Fast And Furious 7 (tout comme Need For Speed) est à la fois une série de jeux vidéo de films, consacrés à la conduite automobile plutôt virile. Le genre de production qui met en scène des bandes de jeunes, accrocs à l’adrénaline automobile et qui semblent confondre routes publiques et circuits fermés. Il y a encore dix ans de ça les bandes originales, aussi bien de ces films que de ces jeux vidéo, étaient faites presque exclusivement de morceaux de groupes de rock, tels que les Smashing Pumpkins ou Linkin Park. Puis il y eu un glissement, allez savoir pourquoi, peut-être dû aux goûts changeants des fans de ce type de production.
Toujours est-il qu’aujourd’hui, le rock à cédé la place à ce que certains appellent un peu facilement les musiques de rue, telles que le rap, le hip hop et le r’n’b. Résultat, une bande originale gonflée à la testostérone, à la frime, à l’adrénaline et aux relents de tunning. Aucune musique additionnelle à l’horizon, uniquement des morceaux bad ass aux rythmes lourds, appuyés et pleins de morgue. Bref, une bande originale tout à fait à l’image du long-métrage qu’elle accompagne : donner à un film plein de frime une musique elle aussi, pleine de frime. Un défaut ? Sûrement pas, juste une affaire de goûts et d’affection pour un genre.
Découvrez le clip Ride Out :
Musique Fast And Furious 7 : Kid Ink, Tyga, Wale, YG, Rich Homie Quan
Apres le clip Ride out, d’autres clips sortiront durant les prochaines semaines, celui de My Angel le 3 mars, Off-Set le 17, How Bad Do You Want It le 24 et See You Again le 6 avril !
Durée : 61’
Distributeur : Atlantic Recordings
Sortie : 17 mars 2015
Tracklist : Fast & Furious
1. Ride Out par Kid Ink, Tyga, Wale, YG, Rich Homie Quan
2. Off-Set par T.I. & Young Thug
3. How Bad Do You Want It (Oh Yeah) par Sevyn Streeter
4. Get Low par Dillon Francis & DJ Snake
5. Go Hard Or Go Home par Wiz Khalifa & Iggy Azalea
6. My Angel par Prince Royce
7. See You Again par Wiz Khalifa (feat. Charlie Puth)
8. Payback par Juicy J, Kevin Gates, Future Sage The Gemini
9. Blast Off par David Guetta & Kaz James
10. Six Days (Remix) par DJ Shadow (feat. Mos Def)
11. Ay Vamos par J. Balvin (feat. French Montana and Nicky Jam)
12. GDFR (Noodles Remix) par Flo Rida (feat. Sage The Gemini And Lookas)
Après le beau Oslo 31 Août de Joachim Trier, 1001 grammes, le nouveau film de Bent Hamer donne du cinéma norvégien la même impression de mélancolie douce-amère et diffuse, la même idée de la solitude des êtres, la même sensation de calme et de sérénité, la même « norvégianité » en somme : des films aérés, minimalistes et qui vont droit au but.
Synopsis : Lorsque Marie, une scientifique norvégienne, assiste à un séminaire sur le poids réel du kilo à Paris, c’est son propre étalon de la déception, du chagrin, et surtout de l’amour, qui se retrouve sur la balance…
L’effet papillon
Marie est une scientifique employée au bureau norvégien de vérification des poids et des mesures, et s’occupe en particulier du calibrage des kilos-étalons de son pays, la Norvège. Un travail qu’elle partage avec son père, scientifique au même endroit, avec qui elle a des relations discrètes, comme ces « pauses clopes » quotidiennes dans un hallucinant couloir, d’une longueur qui les éloigne mais d’une étroitesse qui les unit. En dehors de ces discussions parcimonieuses avec son père, elle est engluée dans une vie rectiligne et nette, vivant dans une maison trop grande et trop vide, toute en angles, avec nulle part où se nicher, subissant les caprices d’un ex-petit copain qui prend tout son temps à récupérer ses affaires, enserrée dans sa minuscule voiture électrique. Quand on la voit s’installer chichement dans la pénombre de son salon, au coin d’un feu qui n’est pas là, avec son verre de vin et sa cigarette, on la sent désenchantée, désemparée, même. Elle a le blues, de ce bleu que Bent Hamer utilise à profusion pour ses habits, pour son lieu de travail, pour sa voiture électrique, pour son univers glacé qui fait un peu froid dans le dos.
La description du quotidien quasi-robotique de Marie est très bien amenée par le réalisateur, il y a dans ce film quelque chose du Brazil de Terry Gilliam qui aurait été réalisé par Kaurismaki, quelque chose de très poétique et de légèrement absurde.
Le thème du film porte sur le poids, un beau sujet propice aux métaphores qui sont ici certes plus ou moins appuyées. Marie et son père manipulent les poids- étalons du Bureau, mais ils s’interrogent aussi sur le poids de leur propre existence, le père qui porte sa culpabilité d’avoir accepté que son frère soit déshérité à son profit d’une ferme qu’au fond, il n’a jamais exploitée ; la fille qui porte le poids de sa solitude, d’une vie trop étriquée et sans but, celle qui donne le plus lourd fardeau, « celui de n’avoir rien à porter sur son dos ».
L’actrice Ane Dahl Torp est parfaite dans cette performance assez low-key, où elle fait paraître le moins de sentiments tout en faisant ressentir que sous toute cette glace couve un feu depuis longtemps.
Dans la deuxième partie du film, elle donne une toute autre facette à voir, tout aussi parfaitement travaillée. Suite à l’accident cardiaque de son père, Marie le remplace au pied levé au congrès du kilo à Paris. Ce périple commence par une conférence dont la sévérité même est la source du comique de la situation. Ces scènes au Bureau International des Poids et Mesures constituent le passage le plus drôle du film, une bouffée de fraîcheur qui contrebalance de manière très opportune le sérieux de la première partie du film. La vénération du poids originel, « Mère de tous les kilos » est proprement hilarante : présenté aux conférenciers en extase contenue, il est manipulé comme une bombe atomique, admiré comme les joyaux de la couronne, protégé comme un nouveau-né. La présentation est suivie d’ un très beau défilé de tous sous un éclatant soleil parisien, le kilo dans une main et un parapluie (bleu) dans l’autre, une scène qui fait penser à Isao Takahata (et à son récent Contes de la princesse Kaguya) : primesautier, délicat, onirique.
Le ton du film change graduellement : la lumière devient chaude, les couleurs dorées, et le sourire affleure le visage jusque là impassible de Marie. Toute cette chaleur humaine semble enfin la réveiller à elle-même et aux autres. Tout le poids s’envole avec l’entrée en scène de Pi, un scientifique du Bureau qui s’est reconverti en jardinier. Interprété avec beaucoup de douceur par Laurent Stoker, ce personnage est la clé qui permet à Marie de sortir du carcan qu’elle s’est imposée. La voilà tout à fait différente, lâchant prise, une chrysalide enfin prête pour le monde qui l’entoure.
1001 grammes a peu de choses à raconter, mais ce sont des choses essentielles et Bent Hamer les raconte délicieusement. C’est un film minimaliste dont les scènes les plus structurantes se passent hors-champ, telle par exemple la séparation avec son petit copain que seuls les allers-retours sont montrés, signifiant de manière forte qu’entre ces deux-là, il n’y a plus rien à dire. Et quand ce n’est pas hors champ, Les plans sont de toute beauté, nets et symétriques, ou au contraire d’une poésie folle comme cette âme qui sous nos yeux « s’élève » d’une façon bien belle et inattendue…
1001 Grammes – Bande-annonce VOST
1001 grammes : Fiche Technique
Titre original : 1001 gramm
Réalisateur : Bent Hamer
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 11 Mars 2015
Durée : 93 min.
Casting : Ane Dahl Torp (Marie), Laurent Stocker (Pi), Hildegun Riise (Wenche), Stein Winge (Ernst), Per Christian Ellefsen (Moberg), Didier Flamand (Gérard)
Scénario : Bent Hamer
Musique : John Erik Kaada
Chef Op : John Christian Rosenlund
Nationalité : Norvège, Allemagne, France
Producteur : Bent Hamer, Christoph Friedel, Marianne Slot, Claudia Steffen
Maisons de production : Bulbul Films, Pandora Filmproduktion, Slot Machine, ZDF/Arte
Distribution (France) : Les films du Losange
Tourné sur quatre longues années par un jeune réalisateur avec plus de 700 acteurs, Crosswind est un objet filmique unique, inédit, bouleversant de vérité, qui a failli ne pas aboutir par manque d’argent, son originalité étant à l’égale de la méfiance des financeurs.
