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Satin rouge, un film de Raja Amari : Critique

Critique du film, Satin Rouge

Synopsis: Lilia est une mère tunisienne modèle, possessive et garante des traditions. Son mari décédé, elle surveille sa fille en permanence, pour sauvegarder l’honneur de celle-ci et éviter à la famille une perte de réputation. Face aux nombreuses soirées que sa fille passe à étudier chez une amie, et après une nuit où elle découche, elle décide de la suivre à un cours de danse du ventre. Observant celle-ci qui échange regards et sourires avec un musicien, elle se doute q’une liaison les unis. Elle se rend alors dans le cabaret où ce dernier joue tous les soirs…

Bons Baisers D’Orient !

Le Maghreb, tel qu’imaginé et fantasmé par beaucoup de monde, est un territoire peuplé de fanatiques religieux islamistes prêts à envahir notre si cher et tendre monde occidental à des fins sauvagement belliqueuses. Les récentes révoltes du peuple Arabe, la longue histoire du conflit israélo-palestinien, le métissage de plus en plus prégnant et inéluctable de notre pays, la peur d’une perde d’identité nationale au moment où l’Islam voit sa présence renforcée donc bien plus visible que les années précédentes sur notre sol, ainsi que bien d’autres sont des motifs véhiculés régulièrement aux informations, et ceci sans le temps de l’analyse nécessaire à la compréhension de cette culture foisonnante riche de plusieurs siècles. L’Occident saura pourtant s’en souvenir et grandement s’en inspirer pour bâtir et fortifier la sienne. Ces amalgames ingurgités et recrachés sans discernement aucun sont quelques-unes des explications du rejet de L’Homme musulman en général et de L’Homme Arabe en particulier.

Grâce soit donc rendu à Raja Amari de nous prouver que cette stigmatisation est particulièrement infondée et que cette entité possède au contraire une ouverture d’esprit largement accueillante, avec un sens de l’hospitalité faisant parti des us et coutumes de la civilisation Orientale. Il semble important de rappeler que la Tunisie, point d’orgue central du film Satin rouge, se tient relativement à l’écart d’une conception archaïque de l’Islam, contrairement à certains de ses plus ou moins proches partenaires maghrébins. De par son passé, elle a su éviter la majorité des écueils liés à cette problématique pour mieux transcender sa modernité et exalter le rapprochent interconfessionnel. C’était une volonté manifeste de son ancien président Habib Bourguiba et son peuple lui en était reconnaissant, même si ce consensus longtemps approuvé à fini par se fissurer à force d’emprise quelque peu dictatorial sur celui-ci. La Révolution du Jasmin qui s’en est suivi s’est avérée un rappel nécessaire pour quiconque outrepasserait cette règle d’or.

En situant le cadre de son scénario sur une mère élevant péniblement mais fièrement sa fille, la réalisatrice nous raconte sa Tunisie, pétrie de contradictions car habitée par une tradition ancestrale impossible à effacer et emprunte d’une modernité éprise de liberté et de renouvellement. Cette femme, veuve solitaire depuis qu’elle a perdu son mari, subvient tant bien que mal à leurs besoins en effectuant des tâches ménagères, et vit recluse chez elle en attendant tous les soirs sa progéniture, sa seule et unique famille proche. Le rituel, désuet au premier abord, est capital pour sa santé mentale et physique. C’est ce qui lui permet de se sentir toujours vivante. Il y a là une première radiographie du pays, entre une ancienne génération percluse de doutes ne sachant comment organiser sa vie nouvelle (chose encore plus marquante pour les femmes seules) et l’émergence d’une jeunesse étudiante embrassant l’avenir à pleins poumons. La dichotomie observée avec tellement de justesse souligne l’importance de la reconstruction identitaire qui doit s’opérer pour tirer le meilleur d’un passé inquiet pour assurer un avenir radieux. Un point de vue salutaire qui ouvre une analyse perspicace encore plus poussée pour tenter de prendre la pleine mesure du croissant doré. La télévision ou passe des romances sucrées, fil conducteur du récit, révèle bien des éléments essentiels de ce peuple. L’amour décomplexé et la beauté des sentiments se vivent par procuration dans une société où la place des hommes reste constitutive de son fonctionnement. Rêver à une vie meilleure reste un doux euphémisme en même temps qu’une vague promesse, qu’il est difficile de s’octroyer pour ces princesses. Arrive alors la découverte de ce cabaret, monde interlope intriguant s’il en est, ou le plaisir et la luxure de la danse paraissent, sinon prohibes, du moins fortement improbables pour les tenants d’une rigueur morale castratrice.

La danse du ventre, culture ancestrale fondamentale de L’orient, est un formidable moyen d’émancipation qui donne au corps féminin le plaisir jouissif de dominer le machisme ambiant. L’art qui s’en dégage doit impérativement être conservé et transmis, sous peine de voir un des piliers de cette culture enfoui à tout jamais. Son exécution demande force, courage et dextérité et la splendide sensualité qui en ressort ne doit pas se confondre avec une simple lascivité vulgaire. Partagée entre son désir de retrouver un souffle essentiel et renouer avec ses glorieux antécédents et l’angoisse d’un héritage moralisateur, la déesse se lancera finalement à corps perdu dans cette passion si longuement refrénée.

Le talent de Raja Amari prend tout son sens dans la description fine de la dualité éprouvée à l’égard de ce poids, elle ne juge personne mais regarde simplement les protagonistes s’échiner à respecter leurs convictions les plus profondes pour s’arrimer douloureusement à la vie qui passe. Le final en est la plus belle illustration. En fait de rancœur et d’amertume, cette mère Térésa soulignera sa bonté du cœur en faisant passer sa profonde tristesse d’avoir été trompée par l’homme qu’elle aime, par une ironie mordante au profit de sa fille tant aimée. Le magnifique portrait de la femme arabe dans toute sa splendeur. Hiam Abbas l’incarne à la perfection, rose fanée qui renaît au monde par la sensualité de ses courbes élancées. Elle seule (avec Ronit Elkabetz, une autre israélienne) correspondait parfaitement au portrait sensible de ces âmes tourmentées saisies par l’infinie charme de la mélancolie. Transpirant l’élégance et la classe folle, elle donne un visage radieux à ces perdantes grandioses.

Bande-Annonce Satin Rouge 

Satin Rouge : Fiche Technique

Tunisie, 2001
Réalisateur : Raja Amari
Scénario : Raja Amari
Avec : Hiam Abbass, Hend El Fahem, Monia Hichri, Maher Kamoun
Genre : Drame
Durée : 1h40
Sortie : 24/04/2002

Auteur : Le cinéphile Dijonnais (Sabri)

Les petites curiosités du cinéma – Anecdotes à déguster

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Anecdotes hilarantes sur le cinéma

On se pose tous ces questions : mais pourquoi les films sortent le mercredi, pourquoi peut-on manger des pop-corn ?  Quelle est la différence entre les effets spéciaux et les effets visuels ? Pourquoi les fauteuils sont-ils rouges ?  Jean-Sébastien Leroux, grand amateur et professionnel du 7ème Art et fondateur de Kidiwi Studio, vous offre avec son livre Les petites curiosités du cinéma, quelques anecdotes amusantes et particulièrement divertissantes, sur le monde du cinéma. Un petit objet de curiosité, en effet, qui peut constituer un joli cadeau de Noël aux curieux et aux cinéphiles les plus avisés.

Un florilège d’anecdotes distrayantes sur l’univers de l’Entertainement. Au fait, saviez vous qu’Avant, le cinéma pouvait tuer ? Étonnant mais vrai, en raison de l’utilisation de nitrate de cellulose lors de la fabrication de pellicule (composant extrêmement inflammable) interdit en France depuis 1922, suite à une tragédie s’étant déroulée en 1887…

Inglourious Basterds – Cinema Massacre

Les petites curiosités du cinéma est un livre drôle, on y trouve des réponses sur les liens entre mafia et cinéma, sur le titre le plus long et la durée moyenne d’un film. Des réponses sur : Comment compte-t-on les entrées ? La plus vieille salle ? L’évolution du prix de la place ? Quels sont les titres de films pornographiques les plus drôles empruntés au 7è Art ? Les plus gros changements de poids pour interpréter un rôle ? Quel est le film le plus sanglant de tous les temps ? Quel est le film le plus cher ? Hollywood ou Bollywood ? Quel est le générique d’ouverture le plus long pour un film ? Quel est le générique de fin le plus long ? Certaines réponses se trouvent sur le site l’Express

Quels sont les plus grosses erreurs dans les films ?  

Certaines erreurs nous font rire comme de voir une montre au poignet d’un soldat comme dans le film Gladiator, réalisé par Ridley Scott avec Russell Crowe, Joaquin Phoenix, dans Le Seigneur des Anneaux, Gandalf porte lui aussi une montre…

Qui n’a pas vu dans une scène, un anachronisme, une caméra ou encore des micros bien visibles… Dans le livre Les petites curiosités du cinéma, l’auteur a classé les films avec le plus de gaffes…

Des exemples à voir en passant votre souris sur les photos :

Le seigneur des anneaux : 173 fautes

Le Seigneur des Anneaux: le Retour du Roi (2003): 168 erreurs

En 142 sujets bien sentis, Jean-Sébastien Leroux nous entraîne dans son grand cinéma permanent : celui qui mêle sans avoir l’air d’y toucher, passion enfantine, érudition joyeuse et réflexions sur le 7e art.

