Batman (1989), un film gothique, profond mais bavard et au (anti)héros fantomatique.
Synopsis: Le célèbre et impitoyable justicier, Batman, est de retour. Plus beau, plus fort et plus dépoussiéré que jamais, il s’apprête à nettoyer Gotham City et à affronter le terrible Joker…
Tim Burton est un sacré personnage, passionné par le cinéma impressionniste allemand des années 20 et dessinateur pour Walt Disney. Après avoir réalisé pour eux Vincent (1981) ou Frankenweenie (1984), il décide enfin de passer au cinéma live au milieu des années 80. En débutant avec Pee Wee big adventure (1985), il marque d’entrée de jeu son style graphique loufoque et débute une collaboration avec Danny Elfman. Puis vint Beetlejuice, carton commercial et critique, avec Michael Keaton, pour une parodie furieuse de L’Exorciste de Friedkin.
Fort de ce succès, la Warner le convainc de réaliser le film Batman en 1989. Toujours avec Michael Keaton en premier rôle et Danny Elfman à la musique, ce long métrage, ainsi que sa suite, seront des succès commerciaux et critiques dans le monde entier. Utiliser son style gothique, pour un personnage aussi sombre que Batman, semblait être la rencontre parfaite. Si l’esthétique est maniée avec maestria par le réalisateur, le film se perd néanmoins dans des dialogues peu intéressants et un personnage de Batman bien trop fantomatique.
Dès les premiers plans du film, la nostalgie s’élève. La musique brillante et magistrale de Danny Elfman ou encore le logo gravé dans la roche, tout commence parfaitement…jusqu’à ce que Gotham City nous soit montré. Une ville rongée par la décadence et la criminalité, un enfer bureaucratique sur terre, où toute institution n’est que corruption tenace et influente. Une profondeur à la hauteur d’un tel métrage, qui à certes assez vieilli au niveau visuel, mais qui s’en sort tout de même honorablement de nos jours.
Par cette vision primaire, Burton réussit à poser les bases de son film. Une esthétique à la fois baroque et gothique, rappelant inévitablement Métropolis de Fritz Lang, dont le style inspire Burton durant la majeure partie du long métrage (et même de sa carrière). Les décors, récompensés aux oscars de 1990, témoignent de l’influence de l’expressionnisme allemand des années 20, mouvement dont fait partie Métropolis. Mais en tout en s’inspirant de l’esthétique, Burton ajoute à cela une vision dépressionnaire de la société Américaine des années 80, rongée par la corruption, affaiblie par la crise débutée dans les années 70.
En restant dans les points positifs en ce qui concerne le film, il faut bien évidemment louer le casting. Michael Keaton incarne avec brio un Batman cependant trop absent et pas assez développé sur les origines de son action. Le soucis étant dans la construction d’un personnage sombre et caractérisé en tant que prédateur animal par la population. Ainsi, le réalisateur échoue dans le développement de son héros, ne l’incluant qu’au second plan, et le spectateur préférera s’attarder sur les deux autres personnages principaux.
Tim Burton fera de ces deux autres rôles, qui ne sont autres que la némésis du héros et l’âme sœur du personnage, la base de son intrigue. Ainsi, Jack Nicholson incarne le mythique Joker dans une folie habituelle pour l’acteur (Shining pour ne citer que lui). Ici, on voit le comédien adapter le Joker à son jeu, interprétant un clown qui se pense artiste et souhaitant libérer le monde de sa dépression ambiante. Quant à Kim Basinger, elle incarne la bien aimée du héros, photographe et amoureuse de Bruce Wayne. Sensuelle à souhait, elle fut l’icône sexuelle de cette époque pour de nombreux fans et son jeu n’est pas sans rappeler son rôle dans « Jamais plus jamais » d’Irvin Keshner.
Comment ne pas s’attirer la foudre des fans de Burton en osant critiquer un film aussi adulé, que ce soit par les fans de comics ou par les cinéphiles ? Pourtant, sans faire d’anachronisme et en comparant avec le Batman de 1966 avec Adam West, nous ne pouvons que constater à quel point ces films sont des antithèses totales. Que ce soit par le traitement ou par le style, ces films ont marqué leurs générations.
Et si le premier a tendance à être moqué de nos jours, il témoignait d’une effervescence positiviste autour du personnage, tout le contraire du négationniste Burton. Héros ou anti héros, joyeux ou sombres, colorés ou monochromes, les regards mettent en évidence une certaine contradiction quant au statut d’icône du héros. Ainsi s’opposent des visions contradictoires du personnage, qui peut gêner tant la maturité du film de Burton est poussée par rapport à la bluette kitsch de 1966, ne poussant pas le spectateur a réellement s’identifier dans cette société d’une morosité repoussante.
D’autant que le rythme établi par Burton provoque irrémédiablement chez le spectateur des somnolences récurrentes et assez désagréables, la faute à des dialogues plus que dispensables sur la politique de la ville, surtout en première partie de film. Le tout manque notamment de dynamisme lors des scènes d’actions, qui restent bien filmées mais assez mornes tandis que le film de 1966 restait divertissant tout du long.
Ces problèmes, à moitié corrigés par le réalisateur avec sa suite, témoignent d’un manque de liberté certain concernant son style fantasque, et surtout d’une peur réelle d’un flop de la part des producteurs, ceux ci n’ayant investi que 35 millions de dollars, correct à l’époque, risible aujourd’hui. Grâce au succès public et critique, le réalisateur gagnera la faveur du studio pour avoir le final cut de ses futurs métrages, qui garderont sa patte indélébile, pour le meilleur… mais aussi pour le pire !
Pour conclure, Tim Burton réalise ici un Batman gothique et baroque à l’image d’une société rongée par la corruption et par le négationnisme ambiant. Néanmoins, si le style est manié à la perfection et les acteurs excellent dans leurs rôles, le rythme lent et bavard ainsi que la présence quasi fantomatique de Batman gâchent le potentiel d’un film, qui avait tout pour être un chef d’oeuvre.
Batman (1989) Trailer
Batman : Fiche Technique
États-Unis – 1989
Réalisation: Tim Burton
Scénario: Sam Hamm, Warren Skaaren d’après: les personnages de: Bob Kane, éd. DC Comics
Interprétation: Jack Nicholson (Jack Napier alias le Joker), Michael Keaton (Bruce Wayne alias Batman), Kim Basinger (Vicky Vale), Robert Wuhl (Alexandre Knox), Pat Hingle (commissaire Gordon), Billy Dee Williams (Harvey Dent), Michael Gough (Alfred), Jack Palance (Grissom), Jerry Hall (Alicia), Tracey Walter (Bob)…
Image: Roger Pratt
Décor: Anton Furst
Costume: Bob Ringwood
Montage: Ray Lovejoy
Musique: Danny Elfman
Producteur: Jon Peters, Peter Guber
Chansons: Prince
Durée: 2h05
Le précédent film de Jérôme Bonnell, Le temps de l’aventure, se déroulait un 21 juin, jour de la fête de la musique, en plein Paris. Parmi la foule, deux inconnus s’aimaient. De ce film, le 5e du réalisateur, se dégageait un hors temps savoureux, celui de l’amour comme du cinéma, le temps d’une journée. On y rencontrait un personnage délicieux et drôle qui se confrontait à un autre, empreint de mélancolie (il assistait à un enterrement). Avec A trois on y va, titre évocateur, Jérôme Bonnell prolonge cet état de l’amour, mais avec des personnages plus jeunes.
Synopsis : Charlotte et Micha sont jeunes et amoureux. Ils viennent de s’acheter une maison près de Lille pour y filer le parfait amour. Mais depuis quelques mois, Charlotte trompe Micha avec Mélodie… Sans rien soupçonner, se sentant toutefois un peu délaissé, Micha trompe Charlotte à son tour… mais avec Mélodie aussi ! Pour Mélodie, c’est le vertige. Complice du secret de chacun. Amoureuse des deux en même temps…
« La triangulation du désir »
Mélodie aime déjà Charlotte depuis quelques mois quand elle embrasse son copain, Micha, le soir du 14 juillet. Le réalisateur parvient là à renforcer l’intimité des personnages confrontés à un jour de fête où le monde (et les médias) s’arrête pour ne se focaliser que sur une célébration. Mais Jérôme Bonnell se consacre à un contrepoint, il quitte la foule pour rejoindre des amoureux; De même, Mélodie, centre lumineux de ce trio, est prise dans le flot de son travail, avocate pour des comparutions immédiates, tout autant que dans son amour.