Synopsis : Le 14 juin 1941, les familles estoniennes sont chassées de leurs foyers, sur ordre de Staline. Erna, une jeune mère de famille, est envoyée en Sibérie avec sa petite fille, loin de son mari. Durant 15 ans, elle lui écrira pour lui raconter la peur, la faim, la solitude, sans jamais perdre l’espoir de le retrouver. « Crosswind » met en scène ses lettres d’une façon inédite….
Still life
Le point fort du film est une forme qui est en totale résonnance avec le fond, une réponse brillante que le cinéaste Martti Helde a trouvée à la question de la représentation de la douleur et de la souffrance de ses ancêtres baltes, estoniens notamment, déportés en masse en Sibérie par le pouvoir stalinien pour de tristes raisons de purge.
Alors que nos livres d’histoire ont donné une matière foisonnante pour rapporter l’Holocauste perpétré par Hitler, cette déportation de masse des habitants des pays baltes entre 1941 et 1955, un demi-million de lituaniens, lettons et estoniens, a fait l’objet de publications bien plus discrètes. Ces milliers de paysans (ces « koulaks », ces « ennemis du peuple » selon le pouvoir soviétique), arrachés de leur terre et implantés dans de contrées inhospitalières dans le cadre de la politique de collectivisation stalinienne, des milliers de familles déchirées, anéanties. Un pan d’histoire plutôt méconnu, et pourtant, l’horreur était là, et c’est à un véritable devoir de mémoire que Martti Helde s’est attaqué en réalisant son film. Son film est le premier sur le sujet, l’indépendance des pays baltes ne datant « que » de 1991, et le sujet ayant été plus que tabou jusque là.
Débutant de manière bucolique en 1941 avec la famille de Heldur, une famille heureuse, unie, dans un coin idyllique de leur Estonie natale, le film annonce d’emblée une forme différente puisqu’en guise de dialogue, Laura Peterson, l’actrice qui interprète le rôle de l’épouse Erna, lit en voix-off de lettres réelles qu’elle a envoyées à son mari depuis le camp de Sibérie (en réalité de plusieurs familles différentes interrogées par Martti Helde). Cette absence de dialogue est cependant compensée par les gros plans en noir et blanc du chef opérateur Erik Põllumaa : un sourire éclatant, un nœud dans une robe symbolique de leur lien, ou encore une caresse sur la joue, notamment cette scène où les trois membres de la famille s’amusent à cache-cache avec le linge qui vole au vent, une scène qui n’est pas sans rappeler dans son côté organique une scène tirée de The tree of Life de Terrence Malick, d’autant que dans ces jours heureux, Laura Petersonn montre une ressemblance certaine avec Jessica Chastain.
Très vite cependant, Martti Helde entre dans le vif du sujet, puisque depuis l’arrestation de Heldur et de sa famille, jusqu’à la libération finale en dehors de ces kolkhozes forcés érigés au milieu de nulle part, à Novosibirsk pour Erna et sa fille Eliide, plus aucun mouvement ne sera observé dans le film ou à peine le souffle de quelque chose qui montre que la vie est là , malgré tout : le réalisateur va créer une succession de magnifiques longs plans-séquences d’une caméra qui voyage à l’intérieur d’incroyables tableaux vivants, treize exactement, relatant leur séjour, ainsi que de centaines de déportés, dans les wagons puis les camps à ciel ouvert qui étaient leur résidence pendant plus d’une quinzaine d’années. Chaque scène immobile raconte une douleur, une souffrance : la faim, la maladie, la solitude, la fatigue, la mort. Mais ceux qui restent debout, à l’instar d’Erna, ne perdent jamais espoir de revoir leur pays, leur mari, leur père, Les très nombreux acteurs sont le plus souvent figés dans une position de stupeur, d’hébétude ou de résignation. Magnifiquement éclairés, ces plans-séquences sont souvent filmés en lents travellings arrière qui rendent une impression saisissante de la masse et du nombre des deportés. L’actrice raconte ce funeste séjour et ces vies volées d’une voix douce en contradiction avec la dureté de ce qu’on voit à l’image, une voix douce qui comme le reste du dispositif de Martti Helde, invite à tendre l’oreille et à prêter son. La musique de Pärt Uusberg, composée de beaucoup de chant choral est poignante, simple, mais émouvante.
Le Chef opérateur, qui ne cache pas son admiration pour le hongrois Belà Tarr, craignait que le film, par trop de beauté, ne devienne anecdotique dans son propos. Mais il n’en est rien, tant la beauté est mise au service de l’hommage rendu, le sensationnalisme de la forme veut nous montrer, certes de manière un peu didactique (puisque Helde souhaite que les élèves estoniens puissent voir son film en nombre), la chape de plomb que ces années-là furent pour ses ancêtres. Les acteurs ne reprennent en effet brièvement vie qu’à la toute fin du film, quand enfin ceux qui ont pu, et/ou voulu rentrer dans leur pays natal arrivent en gare dans un voyage retour plein d’espoir.
Crosswind est un film expérimental qui défriche une forme nouvelle de cinéma. Martti Helde n’a pas trente ans, mais il a déjà produit avec Crosswind l’œuvre remarquable d’un cinéaste exigeant, qui possède à la fois la maîtrise et la sensibilité.
Crosswind – La Croisée des vents de Martti Helde – Bande-annonce VOST
Crosswind – la croisée des vents : Fiche Technique
Titre original : Risttuules
Réalisateur : Martti Helde
Genre : Drame, histoire
Année : 2014
Date de sortie : 11 Mars 2015
Durée : 90 min.
Casting : Laura Peterson (Erna), Einar Hillep (Hermiine), Ingrid Isotamm (Eliide), Mirt Preegel (Heldur)
Scénario : Martti Helde, Liis Nimik
Musique : Pärt Uusberg
Chef Op : Erik Põllumaa
Nationalité : Estonie
Producteur : Pille Rünk, Sergei Serpuhov, Piret Tibbo-Hudgins
Maisons de production : Allfilm, Baltic Pine Films
Distribution (France) : Arp Sélection
Unbreakable Kimmy Schmidt, cette série qui vous prend en traitre. On se laisse embarquer sans méfiance, persuadé de découvrir une énième série made in U.S.A., probablement très naïve dans l’esprit, comme tant d’autres avant elle. D’autant que l’affiche promotionnelle n’arrange rien, montrant une craquante Ellie Kemper (Somewhere, 21 Jump Street) tout sourire, façon « ravie de la crêche ». Cette sensation dure quelques épisodes, la sensation d’une série qui peine à prendre ses marques, oscillant entre fable moralisatrice et humour qui tente de s’affirmer comme trash et absurde. Pendant quelques épisodes donc, on ne sait pas.
…mais une suite bien meilleure
Puis le miracle se produit et les scénaristes passent la démultipliée, sortent le grand jeu et donnent le ton des huit derniers épisodes. Car Unbreakable Kimmy Schmidt n’a rien d’une série naïve, ou même moralisatrice. C’est au contraire d’un humour souvent absurde, trash parfois et maniant avec gourmandise le cynisme, à l’égard d’une société dévorée par le désir de ce dont elle n’a pas besoin. Enfin bref, cette série frappe les endroits sensibles sans autre arrière-pensée que de montrer que nos sociétés peuvent être laides. L’humour y est donc sans limite, surréaliste et à la limite d’une folie furieuse que ne renieraient pas les frères Farrelly.
Ellie « Kimmy Schmidt » Kemper
Kimmy Schmidt, c’est Ellie Kemper. Sorte d’électron libre dotée de la plus jolie paire de…fossettes de la télévision américaine, capable de passer treize épisodes avec un sourire en mode banane rivé au visage. Elle en agacera sans doute certains, mais déploie une énergie incroyable et fabrique un personnage qui colle parfaitement aux attentes des créateurs. Toute une galerie de fêlés gravite autour d’elle : Titus son colocataire gay qui rêve de devenir star, peu importe la manière et peu importe la star. Lillian leur propriétaire dealeuse, toujours à réclamer le loyer. Des cas sociaux attachants, des oubliés au bord de la route, sans un pour rattraper l’autre et bien sûr tous timbrés.