Un petit système de fiches ingénieux pour éclairer les salles obscures, mais aussi nos lanternes!…

Les petites curiosités du cinéma, par Jean-Sébastien Leroux (ed. François Bourin), 156p., 16 euros.

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Moonrise Kingdom de Wes Anderson – Critique du film

Critique du film, Moonrise Kingdom

Synospsis : sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, au cœur de l’été 1965, Suzy et Sam, douze ans, tombent amoureux, concluent un pacte secret et s’enfuient ensemble. Alors que chacun se mobilise pour les retrouver, une violente tempête s’approche des côtes et va bouleverser davantage encore la vie de la communauté.

Au pays de l’amour levant

« Voici l’île de New Penzance. 26 km de long. Plantée de pins et d’érables séculaires. Sillonnées de petits chenaux formées par la marée. Territoire Chickchaw. Pas de routes goudronnées (…) mais des kilomètres de sentiers, de chemins entrelacés, et un bac desservant la baie de Stone 2 fois par jour. Nous sommes en 1965. C’est ici, aux abords du détroit de Black Beacon, qu’une violente tempête, restée dans les annales, viendra s’abattre depuis l’est le 5 septembre. Dans 3 jours. »

Wes Anderson, dès son incipit, via le narrateur (Bob Balaban) nous plonge dans son univers créé de toutes pièces. L’île, factice, s’impose à nous ; submergé par les détails, le film s’ouvre sur un exposé, relevé géographique, topographique, et rapide historique. Le spectateur sait d’entrée où il se trouve et quand. L’élément dramaturgique est imposé dans les secondes qui suivent. Le décor est posé, les prémices de l’intrigue se découvrent lentement. Théâtralement W. Anderson ouvre son film sur un air de musique classique, disséquée par un présentateur, nous sommes dans une maison. Mécaniquement, la caméra observe la maison et ses habitants, un père, une mère, trois bambins, et leur grande sœur : Suzy. Jumelle au cou, enlaçant son chaton, le regard brave mais lointain, les cheveux roux, robe colorée, incandescente. Suzy Bishop (Kara Haward) gamine jugée difficile par ses géniteurs, avocats de profession. Sans véritable amis, passionnée de littérature fantastique, et entretenant une relation épistolaire salvatrice.

Comme souvent avec le réalisateur, l’amour est au centre, l’amour fou, l’amour impossible, l’amour y est surtout interdit. En effet déjà dans Rushmore, l’enfant tombait éperdument amoureux d’une institutrice, alors que dans La Famille Tenenbaum, le frère convoitait sa sœur (non biologique). Mais parmi les thèmes chers à Mr Anderson, la filiation, se distingue par sa récurrence dans sa filmographie : la quête d’une figure paternelle, l’approbation maternelle, autant de sujets qui viennent ponctuer ses films depuis une décennie.

Se dévoile ici, Sam Shakusky (Jared Gilman) héro, scout kaki, orphelin. Personnage central, mais absent lors de son introduction. Sam s’est fait la malle, pour le plus grand plaisir de ses camarades. Sam n’est pas très populaire, jugé bizarre, inadapté. Il est surtout celui qui répond aux lettres de Suzy, celui qui rempli sa boite aux lettres autant que son esprit.

L’on ne vous cachera pas que le diptyque amoureux se déroule autours de ces deux là. On vous laissera, en revanche, le loisir de tirer le voile sur leur histoire :

Vous les verrez s’enfuir, vous les verrez se retrouver, se perdre. Vous les verrez surtout s’aimer, comme seuls les enfants savent le faire. C’est avant tout un film d’amour, de copains, et d’aventure. Comme l’ont bien compris nos deux échappés, ou plutôt nos deux rescapés dirons-nous, qui se sont bien trouvés, échappant à un monde de grands qui ne les comprend pas. Cet amour, sentiment surpuissant, se cristallise durant la plus belle scène du film, au cœur de cette baie, jusque là innommée, devenue le « Moonrise Kingdom » après une brève envolée, passionnelle, liberticide par la suite.

La famille de Suzy s’opposera farouchement à leur liaison, pur délire infantile, fruit d’un esprit abimé, tordu, brisé. Sam apprendra de son côté, que la sienne, ou celle qui en faisait office, décide de ne pas le « reconduire ». Tel le bail d’un appartement que l’on veut quitter puisque la peinture s’écaille, et que le lavabo fuit. Se succéderont alors sur la scène de sa vie sans but apparent, des personnages tout aussi désarçonnés par les déceptions qui s’accumulent : le chef de tribu déchu (Edward Norton), le capitaine de police (Bruce Willis) dont l’amante le délaisse au profit d’un mari qui se sait trompé (Bill Murray). Interviendront ensuite l’action sociale, l’esprit scoute, et le cataclysme naturel, et dans un dénouement aux allures Shakespearienne, où la mort est sans doute préférable à l’amour brimé, Wes Anderson clôturera son meilleur film avec légèreté, dissipant la brume et les maux.

Nous baladant au gré d’une caméra toujours aussi vivante, cadrant ce qui ne saurait être cadré, la nature, insulaire, luxuriante, sauvage mais domptée. Dans une succession de tableaux aux couleurs délicieusement dépassées, spectre d’un décor onirique, idyllique, l’image y polarise l’attention dès que le récit s’y soustrait. Et, renforcée, par une bande originale sublime (signée Alexandre Desplat) le film ondule durant une heure et demie, glissant sur nos souvenirs d’enfants et nos expectations d’adultes.

Fiche technique – Moonrise Kingdom

Réalisation : Wes Anderson
Scénario : Wes Anderson et Roman Coppola
Interprétation: Jared Gilman (Sam), Kara Hayward (Suzy), Bruce Willis (Capitaine Sharp), Edward Norton (le chef scout Ward), Bill Murray (M. Bishop), Frances McDormand (Mme Bishop), Jason Schwartzman (Ben)…
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Robert D. Yeoman
Production : Wes Anderson/ Scott Rudin/ Steven Rales/ Jeremy Dawson
Société de production : Focus Features
Société de distribution (France) : Studio canal
Genre : Comédie dramatique
Durée : 93 minutes
Date de sortie française : 16 mai 2012

 

Qu’Allah bénisse la France, un film d’Abd Al Malik : Critique

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 [Critique] Qu’Allah bénisse la France 

Synopsis : Le parcours de Régis, un enfant d’immigrés congolais et élevé par sa mère catholique avec ses deux frères dans une cité strasbourgeoise. A travers la lecture, l’école, le hip-hop, l’islam puis l’amour, il va s’éloigner de l’influence néfaste de ses amis et de la violence urbaine, pour devenir un rappeur célèbre.

Un essai intimiste sur l’émancipation et la tolérance

Dix ans après la sortie de son roman autobiographique, le rappeur Abd Al Malik a réuni un budget conséquent et une équipe technique solide (avec notamment Pierre Aïm, le chef opérateur de La haine notamment, qui reproduit ici un splendide noir et blanc), afin d’adapter au cinéma cette chronique personnelle, dont l’intrigue se veut a contrario universaliste.

Rimes en Noirs et Blancs

La première spécificité du long-métrage est de se situer dans la cité du Neuhof, à Strasbourg, une ville éloignée des stéréotypes limitant les enjeux liés à l’immigration aux banlieues parisiennes ou marseillaises. Le contexte est modernisé, n’ayant pas lieu dans les années 80 durant lesquelles a grandi le réalisateur, mais bien de nos jours. Le quotidien, au cœur de ces cités HLM, du jeune Régis, est partagé entre sa scolarité (où il apparaît comme non seulement comme le seul noir, mais aussi comme un surdoué) et la petite délinquance. Sans vouloir rentrer dans le statut de révolté irréfléchi qui caractérise son frère ni, encore moins, de toxicomane, Régis est présenté comme un spécialiste du vol à la tire et du trafic de marijuana, cherchant malgré tout à se rattacher à des valeurs morales qu’auraient abandonnées ses amis. Une exposition qui, à trop vouloir donner une bonne image de son héros, en vient à stigmatiser son entourage, au point de sembler illustrative des arguments d’un élu FN local.

Heureusement, plutôt que de continuer à offrir un état des lieux alarmiste de la cité où il a grandi, Abd Al Malik a préféré concentrer la dramaturgie de la première partie de son scénario sur l’évolution individuelle de son alter-ego. Celle-ci passe par l’antagonisme entre les influences de ses amis et de son frère, et celles de trois femmes : sa mère, une catholique pratiquante dévouée au bien-être de ses fils, sa professeure de lettres qui lui apporte culture et confiance en soi, et sa voisine Nawel dont il est éperdument amoureux. La volonté de monter un groupe de rap apparait de plus comme l’unique moteur de son émancipation.

Le point de bascule scénaristique se fait lors de la confession du héros à l’islam, qui va dès lors devenir son principal vecteur psychologique. Cependant, celle-ci est mal amenée car peu justifiée. On voit Régis décider d’effectuer son rituel initiatique suite à la mort de l’un de ses amis d’enfance. Or, celui-ci ayant été caractérisé plus tôt comme un traître à qui Régis ne fait plus confiance, la scène de l’enterrement se voit affubler d’une surdose tragique en annonçant le sort funeste et prochain de plusieurs de ses participants. Plus que le deuil et le traumatisme de voir ses amis d’enfance tomber l’un après l’autre, l’influence de Nawel, au centre de la motivation de Régis de se trouver dans la pratique du soufisme une nouvelle identité spirituelle, aurait mérité un meilleur traitement.

