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Premier Contact: Musique, bande-originale de Jóhann Jóhannsson

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En attendant Blade Runner 2049, le compositeur islandais Johann Johannsson retrouve Denis Villeneuve en composant la musique du film Premier Contact adapté d’une nouvelle Story of Your Life, de Ted Chiang.

Premier Contact – B.O/Trame sonore/Soundtrack

Peu à peu, les terres d’Islande s’imposent comme fertiles à la musique de qualité. Of Monsters And Men, Björk, Sigur Rós ou encore Ásgeir, sont autant d’artistes venus du froid avec talent, accent inimitable et savoir-faire. Rien d’étonnant donc, à ce que Jóhann Jóhannsson se retrouve dans la peau du compositeur attitré des bandes-originales des films (Sicario en 2015 et Prisoners en 2013) de Denis Villeneuve et accouche de celle de son très attendu Premier Contact. Bon on va le dire franchement, à l’écoute de cet album, on devient fou d’impatience dans l’attente du Blade Runner 2049 que doit réaliser Villeneuve. Jóhannsson est un futur très grand compositeur qui, c’est évident, permettra de retrouver par la musique la fascination qu’exerce le premier Blade Runner. Premier Contact, sans n’être que ça semble être, pour lui, comme la répétition générale d’un immense événement, même si son travail va bien au-delà.

La musique de Premier Contact est presque intégralement électronique (à quelques notes de piano près) et s’inscrit dans l’héritage de l’immense Vangélis Papathanassíou (mais aussi Gorgio Mordre), tout en se l’appropriant. Forger sa propre identité dans la lignée des plus grands. Son œuvre est plus âpre, plus dure et plus massive, là où Vangélis privilégie l’harmonie, l’emphase et l’impact mélodique. Mais les temps ont changé, les compositions sont plus déstructurées et moins propices à l’édition de singles. Il n’en reste pas moins que l’impact que cette bande-originale est fort et laisse présager un film lourd de tensions, haletant et impressionnant, tant sur le fond que sur la forme. Ici Jóhannsson semble expérimenter autant qu’il crée et compose, transformant le son en instrument de musique au service tant de l’atmosphère que de la mélodie. On ressent finalement autant cette bande-originale qu’on l’écoute et curieusement, sans même connaitre le thème du film qu’elle accompagne, on le devine grâce à elle, tant elle est juste. Une belle surprise de la part d’un compositeur qui semble se donner le temps et conçoit également la musique comme une source de créativité, d’où son laboratoire d’idées, qui rappelle ceux que possédaient les radios publiques européennes dans les années 70 et qui permirent à des gens comme Jean-Michel Jarre d’émerger.

Premier Contact – Bande-Originale

Sortie: 11 novembre 2016

Distributeur: Deutsche Grammophon

Durée: 56’11

Tracklist:

1. Arrival 2:50
2. Heptapod B 3:42
3. Sapir-­Whorf 1:16
4. Hydraulic Lift 3:32
5. First Encounter 4:49
6. Transmutation At A Distance 1:34
7. Around The Clock News 1:34
8. Xenolinguistics 3:29
9. Ultimatum 1:52
10. Principle Of Least Time 1:20
11. Hazmat 4:48
12. Hammers And Nails 2:31
13. Xenoanthropology 3:08
14. Non-Zero-Sum Game 4:17
15. Properties Of Explosive Materials 3:31
16. Escalation 2:02
17. Decyphering 2:05
18. One Of Twelve 3:09
19. Rise 1:47
20. Kangaru 2:55

L’Histoire de l’Amour, un film de Radu Mihaileanu : Critique

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Cinq ans après La Source des femmes Radu Mihaileanu revient avec L’Histoire de l’Amour, une adaptation du roman de Nicole Krauss. Entre amour passionnel et déchirements émotionnels, Mihaileanu sacralise un récit magnifique, malgré des lourdeurs passagères.

Synopsis: Il était une fois un garçon, Léo, qui aimait une fille, Alma. Il lui a promis de la faire rire toute sa vie. La Guerre les a séparés – Alma a fui à New York – mais Léo a survécu à tout pour la retrouver et tenir sa promesse. De nos jours, à Brooklyn, vit une adolescente pleine de passion, d’imagination et de fougue, elle s’appelle aussi Alma. De l’autre côté du pont, à Chinatown, Léo, devenu un vieux monsieur espiègle et drôle, vit avec le souvenir de « la femme la plus aimée au monde », le grand amour de sa vie. Rien ne semble lier Léo à la jeune Alma. Et pourtant… De la Pologne des années 30 à Central Park aujourd’hui, un voyage à travers le temps et les continents unira leurs destins.

