kim Henkel et Richard Saenz
Production: Vortex
Distributeur: Carlotta Films
Budget : 83 000 $
Festival: Prix de la critique au Festival international du film fantastique d’Avoriaz 1976

#A l’occasion du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2014, il m’a été donné l’occasion d’assister à la Masterclass de Tobe Hooper, venu justement présenter cette restauration du film en 4K. Si l’entretien semble ne pas avoir été achevé dans les délais impartis, il n’en est pas moins extrêmement intéressant. Vous pouvez retrouver l’article ici.

Critique du film : Ninja Turtles

Critique du film, Ninja Turtles

Synopsis : New York subit depuis quelque temps la criminalité causée par le clan des Foot, dirigé par le terrible Shredder. Ce dernier contrôle toute la ville, de la police jusqu’aux politiques. Quatre Tortues Ninja sortent alors des entrailles de la Terre pour l’affronter. Ces quatre frères pourront compter sur le soutien de la jeune reporter April O’Neil et de son cameraman Vernon Fenwick.

COWABUNGA!

Un reboot des Tortues Ninja réalisé par Jonathan Liebesman, et produit par la société Platinum Dunes de Michael Bay, au premier abord, ça fait un peu peur. Surtout que Michael Bay, nous avait infligé, quelques mois auparavant, un Transformers : l’âge de l’extinction, qui n’était qu’un festival pyrotechnique, sans âme, ni scénario. De plus, Jonathan Liebesman est une sorte de mini-Bay, il privilégie la forme au fond, comme l’atteste ces deux dernières réalisations : La colère des titans et World Invasion : Battle Los Angeles, pas vraiment des références.

Aussi surprenant que cela puisse l’être, c’est presque une réussite. Alors bien sur, le scénario est simpliste : des méchants menacent New York, mais les gentils vont les mettre en échec. Mais cela a le mérite de ne pas se prendre au sérieux. C’est drôle et les scènes d’action sont époustouflantes, et plus particulièrement celle dans les neiges. Après l’avoir vu, on peut comprendre les difficultés pour son réalisateur pour la mettre en image, mais elle est tellement fabuleuse, qu’on a envie de la revoir encore et encore, un sommet dans ce film.

Le film va avoir un peu de mal à démarrer, ça tourne un peu à vide, ce n’est pas très rassurant. Mais dès que Megan Fox rencontre les tortues Ninja, c’est quasiment passionnant, jusqu’à la fin. Le duo de scénaristes Josh Appelbaum et André Nemec est rôdé, ils savent à qui s’adresse leur film : les nostalgiques du comic, du dessin animé et du long-métrage de Steve Barron 1990. Mais un reboot, a aussi pour objectif d’attirer un nouveau public. Ils ont su adapter les Tortues Ninja à notre époque, en faisant référence à Batman, Lost et Gwen Stefani. Tout en insufflant un humour qui fait souvent mouche, comme la scène de BeatBox dans l’ascenseur ou le supplice de la pizza, c’est sacrément jouissi, et cela permet de mieux apprécier les multiples scènes d’actions.

C’est visuellement réussi, Jonathan Liebesman fait preuve de sobriété, enfin si on le compare à Michael Bay. Les Tortues Ninja et Maître Splinter sont très réalistes. Filmés en motion capture, elles participent à la réussite de l’ensemble. On peut bien sur reprocher aux créateurs, de faire de Shredder, un Decepticon, dont on peut aussi entendre les mêmes effets sonores que dans la franchise Transformers, durant les combats. Un détail parmi tant d’autres, mais qui risque d’irriter les fans des débuts, moins ceux qui découvrent cet univers.
Megan Fox s’en sort bien, comme dans le premier Transformers, elle sait exister par son charisme et pour une fois, sans avoir besoin d’exhiber sa plastique. Son duo avec Will Arnett fonctionne bien, lui faisant office de ressort comique, en concurrence avec les Tortues Ninja. William Fichtner a bien sur le rôle du méchant, rien de bien surprenant, mais il le fait si bien, comment lui en vouloir. Whoopi Goldberg nous honore de sa présence, elle ne fait que passer, mais participe au plaisir de voir les héros des 80/90’s revenir sur grand écran.

C’est un divertissement, il n’a pas la prétention d’être autre chose. Un cocktail action et humour réussi. On n’a pas le temps de s’ennuyer et on en sort, avec l’esprit léger et le sourire aux lèvres, car c’était vraiment fun!

Fiche Technique : Ninja Turtles

Teenage Mutant Ninja Turtles
USA – 2014
Réalisation : Jonathan Liebesman
Scénario : Josh Appelbaum, André Nemec et Evan Daugherty
Distribution : Megan Fox, Will Arnett, William Fichtner, Alan Ritchson, Noel Fisher, Pete Ploszek, Jeremy Howard, Danny Woodburn, Tony Shalhoub, Tohoro Masamune, Whoopi Goldberg, Minae Noji, Abby Elliot.
Photographie : Lula Carvalho
Montage : Joel Negron et Glen Scantlebury
Musique : Brian Tyler
Production : Michael Bay, Andrew Form, Bradley Fuller, Scott Mednick et Galen Walker
Sociétés de production : Nickelodeon Movies et Platinum Dunes
Société de distribution : Paramount Pictures
Budget : 120 millions de dollars
Genre : Action et Science-fiction
Durée : 101 minutes
Date de sortie France : 15 Octobre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

Le secret derrière la porte, un film de Fritz Lang – Critique

Le petit musée des horreurs

Avec une carrière s’étalant sur quatre décennies, Fritz Lang fait partie des auteurs les plus marquants et les plus importants du 7ème art. Ayant commencé à réaliser à l’époque du muet, il a connu presque tous les bouleversements du cinéma, et a contribué à forger le vocabulaire cinématographique encore d’usage de nos jours. Son œuvre se divise en deux parties, une première en Allemagne et une seconde alors qu’il se trouvait en exil aux États-Unis. Si ses films durant cette dernière période sont généralement considérés, probablement à raison, comme moins personnels, ils n’en demeurent pas moins des monuments, que tout cinéphile se doit de voir, ne serait-ce que pour l’expérience.