Dès lors, la seconde moitié est plus axée sur les affres de la création artistique et la recherche de reconnaissance. Les obstacles que rencontrera Régis, qui se fait à présent appeler Abd Al Malik, et son groupe, seront essentiellement leur absence de moyens financiers et de la frilosité des majors, mais aussi l’islamophobie des médias de masse, la difficulté de mêler dévotion religieuse et ambition professionnelle (la question de la place de la musique dans l’islam, selon l’interprétation faite du Coran, sera d’ailleurs posée par son meilleur ami), mais aussi la résurgence d’anciennes affaires criminelles.

Voir ainsi Abd Al Malik être le seul parmi ses amis à éviter toutes ces embuches du destin pour atteindre le statut de star n’a pas du plaire à l’ancien groupe NAP, grâce à qui le rappeur s’est fait connaitre, bien avant de se lancer dans une carrière solo.

Au-delà de cet écart par rapport à la réalité, qui frôle le nombrilisme, la conclusion parvenue et son message prônant l’intégration républicaine et pluriethnique semblent être le summum de l’écriture terriblement littéraire et démagogique qui caractérise l’ensemble du scénario. Ponctué par des touches de poésie, via les paroles des chansons mais aussi par une voix-off pesante, le script est en effet tiraillé entre une volonté de sincérité touchante et un classicisme académique flagrant. Le résultat est une narration trop linéaire (hormis le premier plan) et un moralisme dénué de subtilité.

Ce que l’on retiendra finalement de meilleur dans l’écriture de Qu’Allah bénisse la France, est sans nul doute la prose avec laquelle Abd Al Malik écrit ses chansons mêlant argot local et références littéraires. Le film redonne ses lettres de noblesse à cet art en voie de disparition qu’est le rap conscient (les posters d’Assassin et de Raekwon aperçus dans la chambre de Régis lui font d’ailleurs un bel hommage).

D’un point de vue purement formel, on saluera la façon dont les images sont magnifiées par un noir et blanc de toute beauté, source de mélancolie et de délicatesse romantique. On ne s’étonne néanmoins pas de constater que la mise en scène du réalisateur soit parfois approximative, et que les cadrages, d’une maladresse qui prouve un certain amateurisme. Le couple d’acteurs, le jeune Marc Zinga (vu cette année dans Les Rayures du zèbre) et la rayonnante Sabrina Ouazani (aperçue dans Le passé d’Asghar Farhadi), comme tous les interprètes du film, majoritairement non-professionnels, réussissent à être parfaitement convaincants.

On ressort de ce film avec la tête pleine de bon sentiments et de tolérance mais aussi la certitude d’avoir assisté à une première expérience cinématographique d’un artiste qui n’en maîtrise pas le potentiel suggestif, et a signé par défaut, un pamphlet qui traite frontalement chacun des thèmes qu’il aborde. Du fait de la vacuité actuelle du marché français de films socialement engagés, Qu’Allah bénisse la France de par son traitement intimiste de l’islamisation des jeunes, devient, malgré ses maladresses, une œuvre singulière qui espérons-le, inspirera de jeunes cinéastes, de tous horizons, pour s’élever contre les propos racistes qui gangrènent de plus en plus notre pays.

Qu’Allah bénisse la France : Bande Annonce

Qu’Allah bénisse la France: Fiche technique

Réalisateur : Abd Al Malik
Interprètes : Marc Zinga (Régis / Abd Al Malik), Sabrina Ouazani (Sabrina Ouazani), Larouci Didi (Samir)
Scénario : Abd Al Malik
Photographie : Pierre Aïm
Montage : Kako Kelber
Musique : Abd Al Malik
Sociétés de production : G!braltar Films, Ad Vitam, France 2 Cinéma
Durée : 96 minutes
Genre : Chronique sociale
Date de sortie : 10 décembre 2014

France – 2014

Men, Women & Children, un film de Jason Reitman : Critique

Critique du film, Men, Women & Children

Synopsis : Men, Women & Children brosse le portrait de lycéens et de leurs parents qui doivent affronter l’impact des nouvelles technologies sur leurs rapports, leurs modes de communication, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et leur vie amoureuse. Le film aborde ainsi plusieurs enjeux sociétaux, comme la culture des jeux vidéo, l’anorexie, l’infidélité, la course à la célébrité et la prolifération de contenus illicites sur Internet. Tandis que les personnages s’engagent dans des trajectoires, dont l’issue est parfois heureuse et parfois tragique, il est désormais évident que personne ne peut rester insensible à ce bouleversement culturel qui déferle sur nos téléphones, nos tablettes et nos ordinateurs. 

Internet, les réseaux sociaux et autres petites contrariétés 

Pour son sixième film, Jason Reitman adapte avec Erin Crissida Wilson, le roman éponyme de Chad Kultgen, traitant des relations humaines, à travers le prisme d’internet et des réseaux sociaux. Un film choral, n’évitant ni les longueurs et clichés. Pourtant cela fonctionne, grâce à un casting réussi, à des moments d’émotions et une certaine simplicité, qui peut-aussi être considérée comme un défaut.

Une voix-off nous accompagne tout au long des deux heures, c’est celle d’Emma Thompson. Elle nous conte tout d’abord l’histoire de la sonde Voyager 1, envoyée dans l’espace en 1977 pour signaler notre existence à d’autres formes de vies à travers notre galaxie. Elle a pris une photo de notre planète terre, qui est un insignifiant point bleu dans l’immensité de l’univers.

Sur ce point bleu, se trouve une ville du Texas ou va se nouer divers histoires, par le biais de personnages, parfois caricaturaux. On a un couple (Adam Sandler et Rosemarie DeWitt), n’éprouvant plus d’attirance l’un pour l’autre, noyé dans le quotidien, avec leurs deux fils, dont l’un d’eux (Travis Tope) est devenu accroc au sexe en ligne, au point de ne plus rien ressentir face à une personne IRL (In Real Life). Une mère (Jennifer Garner), surveillant toute les activités de sa fille (Kaytlin Dever), sur internet et les réseaux sociaux, au point d’avoir un traceur pour aussi connaitre ses moindres déplacements. Un fils (Ansel Elgort) vivant mal le départ de sa mère en Californie, le laissant seul avec son père (Dean Norris), dont le seul point commun et le football américain, qu’il va quitter, se plongeant dans les jeux en ligne. Une mère (Judy Greer) reportant sur sa fille (Olivia Crocicchia), ses rêves brisés de star hollywoodienne, en faisant d’elle une poupée, ne vivant que pour le succès et l’argent, au risque de basculer dans la pornographie. Enfin, une pom-pom girl (Elena Kampouris) obnubilée par son poids et amoureuse de la star du lycée.

A travers les diverses intrigues qui se nouent et parfois, se télescopent, le film traite de différents sujets, comme le suicide, l’anorexie et la pression sociale, poussant à sauter le pas sexuellement, malgré les risques de MST et Sida, et l’absence de dialogue sur le sujet.

Jason Reitman avait déjà fait une incursion dans le monde de l’adolescence, en abordant la grossesse chez l’adolescente dans le très réussi Juno, ou l’on avait déjà Jennifer Garner et JK Simmons au casting. On retrouve ici, un peu de son humour, mais par petites touches, l’histoire étant surtout un drame de la vie sociale. Mais il ne parle pas seulement des adolescents, car comme son titre l’indique, les hommes et femmes, sont aussi à l’honneur, même si ce n’est pas flatteur pour eux.

C’est surtout le manque de communication entre les générations, qui est pointé du doigt, en faisant d’internet et des réseaux sociaux, les responsables de ce fossé, qui s’est installé entre eux. Malgré tout ses outils mis à la disposition de l’être humain, la solitude est toujours aussi présente au sein de notre société. En début d’année, Her abordait déjà l’isolement de l’homme, se coupant du monde, après un drame et ne retrouvant qu’un peu de bonheur, au travers d’une intelligence artificielle, par le biais de la voix de Scarlett Johansson. Précédemment en 2013, le méconnu Disconnect avec Jason Bateman et Alexander Skarsgard, parlait du même sujet, mais sur un ton plus dramatique, au point de basculer dans le thriller.

Un casting réussi, peut sauver un film de l’ennui. C’est le cas ici, ou Ansel Elgort confirme son talent, déjà à l’oeuvre dans Nos étoiles contraires cette année. Jennifer Garner campe une mère rigide, qui finit par devenir détestable, tant sa performance est réussie. Adam Sandler, fait une nouvelle incursion dans le cinéma d’auteur, après Punch Drunk Love sous la direction de Paul Thomas Anderson en 2002. Il fait ici preuve de sobriété, démontrant encore une fois, qu’il pouvait être un bon acteur dramatique. Dean Norris, Rosemarie DeWitt et Judy Greer, sont de solides seconds rôles, sans oublier JK Simmons, qui est pratiquement dans tous les films de Jason Reitman. Kaitlyn Dever formant un couple émouvant avec Ansel Elgort, en devenant le point central du film.

Sur une musique pop et mélancolique de Bibio, Jason Reitman se fait un brin moralisateur, en stigmatisant cette nouvelle technologie. Elle semble salvatrice au début, avant de devenir destructrice, mais surtout par l’utilisation néfaste qu’en font les adolescents, tout comme les adultes. On peut regretter un manque de profondeur des personnages, dont certains devenant même insignifiants, tout comme l’absence de diversité, aussi bien physique, qu’ethnique.