Une fresque romanesque, lourde mais juste, sur l’Amour et l’Homme

Depuis ses prémices en tant que cinéaste, Radu Mihaileanu a construit son style sur une base sentimentale prépondérante. Parfois lourde mais toujours juste, cette volonté d’haranguer les sentiments du spectateur permet de s’identifier formellement aux personnages, une prouesse aux abords minime, mais qui s’avère bien plus réussie qu’il n’y paraît. En effet, l’émotion constitue le personnage récurrent de sa filmographie, une force puissante et inarrêtable, puisant dans la justesse la plus pure pour nous émouvoir. Malgré la lourdeur sous-jacente à cette exaltation, la beauté symbolique de son œuvre nous emporte autant qu’elle nous marque et place son auteur, dans le cercle très fermé des réalisateurs majeurs de notre société. C’est donc avec une impatience non assumée qu’on attendait L’Histoire de l’Amour, adaptation de l’auteure américaine passionnée Nicole Krauss, un récit choral transgénérationnel qui sonne comme une évidence dans l’esprit de Mihaileanu. Ainsi, le long métrage est digne de l’auteur, à la fois tragique et drôle, bouleversant et pathétique. Malgré ses lourdeurs, L’Histoire de l’Amour est le successeur d’un genre cinématographique absent des productions françaises : la fresque romanesque.

Une technique au service de l’Émotion

Malgré une signature visuelle peu évidente, on reconnaît sans peine la patte de Radu Mihaileanu dans la conception du long métrage. Entre séquences émotionnelles fortes, caractérisations simples (parfois convenues) de certains personnages et humour réjouissant, L’Histoire de l’Amour est bien le film de son auteur. Une ferveur qui se ressent à chaque instant, tant l’énergie et la passion déployées transparaissent des deux heures et quinze minutes de pellicules. De même, la performance tout en justesse des acteurs, permettent une immersion totale dans un récit faisant la part belle aux relations humaines, ces dernières étant en conséquence, différentes, selon la génération abordée. Sans nul doute, ce sont Derek Jacobi et Elliot Gould, deux « gueules » du cinéma américain des années 80, à qui l’on accorde notre plus grand attachement, tant leurs compositions nous provoquent un camaïeu d’émotions (joie, doute, tristesse) et reflète la force profonde du long métrage. Ce sont également les talentueuses Sophie Nelisse (La voleuse de Livres) et Gemma Arterton qui procurent un plaisir réel de visionnage. De même, la photographie chaude et agréable de Laurent Dailland, collaborateur historique du réalisateur, réchaufferait même le plus gelé des cœurs. Enfin, la partition musicale d’Armand Amar finit d’émouvoir aux larmes le spectateur adepte du genre, quand celui désireux d’une prise de risque sera déçu par un classicisme inhérent au style de Radu Mihaileanu. La reconstitution historique, notamment celle du New York post Seconde Guerre Mondiale est également à mettre au crédit du réalisateur et du long métrage, confirmant un travail visuel soigné, une véritable réussite source d’émerveillement pour le spectateur.

Malgré la justesse, un rythme décousu et des lourdeurs parsemées

Si la performance technique de L’Histoire de l’Amour est une réussite, Mihaileanu conserve malheureusement ce qui lui a fait défaut de nombreuses fois : forcer le sentiment jusqu’à écœurement. Si le long métrage reste correctement dosé, certaines séquences émouvantes restent démesurément larmoyantes, au point de sortir les violons et d’appuyer jusqu’à la rupture. Ce sentiment désagréable d’être volé dans sa propre sensibilité entraîne, ainsi, un détachement du spectateur face au métrage. Un problème que Radu esquive le plus possible mais qui reste comme une gangrène dans le récit, ce qui paraîtra comme un calvaire pour le spectateur peu réceptif à l’émotion constante. De même, le récit choral décousu et faussement complexe en début de long métrage empêche une quelconque immersion, tant l’attention se porte sur la cohérence du récit plutôt que la découverte des enjeux. Le rythme reste donc inégal, oscillant entre instants feel-good très divertissants et discours étonnamment guimauves d’une longueur interminable. De ce fait, c’est l’adaptation même qui souffre de son statut, du fait d’une transcription le plus fidèlement possible au support originel de Nicole Krauss. C’est l’une des seules choses à imputer à l’auteur, plutôt passif dans sa capacité d’adapter, quand son talent d’écriture aurait apporté plus de surprises à une intrigue au déroulement confus. Enfin, on regrettera une durée sûrement un peu trop longue, la faute à un fil rouge bien trop étiré pour le peu de thématiques traitées.

