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Eva ne dort pas, un film de Pablo Agüero : Critique

L’histoire de la profanation du cadavre d’Eva Perón n’est pas forcément connue en France, pas plus que le pouvoir de fascination qu’inspire encore aujourd’hui cette femme en tant que symbole de justice sociale dans son pays. Les découvrir en visionnant le film de Pablo Agüero est une bonne occasion.

Synopsis : Le 26 juillet 1952, le peuple argentin est en émoi en apprenant la mort de son idole, Eva Perón, l’épouse du président. Trois ans plus tard, la junte militaire à présent au pouvoir, et dont les dirigeants sont conscient du pouvoir symbolique qu’elle continue à incarner, décide de faire disparaitre son cadavre. Retour sur plusieurs étapes de cette affaire sordide, de l’embaumement d’Evita à la restitution de son cadavre 25 ans plus tard.

Esa mujer

Résolu de faire fi d’un schéma narratif linéaire dans sa retranscription, le réalisateur argentin fait le choix de construire son long-métrage comme un film à sketchs, bâti sur une succession de vignettes, chacune filmées dans des huis clos dont la théâtralité et la dimension picturale sont renforcées par la multiplication des longs plans fixes. Cette approche originale de relecture de l’Histoire peut sembler déstabilisante pour un public habitué aux schémas balisés des biopics, c’est donc davantage en tant que film expérimental que comme récit historique qu’Eva ne dort pas nécessite d’être abordé. Autre surprise : Son sujet était le prétexte idéal à une œuvre militante –au risque d’être hagiographique– sur l’héritage idéologique d’Evita mais l’absence de parti-pris politique, ressentie par le recul que la mise en scène impose sur les personnages, empêche au processus de développer le moindre discours.

Il faut évidemment saluer la détermination du réalisateur à pousser jusqu’au-bout ces choix artistiques, en choisissant trois situations propices à une mise en image ou des chorégraphies pertinentes. C’est, dans un premier temps, le cas de l’embaumement du corps d’Eva Perón, filmé avec une sensualité qui, plutôt que prendre une allure morbide de mauvais gout, ajoute à son iconisation. Ensuite, le lieutenant-colonel Koenig (interprété par un Denis Lavant qui, ne parlant pas un mot d’espagnol a fait l’exploit d’apprendre son rôle en phonétique), en charge de son déplacement clandestin, et dont le rapport de force hiérarchique sur un soldat (le très bon Nicolás Goldschmidt) semble être compromis par la seule présence du corps d’Evita, la tension entre eux devenant un symbole de son aura révolutionnaire et donc de la menace qu’elle peut encore représenter pour certains. Le troisième et dernier chapitre est celui qui va opposer le dictateur Pedro Eugenio Aramburu par ses ravisseurs, juges et bourreaux du Montoneros. C’est dans ce face-à-face que la tension psychologique atteint son paroxysme, grâce aux excellentes interprétations de Daniel Fanego et Sofía Brito. Mais, encore une fois, la véritable réussite de ce film est sa photographie qui réussit, malgré un budget réduit et un tournage rapide –à peine trois semaines–, à faire des propositions ingénieuses, et maîtrise parfaitement les clairs-obscurs et créer des esthétiques différentes dans chacun des trois segments. Il n’en conserve pas moins une certaine permanence dans l’installation d’une ambiance angoissante, à tel point d’ailleurs que l’on a par moment le sentiment que la thématique de la résurrection peut à tout moment basculer dans un traitement fantastique.

Et même si, finalement, ces trois saynètes, ne racontent rien de concret prise une à une, le fait qu’elles soient entrecoupées par des images d’archives réussit à donner à l’ensemble une certaine cohérence dans sa volonté de témoigner de l’importance que peut avoir Eva Perón pour son peuple. Cette alternance fait d’Eva ne dort pas un docu-fiction, même s’il ne s’assume pas en tant que tel. Or, c’est justement parce que son processus narratif le met le cul entre deux chaises qu’il ne réussit pas à accomplir toutes ses intentions en termes de reconstitution. Bien évidemment, un documentaire aurait été le meilleur support pour nous faire découvrir, de façon indiscutable, tous les tenants et aboutissants de l’affaire mais certaines pistes, vaguement évoquées par ce scénario elliptique, auraient mérités d’être le sujet d’une fiction potentiellement passionnante. C’est notamment le cas de la loi purement kafkaïenne imposée par la dictature militaire interdisant, de 1955 à 1959, la simple évocation d’Evita. De même, l’implication du clergé dans l’Opération Transfert ne trouve pas la place d’être évoquée dans les portions d’histoire choisies par le réalisateur. Le film ne propose donc qu’une approche incomplète de ce qu’il veut raconter. Il ne mérite décidément d’être vu que pour ses propositions visuelles audacieuses et son casting international. A ce propos, d’ailleurs, les spectateurs qui se seront fait tenter par la présence de Gael Garcia Bernal sur l’affiche et dans la bande-annonce seront immanquablement déçus de découvrir qu’il n’est présent pas plus de cinq minutes à l’écran.

Malgré ses qualités techniques et ses choix radicaux tant en termes de narration que de mise en scène, le film que nous propose Pablo Agüero reste une belle coquille vide dont on aura du mal à comprendre que son scénario, aussi mal rythmé qu’imprécis, ait été récompensé dans son pays.

Eva ne dort pas : Bande-annonce (VO)

Eva ne dort pas : Fiche technique

Titre original : Eva no duerme
Réalisation : Pablo Agüero
Scénario : Pablo Agüero
Interprétation : Imanol Arias (Dr. Ara), Denis Lavant (Koenig), Daniel Fanego (Aramburu), Gael García Bernal (Massera), Nicolás Goldschmidt (Robles), Sofía Brito (Esther)…
Image : Ivan Gierasinchuk
Montage : Stéhane Elmadjian
Son : Emiliano Biain, Francis Wargnier
Musique : Valentin Portron
Décors : Mariela Rípodas
Costumes : Valentina Bari
Production : Jacques Bidou, Marianne Dumoulin, Vanessa Ragone
Société de production : JBA Production, Tornasol Films, Haddock Films
Festivals et récompenses : Compétition officielle des Festival de San Sebastian 2015 et Toronto 2015, Lauréat du Grand Prix Sopadin du Meilleur Scénariste
Distribution : Pyramide distribution
Durée : 85 minutes
Genre : Historique
Date de sortie : 6 avril 2016

Argentine – 2015

The Catch, une série de Shonda Rhimes : Critique du pilote

Bien que ce ne soit pas la créatrice de cette nouvelle série qui a débuté sur ABC ce jeudi 24 mars, en tant que productrice exécutive, nous pouvons ressentir toute l’implication de Shonda Rhimes derrière ce projet. Ceux qui ont apprécié ses précédentes séries (Grey’s Anatomy, Private Practice, Scandal, How To Get Away With Murder) auront satisfaction à suivre les aventures de Alice Vaughan.

Synopsis : Alice Vaughan est une détective privée sur le point de se marier avec Christopher Hall, cependant elle ignore qu’il s’agit de « Monsieur X » un arnaqueur qu’elle essaye d’arrêter avec l’aide de son cabinet. Sans le savoir Alice se fera arnaquée par son fiancé qui prendra la fuite avec toutes ses économies.
Ainsi commence une chasse assez séduisante entre ces deux anciens amants.

Une jolie arnaque signée Shonda Rhimes

En effet, on retrouve une certaine familiarité en reprenant les codes dramatiques et scénaristiques que nous avait proposé la showrunner jusqu’à présent.
Ainsi, notre héroïne (interprétée par Mireille Enos) est une femme forte, indépendante, talentueuse dans son travail, mais aussi fragile qui montre certaines failles en la rendant très humaine, surtout après l’abandon de l’homme qu’elle espérait aimer le restant de ses jours.
Nous aurons aussi un intérêt à suivre le second personnage principal joué par Peter Krause (Six Feet Under, Parenthood) : Christopher Hall, de son vrai nom Ben. Ce n’est pas un simple fraudeur qui a fait un coup bas, mais une personne tiraillée qui a fini par tomber amoureux de sa victime, ce qui laisse entendre que ses erreurs risquent vite de le rattraper car il ne sait pas comment il pourra arranger les choses maintenant qu’elle sait que c’est l’escroc qu’elle pourchassait depuis des mois.

Le choix de ces deux interprètes, qui ont un certain bagage dans le milieu télévisuel, est un pari réussi. Ils ont une alchimie indiscutable qui laisse penser que ce duo symboliserait le nouveau couple phare de la télévision, après Ellen Pompeo et Patrick Dempsey (Grey’s Anatomy) ou Kerry Washington et Tony Goldwyn (Scandal), leur relation assez particulière devrait fasciner les spectateurs après les éléments mis en place dans ce pilote.
D’ailleurs, par rapport au casting, nous avons une nouvelle fois « la garce de service » Margot (interprétée par Sonya Walger : LOST, Flash Forward), la femme et patronne de Christopher, qui prend tous les trais du personnage détestable mais qui pourrait, peut-être, évoluer dans le but d’être apprécié du public par la suite.
Cependant, en dehors de ces trois personnages centraux, les cinq autres membres de la distribution sont pour l’instant assez anecdotiques, trop secondaires pour qu’on se concentre un minimum sur eux, mais connaissant les autres productions de Shonda Rhimes qui arrivent à créer et développer des personnages passionnants par leurs ambiguïtés  et leurs nuances, il faut se douter que la situation devrait se répéter pour The Catch.

En dehors des quelques incohérences scénaristiques qui sont assez grosses par moment, la structure du pilote laisse apparaitre un ton assez léger, une ambiance bien implantée. Cela reste du bon divertissement et le spectateur deviendra surement addictif après quelques semaines de diffusion.
Les nombreux split screen et ces effets de montage assez rapides donnent une dynamique supplémentaire à la série que ce soit autour des personnages, durant leurs missions, apportant un certain glamour, une touche féminine que l’on reconnaît une fois encore à la reine du TGIT (Thanks God It’s Thursday). Néanmoins, bien que cela donne un charme supplémentaire, il y a un excès de cette technique qui renforce l’artificialité et dessert la mise en scène de la série (contrairement à Scandal qui a su trouver un juste milieu).

On pourra peut-être reprocher le manque de prise de risques de Shonda Rhimes qui ne nous offre finalement rien de nouveau. C’est la cinquième série où elle travaille les traits de caractère d’un personnage fort, torturé, qui gère sa vie professionnelle mais qui a de gros soucis amoureux, dans sa vie privée, et reprenant certains codes et clichés que l’on a déjà vu dans ses séries précédentes (la meilleure amie/confidente de l’héroïne, la rivale de l’héroïne, un semblant de triangle amoureux central à l’histoire etc). Mais le show offre des protagonistes intéressants et diversifiés qui sauront certainement plaire aux spectateurs et auront envie de les voir évoluer dans ce nouveau thriller à l’aspect romantique.

Enfin, ce premier épisode dessine de bonnes lignes directrices sur ce que pourrait donner cette saison, mais on pourrait se demander comment cela évoluera sur le long terme si la série continue l’année prochaine. Dès le départ nous avons l’idée de jeu du chat et de la souris qui se tournent autour, un premier affrontement entre Alice qui retrouve Christopher, mais qui finit par s’enfuir, si cette structure scénaristique venait à trop se répéter, nous pourrions rapidement nous lasser à l’idée de voir ce même schéma constructif dans les prochains épisodes.
Ce début est prometteur en montrant une course poursuite qui ne devrait pas laisser le public indifférent face à ces deux rôles intelligents, mais complexes à la fois qui posent la question de comment ils pourraient se réunir à la fin, reste à voir ce que la série proposera sur le long terme pour ne pas tourner rapidement en rond.