Psychose au balcon

C’est le cas de ce Secret derrière la porte, réalisé en 1948, soit près de quinze ans après que Lang ait choisi de refuser l’offre de Goebbels de travailler pour le régime nazi. Les années 40 voient la diffusion et la popularisation des idées de Freud, et la psychanalyse est à l’époque très en vogue. Le cinéma est le reflet de cette mode, à laquelle des auteurs comme Hitchcock ou Walsh ont cédé dans des films comme La Maison du Docteur Edwards ou La Vallée de la peur. Fritz Lang ne fait pas autrement, et tartine généreusement sa pellicule de références plus ou moins subtiles à l’exploration de l’inconscient.

Plutôt moins que plus, d’ailleurs, tant les explications fournies sont parfois laborieuses et mal amenées. Le scénario en lui même est plutôt basique, puisant ses inspirations dans le conte de Barbe Bleue et y ajoutant une histoire un peu abracadabrantesque d’amour maudit et de revanche filiale. Le tout est un peu mou du genou et sombre parfois dans le grotesque, tant certaines réactions sont surprenantes et pas forcément bien amenées. Lang n’y est pour rien, bien sûr, et fait de son mieux avec le matériau qu’on lui impose. Il reniera d’ailleurs plus ou moins le film, qui fera un four au box-office.

Chambres obscures

Néanmoins, la patte du réalisateur et sa mise en scène inventive et étouffante sauvent le film. Puisant ses inspirations dans l’expressionnisme Allemand dont il est l’un des pères fondateurs avec Friedrich Murnau, il insuffle un souffle gothique dans ses décors, et parvient sans peine à insuffler un sentiment d’étouffement au spectateur. La maison et ses secrets deviennent progressivement le personnage principal, et on sent que Lang prend plus de plaisir à filmer son décor que son héroïne. Grâce à des cadres travaillés et improbables, il suscite angoisse et malaise à travers un simple plan de porte fermée.

Une mise en scène minimaliste, mais efficace, loin des diktats de l’horreur actuelle, et dont certains réalisateurs feraient bien de s’inspirer. Fritz Lang parvient ainsi à faire de ce scénario à priori insignifiant un film intéressant à voir, à défaut d’être aussi marquant que ses premières productions. Le Secret derrière la porte reste emblématique de son époque, à défaut d’avoir marqué l’histoire du cinéma. À voir pour les passionnés du genre, un parfait exemple de comment un bon réalisateur peut tirer le meilleur d’une histoire faiblarde.

Synopsis : Celia Barrett, riche héritière, rencontre pendant des vacances à Mexico Mark Lamphere, qu’elle épouse aussitôt. Mais le soir des noces, son mari la quitte brusquement, sans aucune raison apparente. La jeune femme va peu à peu réaliser que celui qu’elle a épousé est un homme bien étrange…

Le Secret derrière la porte : Extrait du film

Le Secret derrière la porte – Fiche Technique

USA – 1948
Thriller, Drame
Réalisateur : Fritz Lang
Scénariste : Silvia Richards
Distribution : Joan Bennett (Celia Lamphere), Michael Redgrave (Mark Lamphere), Anne Revere (Caroline Lamphere), Barbara O’Neil (Miss Robery)
Producteur : Fritz Lang
Directeur de la photographie : Stanley Cortez
Compositeur : Miklos Rozsa
Monteur : Arthur Hilton
Distributeur : Universal International Pictures

Auteur : Mikael Yung

Doctor Who Saison 8 Épisode 8 : Mummy on the Orient Express – Critique

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Doctor Who saison 8 « Mummy on the Orient Express »

Synopsis : Le Docteur se retrouve à bord de l’Orient-Express de l’espace. Mais quand vous y avez vu la Momie, il vous reste soixante-six secondes à vivre. Clara, quant à elle, a décidé qu’il est temps pour elle de faire ses adieux au Docteur.

The final countdown

Nous retrouvons le Docteur quelques semaines après qu’il ait marché sur la lune, pour ce qui semble être un voyage d’adieu pour Clara qui, on nous l’a bien fait sentir depuis le début de la saison, en a un peu gros sur la patate de courir après son ami. Quoi de mieux pour finir en beauté, que de s’embarquer dans un train mythique convoquant aussi bien Agatha Christie que le cinéma classique dans nos petites cellules grises : L’Orient-Express…dans l’espace.

Si l’idée semble chouette aux premiers abords, rappelant la reconstruction du Titanic de Voyage of the damned (avec David Tennant et Kylie Minogue), on déchante assez vite devant l’utilité de la chose en matière de scénario. Pourquoi un Orient-Express spatial? Déjà il paraît difficile de situer un orient (ou même un occident) dans le vide de l’espace, de plus tous les personnages à bord ne semblent pas s’amuser d’une reconstitution des mœurs de l’époque (comme sur le Titanic), mais sont clairement des archétypes de la fameuse « Belle-époque ». De ce fait, pourquoi avoir fait filer le train dans l’espace, pourquoi ne pas avoir tout simplement placé l’intrigue dans le vrai Orient -Express ? Enfin bon, tout cela donne un coté steampunk et cool paraît-il. Pour ajouter au coté désuet, nous avons le droit à une reprise charmante (mais oubliable) de « Don’t stop me now » de Queen par Foxes. Idée sympathique qui aurait pu surprendre si American Horror Story n’avait pas déjà joué la carte de l’anachronisme musical quelques jours avant avec une reprise contestée de « Life on Mars » de Bowie, sans compter la métaphore assez peu subtile du questionnement intérieur de Clara. Rendons tout même au docteur ce qui lui appartient, cette petite reprise musicale donne un peu de swing à un épisode qui manque énormément de patate. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, une momie se ballade entre les Wagons. L’argument d’originalité sera qu’elle ne salue que ceux qui vont mourir, exactement 66 secondes avant leur décès, ce qui permet de faire apparaître un joli chronomètre en bas de l’écran pour nous le rappeler à chaque fois, et surtout tenter de rendre la situations un peu tendue (pour l’immersion on repassera). Il n’en faudra alors pas plus pour que le Scooby-gang le docteur et ses amis enquêtent pour découvrir se qu’il se trame vraiment derrière tout ce pataquès.