C’est tellement bon que c’est trop court
Aimer Kimmy Schmidt, c’est aimer la voir s’extasier devant ce qui fait notre quotidien (tiens un micro-ondes, tiens un téléphone portable), découvrir chaque jour ce qu’elle a manqué pendant quinze ans. Cette série est dédiée au bonheur et au rire, passant sans vergogne de la satire la plus brutale à la tendresse la plus touchante. Un mélange réjouissant de tarte à la crème en pleine figure et de personnages parfois border line, d’où certaines scènes dantesques. Les scénaristes vont parfois très loin dans la caricature, frôlant de peu la scatologie sans jamais y tomber réellement. Unbreakable Kimmy Schmidt est la divine surprise de ce début d’année, fraiche, réjouissante et surtout drôle à l’extrême. Mais 13 épisodes de 25 minutes, c’est décidément trop court pour une série si drôle et pourtant si profonde.
Synopsis : Kimmy Schmidt est libérée après avoir passé quinze enfermée dans un bunker avec trois autre femmes, convaincues par un pasteur que l’apocalypse avait détruit le monde. Son retour à une vie normale va s’avérer des plus délicats.
Fiche Technique – Unbreakable Kimmy Schmidt
Créateurs : Tina Fey & Robert Carlock
Diffuseur : Netflix
Origine : U.S.A.
Première diffusion : 6 mars 2015
Société de production : 3 Arts Entertainment, Bevel Gear, Little Stranger
Format : 13 épisodes de 25’
Statut : En cours
Casting : Ellie Kemper, Jane Krakowski, Tituss Burgess, Carol Kane
Âpre comme la nuit froide et rude d’un hiver gelé, dur comme la glace qui recouvre et fige la nature au repos, Miséricorde est le premier volet, en forme d’uppercut, de ce qui pourrait devenir une franchise (c’est réellement à souhaiter), celle des enquêtes du Département V, chargé de classer définitivement des enquêtes déjà closes.
Synopsis : Suite à une balle reçue dans la tête, l’inspecteur Morckreprend le travail dans un état de grande fragilité émotionnelle. Son supérieur l’affecte donc au département V, chargé de clore d’anciennes affaires. Mais face à l’une d’elles, Morck ne va en faire qu’à sa tête et se remettre sur la piste d’une femme disparue cinq ans auparavant.
Polar nordiste
Adapté d’un roman du Danois Jussi Adler-Olsen, son adaptation possède toutes les qualités de ces polars venus du nord de l’Europe. Principalement celle de laisser une grande place à l’enquête proprement dite, en évitant les velléités spectaculaires de leurs homologues américaines.
Préliminaires
Ce premier volet, de ce qui est à ce jour une série de six livres (dix sont prévus et deux ont été adaptés), a la lourde tâche de mettre en place les personnages, leurs caractères et l’univers dans lequel ils évolueront par la suite. Le film démarre très fort, sur une scène d’introduction très inspirée de Seven. Rien d’étonnant puisque le réalisateur, Mikkel Nørgaard (réalisateur sur la série Borgen) reconnaît David Fincher comme une de ses inspirations. Cette scène lance littéralement le film et donne ce qui en sera les grands traits : aucune fioriture, une narration et une mise en scène directes, qui vont à l’essentiel. Ce qui doit être dit est dit, ce qui doit être montré est montré et, ce qui doit être suggéré est savamment distillé. Voilà pourquoi on se laisse piéger d’entrée et plus d’une fois par la suite, jusqu’à un dénouement nerveusement infernal.
Le montage est un art
Car la narration est d’une habileté folle et rejoint en cela un montage qui se met totalement à son service. Le film est parsemé de flashback, qui se digèrent avec une évidence déconcertante. Tant mieux, car ils sont nécessaires à la compréhension de l’intrigue et à l’empathie que l’on ressent peu à peu pour les personnages. Chose étrange, sans excuser celui qui est ici le psychopathe, ces flashback permettent de le comprendre, d’accepter sans être d’accord, son destin d’une horreur rare et qui l’a amené à imaginer une vengeance terrifiante. La musique prend d’ailleurs toute sa place dans cette horreur, une bande originale organique, presque vivante et qui, ajoutée aux plus horribles des scènes, peut provoquer une telle tension pour qui se sera laissé prendre, qu’elle en devient douloureuse.
Buddy movie… ou presque
En acceptant la mise au placard au département V, l’instable inspecteur Morck ne l’aurait jamais soupçonnée cette horreur, comme il n’aurait pas imaginé être affublé d’Assad comme partenaire, en tout point son opposé. Assad tellement bien dans sa tête, tellement stable émotionnellement. Nikolaj Lie Kass incarne Morck, il l’incarne idéalement car, au-delà d’un talent évident, cet acteur a une authentique gueule de cinéma, de celles qui tranchent autant que l’histoire qu’elles interprètent. Fares Fares est Assad, décontracté et parfois très drôle avec ce running gag du café imbuvable (en tout cas pour Morck). Il est cette intelligence sereine, lorsque son partenaire est guidé par ses nerfs autant que par son intuition.
Jusqu’au Mal
Les Enquêtes Du Département V : Miséricorde est un film qui ne doit absolument pas tomber dans la confidentialité, même si les programmations des salles n’ont pas voulu lui donner la place qu’il mérite, le reléguant à la V.O.D. Le deuxième opus, lui, sortira en salle le 08 avril. Il faut avoir à l’esprit que, si les films à venir sont du même tonneau, on tient peut-être là, ce qui pourrait devenir une franchise, faite de ce qui serait alors les meilleurs thrillers des dernières années. Pas (ou peu) de violence dans les images, mais une violence suggérée, la pire de toutes, la plus étouffante. Miséricorde vous attrape, ne vous lâche plus et passe 97’ à vous torturer les entrailles, ravi de la douleur qu’il vous inflige mais pour un cinéphile, cette douleur est un régal.
Les Enquêtes Du Département V : Miséricorde : Bande Annonce (VOST)
Les Enquêtes Du Département V : Miséricorde : Fiche Technique
Titre original : Kvinden i buret
Réalisation : Mikkel Nørgaard
Scénario : Nikolaj Arcel d’après le roman de Jussi Adler-Olsen
Interprétation : Nikolaj Lie Kaas, Fares Fares, Sonja Richter, Mikkel Boe Følsgaard, Søren Louis Pilmark, Troels Lyby
Format : Scope
Son : Numérique 5.1
Société de production: Zentropa Entertainments
Société de distribution : Wild Bunch Distribution
Genre : Policier
Durée : 97 minutes
Date de sortie sortie : 27 mars 2015 en e-Cinéma
Suite au succès de Batman, la Warner est convaincue qu’elle tient entre ses mains les possibilités d’une saga lucrative, tout en étant bien décidée à ne pas laisser fuir son architecte. Burton, peu emballé par l’idée d’une suite, refuse d’abord le projet avant de se voir offrir une totale liberté sur le film.
Synopsis: Non seulement Batman doit affronter le Pingouin, monstre des égouts doté d’une intelligence à toute épreuve, qui sème la terreur mais, plus difficile encore, il doit faire face à la séduction de deux super-femmes, la douce Selina Kyle et la féline Catwoman qui va lui donner bien du fil a retordre. Si Bruce Wayne apprécie Selina, Batman n’est pas insensible au charme de Catwoman.
Le corps derrière le masque
Un choix risqué que le studio regrettera par la suite, mais qui marquera l’histoire du film super héroïque de façon durable. Batman le défi est un succès au box office, mais nombre de critiques et d’associations parentales lui reprocheront son aspect trop sombre, trop effrayant, et ses nombreuses allusions sexuelles. Même Macdonalds se retire de la promotion du film en refusant de distribuer des jouets dans ses happy meal. Burton aurait-il franchi une limite ? Peut-être, mais le résultat est à la hauteur de ce que l’on attend d’un tel réalisateur : crépusculaire, grotesque, fantastique et violent tout à la fois.