Ce premier épisode a rassemblé 5,80 millions de téléspectateurs pour un taux de 1,2% sur la cible 18-49 ans.

The Catch : Bande Annonce

The Catch : Fiche Technique

Créateurs : Jennifer Schuur, Kate Atkinson, Helen Gregory
Réalisatrice : Julie Anne Robinson
Acteurs principaux : Mireille Enos, Peter Kraus, Alimi Ballard, Jay Hayden, Jacky Ido, Rose Rollins, Sonya Walger, Elvi Yost
Producteurs : Julie Anne Robinson, Betsy Beers, Shonda Rhimes
Société de production : ABC Studios, Shondaland
Format: 10 épisodes de 42 minutes
Genre : Drame, Thriller

ETATS-UNIS – 2016  

Médecin de campagne, un film de Thomas Lilti : Critique

Apres son très bon et remarqué Hippocrate, Thomas Lilti, initialement médecin avant d’être réalisateur, revient à la derrière la caméra et quitte le monde des Urgences, qui fut illustré sous toutes ses couleurs, pour s’intéresser à l’activité de médecin de campagne, tâche souvent oubliée et pourtant nécessaire, mais qui aujourd’hui, se fait de plus en plus rare.

Synopsis : Tous les habitants, dans ce coin de campagne, peuvent compter sur Jean-Pierre, le médecin qui les ausculte, les soigne et les rassure jour et nuit, 7 jours sur 7. Malade à son tour, Jean-Pierre voit débarquer Nathalie, médecin depuis peu, venue de l’hôpital pour le seconder. Mais parviendra-t-elle à s’adapter à cette nouvelle vie et à remplacer celui qui se croyait… irremplaçable ?

Journal d’un médecin de campagne

Il est bon de voir un film sur la médecine fait par quelqu’un qui s’y connaît. Thomas Lilti maîtrise son sujet et parvient à l’amener de la manière la plus juste possible. Ainsi, Médecin de Campagne ne peut pas se résumer qu’aux frasques d’un médecin, c’est également un portrait touchant et intéressant d’un métier parfois pénible, souvent fatiguant, mais profondément humain, régit par des liens affectifs forts. Le médecin de campagne connaît (presque) tout le monde, et réciproquement, à la manière du héros du village.

Car Thomas Lilti ne se borde pas au portrait du médecin et de sa future remplaçante, il dresse aussi le portrait d’un village, avec ses habitants au caractère différents, certains étant touchants, d’autres de réelles têtes à claques, mais étant presque tous comme une « grande famille ». Pour incarner son médecin de campagne, le réalisateur devait trouver l’acteur capable d’incarner ce monsieur tout le monde, modeste, qui se fond dans la masse, et François Cluzet est un excellent choix. Sans trop en dire, par l’intermédiaire d’un sourire en coin ou d’un froncement de sourcils, on perçoit parfaitement les impressions et émotions de notre personnage. Aussi, s’ajoute la maladie progressive, en parallèle avec une cure hospitalière intensive. Thomas Lilti ne se privera d’ailleurs pas de lancer quelques piques au monde des Urgences, par les dialogues, même s’il pèse de manière juste le pour et le contre, en mettant toujours en avant le lien humain entre malade et médecin. Le jeu de François Cluzet est simple et touchant, et ne sombre jamais dans la caricature. Son associée, interprétée par Marianne Denicourt, déjà présente devant la caméra de Lilti dans Hippocrate, qu’il détestera à son arrivée à la campagne, est son parfait complément féminin. De ce personnage, une tendresse et une passion folles se dégagent. Mais elle reste également discrète sur sa vie, une part de mystère l’entoure. On perçoit, derrière les difficultés du métier, tout l’amour que nos deux protagonistes veulent apporter à leurs patients, qu’ils soient mourants, enceinte, ou tout simplement souffrant.

La technique de Thomas Lilti est en symbiose avec son précédent film et avec le thème évoqué. La constante caméra à l’épaule, qui ne peut que rappeler le cinéma d’Audiard, déstabilise et déconcerte sur le départ, mais s’avère pourtant riche en interprétation. N’est-elle pas le symbole de la fragilité du métier, du statut de Jean-Pierre ? Ne représente-elle pas cette constante incertitude quant au devenir de certains patients ? Chacun se livrera à des interprétations diverses vis à vis de la technique.
Aussi, certains évoqueront Médecin de Campagne comme une narration vide, un scénario creux, sans péripéties. Certes, certaines scènes peuvent paraître longues ou redondantes, mais ne sont-elles pas que le quotidien difficile du médecin ? Aussi, on reprochera le classicisme de certains éléments scénaristiques, comme l’arrivée de Nathalie et l’appréhension à l’idée d’un nouveau médecin dans le village, ou encore le faux départ de cette dernière suite au coup de gueule de Jean-Pierre vis-à-vis du sort d’un patient.
Thomas Lilti nous conte la vie d’un homme, la certaine routine de sa vie, bouleversée par une arrivée inattendue, et non-désirée. Être médecin de campagne offre un champ humain fort, mais plutôt restreint.

Mais ce long-métrage peut susciter quelques frayeurs. En effet, à l’arrivée de Nathalie, on se voit déjà plonger dans un pathos monstre, une amourette fleur bleue entre les deux médecins. Le schéma narratif était déjà tout trouvé : on se rejette, on apprend à se connaître, on s’aime, en sachant que les deux héros sont célibataires. Mais heureusement, Thomas Lilti ne nous offre pas tout sur un plateau, et instaure des réserves à son récit. Ainsi, il évite le mélo en n’officialisant jamais la relation entre les deux « collègues ».

Par sa simplicité, ses interprétations touchantes et le thème traité, Médecin de Campagne est un film apaisant, qu’il est agréable de voir, même s’il s’avère moins bon et fort qu’Hippocrate. On regrettera seulement quelques scènes un peu redondantes ou prévisibles, qui viennent fendre la bonne impression que nous renvoie le film.
En deux longs-métrages, Thomas Lilti a su montrer de quoi il était capable en termes de metteur en scène et réalisateur, et son travail ne laisse que présager du bon pour l’avenir.

Médecin de campagne : Bande-annonce

Médecin de campagne : Fiche technique

Réalisateur : Thomas Lilti
Scénario : Thomas Lilti, Baya Kasmi
Interprétation : François Cluzet, Marianne Denicourt, Félix Moati, Isabelle Sadoyan, Christophe Odent, Patrick Descamps…
Direction artistique : Philippe Van Herwijnen
Photographie : Nicolas Gaurin
Montage : Christel Dewynter
Musique : Alexandre Lier, Sylvain Ohrel, Nicolas Weil
Producteurs : Agnès Vallée, Emmanuel Barraux
Société de production : 31 Juin Films, Les Films du Parc
Distribution (France) : Le Pacte
Durée : 102 minutes.
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 23 mars 2016

France – 2016

Aux yeux de tous, un film de Billy Ray : Critique

Aux yeux de tous, un remake pâlichon du film argentin ‘Dans ses yeux’ de Juan José Campanella !

Synopsis : Jess et Ray sont de redoutables coéquipiers au sein de la police de New-York mais quand ils découvrent le cadavre de la fille de Jess, ils se lancent sur les traces du meurtrier au mépris de leur carrière.

De bons ingrédients
Remake pâlichon de Dans ses yeux de Juan José Campanella avec Ricardo Darín, Aux yeux de tous cumulait pourtant les ingrédients de la recette gagnante : un joli casting composé de Julia Roberts, Chiwetel Ejiofor (12 Years a Slave), Nicole Kidman et Dean Norris, une intrigue intéressante et qui a déjà fait ses preuves, une ambiance pesante et un twist final surprenant. Mais pour y parvenir, la route est longue et semée d’embûches…
Certes, plus on s’enfonce dans le film, plus la menace guette et plus on se sent pris au piège. On ne sait pas de quel côté l’ennemi va attaquer et on a l’impression que tout le monde a quelque chose de suspect. En cela, Billy Ray a réussi son coup, ou pas. L’atmosphère de complot est en effet très présente dans Aux Yeux de tous mais peut-être l’est-elle trop au détriment du suspense.
Très rapidement, on s’aperçoit que la véritable intrigue ne se situe pas dans la recherche d’un coupable plus qu’évident et le déroulement de l’enquête n’a pas grand intérêt. Car l’histoire se centre davantage sur les manœuvres politiques et les magouilles d’un système judiciaire prêt à tous les sacrifices pour parvenir à ses fins. Une idée somme toute intéressante à creuser. Sauf qu’une fois qu’on a compris ça, la mayonnaise retombe instantanément.

Beaucoup de bruits pour rien
Dès lors, pour maintenir le spectateur en haleine, le scénario joue sur les doutes redondants des personnages, les flashbacks à répétitions souvent mal placés, les silences lourds de sous-entendus… Mais c’est peine perdue : passée la première moitié du film, on commence à se lasser des tourments des personnages, des dialogues convenus et des va-et-vient dans le passé qui n’ont pas vraiment de sens.
Et dans cette tension latente post 11 septembre qui ne mène à rien, on attend désespérément un peu d’action. Pour autant, les trois scènes qui nous seront allouées ne suffiront pas à nous satisfaire et seront d’autant plus frustrantes que, la plupart du temps, on reste sur notre faim.
En outre, certains personnages manquent de profondeur, en particulier l’ex-flamboyante Kidman, aujourd’hui figée dans le marbre et inexpressive ainsi que le cliché du flic bête et discipliné joué par Michael Kelly. Et même Julia Roberts ne parviendra pas à nous faire oublier Soledad Villamil et Ricardo Darín. Les non-dits sont un tel rempart aux émotions que les personnages ne transmettent rien et que le spectateur ressent peu d’empathie pour Jess (Roberts) notamment. Quant à l’histoire d’amour entre Ray et Claire, elle est à peine suggérée et peu crédible ; rien à voir avec la flamme qui vibrait au sein du couple dans la version d’origine.
Si l’objectif du remake n’est pas tant de refaire à l’identique ce qui a déjà été fait, toutes ces ressemblances faiblardes font que le scénario tombe un peu à plat. Ainsi, sous ses airs de polar funèbre, Aux yeux de tous a tout du drame politico-psychologique insensible qui finit par traîner en longueur et peine à nous mener au bout de son histoire.

Aux Yeux de tous : Bande-annonce

Fiche technique : Aux Yeux de tous

Titre original : Secret In Their Eyes
Titre québécois : Dans ses yeux
Réalisation : Billy Ray
Scénario : Billy Ray d’après Dans ses yeux d’Eduardo Sacheri
Casting : Nicole Kidman, Julia Roberts, Chiwetel Ejiofor, Dean Norris, Michael Kelly, Alfred Molina, Lyndon Smith, Zoe Graham, Joe Cole, Michael Kelly…
Direction artistique : Nelson Coates
Décors : Colin De Rouin
Costumes : Shay Cunliffe
Photographie : Danny Moder
Musique : Emilio Kauderer
Production : Mark Johnson
Sociétés de production : Gran Via Productions et IM Global
Sociétés de distribution : STX Entertainment
Budget : 19,5 millions de Dollars
Langue : Anglais
Format : Couleurs – 35 mm – 2,35:1 – Son Dolby numérique
Genre : Film policier / Thriller
Durée : 111 minutes
Date de sortie : 23 mars 2016

États-Unis – 2015

Le Goût du riz au thé vert, un film de Yasujirô Ozu : Critique

D’où vient cette sensation d’éternité heureuse que l’on ressent à chaque vision des diamants bruts D’Ozu, Mizoguchi et Naruse? Il faudrait ausculter avec précision les raisons qui nous poussent à nous abandonner ainsi à cette période de l’âge d’or du cinéma japonais. Pour ne jamais cesser de s’émerveiller encore et toujours de la beauté flamboyante d’un art à nul autre pareil.