Surement le film le moins réussi de Jason Reitman, même si sa réalisation se veut sobre, en restant au service des acteurs(trices), qu’il dirige toujours aussi bien. Il n’innove pas, ne prenant pas de risque, en restant tranquillement dans sa zone de confort, au risque de perdre de son mordant, mais aussi son public.

Fiche technique: Men, Women & Children

USA – 2014
Réalisation : Jason Reitman
Scénario : Jason Reitman et Erin Cressida Wilson
Distribution : Adam Sandler, Emma Thompson, Rosemarie DeWitt, Jennifer Garner, Judy Greer, Dean Norris, Ansel Elgort, Dennys Haisbert, Timothée Chalamet, Olivia Crocicchia, Kaytlin Dever, Elena Kampouris et JK Simmons
Musique : Bibio
Photographie : Eric Steelberg
Production : Jason Reitman, Helen Estabrook, Jason Blumenfeld, Michael Beugg et Mason Novick
Société de production : Right of way films
Société de distribution : Paramount Pictures
Genre : Comédie dramatique
Durée : 119 minutes
Date de sortie française : 10 décembre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

Partons en voyage en Terre du Milieu avec Tolkien!

La Terre du Milieu, une destination originale, épique et plus que magique à visiter !

La Terre du Milieu est une destination qui plaira à quiconque aime voyager. Mais êtes-vous suffisamment courageux pour ce périple ? Si oui, préparez vos baluchons, vos victuailles, votre carte et vos boussoles, vous en aurez grand besoin pour cette aventure particulièrement périlleuse. Il est encore temps de revenir sur votre décision, hâtez-vous !

Si vous avez lu cette introduction, c’est qu’il est déjà trop tard. Vous êtes prêts à partir, allez c’est parti !

carte-terre-du-milieu

Et si la trilogie du Hobbit et celle du Seigneur des Anneaux ne se résumait pas uniquement à de simples adaptations réalisées grâce à l’imagination d’un homme? Et si Tolkien avait vraiment vu ce monde, vous savez cette fameuse Terre du Milieu, de ses propres yeux ? Pourquoi n’existerait t-elle pas, après tout ?

C’est un rêve, un fantasme que tous les fans de l’œuvre de Tolkien ou de Peter Jackson, ont dans le cœur. Une phrase poétique pour des histoires épiques (et pratiquement humaines). Des histoires qui ont su bercer l’enfance de chacun et réveiller notre âme infantile, cachée au plus profond de notre cœur de fan, maintenant adulte.

Partons donc ensemble en Terre du Milieu, et rencontrons les différents personnages que nous connaissons. La visite guidée sera courte mais votre voyage sera immensément long ! Si vous ne nous croyez pas, le seul moyen de le savoir est de faire ce périple dès maintenant, en imaginant tous, notre voyage en cette lointaine contrée qui s’annonce non seulement comme un excellent voyage littéraire, mais aussi un périple inattendu et improbable dans la trilogie du Hobbit.

► Dans un trou vivait un Hobbit. (C’est comme cela que Gandalf a débuté son histoire dans le 1er Hobbit, et que J.R.R Tolkien a lui aussi commencé son livre) Ce Hobbit n’était pas n’importe quel hobbit, il se prénommait Bilbon et habitait depuis sa naissance à Hobbitebourg. Situé dans la Comté, ce village est l’un des plus anciens de la Terre du Milieu et il abrite de nombreux Hobbits respectables. Cette bourgade sympa et sans bruit importun est un lieu en pleine nature. Une nature qu’il convient de voir de ses propres yeux, surtout si vous voulez faire la rencontre des Hobbits. Vous pourrez en passant goûter leur fameux cidre chaud à la cannelle.

C’est à Hobbitebourg que Gandalf, le vieux magicien ayant été l’un des Istari, et Thorin accompagné d’autres nains, convainquirent Bilbon de se joindre à leur quête pour récupérer Erebor. Et c’est après en effet qu’avec les nains (Thorin, Balin, Bifur, Bofur, Bombur, Dori, Dwalin, Fili, Gloin, Kili, Nori, Oin et Ori) et Gandalf, que le hobbit décida, après mûre réflexion, de partir à l’aventure, et ce pour notre plus grand bonheur.

C’est en direction du Bosquet aux Trolls qu’ils s’aventurèrent en premier lieu. Cette forêt sauvage des hautes herbes, située à l’ouest de Fondcombe, est un lieu effrayant où résident les Trolls des collines, des êtres puissants dépourvus de spiritualité, qui terrorisent quiconque a l’imprudence de traverser leurs terres, et qui dissimulent les monceaux de biens qu’ils dérobent dans des grottes peu profondes, afin que personne ne puisse trouver et voler leur trésor. Un lieu peu hospitalier donc. On vous déconseille fortement de tomber même en plein jour sur un Troll, qu’il soit des cavernes ou autre ! À évitez pour les malchanceux et même les amateurs d’aventures et de sport.

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Après le Bosquet aux Trolls passé, nos amis ont rejoint Fondcombe. Cette vallée secrète se situe dans les contreforts occidentaux des Monts Brumeux. Considérée comme la « Dernière Maison Familière à l’Est de l’Océan », c’est une Maison de sagesse, un lieu d’études, et un refuge accueillant pour tous les Elfes. Elle a traversé toutes les guerres des Deuxième et Troisième Ages. Un paysage à voir et à revoir donc ! C’est là, dans cette enclave elfique que le seigneur Elrond a lu les runes de la lune sur la carte des Terres sauvages de Thrin et que la communauté de l’anneau s’est formée. Une visite de ce lieu immanquable, la chaleur de l’endroit est magique et introuvable ailleurs, c’est une promesse assurément !

Bilbon a atteint ensuite la Grotte de Gollum, où pour sortir de ce lieu, il a joué à un jeu d’énigme avec un être étonnant. Peut-être aurez vous l’occasion et/ou la chance de le défier pendant votre visite…

Gollum

À savoir que la grotte de Gollum se situe sous une longue chaîne de montagnes s’étendant du nord au sud entre l’Eriador et le Rhovanion : c’est là que les anciennes Mines de la Moria et la grotte de Gollum se trouvent, et c’est dans cette même grotte que Bilbon a battu le vilain Gollum au fameux jeu d’énigme et qu’il est entré en possession de l’Anneau Unique.

Bilbon, Gandalf et les nains coururent ensuite jusqu’à la demeure de Beorn. Se trouvant sur une terre lointaine, Beorn, dernier homme capable de changer d’apparence, vit reclus. Vous le croiserez peut-être durant votre voyage, qui sait ? Pour info, on le retrouve dans le second volet.

Leur aventure ne s’est pas arrêtée là, nos amis la continuèrent en passant par la vaste forêt de l’est de Rhovanion. C’est dans cette forêt que le mal a étendu son manteau noir et que l’on peut faire la rencontre des araignées géantes. Un lieu à voir mais à ne pas visiter ! Bilbon et les nains savent de quoi je veux parler.

Thranduils-halls

La Forêt Noire bascula nos amis vers le Hall de Thranduil, situé au nord-est de la forêt ; ses innombrables passages (des grottes souterraines creusées dans les entrailles de la forteresse des Elfes Sylvains) protègent le roi Thranduil, son peuple et leur trésor.

Embarqués dans des tonneaux, Bilbon et les nains s’échappèrent de Thranduil en traversant la rivière de la forêt et firent la rencontre de Bard l’archer sur les rives en aval, qui les amenèrent à Esgaroth. Cette cité humaine située au sud de la Montagne solitaire, plaira à quiconque par ces animations, son paysage étonnant ; la bourgade est entièrement construite sur pilotis au milieu du lac « Long Lake ».

Comme nos amis, vous devrez continuer vers Erebor, le Royaume abandonné des nains. Ce pic était jadis la demeure d’un royaume prospère de Nains jusqu’au jour ou Smaug est arrivé. Il a alors contraint les nains à l’exil et s’est emparé de leur immense trésor.

Si l’envie vous en prend, vous pourrez crier ou bien dire pendant votre visite :  « Je ne suis pas venu pour vous voler, oh Smaug, l’incroyablement riche. Je souhaite simplement contempler votre magnificence! »
Vous pourrez terminer votre voyage vers la Montagne solitaire ; située dans le nord de Rhovanion, elle se trouve au dessus de la solitaire Erebor (Erebor aussi appelé le Royaume sous la Montagne) où des forces se sont affrontées dans l’une des batailles les plus historiques de la Terre du Milieu. Il s’agit bien-entendu de la Bataille des cinq armées. Un lieu qui plaira aux nostalgiques et aux fans d’Histoires, qui se souviendront et feront hommage au nain mort durant la bataille. Lieu que l’on peut admirer dans le troisième volet du Hobbit de Peter Jackson.

La-montagne-solitaire

Espérons que l’univers de J.R.R Tolkien offert par l’imagination et la réalisation de Peter Jackson vous plaira plus encore, après cette brève lecture du voyage et cette visite guidée en Terre du Milieu (réalisée par un habitant de cette contrée lointaine,) faîtes rien que pour vous!