Le bouleversement qu’elle vit est total et elle ne fait que courir et déclarer sa flamme sans retenue avec la fantaisie des enfants et l’envie des jeunes femmes. Voilà qu’elle parle de s’installer ensemble et même de vieillir. C’est ce qu’elle promet à Charlotte, l’insaisissable, qui de l’autre côté entend son amour officiel, Micha, lui parler de mariage et d’enfants. Le couple central, composé de Micha et Charlotte, traverse d’ailleurs une mini-crise au moment où on les rencontre : ils ne parviennent plus à retrouver la spontanéité de leurs débuts, quatre ans plus tôt. Jérôme Bonnell brosse d’abord des portraits, encore reliés au monde : Micha est vétérinaire, mais rêve d’ailleurs, Mélodie est avocate et est donc ancrée dans le monde tout autant qu’elle lui échappe par son évanescence. Enfin, Charlotte ne travaille pas, elle chante un peu pour gagner de l’argent, mais elle passe le plus clair de son temps chez elle. Elle parle du vide, de la passion et a peur de dire simplement « je t’aime ». Elle est comme la Lol V.Stein de Marguerite Duras (dans Le Ravissement de Lol V.Stein), une eau qui fuit sous les doigts. Quelqu’un qui regardera son amour et sa maîtresse tomber amoureux devant elle et ne pourra pas vraiment les retenir, sa dramaturgie à elle est aussi « percée en son centre d’un trou ». Quelque chose d’imperceptible qui en fait un personnage complexe, à priori périphérique, mais finalement complètement central. C’est par consolation d’elle et de sa fuite que Micha et Mélodie tombent amoureux. Car Jérôme Bonnell filme avant tout un trio amoureux et il retrouve la même légèreté grave qu’avait su dépeindre Christophe Honoré dansLes Chansons d’amour. Sa différence à lui, c’est qu’il filme l’aube du trio et non sa fin. La scène de la révélation, quand le trio se forme enfin, est d’une poésie inouïe. C’est une main qu’on ne lâche plus devant l’autre, des corps qui s’approchent, pas de mots, rien que l’appel du désir.
Douceur, fraîcheur et mélancolie
Après avoir construit des portraits, joué des quiproquos pendant une bonne partie de son film, donnant lieu à de savoureuses scènes qui oscillent entre comédie, vaudeville et même « drame », Jérôme Bonnell réunit donc son trio qui se rend, ironie du sort, à un mariage. A l’église, comme plus tôt quand Charlotte chantait dans un bar une chanson d’amour, Jérôme Bonnell s’intéresse individuellement aux visages de ses personnages, mais cette fois il joint les trois figures en un plan plus large. Le film consolide ce trio qui se défait aussi vite qu’il se forme. Les vrais plans larges apparaissent finalement quand les trois sont réunis, dansant ou s’offrant une escapade sur la plage. Auparavant, Jérôme Bonnell s’est intéressé de près au corps, à la peau et aux yeux de ses personnages. Comme il filmait Emmanuelle Devos de manière follement amoureuse dans Le temps de l’aventure, Jérôme Bonnell capte tout des visages et des mains de ses personnages. A cet exercice, Anaïs Demousiter, souvent filmée ainsi, se débrouille à merveille. Son visage dévoile milles émotions, sa peau tâchée de rousseur est comme un soleil au cœur de ce trio. Félix Moati a quelque chose en lui de pleinement enfantin, mais aussi de grave, une certaine douceur l’accompagne. Et, enfin, Sophie Verbeeck, qui joue là un de ses premiers grand rôle au cinéma, visage grave, mais corps en quête de désir, offre à son personnage une profondeur inattendue. Elle dit elle-même que la comédie est un travail de précision, de maîtrise inouïe. Ici, elle vacille sans cesse entre mélancolie et comédie poétique. On est dans la comédie qui s’écrit, qui se répète, qui ne s’invente pas, mais qui apparaît d’une fraîcheur éternelle. Le film, au-delà de l’amour, est aussi un questionnement sur l’âge adulte, sur la fin de l’enfance. On voit alors une petite fille dans un mariage regarder les deux grandes filles que sont Charlotte et Mélodie et qui pourtant s’en foutent d’être adultes comme les héroïnes de Naissance des pieuvres s’en foutaient d’être normales. Quand ils dansent, ces trois-là jouent de la sexualité de leurs corps, comme de la jeunesse de leurs gestes. Le film n’est pas générationnel, c’est là sa force, il parle à tous. Le soir de l’avant-première, un monsieur plutôt âgé s’était montré très touché par le film, affirmant que cette histoire aurait pu arriver à tout âge. Et c’est vrai, l’Emmanuelle Devos du Temps de l’aventure, actrice comme Mélodie est avocate et plaide, aurait pu vivre cette aventure là, à trois. Mélodie est tout aussi naïve que l’était Alix. Ainsi, quand elle rencontre la perversité même, elle ne s’en méfie pas vraiment et finit par s’en mordre les doigts. Autour d’elle, personne ne se bat aussi fort qu’elle, elle est présente et absente à la fois. Jérôme Bonnell, en plus d’un travail très fin sur les dialogues et les situations (rien ne paraît jamais faux, même les plus belles déclarations qui pourraient vite devenir ridicules), a su, encore une fois, trouver des interprètes fabuleux. Dans ses premiers films, il faisait l’économie des gros plans, aujourd’hui c’est le contraire qu’il fait depuis deux films où il célèbre l’amour.
On a souvent filmé des trios au cinéma, c’est une source infinie de poésie, qui ne se demande pas si ça marchera et Jérôme Bonnell ne décide jamais complètement, la matière ne se dissout jamais vraiment. Éphémère ou durable, cet amour-là est de ceux qu’Alex Beaupain a toujours si bien chanté : « Les amours qui durent font des amants exsangues, et leurs baisers trop mûrs nous pourrissent la langue » chantait Grégoire Leprince Ringuet dans Les Chansons d’amour avant que Louis Garrel ne lui rétorque : « Les amour passagères ont de futiles fièvres, et leurs baisers trop verts nous écorchent les lèvres. » Ces cinéastes-là ne choisissent pas ce qui est le mieux, ils offrent des bouleversements où tout se joue en quelques jours du premier baiser à l’effusion, en passant par l’explosion. Pourtant, sur la plage, c’est dans les bras de Micha que Mélodie s’endort enfin après avoir passé son temps à courir. Qui seront-ils dans 10 ans ? Le film ne le dit pas et c’est tant mieux, car c’est aussi ça le cinéma, un hors temps où tout est possible. Ici non seulement tout est possible, mais aussi très beau. C’est sûr, on y va et on en redemande même.
Bande annonce du film
Fiche technique – A trois on y va
Date de sortie : 25 mars 2015
Réalisateur : Jérôme Bonnell
Durée : 1h26
Interprètes : Félix Moati (Micha), Anaïs Demoustier (Mélodie), Sophie Verbeeck (Charlotte)
Montage : Julie Dupré
Photographie : Pascal Lagriffoul
Production : Rectangle Productions, Wild Bunch, Scope Pictures, France 3 Cinéma
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Synopsis : Pour avoir voulu sauver un chien, Adam et Barbara Maitland passent tout de go dans l’autre monde. Peu après, occupants invisibles de leur antique demeure ils la voient envahie par une riche et bruyante famille new-yorkaise. Rien à redire jusqu’au jour où cette honorable famille entreprend de donner un cachet plus urbain à la vieille demeure. Adam et Barbara, scandalisés, décident de déloger les intrus. C’est alors qu’ils font appel à un « bio-exorciste » freelance connu sous le sobriquet de Beetlejuice.
SOS, Fantôme
Cela pourra surprendre les plus jeunes, mais il fut un temps (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre…) où Burton faisait des films vraiment originaux, où son égérie ne s’appelait pas Helena Bonham Carter mais Winona Ryder, et son acteur fétiche était Michael Keaton et non Johnny Depp. Les temps ont bien changé.
En 1988, le réalisateur n’a à son actif que quelques courts métrages et un seul long, Pee-Wee Big Adventures, qui n’a guère rencontré le succès. Ce n’est d’ailleurs pas lui qui devait mettre en scène le film, mais Wes Craven, tout juste sorti du succès des Griffes de la Nuit, et qui déclina finalement car le scénario n’était pas assez horrifique pour lui.