Qu’est ce qui plombe cette épisode ? Un manque de second degré principalement. Ce qui aurait pu donner une intrigue assez fun par son sujet délirant (comme l’avait fait avec brio Dinosaures on a spaceship) reste traité beaucoup trop sérieusement de bout en bout. Surtout avec l’histoire secondaire autour des questionnement de Clara. S’ils ont leur intérêt dans la continuité de la série, il aurait été bien vu de faire une petite pose dans cette relation de couple qui bat de l’aile, afin de renouer enfin avec un vrai sens de l’aventure. Quelques easter eggs placés ici et là pour les fan (« are you my mummy ?») ne suffisent pas à renforcer l’intérêt d’une enquête au développement convenu qui nous laisse sur notre faim. Pareil pour le cheminement personnel de Clara qui, dans les dernières minutes, nous fera dire « tout ça pour ça ! ».
Il y a finalement peu de chose à dire sur cet épisode. Toujours pas plus d’information sur la terre promise, un nouvel antagoniste à peine développé, toujours Capaldi qui fait son cirque au détriment des autres personnages… nous somme à plus de la moitié de la saison, autant en profiter pour définir ce qui semble faire défaut à la série depuis quelques temps.

Depuis l’arrivée de Moffat aux commande du Tardis, la série a subi nombres de changements brutaux, à commencer par l’effacement d’un revers de manche de tout ce qu’avait construit son prédécesseur Russel T. Davis : l’humanité n’est plus au courant de l’existence des aliens, Torchwood a disparue, peu de personnages gravitent vraiment autour du docteur… Bref, tout ce qui faisait un univers construit et riche a laissé place à une simple succession d’aventures étranges, parfois de qualité, parfois moins bonnes, qui ne semble jamais avoir vraiment d’influence sur la continuité de la série. Même si certains arcs s’étirent dans le temps, comme celui de River Song, ces derniers ne semblent jamais avoir véritablement d’impact sur l’humanité ou le docteur. Le statu reste quo, il y a toujours un prétexte pour remettre tout cela en ordre (paradoxe temporel, déphasage dimensionnel…). Moffat fait des effets de manches et cela devient agaçant. Quand Davis était un auteur du présent, lui ne cesse de nous parler du futur. Le premier dissimulait des indices discrets au cours des saisons, des petits détails absurdes qui prenaient d’un coup tout leur sens dans les derniers épisodes (Big Bad Wolf, Le retour du maître…), son successeur se contente de dire grossièrement « il va y avoir un truc trop chouette après, continuez de regarder ». Exemple : la quête de Gallifrey annoncé dans l’épisode des 50 ans… on en est où ? On s’en fout ? Bon d’accord. Et les questions que le docteur se posait sur l’origine de son visage ? Rien non plus de ce coté là. Sinon on peut aussi parler des références grossières à la terre promise depuis quelques épisodes. C’est un peu comme faire une blague en prévenant d’abord « hey les gars, j’en ai une bien bonne ! »; on provoque un effet d’attente dans l’auditoire fébrile, et une fois le récit terminé, on se prend un vent…, pas parce que la blague était mauvaise, mais ils espéraient tellement mieux… Comme la révélation sur Clara la « fille impossible », tellement décevante, ou l’origine des silences, cette dernière destination ne semble finalement pas si prometteuse.
Sans dire que Moffat est un piètre auteur, il a offert à la série quelques uns de ses meilleurs épisodes et la série Sherlock est une franche réussite, seulement il serait sympa pour tout le monde qu’il cesse de nous mettre l’eau à la bouche et nous offre enfin quelque chose de copieux à dévorer.

Il lui reste quatre épisodes pour nous prouver le contraire…

Fiche Technique: Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman…

Juillet De Sang (Cold In July), un film de Jim Mickle – Critique

Le 31 décembre prochain, le froid hivernal vous saisira et Juillet De Sang vous giflera. Ce film sera votre étrange manière de finir l’année. Cette Saint-Sylvestre, nuit de toutes les remises à zéro, de tous les projets et de tous les espoirs.

Douce ironie, que de terminer l’année sur un film si sombre et négatif, à l’opposé de tout espoir et qui ôte presque l’envie de se réveiller le lendemain. Juillet De Sangs’affiche d’emblée comme un des meilleurs films de début 2015, tant il assume sans complexe ses qualités de film dur et désespéré.

Âmes damnées

En quelques minutes, Juillet De Sang pose une chape de plomb, l’atmosphère est épaisse, collante et poisseuse comme cette mélasse noire, dans laquelle va s’empêtrer le héros. Une sensation d’étouffement prend à la gorge le spectateur, qui chute alors dans une noirceur et un pessimisme, plus sombres que l’âme de n’importe laquelle de ces ordures de personnages. On tombe dans les tréfonds de l’inhumanité dès la moitié du film, pour n’en sortir qu’au dénouement, dont on ne saurait dire s’il est heureux. Comme les personnages on émerge de cette histoire comme de l’Enfer : soulagé mais avec à l’esprit, l’idée d’être un peu plus lucide sur ce dont l’Homme est capable.

