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Frankenweenie, un film de Tim Burton – Critique

1984 : Tim Burton, alors jeune cinéaste de 26 ans réalise son septième film, un court métrage d’une trentaine de minutes intitulé Frankenweenie.

Synopsis : Victor Frankenstein vit avec sa famille et son chien dans une banale banlieue américaine et se passionne pour les sciences. Lorsque son chien Sparky est écrasé par une voiture, Victor tente tout pour le ramener à la vie.

Tim Sans Burton

Plus c’est long plus c’est bon…vraiment ?

Ce court, assez réussi mais encore éloigné de l’univers en devenir de cet enfant terrible, pose déjà les jalons de ce que sera demain son cinéma : une transposition dans nos sociétés modernes des mythes et des peurs ancestrales qui hantent l’humanité depuis qu’elle sait avoir peur. Transposition qui ici, à travers des acteurs comme Barret Oliver (L’Histoire Sans Fin) ou Shelley Duvall (Shining), ne revêt pas toute la subversion et l’irrévérence à venir d’un réalisateur, qui fera de la banlieue américaine moyenne sa cible privilégiée.

Garanti avec édulcorants

2012 : Tim Burton, alors moins jeune réalisateur de 54 ans, réalise son 25ème film (télévision comprise), transformant le court-métrage Frankenweenie en un long-métrage d’animation. Loin de réadapter son œuvre initiale, Tim Burton en reprend trait pour trait le canevas (parfois au plan près) et l’étire à l’infini pour n’en faire qu’une (pâle) copie, en plus long, perdant au passage la sincérité artisanale du court. Une copie certes, mais passée par le filtre des studios Disney, spécialistes reconnus des édulcorants cinématographiques, convaincus qu’ils semblent être, depuis des décennies, qu’il ne faut surtout plus faire peur aux enfants.

Politiquement correct

Même s’il y avait un côté rassurant à voir Burton tenter de se réapproprier une œuvre de jeunesse, le fait qu’en cette année 2012 sa carrière de cinéaste de génie semble n’être qu’un souvenir s’arrêtant à Sleepy Hollow (et peut-être à Sweeney Todd) prend le dessus sur les intentions du cinéaste, dont les thématiques semblent tourner en rond. Car Tim Burton bégaye (aux sens propres et figurés) ici son cinéma, qui a perdu une partie de ce qui en faisait l’intérêt : la subversion. Plus que ses références gothiques, son univers fantastique et ses personnages « à la marge », c’est cette critique féroce et sans concession d’une Amérique sclérosée, qui le caractérisait. Il avait (et a surement encore) en horreur cette banlieue américaine aux gazons bien taillés, aux maisons identiques et alignées sans que rien n’en dépasse, et surtout pas les idées ou les opinions de leurs occupants. Ces soi-disant « communautés » où la solidarité n’existe que si on la mérite.

Monstres & Cie

Frankenweenie version 2012, ne fait qu’effleurer cette banlieue, déjà disséquée dans d’autres de ses films mais ici simplement montrée, sans que rien de politiquement incorrect n’en ressorte réellement. C’est bien une galerie de monstres qui peuple ce film, mais aux caractères devenus consensuels et, surtout, qui ne font plus peur à personne. Tim Burton n’est plus le seul à la critiquer, cette société américaine qui est, depuis, passée du nombrilisme à l’autopsie. De ce point de vue, Frankenweenie n’apporte rien de neuf, reprenant, sous prétexte de les critiquer, des personnages qui sont devenus des clichés : le méchant voisin, le génie incompris, le copain jaloux, la voisine commère. Dans le fond, il tente de nouveau l’impertinence, certainement avec sincérité, mais oublie de se renouveler et surtout, d’être cruel.

Le blanc et le noir

Il n’y a guère que par sa forme que Frankenweenie est une réussite. L’animation est sans faille, sans pour autant tomber dans l’esbroufe propre aux studios à la souris, ni dans le « déjà vu ailleurs », à part chez Burton et en cela, il arrive à conserver une certaine authenticité. Il livre un noir et blanc superbe et des personnages aux faciès, même pour les plus « normaux » d’entre eux, qui n’inspirent certainement pas confiance et affichent un potentiel criminel certain. En cela la scène finale, proche des premiers Godzilla, restera sans doute la plus savoureuse en permettant à Burton de faire, pendant un instant, ce qu’il fait le mieux : prendre un univers et le torpiller comme un sale gosse.

Quand la musique est moins bonne

En revanche Danny Elfman, compositeur et complice de Tim Burton, rate à moitié sa partition. Sa bande-originale colle parfaitement au film, à l’univers dépeint et aux scènes qu’elle accompagne, mais le problème est justement là : elle ne fait qu’accompagner. Danny Elfman oublie de faire de sa musique une actrice du film, de faire que le film ne puisse se passer d’elle. Il ne lui donne pas de personnalité, si ce n’est quelques sonorités qui ont fait les beaux jours (et les belles nuits) de Batman. Le problème de Danny Elfman est qu’il signe ici une bande certes originale, mais en oubliant de lui donner ce qui fait qu’elle serait devenue mémorable : un thème.

American way of Tim

Les fans les plus durs affirment que Tim Burton s’est embourgeoisé, il y a certainement un fond de vérité depuis qu’il a commencé à travailler pour Disney, chacun comprenant qu’il s’agissait d’une mauvaise nouvelle. Sa copie de Frankenweenie ne donne pas ce coup de pied au derrière habituel. Il y a comme toujours des idées (de sombres idées), des trouvailles en pagaille, mais exploitées par un Tim Burton rattrapé par la jeune génération (probablement fan), qui ne trouve plus comment garder son originalité et donc, se démarquer. Frankenweenie, s’il ne l’avait pas réalisé, aurait certainement été mieux considéré et n’aurait pas souffert la comparaison avec la flamboyance de Sleepy Hollow ou la poésie macabre d’Edward Aux Mains d’Argents, marqueurs de cette époque où Tim Burton se moquait, très ouvertement et sans crainte aucune, d’une partie de ses compatriotes. Aujourd’hui, c’est de lui-même dont il semble se moquer.

Bande annonce : Frankenwenie

Frankenwenie – Fiche Technique

Réalisateur : Tim Burton
Musique : Danny Elfman
Production : Tim Burton & Allison Abbate
Sociétés de production : Walt Disney Pictures, Tim Burton Productions
Montage : Chris Lebenzon
Décors : Rick Heinrichs
Direction artitique : Denis Greco
Durée : 83’
Voix françaises : Henri Bungert, Pierre Tessier, Rafaèle Moutier, Kelly Marot, François Siener

Auteur : Freddy M.

Dark Shadows – Un film de Tim Burton – Critique

Synopsis: En 1752, Joshua et Naomi Collins quittent Liverpool, en Angleterre, pour prendre la mer avec leur jeune fils Barnabas, et commencer une nouvelle vie en Amérique. Mais même un océan ne parvient pas à les éloigner de la terrible malédiction qui s’est abattue sur leur famille. Vingt années passent et Barnabas a le monde à ses pieds, ou du moins la ville de Collinsport, dans le Maine. Riche et puissant, c’est un séducteur invétéré… jusqu’à ce qu’il commette la grave erreur de briser le cœur d’Angelique Bouchard. C’est une sorcière, dans tous les sens du terme, qui lui jette un sort bien plus maléfique que la mort : celui d’être transformé en vampire et enterré vivant.
Deux siècles plus tard, Barnabas est libéré de sa tombe par inadvertance et débarque en 1972 dans un monde totalement transformé…  

Une famille dispensable.

Autrefois adulé pour son imaginaire délirant, Tim Burton finit par subir le lot de tout réalisateur au style trop marqué, il lasse son public. Les succès de Beetlejuice et Batman sont loin derrière et le voici dans une position inconfortable et paradoxale. D’un coté le public réclame du changement, de l’évolution, qu’il cesse de nous ressasser les mêmes univers manichéen et la même poésie macabre qui est devenue une caricature d’elle même. Mais de l’autre, les spectateurs veulent voir du Burton…donc du fantastique, du macabre, de l’humour et de la poésie. Difficile de les contenter, mais avec Dark Shadows, le réalisateur tente tout de même la carte de la réinvention en essayant de ne pas renier son style. De ce jeu d’équilibriste découle un film bancal, où les bonnes idées se confrontent aux erreurs de jugement les plus agaçantes.