Longuement décrite dans les livres de Tolkien, la Terre du Milieu est crédible car l’univers de Tolkien fait aussi appel à notre imaginaire et, en cela, trouve son intemporalité. Comme le dit Leo Carruthers, « Il y a des œuvres qui sont hors du temps et le Seigneur des Anneaux ainsi que le Hobbit en font partie. Tolkien fait partie de ces grands écrivains qui dépassent leur temps. Ses livres sont intemporels car ils ne sont pas limités à une seule période, ils dépassent leur génération ».

Retrouvez l’ultime volet du Hobbit le 10 Décembre 2014

Auteur : Lawrence L. Bourguignon

God Help the Girl de Stuart Murdoch : Critique du film

God Help the Girl, une mélodie twee pop douce et naïve qui rend heureux

Synopsis : la jeune Eve écrit des chansons en rêvant de les entendre un jour à la radio. À l’issue d’un concert, elle rencontre James, musicien timide et romantique qui donne des cours de guitare à Cassie, une fille des quartiers chics. Dans un Glasgow pop et étudiant, ils entreprennent bientôt de monter leur propre groupe. Un film musical de Stuart Murdoch, leader du groupe Belle & Sebastian.

God Help the girl nous désarçonne, en mélangeant le genre musical au genre narratif, tout en se démarquant des comédies musicales classiques. Certes, l’oeuvre s’inspire des classiques comme Grease et La Mélodie du Bonheur, mais l’interprète de manière moderne. Le terme moderne est important ici, indiquant un re-nouveau. Car cette comédie musicale est unique, ce film étant l’adaptation d’un album concept « God Help the Girl » (2009), créé par le leader du groupe écossais de swee pop des années 90, « Belle et Sebastian ».

Une idée de film originale, qui se transforme en pari risqué pour Stuart Murdoch. Sans l’incroyable participation financière des fans grâce à un site de Kickstarter, mais aussi l’aide du producteur Barry Mendel (connu pour avoir produit des films de Wes Anderson et Night Shyamalan), God Help the girl aurait pu ne jamais voir le jour.

Ce film-clip musical dépeint la dépression d’une jeune adolescente, Eve, qui fuit la réalité de sa maladie dans la musique et le Glasgow des années 90. Emily Browning interprète très pudiquement ce personnage hors nome, sachant montrer sa fragilité, mais aussi sa persévérance à accomplir son rêve. L’actrice nous berce de sa voix d’ange et on reconnait ici ses talents musicaux, qui avaient déjà été remarqués dans Sucker Punch de Snyder. Pourtant, la personnalité ambiguë d’Eve fait plutôt penser à son personnage d’Anna dans le film d’horreur Les Intrus de Charles et Thomas Guard : de la même manière, le spectateur se fit aveuglement au point de vue de l’héroïne, alors qu’un doute s’installe sur sa santé mentale tout au long du film.

A ces cotés, James (Olly Alexander) et Cassie (Hannah Murray), l’aident à s’intégrer dans un groupe et composer ses propres chansons. Le personnage très farfelu de Cassie, rappelle son homonyme de Skins. De nombreuses scènes l’évoquent : son choix de s’échapper par la fenêtre au lieu de passer tout simplement par la porte, ou encore son cornet de glace jeté à la va-vite pour courir rejoindre Eve.

Le réalisateur se reflète dans le personnage de James, en jeune guitariste gentil et un peu timide, qui fait tout pour aider Eve à réaliser son rêve. De la même manière qu’il a soutenu les chanteuses du groupe « God Help the Girl » à sortir leur propres chansons. Stuart s’est d’ailleurs beaucoup inspiré des histoires et expériences vécues avec le groupe « Belle et Sebastien ». Mais James tombe malgré lui sous son charme, et s’en mord les doigts. Car la belle, à l’image de l’héroïne Anna Karenine, est déjà éprise du mauvais garçon, Anton (Pierre Boulanger). Pourra t’elle s’en rendre compte avant qu’il ne soit trop tard et faire le bon choix?

Une certaine influence d’autres réalisateurs de comédies musicales se perçoit à travers les scènes musicales, mais pas seulement. L’esthétique colorée, le style vestimentaire des personnages, et même ces figures d’enfants/adultes rappellent l’univers de Wes Anderson (Moonrise Kingdom, The Grand Budapest Hotel, etc). Si le réalisateur nie toute influence de Jacques Demy, ( » Je n’ai vu aucun des ses fims. (…) Je n’aime pas les films musicaux. Ce qui est ironique, bien sur venant de quelqu’un dont le premier film est une comédie musicale »), il y a pourtant une ressemblance dans la chorégraphie synchrone, les décors en accord avec les costumes, et ces dialogues chantés qui nous font oublier presque que God Help the girl est un film. Des passages du sépia, aux filtres colorés puis aux négatifs et surimpressions, tout y passe pour rendre les scènes musicales très fantaisistes et irréelles. Ces moments où Emily Browning chante en regardant la caméra, nous ramènent à cette univers musical très décalé, qui heureusement, ne dure pas tout le film : ces séquences sont certes appréciables, mais parfois déstabilisantes pour le spectateur.

Les voix des acteurs ont parfois été mal synchronisées. Certes, ils n’étaient pas les chanteurs d’origine. Le liping (synchronisation du mouvement des lèvres avec l’image) parait décalé par moment, ce qui est une erreur frappante pour une comédie musicale. Puis la caméra qui voltige, toise les acteurs dans leur chorégraphie, en diagonale, puis en verticale, donne presque le vertige. Enfin, ce montage qui imite le clip musical et mélange les genres, donne une fois encore une dimension trop décalée par rapport au récit.

La B.O. du film est bien sur centrale, puisqu’il s’agit ici d’un film adapté d’un album concept, les paroles relatent les petites aventures d’Eve. Afin de mieux appréhender le film et son univers, il est indispensable d’apprécier ce style musical de vocal girls très mélancolique. Voici quelques extraits :

– The Psychiatric Is In

– If you could speak

– I’ll have to Dance with Cassie


Bien qu’étant assez abstrait et lyrique, le problème de dépression d’Eve est abordé avec finesse, et sans tomber dans le pathétique God Help the girl garde le ton léger de la comédie tout de long. En contraste, l’histoire parvient à traiter sérieusement le problème d’Eve qui doit arrêter de fuir, accepter de se faire soigner, pour enfin devenir la chanteuse qu’elle veut être. Un combat qui se manifeste dans sa passion pour la musique et le chant. En toile de fond, c’est la situation des jeunes de Glasgow qui est dépeinte, tout en opposant l’univers rock à la pop, les neds aux jeepsters. Des univers et des époques qui se mélangent et créent cette esthétique typique des films anglais.

Fiche Technique – God Help the girl

Réalisateur : Stuart Murdoch
Producteur : Barry Mendel
Scenariste : Stuart Murch
Casting : Emily Browning (Eve); Olly Alexander ( James); Hannah Murray (Cassie), Pierre Boulanger (Anton)
Durée : 111 minutes
Origine : Grande Bretagne
Date de sortie (FR) : 03/12/2014

Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées, un film de Peter Jackson : Critique

Critique du film, Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées

Synopsis : Atteignant enfin la Montagne Solitaire, Thorïn et les Nains, aidés par Bilbon, ont réussi à récupérer leur royaume et leur trésor. Mais ils ont également réveillé le dragon Smaug qui déchaîne désormais sa colère sur les habitants de Lacville. A présent, les Nains, les Elfes, les Humains mais aussi les Wrags et les Orques menés par le Nécromancien, convoitent les richesses de la Montagne Solitaire. La bataille des cinq armées est imminente et Bilbon est le seul à pouvoir unir ses amis contre les puissances obscures…

Un adieu à la Terre du Milieu assez décevant

Les aventures du Hobbit arrivent à leur terme, après que Peter Jackson ait laissé monter la pression par le biais d’un second opus qui se terminait d’une certaine manière à la limite du sadisme. Un troisième et ultime opus qui vient clore une trilogie qui aura su faire couler beaucoup d’encre parmi les spectateurs, certains ayant été aux anges jusque-là, d’autres n’étant toujours pas convaincus par l’entreprise d’adapter un livre de 300 pages (environ) en trois longs films. Si ce dernier argument n’était qu’une question de point de vue, il va pourtant se révéler être unanime aux yeux de tous, cette fameuse Bataille des Cinq Armées se présentant comme l’épisode le moins réussi de la saga (Le Seigneur des Anneaux y compris).

Comparer Le Hobbit avec l’autre trilogie a toujours été une réaction absurde. Certes, Peter Jackson a réalisé l’intégralité des films en reprenant la même équipe de tournage et des décors similaires. Mais les deux histoires de base étaient en tout point différentes : Bilbo le Hobbit se présentait sous la forme d’un conte pour enfants (d’où la légèreté de l’ensemble et quelques chansons rigolotes), Le Seigneur des Anneaux se montrait plus mature, plus violent (l’atmosphère y était beaucoup plus sombre). Que la saga du Hobbit n’ait rien à voir avec la première, c’est normal voire fidèle aux œuvres elles-mêmes. Seulement, avec ce film, Peter Jackson devait à tout prix établir la connexion avec Le Seigneur des Anneaux, faisant de cette comparaison une évidence qui va lui être fatale.