Esprits frappés
D’horreur, il n’est en effet guère question dans Beetlejuice. Si Burton conçoit le film comme une sorte de parodie de L’Exorciste, les liens avec le chef d’œuvre de Friedkin sont franchement légers. Ce qu’il nous offre à la place, c’est une plongée dans son univers délirant et coloré. Chaque plan est une trouvaille, chaque scène regorge de détails savoureux qui font de ce film un bijou d’humour gothique.
La seule séquence dans l’entre-deux mondes est un condensé parfait de ce qui fait le génie visionnaire de Burton, à une époque à laquelle il n’est pas encore occupé à se parodier lui-même. On est encore loin des moyens qui lui furent octroyés sur Alice au pays des merveilles, par exemple, mais il parvient, avec les moyens du bord, à donner vie à un univers visuel original et cohérent.
Alors bien sûr, il n’est pas évident pour la génération actuelle, gorgée d’effets spéciaux de première qualité et d’univers fantastiques ultra stylisé de se retrouver dans ce film à l’esthétique volontairement kitsch. Mais il faut bien reconnaître que, malgré le passage du temps, Beetlejuice conserve un pouvoir humoristique intact, pour peu que l’on se laisse happer dans cet étrange concentré de n’importe quoi.
La mise en scène de Burton est encore bien sage, parfois un peu figée, mais on ressent déjà toutes ses capacités d’imagination et sa créativité débordante. À ses côtés, Michael Keaton démontre tout son talent comique dans la peau de l’esprit frappeur dont il ne faut pas dire le nom (trois fois). Le duo se reformera d’ailleurs à…trois reprises (coïncidence?) avant que le réalisateur ne se trouve un nouvel acteur de référence.
Malheureusement, les temps ont changés, Baldwin s’est empâté, le talent de Burton aussi, et même Lil Wayne s’est mis à sampler le titre emblématique du film. Si seulement tous les fans du rappeur bercés au tube Six Foot Seven Foot prenaient le temps de s’immerger dans cette œuvre magique, le monde redécouvrirait un grand classique, dont la forme a peut être pris un coup de vieux, mais dont le fond reste supérieur à la majorité des Burton de cette décennie… Alors qu’une suite serait en préparation pour 2015, voilà l’occasion rêvée.
Beetlejuice – Fiche Technique
USA – 1988
Comédie
Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : Michael McDowell, Warren Skaaren, Larry Wilson, Tim Burton
Distribution : Michael Keaton (Beetlejuice), Alec Baldwin (Adam), Geena Davis (Barbara), Winona Ryder (Lydia)
Producteurs : Michael Bender, Richard Hashimoto, Larry Wilson,
Directeur de la photographie : Thomas E. Ackerman
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Jane Kurson
Production : Geffen Pictures, Warner Bros
Distributeur : Mission
BO, soundtrack, musique du film Kingsman – The Secret Service
Pomp And Circumstance
La bande originale de Kingsman – The Secret Service, composée par Henry Jackman (Les Mondes De Ralph, Kick-Ass 2) & Matthew Margeson (Transformers – La Revanche, Kick-Ass), est à l’image de toute bande originale de film d’espionnage qui se respecte, en général et de ce film, en particulier : pompeuse, grandiloquente et un brin mégalo. À ceci près que, le film étant voulu comme un dynamitage en règle des codes du genre, la musique se devait de tenter faire de même, sans pour autant tomber dans le piège de la parodie. Le défi est relevé haut la main, puisque les deux compères parviennent à reprendre une part des sonorités du James Bond Main Theme (en particulier sur le Manners Maketh Man), composé par Monty Norman en 1962, à se les approprier et à les retourner, sans en faire pour autant un plagiat bête et méchant.
Le résultat est plutôt convaincant, puisqu’on garde en tête un thème principal bien identifié, qui se retrouvera immanquablement sur la bande originale de Kingsman 2 (dont il est déjà question) et qu’on retrouve décliné ici comme un fil rouge, tout au long de l’album. Les arrangements sont d’un classicisme absolu (ce qui n’est en rien une tare), puisqu’on y retrouve les instruments qui font les beaux jours du cinéma depuis des décennies : cordes, cuivres (pour la pompe) et même quelques notes de piano (pour l’intimité). Bref, une partition qui ne dément en rien le film qu’elle accompagne, même si elle tient finalement plus de l’hommage que du dynamitage.
Kingsman Original Soundtrack : Par Henry Jackman & Matthew Margeson
https://www.youtube.com/watch?v=dO7rg-J6hU8
Durée : 57’
Distribiuteur : La La Land Records
Sortie : 17 février 2015
Direction : Gavin Greenaway
Tracklist :
1. Manners Maketh Man 1’38
2. The Medallion 2’14
3. Valentine 2’24
4. To Become A Kingsman 4’18
5. Pick A Puppy 2’13
6. Drinks With Valentine 2’39
7. Skydiving
8. Shame We Had To Grow Up 1’56
9. Kentucky Christians 2’37
10. Curious Scars And Implants 3’08
11. Toast To A Kingsman 1’55
12. An 1815 Napoleonic Brandy 4’23
13. Eat, Drink, And Paaaaarty 1’53
14. Calculated Infiltration 7’54
15. Out Of Options 1,48
16. Hand On The Machine 2’21
17. Finale 3’56
18. Original Valentine Ideas (Demo Suite) 6’25
Pee-Wee Big Adventure : Le voyage initiatique d’un jeune homme rêveur au travers d’une Amérique pleine de clichés
Synopsis: Pee Wee, un adulte qui ressemble à un enfant, s’apprête à passer une belle journée avec l’amour de sa vie : sa bicyclette. Mais cet objet vient d’être volé par le méchant Francis. Pee Wee part à la recherche de son amour perdu et nous entraîne dans des aventures de plus en plus burlesques.
Pee-Wee Big Adventure, c’est le premier long-métrage de Tim Burton, sorti en 1985 : alors qu’il a déjà réalisé ses courts films d’animation Vincent et Frenkenweenie, le jeune réalisateur – il n’a alors que 27 ans – est repéré par les studios Warner Bros pour mettre à l’écran les aventures de Pee Wee Herman, homme-enfant excentrique qui parcourt l’Amérique à la recherche de sa bicyclette volée.
Pee Wee Herman, c’est avant tout une institution de la comédie outre-atlantique, l’alter-ego créé de toute pièce par l’acteur et humoriste Paul Reubens à l’occasion d’un one-man-show, Le Pee-Wee Herman Show, diffusé en 1981 sur HBO. De la scène à l’écran, Pee Wee Herman ne change pas : même costume gris étroit et derbys blanches, même coiffure gominée surplombée d’une houppette caractéristique, qui rappelle d’ailleurs furieusement celle d’un célèbre héros de bande-dessinée. Pour son premier long métrage, Burton faisait donc face à une contrainte de taille, celle de respecter l’identité d’un personnage déjà entièrement façonné par un autre esprit que le sien, aussi inventif et délirant. Heureusement pour nous, l’univers créé par Paul Reubens a rencontré l’imagination du génie Burton : de cette rencontre est né un film culte, marquant le début d’une carrière prolifique pour le jeune réalisateur.
L’imaginaire enfantin, thème de prédilection chez Burton
Le scénario de Pee-Wee Big Adventure est à l’image de son personnage principal : complètement décalé. En effet, toute la dynamique du film se fonde sur le vol de la bicyclette favorite de Pee Wee, qui parade fièrement dans les rues de sa petite ville au volant de son bolide à deux roues. Élément déclencheur de l’intrigue, notre héros s’en va du coup parcourir le Texas, puis la Californie, afin de retrouver son cher vélo. Pee-Wee Big Adventure raconte ainsi le voyage initiatique d’un jeune homme rêveur et loufoque, au travers d’une Amérique pleine de clichés sur les Texans (l’accent, le look, la culture du rodéo), voyage qui prend fin dans la cité des Anges, terre des studios hollywoodiens. Rien ne semble réaliste dans ce film où aucun des personnages n’a un comportement véritablement normal : les rires sont trop accentués, les émotions hypertrophiées, à tout cela s’ajoute un décor carton-pâte qui semble tout droit sorti de l’imagination d’un enfant très créatif.
