Critique: Papa Was Not A Rolling Stone, un film de Sylvie Ohayon

Adapté du livre « Papa Was Not A Rolling Stone » en partie autobiographique de Sylvie Ohayon, celle-ci se lance elle-même dans la réalisation de son premier film.

L’univers authentique des années 80

Elle réussit à nous dépeindre la vie à la cité des 4000 de manière à la fois authentique et délirante, et tout aussi joyeuse et colorée. Malgré la vérité d’un quotidien pas toujours facile, le film parvient à nous faire rire. Sans aucune note de dramatisation mais grâce à de la pure franchise, on est épris par ses répliques piquantes et ses situations causasses.
Premier film et premier rôle principale pour Doria Achour, qui illumine l’écran et est promue à une belle carrière. Belle et subtile, sa manière de jouer nous plonge au fond du personnage de Stéphanie. Dans ses yeux pétillants, on ressent ses rêves, ses peurs et par-dessus tout sa force de s’en sortir. A ces côtés, Soumaye Bocoum, issue d’un « casting sauvage », est pinçante, attachante et parfaite dans le rôle de Fatima, la meilleure pote surprotectrice. Pas moins réussis, on admire le duo d’Aure Atika, la mère dépressive, et Marc Lavoine, en beau-père bœuf détestable et méconnaissable.

Envole-moi, envole-moi

Sous les aires mélodieux de Jean Jacques Goldman, on voit Stéphanie s’envoler et rêver de de devenir danseuse professionnel. Avec le quotidien d’une mère irresponsable et d’un beau-père tyrannique, son seul moyen de s’en sortir c’est la danse. On reconnait un peu de l’héroïne de Fish Tank en elle, un des films qui aurait inspiré Sylvie Ohayon. Sa seconde option pour s’en sortir : les études, dans lesquelles elle excelle et va tout donner.
Le film est avant tout ce parcours tortueux vers l’âge adulte pour cette adolescente de 17 ans, face aux choix qui détermineront son avenir : réaliser ses rêves trop ambitieux ou renoncer et adopter la vie qu’on attend d’elle ? Le même trouble persiste pour chaque génération : au milieu du stress du bac, des premiers amours et des querelles entre amis on reconnais une version eighties et très banlieusarde de LOL, de Liza Azuelos.

Des communautés différentes pour une appartenance sociale

Une nouvelle manière de montrer sous son meilleur jour la vie de cité : au milieu des voitures vandalisés et des canapés abandonnées, ces jeunes s’aiment, se battent, délirent ensemble. Toutes les communautés : juifs, arabes, noirs et blancs s’entraident et vivent la même galère. En toile de fond, ce sont les différences culturelles et le respect mutuelle qui nous est exposé. Des valeurs, qui en vingt ans semblent s’être dégradés.

« La plus belle revanche c’est de réussir sa vie »

Mais le message du film,  (et du livre en amont) veut remettre en jeu cette appartenance sociale. Si le titre «Papa Was Not A Rolling Stone  » reste ironique, il n’en ai pas moins vrai. Stéphanie grandit sans père, juive et kabyle, et dans un milieu culturel loin d’être idéal. On est ce qu’on devient, et ça ne dépend pas seulement d’où l’on vient. Et ça Stéphane l’a comprise. Grâce à ses lecture et son travail acharné, elle parvient à prouver qu’elle n’est pas juste une fille de cité analphabète et sans avenir.

La vie en banlieue et la recherche identitaire

A travers des contextes différents et des histoires différentes, le sujet de la vie en cité et la volonté de s’en sortir reste un sujet d’actualité et dans le cœur des jeunes réalisateurs. Encore exploité récemment avec Tout ce qui Brille, ou ces filles rêvent d’une vie plus près des paillettes Parisiennes. Et à venir, le 15 Octobre au cinéma, Bandes de Filles, le dernier film de Céline Sciamma, nous apportera également une nouvelle perspective de la recherche identitaire et le quotidien des filles de cité à travers le personnage de Vic.

Synopsis : Cité de la Courneuve des années 80, Stéphanie rêve d’écrire les slogans des publicités. Avec une mère-enfant assez fragile et sous la coupe d’un beau père violent, elle s’évade dans la danse, les chansons de Jean Jacques Goldman et la littérature française. Prête à tout pour quitter sa cité, son combat et sa détermination va devenir ce film drôle et plein d’espoirs.

Fiche Technique: Papa Was Not A Rolling Stone

Réalisateur : Sylvie Ohayon
Scénaristes : Sylvie Ohayon, Sylvie Verheyde
Compositeur : Nousdeuxtheband
Casting : Doria Achour (Stephanie), Aure Atika (Micheline), Marc Lavoine (Christian), Soumayé Bocoum (Fatima), Sylvie Testud
Producteur :Michael Gentile
Durée 1 heure 39 min
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 8 Octobre 2014

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