Ainsi, L’Histoire de L’Amour renoue avec la grande tradition du drame romanesque, tout en stylisant un récit des plus émouvants et magnifie un propos sur l’Homme et l’Amour. Le talent de Radu Mihaileanu transcende les âges pour émerveiller et donner envie d’aimer. De ce fait, malgré quelques longueurs, cette fresque romanesque à travers les générations et les sociétés, marque par sa générosité, sa justesse et sa beauté.  Il s’impose donc comme une référence au sein de la filmographie de son auteur et se place aisément comme l’un des meilleurs films de l’année.

L’Histoire de l’Amour : Bande-annonce

L’Histoire de l’Amour : Fiche Technique

Titre original : The History of Love
Réalisation : Radu Mihaileanu
Scénario : Radu Mihaileanu et Nicole Krauss
Interprétation: Gemma Arterton (Alma Mereminski), Derek Jacobi (Léo), Sophie Nélisse (Alma jeune), Elliot Gould (Bruno Leibovitch), Mark Rendall (Léo jeune)
Décors : Kris Moran, Suzanne Cloutier et Christian Niculescu
Costumes : Viorica Petrovici
Montage : Ludo Troch
Musique : Armand Amar
Production : Radu Mihaileanu, Xavier Rigault et Marc-Antoine Robert
Sociétés de production : 2.4.7 Films et Oï Oï Oï Productions
Sociétés de distribution : Wild Bunch (France)
Langue : Anglais
Durée : 134 minutes
Genre : Drame, Romance, Fantastique
Dates de sortie : 9 novembre 2016

France, Canada, USA, Roumanie – 2015

Arras Film Festival 2016 : La Vallée de la Paix, de France Stiglic

Découverte à l’Arras Film Festival de La Vallée de la Paix, film de 1956 restauré et projeté dans le cadre de la sélection Visions de l’Est. Un puissant film slovène traitant de la Seconde Guerre Mondiale à travers le périple de deux enfants en fuite.

Synopsis : Pendant la Seconde Guerre Mondiale, deux enfants orphelins, Marko et Lotti, partent à la recherche d’une vallée mythique où la guerre n’existe pas. En route, ils rencontrent un aviateur noir américain dont l’avion a été abattu. Ils feront un bout de chemin ensemble.

Notre Review La Vallée de la Paix

Au festival arrageois du film, nous avons découvert le long métrage La Vallée de la Paix (Dolina Miru), qui nous fait suivre l’aventure de deux enfants dans un pays ravagé et divisé par la guerre. Divisé en effet, entre les nazis et leurs partisans (dont beaucoup sont de jeunes enfants orphelins emmenés et formatés par l’Allemagne d’Hitler), le pays est touché par la guerre, précisément par les forces de l’Axe et par les bombardements alliés. Justement, lors d’un énième lâché de bombes par des avions américains, Marko perd ses parents, et Lotti son dernier lien familial, sa grand-mère. Ils sont alors emmenés à l’orphelinat, et ils sont d’ores et déjà considérés par les nazis comme de nouveaux partisans. Mais les deux bambins veulent fuir la guerre, les armes, la violence, et partagent un rêve commun, atteindre un lieu presque mythique, une vallée où vivrait l’oncle de Marko et dont aurait parlé la grand-mère de Lotti, un lieu où la paix régnerait : la vallée de la paix.

Ce périple de l’enfance rappelle celui de La Nuit du Chasseur, le brillant film de Charles Laughton dans lequel un garçon et sa petite soeur fuient leur foyer envahi et meurtri (littéralement) par un faux prêcheur avide d’argent. Ce-dernier, pensant que les deux enfants ont emmené le pactole, et ces jeunots étant des témoins de ses crimes, se lance à leur poursuite. Le film rappelle ainsi un cinéma américain puissant, ainsi que le classicisme mélodramatique hollywoodien par son générique et sa bande-son très sentimentaliste. On pense aussi à la modernité italienne, avec ces images – parfois documentaires – sur les paysages urbains slovènes redessinés par les forces destructrices de la guerre, avec la vie qui continue de s’y animer – via les figures des enfants. Nous avons d’ailleurs de très long plans, parfois mouvementés en traveling (accompagnés de panoramique), captant la vie dans son flux continu. Et nous serons surpris par quelques plans tournés à l’épaule (qui surprendraient moins aujourd’hui tant cela a été récupéré par les cinémas de genre (de l’action à l’épouvante-horreur, inspirant d’ailleurs la pratique du « Found Footage »). Le cinéaste connaît visiblement les cinémas du monde, et s’en inspire pour livrer un essai visuel sur ces espaces et territoires slovènes ravagés par la guerre, et oubliés par la Grande Histoire.