La virtuosité de Burton à mettre en scène des personnages à l’esprit enfantin est véritablement née avec Pee-Wee. Par la suite, le réalisateur reprendra des figures similaires : comment ne pas voir en Willy Wonka un nouveau Pee Wee, plus sombre et plus complexe, à l’image de l’évolution cinématographique de Burton ? Les points de comparaison entre ces deux œuvres sont d’ailleurs nombreux : Francis, ennemi juré du héros à bicyclette, rappelle à la fois l’énorme Augustus Gloop et l’insupportable Veruca Salt. Pee-Wee Big Adventure marque également le début d’une collaboration prolifique avec le compositeur Danny Elfman, élément central de cette ambiance typiquement « burtoniesque », entre rêve et cauchemar.
Un pied de nez aux studios hollywoodiens
La dernière partie du film conduit Pee Wee au cœur des studios Warner Bros à Hollywood où il retrouve son vélo bien-aimé. Lors d’une course-poursuite délirante, notre héros traverse différents studios de tournage. Les références cinématographiques pleuvent : de Tarzan à Godzilla, Pee Wee s’échappe des studios sur sa bicyclette volante, hommage évident au film E.T. l’extra-terrestre, sorti trois ans auparavant.
Le film est à la fois un hommage et un pied de nez aux studios hollywoodiens qui sont –il faut le rappeler- initiateurs de Pee-Wee Big Adventure. Par une subtile mise en abyme finale, Pee Wee devient la star de son propre film, à l’exception près que les studios prennent soin d’enjoliver une histoire trop banale pour eux. Pee Wee se transforme en espion bad boy, sur fond de Guerre Froide. Son vélo se transforme en moto, son amie la timide et touchante Dottie (Elizabeth Daily) en bombe sexuelle. Burton se moque ainsi de l’omnipotence des studios et de leur fâcheuse tendance à transformer un scénario original en blockbuster niais et insipide.
Aujourd’hui culte, Pee-Wee Big Adventure est un chef-d’œuvre du genre du fait de ses multiples couches de lecture. Malgré la quasi-absence d’éléments fantastiques, qui seront la marque de Burton dans ses prochains films, Pee-Wee nous embarque dans une aventure au-delà du réel, où préjugés sociaux et comportementaux n’ont pas lieu d’être.
Bande-annonce – Pee-Wee Big Adventure:
http://youtu.be/qk5oeaRep30
Fiche technique – Pee-Wee Big Adventure
Titre original : Pee-wee’s Big Adventure
Titre français : Pee-wee Big Adventure
Pays d’origine : États-Unis
Année : 1985
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Phil Hartman, Paul Reubens créateur du personnage et Michael Varhol
Producteurs : Richard Gilbert Abramson, Robert Shapiro
Producteur exécutif : William E. McEuen
Société de production : Warner Bros. Pictures et Aspen Film Society
Société de distribution : Warner Bros. Entertainment
Directeur de production : David Silver
Direction artistique :
Musique : Danny Elfman
Photographie : Victor J. Kemper
Montage : Billy Weber
Décors : David L. Snyder
Costumes : Aggie Guerard Rodgers
Maquillage : Frank Griffin (artiste maquillage), Linda Trainoff (styliste coiffure)
Genre : Comédie
Durée : 90 minutes
Dates de sortie France : 3 juin 1987
Tim Burton : Le troubadour, conteur et créateur d’univers
Johnny Depp définit Tim Burton comme « un artiste, un génie, un excentrique, un fou, et ami brillant, courageux, drôle jusqu’à l’hystérie, loyal, non conformiste et franc du collier.»
«Ce qu’il possède en lui, c’est un don peu commun. Dire de lui que c’est un réalisateur ne suffit pas. Le titre exceptionnel de « génie » lui sied mieux, car il n’excelle pas seulement dans le cinéma mais aussi dans le dessin, dans la photographie, dans le domaine des idées, de la pensée, de la perspicacité.»
En effet, Tim Burton est un Personnage, un Auteur, un toon en lui-même. Cette manière d’être à la fois fou et hypersensible, furieux et mélancolique, macabre et vivant, sombre et enfantin, d’ « être présent par absence ou absent par présence », Tim Burton la porte sur son visage pâle, dans sa chevelure en bataille, son élocution hasardeuse, ses gestes mal assurés, son goût pour les tenues noires ou blanches, et ses yeux écarquillés, toujours curieux, cachés derrière d’énormes lunettes bleues ou jaunes. Son cinéma transpire sa personnalité et parle bien mieux de lui que l’homme lui-même. Donnant le sentiment pérenne de sortir d’une soirée de débauche, Tim Burton est l’un des rares réalisateurs de la planète à avoir le statut de rock star, à pouvoir concilier tous les publics, des adolescents à la critique, des movies fans aux artistes les plus conceptuels. Mais qui aurait pu prédire que le jeune dessinateur de chez Disney allait devenir un réalisateur majeur, ancré dans la culture pop américaine pour son univers baroque et gothique ?
Premiers pas au cinéma : la période Disney
Aîné des deux fils de Jean et Bill Burton, Timothy Walter Burton, dit Tim, naît en 1958 à Burbank, dans la banlieue de Los Angeles. C’est dans ce cadre à priori idyllique, parfaite représentation de l’American Way of Life décrit dans les films de Spielberg, que le jeune homme développe sa future vision morose de la banlieue américaine. Le jeune Tim se sent mal dans sa peau et passe l’essentiel de son enfance en solitaire, éprouvant des difficultés autant à la maison qu’à l’école. « Quand je tombe sur une photo de moi enfant, je ne vois que mes dents… Elles étaient énormes, démesurées, elles avaient grandi trop vite et le reste du corps n’a récupéré son retard que des années plus tard. Je ressemblais à un cheval, ça a duré pendant quinze ans, et à l’époque ça me rendait effroyablement triste. Mais ces dents honteuses et ma timidité maladive, m’isolant comme un forcené, m’ont transformé en ce que je suis.» « A l’école, j’étais un cancre. Dès qu’on voulait m’inculquer quelque chose, je faisais la sourde oreille. Par pure réaction. Je ne sais pas d’où ça vient. Je me protège certainement. A l’école, je ne retenais rien. Tout ce qui m’en reste, ce sont les noms de certains nuages.»
Au soleil de la Californie, le jeune Tim préfère les salles obscures et la télé, où il voit et revoit les films de monstres comme Godzilla d’Inoshiro Honda, Frankenstein de James Whales, King Kong de Merian Caldwell Cooper, The Creature from the Black Lagoon de Jack Arnold, Dracula de Tod Browning, et les films de la Hammer…
Il découvre Vincent Price et l’excentricité du réalisateur Ed Wood. Il apprécie les livres pour enfants du Dr Seuss, dont le célèbre The Cat In The Hat et The Grinch That Stole Christmas, dont il s’est inspiré pour créer The Nightmare Before Christmas (L’Étrange Noël de monsieur Jack). Des histoires simples en apparence, mais d’une grande complexité symbolique. Il dévore également les contes pour enfants, son favori restant La Belle et la Bête (le conte, surtout pas la version Disney!). Le jeune Tim se distingue très tôt par son originalité et son goût pour les plaisanteries à tendance macabres, ce qui lui vaut parfois des ennuis. Il se révèle également très doué pour le dessin, qui représente pour lui autant un échappatoire du monde réel qu’un langage à part entière. Une passion qui ne quittera plus. «Je ne parle pas beaucoup, ni très bien. Dessiner a été un moyen de m’exprimer sans parler. Transformer ses émotions en création est important pour tout le monde.»