Implacable

Si Jim Mickle semble courir plusieurs lièvres, il a l’intelligence de les courir les uns après les autres et de tous les attraper. Son film se découpe en quatre parties distinctes, une première sur l’auto-défense et la légitimité de posséder une arme, une deuxième sur le programme de protection des témoins, une troisième qui doit tout à Don Johnson et une dernière, sanglante, traite du tournage clandestin de vidéos pornographiques d’une violence inimaginable. L’habileté du scénario fait que les séquences s’enchaînent avec une logique implacable, comme une lente digression qui nous éloigne d’un point, pour nous amener lentement, sans frémir, vers un final en forme de carnage jouissif, baigné de sang.

L’œil de Jim Mickle

Jim Mickle n’a jamais fait dans la comédie, pas même douce amère. Il va explorer ce qu’il reste de la Bête en nous, cette sauvagerie primitive qui caractérisait l’origine de l’humanité et survit encore aujourd’hui, même si nos civilisations ont entrepris de le cacher. Ce cinéaste grandit en talent, quatre films lui auront suffit à savoir conter une histoire et surtout, à parler autant avec la caméra qu’avec les dialogues des acteurs. Les plans, les éclairages et les choix de mise en scène accouchent d’images d’une beauté qui dérange, tant elle contraste parfois avec la laideur de l’âme de ceux qu’elle montre. Des ralentis qui chez d’autres seraient ridicules, prennent ici une force inouïe jusqu’à cette scène, insoutenable, durant laquelle Mickle fait monter l’horreur avec un vice incroyable, pour finir par suggérer la violence sans la monter et nous laisser sur le carreau, la douleur nous vrillant les méninges. La musique de Jeff Grace est à retenir, elle ajoute du noir au noir et se marie parfaitement aux images, faisant du film une juste lune de miel entre son et photographie.

Les trois cavaliers de l’Apocalypse

Ils sont trois dans Juillet De Sang, trois acteurs prodigieux pris dans les griffes de Jim Mickle, trois rôles opposés mais indispensables les uns aux autres. Michael C. Hall (Dexter), est parfait dans le rôle de ce père de famille contraint de protéger les siens, mal à l’aise avec une arme et pris dans une histoire sans issue, qui le dépasse mais qu’il ne peut quitter. Son jeu et son regard laissent penser à un animal pris dans les phares d’une voiture : il se sait en danger mais est incapable de s’enfuir. Sam Shepard (Mud, Un Été À Osage County) est un acteur difficile à critiquer: il est là, présent, professionnel et souffre peu la comparaison avec d’autres, tant il est haut-dessus du lot. L’arrivée de Don Johnson (From Dusk till Dawn) à mi-parcours est salutaire, le dynamitage qu’est sa prestation offre une respiration, un instant d’espoir dans un océan de désespoir. Don Johnson a la vieillesse rayonnante, il rajeunit en vieillissant, et prend un plaisir contagieux à jouer la comédie.

Clap de début

Vous voilà prévenus, Juillet De Sang marquera au choix, votre fin ou votre début d’année. Vous irez, il le faut. Vous n’en sortirez pas grandis, ni même heureux, mais avec cette simple conviction du cinéphile contenté, qui sait que 2015 s’annonce sous les meilleurs auspices. Les larmes sont possibles, probables même, qu’elles soient de tristesse, de résignation mais plus surement, de colère et de rage devant une telle débauche de bêtise humaine, devant la monstruosité faite Homme. Si vous ne croyiez pas en Dieu au début du film, vous n’y croirez pas plus à la fin mais, peut-être, vous serez-vous mis à croire au Diable.

Synopsis : Richard Dane est un paisible père de famille qui abat une nuit un cambrioleur. Par effet domino, ce geste va l’entrainer dans une histoire infernale où se croisent le programme de protection des témoins, des manipulations policières et des tournages pornographiques clandestins. Autant d’histoires qui lui feront découvrir la face cachée de l’âme humaine…

Fiche Technique : Juillet De Sang

Titre original : Cold In July – Origine : U.S.A.

Réalisation : Jim Mickle
Scénario : Nick Damici & Jim Mickle
Interprètes : Michael C. Hall, Don Johnson, Sam Shepard, Vinessa Shaw, Wyatt Russell, Nick Damici
Musique : Jeff Grace
Photographie : Ryan Samul
Décors : Russell Barnes
Costumes : Liz Vastola
Production : Adam Folk
Sociétés de distribution : IFC Films, Wild Side Films/Le Pacte
Genre : Thriller/Drame
Sélections : Sundance 2014 (U.S. Dramatic Competition), Cannes 2014 (Quinzaine Des Réalisateurs), Sydney 2014 & Deauville 2014 (en compétition)
Durée : 109’
Sortie française : 31 décembre 2014

Auteur : Freddy M.

 

On a marché sur Bangkok, un film d’Olivier Barroux – Critique

Synopsis : Serge Renart, un journaliste TV devenu has-been et Natacha Bison, une reporter de guerre écartée du métier parce que trop dangereuse pour ses collègues, se retrouvent obligés d’enquêter ensemble sur une affaire qui les mènera en Thaïlande à la recherche d’un des secrets les mieux gardés de l’histoire contemporaine…. Que s’est-il réellement passé pendant la retransmission télévisuelle de la mission Apollo 11, où pour la première fois, l’homme a posé le pied sur la Lune ?

La comédie française au plus bas

Kad Merad et Olivier Baroux. Deux comiques français de talent plus connus sous le pseudonyme Kad et O, dont l’humour absurde rappellera à certains celui des Nuls. Les créateurs de Kamoulox, l’une des parodies d’émission télé les plus déjantées, toujours à la mode aujourd’hui. Leur premier film, Mais qui a tué Pamela Rose, malgré tous ses défauts, reste un classique des comédies loufoques made in France (sa suite, un peu moins). Et le premier a tout de même reçu un César pour un second rôle dramatique, dans Je vais bien ne t’en fais pas, prouvant qu’il était également un comédien crédible. Alors comment, comment peut-on tomber aussi bas avec une affiche qui, en théorie du moins, s’annonce si alléchante ?