Adapté d’un soap opéra gothique culte aux états-unis, l’histoire suit les aventure de la famille collins dans les années 60, qui tente de sortir de la ruine, tandis que leur ancêtre Barnabas, vampire de son état, revient du passé pour les aider. Le premier écueil que Burton n’a pu éviter est justement l’importance donné à ce personnage, incarné une fois de plus par son alter-ego Johnny Depp. Barnabas Collins est un personnage charismatique, et Depp s’en sort plutôt bien dans le rôle, mais il aurait été judicieux de centrer un peu moins l’intrigue autour de sa personne, car pour une chronique familiale, le reste du clan n’est pas très représenté et surtout dépend complètement des action du patriarche. Problème d’argent ? Barnabas à un trésor caché. Soucis syndical ? Barnabas hypnotise le prolétaire moyen d’un geste de la main. Tout les soucis de la famille sont résolu d’un claquement de doigt et aucun obstacle ne semble faire défaut au vampire, ce qui est problématique lorsqu’il s’agit de créer une tension dramatique. Johnny Depp peut faire toutes les grimaces qu’il veut, s’il n’a pas de point faible, on ne peut s’inquiéter pour lui. Même sa propulsion du XVIéme siècle au Xxéme ne semble pas l’incommoder plus que cela. Sa seul faille, c’est ça libido légèrement hors de contrôle, mais là encore on ne peut le suivre dans ses aventures. Alors qu’il ne cesse d’évoquer l’amour de sa vie qu’il cherche à retrouver, ré-incarné dans le corps de victoria la nouvelle gouvernante, rien ne l’empêche de se taper tout ce qui bouge dans le voisinage. Comment croire que son amour est sincère ? Le personnage cumule finalement plus de défauts que de qualités (il est arrogant, peu enclin à l’empathie…) ce que le rend finalement assez détestable.

Cela aurait pu fonctionner (on à tous un papy ou un oncle un peu aigri) à condition de contrebalancer ce caractère atypique par au moins un autre personnage plus positif. Mais non, La matriarche est manipulatrice et froide, même s’il on peut admettre que Michelle Pfeiffer ne se lasse jamais démonter par le cabotinage de Johnny Depp. La fille (Chloé Moretz) correspond à tout les clichés de l’ado rebelle etc… Bref la famille Collins n’est pas vraiment recommandable, et en aucun cas attachante. Leur seul objectif est de retrouver leur fortune perdue (on a rarement vu plus égoïste et auto-centré comme projet), ils n’ont que faire de leurs employés, de leur ville, ou du monde. Tout ce qui compte, c’est la famille, et rien ni personne ne doit s’immiscer dans leur univers. Là où la famille Adams nous présentait un clan macabre mais extrêmement joyeux, Dark Shadow nous offre leur envers sinistre et peu sympathique. Amusant au début, mais on espère une évolution, voir ces personnages révéler des facettes méconnue et devenir attachant…et quel gâchis ! Chaque fois que l’on espère voir un personnage se révéler, il est évacué aussi sec, comme l’oncle Roger qui disparaît à la moitié du film, sur ordre de Barnabas, qui ne cesse de recentrer l’intrigue sur lui.

Le seul enjeu de taille passe par la sorcière Angélique, bombe sexuelle un peu trop possessive. Interprété avec malice par une Eva Green en pleine forme. Antagoniste principal du film, son seul objectif est de détruire Barnabas et sa famille. Et une fois de plus on ne comprend pas l’obsession généralisée pour le vampire. Pourquoi, après 400 ans, est-elle toujours obsédée par son amour pour Barnabas ? Cela parait peu logique. Si leur confrontation fait des étincelles (notamment lors d’un coït mémorable et furieux), on reste déçu que leur histoire commune fasse de l’ombre à tout les autres personnages. On aimerait en savoir plus sur la fille mal dans sa peau, et son état de loup-garou (que le film révèle dans son final par un twist aussi crétin que prévisible), sur l’oncle Roger, sur Victoria la gouvernante… Mais non, tout les regards sont sans cesse redirigés vers Barnabas. Tout tourne autour de lui, et seulement lui, ce qui est l’un des principaux reproche que l’on peut faire sur la collaboration Burton-Depp. Mettre ce personnage en retrait aurait véritablement marqué la différence, et diviser équitablement l’intrigue entre tout les protagonistes aurait relevé le niveau du film de plusieurs crans.

Mais même si le film pêche principalement par son scénario bancal, il reste tout de même pas mal de bonne choses à récupérer. L’esthétique du film est toujours aussi cohérente et léchée (un beau film gothique c’est de plus en plus rare ne boudons pas notre plaisir) et l’imaginaire Burtonien est toujours là. On ne peut qu’être admiratif devant ce fantôme à l’aspect aqueux et la désarticulation d’Angélique, poupée de porcelaine qui se fissure, est une image à la fois poétique et angoissante qui ne laisse pas de marbre. Le film est également ponctué de scènes d’horreur pure (lorsque Barnabas se nourrit) particulièrement efficaces, tandis qu’en opposition l’humour burlesque et parfois un peu potache fait toujours mouche. Porté par les mélodie des Carpenters, Moddy Blues, Barry White et Alice Cooper, Dark Shadow entretient une ambiance plus rock qu’a l’accoutumée, offrant des moments musicaux de toute beauté. Ce n’est pas le retour triomphant de Burton que l’on attendait, mais les germes du renouveau semblent êtres là, et Dark Shadow, plus que tout autre film du réalisateur, mérite une suite capable de corriger les défauts de ce premier film.

Dark Shadows – Bande Annonce Officielle (VOST)

Dark Shadows : Fiche Technique

Titre français : Dark Shadows
Titre québécois : Ombres et ténèbres
Réalisateur : Tim Burton
Scénario : Seth Grahame-Smith, d’après les personnages créés par Dan Curtis
Décors : Rick Heinrichs
Costumes : Colleen Atwood
Photographie : Bruno Delbonnel
Montage : Chris Lebenzon
Musique : Danny Elfman
Production : Graham King, Christi Dembrowski, Johnny Depp, David Kennedy et Richard D. Zanuck
Sociétés de production : Village Roadshow Pictures, GK Films, Infinitum Nihil, The Zanuck Company
Société de distribution : Warner Bros.
Budget : 150 000 000 $2
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – son stéréo, DTS, Dolby Digital — 35 mm
Genre : comédie horrifique, fantastique
Dates de sortie :
Belgique,France : 9 mai 2012
Canada,États-Unis : 11 mai 2012

 

Rétro Burton : Alice au Pays des Merveilles, Critique

Adepte d’une filmographie compilant autant d’univers macabres que poétiques, résultant d’une vénération quasi papale pour les monstres, Tim Burton constitue à lui seul un étonnant paradoxe. Celui que de voir un réalisateur doté d’une carrière riche et résolument gothique attestant d’un anticonformisme délirant à l’heure de la culture mainstream, pourtant tutoyer les cimes du box-office.

Synopsis: Alice, désormais âgée de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu’elle a découvert quand elle était enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s’embarque alors dans une aventure extraordinaire où elle accomplira son destin : mettre fin au règne de terreur de la Reine Rouge.

Une relecture sombre et adulte du classique de littérature de Lewis Carroll.

Un chantre de la bizarrerie et du gothisme.

Postulat somme toute étrange à l’heure ou le didactisme hollywoodien semble comme engoncé dans une spirale mercantile, mais qui permet de mieux cerner le bonhomme, dégageant une prestance devenue légendaire faite d’un code vestimentaire ou tenue noire et lunette kitsch se mêlent, accentuant derechef l’aspect décalé de cet esprit embrumé.

Vous l’aurez compris, Tim Burton est comme un flocon de neige. Unique, versatile, indépendant. Un facétie que le principal intéressé n’a jamais cessé d’alimenter au gré d’une filmographie sacralisant plus que jamais son credo, fait de fantastique et de merveilleux et qui une fois de plus se retrouve employé ici avec une relecture sombre et tourmenté du classique de littérature anglaise de Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles.

Qui oscille entre constance et réinterprétation.

Ayant provoqué un retentissant tollé sur la toile, l’annonce de Tim Burton comme réalisateur de la nouvelle adaptation en date d’Alice au Pays des Merveilles, passé la surprise, paraissait pourtant teinté d’une logique édifiante. Malgré la crainte légitime de voir cette œuvre, maintes et maintes fois portés sur le grand et le petit écran, scarifié par la mise en scène gothique de son auteur, l’annonce soulevait aussi un vent d’espoir, que celui de voir enfin un univers littéraire connu de tous pleinement assumer son absurdité et sa bizarrerie et ne pas succomber aux excès de ringardise et de kitsch comme l’avait été ses précédentes transcriptions.

Car, à bien des égards, l’histoire et l’univers d’Alice jouissent d’une certaine absurdité chronique. Une jeune fille curieuse, un lapin blanc à la montre de gousset, des flamands comme canne de cricket, et un monde ou la taille varie selon l’ingestion d’une boisson ou d’un gâteau ; autant d’éléments tendant à appuyer le qualificatif merveilleux et propres à réveiller les souvenirs d’enfance de chacun, initiateurs du roman originel.