Une passion qui se double d’un goût prononcé pour la réalisation cinématographique. Doté d’une caméra Super 8, il réalise avec quelques amis de petits court métrages, mêlant souvent animation en stop-motion et prises de vues réelles. En 1976, alors âgé de 18 ans, Tim est repéré par des cadres de Disney et obtient une bourse pour intégrer CalArts (California Institute of Arts), une école fondée par le studio pour constituer un “réservoir” de talents. Il passe à Calarts trois années difficiles, incapable d’intégrer les “codes” formatés, de supporter l’enseignement “militaire”, refusant de faire des concessions sur ses opinions artistiques et comprenant mal qu’on exige de lui d’être «à la fois un artiste et un zombie œuvrant sans personnalité. Il faut être quelqu’un d’unique pour pouvoir faire coexister ces deux états dans un même cerveau.» Embauché par Disney, Burton ne parvient pas à dessiner ce que le studio désire. Son travail en tant qu’animateur sur Rox et Rouky se révélera laborieux. «Je n’arrivais même pas à imiter le style Disney. Les miens [renards] ressemblaient à une route défoncée.(…) J’avais l’impression de subir le supplice de la goutte d’eau. (…) Je n’avais pas la force d’endurer cela, c’était au-dessus de mes forces.» Le manichéisme de Disney n’existe pas chez Tim Burton, qui préfère mettre en scène des personnages à la psychologie plus complexe, qui ne sont ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants. Après cette période difficile et un essai toujours infructueux en tant qu’artiste-concepteur sur Taram et le Chaudron Magique, il reçoit 60 000 $ pour réaliser en 1982, à partir du scénario qu’il a rédigé, son premier court-métrage (5 min 52 secondes), un petit bijou d’animation largement autobiographique et à la tonalité expressionniste, Vincent. Le film en stop-motion met en scène un enfant, Vincent Malloy, dont le rêve est d’être Vincent Price, acteur à la voix ténébreuse coutumier des films d’épouvante, et surtout idole de Tim Burton. Une voix off, celle de l’acteur lui-même, récite sur les images le poème écrit par Tim sur un ton proche des textes d’Edgar Allan Poe, et clôture le court-métrage sur une citation du poème Le corbeau.
Disney est effrayé par la noirceur de ce court-métrage et le met au placard. Il ne sortira qu’en supplément dans le DVD édition spéciale de L’Étrange Noël de monsieur Jack en 1993. Malgré tout, Burton est choisi pour mettre en scène un court métrage un peu plus long, (29 minutes), son premier film avec des acteurs et des décors réels, Frankenweenie, un hommage aux films d’horreur des années 1930. Ce moyen-métrage est une variation du film Frankenstein où un enfant joue les apprentis sorciers en faisant ressusciter son chien Sparky, après que celui-ci se soit fait renverser par une voiture. Il dirige Shelley Duvall (Shining) et la toute jeune Sofia Coppola (dans un rôle secondaire). On y retrouve une bonne part de fantastique, un soupçon d’horreur et une grosse dose de comique. Tim Burton claque finalement la porte des studios Disney en 1984. S’il garde un souvenir amer de la maison aux grandes oreilles, cette période reste pour lui une époque d’ébullition créative. Son style se définit, et de nombreux projets naissent dans son esprit.
La naissance de l’auteur
Il ne lui faudra pas longtemps pour se voir offrir sa chance. Grâce à Paul Reubens, tout d’abord. L’idole des enfants américains vient trouver Burton pour réaliser une adaptation de son « Pee Wee Herman Show » sur HBO. C’est la première fois que le jeune réalisateur a affaire à un gros studio hollywoodien, la Warner Bros. Bien que le film soit tourné en moins d’un mois avec un faible budget,le jeune réalisateur parvient à insuffler sa touche personnelle à ce road trip burlesque et coloré à travers les Etat-Unis. Pour la musique du film, il fait appel au chanteur du groupe Oingo Boingo, Danny Elfman, une rencontre qui s’avérera décisive.
Le succès du film lui permettra de mettre en scène Beetlejuiceen 1988, l’occasion pour Burton de s’affranchir un peu de la surveillance permanente des studios et de se distinguer par la force graphique qui se dégage, définissant une véritable identité visuelle.
«On me demande souvent : « mais quand vas-tu enfin tourner un film avec des personnes réelles?« Comme je ne sais pas très bien ce que signifient des mots comme « normal » ou réel », je réponds : « qu’est-ce que la réalité? » ou « qu’est-ce que la normalité?»
La Warner qui a acquis, en 1979, les droits d’adaptation du comics de Bob Kane, Batman (1939), propose alors à Tim Burton de porter le projet sur grand écran. Depuis toujours, le jeune homme est séduit par la face cachée, la double personnalité de l’homme chauve-souris. Pour lui, Batman n’est pourtant pas un super-héros au sens propre du terme (possédant des super-pouvoirs), mais un homme ordinaire qui endosse un costume de justicier. Il n’hésite donc pas à réinventer le genre, en proposant un personnage sombre et tourmenté, beaucoup plus proche du comics original et surtout des travaux de Frank Miller et Alan Moore des années 80. La Warner est inondée de plus de cinquante mille lettres de protestations de fans mécontents. Ce qui n’empêchera pas Burton de réaliser la suite, Batman Le Défi, en 1992. Encore plus noir, macabre et torturé que le premier, ce nouvel opus prend des allures de conte gothique et de carnaval inquiétant. La place prépondérante accordée aux méchants dans ces deux films lui vaut la colère des fans, ce qui n’empêchent pas les films de cartonner au box-office.
«On m’a souvent dit que je m’étais désintéressé de Batman pour mettre en avant le Joker; pareil dans Batman, le défi, au sujet du Pingouin et de Catwoman. C’est faux. Tous les personnages m’intéressent, leur dualité m’intéresse. Batman est un homme de l’ombre, et il désire y rester. Je me dois de respecter cette convention. »
Entre ces deux super-productions, Burton réalise un manifeste d’amour à un cinéma décalé, proche de Fellini ou de Tati : Edward aux mains d’argent. L’occasion pour lui de souffler un peu, mais aussi de montrer sa vision très personnelle de sa jeunesse et des traumatismes qu’elle a pu engendrer.. Le parcours d’Edward ressemble en effet à celui du jeune Burton dans la banlieue de Burbank où il a grandi: «Edward a beaucoup à voir avec mes souvenirs d’enfance à Burbank, l’une des banlieues de Los Angeles où la population est blanche et très classe moyenne. Pendant toute mon enfance, je me suis senti bizarre. Il y avait quelque chose d’étrange qui planait dans cette ville. Les gens y étaient artificiellement amicaux.»
De l’artiste branché au roi du box-office
Vidé par le tournage de Batman, Le Défi, Burton traverse au début des années 90 une phase de dépression, et songe même à arrêter le cinéma. «Il y a [dans l’industrie du cinéma] tellement de forces qui peuvent te démolir – les critiques, le box-office et le film lui-même – que ça t’oblige à garder une certaine humilité, à garder les pieds sur terre.» «La cruauté fait partie du cinéma, elle en est même fondatrice.» Malgré tout, il enchaîne coup sur coup trois nouveaux films, au rythme de un tous les deux ans. C’est d’abord L’Etrange Noël de Mr Jack, inspiré d’un poème qu’il a lui-même écrit, et dont Disney détient les droits. Les producteurs en confieront la réalisation à Henry Selick, mais ce petit bijour d’animation en stop motion reste son projet, avec son histoire, ses personnages et son univers visuel. En 1994, Burton met en scène Ed Wood, récit de la vie farfelue d’Edward Davis Wood Junior, réalisateur affublé de façon posthume du titre de « plus mauvais réalisateur de l’histoire ». Le film est un biopic autant qu’un hommage. Burton devait dans un premier temps seulement le produire mais, séduit, il décide rapidement d’en assumer la réalisation. Il est très probable que l’intérêt du réalisateur pour ce film et sa mise en avant de la relation Wood/Lugosi ait un rapport avec son histoire personnelle avec Vincent Price, mort peu auparavant.