Objectif zéro scénario

Bien sûr, les dernières collaborations entre les deux trublions n’incitaient pas à l’optimisme béat. Safari, L’Italien, Mais qui a retué Pamela Rose, on ne peut pas dire que ces films resteront gravés au panthéon du cinéma français. L’humour féroce et sans aucune logique qui caractérisait le duo à ses débuts et dans leurs carrières d’humoristes a complètement disparu pour laisser place à une succession de gags lourdingues et attendus.

Envolée aussi, l’inventivité dont ils faisaient preuve dans leur écriture. Les dialogues sont d’une platitude à faire pâlir d’envie la queue d’un castor, et on attend vaguement la moindre punch-line, la petite réplique qui fera mouche et servira d’extrait dans la bande-annonce, le fameux dernier plan qui est censé convaincre le spectateur qu’il va assister à un nouveau monument érigé à la gloire de la comédie. Mais là, rien, pas une pépite dans ce désert dialogual.

Et le pire, c’est que cet empilement de clichés, de gags pas drôles et de répliques vaseuses n’est que ça : un empilement sans rimes ni raison. Le postulat de départ n’est pas mauvais, mais il est terriblement mal exploité, et on sent qu’Olivier a eu du mal pour relancer l’intérêt et imprimer du suspens au film. Résultat, on se retrouve avec une accumulation de Deus ex machina venus résoudre des problèmes qui n’ont pas lieu d’être. Toutes ces péripéties poussives et mal amenées débouchent sur un final ultra attendu et complètement grotesque, achevant l’impression de perte de temps, ressentie pendant près de quatre-vingt dix minutes.

Quand l’idiot montre la lune…

Tout ceci aurait presque pu déboucher malgré tout sur un bon moment au cinéma, si seulement le casting s’avérait à la hauteur. On l’a vu, Kad Merad a tout de même été récompensé pour son travail, ce qui prouve qu’il a été, à un moment donné, un espoir du cinéma français. Cela dit, l’accumulation de films le mettant en tête d’affiche suffirait à lasser le cinéphile le plus assidu. Si bien que l’on en arrive à ce terrible constat : pour la Xième fois, Kad fait du Kad. En gros, jouer l’ahuri de service au grand cœur qui enchaîne les catastrophes malgré toute la bonne volonté du monde.

À ses côtés, Alice Taglioni est présente, et c’est déjà un bon point. Pas facile d’exister dans un rôle aussi stéréotypé. À défaut d’une grande prestation, elle a le mérite de ne pas enfoncer un peu plus le film. Peter Coyote est la surprise du film, et on est en droit de se demander ce qu’il est venu faire dans un tel bourbier. D’autant que son personnage est tout à fait dispensable, et n’est qu’une excuse pour ajouter un peu de tension à un film qui n’en a pas. Le seul rayon de soleil de ce film est la jeune Chawanrut Janjittranon, qui pourrait aller loin, si elle choisit un peu mieux ses rôles.

Nouvelle goutte d’eau dans l’océan de médiocrité qu’est la comédie française à l’heure actuelle, On a marché sur Bangkok ne représente même pas un nouveau mètre-étalon en la matière, et c’est bien là le drame. Mais il représente tous les défauts possible d’un genre en perdition ces derniers temps, malgré quelques bonnes surprises de temps à autre : scénario inexistant, accumulations de gags vus et revus, casting venu cachetonner et réalisation oscillant entre le fade et le mauvais. Restent les paysages de Thaïlande, qui promettent le dépaysement aux quelques courageux ayant subi cet affront au 7ème art.

Fiche Technique : On a marché sur Bangkok

France, 2014 – Comédie
Réalisateur : Olivier Barroux
Scénariste : Olivier Barroux
Distribution : Kad Merad (Serge Renart), Alice Taglioni (Natacha Bison), Chawanrut Janjittranon (Jintana), Peter Coyote (Burt Lowell)
Producteurs : Richard Grandpierre, Romain Le Grand
Directeur de la photographie : Régis Blondeau
Compositeur : Martin Rappeneau
Monteur : Christophe Plinel
Production : Eskwad, Pathé, TF1 Films Production
Distributeur : Pathé Distribution

Auteur : Mikael Yung

Critique: Papa Was Not A Rolling Stone, un film de Sylvie Ohayon

Adapté du livre « Papa Was Not A Rolling Stone » en partie autobiographique de Sylvie Ohayon, celle-ci se lance elle-même dans la réalisation de son premier film.

L’univers authentique des années 80

Elle réussit à nous dépeindre la vie à la cité des 4000 de manière à la fois authentique et délirante, et tout aussi joyeuse et colorée. Malgré la vérité d’un quotidien pas toujours facile, le film parvient à nous faire rire. Sans aucune note de dramatisation mais grâce à de la pure franchise, on est épris par ses répliques piquantes et ses situations causasses.
Premier film et premier rôle principale pour Doria Achour, qui illumine l’écran et est promue à une belle carrière. Belle et subtile, sa manière de jouer nous plonge au fond du personnage de Stéphanie. Dans ses yeux pétillants, on ressent ses rêves, ses peurs et par-dessus tout sa force de s’en sortir. A ces côtés, Soumaye Bocoum, issue d’un « casting sauvage », est pinçante, attachante et parfaite dans le rôle de Fatima, la meilleure pote surprotectrice. Pas moins réussis, on admire le duo d’Aure Atika, la mère dépressive, et Marc Lavoine, en beau-père bœuf détestable et méconnaissable.