Synopsis: Mariés depuis longtemps et sans enfants, Mokichi (Shin Saburi) et Yoshiko (Michiyo Kogure) n’ont plus grand chose à se raconter. Lui est plongé dans son travail tandis qu’elle cherche tous les prétextes pour pouvoir sortir avec des amies. Un jour, Mokichi doit se rendre à l’étranger en voyage d’affaires. Il aura fallu ce départ pour qu’elle se rende compte de l’importance de son mari dans sa vie. Les ‘retrouvailles’ auront lieu autour d’un repas traditionnel tout simple, le riz au thé vert.

Éloge de l’insignifiante simplicité

On peut vraisemblablement déceler dans la composition formelle des cadres que construisent les trois compères la première explication rationnelle à la splendeur de l’ensemble. Arrêtons-nous un instant sur l’exemple concret du Goût du riz au thé vert du premier nommé. Voyez avec quel raffinement il observe patiemment la dissemblance d’un couple infuser son découpage de l’espace. Par un discret procédé de mise en scène, il alterne différentes valeurs d’images: les plans larges permettent une extériorisation des sentiments, supposant une mobilité des gestes et des paroles dans un cadre ouvert. C’est alors aux comédiens de s’emparer du dispositif pour incarner au mieux cette mouvance de l’affectivité. Lorsque l’empathie se fait nécessaire, c’est au tour du plan serré de souligner l’intériorisation émotionnelle des concubins. Sans avoir recours à l’artificialité du gros plan le cinéaste enferme les protagonistes dans le décor géométrique de la « minka » traditionnelle pour signifier la solitude et l’incompréhension. De même, l’aménagement intérieure qui cloisonne l’habitat et se divise en deux niveaux distincts contient en son sein les germes d’un labyrinthe mental que les uns et autres se plaisent à parcourir pour se fuir ou se retrouver. La copie granuleuse vue accentue aussi l’aspect immémorial du noir et blanc et renforce la prééminence épique des effusions dramatiques qui sied particulièrement au genre dont se réclame le film.

L’habileté technique qui unit le tiercé gagnant est une excellente mise en valeur des qualités de chacun. Mais elle ne saurait suffire à expliquer ce supplément d’âme qui leur fait toucher du doigt une certaine forme de perfection. Dans le cas qui nous intéresse,prenons l’intrigue. Un homme et une femme que nous apprendrons à connaitre au fur et à mesure semble s’installer dans une routine quotidienne qui déplaît fortement à Madame. Rien à priori qui puisse transcender un schéma maintes fois rebattu dans l’histoire du cinéma. Entourée de ses sœurs et de son espiègle nièce, l’élégante marraine se perd en de vains et longs bavardages pour tuer le temps. Et pour échapper aux obligations maritales tout autant que par gout d’aventure l’idée lui vient de fomenter un vaniteux mensonge. N’assumant pas l’infamie elle embarque de force sa protégée dans le périlleux jeu de dupe. Cette péripétie, loin d’être anodine, renforce le lien de complicité que l’on éprouve envers ces capricieuses dames. Le maître entend ainsi nous adresser un clin d’œil malicieux et nous rendre partie prenante de l’aventure. Peu de cinéastes savent s’effacer de la sorte pour se mettre à notre hauteur de simples spectateurs sans sacrifier la simplicité qui le caractérise. Nous rions et sommes de mauvaise foi avec elles sans qu’aucune perspective morale ne nous affranchisse. En cela ce film tient sans doute plus que les autres de l’expérience sociale et humaine.

Pourtant la jovialité apparente cache bien des tourments que la spontanéité ne saurait cacher. Comme souvent chez ces chefs de file, la gravité de la situation n’est jamais bien loin. Le mari, ancien soldat de l’armée de l’air, est un homme de peu que le travail bureaucratique contente largement. Rustique mais solide, il s’embarrasse peu des bonnes manières et se nourrit comme bon lui importe. Consciencieux il s’enquiert régulièrement auprès de la petite servante des nouvelles de sa famille. Il en fera pareillement avec son jeune et impétueux complice. Le contexte politique n’est jamais explicitement mentionné mais tout nous laisse à penser qu’il situe l’action au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Notons que ces illustres réalisateurs aiment à dépeindre une mutation sociétale ouvrant de nouvelles perspectives économiques à l’archipel. Pacifistes convaincus ils utilisent régulièrement cette époque charnière pour concrétiser leurs desseins néo-réaliste. Toujours dans ce cas concret, des bribes de conversations nous font entendre la peine de patriotes endeuillés. Ces éléments scénaristiques créditent l’astucieux agencement du mélodrame et de la critique contestataire. Ce qui en ressort est moins un geste revendicatif qu’un désir d’épouser la banalité quotidienne dans son expression la plus pure.

Les retrouvailles finales du couple esquissent un cheminement personnel nécessaire à toute union durable. Elles indiquent les effets positifs d’un terrain d’entente dans l’intérêt commun. Tandis que Madame en éprouve la solidité dans l’absence et la fuite, Monsieur attend l’heure propice pour pardonner la flagornerie de son épouse. Jamais dupe de ses infidélités passagères il laisse la raison du cœur supplanter le lobe cartésien de son esprit. Ouvrant de nouveaux yeux de chimère pour ce conjoint qu’elle ne cessait jusqu’à présent de méprendre, elle réalise subitement la chance qui lui est donnée de pouvoir s’investir dans cette relation. Sa sensibilité de femme se révèle alors foudroyante et par le truchement du repas qu’elle lui offre comme une rédemption s’affirme donc la générosité du geste rassembleur. La vertu du ménage est sauf mais l’ancien documentariste n’en est plus à une facétie près et célèbre l’insolence de la jeunesse dans une dernière séquence que n’aurait pas reniée un certain cinéma muet. On y voit l’intarissable protégée de sa tante repousser maladroitement les avances forcées du jeune collègue de son oncle. Histoire de rappeler que la conceptualisation de l’amour de l’ancienne génération diffère assez largement de celle de la jeunesse dorée. Bel exemple d’un contre-pied qui prône l’acceptation des contradictions humaines.

Le titre initial du long-métrage était une promesse de partage et de plaisir simple, Ozu la tient de bout en bout et l’illustre brillamment. Gageons que la découverte du reste de sa filmographie et de celles de ses complices puissent nous donner matière à réflexion pour continuer à s’enthousiasmer de la sorte.

Le Goût du riz au thé vert : Bande-annonce

Le Goût du riz au thé vert: Fiche technique

Titre original : お茶漬の味
Réalisation : Yasujiro Ozu
Scénario : Kôgo Noda et Yasujiro Ozu
Interprétation : Shin Saburi (Mokichi Satake), Michiyo Kogure (Taeko), Koji Tsuruta(Noboru Okada), Chikage Awashima (Aya Amamiya), Keiko Tsushima (Setsuko Yamauchi), Kuniko Miyake (Chizu Yamauchi)…
Image : Yuharu Astsuta
Montage : Yoshiyasu Hamamura
Musique : Ichiro Saito
Direction artistique : Tatsuo Hamada
Sociétés de production : Schochiku Eiga
Producteur : Takeshi Yamamoto
Durée : 115 minutes
Genre: Drame
Japon– 1952

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

Carter Burwell: Compositeur attitré des frères Coen

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Carter Burwell – Music Story

En étant marquée par l’univers musical de Carol et Legend en sortant des salles obscures, la rédaction s’est penchée sur un grand nom de la composition peu connu du grand public : Carter (Benedict) Burwell. Ayant collaboré avec les plus grands, les frères Coen, Spike Jonze, Sidney Lumet, Andrew Niccol, Lisa Chodolenko, Martin McDonagh, Bill Condon, le discret acteur/compositeur sexagénaire continue de grimper depuis son Emmy pour Mildred Pierce de Todd Hayne en 2011. D’autant plus que son nom est au générique d’Anomalisa de Charlie Kaufman  (scénariste de Dans la peau de John Malkovitch), Golden Globe 2016 du meilleur film d’animation et prix du jury à Venise, de Ave Cesar, le dernier Coen, de The Finest Hours par les studio Disney et de The Family Fang (sélectionné dernièrement au festival de Toronto, avec Nicole Kidman) qui n’a actuellement aucun distributeur français. L’occasion de revenir sur sa carrière, ses influences et les univers musicaux qu’il a laissés derrière lui.

Parcours

Le cœur du jeune végétarien, qui n’aimait pas les légumes, balance entre l’animation et la musique électronique qu’il étudie à Harvard d’où il ressort diplômé en 1977. Il a collaboré au journal officiel de l’Université en tant que dessinateur humoristique tout en assumant les responsabilités de professeur assistant à la Harvard Electronic Music Studio. Son premier dessin animé, Help, I’m Being Crushed to Death by a Black Rectangle remporte de nombreux prix en 1979 . La direction semble donc lui convenir… enfin pas tout à fait. Il devient chef d’un département d’animation à Long Island, où il crée des programmes pendant plusieurs années. Parallèlement, Burwell n’oublie pas la musique. Il joue avec plusieurs groupes à New York et compose même des ballets qui seront joués au festival d’Avignon. Lors d’un de ses nombreux concerts à New York, il est remarqué par Ethan Coen venu le voir sur les conseils d’un ami. Pas plus intéressé que ça, il envoie quand même des démos dont certaines se retrouveront à l’identique dans le premier film des frères Coen, « Blood Simple ». C’est le début d’une collaboration indéfectible puisque Carter Burwell a signé toutes les bandes originales des frères Coen, soit 17 longs métrages dont Raising Arizona (1987), Barton Fink (1991), Fargo (1996), The Big Lebowski (1998), Intolérable cruauté (2003), No Country for Old Men (2007), Burn After Reading (2008), A Serious Man (2009) et True Grit (2010).

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Les trois compères discutent ensemble de l’art de la composition cinématographique dans le cadre du World Science Festival en 2013

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Durant les années 80, Burwell poursuit une carrière parallèle, toujours musicale, en jouant pour de nombreux groupes new yorkais ou en écrivant des compositions pour le théâtre.

Les projets s’enchaînent : Miller’s Crossing, Before Night Falls de Julian Schnabel, Twillight, The Kids Are All Right, Sept Psychopathes… Sans oublier le formidable documentaire The Celluloid Closet de Rob Epstein et Jeffrey Friedman en 1995, adapté de l’essai best seller du même nom de Vito Russo.

Les projets sur lesquels le quadragénaire travaille sont variés, de l’horreur série B au drame policier néo-noir en passant par la comédie sentimentale science-fiction : Velvet Goldmine de Todd Haynes, Blair Witch 2 de Joe Berlinger, A Knight’s Tale de Brian Helgeland (premier rôle en tant que tête d’affiche pour Heath Ledger), S1m0ne d’Andrew Niccol, Bons baisers de Bruges de Martin McDonagh…

Quelques analyses filmiques

Les notes sous les vidéos sont traduites de celles du compositeur disponibles sur son carterburwell.com.

Carol de Todd Haynes (2016)

Nommé, pour la première fois de sa carrière, pour la meilleure bande son aux Oscars 2016, Carter Burwell distille une mélodie à la fois élégante et quasi épique, dans son contexte, son parcours, les instruments orchestraux, cuivres, flûtes et harpe dessinent une évidence romantique sinueuse.