Le film offre un aperçu de la polyvalence de Tim Burton que l’on croit souvent -à tort- incapable de faire autre chose que des films « gothiques ». C’est un succès critique mais un échec commercial, seul film de Tim Burton à avoir fait un chiffre d’affaire inférieur à son budget de départ. En 1996, il signe Mars Attacks !, inspiré d’un jeu de cartes à collectionner lancé par une marque de chewimg-gum. Le réalisateur se pose à l’époque beaucoup de questions sur l’évolution politique du monde et en particulier de l’Amérique, et aime la dimension critique que le film peut apporter à cet égard. Malgré une pléiade de stars le film, qui sort en 1996, est très mal accueilli par une Amérique souvent trop patriotique et pudique. Il n’emballe ni la critique, ni le public qui lui préfère Independence Day, film traitant du même sujet mais sur un ton plus dramatique, et à grands coups d’effets spéciaux. Malgré tout, le film est un succès en Europe, où la critique décalée du réalisateur à l’égard de son propre pays amuse beaucoup. C’est donc avec un statut paradoxal que Tim Burton revient à ses premiers amours avec le conte gothique en mettant en scène une nouvelle de Washington Irving, Sleepy Hollow. Fraîchement débouté de Superman Lives, celui-ci accueille le projet comme une bouffée d’air frais, motivé par le fait qu’il n’avait encore jamais réalisé de films d’épouvante, le genre qu’il affectionne pourtant le plus. Burton renoue dès lors avec le succès critique et commercial, malgré la classification R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte) aux États-Unis. Il déclare à ce propos : «en tournant Sleepy Hollow, j’ai pensé à mes réactions de spectateur enfant : je détestais que l’on me ménage, je voulais être confronté aux images, si dures soient-elles. Je me souviens de mes cris lorsque j’ai vu Le Masque du démon de Mario Bava. Crier était pourtant une des manières les plus rassurantes d’avoir peur puisque le film était une fantaisie». Ce succès lui permet de s’attaquer à un autre gros projet de la Fox : un remake de La Planètes des Singes, le film culte de 1968. En projet depuis plus de dix ans, cette nouvelle adaptation du roman de Pierre Boulle obtient de bons résultats, atteignant les cent soixante-treize millions de dollars de bénéfices sur le sol américain. C’est au tour de la Columbia de faire les yeux doux à Burton, en lui proposant l’histoire de Big Fish, celle d’un homme qui va devenir père mais qui va également perdre le sien dans un scénario faisant l’éloge de l’imaginaire face à la platitude du monde rée. Tim Burton ne peut que se retrouver dans cette histoire dont les événements sont très synchrones avec sa vie. Le style du cinéaste change d’orientation, mais sa griffe demeure visible dans l’univers fantastique qu’il déroule. La thématique de la paternité se retrouve aussi dans son film suivant, Charlie et la Chocolaterie. Adaptation d’un livre pour enfants de Roald Dahl, le sujet central de l’œuvre est avant tout l’éducation. Burton nouveau père ne peut donc y être que sensible. En mettant en scène les enfants terribles gâtés par une éducation moderne, Burton traduit ses inquiétudes… Et confirme une vision assez traditionnelle de la cellule familiale comme base solide de l’épanouissement.
Quatre mois plus tard, retour à l’animation. En 2005, Tim Burton revient à ses premiers amours avec Les Noces Funèbres, intégralement tourné en stop-motion. Les scènes ainsi que les personnages ont été dessinés par le cinéaste lui-même. Tourbillon perpétuel d’émotions, ce dessin animé à l’esthétique gothique la plus pure est animé par une magie rare pour un film d’animation. «Ce thème du monde des vivants paraissant plus mort que celui des morts, je l’ai en moi depuis longtemps.» Un thème qu’il explore de nouveau (dans une moindre mesure) avec Sweeney Todd, sa première comédie musicale en prise de vue réelle. On est pourtant loin de la magie et de l’univers enchanté de L’Étrange Noël de Monsieur Jack, dans ce conte morbide et sanglant aux tons presque noirs et blancs. Les résultats au box-office confirment le plus grand aura de Burton outre-Atlantique, où le film rapporte le double de la somme engrangée aux États-Unis. La sensation arrive en 2010, lorsqu’il se voit confier l’adaptation en prises de vues réelles d’Alice au Pays des Merveilles par Disney. S’il ne s’est jamais senti particulièrement touché par le récit imaginé par Lewis Caroll, Burton accepte le challenge, contre la possibilité de refaire son premier court-métrage sous forme de long. Bien lui en a pris, au final, puisque le film sera son plus gros succès, et l’un des records de l’année, franchissant allègrement la barre du milliard de dollars de recettes. Burton reviendra ensuite à des scores plus modestes avec Dark Shadows en 2012, l’adaptation (une nouvelle fois) du soap opéra éponyme diffusé dans les années 1960.
Ce poète aux multiples facettes, cet amoureux des images, valait bien que l’on se penche plus en détails sur sa filmographie. Cinéséries-Mag vous propose donc un retour sur ses films, à l’occasion de la sortie de Big Eyes, son nouveau projet. Sans oublier de saluer au passage l’artiste visionnaire et le dessinateur de génie, dont voici quelques croquis :
Dans les films de Tim Burton, la musique est un personnage à part entière. Nous achèverons cette rétrospective par une mise en lumière de sa formidable collaboration avec son compositeur fétiche: Danny Elfman.
Le Web Program Festival : la webcréation mise à l’honneur
C’est parti pour la sixième édition du Web Program Festival, le festival international de programmes sur internet, qui se tient les 15 et 16 mars au théâtre du gymnase à Paris, une première puisque l’édition 2015 quitte sa terre natale de La Rochelle pour s’installer dans la capitale. L’objectif : accroître le volet international du festival et faire venir un public de professionnels et d’étudiants plus large. La rédaction CSM est bien évidemment au rendez-vous pour vous retransmettre en direct les événements !
Le Web Program Festival revient cette année avec une programmation aussi prolifique que variée : l’accent est mis sur les acteurs du web au cœur de la révolution numérique qui touche progressivement les formats fictions et documentaires. Seront donc animées des tables rondes autour de l’évolution et des mécanismes d’une webcréation en plein essor, avec des intervenants de marque : le pôle Nouvelles écritures de France Télévision, les spécialistes du crowdfunding de My Major Company, les producteurs de Studio Bagel ou encore le pôle Arte France.
Deux récompenses seront remises mardi soir à l’occasion des délibérations du jury professionnel et du public qui vont devoir départager des productions web classées par thèmes : du web-actu/mag/politique, au web-documentaire en passant par la web-fiction.
Parmi la sélection officielle, on retrouve des fictions bien connues de la rédaction, qui s’était déjà entretenue avec Anthony Lemaître pour sa web série humoristiqueAuthentik (sélection officielle web-fiction) ainsi qu’avec Aglaé Dufresne et Isabelle Joly pour Camweb(sélection officielle web-humour).
Pour plus d’informations sur la sélection complète, rendez-vous sur le site officiel du Web Program Festival.
Snow in paradise est un film assez inclassable, même si le souci de la facilité l’estampille du genre thriller.
Synopsis : D’après une histoire vraie. Dave est un petit délinquant qui mène sa vie, entre drogue et de violence, dans l’East End de Londres. Lorsque ses agissements entraînent la mort de Tariq, son meilleur ami, Dave est terrassé pour la première fois par la honte et le remords. Alors qu’il commence à faire la paix avec lui-même, son passé de criminel revient le mettre à l’épreuve….
Drugstore cowboy
La maison de production britannique Ipso Facto a dû recourir à un crowdfunding et chercher le gros du financement en France et en Allemagne, en dehors de son pays d’origine, c’est dire si le projet n’a pas été forcément compris de tous. Il est vrai que l’histoire vendue par son réalisateur, Andrew Hulme, s’écartèle donc entre le Thriller et l’étude de caractère, celui du personnage central Dave, petite frappe évoluant dans un East End londonien où le surpeuplement et la pauvreté ont été de tous temps les vecteurs d’un certain niveau de criminalité.
Le film évoque également l’immigration, au travers de l’implantation de l’Islam dans ces quartiers, au travers de cette grande mosquée qui se détache à l’horizon de cette bourgade, mais la découverte par Dave de cet islam soufiste constitue une partie du film malheureusement trop anecdotique du film.
Toutes ces directions font peut-être beaucoup pour un seul film, car on s’apercevra très vite que le réalisateur Andrew Hulme a été dépassé par son ambition.
Snow in Paradise est une mise en cinéma de l’histoire vraie de Martin Askew, le scénariste qui a co-écrit le film avec Andrew Hulme, un homme converti à l’Islam et dont l’oncle est Lenny « The Guv’nor » McLean, un boxeur londonien, mais également un gangster d’une certaine réputation. Il a co-écrit « The Guv’nor », un livre autobiographique qui est devenu un best-seller au Royaume-Uni. Un oncle qui a dû fasciner Martin Askew autant que le terroriser, puisque c’est lui-même qui va l’incarner avec une certaine noirceur dans le film, tandis que son propre personnage est confié à un nouveau venu dans le cinéma anglais, Frederick Schmidt, un jeune prometteur vu récemment dans l’excellent Les Poings contre les mursdu britannique David McKenzie.