Envole-moi, envole-moi

Sous les aires mélodieux de Jean Jacques Goldman, on voit Stéphanie s’envoler et rêver de de devenir danseuse professionnel. Avec le quotidien d’une mère irresponsable et d’un beau-père tyrannique, son seul moyen de s’en sortir c’est la danse. On reconnait un peu de l’héroïne de Fish Tank en elle, un des films qui aurait inspiré Sylvie Ohayon. Sa seconde option pour s’en sortir : les études, dans lesquelles elle excelle et va tout donner.
Le film est avant tout ce parcours tortueux vers l’âge adulte pour cette adolescente de 17 ans, face aux choix qui détermineront son avenir : réaliser ses rêves trop ambitieux ou renoncer et adopter la vie qu’on attend d’elle ? Le même trouble persiste pour chaque génération : au milieu du stress du bac, des premiers amours et des querelles entre amis on reconnais une version eighties et très banlieusarde de LOL, de Liza Azuelos.

Des communautés différentes pour une appartenance sociale

Une nouvelle manière de montrer sous son meilleur jour la vie de cité : au milieu des voitures vandalisés et des canapés abandonnées, ces jeunes s’aiment, se battent, délirent ensemble. Toutes les communautés : juifs, arabes, noirs et blancs s’entraident et vivent la même galère. En toile de fond, ce sont les différences culturelles et le respect mutuelle qui nous est exposé. Des valeurs, qui en vingt ans semblent s’être dégradés.

« La plus belle revanche c’est de réussir sa vie »

Mais le message du film,  (et du livre en amont) veut remettre en jeu cette appartenance sociale. Si le titre «Papa Was Not A Rolling Stone  » reste ironique, il n’en ai pas moins vrai. Stéphanie grandit sans père, juive et kabyle, et dans un milieu culturel loin d’être idéal. On est ce qu’on devient, et ça ne dépend pas seulement d’où l’on vient. Et ça Stéphane l’a comprise. Grâce à ses lecture et son travail acharné, elle parvient à prouver qu’elle n’est pas juste une fille de cité analphabète et sans avenir.

La vie en banlieue et la recherche identitaire

A travers des contextes différents et des histoires différentes, le sujet de la vie en cité et la volonté de s’en sortir reste un sujet d’actualité et dans le cœur des jeunes réalisateurs. Encore exploité récemment avec Tout ce qui Brille, ou ces filles rêvent d’une vie plus près des paillettes Parisiennes. Et à venir, le 15 Octobre au cinéma, Bandes de Filles, le dernier film de Céline Sciamma, nous apportera également une nouvelle perspective de la recherche identitaire et le quotidien des filles de cité à travers le personnage de Vic.

Synopsis : Cité de la Courneuve des années 80, Stéphanie rêve d’écrire les slogans des publicités. Avec une mère-enfant assez fragile et sous la coupe d’un beau père violent, elle s’évade dans la danse, les chansons de Jean Jacques Goldman et la littérature française. Prête à tout pour quitter sa cité, son combat et sa détermination va devenir ce film drôle et plein d’espoirs.

Fiche Technique: Papa Was Not A Rolling Stone

Réalisateur : Sylvie Ohayon
Scénaristes : Sylvie Ohayon, Sylvie Verheyde
Compositeur : Nousdeuxtheband
Casting : Doria Achour (Stephanie), Aure Atika (Micheline), Marc Lavoine (Christian), Soumayé Bocoum (Fatima), Sylvie Testud
Producteur :Michael Gentile
Durée 1 heure 39 min
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 8 Octobre 2014

Mommy, un film de Xavier Dolan : Critique

Mommy, un chef d’œuvre bouleversant, un tabernacle de film ! 

Synopsis: Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Xavier Dolan ! Doit-on vraiment en dire plus tant la médiatisation de son dernier film, Mommy a été forte. Tous les magazines cinéma se sont arrachés son image et ont quasi unanimement glorifié son film, une palme d’or de cœur en soit. Ce réalisateur nous avait précédemment montré la quintessence de son talent grâce au film Laurence Anyways. On ne pouvait croire à un meilleur film que celui-là, et pourtant…

Mommy débute sur un texte nous expliquant brièvement que nous sommes dans un futur très proche, dans un Canada fictif, et qu’une loi très controversée vient d’être promulguée. Elle permet aux familles de confier à des centres étatiques les enfants qui représenteraient un danger physique, psychologique ou même financier, et ce sans même passer par un juge. Puis, Diane « Die » Després, quadragénaire loufoque, a un accident de voiture, à peine a-t-elle le temps de s’en remettre qu’un coup de téléphone la prévient que son fils Steve, atteint du syndrome TDAH (trouble du déficit de l’attention et Hyperactivité), placé en centre d’accueil, vient de provoquer un incendie ayant gravement brûlé un autre enfant du centre.

Ne sachant que faire de son fils et n’acceptant en aucun cas cette loi, Diane décide de le prendre chez lui, malgré le danger qu’il représente pour elle. Cependant, une rencontre avec Kyla, leur voisine, va totalement changer la donne. Cette femme, ayant perdu son fils (comme par hasard du même physique que Steve), ne parle quasiment plus, a beaucoup de mal à exprimer ce qu’elle ressent. Tout part d’une histoire simple ; malgré tout, après 2h20 de film, on ne veut plus les quitter.