Il y a 3 thèmes principaux dans la bande originale. La musique qui ouvre sur la scène de la ville amorce une passion et une certaine forme d’engagement de la part de Carol et Thérèse. Cette scène raconte quelque chose sur ces personnages avant même que vous ne les voyiez, puisqu’ils n’apparaissent pour la première fois que vers la dernière note, mais finalement, ça va devenir le thème amoureux.

Puis, il y a le thème de la fascination de Thérèse pour Carol, qui est joué lorsque cette dernière roule vers sa maison.  Fondamentalement, c’est un nuage de notes de piano, un peu à la manière dont Todd Haynes et Ed Lachman (le chef opérateur) filment les personnages, à travers une vitre opaque. Cette texture au piano doit être recomposée en studio pour séparer la main gauche de la droite. La première disparaît dans un fumée opaque tandis que la deuxième construit la mélodie.

Le troisième thème concerne la perte et l’absence. Il s’exprime pleinement dans le montage, après que Carol a quitté Thérèse et s’en explique dans une lettre qu’elle lui adresse. L’utilisation des intervalles ouvertes telles que le 4ème, le 5ème et le 9ème semble être le meilleur exemple pour voiler un sentiment. Le cœur des deux femmes est brisé, mais plutôt que de jouer de la douleur, la musique joue du vide.*

Legend de Brian Helgeland (2016)

Peut-on y entendre un décalage entre le calme apparent, presque nonchalant de la ballade brit pop retravaillée par ordinateur et le ronronnement qui s’élève grâce aux instruments à vent, comme pour témoigner de la grandeur perdue de  deux mafieux ? Trompettes déchues, mais tambours battants.

Olive Kitteridge de Lisa Chodolenko (2015)

Lisa m’a appelé bien avant le tournage pour savoir si j’étais intéressé par le projet. J’ai déjà travaillé avec elle sur The Kids Are All Right en 2010, mais pour Olive, nous ne nous sommes pour ainsi dire pas rencontrés jusqu’à la courte session d’enregistrement. On a donc échangé à distance et rapidement. Je sais depuis mon expérience sur Mildred Pierce que composer pour une mini-série, demande beaucoup d’efforts, équivalent à 4 ou 5 heures de film. Alors, à la différence de The Kids, il a fallu trouver une voix, un timbre pour la série, pour le  personnage d’Olive en particulier. 

J’ai connu Fran McDormand il y a très longtemps, sur notre premier film, Blood Simple, puis j’ai écrit la musique pour un de ses meilleurs personnages, Marge Gunderson dans Fargo. Pour Olive, Fran n’était pas seulement l’actrice principale, mais également productrice. C’est elle qui a obtenu les droits pour adapter le roman et qui a écrit le scénario avec Jane Anderson.

Olive est un personnage complexe, dure avec son entourage et dure avec elle-même. On comprend progressivement que sa froideur est un rempart contre sa vulnérabilité. Elle réserve de la compassion à ceux qui sont aussi brisés, fragiles qu’elle.

A mi-chemin de la composition de la bande son, Fran est venue vers moi, -je ne discute jamais de mon travail avec un acteur et rarement avec le producteur – pour me donner son opinion. Afin d’éviter trop d’avis contraires, j’essaie de ne parler qu’avec le réalisateur sur la direction artistique, mais puisque je connaissais Fran, il m’était nécessaire d’avoir son avis, je savais que ça ne pouvait pas faire du tort  tant que Lisa valide…

En fait, Fran a été très utile en m’aidant à étoffer musicalement le personnage d’Olive. Je ne pouvais pas toujours traduire ses pensées en musique, mais ça a toujours été très instructif. Elle pousse tout le monde, y compris le téléspectateur, dans ses retranchements et la musique doit nous permettre d’ouvrir une fenêtre, sur le respect que l’on peut ressentir pour ce personnage souffrant. Pour ce faire, j’ai tenu à garder certaines formes d’irrésolutions. Des arrangements simples, mais imprévisibles, froids, mais bienveillants.

Pour cette froideur émotive, le piano semblait juste. C’est un instrument de percussion avec une très large palette. J’ai eu un son très particulier à l’esprit, et donc pour la première fois depuis longtemps, j’ai décidé de jouer moi-même au piano, un Steinway qui m’a permis d’obtenir ce ton de cloche désiré. Un quatuor à cordes, une basse et une clarinette sont venus soutenir l’ensemble. Mark Stewart a aussi contribué avec quelques sons de mandolines sur certains morceaux.*

Mildred Pierce de Todd Haynes (2011)

Drame domestique inspiré des 30’s, romance sans oublier la tragédie familiale et le mélodrame lyrique, la mini-série HBO qui a valu un Emmy pour le compositeur décompose par des notes de piano simples et aériennes une tonalité contrite, obscurcie par des cordes type contrebasse à 1’37. Comme pour symboliser une ambition contredite par des déceptions/trahisons, un battement vain… (main theme du film original avec Joan Crawford, l’emphase hollywoodienne est marquante)

https://www.youtube.com/watch?v=4sIQMN26EbY

 Autres pistes musicales

Twilight de Catherine Hardwicke, et Bill Condon (2008 et 2011)

« Bella’s Lullaby »

Dans la peau de John Malkovitch de Spike Jonze (1999)

Le xylophone est un instrument qui, couplé à la harpe, évoque rapidement l’onirisme, le romantisme et une certaine forme de modernité que d’autres ont su réutiliser (voir les compositions de Dimitri Golovko pour le court métrage Signs). Jon Brion privilégie un certain classicisme avec piano et cordes, aux accents plus français, sans oublier cette rengaine, cassette passée en arrière en boucle, dans Eternal Sunshine of a Spotless Mind de Michel Gondry 2004

The Celluloïd Closet de Rob Epstein et Jeffrey Friedman (1996)

« Shades » L’univers de Carter Burwell à la fois nostalgique et plein d’élans simples, tout droit sorti d’un Disney, est très reconnaissable.

« Will Hayes » Ce morceau a quelque chose de très coenien, dans la sentence marquée et le développement sur la durée quitte à être répété.

« Finale » Roulements détachés, tintements pixariens, violons aux tons à la fois lugubres et cérémonieux, le paradoxe est caractéristique.

 

Les frères Coen

Blood Simple (1984)

Première collaboration pour leur premier long métrage. Timide, le synthétiseur n’appuie pas suffisamment le côté sombre, joliment pervers.

https://www.youtube.com/watch?v=DZfyXl1Rkyc

Miller’s Crossing (1990)

Première composition orchestrale.

Fargo (1996)

https://www.youtube.com/watch?v=p8eA9BuuyjY

Fargo s’annonce comme un drame inspiré d’une histoire vraie. Et pourtant ceux qui ont commis le crime sont des bouffons. Si la musique renforce l’humour, elle tue le suspense. Si elle renforce le drame, est-ce qu’elle tue l’humour? Un début de réponse : le drame est renforcé par une gravité exagérée, un mélodrame en somme. L’excès de grandiloquence semble aider à la comédie. Le voile blanc d’hiver entre le Minnesota et le Dakota du Nord et la gaieté décuplée des personnages ne peuvent que rendre la situation encore plus solitaire et désespérée. Je voulais mettre en contraste la petitesse de leur humanité avec le paysage blanc sans fin en les représentant avec des instruments fragiles solo: harpe, célesta et violon Hardanger. Le hardanger – originaire de Scandinavie – est un violon avec des cordes sympathiques qui ajoutent un ronronnement brillant, presque chatoyant aux notes jouées.

Avant même d’avoir tourné avec les Coen, j’avais commencé des recherches sur la musique folklorique scandinave dans le vague espoir d’en sortir quelque chose d’instructif, puis j’ai trouvé un air folklorique qui était devenu un hymne appelé « la brebis perdue. » Son titre était parfait pour le personnage de Bill Macy, mais sa tristesse mélancolique était également parfait pour le film dans son ensemble, alors je l’ai étendu en utilisant une orchestration de film noir. Elle est devenue la musique d’ouverture du film.*

No Country For Old Men (2007)

C’est le film le plus calme sur lequel j’ai travaillé. Souvent, il n’y a aucun son, mis à part celui du vent ou des bottes sur de la caillasse ou des chaussettes sur le bitume. Puis, de temps en temps, il y a des fusillades qui impliquent un nombre inconnu de tireurs avec fusils à pompes et armes automatiques. Pendant longtemps, ce fut donc très difficile de savoir quel genre de bande-son pouvait possiblement accompagner le film, sans perturber le silence brut de la mise en scène. J’ai parlé avec les frères Coen soit une bande-son entièrement en percussions, soit un mélange de tons qui se fondraient dans les effets sonores, comme tout droit sortis du paysage. On est parti sur les tons.

La composition tout en percussion semblait prometteuse, et je suis clairement impatient de le faire un jour mais c’est un cliché aujourd’hui que d’avoir des tambours qui accompagnent l’action et cela ramenait le film vers un territoire familier. Les tons soutenus, cependant, maintenait le film instable. Très tôt dans la production, j’en ai parlé avec Skip Lievsay, le mixeur sonore et il m’a envoyé des exemples d’effets sonores, tout comme je lui ai envoyé des exemples de compositions de ton, majoritairement irréguliers, en dent de scie. L’effet produit est que la musique surgit et retombe dans les effets sonores, dans une manière subliminale.

Le générique de fin apporta une question intéressante : puisque le film ne contient aucune chanson ou composition originale, qu’allait-on pouvoir jouer pendant les 5 minutes de générique qui ne serait à la fois  ni prétentieux (comme le silence du vent) ni intrusif (comme une musique pop) ? J’ai fini par écrire une mélodie qui comprend uniquement les instruments acoustiques utilisés dans la bande-originale, mais ils mettent un certain temps à apparaitre. Les premiers sons sont des percussions qui masquent les effets sonores. Les suivants sont les tons soutenus qui sont compris dans le reste de la composition. Et il faut attendre 2 minutes de cela pour voir les instruments familiers arriver, comme la guitare et la basse, qui jouent jusqu’à la fin avec les percussions. Espérons que cela ait fonctionné avec le reste du film, du moins pour les quelques uns qui sont restés jusqu’à la fin du générique.*

Burn After Reading (2008)

« How Is This Possible »

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Nous apprenons en exclusivité de la part du compositeur lui-même, qu’il vient de terminer le mixage de The Founder de John Lee Hancock. Un biopic sur le fondateur de McDonald avec Michael Keaton dans la peau de Ray Kroc. La collaboration avec Rodd Haynes se poursuit cette année, puisque Carter Burwell va travailler sur Wonderstruck, l’adaptation du roman historique de Brian Selznick écrit en 2011 avec Julian Moore. L’histoire de deux enfants, Ben et Rose, tous deux sourds, à différentes époques, l’un en 1927, l’autre en 1977. Ces deux enfants s’échappent de New York. Malgré le gouffre entre ces deux périodes, ils sont tous deux connectés par un mystère en attente de résolution…

* Copyright 2014-2016 Carter Burwell

Batman v Superman : L’Aube de la Justice, un film de Zack Snyder : Critique

Après avoir lancé son Superman dans Man of Steel, avec les intentions claires de préparer le terrain à un éventuel univers cinématographique DC, Zack Snyder reprend du service pour asseoir cet univers tout en introduisant le célèbre chevalier noir et en l’amenant à se confronter à son homme d’acier.