Un background enfantin, qu’à pourtant voulu effacer Burton en usant de son approche sombre comme à l’accoutumée, pour esquisser ce qui constitue alors une sorte de suite à l’œuvre de Carroll, en la baignant notamment d’un relent psychologique nettement plus adulte, et en transformant la frêle héroïne du roman en une jeune femme quasi frondeuse, et loin de la bonhomie quasi artificielle des précédentes interprètes de cette blonde iconique.

Mais qui opère une certaine banalisation du mythe.

Une transcription audacieuse auquel fait écho la première scène du film, qui, montrant des gentlemen’s à l’époque victorienne, semble indiquer que Burton, malgré la féerie que son style véhicule, préfère baigner cette icône de la littérature dans une société en tout point banalisée, pour se dissocier de la veine puérile jusque alors échue au roman. Surprenante, mais subtile, cette amorce ne sert qu’à amener, le principal protagoniste du film, une certaine Alice.

Devenue une jeune femme douce, fragile quoique frondeuse – en somme radicalement différente de l’image idéalisée par Disney-  évoluant dans un monde engoncé dans ses traditions et promise à un mariage auquel elle ne tient, autant pour la rigueur que cela entraîne que par la laideur de son parti, lord londonien à l’intelligence présumée faible, Alice semble animé par la même curiosité du roman que de connaitre un monde sans diktat ou autres conventions à laquelle elle devrait se plier.

Par peur, sans doute celle du monde réel et de son trop grand formalisme, Alice s’enfuit à la poursuite du fameux lapin blanc et se retrouve finalement dans ce monde merveilleux dont elle a rêvée autrefois. Un monde qui a bien changé et qui vit sous le régime quasi despotique de la Reine Rouge (Helena Bonham Carter), qui à l’instar des anciens Roi de France habite dans l’opulence et fait régner la Terreur ; terreur qui selon une obscure prophétie, se verrait renversée par Alice.

Sans toutefois renoncer à son style.

Qu’on se le dise, espérer une itération burtonienne d’Alice au Pays des Merveilles, sans retrouver ses traditionnels gimmicks aurait été invraisemblable. Sans doute aussi inintéressant, puisque Burton de par son nom constitue un style, une patte indéniable précisément désirée par Disney. Et en ce sens, de par son approche allant résolument à contre-courant, Burton surprend tout en étant constant, car tout en conservant la sève du roman, il s’amuse à la scarifier par petits à-coups bien sentis et toujours aussi jubilatoire.

Univers mortifère et quasi apocalyptique, baignée par une noirceur et un ton grisâtre, personnages véhiculant une part de folie délirante (allant de la folie inhérente au personnage du Chapelier Fou, admirablement interprété par « la muse » de Burton, Johnny Depp à la folie extravagante de la Reine Rouge), récit initiatique et psychologique, autant dire que le matériau d’origine se retrouve travesti par Burton. Une modification qui à bien des égards peut prêter à confusion, mais qui sied parfaitement à cet univers absurde tant le metteur en scène a su bien s’entourer (Anne Hathaway, Christopher Lee, Alan Rickman, Michael Sheen) et dote son film (presque entièrement tourné sur fond verts) d’un univers psychédélique barré, baroque et très chevaleresque, accentuant une fois de plus l’ambition de l’œuvre que celle de dépeindre non pas une virée dans les méandres des rêves et des espoirs perdus, mais davantage une escapade dans les tréfonds de l’apprentissage, de l’éveil à l’âge adulte.

Quoique peut-être légèrement plus populaire qu’à l’accoutumée, Burton, opère ici la plus parfaite démonstration de son talent créatif, mais pèche sans doute par un ton et un phrasé beaucoup plus convenus que ses précédents films qui osaient compiler autant plaisir des yeux que bizarrerie chronique.

Alice au Pays des Merveilles : Fiche Technique

Titre orignal: Alice in Wonderland
États-Unis – 2010
Réalisation: Tim Burton
Scénario: Linda Woolverton d’après: les livres de: Lewis Carroll
Interprétation: Johnny Depp (le Chapelier Fou), Mia Wasikowska (Alice), Matt Lucas (Tweedledee et Tweedledum), Helena Bonham Carter (la Reine Rouge), Anne Hathaway (la Reine Blanche), Crispin Glover (Ilosovic Stayne, le valet), Stephen Fry (voix du Chat du Cheshire), Michael Sheen (voix du Lapin Blanc), Alan Rickman (voix de la Chenille Bleue), Frances De La Tour (tante Imogène), Geraldine James (Lady Ascot), Eleanor Tomlinson (Fiona Chattaway), Lindsay Duncan (Helen Kingsleigh)…
Image: Dariusz Wolski
Montage: Chris Lebenzon
Musique: Danny Elfman
Producteur: Tim Burton, Richard D. Zanuck, Joe Roth, Suzanne Todd, Jennifer Todd
Date de sortie: 24 mars 2010
Durée: 1h49

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street : Critique

Sweeney Todd : Burton ou l’art du conte conte désenchanté 

Synopsis : Sweeney Todd, un barbier injustement envoyé en prison dont la vie de famille a été détruite, jure de se venger à sa sortie. De retour en ville pour rouvrir sa boutique, il devient le « Demon Barber of Fleet Street » qui « rase la gorge des gentilshommes dont on n’entend plus parler après »

Alors que les critiques s’acharnent sur le réalisateur et que tous pensent qu’il a perdu de son génie, Burton fait taire les médisants avec un excellent Sweeney Todd, Le diabolique barbier de Fleet Street. Une sanglante comédie musicale de Stephen Sondheim adaptée à l’écran par Tim Burton, qui nous présente un Londres charbonneux jubilant de personnages perfides et amers.

De la musique et des couleurs

C’est avant tout une comédie musicale, et les scènes chantés sont omniprésentes, toutes issues de l’oeuvre de Stephen Sondheim. Burton ne fera pas appel cette fois-ci à son acolyte de toujours Danny Elfman.`Les scènes chantées sont riches en émotions et en couleurs, on passe du Londres noir peuplé de vermines à chaque coin de rues au Londres en couleurs, nous sommes Sweeney Todd, nous sommes Benjamin Baker. La caméra peint à la couleur de l’âme du protagoniste, parfait anti-héros. La palette de couleurs reflète non seulement les différents moments de la vie de « Sweeney » mais aussi la perception qu’il a de son entourage. Optimiste en couleur, pessimiste en noir et blanc, la majorité du film est d’ailleurs en noir et blanc grâce au processus Digital Intermediate, afin de dépouiller l’oeuvre de la plupart de ses couleurs

Une ambiance Malsaine

Ce n’est pas un Londres où il fait bon vivre, entre damnés et indésirables, les riches qui déguisent à peine leurs vices « cachés » derrière un saupoudré de parfum. Dans cet univers malsain les scènes chantées, le jeu des acteurs et la stylisation burtonienne donnent un aspect comique et c’est là tout le talent du réalisateur. Il transcende le nihilisme par l’absurde, nous montrant comme des cannibales au sens propre.

Du grand Burton

Ce n’est pas une première pour Burton de faire dans le nihilisme mais il le fait bien. Accompagné de Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman et Sacha Baron Cohen, respectivement Benjamin Barker alias Sweeney Todd, Mlle Lovett, Le Juge Turpin et Pirell, le réalisateur a un casting de choix. On reconnait bien là Jonnhy Depp, toujours près à jouer des personnages à la santé mentale discutable avec une finesse remarquable, et on notera les similitudes qu’ont les 2 « adversaires » Turpin et Sweeney de négliger leurs entourages respectifs et d’être aveuglés pas leurs propres ambitions
En concoctant ce festin sauce sanguinolente, Burton retrouve sa fougue imaginaire, enchaîne avec enthousiasme les rebondissements, pour finalement laisser s’éteindre en chanson la passion de ce chef d’œuvre.