Déambulant dans les rues de son quartier avec son meilleur ami Tariq, Dave s’en prend à tous ces bobos qui envahissent l’espace, et contribuent à la « gentrification » de son quartier, Hoxton, une partie désormais très embourgeoisée du très ouvrier East End. L’argent est moqué, honni par Dave et ses amis, mais l’argent, c’est l’argent, une promesse de « Paradis », alors le voici en train de faire des livraisons douteuses pour son oncle criminel, des tombereaux de cocaïne qu’il livre à de malfrats que la présence du « paki », son ami Tariq, défrise. Tariq est un apprenti rappeur sans grande ambition qui se réfugie derrière la religion et la peur du « sheitan » pour tenter de ne pas mouiller dans les activités de Dave. Il sera pourtant largement mouillé, puisque le synopsis annonce d’emblée sa mort, liée à une bêtise de la part de Dave, mais également au racisme crasse qui n’est jamais bien loin, toujours tapi, prêt à surgir à la moindre occasion.
Ce drame, c’est le tournant du film, l’événement qui entraîne chez Dave la culpabilité et la prise de conscience par rapport à l’impasse de la violence. Avant de faire sa macabre découverte, Dave va fréquenter la mosquée à la recherche de son ami disparu. C’est autre chose qu’il va y trouver, un espoir, une réponse, la possibilité d’une alternative.
Le film traîne en longueur, avec un acteur principal qui pourtant joue juste la plupart du temps, mais qui, comme le film lui-même, ou à cause du film lui-même, a quelquefois du mal à doser ses effets. Sinon, le casting est plutôt équilibré : le scénariste Martin Askew personnifie son oncle en connaissance de cause, campant un homme manipulateur et pervers. David Spinx (de la série East Enders) joue le rôle de l’ami de son père défunt, un autre oncle, un autre malfrat, un marchand d’illusions qui lui fait miroiter le Paradis et sa luxueuse villa en guise d’appât…
Le scénario offre de nombreuses possibilités de faire un film intéressant, avec des scènes d’action, de l’humour, une partie importante sur l’intimité du personnage central, son extrême solitude, sa descente aux enfers dans les vapeurs de la drogue, sa tentative de vie familiale avec une mère célibataire prostituée, et bien sûr la découverte de l’Islam… Mais il y a un problème de rythme et de mise en scène : tout est traité en surface, et Andrew Hulme part dans beaucoup trop de directions et semble indécis quant à l’accent qu’il veut mettre dans son film. Il utilise des procédés un peu racoleurs, comme par exemple ces flash-forwards répétitifs et peu esthétiques qui n’ajoutent rien au métrage, et qui finissent par agacer. Andrew Hulme ne se cache pas d’avoir voulu réaliser « son » Prophète, le très beau film de Jacques Audiard, mais de la coupe aux lèvres, il y a hélas encore beaucoup de chemin.
Le plus gros écueil du film reste sans doute cette évocation de l’Islam, dont on ne sait trop ce qu’il représente pour Dave. Le traitement de sa nouvelle appartenance à cette religion est trop elliptique : tout d’un coup, il se retrouve avec la serpillère et le balai à la main, en train de nettoyer la grande salle de la mosquée, sans que l’on comprenne vraiment son cheminement. Il y avait là pourtant matière à creuser, car ce nouvel assujettissement, cet échange du corps de règles des gangsters et de la rue, contre le corps de règles de l’Islam était sans doute la meilleure chose à explorer pour donner au film la dimension qui lui manque pour l’extirper du magma des films de drogue et de gangsters au fond duquel il risque de rester englué pour longtemps…
Snow in Paradise : Fiche Technique
Titre original : Snow in paradise
Réalisateur : Andrew Hulme
Genre : Thriller
Année : 2014
Date de sortie : 4 Mars 2015
Durée : 108 min.
Casting : Frederick Schmidt (Dave), Martin Askew (Oncle Jimmy), David Spinx (Micky), Aymen Hamdouchi (Tariq), Claire-Louise Cordwell (Theresa) Ashley Chin (Amjad), Joel Beckett (Kenny)
Scénario : Martin Askew, Andrew Hulme
Musique : Kevin Pollard
Chef Op : Mark Wolf
Nationalité : Royaume-Uni
Producteur : Christine Alderson
Maisons de production : Ipso Facto films
Distribution (France) : Le pacte, The jokers
On reproche beaucoup de choses à James Horner, entre autres de plagier les grands compositeurs russes, mais aussi certains de ses contemporains tels Jerry Goldsmith. De la même manière, on a reproché à Yann Tiersen d’avoir plagié Erik Satie sur la bande originale du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. On oublie alors, un peu vite, que James Horner a le mérite d’avoir été un des premiers à introduire de l’électronique dans ses musiques de film, dès le début des années 80 et que la frontière entre le plagiat et l’inspiration est parfois ténue. Aujourd’hui James Horner, ce sont des classiques tels que les musiques de Braveheart, Titanic et de nombreuses compositions pour les films de Jean-Jacques Annaud.
Pour Le Dernier Loup, James Horner convoque l’orient musical, conforme au film qui se déroule en Mongolie Intérieure. On y trouve tout ce qui fait les grandes musiques, racontant de grandes épopées lyriques. La partition est de facture classique, donnant la part belle aux cordes et aux cuivres, donnant parfois aussi une voix à quelques chants d’inspiration tribale. Le résultat est digne de l’auteur et le place, désormais, dans le club très fermé des compositeurs de cinéma devenus classiques tels que John Barry, Maurice Jarre ou encore John Williams. Une grande bande originale, qui ouvre l’horizon et renvoie immanquablement aux images d’un film fait de grands espaces, de grandes aspirations et de grandes espérances.
Musique: Extrait BO Le Dernier Loup (Wolf Totem) – Leaving For The Country – Main Theme – Soundtrack OST – James Horner
Durée : 59’
Distributeur : Milan Records
Sortie : 26 février 2015
Tracklist Le Dernier Loup :
1. Leaving For The Country (Main Theme) 2’18
2. Wolves Stalking Gazelles 4’19
3. An Offering To Tengger/Chen Saves The Last Wolf Pup 9’22
La paternité de la bande originale de Chappie est partagée entre Hans Zimmer, Steve Mazzaro et Andrew Kawczynski. Bien évidemment, Hans Zimmer se détache du lot par son expérience et sa réputation, même si on imagine que ce trio a été pour lui le moyen de faire évoluer ses compositions vers un univers se science–fiction, éloigné du classicisme de ses créations habituelles.
Hans Zimmer est un peu à la musique de cinéma, ce qu’Arnold Schwarznegger est aux acteurs. Débarqué de son Allemagne natale aux U.S.A. à l’âge de 42 ans, il fonde Media Ventures, un studio d’enregistrement ayant pour but de donner leur chance aux jeunes compositeurs. On lui doit à ce jour des bandes originales telles que Rain Man, Rasta Rocket, Le Roi Lion, Gladiator et tellement d’autres mélodies devenues des classiques.
Avec Chappie il sort un peu de son registre, pour cosigner une bande-originale aux airs de musique industrielle, nerveuse et presque intégralement électronique. Les connaisseurs pourront y reconnaître des influences (conscientes ou non) venant de la musique de Blade Runner écrite par Vangelis, ou encore de Jean-Michel Jarre et en particulier de son album Révolutions. Bref, une bande-originale digne de ce grand compositeur, pleine d’ampleur, fidèle au film et à son esprit et surtout, se suffisant à elle-même pour être écoutée sans le voir.
Musique: Extrait BO Chappie – Theme – Hans Zimmer
Durée : 64’
Compositeurs : Hans Zimmer, Steve Mazzaro (musique additionnelle), Andrew Kawczynski (musique additionnelle)
Sortie : 10 mars 2015
Distributeur : Varese Sarabande Records
Synopsis : Au Paraguay de nos jours, Victor, dix-sept ans, survit comme il peut en effectuant quelques livraisons avec sa brouette, dans un immense et labyrinthique marché. Un vendredi soir, il accepte une proposition inhabituelle contre de l’argent : livrer sept boîtes – dont il ne sait rien du contenu – en échange de la moitié d’un billet de cent dollars. L’autre moitié du billet déchiré ne lui sera remise qu’après la mission terminée. Mais ce qui ne devait être qu’une simple livraison se transforme rapidement en une course-poursuite haletante à laquelle Victor se trouve fatalement mêlé mais dont il ignore tout.