Synopsis : Craignant que Superman (Henry Cavill) n’abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir (Ben Affleck) décide de l’affronter : le monde a-t-il davantage besoin d’un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d’un justicier à la force redoutable mais d’origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l’horizon…

God vs Man

 Les ambitions du film semblent vertigineuses et, à cause d’une campagne marketing catastrophique, on a l’impression avant même de l’avoir vu qu’on en a trop montré ou que les producteurs veulent trop en accomplir au sein du long-métrage pour son propre bien. L’échec semblait annoncé d’avance et il est aujourd’hui sur toutes les lèvres ou presque. La faute aux producteurs pris de panique et voulant à tout prix rattraper leur concurrent Marvel et lancer leur Justice League au plus vite ? Ou celle du metteur en scène qui n’avait pas les épaules pour un tel projet ? Ou encore celle de l’incompétence des scénaristes qui ne savent plus faire une histoire cohérente et qui se suffit à elle-même car constamment tournée vers la suite pour voir ce qui ne va pas dans le présent ? Un peu tout ça à la fois, sans finalement l’être. Car il est simple de constater l’échec d’un projet, échec défini avant tout par nos attentes déçues. Mais il est bien plus complexe de voir au-delà de ça pour contempler la réussite presque miraculeuse qu’est ce dernier film de Snyder, qui se base plus sur la vision d’un cinéaste et d’une promesse d’avenir que sur l’attente du fan en quête de sensations fortes.

Il devient très vite évident que l’exécution du scénario est maladroite, s’imposant comme une base assez laborieuse à la Justice League, une introduction bancale de Batman et une suite mal amenée de Man of Steel. Pour ce qui est de la Justice League, le film prend des accents de trailer de luxe, livrant des caméos assez insignifiants et quelques pistes de réflexions sur ce qui pourrait être amené et dit dans le futur film. Cet aspect n’est pourtant pas aussi envahissant que l’on pourrait le craindre et même si ça s’inscrit assez mal dans l’ensemble, faisant plus aparté que prolongement du scénario, ce n’est pas si problématique. Sauf concernant le rôle plus « important » de Wonder Woman qui est pour le coup un véritable pétard mouillé, l’amazone n’étant pas suffisamment développée pour avoir une quelconque personnalité ou même justifier sa présence. Après, plus que sa maladresse, c’est la faiblesse d’écriture du scénario qui gêne, notamment dans l’aspect narratif qui entoure Superman. L’introduction de son Némésis, Lex Luthor, est caricaturale et peu convaincante. D’autant que le personnage est lamentable, disposant de dialogues médiocres et d’une psychologie ridicule, montant un plan abracadabrant et bourrés d’incohérences pour justifier sa position de méchant. On regrettera aussi un côté pompeux bien trop appuyé et une sensation de fourre-tout qui entoure l’histoire de Clark, que ce soit avec le retour de sa mère, son travail au Daily Planet ou encore sa relation avec Lois. Tous ses aspects sont peu développés et on a la sensation que l’on passe très vite dessus et que les scénaristes ne savent plus où aller avec le personnage. C’est finalement l’introduction de Batman qui suscite le plus d’intérêt, même si lui aussi souffre d’un univers le concernant qui est peu exploité. Hormis Alfred, particulièrement réussi et très différent de ce qu’on en attendait, rien n’est là pour rendre son monde vivant, cohérent et surtout attachant, laissant une sensation de vide. A trop vouloir jongler entre ses deux personnages, aucun n’a pas vraiment de rôle principal et on finit par avoir l’impression qu’aucun des deux n’accomplit vraiment quelque chose et qu’ils restent en retrait au sein de leur propre film. D’un autre côté, la manière de nous faire revivre le trauma de Bruce Wayne et la façon de gérer ses répercussions sont intéressantes, offrant un personnage plus instable et fascinant que les autres versions faites du Dark Knight jusqu’à présent. Les phases de rêves le concernant en sont presque abstraites et donnent une impression de bizarre mais passionnent par leurs opacités. Traduisant une véritable envie d’élitisme voire même d’autisme, ces scènes étant difficilement compréhensibles pour quelqu’un qui n’est pas connaisseur des comics. Le choix est radical mais indéniablement intéressant. Snyder imprègne sa vision sur lui en le modifiant comme il a modifié son Superman tout en gardant pourtant l’esprit du comics et ce qui fait le cœur de l’individu, pour garder toute sa charge symbolique.

C’est d’ailleurs par sa symbolique et son propos que le film devient au final passionnant et indéniablement réussi. Même si on a le sentiment d’un produit sacrifié sur la narration, ne sachant pas vraiment où aller, s’excusant lourdement pour son aspect « destruction porn » – renvoyant aux critiques faites de la fin de Man of Steel – précisant constamment que les zones de combats sont vides. Et il plonge donc dans un dernier acte expédié, qui amène un Doomsday générique et raté, mais qui pourtant arrive à apporter des développements assez astucieux notamment dans sa manière de renvoyer directement aux comics ou de rapprocher ses deux héros. Il est simple de voir ce qui nous différencie des autres, mais il est beaucoup plus complexe d’admettre ce qui avant tout nous rapproche et c’est dans cette optique que le film s’impose. Il fait de son Batman une figure du fasciste ou du républicain cédant à la peur et à la stigmatisation de l’autre et présente son Superman comme un être sacrificiel, noble et qui assume ses responsabilités, il oppose celui qui cède à la facilité à celui qui se tourne vers la justice. Batman est clairement celui qui aura le plus de développement dans cette optique, Snyder dessine sans le dire et de façon habile une origin story astucieuse et bien pensée du personnage. Superman est avant tout une figure iconisée, monolithique et sans tâche, assumant sa connotation tragique et biblique, il est davantage là pour être le martyr d’un monde en proie à la peur qu’un personnage véritablement en développement. Les interrogations autour du mythe du super-héros sont souvent brillamment amenées et posent une dimension profonde allant jusqu’à interroger la croyance religieuse, le fanatisme qui entraîne à la déification, la peur, la différence et donc la violence. Partant de là pour rebondir sur une dimension politique actuelle traitée avec terriblement de justesse, questionnant un monde terrorisé, portant un point de vue plus humain et terre à terre sur l’Amérique post 11 septembre arrivant à être une réponse parfaite au propos iconoclaste de Man of Steel même si il n’en atteint pas la subtilité. S’intéressant à l’importance des actes – agir n’est pas noble c’est la façon dont on décide d’agir qu’il l’est – il offre un affrontement d’idées bien plus galvanisant et captivant que lorsqu’il laisse parler la violence. Le combat entre Superman et Batman étant au final anecdotique et amené de manière bien trop classique. C’est par son approche idéologique et politique que le tout devient fascinant, s’imposant plus comme une suite spirituelle au Watchmen de Snyder, sans pour autant renouveler ses thèmes ou attendre sa puissance évocatrice.

Le casting est avant tout dominé par un Ben Affleck au sommet. Il livre une prestation toute en retenue, donnant plus de profondeur à son personnage et parvient à irradier l’écran de son charisme. Il offre un Batman très différent de ce que l’on a l’habitude de voir mais qui se montre passionnant sur bien des aspects. Henry Cavill quant à lui est clairement le Superman parfait, mais ici, il a moins à jouer et donne l’impression qu’il est plus en retrait par rapport à Affleck. Il est même éclipsé par Amy Adams, bien plus nuancée et intéressante dans son rôle de Lois Lane qu’elle ne l’était dans Man of Steel. Jeremy Irons impose un Alfred inédit et assez rafraîchissant qui, plus qu’apporter un soutien psychologique et servir de compas de moralité à Batman, prend vraiment part aux événements et apporte des touches d’humour bienvenues. On regrettera par contre que Gal Gadot n’ait rien à jouer, ne pouvant donc pas prouver sa valeur en Wonder Woman, même si on reste impressionné par sa prestance et sa façon de se mouvoir qui est totalement dans l’esprit du personnage. Reste Jesse Eisenberg qui cabotine en Lex Luthor et se montre au mieux ridicule, au pire totalement insupportable. Il n’avait clairement pas les épaules pour le rôle et fait vraiment office d’erreur de casting.

La réalisation sent le chaud et le froid, la photographie a ses fulgurances notamment dans son approche très comics des cadrages et du traitement des couleurs, mais est globalement terne lorsqu’un trop-plein d’effets spéciaux arrive à l’écran. La musique de Hans Zimmer et Junkie XL est peu inspirée et mémorable, à l’exception du thème de Wonder Woman qui change de ce que l’on a l’habitude d’entendre et qui se montre assez exaltant. Dommage par contre que le montage soit raté, enchaînant les scènes sans logique et donnant au film une structure étrange où les coupes se font beaucoup trop ressentir. Un problème qui pourrait cependant être réglé dans la version director’s cut. La mise en scène de Zack Snyder est dans la pure lignée de Watchmen, signant avant tout une oeuvre viscérale et anti-spectaculaire. Elle mise sur une approche lente et abstraite de ses personnages, nous plongeant dans un rêve aux visions obscures, iconiques et picturales. L’ensemble déstabilise et est très loin de ce qu’on pouvait en attendre. On a la sensation d’un film bizarre, hybride mais bourré de personnalité, arrivant à jouer de l’imagerie comics tout en s’en éloignant drastiquement pour offrir quelque chose de personnel mais qui parvient à garder l’esprit, l’ambition et les intentions de ce qu’accomplissent les comics, comme jamais aucun film de super-héros n’était parvenu à le faire et sans prendre ce genre en dérision. C’est ce sérieux inébranlable qui force le respect et qui se montre admirable dans les choix retors du film, qui mise sur la radicalité au risque de perdre le spectateur. Car c’est un film de Zack Snyder avant d’être un film DC. Le metteur en scène reste cohérent avec ses choix et marque le tout avec ses défauts (trop de surenchères) comme ses qualités (il manie l’image avec virtuosité). Offrant des scènes d’action qui parviennent à rester lisibles, énergiques et totalement démesurées. Il arrive à mettre en image un des plus beaux morceaux de bravoures de Batman jamais vu sur grand écran. Une scène incroyable et parfaite pour tout amoureux du Dark Knight.

Batman v Superman : L’Aube de la Justice est un film étrange, maladroit et décevant sur sa narration mais qui, par miracle, parvient à s’imposer comme une réussite. Il est la définition parfaite de ce que l’on appelle un film malade. Coincé entre les impératifs du studio et la vision excentrique, radicale et personnelle d’un cinéaste, il est tout aussi prodigieux par son aspect mystique, symbolique et visuel que décevant sur sa narration bancale et son montage désastreux. Pourtant, malgré la faiblesse de son écriture, notamment sur les dialogues, et le fait qu’il ne parvienne pas à être une base solide pour l’univers DC, c’est une oeuvre qui est admirable par sa capacité à faire des choix, et qui prend le risque de ne pas faire les plus évidents. Il aurait pu céder à la facilité, faire une oeuvre fun et totalement épique pour contenter le fan qui attendait cet affrontement depuis longtemps mais il préfère avant tout imprégner sa vision, l’imposer même pour être une véritable proposition de cinéma. Donc, il se montre in fine moins divertissant et solide que les productions Marvel et il va s’attirer bien plus de détracteurs, mais il est plus fulgurant, plus beau et imparfaitement plus fascinant. Pour la première fois, on se retrouve devant un film qui arrive à s’éloigner des comics tout en en gardant l’esprit, et qui parvient à en faire une oeuvre actuelle et politique sans prendre son sujet de haut et préférer jouer la carte de la dérision décomplexée. Et on reste impressionné de voir un film de producteur devant amener des suites, qu’on est curieux de voir car de belles promesses sont faites ici, être autant dénué de cynisme et portant un regard respectueux et passionné sur ce qu’il adapte.