Il est bon de rappeler une chose avant d’aborder frontalement la troisième adaptation cinématographique du chevalier noir : le grotesque, avant d’être un adjectif péjoratif, est surtout un art complexe qui n’est pas à la portée du premier venu. Pratique que l’on retrouve tout autant dans la peinture, le cinéma ou la caricature et qui traverse les époques et des genres aussi divers que le fantastique, la comédie ou le film d’horreur, le grotesque est avant tout une mise en avant des peurs irrationnelles de l’humain, auxquelles l’artiste choisi de donner corps avec emphase et fantaisie, tout en les désamorçant par l’exagération ou le rire. On y retrouve la peur du monstre, de l’autre différent, la satire sociale, la caricature… Comme au temps du carnaval, le bon goût n’a plus sa place, la roue se retourne et la raison est reléguée aux bas fond tandis que le dessous de la ceinture devient la seule valeur qui compte. Le puissant, le beau et l’intellect se retirent pour laisser à la laideur, le rire et les parties génitales, tout le plaisir de s’exprimer promptement. En quelques films, Burton s’est rapidement érigé en nouveau maître de cet art populaire, en mettant l’Amérique puissante et chatoyante face à ceux qu’elle ne peut regarder en face. Cette Amérique, c’est Gotham city, cette ville anachronique, qui semble bloquée dans la période « bénie » des années 50, où les hommes portent le costume et les femmes sont de gentille secrétaires serviables et soumises. Une ville tentaculaire, vivant en autarcie, coupée du reste du monde. Des hauts buildings aux égouts crasseux, Gotham sera le terrain de jeux de quatre personnages : Batman (Michael Keaton), le guerrier chassant le crime, Catwoman (Michelle Pfeiffer), animée par son seul appétit de vengeance, Max Shreck (Christopher Walken), industriel véreux et marchand de mort, et le Pingouin (Danny De Vito), monstre rejeté prêt à conquérir. Quatre cavaliers qui, par leur folie et leurs pulsions meurtrières, mettront la ville à feu et à sang.
Burton aime les personnages grotesques à la psychologie barrée. Ceux qui mettent la normalité à mal par leur altérité, leur différence et leurs actions. Max Shreck est assez représentatif : sous ses airs de businessman philanthrope, se cache un homme cynique, avide et cruel. Manifestement self made man prêt a tout pour réussir, il répand la pollution comme Nosferatu répandait la peste dans le film de Murnau (un film dont le rôle principal était tenu par un certain…Max Shreck). Bien que les habitants de Gotham semblent voir en lui un bienfaiteur, son allure révèle tout de même un cerveau dérangé et amoral, avec sa crinière de cheveux blanc lui donnant l’aspect d’un vampire et ses costumes rayés rappelant un certain Beetlejuice. Un hommage direct à l’expressionnisme allemand des années 30, tout en étant l’expression même d’un capitalisme sauvage. Maître de la manipulation aux moyens illimités, il est le reflet déformé de Bruce Wayne, et de la même manière que ce dernier avait créé le Joker, Max Shreck provoquera la naissance de sa Némésis en poussant Selina Kyle par la fenêtre de sa tour d’ivoire.
Au départ secrétaire dévouée et maladroite, Selina se révèle féline et sauvage. Ses mouvements gauches laissent place à une souplesse surnaturelle et son tailleur qui l’engonce disparaît au profit d’une combinaison de cuir du plus bel effet qui libère ses membres et sa libido. Détruisant ses peluches dans un élan de rage, elle décide de ne plus être cette femme fragile que les hommes étouffent, elle prend le contrôle, maintenant c’est elle qui domine. Personnage hyper-sexualisé, Catwoman est probablement le motif du courroux des associations parentales qui n’aiment pas trop cette intrusion violente d’une imagerie sado maso dans l’esprit de leurs chères têtes blondes. Le féminisme radical et les pulsions incontrôlables de l’animal qui ressort font voler en éclats l’image de la princesse en détresse. Sorte de Lolita grotesque coincé entre l’immaturité de l’enfance et la sexualité crue de l’âge adulte, elle troque la mini-jupe et la sucette pour le cuir et le fouet. La vengeance est sa seule motivation, et c’est justement son corps qui en sera l’instrument lorsqu’elle en finira avec Max par une étreinte mortelle et un baiser au taser. Le seul homme qui résiste est justement celui qu’elle sous-estime, le monstre des égouts, celui qui ne devient pas animal, mais l’est au plus profond de son être.
Rejeté par ses parents aristocrates pour sa difformité, Oswald Cobblepot est l’incarnation d’une monstruosité totale cachée aux yeux du monde. Adulte infantile et grotesque, doté d’une intelligence redoutable et d’une bestialité cruelle, le Pingouin est le monstre humain dans toute sa splendeur. De la même manière que le Joker s’inspirait de L’homme qui rit de Victor Hugo, Cobblepot fait écho à Quasimodo, ce personnage tragique que la société méprise car elle ne peut tolérer sa laideur, ne pouvant sortir à visage découvert qu’en période de carnaval. Ajoutant à cela une touche de Moise des temps modernes, dont le berceau s’est échoué dans la fosse sceptique, Burton crée alors le plus terrifiant antagoniste du chevalier noir au cinéma. Vicieux, pervers, brutal, la bête humaine a de multiples facettes le rendant à la fois comique, effrayant et touchant. Attifé comme un Monsieur Loyal du cirque des enfers et affichant un rictus qui révèle ses dents gâtées, le Pingouin cherche également la vengeance contre cette société qui le brime et l’étouffe, en réclamant la mort des premiers nés des grandes familles de Gotham (a l’instar de son alter-ego biblique). Celui qui ne peut cacher sa monstruosité derrière les apparences décide de la vivre pleinement. La société le rejette, mais a finalement besoin de lui pour justifier la présence et les actions de son symbole tout puissant : Batman.
Au milieu de ces personnages, le chevalier noir est finalement le réceptacle des pulsions déviantes de ses antagonistes. Déçu par la gent féminine mais séduit par l’animalité de Selina, jaloux de la monstruosité assumé de Cobblepot quand lui doit la cacher derrière un masque. Sa maladresse du jour s’oppose à une hyper-virilité caricaturale de nuit, faite de mouvements mécaniques et peu fluides. C’est tout l’enjeu de la vision de Burton : se moquer de l’Amérique en lui présentant un justicier finalement aussi bizarre et monstrueux que les personnages qu’il pourchasse. Mais ce que Nolan devra signifier par des dialogues pompeux, Burton nous l’exposait déjà au travers du langage corporel de ses protagonistes. L’insignifiance des dialogues (presque parodiques) du film obligeant le spectateur à se rabattre sur les performances physiques des acteurs. Il est en effet plus facile de comprendre les personnages en observant leur déplacement qu’en les écoutant débiter des banalités. Voir Catwoman avaler entier un oiseau vivant est mille fois plus parlant que Max Shreck lui proposant « une très grosse pelote de laine ». Danny de Vito se déplaçant comme un culbuto géant aux yeux exorbités évoquera plus son animalité que n’importe quel tirade grandiloquente. Ce que propose Tim Burton, c’est une vision décalée et grotesque de la figure du super héros. C’est la physionomie qui parle, plutôt que la psychologie de comptoir. Et, finalement, la subtilité et la poésie macabre (aidées par la sublime musique de Danny Elfman) l’emportent sur le pompiérisme et le patriotisme réactionnaire.
Batman le défi : Bande annonce
Fiche Technique : Batman Returns (VF) Batman Le Défi
Titre québécois : Le Retour de Batman
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Daniel Waters, d’après une histoire de Daniel Waters et Sam Hamm basée sur les personnages créés par Bob Kane et Bill Finger
Décors : Bo Welch
Costumes : Bob Ringwood et Mary E. Vogt
Photographie : Stefan Czapsky
Son : Richard L. Anderson
Montage : Bob Badami et Chris Lebenzon
Musique : Danny Elfman
Musiques additionnelles : Face to Face de Siouxsie and the Banshees ; Rick James ; Alonzo Miller
Production : Tim Burton et Denise Di Novi ; Larry J. Franco (coproducteur) ; Ian Bryce (associé) ; Peter Guber, Benjamin Melniker, Jon Peters et Michael E. Uslan (délégués)
Sociétés de production : Polygram Pictures, Warner Bros.