Sweeney Todd, le Diabolique Barbier de Fleet Street – Bande-Annonce (VF)

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street : Fiche Technique

Titre orginale: Sweeney Todd : The Demon Barber of Fleet Street
États-Unis – 2007
Réalisation: Tim Burton
Scénario: John Logan
d’après: la comédie musicale de: Stephen Sondheim, Hugh Wheeler
Interprétation: Johnny Depp (Sweeney Todd / Benjamin Barker), Helena Bonham Carter (Mrs Lovett), Alan Rickman (le juge Turpin), Timothy Spall (Beadle Bamford), Sacha Baron Cohen (Signor Adolfo Pirelli), Jamie Campbell Bower (Anthony Hope), Laura Michelle Kelly (la mendiante), Jayse Wisener (Johanna), Ed Sanders (Toby)
Image: Dariusz Wolski
Montage: Chris Lebenzon
Musique: Stephen Sondheim
Producteur: John Logan, Laurie MacDonald, Walter F. Parkes, Richard D. Zanuck
Genre:
Date de sortie: 23 janvier 2008
Durée: 1h35

Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton: Critique

Charlie et la Chocolaterie, un film éloigné de l’univers gothique qu’affectionne tant Tim Burton, le cinéaste noir

Synopsis : Charlie est un enfant issu d’une famille pauvre. Travaillant pour subvenir aux besoins des siens, il doit économiser chaque penny, et ne peut s’offrir les friandises dont raffolent les enfants de son âge. Pour obtenir son comptant de sucreries, il participe à un concours organisé par l’inquiétant Willy Wonka, le propriétaire de la fabrique de chocolat de la ville. Celui qui découvrira l’un des cinq tickets d’or que Wonka a caché dans les barres de chocolat de sa fabrication gagnera une vie de sucreries.

Tim Burton, connu pour ses films à la noirceur époustouflante et au macabre renversant, a aussi su réaliser Charlie et la Chocolaterie. D’ailleurs, pour certains, seul Tim Burton aurait pu réaliser ce film, car « le cinéaste noir » a su garder un pied dans le monde de l’enfance (peut-on parler de syndrome de Peter Pan ?). Lui seul pouvait porter à l’écran le best-seller de Roald Dahl, une histoire à la fois féerique et sombre, abordant les thèmes de la famille et de la solitude. Le cinéaste en fait un film personnel très sincère, qui nous transporte dans son univers, magique et poétique ! Et aussi étonnant que ce soit, on ressent dans certaines de ces scènes ses idées noires, jusque dans les séquences les plus colorées.

Burton a su saisir à pleine main l’acidité et la méchanceté du roman de Roald Dahl : les gamins, encouragés par leurs parents, courent après la bouffe, se gavent de compétition, boivent les images de leur télévision, sucent le sang d’un « daddy » qui cédera au moindre des caprices. Contrairement à un des enfants où le père de famille se contente de tourner des bouchons de dentifrice pour faire tenir debout la maison familiale qui penche dangereusement vers le sol. La demeure du chocolat, dont la clef n’est rien moins qu’un ticket d’or, devient alors dans ce film, une maison de correction pour enfants pas sages portant le nom de « Wonka », avec Willy Wonka en maître de maison, héros de l’histoire (ou presque), et personnage enfantin.

Tim Burton, qui retrouve pour la énième fois son acteur fétiche Johnny Depp, a réalisé un film familial cette fois-ci, loin de l’univers gothique qu’il affectionne tant d’habitude. Il en résulte alors une version originale où la magie et le rêve prennent vie grâce à cet univers si particulier. Une excellente mise en scène, avec des décors splendides, qu’ils soient en extérieur ou en intérieur (la gigantesque Chocolaterie Wonka par exemple), un énorme travail a été fait et cela se remarque très vite.

À l’intérieur de la chocolaterie, on croirait se retrouver au milieu d’un des décors du film Le Magicien d’Oz de 1939. En effet, les décors réalistes ou en images de synthèse apparaissent surréalistes. Pour l’anecdote : Les scènes ont principalement été tournées aux studios Pinewood, en Angleterre, et c’est tout un studio qui fut submergé par du chocolat liquide afin de les rendre crédibles. Des personnages attachants ou détestables (les fameux enfants conviés à visiter « l’usine à rêve »), l’interprétation des acteurs principaux est plus que parfaite, que ce soit Freddie Highmore (Charlie Buckett) ou l’épatant Johnny Depp (Willy Wonka). Burton a réussi une fois de plus un film, avec brio, grâce à un scénario passionnant, d’excellentes interprétations et, comme toujours avec le cinéaste noir, une superbe B.O composée par Danny Elfman.

Bande annonce : Charlie et la Chocolaterie

Fiche technique :  Charlie et la Chocolaterie

Titre original : Charlie and the Chocolate Factory
Pays d’origine : États-Unis Drapeau, Royaume-Uni
Année : 2005
Scénario : John August, d’après le roman de Roald Dahl
Producteurs : Brad Grey, Richard D. Zanuck, Katterli Frauenfelder1, Derek Frey2
Producteurs exécutif : Bruce Berman, Graham Burke, Liccy Dahl3, Patrick McCormick et Michael Siegel
Sociétés de production : Warner Bros., Village Roadshow Pictures et Plan B Entertainment
Sociétés de distribution : Warner Bros. Pictures, Warner Bros.
Directeur de production : Jessie Thiele
Direction artistique : Leslie Tomkins
Musique : Danny Elfman
Photographie : Philippe Rousselot
Montage : Chris Lebenzon
Décors : Alex McDowell
Costumes : Gabriella Pescucci
Format : Couleurs – 1,85:1 – DTS/Dolby Digital/SDDS – 35 mm
Genre : comédie, fantastique
Durée : 110 minutes
Dates de sortie France: 13 juillet 2005

Rétro Burton : Big Fish – Critique

Synopsis : L’histoire à la fois drôle et poignante d’Edward Bloom, un père débordant d’imagination, et de son fils William. Ce dernier retourne au domicile familial après l’avoir quitté longtemps auparavant, pour être au chevet de son père, atteint d’un cancer. Il souhaite mieux le connaître et découvrir ses secrets avant qu’il ne soit trop tard.

La vie rêvée d’Edward Bloom

L’entrée dans les années 2000 ouvre le paradoxe Burton. Alors que le réalisateur tombe de plus en plus dans une sorte de caricature de lui-même, le succès commercial commence enfin à être au rendez-vous. Comme si le reniement de son art et de ce qui faisait le charme de ses premières œuvres était nécessaire pour enfin devenir « bankable ». Une décennie qui s’ouvre avec un remake sans âme de La Planète des Singes et s’achève par la bouillie d’effets spéciaux qu’est Alice au Pays des Merveilles. Il est donc intéressant de constater que son plus gros flop est aussi son film le plus personnel de la période. Un film qui divise, une nouvelle fois, au sein de sa fanbase.

La lumière au bout du tunnel

Pour comprendre et apprécier Big Fish, il est important de se souvenir que Tim Burton n’aime rien tant que surprendre ses spectateurs (dans sa première partie de carrière, du moins). Il passe ainsi du film de commande Hollywoodien qu’est Batman à un conte gothique personnel et stylisé, et du biopic sobre et en noir et blanc à l’explosion de couleurs et au délire XXL. À partir de là, rien d’étonnant à le voir sortir, après deux films à la tonalité résolument sombres, ce beau conte tout en couleur et plein d’optimisme et de naïveté. Big Fish détonne dans la filmographie de son auteur, mais reste profondément marqué par sa personnalité.

Burton quitte un instant son imagerie gothique mais conserve ses monstres au grand cœur. À travers l’odyssée de cet homme ordinaire vivant des aventures extraordinaires grâce au pouvoir de son imagination (à moins que…), il peuple son univers de toute une galerie de personnages une nouvelle fois hauts en couleur. On est loin de la vision pessimiste et négative de l’humanité qu’il a développé jusqu’à présent. Peut-être l’approche de la paternité l’a-t-il guidé dans cette aventure simple et touchante. Toujours est-il que les valeurs d’amour et de transmission, si elles font écho à certaines de ses œuvres passées, n’auront jamais été aussi bien mise en lumière que dans ce film.

Freaks and geeks

On pourra reprocher à Burton d’avoir mis de l’eau dans son vin, d’aller à contre-courant de son univers habituel (ce qui n’est pas tout à fait vrai, tout de même), toujours est-il qu’il est difficile de ne pas s’émerveiller devant ce superbe conte, aux images léchées et à la mise en scène sobre. En l’absence de Johnny Depp (probablement pour cause de piratage, entre autres), c’est Ewan McGregor qui reprend le flambeau, avec une certaine jouissance. L’interprète d’Obi-Wan Kenobi prouve qu’il est également à l’aise dans des productions plus confidentielles, et plus légères.

S’il a surpris et déçu beaucoup des fans de Burton, Big Fish reste pourtant un conte enchanteur et léger. On est certes loin des obsessions morbides de son auteur, mais le film porte sans aucun doute sa patte, et il est intéressant de voir le contraste avec le reste de sa filmographie. D’autant qu’il s’agit, sans doute, de son dernier film véritablement personnel.