Ainsi, à travers la fuite des deux enfants de la ville à la montagne et campagne, le réalisateur nous livre une cartographie des combats qui touchent la Slovénie. A l’extérieur de la ville, il n’y a plus que les nazis et les Résistants, des traces de combat (un char, des cadavres), et des lieux – qui foisonnaient de vie alors – désertés. Pendant leur parcours, les deux enfants rencontrent un pilote afro-américain. La plus petite sera surprise puis amusée par la différence de couleur de peau. Les deux enfants s’attacheront à ce nouveau parent par accident. Les trois trouveront ensuite un cheval blanc, qui ne cessera de les suivre. Le conte est là, mais le pilote est conscient dès le début du statut utopique de la quête des enfants, mais peut-être s’en sortira-t-il avec eux ? Alors que le groupe progresse, le doute quant à la finalité du voyage s’installe. Derrière eux, les résistants qui les cherchent, les nazis qui les pourchassent. Comme dans Le Labyrinthe de Pan, l’enfance et bien plus que ça, le bien, le courage, l’amusement, la rencontre, l’humanité… se retrouvent au centre d’une guerre que les protagonistes cherchent à fuir par dessus tout, pour (re)trouver la paix.

La Vallée de la Paix est un film incontournable, un conte amusant et sombre, un road-movie émouvant avec son lot d’action, une œuvre à la réalisation très intéressante pour un traitement formidable et original de la Seconde Guerre Mondiale, et une véritable aventure humaine. Enfin on félicitera la qualité de la restauration, tant la copie présentée est belle.

Titre original : Dolina miru

Un film de France Stiglic

Interprètes : John Kitzmiller, Evelyne Wohlfeiler, Tugo Stiglic

Genre : Drame, Guerre

Nominations et prix : « meilleur acteur » remporté pour John Kitzmiller et nomination à la palme d’or pour France Stiglic au Festival de Cannes de 1957

Date de sortie : 1956

Le top 5 des dessins animés Disney selon la rédaction

Alors que Vaiana, la légende du bout du monde arrive dans nos salles obscures en cette fin d’année, c’est une longue tradition qui se poursuit, celui des films d’animation produits à rythme annuel par les studios Disney.

Depuis la sortie de Blanche-Neige et les sept nains en 1937, qui révolutionna l’industrie de l’animation avec l’utilisation de la technique de la rotoscopie, les studios de Walt Disney ont imposé leur monopole sur le marché mondial. Il aura fallu attendre l’explosion de l’animation numérique pour que ce piédestal soit ébranlé… et que les héritiers de Disney ne s’empresse de racheter Pixar et redeviennent rapidement les n°1.

La magie des dessins-animés Disney leur permet d’être tout à la fois intemporels et générationnels. Parce qu’ils ne vieillissent pas comme les films tournés en images live, ils conservent leur charme plusieurs décennies après leur sortie. Toutefois, étant souvent les premiers films que nous avons découvert sur grand écran, les dessins animés sortis dans notre enfance garderont à jamais une place à part dans notre petit cœur de cinéphile.

C’est d’ailleurs ce constat que nous avons pu faire en demandant aux membres de la rédaction de CinéSéries-Mag de citer leurs Disney préférés : La majorité d’entre nous ayant grandi dans les années 90, les films sortis durant cette décennie sont arrivés vainqueurs du sondage. Ceci n’est pas un mal car, après tout, ces films correspondent à une période de renaissance située entre La Petite Sirène qui est apparu, en 1989, comme une nouvelle révolution en termes d’animation mais aussi le plus gros succès de la firme depuis Les Aristochats, et l’émergence du numérique, que Disney entama fort mal avec le d’ors et oublié La Planète au trésor en 2002.