Non pas que le long-métrage soit mauvais, loin de là. Avec ce troisième opus, Peter Jackson a voulu se montrer généreux niveau spectacle, le changement de titre (Histoire d’un aller et retour à La Bataille des Cinq Armées) représentant parfaitement cette ambition. Du coup, le film démarre aussitôt là où le précédent avait laissé le spectateur (l’attaque de Lacville par Smaug), pour continuer sur la préparation de ladite bataille qui va occuper une place importante dans cet épisode (soit 75% de son contenu) jusqu’au dénouement tant attendu. Et question action et autres moments héroïques, le film n’en manque aucunement. Peter Jackson prouve une fois de plus qu’il est passé maître dans l’art du divertissement en arrivant à proposer des séquences sur le papier invraisemblables (dont les cabrioles de Legolas) tout bonnement récréatives et jouissives. Le tout servi par de bons acteurs qui rendent leur personnage respectif attachant (la mort de certains vous toucheront), des effets spéciaux de qualité et une bande son exceptionnelle. D’autant plus que Jackson s’est (encore) permis quelques libertés avec le livre pour, justement, renforcer l’intérêt du spectateur vis-à-vis de l’histoire : le travail scénaristique des personnages (Thorïn, Bard, Tauriel…), la modification de certaines séquences pour les rendre plus palpitantes à l’écran… En somme, tous les ingrédients qui font un blockbuster de qualité sachant divertir !

Malheureusement, cette bataille va en décevoir plus d’un, à cause du scénario qui montre qu’adapter Bilbo le Hobbit en trois films n’était pas la meilleure des idées. Le Retour du Roi (la comparaison rentre en scène !) proposait une bataille somptueuse, celle-ci étant découpée de moments parallèles bien écrits et puissants, qui renforçaient le côté spectaculaire de l’ensemble. La Bataille des Cinq Armées, c’est un affrontement qui s’éternise avec de simples duels (dont Thorïn face à Azog) prenant le pas sur la bataille principale (Peter Jackson ne semblant s’intéresser qu’à eux) et qui semblent avoir été ajoutés pour meubler le film (ce dernier n’ayant pas grand-chose à raconter), pour lui permettre d’atteindre une durée « rachitique » (par rapport aux films précédents) de 2h30 et se clôturer sur un dénouement expédié à la va-vite. En somme, La Bataille des Cinq Armées est un divertissement qui part dans tous les sens pour pas grand-chose et pour moins spectaculaire. La faute également aux effets numériques, toujours aussi beaux, mais qui atteignent ici leur limite : s’ils apportaient du charme et un côté enfantin aux deux premiers opus, ils rendent la fameuse bataille moins crédible et donc moins palpitante qu’annoncée. Le long-métrage est peut-être devenu un peu plus sombre pour ce rapprocher du Seigneur des Anneaux, il ne lui arrive pourtant pas à la cheville, manquant singulièrement de souffle. Ni même à celle des séquences des autres opus, comme la dernière demi-heure de La Désolation de Smaug.

Le fait qu’il s’agisse de la version cinéma (la longue, qui proposera 30 minutes supplémentaires, devrait débarquer dans les bacs en novembre 2015) mais aussi de l’épisode le plus court renforce également le côté décousu et brouillon du film. En plus de s’éterniser sur la bataille, cette version balance aux spectateurs des invraisemblances qui seront (sans doute) corrigées dans la longue : le sauvetage de Gandalf à Dol Guldur, Thranduil envoyant son fils Legolas à la rencontre d’Arathorn, l’intervention des Aigles chevauchés par Radagast et Beorn, le fait que Bilbon rentre chez lui avec un coffre… Tous les films de la saga se sont présentés ainsi, mais jamais cela ne se voyait autant : les coupures sont visibles comme le nez au milieu de la figure, donnant l’impression d’avoir une version incomplète au possible.

Le film est beau et remplit son cahier des charges avec savoir-faire. Peter Jackson, en tant que créateur de divertissements, n’a plus rien à prouver, sans l’ombre d’un doute ! Mais contre toute attente, La Bataille des Cinq Armées n’est pas la conclusion que le spectateur était en droit d’attendre. Au lieu d’avoir le graal en matière d’heroic fantasy, il se retrouve avec un film bancal et pas aussi généreux qu’il prétendait l’être. Un adieu à la Terre du Milieu assez décevant, qui peut encore se rattraper avec sa version longue. Mais à cause de cet opus, il est enfin clair que la trilogie du Hobbit n’a pas su rivaliser avec celle du Seigneur des Anneaux, et c’est fort dommage. Peut-être que l’attente était un peu trop forte. Il n’empêche que le résultat est là…

Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées – Bande-annonce

Fiche technique – Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées

Titre original : The Hobbit : The Battle of the Five Armies
États-Unis, Nouvelle-Zélande – 2014
Réalisation : Peter Jackson
Scénario : Peter Jackson, Fran Walsh, Philippa Boyens et Guillermo del Toro, d’après l’oeuvre de J.R.R. Tolkien
Interprétation : Martin Freeman (Bilbon Sacquet), Ian McKellen (Gandalf), Richard Armitage (Thorïn), Luke Evans (Bard), Evangeline Lilly (Tauriel), Lee Pace (Thranduil), Orlando Bloom (Legolas), Cate Blanchett (Galadriel)…
Date de sortie : 10 décembre 2014
Durée : 2h36
Genres : Fantastique, aventure
Image : Andrew Lesnie
Décors : Simon Bright
Costumes : Ann Maskrey et Richard Taylor
Montage : Jabez Olssen
Musique : Howard Shore
Budget :  250 M$
Producteurs : Peter Jackson, Fran Walsh, Carolynne Cunningham et Zane Weiner
Productions : New Line Cinema, Metro Goldwyn Mayer, WingNut Films et 3Foot7
Distributeur : Warner Bros. France

 

Le Père Noël, un film de Alexandre Coffre : Critique

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Critique du film, Le Père Noël

Synopsis : Le petit Victor doit se coucher tôt car c’est ce soir que vient le père noël pour distribuer ses cadeaux. Quand il voit Tahar Rahim débarquer en tenue complète, il est persuadé que son vœu va se réaliser et que celui-ci va l’emmener sur son traîneau dans les étoiles. Problème, ce dernier n’est qu’un cambrioleur en permission pour une nuit hors de prison. Les deux vont s’entraider et passer un réveillon des plus mouvementés.

Une avant-première au goût de marketing

Il n’est pas inhabituel de voir des avant-premières le dimanche pour les gros films familiaux, mais celle-ci était un peu particulière. Tout d’abord par la présence des comédiens et du réalisateur, qui à part le petit Victor Cabal n’avaient pas grand-chose à dire. Ensuite pour la présence  de sacs de goodies sur les sièges. La projection étant tout public, on pouvait être surpris de retrouver ce genre d’action de communication d’habitude réservée aux professionnels.

A l’intérieur, on pouvait trouver : du soda, un petit père noël en chocolat, un jeu de société de voyage, un cahier de notes, ainsi qu’un bon de réduction pour le jeu vidéo à figurines « Skylanders ». Ce dernier point est particulièrement intéressant, car Le Père Noël propose un vrai placement produit durant tout le film, digne d’une production Luc Besson. Le jeu d’Activision se trouve dans la liste de Noël du petit garçon, au cœur d’une intrigue secondaire et fait partie des cadeaux de fin. S’il n’est pas complètement scandaleux de retrouver ce jeu dans le film, au vu du succès qu’il rencontre auprès des plus jeunes, il choque dans un contexte ou aucune autre marque n’est citée et où les jouets ont une place très secondaire.

Un film policier pour enfants 

Le Père Noël est un film qui se déroule en une nuit. Cette unité de temps donne une certaine crédibilité à l’intrigue. Tout repose en effet sur un malentendu initial (l’enfant a envie de croire que Tahar Rahim est le Père Noël) qui va très vite amener les personnages à collaborer dans une mission de cambriolages.

L’enjeu est en effet double pour Tahar Rahim : récupérer assez d’argent pour rembourser un mafieux (interprété par Michaël Abiteboul, le Seth Rogen roux français) et, parce qu’il se blesse rapidement, apprendre son « métier » à l’enfant.

L’essentiel de l’intrigue se rapproche donc d’un film policier : tension dans les cambriolages, bagarre, gros mots, police, et milieux interlopes sont au programme. Ce genre est très peu représenté dans le cinéma jeunesse (il ne nous vient à l’esprit qu’Une vie de chat) et il est facile d’imaginer pourquoi : comment rendre le suspense, la violence et l’immoralité sans choquer les enfants ?

Le Père Noël répond à cette question en adoptant le regard de l’enfant. Cette virée nocturne est pour lui l’occasion de découvrir Paris illuminée par les décorations hivernales, mais aussi de se découvrir des qualités d’acrobatie et de courage. Son regard est dirigé par les mensonges de Tahar Rahim : le grand méchant devient le père fouettard, un bidonville devient le village des lutins camouflé pour ne pas être découvert, tandis que les danseuses des folies bergères sont filmées comme des fées. Enfin, le contenu global du film reste relativement timide : le film est court (01h20), les méchants sont assez peu présents, et il ne s’y passe rien de bien impressionnant pour un adulte. Si la tension monte au fur et à mesure que l’enfant prend conscience de ce qu’il se passe, on n’est jamais vraiment inquiet quant au happy end final.