Société de distribution : Warner Bros. Entertainment
Budget : 80 millions de dollars2
Pays d’origine : États-Unis
Langue : anglais
Format : Couleur Technicolor – 35 mm – 1,85:1 – Son Dolby Digital
Genre : super-héros, fantastique, science-fiction, action
Durée : 126 minutes
États-Unis : 16 juin 1992 (première mondiale à Hollywood), 19 juin 1992 (sortie nationale)
Royaume-Uni : 10 juillet 1992
France : 15 juillet 1992
Ce pourrait être la musique du bal de promo des princesse Disney, tant l’oeuvre de Patrick Doyle (compositeur attitré de Kenneth Brannagh) a parfaitement assimilé l’univers de la marque aux grandes oreilles. Tout y est, et le titre La Valse Champagne résume à lui seul le rêve de petite fille dans lequel nous plonge le compositeur : des paillettes à la tonne, du strass par pelletée et de la robe de bal exubérante. Par contre, que ceux qui rêvent de surprise passent leur chemin, car tout ici est calibré, balisé et sans fausse note aucune. Tellement que pour peu qu’on connaisse le conte, on le verra défiler devant ses yeux au gré des différents éléments qui composent la partition.
Cependant quelque chose cloche, un étrange sentiment de « déjà entendu » qui s’impose un peu plus à chaque morceau. Bien sûr le fait que cette bande originale sonne exclusivement comme une symphonie classique n’y est pas étranger. Non, pour tout auditeur un rien mélomane, la ressemblance avec certaines compositions de Piotr Illitch Tchaïkovski et Jacques Offenbach dérange au début, devient flagrante par la suite. Alors c’est vrai, les compositeurs russe et français restent très réputés pour leurs incroyables ballets et opérettes inspirés des contes et légendes les plus célèbres. Mais par moment, la musique de Patrick Doyle semble vouloir franchir la frontière qui sépare l’inspiration du plagiat mais après tout, de la musique de Tchaïkovsky et d’Offenbach sur un film Disney adaptant un célèbre conte, n’était pas une si mauvaise idée. La seule vraie mauvaise idée a été de reprendre certaines des chansons du dessin animé originel. Non seulement c’est inutile, mais on comprend une nouvelle fois qu’Helena Bonham Carter (qui avait déjà chanté dans Sweeney Todd) reste bien meilleure actrice que chanteuse.
Durée : 85’
Distributeur : Walt Disney Records
Sortie : 10 mars 2015
Cinderella 2015 soundtrack
Tracklist Cendrillon :
1. A Golden Childhood
2. The Great Secret
3. A New Family
4. Life And Laughter
5. The First Branch
6. Nice And Airy
7. Orphaned
8. The Stag
9. Rich Beyond Reason
10. Faity Godmother
11. Pumpkins And Mice
12. You Shall Go
13. Valse Royale
14. Who Is She
15. La Valse De l’Amour
16. La Valse Champagne
17. La Polka Militaire
18. La Polka De Paris
19. A Secret Garden
20. La Polka De Minuit
21. Chosse That One
22. Pumpkin Pursuit
23. The Slipper
24. Shattered Dreams
25. Searching The Kingdom
26. Ella And Kit
27. Courage And Kindness
28. Stron par Sonna Rele
29. A Dream Is A Wich Your Heart Makes par Lily James
30. Bibbidi-Bobbidi-Boo (The Magic Song) par Helena Bonham Carter
31. A Dream Is A Wich Your Heart Makes (Instrumental)
32. Bibbidi-Bobbidi-Boo (The Magic Song) (Instrumental)
Pierre Niney a eu 26 ans la semaine dernière et en a profité pour annoncer qu’il quittait la Comédie Française, petit coup d’éclat de l’acteur providentiel du moment. Le comédien a également fait parler de lui cette année en recevant un César du Meilleur acteur pour son rôle dans Yves Saint-Laurent.
Synopsis : Le destin de Mathieu, 25 ans, bascule le jour où il tombe par hasard sur le manuscrit d’un vieil homme solitaire qui vient de décéder. Il hésite avant finalement de s’en emparer, et de signer le texte de son nom… Devenu le nouvel espoir le plus en vue de la littérature française, et alors que l’attente autour de son second roman devient chaque jour plus pressante, Mathieu va plonger dans une spirale mensongère et criminelle pour préserver à tout prix son secret.
Engrenages
Plein soleil
Autant de petites actualités, associées à un jeune âge et à un physique de jeune premier, qui en font clairement Un homme idéal pour une sortie en salles. Dans le film, Pierre Niney, incarne un autre jeune homme de 26 ans, Mathieu Vasseur, écrivain un peu raté avant l’heure et légèrement violent. Un jour, il tombe sur un manuscrit et là, miracle de la vie, il devient LE mec idéal avec « Sable Noir », un récit sur la guerre d’Algérie avec des descriptions hyper réalistes alors qu’il n’y a jamais mis les pieds. Avec la notoriété, qu’il a toujours recherché, Mathieu obtient aussi la richesse et/grâce à une superbe copine (Ana Girardot). Cette dernière est une héritière et aime bien les livres et le parfum, c’est à peu près tout ce qu’on sait d’elle puisque dans le film elle n’est finalement qu’une énième femme-objet.
Après trois ans de bonheur, Mathieu finit par être rattrapé par de nombreux démons. Jusque-là, dans le film, tout allait plutôt bien. Très vite, le récit devient à la fois un défilé de mode avec Pierre Niney en polo et décapotable et Ana Girardot, récemment vue à l’affiche de « La prochaine fois je viserai le cœur« , en short ou en robe avec des lunettes de soleil, mais aussi un imbroglio parfois risible. Le film reprend les codes attendus des films, très nombreux, sur l’usurpation d’identité. Cette semaine, on peut d’ailleurs voir ce thème abordé dans Big Eyes, où un homme s’approprie la paternité des tableaux que peint sa femme. Mais les références d‘Un homme idéal, pour son cadre, son plus à cherche du côté de Plein Soleil. Or, le film en a l’apparence sans le fond.
De l’autre côté de miroir
Au fur et à mesure que le récit avance, Mathieu disparaît de plus en plus, ne se reconnaît plus et s’efface jusqu’à disparaître totalement. Si Pierre Niney est plutôt à l’aise dans la première partie du film, il peine à rester crédible quand le scénario devient, lui, complètement abracadabrant. Pour montrer cette quête-perte d’identité que vit Mathieu, qui s’efface derrière une fausse image qu’il a construit de lui, Yann Gonzlan a cru bon de souligner les failles identitaires de son personnage en ne le filmant qu’en présence de miroirs qui parfois sont triples et multiplient donc le visage de l’acteur. Il voit plusieurs fois des personnages à travers des vitres et en brise une au début du film, signe qu’il va lui aussi se fendiller peu à peu.. Tout ça est peu subtil comme manière de souligner l’usurpation dont Mathieu est l’instigateur. Une fois qu’il est complètement embourbé dans son mensonge et rattrapé par la vérité,
Mathieu se met à faire n’importe quoi et le récit aussi car il devient un peu invraisemblable. Le réalisateur tente de créer une tension, assez palpable mais peu crédible, avec de grands effets : musique et yeux exhorbités de Niney. Le vrai problème que rencontre ce film, dont la photographie est plutôt belle – mais c’est surement dû aux paysages – c’est qu’il passe après plein d’autres dont le sujet est similaire et qui ont su se dégager des poncifs, des scènes attendues. Ici, les plans se répètent trop, tout part dans tous les sens sans véritable construction dramatique. Un personnage passionnant, incarné par Thibault Vinçon, aurait ainsi pu être beaucoup plus fort, s’il n’était de nouveau un faire-valoir.
Les rôles sont trop stéréotypés et on ne parvient pas à comprendre ce qui pousse vraiment Mathieu, même si le réalisateur nous montre des scènes de pseudo bonheur qu’il pourrait convoiter. Il y a une légère réflexion sur la naissance d’un auteur, sa construction par les médias, mais, là encore, c’est très mince. On passe trop vite dans l’après et on ne comprend d’autant pas ce personnage qui, une fois qu’il s’est donné le droit de bouger les lignes, parvient à écrire un vrai beau roman tout seul (mais il ne sera plus vraiment là pour en profiter). Après Yves Saint-Laurent, Pierre Niney peine à rendre de nouveau passionnante une figure duelle et autodestructrice car il est perdu dans des intrigues fouillis et trop de « déjà vu » et de grosses ficelles de réalisation comme de mise en scène. « Je est un autre » disait Rimbaud. Ici, pourtant, l’autre se reflète dans des miroirs, multipliés comme les lignes scénaristiques, tant qu’on ne sait plus ce qu’on est venu voir et que cette descente aux enfers apparaît trop poussive, pas assez incarnée. On ne va pas forcément au cinéma pour la crédibilité, mais il y a aussi des limites.