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=mG8QgJGRCKI

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Fiche technique

Titre original: Batman v Superman: Dawn of Justice
Réalisateur : Zack Snyder
Scénario : David S. Goyer et Chris Terrio, d’après une histoire de David S. Goyer et Zack Snyder d’après des personnages créés par Bill Finger, Bob Kane, Jerry Siegel et Joe Shuster
Interprétation: Ben Affleck (Bruce Wayne/Batman), Henry Cavill (Clark Kent/Superman), Amy Adams (Lois Lane), Jesse Eisenberg (Lex Luthor), Jeremy Irons (Alfred Pennyworth), Gal Gadot (Diana Prince/Wonder Woman), …
Image: Larry Fong
Montage: David Brenner
Musique: Hans Zimmer et Junkie XL
Costumes : Michael Wilkinson
Décor : Patrick Tatopoulos
Producteur : Christopher Nolan, Emma Thomas, Wesley Coller, Geoff Johns, David S. Goyer, Jim Rowe, Gregor Wilson, Curtis Kanemoto, Charles Roven et Deborah Snyder
Société de production :Dune Entertainment, DC Entertainment, Cruel and Unusual Films, Atlas Entertainment et Warner Bros
Distributeur : Warner Bros
Durée : 151 minutes
Genre: Super-héros
Date de sortie : 23 mars 2016

Etats-Unis – 2016

Remember, un film d’Atom Egoyan : Critique

Le Canadien Atom Egoyan fait partie de ces cinéastes qui connaissent un taux d’attrition croissant. Depuis Exotica et de Beaux lendemains, deux films axés intelligemment sur les thèmes de la perte et de la culpabilité, son audience ne fait que se tarir, faute à une sorte de manque de motivation dans sa réalisation.

Synopsis: Un vieil homme, survivant de l’Holocauste, parcourt les États-Unis pour se venger d’un passé qu’il ne cesse d’oublier…

Memories of a murder

Serait-ce également dû à une écriture devenue paresseuse,  toujours  est-il que Remember, son nouveau film, est un des rares qu’il n’ait pas écrit lui-même, et qui est pourtant celui qui semble relancer l’intérêt du public envers son cinéma.

Zev est un nonagénaire qui vient de perdre sa femme Ruth.Il a une forme de démence sénile. L’histoire ne dit pas si la mort récente de son épouse a accéléré le développement de sa maladie. Très vite, au soir de l’enterrement de Ruth, Zev est pris à part par son ami Max, qui vit dans la même résidence que lui : Max lui donne une épaisse enveloppe bourrée de dollars et une longue lettre. Comme il l’a promis à Max, Zev s’échappe de la résidence et part en mission à la recherche d’un nazi, bourreau de leurs deux familles. Zev et Max sont deux survivants d’Auschwitz, et vont former un aurige d’un genre particulier, un attelage tiré par une entité formée de Zev pour les jambes déjà tremblotantes, et de Max pour la tête : celui-ci, impotent depuis longtemps, fera une feuille de route très précise à laquelle Zev va devoir se conformer jour après jour malgré ses trous de mémoire à répétition. La mission est simple et définitive : Zev doit retrouver et attraper ce nazi, un ancien blockführer.

Le récit prend l’allure d’un road-movie entre les Etats-Unis et le Canada, puisque ce sont quatre personnes différentes que, dans ses recherches avec l’appui du Centre Simon Wiesenthal, Max a identifiées comme portant le nom de Rudy Kurlander, celui emprunté par l’ex officier SS. Présent dans presque tous les plans, Christopher Plummer est excellent dans son rôle de justicier commandé à distance par son ami Max. Sa progression et celle du film sont certes très linéaires, mais la découverte de chaque nouveau « suspect » et de son environnement  ponctue le film d’un suspense qui le maintient dans une bonne dynamique. Chemin faisant, Zev rencontrera diverses personnes, généralement très bienveillantes –nous sommes dans un film canadien-, et notamment des enfants, ses propres petits-enfants, ceux qu’il rencontre dans les trains et les autobus, auprès desquels il s’illumine véritablement et apporte une vraie émotion au film. Grand acteur de théâtre shakespearien, Plummer est la personne toute indiquée pour ce personnage qui doit exprimer une grande panoplie de sentiments avec son seul langage corporel ; il incarne avec beaucoup de justesse le doute, la peur, et tous les moments d’incompréhension et de flottements qui composent sa vie. Après sa bouleversante prestation du personnage de Hal, le père d’Oliver (Ewan McGregor) dans Beginners de Mike Mills, un second rôle pour lequel à 82 ans, il a enfin eu un Oscar en 2012, Plummer semble vivre une prolongation des plus agréables dans son parcours d’acteur.

De son côté, Martin Landau n’est pas en reste pour rajouter une touche inquiétante à ce film ; bardé de tout un attirail médical, le personnage de Max a un air de folie accentué par la nature de ses agissements, une sorte de marionnettiste de l’ombre qui travaille en secret avec Zev.

Le cinéaste se repose beaucoup sur ce tandem qui marche presque en pilotage automatique ; le restant de sa mise en scène est plutôt classique et assez peu inspiré. Les dialogues de Benjamin August sont insipides dans l’ensemble ou au contraire vaguement prêchi-prêcha (notamment sur le mensonge et la vie, dans une des scènes finales du film). Et la musique sucrée de Mychael Danna vient encore affaiblir son dispositif.

Une des faiblesses du film réside également dans le traitement de sa démence sénile. Pour ne pas oublier la prochaine tâche à accomplir selon la lettre de Max, Zev écrit des petits mémos sur ses bras. Le scénariste s’appuie sur un référentiel cinématographique fort, celui de Memento de Christopher Nolan, et avec Atom Egoyan, ils prennent ainsi le risque de la comparaison. Le risque est d’autant plus grand que le traitement de la maladie est assez inconstant, très présente par moment, anormalement inexistante à d’autres, ce qui apporte une certaine couche d’incohérence au film.

Mais dans l’ensemble, le film d’Atom Egoyan est divertissant, avec sa construction en thriller à rebondissements.  C’est sans doute là que le bât blesse et explique que beaucoup de foudres se sont abattues sur le film : le thème choisi, celui de l’Holocauste, ne souffre pas que l’on « s’en amuse », que l’on s’en serve pour divertir. Même si le thème du film, porté par ce titre impératif, voire impérieux, Remember, est une tentative de réflexion sur la mémoire , avec une exploitation de sa perte –ravage de la démence sénile-, de sa transmission – scènes avec les enfants-, de son caractère vital en somme, comme explicité dans le twist final du film, même si ce thème est louable et intéressant, d’une part, le scenario a tendance à ne faire que l’effleurer, et d’autre part, ce choix d’un pan douloureux de l’Histoire comme « prétexte » à faire un bon suspense ne fait pas que des heureux…

Malgré tout, Atom Egoyan a eu raison de se mettre au service de l’immense Christopher Plummer en lui offrant ce rôle énorme qu’il a sublimé avec un talent insuffisamment rencontré sur le grand écran, et en nous offrant un film qui nous fait réfléchir. Malgré tout.

Remember: Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=DtFoOOn3z7Y

Remember : Fiche technique

Réalisateur : Atom Egoyan
Scénario : Benjamin August
Interprétation : Christopher Plummer (Zev Guttman), Martin Landau (Max Zucker), Bruno Ganz (Rudy Kurlander #1), Jürgen Prochnow (Rudy Kurlander #4), Heinz Lieven (Rudy Kurlander #2), Dean Norris (John Kurlander #3), Henry Czerny (Charles Guttman), Peter DaCunha (Tyler)
Musique : Mychael Danna
Photographie : Paul Sarossy
Montage : Christopher Donaldson
Producteurs : Robert Lantos, Jens Meurer, Paula Devonshire, Anant Singh, Moises Cosio, Mark Musselman, Jeff Sagansky, Lawrence Guterman, Mike Porter, D. Matt Geller, Brian Cox, Aaron Barnett
Maisons de production : Serendipity Point Films, Distant Horizon, Detalle Films, Egoli Tossell Film, Téléfilm Canada
Distribution (France) : ARP Selection
Récompenses : Meilleur scénario au Canadian Screen Awards
Budget : 13 000 000 CAD
Durée : 94 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 23 Mars 2016
Canada, Allemagne – 2015

 

Quand on a 17 ans, un film d’André Téchiné : critique

Quand on a 17 ans est porté par deux plumes : celle de son réalisateur, André Téchiné, et celle de Céline Sciamma. A eux-deux, ils servent un film proche de leurs thèmes de prédilections : l’adolescence et la naissance du désir. Le trio imaginé par Téchiné il y a dix ans, après la sortie des Témoins, est porté par trois acteurs formidables : Kacey Mottet Klein, Corentin Fila et Sandrine Kiberlain. Mais au-delà du thème classique de l’adolescence, Téchiné filme la violence et glisse peu à peu vers la douceur, sans enfermer les personnages dans des idées préconçues. Un plaisir cependant mitigé car le film peine quelque peu à démarrer et cède à quelques lourdeurs (voire facilités) que des scènes d’une grande beauté font oublier.

Synopsis : Damien, 17 ans, fils de militaire, vit avec sa mère médecin, pendant que son père est en mission. Au lycée, il est malmené par un garçon, Tom. La violence dont Damien et Tom font preuve l’un envers l’autre va évoluer quand la mère de Damien décide de recueillir Tom sous leur toit.

« Roseaux sauvages »

Si Céline Sciamma a l’habitude de « faire exister » à travers son cinéma, là encore ce sont deux « marginaux », comme elle les présente (voir notre rencontre avec l’équipe du film), que nous rencontrons au début du film. Plus que des marginaux, Thomas et Damien sont deux êtres solitaires qui se toisent, deux aimants contraires qui s’attirent. Ce regard que Damien porte sur Thomas angoisse et agace ce dernier qui réagit violemment. Sauf que Damien reste plutôt impassible à ces premières attaques. C’est le temps du premier trimestre (le film suivra la progression des trois trimestres qui composent une année scolaire), où nous sont décrits les deux univers de nos personnages principaux. L’un vit dans la montagne, brave la neige pour aller en cours, l’autre habite la vallée et est déposé chaque matin en voiture. Thomas a donc la volonté farouche et surtout innée de maîtriser les éléments, son corps domine le paysage autant que ce dernier l’écrase de sa beauté. Si cette première partie peut sembler un peu simpliste (opposant deux personnages de manière très frontale), elle tend à poser le cadre d’une éducation sentimentale qui se révélera passionnante. Car la force des deux auteurs est d’évacuer assez vite l’école (là encore la pirouette scénaristique serait à interroger, mais passons) et autres obstacles pour se consacrer entièrement aux conflits intérieurs des personnages, à ce qui se passe en eux. La relation entre les deux personnages bascule donc peu à peu, mais de manière assez subtile, les deux auteurs mêlant les questions de filiation et de reconnaissance à cette histoire adolescente.