Un vrai film de Noël

Qui dit film de Noël, dit morale rédemptrice autour d’un chocolat chaud. Le Père Noël n’échappe pas vraiment à cette règle, même s’il essaie d’en jouer. En tant qu’apprenti du père noël, le jeune héros va apprendre à dire des gros mots, à cambrioler, voir ses premières femmes peu vêtues, ce qui surprend dans un tel film grand public. Heureusement vient toujours le moment où les bonnes mœurs sont respectées : jurer, c’est mal et voler encore plus. Au final c’est l’enfant qui va apprendre la vie à l’adulte, pour une histoire de rédemption comme nous les aimons tant : de délinquant sans futur, Tahar Rahim va pouvoir devenir une figure paternelle crédible. N’est-ce pas là le vrai miracle de Noël ?

Un beau cadeau de noël ?

Visuellement, Alexandre Coffre livre un travail sérieux : si le rythme n’est pas extraordinaire ou les cadres très innovants, le film est plutôt joli, avec notamment quelques plans qui vous feront dire : que c’est beau une ville la nuit ! Le duo Tahar Rahim Victor Cabal, fonctionne bien et on suit leurs aventures sans frisson particulier, mais sans non plus s’ennuyer.

D’où la question : faut-il voir ce film ? Le film ne s’adresse pas aux adultes, malgré la présence en vedette de Tahar Rahim. Contrairement à un grand dessin animé Pixar ou Aardman, il ne propose pas de scène visuellement époustouflante ou de discours à plusieurs degrés. Le film s’adresse à un public jeune (a priori entre six et douze ans) mais son aspect buddy movie criminel risque de faire peur aux parents. La salle était remplie d’enfants, mais il est difficile de dire s’ils ont aimé le film : le silence qui a régné tout du long semble tout de même être le signe qu’ils étaient intéressés par ce qui se passait à l’écran.

De sorte que oui, le père noël est un bon film dans le sens où il réalise pleinement son projet. Est-ce celui que le public attend ? Sa sortie le 10 décembre nous en donnera la réponse.

Le Père Noël – Bande-Annonce

Fiche technique : Le père Noël

France – 2014
Date de sortie : 10 décembre 2014
Réalisateur : Alexandre Coffre
Interprètes : Tahar Rahim (le père noël), Victor Cabal (Victor), Michaël Abiteboul (le père fouettard)
Scénario : Rachel Palmieri, Fabrice Carazzo, Alexandre Coffre, Laurent Zeitoun
Photographie : Pierre Cottereau
Décors : Gwendal Bescond
Musique : Klaus Badelt
Sociétés de production : Quad Productions, Mars Films, M6 Films

Frank, un film de Lenny Abrahamson: Critique

 Critique du film, Frank

Synopsis : Complètement par hasard John, apprenti auteur/compositeur à la recherche d’un premier engagement, se retrouve à enregistrer un disque avec le groupe de l’extravagant Frank. L’enregistrement se révèle rapidement être un moment autant épique qu’exaltant.

La nostalgie des 70’s

Nouveau film de Lenny Abrahamson (What Richard Did), Frank est un hommage aux groupes marginaux qu’on a vus fleurir dans les années 70, ces artistes bidouilleurs toujours à la recherche d’une création originale, d’un nouveau son et qui, la plupart du temps, finissaient dans l’anonymat des incompris. Frank est un film britannique jusque dans son code génétique : l’humour et l’esprit transpirent la langue de Shakespeare, la sauce à la menthe et la musique pop. Frank est un petit OVNI du 7ème Art, un film aux parfums d’artisanat à la distribution prestigieuse et au scénario qui trouve son humour dans un culot monstre et une marginalité assumée, tour d’horizon.

Michael est une tête !

Ce qui frappe dès l’affiche, c’est cette énorme fausse tête (aux airs d’Astro Boy) portée par Michael Fassbender (X-Men, Unglorious Basterds) et qui continue d’interroger même après la fin du film. Elle est un grain de folie aussi bien du personnage que des scénaristes Jon Ronson (auteur des mémoires dont est tiré le film) et Peter Straughan. Elle rebute à priori, parce qu’elle prévient de manière très claire que ce film sera différent et que cette différence, il faudra l’accepter pour profiter des 95 minutes parfois dignes de l’univers ubuesque d’Alfred Jarry. Néanmoins, les plus rétifs seront sauvés par un humour omniprésent, cet humour britannique qui figure sur la plus haute marche de la poilade mondiale. Car si les scénaristes ont créé des membres du groupe qui semblent très souvent si sûrs de la qualité indéniable de leurs créations (souvent proches des Précieuses Ridicules de Molière), ils n’oublient pas qu’un grain de folie peut être hilarant. On rit donc beaucoup et comme toujours chez les grands-bretons, l’humour est toujours à plusieurs degrés.

Avoir l’esprit de groupe

D’un côté il y a Frank, gourou doux dingue et auteur d’improbables paroles de chansons. De l’autre il y a le groupe, avec ses conflits, ses aspérités et ses rivalités. Il faut les voir, passer la moitié du film (des mois dans l’histoire), dans une vieille et miteuse maison isolée au milieu des bois, pour enregistrer « l’album de leur vie ». Il faut les voir se prendre tellement au sérieux, persuadés que leur album révolutionnera le monde de la musique. Pourtant, ils ne sont pas ridicules ou pathétiques, on se prend même à les admirer pour leur acharnement, pour leur travail sur une œuvre dont ils ne parviennent pas à accoucher, tels des conquérants de l’impossible. Tout cela vu à travers les yeux de John, dernière pièce rapportée et apprenti auteur/compositeur, tour à tour exalté ou désabusé par les frasques et les caprices d’artistes exigeants, il apprend, avec patience, l’art difficile de la composition : avec des notes de musique, avec les autres et avec lui-même.

Fassbender : la tête de l’emploi

De prime abord, Michael Fassbender qui passe la quasi-totalité du film avec une fausse tête sur sa vraie tête, au mieux ça inquiète, au pire ça refroidit. Puis l’acteur se souvient qu’un comédien doit avant tout savoir user de son corps et là, le tour de force est étonnant. Il parvient par des mouvements et des postures, à donner vie à cette tête de pacotille, il lui donne sentiments et expressions, pour nous rendre familier un homme masqué. Michael Fassbender n’est pas seul et n’est que la tête de pont d’un prestigieux casting dans lequel figurent entre autres Domhnall Gleeson (Il Était Temps, Star Wars VII : Le Réveil De la Force) et Maggie Gyllenhaal (White House Down, The Dark Knight), beaucoup plus extravertie qu’à l’accoutumée et pleine de conviction dans son rôle de pianiste irascible.

De l’art ou du néant ?

Quand on y réfléchit Frank restera comme une réflexion sur la création artistique et sur toutes les questions qu’elle soulève. Celle de sa définition : l’art doit-il être beau ? Le talent suffit-il à le définir ? Ne nait-il que parce-que son créateur est convaincu qu’il s’agit d’art ? Celle de son utilité : est-il un lien indispensable entre le créateur et son public ? N’est-il qu’une nécessité créatrice vitale pour son auteur ? N’existe-t-il que lorsqu’il trouve un public ? Un film à l’humour féroce sous lequel se cache donc un bijou d’humanité doublé d’une profonde réflexion qui rappellera donc étrangement Les Précieuses Ridicules de Molière, par cette capacité de certains à créer des œuvres totalement obscures, à ceci prêt que se posait la question du talent de ces précieuses. Quant au talent de Frank, chacun jugera…

Frank | Trailer Officiel

Fiche Technique : Frank

Réalisateur : Lenny Abrahamson
Origine : Royaume-Uni/Irlande
Direction artistique : Richard Bullock
Musique : Stephen Rennicks
Décors : Kevin Pierce
Photographie : James Mather
Costumes : Suzie Harman
Montage : Hughes Winborne
Production: David Barron, Ed Guiney, Stevie Lee et Andrew Lowe
Sociétés de production: Element Pictures, Film4 et Runaway Fridge Productions
Société de distribution : Artificial Eye
Durée : 95’
Sortie France : 4 février 2015
Casting : Michael Fassbender, Maggie Gyllenhaal, Domhnall Gleeson, Scott McNairy, François Civil
Récompenses aux British Independent Films Awards 2014:
– Meilleur scénario
– Meilleur Technicien

Auteur : Freddy M.

Poker Night, un film de Greg Francis – Critique

Critique du film, Poker Night

Synopsis : Jeter, un jeune enquêteur policier rejoint des collègues beaucoup plus anciens pour leur habituelle partie de poker au cours de laquelle ils confient certaines de leurs expériences au jeune Jeter. Mais une nuit, à la sortie d’une de ces soirées poker, Jeter et sa nouvelle petite amie Amy sont enlevés par un fou psychopathe. Seuls son ingéniosité et  les indices semés dans chacune des histoires de ses collègues policiers lui permettront de s’en sortir et de démasquer le coupable.

Voilà une des bonnes surprises de la semaine avec le film Poker Night, de Greg Francis. Prévu pour sortir le 19 décembre prochain dans les salles obscures américaines et disponible en vidéo à la demande depuis le 5 décembre, ce film est un subtil mélange de thriller et d’horreur avec un léger zeste d’humour noir. Car malgré son titre, ce film n’a pas pour thème le poker qui n’est ici qu’un prétexte à la rencontre entre policiers. Une connaissance basique des règles du poker sera nettement suffisante pour apprécier le film.