Excellente surprise donc que ce film paraguayen qui nous renseigne avec vigueur sur le délabrement socio-politique de ce pays d’Amérique du sud. Moins visible que ses compères argentins, brésiliens, uruguayens et autres poids lourds du continent sa relative stabilité l’épargne des crises qui secouent ces nations. Et pourtant………..
Car ce que nous disent les réalisateurs sur l’iniquité économique qui le gangrène n’est pas des plus rassurants. Victor, ce jeune garçon qui se voit confier une livraison dont il n’a aucune idée du contenu, semble faire contrepoint à ces enfants délaissés dont la rue est possiblement l’unique issue de secours pour survivre. Ne pas (se) poser de questions et tracer sa route sans se retourner peut alors constituer la devise d’habitants en survie permanente. Qu’il y soit accompagné par sa secrète passion amoureuse et un ami cleptomane accrédite la thèse d’une jeunesse laissée à l’abandon. Ce n’est malheureusement pas l’unique tare d’un gouvernement trop affairé à s’enrichir par l’expropriation et l’exploitation de sa culture Guarani et ses nombreuses ressources naturelles.
A la croisée d’un périple au long cours, s’ajoute la déshérence sociale qui voit ses nombreux citadins obliger de recourir au racket, voir au meurtre s’il en est besoin, pour subvenir aux besoins médicaux de familles isolées. Ou quand l’impérial besoin vital s’accommode tant bien que mal d’une morale mafieuse. Le constat d’une lutte parricide qui oblige les classes sociales les plus défavorisées à s’entretuer pour exister est accablant. Ce n’est plus une lutte des classes qui conduirait à plus d’équilibre, mais une extermination intracommunautaire. La police, comme souvent dans pareil cas, est au mieux impuissante et au pire complice d’un système qui lui assure sa pérennité.
Quel meilleur symbole que ce représentant de L’État de mèche avec les narcotrafiquants pour situer l’ampleur de son déchargement institutionnel ? L’intrigue est d’autant plus cruelle qu’elle accentue ce déséquilibre en figurant le quiproquos de départ pour laisser dos à dos un peuple qui ne sait se parler et se comprendre. En effet, le contenu de ces sept boites de livraison n’est pas ce que chacun des protagonistes pense qu’elle soit. En découle alors toute une narration sec et tendue qui illustre parfaitement ce malentendu.
L’odeur de l’argent sale va de pair avec celle du sang versé, prélude à une loi du talion aux conséquences bien faucheuses. Tous s’y embourbent avec plus ou moins d’appétit, révélant ainsi la paranoïa ambiante relative à toute narcodémocratie. Il faut alors impérativement parler de la mise en scène. Les deux auteurs, surement nourris aux séries américaines type « 24 heures chronos » ou « The Shield« , empoignent les caméras avec entrain et nourrissent certaines séquences d’un rythme frénétique qui sied bien à la temporalité du film. Zoom panoramique, gros plan serré et décadrage nous entrainent avec excitation dans ce labyrinthe.
Fatiguant à la longue mais on ne pensait pas voir ce type d’effets élaborés de ce cote ci de la planète. Pourtant le plus étonnant demeure dans la mise en abyme de la force de l’image. Dans un effet de miroir inattendu, les personnages ne cessent de se filmer et ce, quelque soit les circonstances. Comme si le mirage du voyeurisme était partie prenante du désenchantement moral et qu’ils ne pouvaient exister que par la grâce de leur reflet médiatique. C’est le sens que l’on pourrait donner à ces passages ou le gamin regarde, obnubilé, la télévision qui diffuse des inepties et ou les adultes découvrent, émerveillés, le nouveau téléphone portable nouvelle génération qui prend nombre de photos et de vidéos. Et le drame final ne dit pas autre chose: sitôt épargné par la mort, l’enfant se mire avec jubilation dans l’appareil cathodique de l’hôpital ou passe en boucle son sursis. La célébrité, derniers recours contre la misérable existence des parvenus, triste de lot de consolation!
7 Boxes / 7 Cajas – Trailer
7 Boxes : Fiche Technique
Titre original : 7 cajas
Première sortie : 10 août 2012 (Paraguay)
Réalisateurs : Tana Schémbori, Juan Carlos Maneglia
Avec Celso Franco, Víctor Sosa, Lali Gonzalez, Nico García, Paletita.
Scénario : Tito Chamorro, Tana Schémbori, Juan Carlos Maneglia
Durée : 120 minutes
Bande originale : Fran Villalba
Genre : Thriller
La résurrection, ou plutôt le retour des morts à une forme de vie (ou de quelque chose similaire à la vie) est un grand classique du cinéma d’horreur.
Synopsis : Une équipe de chercheurs universitaires découvre comment ramener les morts à la vie. Ils n’imaginent pas ce que leurs expériences vont déclencher.
Paranormal Lucy
On pense tout de suite aux zombies de Romero, bien sûr, devenus des super-stars du genre grâce à The Walking Dead, mais aussi à Re-Animator, de Stuart Gordon, ou à L’Expérience Interdite de Joël Shumacher. Ou même au film du même nom du Canadien Nick Hamm mais non, celui-là il vaut mieux l’oublier. Ce type d’histoire permet au réalisateur de proposer une réflexion sur les limites de la science, la place de l’âme chez l’être humain ou la possibilité d’un au-delà. Des thèmes qui ont inspiré les cinéastes, et qui permettent de donner une dimension supplémentaire à un genre souvent décrié comme un simple divertissement.
Emmental Effect
Lazarus Effect était le script idéal pour explorer le rapport de l’être humain à la vie, mais aussi pour analyser l’impact des erreurs passées sur son présent et sur son âme. C’est du moins l’intention donnée par les producteurs, parmi lesquels se trouve Jason Blum, qui avait déjà sévi dans le genre avec les sagas Paranormal Activity et Insidious, entre autres. Dans les faits, le résultat est beaucoup moins glorieux. La faute à un scénario bâclé en quatrième vitesse pour obtenir un film rapide à faire, peu coûteux et pouvant donc facilement être remboursé. Après tout, la recette fonctionne presque à chaque fois. Au moins aura-t-on échappé au traditionnel found footage et au gimmick de la maison/l’objet hanté…
Ce qui n’empêche pas d’avoir droit une nouvelle fois aux mêmes personnages stéréotypés placés dans une situation rocambolesque, et prenant mauvaise décision sur mauvaise décision. L’histoire progresse à grands coups de trous béants, certaines pistes sont carrément oubliées en route tandis que des séquences viennent se greffer ça et là sans vraiment rien apporter ni être expliquées. On croirait parfois assister à une mauvaise version de Lucy, ce qui n’est pas peu dire. En fait, ce qui manque cruellement dans Lazarus Effect, ce sont les enjeux. On ne comprend jamais vraiment les motivations de Zoe ni les raisons qui la poussent à agir ainsi, et on peine à se prendre d’empathie pour les autres personnages tant ils sont creux et superficiels.
Encore une machine à engranger du fric
Résultat, le trouillomètre reste désespérément planté à zéro, et la tension inexistante. Avec, en prime, quelques nouveaux jump scares toujours aussi pitoyables et ridicules. Pas un frisson, pas un sursaut, juste un profond sentiment d’ennui pendant ces 83 minutes à huis-clos filmées comme un documentaire. Olivia Wilde tente vaguement d’avoir l’air effrayante, et la palme de la tête à claque revient à Evan Peters, échappé de la série American Horror Story.
Non, le plus effrayant dans cette histoire, c’est que Lazarus Effect a déjà rapporté plus de six fois sa mise de départ, prouvant que les studios ont eu raison de poursuivre dans cette même veine. Si l’on devrait normalement échapper à une suite au vu de la fin du film, il faudra tout de même croiser les doigts pour que Blum ne décide pas de tenter le coup de la franchise…
Lazarus Effect – Fiche Technique
USA – 2015
Horreur
Réalisateur : David Gelb
Scénariste : Luke Dawson, Jeremy Slater
Distribution : Olivia Wilde (Zoe), Mark Duplass (Frank), Donald Glover (Niko), Evan Peters (Clay), Sarah Bolger (Eva)
Producteurs : Jason Blum, Matthew Kaplan, Jimmy Miller, Cody Zwieg, Gloria Fan
Directeur de la photographie : Michael Fimognari
Compositeur : Sarah Schachner
Monteur : Michael N. Knue
Production : Lionsgate, Blumhouse Productions, Mosaic Media Group
Distributeur : Metropolitan Filmexport