« Quand c’est violent, ça dure pas »

L’intérêt du film est donc de voir comment évolue cette relation d’abord ambiguë, sauvage et finalement presque animale tant elle est liée aux éléments. Loin du regard des autres, Thomas accepte autrement le regard de Damien, accepte la bienveillance, voire devient protecteur. Ici, c’est presque une utopie qu’écrivent Téchiné et Sciamma. En effet, si les drames surviennent, c’est ensemble que le trio décide de les surmonter, même si ça n’est pas toujours consciemment et que tout se construit peu à peu. Se focalisant entièrement sur ses personnages et les enjeux qui les traversent, le film évite l’écueil des personnages périphériques ou des grands discours. Résultat, quand Damien se confie à sa mère, elle le laisse parler, ne l’envahit pas de ses doutes ou de ses réticences, elle accepte, tout simplement. Le film est donc un corps à corps porté par de très beaux dialogues. On y aborde le désir, sa naissance, sa puissance aussi, l’enjeu étant aussi de savoir que faire de ce corps-là, corps d’homme viril ou corps gracile. L’armée, le combat sont évoqués en toile de fond et donnent à penser ce rapport de l’adolescent à sa construction physique et psychique, les modèles des deux personnages étant doubles : mère à protéger dans la ferme familiale, ou mère plus forte mais au corps plus fragile du côté de Damien, les pères étant plus en retrait mais tout de même essentiels. Ce personnage de la mère presque « célibataire » (disons du moins qu’elle élève souvent seule son fils) est crucial car il permet de porter sur le film un regard bienveillant, presque détaché, moins « dramatique », sur une période de la vie où l’on se construit. Quand on a 17 ans, on n’est peut-être pas bien sérieux (merci Rimbaud), pourtant Damien et Thomas sont deux êtres très graves dans leur approche de la vie, de l’autre et de l’avenir. Ils sont déjà très « grands » pour leur âge, alors que la mère de Thomas réagit plus dans l’instant, s’agrippe à la porte du cimetière quand elle perd son mari. Les rôles ici sont comme inversés, ils ne demeurent jamais bien longtemps ce qu’on attendait d’eux. La scène d’amour physique du film nous le démontrera très bien. Les personnages n’ont jamais enfilé un costume pour toujours, c’est la « patte » Sciamma très certainement, avec la force dramatique, mais jamais misérabiliste dont Téchiné faisait déjà preuve dans Les Témoins. Et,en effet, nous regardons ces êtres évoluer, sans jugement, sans que le discours ne soit complètement prédestiné, ni fataliste.

Céline Sciamma et André Téchiné ont travaillé à « quatre mains » sur cette partition étrange, sauvage, et souvent très juste. Comme souvent au cinéma, l’adolescence est envisagée sous le prisme du désir, au cœur de grands paysages qui viennent ajouter à la force des éléments qui se déchaînent dans le cœur et la tête d’une jeunesse volontiers fougueuse. C’est un film tout en tension, parfois très drôle, et qui glisse peu à peu vers la douceur, préférant l’union et le « prendre soin » les uns des autres, à la violence du début (mais sans nier la violence du monde). Si la dernière scène du film est un peu décevante, parce que très bucolique, elle est à l’image de ce que Téchiné a voulu montrer : un parcours, le chemin de deux êtres qui s’ouvrent l’un à l’autre. Nous les voyons grandir à l’écran, changer. Le film ne prétend pas tenir-là un « prototype » d’adolescent, mais plutôt filmer des singularités qui s’unissent pour faire chemin commun. Finalement, on les quitte presque à regret quand l’année scolaire se termine, quand quatre saisons sont passées, mouvantes, de la rage percée par la douceur enneigée de l’hiver au repos souvent trompeur de l’été. 

Bande annonce : Quand on a 17 ans

https://www.youtube.com/watch?v=ReS7qePk-y0

Fiche technique : Quand on a 17 ans

Réalisation : André Téchiné
Scénario : André Téchiné et Céline Sciamma
Casting : Kacey Mottet Klein, Corentin Fila, Sandrine Kiberlain
Photographie : Julien Hirsch
Montage : Albertine Lastera
Sociétés de production :Fidélité Films, Wild Bunch, France 2 Cinema
Société de distribution : Wild Bunch Distribution
Genre : Drame
Durée : 114 minutes
Dates de sortie : 30 mars 2016

Kung-Fu Panda 3, un film de Jennifer Yuh Nelson: Critique

Si Kung-Fu Panda 3 ne sera pas le Vice Versa de 2016, le film de Jennifer Yuh Nelson a au moins le mérite de poursuivre en toute quiétude une franchise déjà bien rôdée, aux codes et références bien établis.

Synopsis: Suite à d’émouvantes retrouvailles, Po se rend dans un village caché dans la montagne, où il doit apprendre l’art du Chi qui lui permettra d’affronter le redoutable général Kaï qui rêve de voler leur Chi à tous les guerriers.

Pan…da la face !

On n’est pas sous le coup de la découverte d’un chef-d’oeuvre, mais on retrouve cet univers d’arts martiaux animaliers avec le plaisir de pantoufles chaudes et confortables. On ne va pas pour autant se mentir, ce film est une véritable réussite technique, comme les plus grands studios nous en ont donné l’habitude. Il n’y a guère que par manque de budget, qu’on peut aujourd’hui échouer sur la qualité d’une animation, de textures et de couleurs.

Donc revoilà Po, tout auréolé de son statut de « Guerrier Dragon » et poussé cette fois un peu plus vers les sommets, par la mise à la retraite de son vénéré maître. Mais Po se cherche, ce panda est en quête d’identité: n’est-il qu’un panda ? Est-il véritablement le « Guerrier Dragon » ? Ou un simple imposteur ? Une rencontre, des retrouvailles et l’aventure qui va s’en suivre, mèneront Po vers cette réponse si convoitée par nous tous : trouver notre place et, si possible, laisser sa trace…

Finalement, à part quelques longueurs lors de l’arrivée de Po dans le village, assortie de deux ou trois running gags pas toujours fins ni créatifs, Kung-Fu Panda 3 réserve sa part de plaisir simple et fun. Paradoxalement, lors de la scène de retrouvailles, le running gag aurait justement mérité d’être développé, il aurait gagné en humour et surtout, la révélation aurait été plus crédible. On se souvient forcément de Dragon Ball ou de Saint Seiya, pour ces combats martiaux exubérants qui détruisaient tout sur leur passage. On se souvient également de ces cours sur la mythologie, avec ce grand méchant, le général Kaï, à l’allure de Minotaure.

Mais entre autres qualités, Kung-Fu Panda 3 hérite bienheureusement d’une version originale qui mériterait de boycotter la version française. C’est vrai qu’ils étaient déjà là aux épisodes précédents, mais maginez un peu: Jack Black, Angelina Jolie, Dustin Hoffman, Lucy Liu, Jackie Chan, Seth Rogen, Kate Hudson et, cerise sur le gâteau pour ce troisième opus, sa majesté J.K. Simmons (récemment remarquable dans Whiplash), ici impérial en bad guy de service. C’est simple, si on ne le voit pas, on n’entend pratiquement que lui, cette voix grave venue d’outre-tombe, ce qui est bien à-propos dans ce film, fait à elle seule de Kaï un méchant mémorable. Bon, dans la version française on aura bien Manu Payet et Pierre Arditi…Une bien maigre compassion…

Voilà donc que Kung-Fu Panda 3, c’est globalement du tout bon, simple et efficace bien qu’un peu longuet par moments, animation, décors et couleurs sont à la hauteur des standards actuels et, comme presque à chaque fois désormais, l’indicatif de Dreamworks est détourné en forme de gag pour débuter le film. On rit, on s’émeut par moments, on prend son pied face aux combats franchement too much et finalement, ce sont toujours ces bonnes vieilles pantoufles qui nous penser qu’en fait…on n’est pas bien là ?

Kung-Fu Panda 3: Bande-annonce

Kung-Fu Panda 3: Fiche technique

Réalisation: Jennifer Yuh Nelson
Scénario : Jonathan Aibel et Glenn Berger
Doublage VO : Jack Black (Po), Dustin Hoffman (Shifu), Kate Hudson (Mei Mei), Bryan Cranston (Li Chan), Angelina Jolie Pitt (Tigresse), J.K. Simmons (Kaï), Jackie Chan (Singe), Seth Rogen (Mante), Lucy Liu (Vipère)…
Musique : Hans Zimmer
Direction artistique : Max Boas
Productrice : Melissa Cobb
Coproducteur : Jeff Hermann
Producteurs délégués : Guillermo del Toro et Mike Mitchell
Sociétés de production : DreamWorks Animation et Oriental DreamWorks
Société de distribution : 20th Century Fox
Durée : 95 minutes
Genre : Comédie, aventure
Sortie France: 30 mars 2016

Etats-Unis – 2016

Meurtre au pied du volcan, une mini-série de Sveinbjörn I. Baldvinsson : critique

Meurtre au pied du volcan, après Millenium, Bergen, Wallander, le nouveau phénomène venu du froid!

Synopsis : Après le krach boursier de 2008, un baron de la finance est retrouvé mort dans sa luxueuse villa située dans une région isolée d’Islande. Tout porte à croire qu’il s’est suicidé. L’inspecteur Helgi, flic tourmenté fraîchement débarqué de Reykjavik, comprends qu’il s’agit d’un meurtre. Aidé d’une jeune policière inexpérimentée aux méthodes peu orthodoxes, il mène l’enquête au sein d’une communauté renfermée sur elle-même, où chacun à ses secrets.

Présentée comme « la série évènement », « la nouvelle série venue du froid » ou encore « la nouvelle série policière dont vous ne pourrez plus vous passer », Meurtre au pied du volcan semble vouloir s’inscrire dans la tradition des récits policiers scandinaves, dans la veine de Millenium ou des Enquêtes du département V. Elle plonge donc le téléspectateur dans une enquête complexe qui mêle de nombreux thèmes : le trafic de drogue, les placements financiers de la haute finance, le rôle des médias, des images, etc. C’est d’ailleurs dans ce portrait des moyens modernes d’une enquête que la série réussit le mieux son pari. Tout se joue sur des messages électroniques échangés, sur des images dont on peut on non déterminer la véracité. La série dépeint très bien un monde ultra-connecté, où tout se joue derrière des écrans, autant les méfaits des criminels que les résolutions des enquêteurs.

Difficile en revanche de ne pas penser que Millenium fait un peu trop d’ombre à la série, qui ne trouve pas son identité propre. Les riches familles propriétaires, les immenses villas isolées, l’inspecteur-vénère-qui-en-a-gros-sur-la-conscience, les motards néo-nazis, le couple d’enquêteurs au départ opposés qui vont finir par se rassembler… à force de trop vouloir cocher les cases, la série peine, non pas à renouveler le genre, mais simplement à surprendre, et se distinguer. Les personnages, à l’exception de la jeune inspectrice Gréta, sportive reconvertie, magnifiquement campée par Heida Reed qui a su en capter toute la teneur jusque dans la démarche, ont du mal à ne pas se limiter à leur fonction dans le récit. Difficile alors de s’y attacher réellement d’autant que le format mini-série, compliqué à maîtriser, ne permet pas d’offrir assez de temps à ce qui entoure l’enquête : les personnages et leurs quotidiens, leurs drames personnels. Toute l’énergie de l’histoire est concentrée dans la résolution du crime, qui se perd en longueurs. Si les multiples rebondissements permettront aux adeptes du genre de ne pas s’ennuyer une seconde, ils pourront sembler être un moyen un peu artificiel d’allonger le récit à ceux qui ne s’y seront pas suffisamment investis dès le départ.

Fort heureusement, l’Islande a plus d’un tour dans son sac, et les paysages volcaniques servant de décors à l’action donnent à la série une touche toute particulière. Une ambiance très spéciale entoure l’enquête et ses protagonistes, renforcée par une musique inquiétante et un rythme pesant. La brume enveloppe le mystère de l’enquête d’un parfum de fantastique prometteur bien qu’ici inexploré. On a envie de se perdre dans ces rochers biscornus pour voir si, comme le dit la légende, « la lave ne rend jamais rien ».

 Meurtre au pied du volcan (Hraunið), minisérie créée par Sveinbjörn I. Baldvinsson, diffusée sur Arte depuis le 14 janvier 2015, est un des derniers titres ajoutés au catalogue de Rimini Éditions.