Un méchant remarquable

Les points forts de ce film sont légions, le premier d’entre eux étant certainement le scénario. Avec un système de flash-backs quasiment tout au long du film et les histoires parallèles de chaque flic, c’est tout un enchevêtrement d’événements différents qui parcourent notre cerveau, alors que l’on cherche la solution à ce mystère tout comme le héros emprisonné, sans nous perdre non plus pour autant dans une intrigue trop compliquée. Le méchant du film est aussi un personnage très fort, avec son masque terrifiant rappelant celui de l’Épouvantail Jonathan Crane dans Batman Begins, et un humour noir assez décapant au cours de scènes vraiment marquantes quand ils s’essayent à ses premiers méfaits.

Un casting 3 étoiles

Le casting est un ravissement, notamment en ce qui concerne les vieux flics désabusés assis autour de la table de poker. Avec Ron Perlman, célèbre pour ses rôles dans La Guerre du Feu et Alien, La Résurrection ou dans la très bonne série TV Sons Of Anarchy, Giancarlo Esposito, inoubliable Gustavo Fring dans Breaking Bad, Titus Welliver, bien connu des fans de Lost pour son rôle de némésis de Jacob, ou encore Ron Eldard et Corey Large, on a affaire à une belle bande de policiers chacun affectés différemment par leur métier. Beau Mirchoff, qui interprète le héros, est auteur d’une performance impressionnante. La plastique de sa petite amie Amy, jouée par Halston Sage, ne laisse également pas indifférent.

Noir mais pas gore

Comme un mélange entre Seven et Usual Suspects, on se retrouve toujours à se questionner sur l’identité du kidnappeur/amateur de jeunes filles lorsque l’on se retrouve plongé dans les flash-backs, tout en étant sur les nerfs et horrifié par les scènes de torture physique et psychologique des 2 amoureux. Bref, un vrai thriller, avec une vraie ambiance étouffante, aussi bien autour de la table de poker, dans la cave où le héros est retenu prisonnier, que dans les flash-backs sur la vie des policiers. Avec plusieurs niveaux de lecture, des renversements de situation et révélations inattendues jusqu’à la fin et des acteurs au top, Greg Francis, pour son premier film après avoir uniquement travaillé pour la télévision, nous livre un film prenant de bout en bout. Un bon petit plaisir à ne surtout pas bouder.

Poker Night – Fiche Technique

Canada, USA – 2014 Thriller Réalisateur : Greg Francis
Scénariste : Greg Francis Distribution : Beau Mirchoff (Peter), Ron Perlman (Calabrese), Giancarlo Esposito (Bernard), Corey Large (Davis), Titus Welliver (Maxwell), Ron Eldard (Cunnigham), Halston Sage (Amy) Producteur : Corey Large
Directeur de la photographie : Brandon Cox
Compositeur : Scott Glasgow
Monteur : Howard E. Smith Production : Wingman Production
Distributeur : XLRator Media

Le Monde de Charlie, un film de Stephen Chbosky : Critique

Le Monde de Charlie, une chronique adolescente simple, touchante et juste

Synopsis : Charlie, adolescent de 15 ans, fait son entrée au lycée mis se retrouve très vite exclu des autres, le jugeant bizarre à cause de sa sensibilité et de ses goûts. Pour son professeurs de Lettres, c’est un prodige et non un « looser ». Restant ainsi en marge de toute activité sociale, il fait un jour la connaissance de Patrick et de sa demie-soeur Sam, deux terminales qui vont le prendre sous leur aile et lui faire découvrir la musique, les fêtes et le sexe. Pour Charlie, un nouveau monde s’offre à lui…

Emma Watson poursuit ici sa carrière post-Harry Potter, après My Week with Marylin dans lequel elle apparaissait en tant que second rôle. Ici, elle se retrouve en tête d’affiche de l’adaptation du livre Pas raccord, orchestrée par l’auteur lui-même (Stephen Chbosky), et ce aux côtés de Logan « Percy Jackson » Lerman. Un petit film indépendant produit par John Malkovich et lauréat de bon nombre de récompenses. Un chef-d’œuvre en vue ?

Sur le papier, Le Monde de Charlie n’a vraiment rien d’extraordinaire. Pire, il sent la chronique adolescente mille fois traitée à plein nez. Il n’y a qu’à voir l’histoire, qui suit le parcours d’un adolescent mal dans sa peau, rejeté par les autres parce qu’il est jugé comme bizarre (renfermé sur lui-même) mais qui va s’épanouir au contact d’un groupe, ce dernier l’accueillant en son sein pour ce qu’il est. Et, cerise sur le gâteau, il va tout de suite tomber amoureux de la plus belle fille de la bande, à première vue inaccessible. De plus, le réalisateur-auteur insiste bien sur le côté nostalgique des 80’s de son bouquin, notamment à travers l’ambiance musicale du film : toute une playlist de morceaux connus voire mythiques (cela va de David Bowie à The Smiths, en passant par New Order) mais qui ne parlerons pas à tout le monde. Comme si le film (et donc le livre) ne visait qu’une seule cible dans le public, se fichant totalement des autres spectateurs. Oui, Le Monde de Charlie n’avait pas grand-chose d’exceptionnel à présenter. Et pourtant, Stephen Chbosky a su en tirer une comédie dramatique diablement attachante et universelle.

La grande force du film provient de sa distribution, tout simplement lumineuse. Pour cause, le cinéaste a su s’entourer de jeunots du cinéma qui ont bien plus que du charisme : un talent certain. Ce n’était pourtant pas gagner d’avance avec Logan Lerman, connu pour la saga Percy Jackson et qui n’avait pas vraiment convaincu avec sa performance d’éternel absent. Ici, sa prestation de Charlie transcende l’écran, jouant son personnage avec une justesse imparable. Et ce aux côtés d’une Emma Watson pétillante et naturelle. Quant aux seconds rôles, ils n’ont rien à leur envier, notamment Ezra Miller, qui arrive par moment à piquer la vedette au couple principal. Il est juste dommage que le scénario ne mette pas leur personnage respectif bien plus en valeur, ne se préoccupant principalement que de Charlie et de sa romance. En même temps, le film s’intitule Le Monde de Charlie

C’est bien là le défaut principal du long-métrage : ne pas s’attarder sur ce qui entoure le personnage de Charlie, ce qui concerne principalement les autres personnages. Ils ont beau se montrer importants pour lui, ils donnent pourtant l’impression de faire tapisserie ou bien de permettre au film d’arborer quelques thématiques (l’homosexualité, le respect et l’acceptation de l’autre, la religion dont le bouddhisme) mais de manière anecdotique, comme s’il avait fallu meubler l’ensemble pour avoir une durée de visionnage conséquente. Néanmoins, le film a beau se montrer classique, son écriture n’en reste pas moins travaillée, le long-métrage proposant une sous-intrigue et des faux-semblants sur le passé de Charlie (auquel sa tante n’est pas étrangère) qui titilleront la curiosité du spectateur et lui permettront de s’attacher encore plus au personnage principal. Surtout que Stephen Chbosky se permet d’établir une sorte de parallélisme entre ce protagoniste et sa bien-aimée, rendant leur relation (et donc l’ensemble de l’histoire) plus intéressante, qu’une banale idylle mille fois vue dans les autres films de ce genre.

Tout cela Chbosky, le fait avec une très grande simplicité, sans passer par des effets de style ou autres artifices de mise en scène. Le cinéaste-auteur, en réalisant Le Monde de Charlie, n’avait pas pour ambition de livrer un mélo pour faire pleurer les spectateurs. Il voulait dresser le portrait d’une époque. Celle des années 80, par le biais de la bande-originale ? Non, celle du lycée. Cette période qui rimait avec fêtes, découverte du sexe et consommation d’alcool (et parfois de drogue). Durant laquelle les adolescents pouvaient commencer à se sentir adultes en prenant compte des responsabilités de la vie, de leur avenir. Le Monde de Charlie ne se montre donc pas nostalgique par sa BO, qui n’est utilisée ici que pour apporter du charme à quelques séquences magistrales voire poétiques (la scène du tunnel, principalement), mais grâce à sa façon de retranscrire la vie de ces jeunes étudiants, dans lesquels le public se reconnaîtra facilement. Et c’est en cela que Le Monde de Charlie se montre universel : il s’adresse à tout le monde !

Pour ses débuts de réalisation, Stephen Chbosky réussit l’exploit d’adapter correctement son propre livre et d’en tirer une chronique adolescente touchante au possible, et ce malgré quelques défauts. Simple, juste et touchant, Le Monde de Charlie saura réveiller le lycéen qui sommeille encore en vous. Et revivre cela avec nostalgie, c’est tout bonnement rafraîchissant !

Le Monde de Charlie : Bande-annonce

Le Monde de Charlie : Fiche technique 

Titre original: The Perks of Being a Wallflower
Réalisation : Stephen Chbosky
Scénario : Stephen Chbosky, d’après son roman Pas raccord
Interprétation : Logan Lerman (Charlie), Emma Watson (Sam), Ezra Miller (Patrick), Nina Dobrev (Candice), Mae Whitman (Mary-Elizabeth), Erin Wihelmi (Alice), Kate Walsh (la mère de Charlie), Dylan McDermott (le père de Charlie)…
Image : Andrew Dunn
Décors : Merissa Lombardo
Costumes : David C. Robinson
Montage : Yana Gorskaya et Mary Jo Markey
Musique : Michael Brook
Budget : 13 M$
Producteurs : Lianne Halfon, John Malkovich et Russell Smith
Productions : Summit Entertainment et Mr. Mudd Productions
Distributeur : SND
Durée : 102 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 2 janvier 2013

États-Unis – 2012