Découvrez la bande annonce du film
Fiche technique – Un homme idéal
Sortie le 18 mars 2015
Réalisateur : Yann Gozlan
Photographie : Antoine Roch
Montage : Grégoire Sivan
Interprètes : Pierre Niney (Mathieu), Ana Girardot (Alice), Thibault Vinçon (Stan)
Distribution : Mars Distribution
Edward aux mains d’argent (Edward Scissorhands dans la version originale) sort en 1990 alors que Tim Burton est au sommet de sa carrière.
Synopsis : Le jeune Edward n’est pas un être humain comme les autres. Il a été créé de toutes pièces par un inventeur qui est mort avant d’avoir pu lui greffer des mains. Et la pauvre créature s’est retrouvée avec des lames de métal, des instruments très tranchants à la place des doigts. Un jour, Peg Boggs, représentante en produits de beauté, sonne à sa porte. Touchée par Edward, caché dans un coin, cette mère de deux enfants décide d’installer le jeune homme chez elle, dans son petit pavillon de banlieue.
Le mythe de Frankenstein revisité par Burton
Après s’être essayé à l’horreur avec le délirant Bettlejuice (1988), le réalisateur enchaîne sur Batman, énorme succès commercial. Si Edward aux mains d’argent marque la troisième collaboration cinématographique de Burton et du compositeur Danny Elfman, c’est surtout le début d’une relation étroite avec son acteur fétiche Johnny Depp. Dans cette fable à la fois tragique et comique, Burton nous livre un conte surnaturel, une métaphore qui porte avec autant plus d’efficacité sa critique des conventions sociales et de la modernité.
Le film le plus personnel de Burton
Avec Batman, Burton se retrouve propulsé dans le club très fermé des réalisateurs dits « bankable »,ce qui lui permet d’avoir davantage le contrôle créatif de son œuvre. Du même coup, l’histoire d’Edward est inspirée de la vie du jeune Tim Burton, né dans la banlieue de Burbank en Californie, un jeune homme oppressé par la vie monotone et rituelle de ses quartiers résidentiels qui s’étendent à l’infini. Burton, c’est un Edward en devenir, artiste inhibé et incapable de s’intégrer à ce fonctionnement social si régulé et si peu fantaisiste.
Le film est aussi un concentré de références littéraires et cinématographiques, de personnages marquants dont on retrouvera les traces dans d’autres œuvres de Burton. Edward, c’est d’abord la créature ratée du docteur Frankenstein, roman gothique de Mary Shelley adapté au cinéma en 1931 par James Wales. Le monstre tombe amoureux de la jeune Kim (Winona Ryder), qui le déteste d’abord, avant de l’adorer ensuite. Comment alors ne pas penser au classique de la littérature La Belle et la Bête ? Edward se retrouve également dans les futures figures burtoniennes : dans sa version noire et torturée, Edward devient l’effrayant barbier de Fleet Street qui tranche la gorge de ses victimes dans Sweeney Todd.
Quand le conte rencontre le monde moderne
Edward aux mains d’argent, c’est aussi la rencontre improbable du conte et de la société moderne. Une imbrication étonnante et détonante, quand dès les premières minutes du film la caméra passe du manoir gothique où se cache Edward aux rues perpendiculaires et aux maisons identiques de cette banlieue pavillonnaire colorée. Les deux lieux antithétiques vivent côte à côte comme deux univers bien cloisonnés, jusqu’à ce que la douce Pegg Boggs (Dianne West) ne vienne perturber l’ordre des choses.
Le magique se mêle alors à cette réalité ennuyeuse et immobile de la banlieue et Burton se régale à mettre en scène les conséquences d’une telle rencontre, tant sur sa créature que sur les habitants. Burton excelle dans ce mélange de genre incongru qui lui permet de marier subtilement horreur, comédie et tragédie. Le train de vie quotidien de banlieue est montré avec ironie : d’abord, ce sont les hommes qui partent travailler dans un bal de voiture soigneusement chronométré, puis ce sont les femmes aux foyers qui se retrouvent au coin des rues pour discuter des derniers commérages du quartier. Burton se moque de la futilité et de la superficialité d’un fonctionnement social tellement figé qu’il en paraît irréel, et l’on retrouve d’ailleurs dans cette banlieue pavillonnaire impersonnelle la ville en toc du futur Truman Show (qui sortira 8 ans plus tard).
Au début, tout va bien pour Edward qui devient rapidement l’objet de convoitise des groupies du quartier : de tailleur de haies d’exception, il en devient coiffeur extrêmement doué convoité par toutes ces housewives surexcitées. S’engage alors une rapide chute sociale : arrêté pour effraction alors qu’il n’obéissait qu’à la demande de la belle Kim, les voisines retournent leurs vestes aussi rapidement qu’elles l’avaient accueilli dans la communauté. Edward passe du rang de superstar locale à celui de dangereux marginal : Burton critique ici le culte de l’apparence et la crainte de l’autre dans nos sociétés modernes, critique qui en vient d’ailleurs à une conclusion assez pessimiste : l’irrémédiable hétérogénéité du rêve et de la réalité (puisque Edward retourne à sa vie d’ermite dans son château).
Edward aux mains d’argent est sans doute le film le plus poétique de Burton, un film qui révèle également les talents d’acteur de Johnny Depp, véritable coup de cœur du réalisateur alors que le rôle avait au départ était attribué à Tom Cruise par les studios.
Edward aux mains d’argent : bande annonce
Fiche technique : Edward aux mains d’argent
Titre original : Edward Scissorhands
Scénario : Caroline Thompson basé sur une histoire de Tim Burton et Caroline Thompson
Musique : Danny Elfman
Casting : Johnny Depp, Winona Ryder, Dianne West, Anthony Michael Hall, Alan Harkin, Kathy Baker, Vincent Price, Robert Oliveri
Année de sortie : 1990
Durée : 105 minutes
Genre : Fantastique, comédie, romance
Réalisation : Tim Burton
Société de production et de distribution : 20th Century Fox
Hacker, un techno-thriller à l’ambition démesurée, sublimée par une mise en scène virtuose mais alourdie par un scénario quelque peu convenu !
Synopsis : À Hong Kong, la centrale nucléaire de Chai Wan a été hackée. Aucune tentative d’extorsion de fonds ou de revendication politique n’a été faite. Ce qui a motivé cet acte criminel reste un mystère. Un groupe de hauts gradés de l’APL (Armée populaire de libération chinoise) charge le capitaine Dawai Chen, spécialiste de la défense contre les cyberattaques, de retrouver et de neutraliser l’auteur de ce crime. À Chicago, le Mercantile Trade Exchange (CME) est hacké, provoquant l’inflation soudaine des prix du soja. Carol Barrett, une agente chevronnée du FBI, encourage ses supérieurs à associer leurs efforts à ceux de la Chine. Formé au MIT, avec une parfaite maîtrise de l’anglais, l’officier chinois insiste pour que ses homologues américains libèrent sur le champ un célèbre hacker détenu en prison : Nicholas Hathaway.
Le dernier des Mohicans.
Cinéaste esthète, à la fois peu prolifique et très exigeant, Michael Mann est comme l’un de ses films tend si bien à le souligner, le dernier des Mohicans. Nivelant au biais d’une filmographie résolument cartésienne l’Homme dans toute sa complexité et sa psychologie, Mann demeure toutefois à l’instar de la plupart des metteurs en scène du Nouvel Hollywood, résolument orienté vers le passé. La Prohibition et l’essor de la criminalité américaine des années 1930 avec Public Enemies, le flegme et l’indéfectible assurance des années 80 et décapotables avec Miami Vice, le renouveau du polar vengeur avec Heat ; autant d’itérations tendant à prouver que le cinéaste américain se plait à éluder par le biais de genres iconique du cinéma, des histoire, qui une fois passés sous son scope, ultra-réaliste et détaillé – ses deux marques de fabriques – se démarquent clairement de la mêlée visuelle mondiale. Autant chantre de l’image – comme en atteste sa clairvoyance d’avoir été l’un des premiers à filmer avec une caméra numérique (Collateral) – que figure patriarcale du cinéma américain, sa carrière en dent de scie, n’en a pas moins altéré son envie de raconter des histoires, comme le prouve son retour avec Hacker (Blackhat), passé pourtant à la trappe, faute d’une conjoncture schizophrène voyant les super-héros accaparer le devant de la scène et le hack de Sony Pictures réveiller dans l’inconscient collectif l’intérêt pour les dangers que représente aujourd’hui la technologie.