Il y a donc bien une magie Xavier Dolan, cette force nous emporte et nous empêche de bouger ne serait-ce qu’un millimètre de notre siège, tant la beauté visuelle nous happe. Nous pouvions craindre qu’une trop forte médiatisation nuise au long métrage, mais que nenni, Mommy est un chef d’œuvre. Dolan réussit même à faire son meilleur film, mieux encore que la claque, Laurence Anyways. Nous ne pouvons que constater que ce film aurait dû avoir la palme d’or comparé au presque ennuyeuxWinter Sleep

Impossible de parler de Mommy sans évoquer la performance hallucinante des acteurs, celle de la comédienne Anne Dorval, déjà habituée au réalisateur/acteur, ayant joué dans tous ces films exceptés Tom à la Ferme, : son jeu est tout bonnement sublime. Son interprétation de mère loufoque est extraordinaire, d’une grâce à toutes épreuves, tout comme Suzanne Clément, qui brille par sa justesse et l’émotion qu’elle nous fait passer. La performance de Antoine-Olivier Pilon est tout aussi juste, quoi qu’au début un peu en dessous, mais on lui pardonne volontiers. Le trio d’acteurs donne corps et âmes à cette relation entre une mère exubérante mais aimante, un fils fauve épris de liberté, traumatisé par la mort de son père, rejoint par une mystérieuse voisine…

Un tableau à trois personnages mis en scène de manière intelligente ; le tout est juste sublime, un ballet de choix, tous plus justes les uns que les autres. Le cadre en 1:1 peut surprendre et paraître abstrait au début, mais irrévocablement nécessaire au final, surtout lorsque le héros l’agrandira lui-même, dans ses moments de bonheur et d’insouciance. Le cadre est comparable à une fenêtre intime dans laquelle on se plonge, tel des voyeurs passionnés par une histoire qui nous dépasse, ressentant toute l’intensité de l’émotion qui nous traverse.

Ce qui est marquant, c’est à quel point le film est différent de la filmographie de Dolan par son humour ; on suit parfois des personnages dans des situations tantôt dramatiques tantôt candides, nous attachant directement à eux. Le plus fort étant qu’on ne veut jamais les quitter, on ne voudrait que leur bonheur…

Les ruptures de tons fascinent également par leurs violences. Ainsi, quand un paysage à l’atmosphère léger est présenté, nous pouvons croire à une scène heureuse ou bienveillante. Mais dans la seconde qui suit, Dolan ruine cet aspect et nous balance en pleine face sa patte de génie, montrant la violence dans ces moindres détails, gros mots québécois en prime, et ne tombant jamais dans le cliché.

On retrouve là, une œuvre fascinante d’un auteur, bercé par les critiques. Se pose alors la question : est-ce une œuvre autobiographique, comme l’était implicitement J’ai tué ma mère? Evidemment, en tant que film sans lien obligatoire avec l’ensemble de la filmographie de Dolan, Mommy est virtuose. Le film prend alors véritablement son sens et entraîne le spectateur dans un véritable kaléidoscope de chocs émotionnels et visuels.

Ce chef d’oeuvre carbure à l’amour, refusant le cynisme. Dolan montre le beau dans une société trop conformiste, dirigée par la marchandisation, c’est un poète qui à la manière d’un Rimbaud, nous ouvre les portes d’un univers magique. Ce film est l’oeuvre d’un orfèvre, le scénario est incroyablement bien écrit, les personnages bien développés, avec des scènes surprenantes, comme le final. Mommy est un film puissant, un feu d’artifices ou la violence du verbe côtoie des instants de grâce, et cela fonctionne tellement bien qu’il corrige de lui-même ses propres « micro » défauts.

Un film finement drôle, envoûtant, qui vous prend aux tripes, avec une telle force animale, qu’il nous explose à la figure. Mommy est un tourbillon de sensations sur une musique qui peut sembler pour certaines personnes discutable. En effet, si Oasis et Lana del ray proposent de somptueux thèmes musicaux et des textes profonds, le choix de mettre du Céline Dion peut paraître étrange et limite insupportable, au vu du pathos entraîné par la musique. Pour autant, les enjeux de ces scènes sont tellement profonds, l’image tellement belle, et les acteurs tellement transcendés ,que la musique et la scène passent merveilleusement bien.

Mommy est donc une œuvre fascinante, flamboyante, un chef d’oeuvre du style dramatico-social. Empruntant les meilleurs attraits de sa propre filmographie, Xavier Dolan subjugue et fascine, grâce à sa direction des acteurs irréprochables, un sens de la rupture maîtrisé et des plans ultra travaillés. Le film bouleverse par la justesse du jeu d’acteurs sidérants, par l’adresse avec laquelle le sujet assez casse gueule, est traité et par l’émotion quasi omniprésente pour le bonheur de nos yeux et de notre esprit. Xavier Dolan vient définitivement de prouver avec ce film, qu’il est un grand cinéaste.

Mommy : Bande-annonce

Mommy : Fiche Technique

Réalisation: Xavier Dolan
Scénario: Xavier Dolan
Interprétation: Antoine-Olivier Pilon (Steve O’Connor Després), Anne Dorval (Diane “Die” Després), Suzanne Clément (Kyla), Patrick Huard (Paul Béliveau)…
Image: André Turpin
Costume: Xavier Dolan, François Barbeau
Son: Guy Francœur, Sylvain Brassard
Montage: Xavier Dolan
Musique: Noia
Production: Metafilms
Distributeur: MK2 / Diaphana Distribution
Genre: Drame
Durée: 138 minutes
Date de sortie: 8 octobre 2014
Canada – 2014

Real, un film de Kiyoshi Kurosawa : Critique

Il est heureux de constater que les auteurs japonais contemporains, qu’ils soient issus de la littérature ou du cinéma, aient su renouveler avec brio l’extraordinaire et foisonnant héritage de leurs prestigieux aînés. Cette tradition nous a apportée des artistes inoubliables tels que Ozu, Mizoguchi, Wakamatsu ou Kurusawa, cinéastes parmi les plus importants et faisant parti des mêmes légendes que Welles, Fellini, Godard, Kazan et tant d’autres.