Big Fish – Fiche Technique

USA – 2004
Comédie
Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : John August, d’après l’oeuvre de Daniel Wallace
Distribution : Ewan McGregor (Edward Bloom jeune), Albert Finney (Edward Bloom), Alison Lohman (Sandra jeune), Jessica Lange (Sandra Bloom), Helena Bonham Carter (Jenny/la Sorcière)
Producteurs : Dan Jinks, Bruce Cohen, Richard D Zanuck
Directeur de la photographie : Philippe Rousselot
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Chris Lebenzon
Production : Columbia Pictures, The Zanuck Company, Jinks/Cohen Company
Distributeur : Columbia Tristar Films

Auteur : Mikael Yung

La Planète Des Singes, un film de Tim Burton : Critique

La Planète Des Singes n’est pas, et de loin, le meilleur film de Tim Burton, de là à dire qu’il serait le moins bon, il n’y a qu’un pas.

Synopsis : 2029, station orbitale Oberon : des chimpanzés accomplissent des missions dans l’espace. L’un d’eux disparaît, le capitaine Leo Davidson tente de le secourir. Il est alors pris dans une tempête électro-magnétique qui le fait s’écraser en 5021 sur la planète Ashla. Sur place, Leo est fait prisonnier par des singes intelligents et parlants. Aidé d’une poignée d’esclaves et d’Ari, la fille d’un sénateur singe, Leo va tenter de rejoindre Oberon.

Tim, l’enfant (plus si) terrible

Une adaptation fidèle mais…

Car, si celui qu’on surnommait l’enfant terrible d’Hollywood avait réussi par deux fois à s’emparer d’une franchise pour la faire sienne et ainsi livrer deux Batman plus que réussis, il n’en va pas de même avec cette sixième adaptation du livre du Français Pierre Boulle. Si elle est la moins infidèle au roman (ce qui n’est pas difficile, comme dans le livre le voyage est à la fois spatial et temporel), cette version n’en reste pas moins un film sans l’âme de son réalisateur et, surtout, empli d’incohérences.

Money, money, money

Difficile donc, de retrouver le père impertinent d’Edward Aux Mains d’Argent sous ce déluge d’argent (100 millions de dollars tout de même, un de ses plus gros budgets), difficile d’ailleurs d’y retrouver le moindre réalisateur, tant il semble que ce film soit sorti tout droit d’une chaîne de montage cinématographique. Alors oui, tout cet argent a l’avantage de produire des effets spéciaux et un univers simiesques crédibles (mais tellement frileux), ceci jusqu’à la démarche des acteurs, gage d’authenticité. L’apparence des soldats fait partie des rares réussites, tout autant que les maquillages, qui n’ont rien à envier à ceux présents dans le film de 1968 réalisé par Franklin J. Schaffner. Ils en deviennent même troublants, au point qu’on en trouve presque Helena Bonham Carter désirable en chimpanzé.

Helen-Bonham-Carter-planete-des-singes-film-burton

Petits (bons) moments

Tim Burton n’a donc pas été totalement étouffé par une production qu’on imagine le mettant sous surveillance, puisque de cette ambiguïté homme-animal, naîtra un baiser final et furtif entre Leo l’humain et Ari la chimpanzé, un baiser qui faillit disparaître au montage. Burton conserve une part de l’aspect dérangeant de l’histoire de Pierre Boulle, une histoire qui nous renvoie à nos tendances anthropocentristes et même, pour certains, à leur ethnocentrisme, sur lequel ils basent leurs rapports sociaux. Mais on reste si loin de la pensée subversive que Tim Burton avait développée jusque ici… Il aura, avec ce film, subi le destin d’autres réalisateurs, effacés derrière une production qui veut seulement leur nom sur l’affiche en gage de rentrées d’argent supplémentaires.

Un casting castré

Dans cette pétaudière, les bons acteurs (chargés de rapporter encore quelques dollars) au générique se débattent comme ils peuvent, mais restent bien en dessous de leur jeu habituel. Pourtant ce casting est superbe, de Mark Wahlberg (La Nuit Nous Appartient, Les Infiltrés) à Helena Bonham Carter (Fight Club, Maudite Aphrodite) en passant par Tim Roth (Don’t Come Knocking, L’Homme Sans Âge), tous les ingrédients promettaient une performance, mais le cuisinier avait perdu la recette. Quant à la bande originale, parfaitement accolée à l’ambiance du film, souvent très martiale, elle s’avère incapable de s’imprimer dans la mémoire du spectateur. Pertinente donc, mais sans âme, à l’image du film en somme.

Un scénario mal écrit…

Mais le plus gros défaut de cette Planète Des Singes, qu’on parle de scénario ou de dialogues, reste la faiblesse de son écriture. Il suffit d’écouter en particulier les dialogues dont est affublé Mark Wahlberg, pour comprendre : c’est creux, plat, jalonné de clichés et transforme un astronaute égaré en héros badass sans cervelle. Le triangle amoureux qui se forme peu à peu entre Leo, Daena et Ari tient également de l’artifice, tant on ne comprend pas sur quoi il repose. Autant on sent une relation entre Leo et Ari, autant on la cherche en Leo et Daena, à moins qu’il ne s’agisse que de physique. Burton ne se prive pas non plus d’indigentes grosses ficelles, comme la chute de cheval de l’enfant, juste au moment de l’assaut donné par les singes. Seul petit moment de grâce dans ce scénario balisé : le réquisitoire de Charlton Eston, ex-membre honoraire de la N.R.A., contre les armes à feu et la violence des hommes. Un délice pour initiés…

…et sans cohérence

Mais les incohérences l’emportent par K.O. tant Tim Burton ne semble pas maîtriser le voyage temporel et ses implications, ni même s’en amuser autant que Robert Zemeckis avec son Retour Vers Le Futur. Citons pêle-mêle : la capsule (celle du singe) qui part la première et se pose comme une fleur, et atterrit sur la planète plusieurs jours après la seconde (celle de Leo) qui se crashe. Ou alors il y a une ironie, car Leo affirme d’entrée que les hommes font mieux le boulot que les singes. Le vaisseau mère de Leo qui semble s’être, comme sa capsule, écrasé sur la planète mais n’a pas, lui, voyagé dans le futur puisqu’il est là depuis des milliers d’années. Toutes ces incohérences semblent n’être là que comme des facilités de scénario qui permettent à Burton de sortir ses personnages de l’impasse.

La fin ne justifie pas les moyens

Parlons enfin de cette scène finale, qui fit beaucoup parler mais qui est à ce jour la plus fidèle au roman. Elle pose un constat accablant et sans aucune explication logique : les singes ont remplacé l’homme dans l’univers. Dans le film comme dans le livre, cette fin est frustrante bien que captivante. Elle n’offre aucune possibilité d’interprétation ni d’explication et impose au spectateur de l’accepter telle quelle. C’est en ça qu’elle frustre : elle est forte, elle n’a pas d’explication logique et personne de se donne la peine de nous donner un début de piste.

Et Tim se brûla les ailes

On regrettera longtemps ce ratage, qui marquait le début d’une lente descente du talent d’un Tim Burton de moins en moins irrévérencieux. En acceptant ce film, il s’est posé en alibi d’une production avide d’exploiter une franchise depuis longtemps laissée en jachère, oubliant du même coup une indépendance à laquelle il semblait tant tenir. Trop d’argent corrompt le talent, Tim Burton l’a oublié. Il ne reste guère que de fugaces instants où le maître gothique semble venir prendre une respiration, pour ensuite replonger dans les remugles de la super production hollywoodienne, attendant qu’on l’achève tant il sent que non, décidément, cet enfant bâtard ne peut pas être le sien.

La Planète Des Singes (Planet of the Apes) (2001) : Trailer

La Planète Des Singes – Fiche Technique

Titre original : Planet Of The Apes
Réalisation : Tim Burton
Avec : Mark Wahlberg, Helena Bonham Carter, Tim Roth, Estella Warren, Kris Kristofferson
Scénario : William Broyles Jr, Lawrence Konner et Mark Rosenthal d’après Pierre Boulle
Production : Richard D. Zanuck
Décors : Rick Heinrichs
Musique : Danny Elfman
Montage Chris Lebenzon
Costumes : Colleen Atwood
Photographie : Philippe Rousselot
Sociétés de distribution : 20th Century Fox, U.G.C. Fox Distribution
Budget : 100 millions de dollars
Pays : U.S.A.
Genre : science-fiction
Durée : 119’

Auteur : Freddy M.

 

 

 

Divergente 2: Musique, Bande Originale

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Divergente 2 : L’insurrection : Musique

Pour adolescents, vraiment ?