La réminiscence d’un grand cinéaste.
A l’aune d’une société devenue interconnectée et dont la technologie fait désormais partie intégrante, il demeurait mystérieux, si ce n’est anecdotique, de ne voir pulluler sur les écrans cette race de films ou l’ordinateur et ses méandres nébuleux pouvait constituer l’atout principal. En effet, peu de films se sont risqués sur les pentes de la cybercriminalité, notion fluette, insaisissable et finalement très peu cinégénique. Une tare qu’Hacker a semblé vouloir corriger mais d’une bien maladroite manière.
Pionnier du cinéma de l’avant-garde, le choix de Mann constituait aux premiers abords un choix résolument énigmatique, tant sa dextérité visuelle et psychologique ne coïncidait que très moyennement avec l’image haletante, complexe et sinueuse du cyber-thriller. Pourtant, dès la scène d’ouverture, Mann, sans doute désireux de fédérer le public acquis à sa cause, décide d’opérer avec la maestria qu’on lui connait un tour de force visuel bluffant, en filmant un acte cybercriminel d’un point de vue informatique. Diodes illuminées, flots de données filant à travers un dédale noirâtre, on s’enfonce alors à travers l’infiniment petit d’autant de composants d’un banal ordinateur soudain devenu le lieu de théâtre d’un acte criminel, en l’espèce la destruction d’un réacteur nucléaire.
Sobre et classieuse, cette introduction hautement immatérielle et versant dans le plus pur formalisme laissait augurer un spectacle disséquant avec brio cette peur et cette perte de contrôle, revendiqué par son metteur en scène et portée jusque sur l’affiche. Pourtant, à bien des égards, force est de constater que cette ouverture ne constitue que la réminiscence du cinéaste, ayant sans doute perdu son aura et son mojo au fil des années.
Un techno-thriller nébuleux très passéiste.
Car si il demeure évident que la filmographie de ce metteur en scène perdurera à travers les générations, autant pour son univers visuel que son hyper réalisme, Hacker ne constituera toutefois qu’un bien maigre jalon en son sein, tant l’entièreté du propos semble dénoter un désintérêt ou une absence de compréhension aberrante, chose impensable quand on connait la minutie légendaire du bonhomme. Car oui, le seul véritable problème se posant avec Hacker est son scénario. Convenu, empli de propos virant à la lapalissade obséquieuse ou au cliché le plus sommaire, la trame semble comme engoncée, tiraillée entre le désir de Mann d’emballer un thriller rondement mené et annihilant une partie de la concurrence, et celle de se muer en parangon des dangers d’Internet. Il demeure dès lors d’autant plus regrettable de voir ce vétéran tenter d’explorer les méandres de ce milieu cybercriminel, là où certains n’auraient esquissé qu’un simulacre facétieux, pour finalement en tirer une histoire aux enjeux certes relativement contemporains mais au déroulement assez prévisible.
Hacker n’étant finalement pas le grand film attendu sur la prédation technologique ou la solitude de l’humain 2.0, il n’en demeure pas moins une œuvre manienne dans le plus pur style du genre. Mise en scène au cordeau, tantôt hypnotique et atmosphérique éludant avec une maestria folle les différents acteurs de cette enquête nébuleuse, elle est aussi le parfait réceptacle pour le héros mannien, être fantomatique aux chimères dévastatrices et dont le mutisme et l’assurance sans borne de Chris Hemsworth, débarrassé de sa redingote baroque et chevaleresque de Thor, rendent pleinement justice.
Se démarquant aisément des productions actuelles par son rythme multipliant les ruptures de tons, entre hypnose, contemplation et violence vengeresse, Hacker parvient parfois à se payer le luxe d’égaler les meilleures itérations maniennes, notamment par le biais de sa construction, transformant par paliers une énigme abstraite en une confrontation viscéralement brutale. Au début, Hathaway et l’équipe d’enquêteurs n’ont que leurs claviers et leurs écrans pour identifier un criminel insaisissable. Mais au fil de l’enquête, la réalité finit par imbiber le récit avant d’exploser avec une force de plus en plus percutante. Il y a d’ ailleurs dans ce parcours une forme de fatalité apparemment régressive qui mène du collectif à l’individuel, de la pureté technologique à la barbarie primitive, du défi virtuel à une confrontation quasi biblique, tourné là encore comme une forme d’hommage au cinéma, tant l’affrontement des deux Némésis rappelle avec une certaine insistance les relents fantomatiques du western.
Loin du ratage complet annoncé ou du techno-thriller visionnaire attendu, la dernière itération mannienne, toujours construite à travers une dualité oscillant entre réalisme documentaire et dramaturgie classique, prouve une fois de plus que Mann, non désireux de travestir son style pour accrocher aux modes de l’époque, préfère capter un sujet pour en user de manière passéiste, illustrant cette aura fantomatique et délibérément vintage entourant le metteur en scène.
Hacker – Bande-annonce #2 VOST
Hacker (Blackhat) : Fiche Technique
États-Unis – 2015
Réalisation: Michael Mann
Scénario: Morgan Davis Foehl, Michael Mann
Interprétation: Chris Hemsworth (Nick Hathaway), Tang Wei (Chen Lien), Viola Davis (agent Carol Barrett), Ritchie Coster (Kassar), Holt McCallany (agent Jessup), Yorick van Wageningen (« Le Boss »), Wang Leehom (Chen Dawai), Andy On (Insp. Alex Trang)…
Image: Stuart Dryburgh
Montage: Joe Walker, Stephen E. Rivkin, Jeremiah O’Driscoll, Mako Kamitsuna
Musique: Harry Gregson-Williams, Atticus Ross
Producteur: Thomas Tull, Michael Mann, Jon Jashni
Production: Legendary Pictures Production, Forward Pass
Distributeur: Universal Pictures International France
Genre: Thriller, Action
Date de sortie: 18 mars 2015
Durée: 2H13
Après deux jours de conférences, de tables rondes et de projections consacrées à la production web, la 6ème édition du Web Program Festival s’est terminée ce mardi 17 mars par la remise des prix du jury professionnel et du public. Les créateurs du web étaient nombreux dans la grande salle du magnifique Théâtre du Gymnase, et parmi eux, les rédacteurs Cinéseriesmag, à la recherche des nouveaux talents de la toile.
Le festival est encore jeune et fier de l’être : son fondateur Jean Cressant, fut le premier à créer en 2010 un festival dédié uniquement aux programmes du web. Depuis, le Web Program Festival a bien grandi, accueillant cette année 450 professionnels et 170 programmes dans des catégories extrêmement variées. La remise des prix fut donc longue, au vu du nombre de catégories à récompenser : au total, vingt-et-une distinctions ont été remises à des créateurs parfois timides, souvent émus face à la reconnaissance de leur travail. Vu le nombre de prix décernés, la rédaction vous livre le nom des vainqueurs des prix web-fiction, web-humour et web-documentaire. La liste complète des prix est disponible en ligne.
CATÉGORIE WEB-FICTION
Prix du public : Typique, écrite et réalisée par Lionel Delhaye, Benjamin Torrini et Jérome Dernovoi
Typique, c’est une websérie sur la vie d’étudiants, parfois au bord de la crise d’angoisse, de nerfs, de foie ou… de fou-rires !
Prix de jury : Vestiaires libérés, écrite par Maxime Potherat, Adda Abdelli et Fabrice Chanut
Les deux créateurs de Vestiaires (diffusée sur France 2) présentent « Les Handis dans l’Histoire ». Chaque module de 3 minutes met en scène, avec humour et décalage, des figures symboliques de la Grande Histoire (Jeanne d’Arc, le Roi Arthur, Jésus) ou des héros tout aussi célèbres tirés du vaste patrimoine des contes (La Belle au Bois Dormant, le Chat Botté), face à un personnage handicapé dont la présence va détourner le cours du récit dans lequel il intervient.