Les écrivains ne sont pas en reste et demeurent essentiels dans la créativité et le rayonnement international de l’archipel nippon. La fureur et les brillants esprits de ces artistes ont su dénoncer et revendiquer avec une ferveur passionnante l’histoire de leur pays. De L’Empire militariste au système féodal jusqu’au mythe de L’Empereur comme figure mystique et intouchable, des Yakuzas comme solution sociale en réponse à la corruption et l’inertie de la politique jusqu’à l’occidentalisation de l’archipel prônant l’économie de marché pour retrouver son statut de super puissance mondiale. Ces prises de positions leurs ont valus moult réprimandes ,parfois violentes, mais ne les a jamais empêches de poursuivre le combat.

Kyoshi Kurosawa, descendant directe de cette prestigieuse lignée, perpétue cet état d’esprit avec son propre univers si singulier. S’inscrivant dans une lutte contre les institutions, il fait de sa filmographie un tract militantisme mais n’en fait pas pour autant preuve de prosélytisme. Son but va au delà du simple constat d’une déchéance morale de la société. Son précédent diptyque nous entraînait dans une superbe élaboration fantastique et psychologique d’un japon replié sur ses peurs. Celui-ci, moins recherché sur la forme car plus fouillis, reste très intéressant dans sa description d’une jeunesse perdue dans ses illusions.

Son remarquable travail sur l’utilisation des contrastes entre le réel et l’imaginaire reste perceptible et on retrouve avec bonheur sa marque de fabrique. Ces personnages sont englués dans une vie parallèle qui leur sert de refuge face à une réalité dérangeante. Le jeune homme, perdu dans son morne quotidien de mangaka ayant abandonné toute inspiration, réinvente sa propre histoire en sauveur de l’âme de sa petite amie disparue dans un suicide incompréhensible. La première heure est vraiment passionnante de mystères et de traumas enfouis au plus profond de cet être errant. Comment survivre dans un monde déshumanisé ou l’effort devient mortel ? Quelle protection ériger contre une sordide réalité ? Le pouvoir de l’imagination, aussi fantastique soit il est-il à même de nous préserver ? Le blanc, couleur de l’éternel, revient sans cesse comme motif visuel scénaristique. Il tapisse les murs des habitations, longues et hautes demeures perdues au sein d’une ville fantôme. Il habille les blouses des infirmiers, troublantes métaphores d’humains dévitalisés guidant ces amoureux vers une renaissance plus qu’incertaine, spécialement cette infirmière au regard empathique mais terrifiant. Les morts, s’échappant de cet univers parallèle comme pour prévenir de son danger, sont un premier indice d’un retournement de situation inattendue. Nous bifurquons alors dans une deuxième partie plus confuse ou de nouvelles découvertes sont en partie responsables d’une attention décroissante.

En effet, ce mélange d’allers retours permanents entre leurs deux esprits s’avère quelque peu source d’incompréhension. Ce flou nous oblige à renouer le fil de l’histoire entière et peut laisser perplexe quand à la pertinence de ces sous intrigues. Ce qui était au début une belle réflexion sur la perte d’identité et sur le rôle essentiel du psychisme dans notre construction mentale se transforme alors en un vain jeu de piste aux ramifications pour le moins perturbantes. Ce n’est qu’au fur et à mesure de la progression de cette narration alambiquée que nous comprenons la nécessité de cette digression. La mémoire est sélective mais la mauvaise conscience nous rattrape toujours, nous ne pouvons l’éradiquer. La plongée dans le subconscient, le souvenir de cette rivalité entre deux gamins aux conséquences tragiques, le refoulement des sentiments éprouvants ne peuvent pas s’effacer de notre cerveau, ce puissant organisme cérébral constitutif de notre humanité. Quand ils auront enfin compris la signification de ce dessin enfantin, l’épreuve traversée n’en sera que plus forte. L’amour les sauvera d’un funeste destin mais la mort ne sera jamais loin, signe que les actes malsains doivent absolument se payer.

Si Real, ce conte fantasmagorique n’est pas aussi abouti qu’espéré, on en retient surtout une incroyable démonstration de force du talent de ce metteur en scène décidément habile à nous faire voyager dans des contrées souvent explorées mais sans cette subtilité qui lui est propre. L’habillage onirique du gothique se marie parfaitement à un ancrage de vérité, lui conférant cette touche si spéciale. Et les acteurs servent au mieux cet aspect, en faisant une vraie réussite.

Synopsis: Atsumi, talentueuse dessinatrice de mangas, se retrouve plongée dans le coma après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Son petit-ami Koichi ne comprend pas cet acte insensé, d’autant qu’ils s’aimaient passionnément. Afin de la ramener dans le réel, il rejoint un programme novateur permettant de pénétrer dans l’inconscient de sa compagne. Mais le système l’envoie-t-il vraiment là où il croit ?

Fiche Technique : Real (Riaru : Kanzen naru kubinagaryû no hi)

Japon – 2013
Réalisation: Kiyoshi Kurosawa
Scénario: Kiyoshi Kurosawa, Sachiko Tanaka d’après le roman, «Un Jour Parfait pour le Plésiosaure» de Rokuro Inui
Interprétation: Takeru Satô (Kôichi Fujita), Haruka Ayase (Atsumi), Jô Odagiri (l’éditeur), Shôta Sometani (l’assistant), Yutaka Matsushige (le père d’Atsumi), Kyôko Koizumi (la mère de Kôichi)…
Distributeur: Version Originale/Condor
Date de sortie: 26 mars 2014
Durée: 2h07
Genre: Romance, Fantastique
Image: Hidenori Nagata
Décor: Mami Ishida
Son: Shinji Watanabe
Montage: Takashi Sato
Musique: Akiko Ashizawa
Producteur: Takashi Hirano, Atsuyuki Shimoda
Production: Tokyo Broadcasting System Television, Inc.