Il semble y avoir une constante dans ces franchises de films pour grands adolescents, outre le recyclage en série de thèmes usés jusqu’à la corde, les producteurs semblent persuadés que ce public a peu de goûts et se contentera indéfiniment d’une certaine médiocrité. La chose se confirme avec la bande originale de ce nouvel opus de Divergente, une bande originale qui ressasse les mêmes thèmes et chansons déjà entendus dans tous les autres films du même acabit. De faux rocks torturés pour sembler rebelle, un usage outrancier de la réverbération qui rendrait inaudible un chant naturel et une incroyable platitude des compositions. De bout en bout, on retrouve les mêmes accords, les mêmes arrangements et des mélodies similaires.

Seul point positif, et des moindres, tout cela est d’un professionnalisme absolu, qu’il s’agisse d’Imagine Dragons, de Royal Blood, ou d’Ana Calvi (qu’est-elle venue faire dans cette galère ?), tout cela être très propre sans qu’un son n’en dépasse. Voilà donc une production impeccable jusqu’à la stérilisation. Soyons clair, on n’écoute pas ici de la musique digne d’une Lorie en mode « repeat », mais typiquement de ces morceaux qui s’amusent à singer les plus grands artistes et à en faire une version « pour ados », alors que ces mêmes ados pourraient certainement trouver les originaux à leur goût. Mais on l’a dit, les producteurs les prennent pour des imbéciles…et se trompent.

On retrouve dans la B.O du film, avec au commande le compositeur Joseph Trapanese, des artistes  comme Ellie Goulding,  A$AP Rocky, Skrillex, le rappeur Kendrick Lamar, le Français Woodkid (Never Let You Down feat. Lykke Li), Zedd et M83 (Holes In The Sky, feat. Haim), Royal Blood (Blood Hands), Anna Calvi (The Heart of You)…

Ellie Goulding – Beating Heart

Soundtrack Insurgent (Theme Song) / Musique du Film Divergente 2 : L’Insurrection

Sortie : 17 mars 2015

Distributeur : Interscope records

Durée : 32’

Tracklist :

1. Holes In The Sky par M83 with HAIM

2. Blood Hands par Royal Blood

3. Never Let You Down par Woodkid

4. The Heart Of You par Anna Calvi

5. Sacrifice par Zella Day

6. Carry Me Home par Sohn

7. Warriors par Imagine Dragons

8. Convergence (Score Suite) par Joseph Trapanese

Divergente 2 : L’Insurrection mis en scène par Robert Schwentke est sur nos écrans cinéma depuis le 18 mars 2015.

Auteur : Freddy M.

BoJack Horseman, saison 1 : Critique

Synopsis: Vedette très appréciée d’une sitcom des années 1990, BoJack Horseman vit aujourd’hui à Hollywood, rejeté de tous et se plaignant de tout. De nos jours, on le suit alors qu’il tente de retrouver la célébrité avec une autobiographie écrite par sa nègre littéraire, Diane NGuyen. BoJack jongle entre une vie de débauche et des amis souvent encombrants : Princess Carolyn, tour à tour sa petite amie, son ex-petite amie et son agent, Todd Chavez, qui habite chez lui et se considère comme son colocataire, et Mr. Peanutbutter, son ami et ennemi à la fois, héros d’une sitcom du même style et de la même époque que BoJack, mais ayant toujours du succès.

Lancé en grandes pompes en septembre dernier avec l’ambition de devenir le leader national de la SVOD, ou vidéo à la demande par abonnement, Netflix s’est heurté à certaines barrières culturelles françaises peu enclines à cette nouvelle consommation de contenus audiovisuels. Bien qu’en perte de vitesse, le français moyen reste pourtant attaché à son téléviseur et son système simple et clair de chaînes télévisées. La situation est identique dans le reste de l’Europe où le géant américain s’est également lancé (Allemagne, Autriche, Belgique, Luxembourg, Suisse), ne bouleversant que très peu leur paysage audiovisuel. Accompagné pourtant d’une campagne publicitaire nationale agressive, omniprésente sur tous les écrans, Netflix aura néanmoins réussi à rassembler entre 250 et 500 000 abonnés français. Pas honteux lorsque l’on voit que les débuts de Netflix se sont fait dans la douleur, avec un catalogue bien trop faible en contenus par rapport au catalogue américain. Si les dirigeants de la filiale française se contentent de répondre que celui-ci évolue en permanence et qu’il faut laisser le temps à la marque de s’installer correctement, Netflix a l’ambition d’investir toujours plus dans des créations originales. Les succès de House of Cards, Orange is the New Black ou The Killing témoignent en leur faveur. Alors, en attendant Daredevil ou la série française Marseille, prenons le temps de revenir sur une création originale Netflix sous-estimée à sa sortie en août 2014.

Horsenication

Reconnu pour ses drames et ses odyssées historiques, Netflix n’avait jamais franchi le pas de l’animation et de la comédie (hormis la 4ème saison de Arrested Development). C’est désormais chose faite avec BoJack Horseman, une série au doux parfum d’anthropomorphisme sur fond de cynisme hollywoodien. Le nom Raphael Bob-Waksberg ne vous dit rien ? C’est normal, c’est son premier projet médiatiquement reconnu, même si ceux qui connaissent la troupe comique Olde English (célèbre pour ses courts en ligne) l’auront bien évidemment reconnu. La légende veut qu’il ait pitché BoJack Horseman avant un meeting avec des dirigeants de Netflix sur un coup de tête, en rassemblant les dessins d’une amie d’enfance accompagnés du synopsis d’un acteur has-been vivant à Los Angeles. Le tout sur fond d’anthropomorphisme, puisque Bob-Waksberg est friand de cet univers, dessinant des animaux depuis tout petit sur un ton plutôt mature. Démarche payante puisque Netflix s’est empressé de lancer la production de cette série. Après Maps to the Stars et le récent Birdman, le contexte actuel témoigne d’une envie des scénaristes de tirer à boulet rouge sur la sacro-sainte cité des Anges, et plus généralement du milieu de l’Entertainment. L’intrigue suit alors les pérégrinations de BoJack, ex-gloire d’une sitcom des années 90 dans un Hollywood aussi dément que déprimant où gravitent autour de lui d’autres personnages à la recherche d’une existence. Notre héros cheval est un personnage autodestructeur, plongé malgré lui au sein d’un environnement égocentrique dans lequel il a su percer grâce à sa lâcheté. Mais derrière ce personnage à l’estime de soi démesurée, il y a un cheval doté d’une certaine conscience qui souhaite se repentir de ce mode de vie. A l’instar d’un Matthew McConaughey revenu d’entre-les-morts, BoJack souhaite démarrer une nouvelle carrière et démontrer son talent. Mais il s’apercevra qu’il est difficile de quitter l’environnement qui l’a nourri toutes ses années et dont il se délecte toujours, jusque dans ses vices les plus immoraux.

Comment ne pas penser à Californication dans ces conditions ? Ce même personnage à la tête d’une œuvre unique qui a contribué à sa gloire et qui cherche vainement à se remettre en selles. Ce même personnage décadent qui ne trouve l’apaisement que dans la consommation exacerbée d’alcools, de drogues en tout genre et de sexe à outrance. Comme s’il s’agissait des preuves de son existence sur Terre. BoJack Horseman est un formidable portrait de la dépression, de ces êtres qui n’ont plus les pieds sur terre et se laissent aller dans une spirale infernale. Une déprime nécessaire qui compense avec une structure hilarante rendant le visionnage de cette série aussi intéressant, qu’introspectif et divertissant. Car c’est à travers sa collaboration avec une nègre (ghost-writer) chargée d’écrire ses mémoires que notre cheval va devoir prendre la mesure de son existence. Vaine et vaniteuse, BoJack est coincé dans un manoir de superficialité -on pourrait dire une version miniature d’Hollywood- où il erre dans des soirées mondaines à la recherche du sens de sa vie. BoJack Horseman est une critique féroce des travers d’Hollywood mais également une représentation des plus fortes des maux de notre société moderne.

Si à la fin de la première saison, on se dit que la série vaut clairement le détour et qu’on est bien content d’apprendre la mise en chantier d’une seconde, il faut reconnaître que BoJack Horseman a eu du mal à trouver ses marques. Les premiers épisodes ne savent clairement pas sur quel pied danser. Si au début, chaque épisode peut être pris (à peu près) indépendamment, à la moitié de la saison, il y a un fil conducteur principal, transformant la série en véritable feuilleton. Est-ce une comédie cynique ou un drame grinçant ? Difficile à dire avant que la série ne prenne un virage à 180°, et déroule quelques épisodes -décomplexés de toutes contraintes scénaristiques- véritablement décalés. Comme si Seth McFarlane était venu faire un tour en studio, jetant à la corbeille tout ce qui n’allait pas et apportant son humour ravageur et graveleux. Dès lors, le ton de la série trouve enfin son dosage entre punchlines et subtilités bienvenues. Sans oublier les situations cocasses avec cet environnement composé d’hommes et d’animaux en tout genre. Si les dialogues sont d’une efficacité remarquable, chaque épisode fait preuve d’inventivité au niveau visuel avec des gags de seconds plans qu’apprécieront les fins observateurs. Et puis quel casting vocal ! Will Arnett, Alison Brie, Aaron Paul, Stanley Tucci, Olivia Wilde, Naomi Watts et j’en passe. Certains ayant même l’autodérision de jouer leur propre rôle dans la série. A noter qu’Aaron Paul est également crédité au générique en tant que producteur exécutif.