CATÉGORIE WEB-HUMOUR
Prix du public : Le Stagiaire, écrite par Gui-Home, d’après une idée originale d’Alexandre Gendebien et réalisée par Thomas François.
Le Stagiaire met principalement en scène Gui-Home, en jeune stagiaire faussement naïf, et son maître de stage atypique. Au travers des échanges truculents de ce duo de cinglés, c’est toute la vie de la société Import d’export qui défile. Jusqu’à ce que…
Prix du jury : La débande/Les terroristes du quotidien, réalisée par William S. Touitou.
Capturer façon faux documentaire des moments où une personne se montre agaçante sans en avoir conscience. Nous appelons ces personnages « Les terroristes du quotidien ». On a tous été confrontés à l’un de ces personnages : une personne qui se colle aux autres dans les files d’attente, une autre qui corrige toutes les fautes de français, un ami qui ne prend jamais parti… Un programme qui peut se renouveler à l’infini ! Puisque la réserve de casse-couilles se remplit jour après jour…
CATÉGORIE WEB-DOCUMENTAIRE
Prix du public : Unité 9 Le Webdocumentaire, écrit et réalisé par Hélène Choquette
Un webdocumentaire créé à la suite du succès de la série TV Unité 9 centrée sur le milieu carcéral féminin diffusé sur la chaîne Radio-Canada.
Unité 9 le webdocumentaire vous propose d’entrer dans l’univers de 13 détenues et ex-détenues. Par le biais de capsules vidéo intimistes, de photos inspirantes et de statistiques saisissantes, vous avez accès à l’univers de ces femmes qui se confient et parlent de leurs expériences familiales. Découvrez leurs récits touchants en parcourant ce documentaire interactif et immersif. Avec son contenu riche en émotions, le webdocumentaire d’Unité 9 ne vous laissera pas indifférent.
Douze femmes âgées entre 30 et 68 ans témoignent dans Unité 9 le webdocumentaire. L’une n’a purgé que trois mois entre les murs. Quatre d’entre elles purgent des sentences à vie.
Prix du jury : Les Résistances, écrit et réalisé par Jan Vasak et Julie Perreard
Chaque région a son histoire de la Résistance portée par des héros inconnus. Pour la première fois, une plateforme interactive et pédagogique donne la parole à ces derniers témoins de l’armée des ombres et explore les fonds d’archives historiques.
Bien sûr, la rédaction CSM a aussi eu son coup de cœur, qui a sans surprise remporté le prix du jury dans la catégorie web-sport/aventure/tourisme. Ce coup de cœur, c’est Une fille qui boxe, écrit et réalisé par deux jeunes auteures Marion Poussier et Lucie Geffroy. Il s’agit d’un court documentaire découpé en « rounds » puisqu’il suit les étapes de l’entraînement intensif de Cyrielle Girodias, championne du monde de boxe française en 2013. Marqué par une réalisation tout en sensibilité et en finesse, une surimpression de l’image et de son qui permet au spectateur de ressentir l’effort physique et l’abnégation que demande une pratique sportive de haut niveau, la rédaction n’a eu d’yeux que pour cette fille qui boxe.
A 54 ans, Julianne Moore obtient enfin l’Oscar de la meilleure actrice qu’elle méritait tant depuis longtemps. Elle l’aurait mérité (ne serait-ce que pour un second rôle) dans Magnolia, Loin du Paradis, The Hours, ou même The Big Lebowski.
Synopsis : La vie d’Alice Howland, éminente professeur de linguistique, heureuse en couple et mère de trois enfants épanouis, est transformée le jour où sa mémoire commence à flancher. Rapidement, son neurologue lui diagnostique une forme précoce et héréditaire d’Alzheimer. Sa vie et ses relations avec ses proches vont dès lors n’être régies que par sa décrépitude mentale.
En fait, depuis le film qui l’a révélé, il y a tout juste vingt ans, Safe, où elle interprétait…. une mère de famille en proie à la maladie. De là à dire qu’elle a connu sa consécration grâce à une redite d’un ancien rôle, il n’y a qu’un pas. Mais attention, que l’on ne s’y méprenne pas : Julianne Moore a largement mérité son Oscar ! Même si Rosamund Pike (l’autre grande favorite) était bluffante de froideurGone Girl, la façon dont Julianne Moore incarne cette femme en perte de repères, sur le plan physique comme affectif, est sidérante de justesse.
En plus de la performance indiscutable de son héroïne, le reste du casting est correct et participe à la compassion et à la délicatesse de la situation tragique. Dans un rôle de mari désarçonné par l’état de sa femme, Alec Baldwin est parfait dans sa façon de jouer de son aspect monolithique pour incarner une force fragile dont on n’arrive jamais à pleinement approuver les choix. Parmi les trois enfants d’Alice, on n’en retient qu’une : Kristen Stewart qui, après Sils Maria et le césar qu’il lui a valu, en a définitivement fini avec le boulet Twilight qu’elle traînait. Pour ce qui est des autres personnages secondaires, on pourra toujours regretter qu’ils ne soient pas davantage exploités. Le travail effectué par le duo de réalisateurs est à double tranchant. Si la plupart des cinéastes peu expérimentés auraient fait de ce sujet une œuvre lacrymale, reposant uniquement sur des grosses ficelles scénaristiques et formelles pleurnichardes, Richard Glatzer et Wash Westmoreland ont réussi à éviter la surenchère de pathos tant redoutée (hormis peut-être dans l’usage des musiques) pour se concentrer sur leur personnage. Toutefois, leur mise en scène, à défaut d’un traitement astucieux de la question de la perte de mémoire, n’a rien de personnel, non pas qu’il ait fallu être aussi radical que Memento mais plutôt subtil comme Loin d’elle, qui traitait du même sujet. La narration très linéaire appuie le sentiment d’assister à un film très démonstratif (ses détracteurs le réduiront certainement à une campagne de collecte de fonds pour la recherche médicale du cerveau !). La mort du coréalisateur Richard Glatzer juste avant la sortie française du film, et surtout le fait d’apprendre qu’il souffrait de la maladie de Charcot, participe au bien-fondé du propos et à la charge émotionnelle du long-métrage.
Certaines scènes (les repas en famille et surtout le discours à la conférence) resteront dans les mémoires comme des moments de cinéma bouleversants, tandis que d’autres passages sembleront anecdotiques, voire plombants, mais l’ensemble du film est, grâce à son actrice, parfaitement réussi dans sa mission de sensibilisation à la détresse des personnes atteintes d’Alzheimer. Sans doute Still Alice aurait-il largement gagné à développer davantage sa dernière partie, celle où Alice n’a personne d’autre à qui parler que la elle-même d’avant (Alice la linguiste aurait désapprouvé cette formulation d’ailleurs), afin d’approfondir le drame de la perte d’identité. Quoi qu’il en soit, voir ainsi cette femme tout perdre est quelque chose d’aussi poignant que terriblement effrayant, de quoi faire naître une réelle phobie du trou de mémoire !
Still Alice : Bande annonce
Still Alice : Fiche Technique
Réalisation: Richard Glatzer, Wash Westmoreland
Scénario: Richard Glatzer, Wash Westmoreland d’après: le livre Still Alice de: Lisa Genova
Interprétation: Julianne Moore (Alice), Kristen Stewart (Lydia), Kate Bosworth (Anna), Alec Baldwin (John), Hunter Parrish (Tom), Shane McRae (Charlie Howland-Jones), Seth Gilliam (Frederic Johnson), Victoria Cartagena (Prof. Hooper)
Image: Denis Lenoir
Décor: Tommaso Ortino
Costume: Stacey Battat
Montage: Nicolas Chaudeurge
Musique: Ilan Eshkeri
Producteur: Lex Lutzus, James Brown, Pamela Koffler
Production: Lutzus-Brown, Killer Films, Big Indie Pictures, Shriver Films
Distributeur: Sony Pictures Releasing France
Genre : Drame
Durée: 99 minutes
Date de sortie: 18 mars 2015