Caractéristiques techniques DVD Meurtre au pied du volcan

meutre-au-pied-du-volcan-mini-serie-dvd

VIDÉO Format : 1.78 – 16/9 anamorphique (compatible 4/3) Standard : PAL Image : Couleurs
AUDIO Langues : Français (Dolby Digital 2.0), Islandais (Dolby Digital 2.0) Sous-titres : Français

Islande / 2014 / Couleur / 4 x 45 mn env / Format 1.77 / 16/9 compatible 4/3 / Langues : Français – Islandais / Sous-titres français / Son stéréo

Meurtre au pied du Volcan: Fiche Technique

Réalisation : Reynir Lyngdal
Scenario : Sveinbjörn I. Baldvinsson
Casting : Björn Hlynur Haraldsson, Heida Reed, Arnoddur Magnus Danks, Joi Johannsson, Svandis Dora Einarsdottir, Maria Ellingsen…
Musique : Hjörtur Ingvi Jóhannsson
Mini-série intégrale en 4 épisodes de 45’
Éditeur : Rimini Editions
Distributeur : ESC Conseils

Auteur Amaurych

 

Hardcore Henry, un film d’Ilya Naishuller : Critique

Synopsis : Henry est sur le point de mourir mais est ramené à la vie par son épouse, qui l’a en partie transformé en cyborg. Il doit sauver cette dernière des griffes d’un tyran psychotique doté de pouvoirs télékinétiques, Akan, et de son armée de mercenaires. Se battant à ses côtés, Jimmy est son seul espoir de réussite

« Quand Call of Duty et cinéma font bon ménage. »

Deadpool, 99 Homes et maintenant Hardcore Henry! Difficile de penser qu’entre l’adaptation d’un héros irrévérencieux de chez Marvel, le constat alarmiste des effets de la crise des subprimes sur les petites gens et un défouloir azimuté en pays moscovite, un lien, certes ténu, existe. Et pourtant, ce kaléidoscope culturel trimballe avec lui beaucoup plus qu’on ne pourrait le penser. Si le premier, étaye non sans mal sa mythologie à coup de dialogue briseurs de 4ème mur, suffisant à aliéner un public décidément fana de cette diction depuis House of Cards et les apartés légendaires de ce mesquin Kevin Spacey, que le second a eu le chic pour se payer une sortie hors du parc à écran français et que le 3ème se fait le pari d’user de l’importance de l’image et par extension de l’écran pour asseoir ses intentions et ses fantasmes nihilo-destructeurs, c’est bien parce que l’année 2016 semble adopter ce postulat résolument novateur que de vouloir délaisser l’écran de cinéma pourtant figure chère du cinéphile pour l’exporter dans une poche de jean, une tablette posée sur le coin de la cheminée et même un vieux poste de télé. En cela, la sortie d’Hardcore Henry, a tout l’air d’un événement, si l’on se fie à sa principale spécificité, qui ne devrait pas manquer de plaire aux aficionados de consoles de jeux.  Car qu’on se le dise tout de suite, mais Hardcore Henry, outre son postulat aussi nihiliste que barré, est avant même la diffusion de ses premières images, un cas d’école. A l’origine simple court-métrage shooté à la première personne, donnant à voir un quidam affronter des dizaines de mercenaires dans une ambiance survoltée, Hardcore Henry est devenue par la grâce du crowdfunding (financement participatif) un projet bien réel, aisément soutenu par une myriade de fans de FPS, trop contents de voir le cinéma enfin s’emparer de cette itération vidéo-ludique, qui plus est dans sa conception la plus pure et ardemment portée par le taulier du cinéma russe, Timur Bekbambetov. Si la bonhommie de ce producteur vous est inconnue, sachez juste qu’on lui doit la relecture toute azimutée du chef d’oeuvre de William Wyler, Ben-Hur, et qu’il a déjà excellé en amont de ce brillant coup d’éclat, en adaptant cet opéra morbide ou les douilles voltigent et les tueurs lisent dans une machine à tisser qu’est Wanted (2008) ou Abraham Lincoln : Chasseurs de Vampire (2012), irruption malheureuse de l’oligarque russe dans un genre racé – le film de vampires- qu’il a ignominieusement lié avec une personnalité historique en tout point respectable, chargé donc dans ce joyeux foutoir, d’aller déchiqueter à coup de pelle ou de hache d’odieux rampants & vampires, entre deux jets du 13ème amendement. Un CV peu flatteur en l’espèce, mais toutefois prompt à véhiculer une vision débridée, délurée, et en fin de compte déviante de l’industrie du film, amenant de la sorte l’intérêt de l’oligarque russe pour le projet, directement inspiré de la culture pop, et sans doute conçu pour jouer non sans subtilité, comme digne représentant d’une société biberonnée à la violence quotidienne , à la trahison, aux tromperies et à l’essor des nouvelles technologies. Dès lors, à la vue de cet opéra acharné voyant se mélanger sans la moindre retenue robotique, vodka, cocaïne, violence et paranormal, on se dit que le seul résultat à en attendre, outre un gloubi-boulga chaotique et orgasmique n’est qu’une relecture sous acide de George Miller qu’on aurait fusionnée avec un Quentin Tarantino. En somme le crédo non avoué de Bekbambetov : de la technique et du sang.

Le rouge est une couleur chaude

Et du sang, il y en a. Beaucoup même. Passé un générique à l’esthétique rougeâtre se faisant l’écho du festival de violence qui va suivre (on y voit des bustes d’hommes et de femmes se faire poignarder, flinguer et taper à la batte), que voilà déjà le rouge s’effacer au profit d’un blanc étincelant. Celui d’un laboratoire en l’occurrence, ou l’on y ouvre les yeux, via le personnage d’Henry, un cyborg, qui va très vite être contraint de s’échapper après qu’un caïd de la pègre aux cheveux blonds peroxydés nommé Akan, ait décidé de le tuer. Dans sa fuite, il voit sa femme, Estelle, se faire capturer. Autant de raisons qui vont le pousser à tenter le tout pour le tout, quitte à devoir pactiser avec un étrange américain, Jimmy (Sharlto Copley). A peine le temps de comprendre et même d’appréhender ce concept malin en diable, osant ouvertement et sans ambages piquer à la culture vidéo-ludique (on y retrouve le héros privé de la parole, qui prend ses marques avec son nouveau corps et qui, au fil de ses pérégrinations faites de virées dans différents univers tels qu’un bordel, un parking, un immeuble abandonné ou une autoroute, s’abandonne dans des niveaux comme le ferait n’importe quel gamer) que voilà déjà le film parti pour tout envoyer bouler, quitte à sombrer dans une violence démesurée et caractéristique du pays du rouble : diablement furibarde.

Sans doute caractéristique de la patte Bekbambetov, en plus d’être principal moteur de l’intrigue, la violence est ici hypertrophiée, quitte à faire passer les exploits de Rambo pour une escarmouche de bac à sable. Exagérée, dévastatrice, gore et enfin furibarde, tant le rythme, calé sur le crédo d’une ligne de coke (à croire que la production tout entière est passée par la Colombie) annihile toutes les perceptions et prévisibilités possibles, la violence est surtout le manifeste, devenu en très peu de temps inutile, de l’origine du film. Son ADN, violent, jusqu’au-boutiste, insensible et ouvertement idiot transpire la Russie par tous les pores. Entre orgies des armes à feux et de la débauche, une apparente insensibilité des divers policiers qui tomberont comme des mouches face aux assauts du personnage principal, ou l’apparente exagération (ici chronique) des genres matriciels du cinéma, qui verront le thriller mâtiné de technologie se mêler au western avec l’affrontement final entre Akan et Henry, qui eux-mêmes se verront rejoints par l’amour naissant entre Estelle & Henry, c’est finalement à un pan de cinéma entier que Hardcore Henry souhaite rendre hommage. Un peu comme si la technique jusqu’au-boutiste et par définition écrasante de l’ensemble prenait le pas sur le récit, quitte à singer dans une certaine mesure, le dernier Innaritu, The Revenant, qui en convoquant trip naturaliste, combat homérique entre l’Homme et la nature, survival désenchanté et regard acerbe sur les dérives déjà hautement morbides du capitalisme, se faisait déjà l’écho d’une volonté de rendre un hommage, non pas à un genre prédéterminé mais bel et bien au cinéma en tant que vivier à histoires.

La revanche du gamer 

Et en ce sens, le choix de se calquer sur une représentation/adaptation vidéo-ludique n’est pas des plus irréfléchies. Bien au contraire même. S’il est généralement de mise de conspuer tout film se faisant le pari de porter à l’écran un jeu vidéo, on ne peut toutefois pas contester que certains films ont au cours de cette frénésie de l’adaptation, su tirer leur épingle du jeu, quitte à restituer avec eux certains poncifs immémoriaux du 10ème art. La renaissance systématique du personnage d’Edge of Tomorrow ou la récente incursion dans le genre de Kevin Spacey qui a prêté ses traits pour camper une figure d’un épisode de Call Of Duty, prouvent de facto l’attraction existante entre cinéma et jeux vidéo. Un peu comme si les deux univers, qui tendent à se rapprocher, n’avaient que respect l’un pour l’autre, quitte à, de temps en temps, le prouver par des films hommages. 

Et Hardcore Henry, est à bien des égards, cet hommage. Comment expliquer autrement que par la représentation spatiale découpée en niveau d’un jeu, les différents univers traversés par Henry ? Comment expliquer le temps d’adaptation vécu par Henry, qui passera de cyborg chétif à machine à tuer dans le dernier acte, autre que par l’acquisition d’expérience ? Ces thématiques, esquissées de long en large feront ainsi le sel de cet Hardcore Henry, qui n’aura décidément de cesse qu’à revendiquer son titre, amuseur en diable, tant il n’est que très peu éloigné de la réalité. Et au milieu de ce faux plan séquence, qui compilera adroit hommage aux différents jeux charnières de console (Grand Theft Auto, Hitman, Devil May Cry, Poursuit Force, Splinter Cell) et exutoire d’une violence trop souvent contenue, on ne peut que passer notre temps à rire et à regarder béatement ce qui s’apparente non moins qu’à la preuve que derrière tout court-métrage, se cache un long en devenir. Et dans son cas, un foutrement bon tant le seul reproche qu’on pourra lui faire sera d’être l’instigateur d’une grosse frustration que de ne pouvoir tenir pendant toute la séance, la manette chargée d’exécuter ce joyeux bordel qu’est ce défouloir irrévérencieux et total.

Jouissif, extatique, furibard, déchainé, et totalement fou, cet Hardcore Henry a de bonne chance d’exalter une génération entière de gamers tant son propos, aussi gore que violent, agit en madeleine de Proust pour quiconque a un jour tenu une manette et joué à un bon vieux FPS des familles. Mais au-delà de sa technique constante et maîtrisée, c’est surtout à un véritable modèle de défouloir que n’auraient pas renié Rambo ou Predator, que nous confronte Ilya Naishuller.

Hardcore Henry : Bande-annonce

Hardcore Henry : Fiche technique

Réalisation : Ilya Naishuller
Scénario : Ilya Naishuller
Casting : Ilya Naishuller (Henry), Sharlto Copley (Jimmy), Danila Kozlovski (Akan), Haley Bennett (Estelle)
Musique : Heavy Young Heathens
Photographie : Pasha Kapinos, Vsevolod Kaptur, Fedor Lyass
Montage : Steve Mirkovich
Production : Timur Bekmambetov, Ekaterina Kononenko, Ilya Naishuller, Inga Vainshtein Smith
Sociétés de production : Bazelevs Production, Versus Pictures
Société de distribution : STX Entertainment (en), Metropolitan Filmexport (France), VVS Films (Canada)
Langues originales : anglais, russe
Format : Couleur – 1.85:1 – caméra GoPro
Genre : action, science-fiction
Durée : 90 minutes
Dates de sortie en France : 13 avril 2016

Russie, États-Unis – 2015