Méprisé à sa sortie par des critiques peu emballés qui n’avait vu que deux ou trois épisodes, la série a retrouvé un second souffle avec des articles repentis qui saluaient l’effort d’ingéniosité et de structure dans la deuxième partie de la saison. Avec ces épisodes enrichis par des sous-récits, la série trouve vraiment sa place au sein des productions Netflix (et des productions télévisuelles en général) et s’avère être l’une des meilleurs séries d’animations pour adultes qu’il nous ait été donné de voir. Le basculement de ton soudain de la série, où l’égocentrisme de BoJack doit affronter le cancer en phase final de son acolyte de toujours, les conséquences d’un ami qu’il a trahi, une rupture amoureuse ou l’acharnement des médias, est une franche et mélancolique réussite. De comique ponctué par des éléments dramatiques, la série vire véritablement en drame biographique jonché de fulgurances comiques hilarantes. A ce niveau, on retiendra particulièrement l’avant-dernier épisode qui est un véritable foutoir de trips psychédéliques. Du n’importe-quoi qui témoigne de la nouvelle direction des scénaristes, moins coincés et en totale roue-libre. De par son univers anthropomorphiste, il y a par ailleurs une fraîcheur bienvenue qui démarque la série de ces productions qui se sont déjà emparées du sujet. Le monde de BoJack Horseman est étrange, hypocrite, vaniteux mais aussi terriblement attendrissant avec ces personnages solitaires en quête d’une raison de vivre, tout simplement. Une fresque désespérée et désespérante d’un personnage voué à vivre éternellement une sorte de crise existentialiste.

Et que dire de ce générique aussi somptueux que génial, signé Patrick Carney, le batteur des Black Keys !

Auteur de la critique : Kévin List

Fiche Technique: BoJack Horseman

Créateur : Raphael Bob-Waksberg
Année : 2014
Origine : Etats-Unis
Genre: Comédie, Drame, Animation
Format: 25min (12 épisodes)
Diffuseur : Netflix
1ère diffusion : 22 août 2014

Doublage original: Will Arnett (BoJack Horseman), Aaron Paul (Todd), Amy Sedaris (Princess Caroline), Alison Brie (Diane Nguyen), Paul F. Tompkins (Mr. Peanutbutter)

Retro Burton, Sleepy Hollow, La Légende du Cavalier Sans Tête

Sleepy Hollow est un conte noir et sanglant, librement inspiré de la nouvelle de l’écrivain américain Washington Irving sortie en 1820 et intitulée The Legend of Sleepy Hollow.

Synopsis : En 1799, dans une bourgade de La Nouvelle-Angleterre, plusieurs cadavres sont successivement retrouvés décapités. Les têtes ont disparu. Terrifiés, les habitants sont persuadés que ces meurtres sont commis par un étrange et furieux cavalier, dont la rumeur prétend qu’il est lui-même sans tête. Les autorités new-yorkaises envoient alors leur plus fin limier pour éclaircir ce mystère. Ichabod Crane (Johnny Depp) ne croit ni aux légendes, ni aux vengeances post-mortem. Mais, à  peine arrivé, il succombe au charme étrange et vénéneux de la belle Katrina Van Tassel (Christina Ricci).

 Gros succès commercial auprès des spectateurs, le film obtiendra de multiples récompenses pour ses effets spéciaux particulièrement réussis et sa direction artistique. Pour Burton, c’est la suite d’une carrière fructueuse et l’occasion de mettre en scène un univers horrifique qui perçait ponctuellement dans ses précédentes œuvres : après la comédie fantastique Mars Attack!, Burton se lance enfin dans une intrigue sombre et sanglante, prélude à l’orgie cannibale de Sweeney Todd.

Un univers visuel unique

Sleepy Hollow est structuré sur une opposition initiale entre croyance et rationalité : Ichabod Crane, jeune détective promoteur des nouvelles techniques de criminologie à la toute fin du 18e siècle, se bat contre l’obscurantisme et la barbarie archaïques du système judiciaire de l’époque. Envoyé dans la petite bourgade de Sleepy Hollow par l’effrayant bourgmestre de New York (Christopher Lee), Ichabod va être confronté à des phénomènes surnaturels qu’il tentera par tous les moyens de justifier par des techniques scientifiques farfelues, non sans raison : si le cavalier sans tête est bel et bien une créature magique, les meurtres suivent un dessein vénal qui ne peut être que d’origine humaine.

Afin de mettre en scène cet affrontement du bien et du mal, de la raison et de la magie, Burton s’est entouré d’Emmanuel Lubezki, directeur de la photographie sur Great Expectations (1998) d’Alfunso Cuaron l’année précédente, aujourd’hui oscarisé pour son travail sur Gravity et Birdman. Après avoir abandonné l’idée d’un film en noir et blanc, Burton et Lubezki décident d’opter pour une image quasiment monochrome, qui vient renforcer l’ambiance surnaturelle anxiogène de ce conte horrifique, utilisant également des procédés visuels traditionnels pour souligner l’antagonisme des personnages dont la blancheur morbide contraste violemment avec un environnement obscur.

Un rôle en or pour Johnny Depp

En 1999, Johnny Depp est depuis longtemps devenu l’acteur fétiche du réalisateur, endossant des rôles de héros fragiles et touchants. Dans Edward aux mains d’argent déjà (1990), première collaboration entre les deux artistes, on pouvait admirer les grands yeux innocents et la démarche mal assurée de la créature aux mains-ciseaux, invention inachevée d’un Docteur Frankenstein des temps modernes. Après Ed Wood, où Depp devient le véritable alter-ego fictionnel de Burton, c’est en détective chevronné et sensible que l’on retrouve l’acteur. Alors que Paramount avait demandé à Burton de considérer d’autres acteurs, au premier rang desquels Brad Pitt, Liam Neeson ou encore l’excellent Daniel Day-Lewis, le réalisateur est resté, heureusement, sur son choix initial. Johnny Depp fait là encore un sans faute et signe une interprétation très juste de ce personnage torturé et touchant.

Sleepy Hollow est donc le premier vrai film d’horreur d’un Tim Burton qui a longtemps flirté avec le genre. Le réalisateur ne cache d’ailleurs pas ses références, à Frankenstein surtout, lors d’une scène finale dans un moulin qui fait furieusement penser à celle du film de 1931. Distribué par les studios Paramount et produit par Francis Ford Coppola, Sleepy Hollow devait être un succès et le sera avec plus de 100 millions de dollars de recettes rien qu’aux USA.

Sleepy Hollow-Bande-annonce


Sleepy Hollow, La légende du  Cavalier Sans Tête : Fiche technique

Titre original : Sleepy Hollow
Année : 1999
Durée : 105 minutes
Genre : Fantastique, épouvante-horreur, thriller
Réalisation : Tim Burton
Casting : Johnny Depp, Christina Ricci, Miranda Richardson, Michael Gambon, Christopher Walken, Ray Park, Christopher Lee
Scénario : Kevin Yagher, Tom Stoppard et Andrew Kevin Walker, basé sur la nouvelle de Washington Irving
Musique : Danny Elfman
Société de production et de distribution : Paramount Pictures (USA), Pathé Distribution (France)
Directeur de la photographie : Emmanuel Lubezki

Rétro Tim Burton : Mars Attacks – Critique

Au milieu des années 90, Burton est au sommet de sa créativité. Sa vision résolument sombre des Batman, la poésie gothique d’Edward aux mains d’argent et le biopic d’Ed Wood en ont fait une valeur sûre d’un cinéma différent, loin des canons d’Hollywood et attirant un public en quête d’univers oniriques et délirants. C’est alors qu’arrive Mars Attacks, œuvre loufoque et résolument inclassable. Après Tarantino, qui trouve son inspiration dans les magazines Pulp de sa jeunesse, Burton fait encore plus fort en prenant pour point de départ…des cartes à collectionner offertes dans des paquets de chewing-gum. Ah, les années 90…

Y a-t-il un président pour sauver la Terre ?

Difficile, même 18 ans après, de vraiment cerner ce Mars Attacks. S’agit-il d’une sorte de parodie déjantée se moquant des films d’invasions extra-terrestre et du syndrome de toute-puissance des États-Unis au cinéma ? Après tout, le film est sorti quelques mois après Independence Day (coïncidence ?). Ou bien s’agit-il d’une simple farce cosmique, pour un Tim Burton décidé à surprendre ses fans comme ses détracteurs en s’ingéniant à ne pas suivre les sentiers battus ? Toujours est-il que le scénario est plus une enfilade de sketches autour des pires caricatures du genre qu’une véritable histoire de SF.

Pas moins de 23 personnages s’y suivent et s’y télescopent, de la hippie post-Woodstock et ses colombes au redneck ultra-patriotique et bas du front, en passant par un président incapable et sa famille névrosée. Fidèle à sa réputation, Burton montre une nouvelle fois sa passion pour les freaks à travers ce combat entre des aliens verdâtres et bavards et cette humanité condamnée à disparaître, victime de sa propre stupidité. À noter d’ailleurs que le film est probablement la plus belle brochette de stars affichée dans un seul film pour l’époque. Quand on sait que Johnny Depp ou Michael Keaton, ses deux chouchous, auraient dû figurer au casting…

En rouge et vert

Visuellement inspirée des fameuses cartes à collectionner, la direction artistique est un déluge de couleurs flashys et de trouvailles de plus ou moins bon goût. Tim Burton est au sommet de son art, lâchant totalement la bride à son casting qui prend visiblement un pied monstrueux. Il s’amuse comme un petit fou à s’approprier les codes du film catastrophe pour mieux les détourner, un peu comme il l’avait fait avec les films de super-héros et Batman. Petit problème, le succès ne sera cette fois plus au rendez-vous. Mars Attacks parvient tout juste à rentrer dans ses frais sur le sol américain, et ne fera guère mieux à l’étranger.

S’il a acquis avec les années un statut de culte, le film divise toujours autant. Pour certains, il s’agit de son sommet, et Burton s’est détérioré depuis. Paradoxalement, ce n’est qu’à partir de ce film qu’il commence à rencontrer le succès commercial. Pour d’autres, il ne s’agit que d’une purge visuelle d’une vacuité terrifiante. Chacun se fera son propre avis, bien sûr, mais il est difficile de nier le caractère à part de Mars Attacks dans le paysage cinématographique, et même dans la filmographie de son auteur.

Synopsis : Effervescence sur la planète Terre. Les petits bonshommes verts ont enfin décidé de nous rendre visite. Ils sont sur le point d’atterrir dans leurs rutilantes soucoupes. La fièvre des grands jours s’empare de l’Amérique dans une comédie de science-fiction nostalgique des années cinquante.

Mars Attacks! : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=ukTX26ca9gU

Mars Attacks! : Fiche Technique

Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : Jonathan Gems
Interprétation : Jack Nicholson (le président Dale), Glenn Close (Marsha Dale), Pierce Brosnan (Donald Kessler), Natalie Portman (Taffy Dale), Annette Bening (Barbara Land)
Producteurs : Tim Burton, Larry J Franco, Paul Deason
Directeur de la photographie : Peter Suschitzky
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Chris Lebenzon
Production : Warner Bros
Distributeur : Warner Bros France
Genre : Comédie/Science-fiction
Date de sortie : 26 février 1997

USA – 1996

Auteur : Mikael Yung

Ed Wood, un film de Tim Burton : Critique

Loin des anti-héros gothiques et des univers expressionnistes qui ont jalonné ses précédents films, Tim Burton a pris à revers son public en signant la biographie d’un personnage depuis longtemps oublié, dont le seul point commun avec Pee-Wee Herman, Beetlejuice, Bruce Wayne et Edward aux mains d’argent est de vivre en décalage avec la réalité.

Synopsis : Dans les années 50, un jeune cinéaste naïf mais déterminé essaie de percer à Hollywood en réalisant des films de genre autoproduits, mais les échecs successifs de ses réalisations ne lui vaudront rien d’autre que la réputation d’être « Le plus mauvais réalisateur de tous les temps ». 

A Hollywood, tout est possible, à commencer par être médiocre.

Avec un sujet aussi peu attractif et un style réaliste aux antipodes des attentes des fans du réalisateur, l’échec commercial d’Ed Wood semblait garanti. Qu’est-ce qui a pris alors à Tim Burton de revenir sur le parcours du cinéaste le plus méprisé de son époque ? C’est sans nul doute une volonté de parler de son propre rapport à l’industrie hollywoodienne qui a servi de moteur à cette réalisation particulièrement personnelle.

Sans que l’envie de parler de soi ne vienne jamais parasiter la retranscription des déboires artistiques et personnels d’Ed Wood, le parallèle entre les deux cinéastes via leur envie commune de redonner ses lettres de noblesse au cinéma fantastique est évident et fait du long-métrage un miroir d’un microcosme qui n’a, en quarante ans, pas changé. La croyance aveugle de Wood en la magie du 7ème art en fait un personnage attachant, tout autant que son absence de talent le rend terriblement pathétique. Cet homme qui aimait tant le cinéma qu’il se pensait légitime à faire des films, de la manière qu’il aimait tant les femmes qu’il appréciait se travestir, est bel et bien un vrai rêveur, comme seul Tim Burton pouvait le transcender. Ses difficultés à financer ses films, le faisant constamment courir après des mécènes (tour à tour le producteur Georgie Weiss, l’actrice  Loretta King et l’église baptiste de Californie), et à coordonner sa vie amoureuse avec sa transsexualité, forment deux des principaux enjeux du long-métrage. Mais par-dessus ces deux approches matérielles du sujet, celui de la création artistique est évidemment la principale thématique du film.

Cette histoire vraie est filmée dans un noir et blanc d’une qualité esthétique saisissante, un choix qui désolidarisa La Columbia du projet, ce qui n’empêcha pas Tim Burton de poursuivre son travail selon ses propres envies. Le lien entre Burton et Wood fut ainsi renforcé par cette anecdote. La nostalgie qu’impose cette image léchée appuie merveilleusement la poésie de cette quête désespérée après le rêve américain. Elle donne surtout du crédit à la reconstitution de cette histoire qui pourrait sembler purement fictive, voire même tirée par les cheveux. En termes de réalisme, la façon dont sont filmés les tournages de La fiancée du Monstre et de Plan 9 from Outter Space relève d’un perfectionnisme remarquable, et ce tout particulièrement en ce qui concerne l’interprétation des acteurs. La performance de Martin Landau dans la peau de Bela Lugosi (dont l’amitié avec Ed Wood est elle-même calquée sur celle qu’entretenait Burton avec son idole Vincent Price) est la plus mémorable du film, et lui valut ses deux Oscars, celui du meilleur acteur dans un second rôle et celui du meilleur maquillage.

Les autres personnages, de Bunny Breckenridge (interprété par un Bill Murray délicieusement efféminé) à Criswell (Jeffrey Jones, hypnotique en charlatan pour télévision), en passant par Thor Johnson (incarné par le catcheur George Steele), sont autant de figures bigarrées que l’on croirait tout droit sorties de l’imagination fertile de Tim Burton. Et pourtant, la réalité des faits (que rappelle l’apparition surprise d’un individu dont personne n’oserait remettre en doute l’existence, Orson Welles interprété par un Vincent D’onofio très juste) est un signe fort de la loufoquerie ambiante à Hollywood, ville de tous les possibles. Sans pour autant être un happy-end, puisque l’on nous y rappelle que le grand projet d’Ed Wood fut un parfait nanar, la fin du film reste optimiste en vantant la façon dont, avec une volonté de fer, chacun peut réaliser ses rêves. Même une fois devenu une icône de la contre-culture, Ed Wood ne retenta jamais l’expérience du cinéma, il aura donc fallu attendre que ce soit Tim Burton qui réhabilite son travail, à défaut de son œuvre, prouvant ainsi à la fois son goût pour les causes perdues (déjà sensible dans ces réalisations antérieures) mais surtout son amour du cinéma, sous quelque forme que ce soit.

Ed Wood : Bande-annonce

Ed Wood : Fiche Technique

Réalisation: Tim Burton
Scénario: Larry Karaszewski, Scott Alexander
Interprétation : Johnny Depp, Martin Landau, Bill Murray, Sarah Jessica Parker, Patricia Arquette, Jeffrey Jones….
Directeur de la photographie : Stefan Czapsky
Montage: Chris Lebenzon
Compositeur : Howard Shore
Producteur: Tim Burton
Production: Touchstone Pictures
Budget : 18 000 000 $
Genre: Biopic
Durée: 125 min
Date de sortie: 21 juin 1995

Etats-Unis – 1994