Le top 5 des dessins-animes Disney :

1/ Le Roi lion (Roger Allers, Rob Minkoff, 1994) : Telle une madeleine de Proust, Le Roi Lion fait partie de ces essences qui ont ravi notre âme d’enfant et qui aujourd’hui encore nous plonge en pleine nostalgie, chaque fois que l’on fredonne malencontreusement les paroles de « Hakuna Matata » ou que l’on se souvient fébrile, du fratricide Shakespearien à l’encontre de ce pauvre Mufasa. Oui, nous avons tous rêvé devant ces couchers de soleil à couper le souffle, frissonné devant l’une des plus belles ouvertures du cinéma et dansé sur les chansons entraînantes du film en compagnie de personnages hauts en couleurs et terriblement émouvants. Sans doute l’une des plus belles réussites de l’entreprise Disney, Le Roi Lion loue le courage, le respect et surtout l’amour entre les êtres. Une parole bien sage que Mufasa nous avait léguée jadis, lorsque, petits, nous découvrions à peine les lois intransigeantes du règne animal.  Yael

Mulan (Tony Bancroft, Barry Cook, 1998): Mulan fut le modèle de bien des jeunes filles. Forte, courageuse et intelligente, cette adolescente qui ne se retrouve pas dans la féminité artificielle que la société lui impose, va se travestir en guerrier pour sauver son père, et au passage la Chine tout entière. Terrassant les princesses fades des débuts, Mulan ouvre la voie à de nouveaux personnages féminins plus complexes. Mais Mulan c’est aussi un des Disney les plus désopilants, notamment grâce à l’acolyte de notre héroïne : le très puissant, le très agréable, le très indestructible lézard Mushu. Une bonne dose d’humour, une narration efficace et des sujets sérieux tels que la quête de soi et la question du genre, Mulan est un classique qui continue de nous émouvoir aujourd’hui encore.            Perrine

Aladdin (Ron Clements, John Musker, 1992): 40e long-métrage Disney, Aladdin, librement inspiré d’un conte traditionnel arabo-perse et du film britannique de 1940, Le Voleur de Bagdad, est le plus gros succès de l’année 93, cumulant Oscar et Golden Globe de la meilleure bande son. On doit celle-ci à Howard Ashman et Alan Menken qui avaient proposé l’idée sur le tournage de La Petite Sirène. « A Whole New World » (« Ce Rêve bleu »), véritable hymne à l’amour sensoriel et voyage visuel, devient un standard en 94 récompensé par un Grammy. Aladdin est le premier personnage « adulte » à être typé, ethnicisé oriental. Malgré la censure sur les paroles originales, la version française marquera toute la génération 90’s en construisant une fable sur le pouvoir, les classes sociales et la place de la femme dans les sociétés orientales d’une richesse scénaristique rarement égalée, plaçant le remord et la conscience des inégalités au premier plan.     Antoine M.

Hercule (Ron Clements, John Musker, 1997) : Avant la tendance actuelle et lucrative de la course aux supers héros, il en fut un dont le seul nom illustre parfaitement cette expression : Hercule. Considéré comme le plus grand de tous les héros grecs, le long métrage confectionné par Disney nous conte son récit, de sa naissance parmi les dieux jusqu’à ses aventures sur terre, avec toute la maestria qu’on leur connait. Illustré par une bande originale des plus entraînantes, mêlant blues, pop et gospel ( !), la force du film réside dans sa galerie de personnages (mention spéciale à Hadès), et son rythme habile alternant moments de bravoures spectaculaires (le combat contre l’hydre, l’attaque des titans…) et instants plus intimistes. Relecture revigorante et endiablée de tout un arc de la mythologie grecque, Hercule mérite donc tout bonne bonnement sa place dans le panthéon des meilleurs dessins animé de l’oncle Walt.     Kevin B

Tarzan (Chris Buck, Kevin Lima, 1999) : Après le grand film d’animation Mulan, Disney décide d’adapter la légende de Tarzan au cinéma. Malgré quelques détracteurs, ce long métrage est une réussite indéniable. Le créateur Glen Keane réutilise certains codes et techniques du cinéma d’animation des années 30, comme le praxinoscope et réussit une prouesse visuelle majeure pour l’époque. Chaque mouvement, dessiné à la main, traduit un succès artistique total, avec une précision rarement égalée et un réalisme dans les gestes époustouflants. La musique intemporelle de Phil Collins, récompensée aux Oscars et interprété par lui-même dans quatre langues pour le film, finit d’émouvoir le spectateur le plus réfractaire à la pellicule. Le long métrage reste également un grand film d’aventure, aux personnages attachants et à l’émotion palpable tout du long. Une splendide animation dotée d’un superbe message de protection de la nature figeant ce magnifique long métrage, dans l’éternité.                Louis

Ils auraient pu y être : Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), Le Livre de la jungle (1967), Les Aristochats (1970), Le Bossu de Notre-Dame (1996), Zootopie (2016), Merlin l’Enchanteur (1963)…

 

Rami Malek au casting de Bohemian Rhapsody

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L’acteur américain Rami Malek prêtera ses traits à la légende du rock Freddie Mercury dans le futur biopic musical consacré au groupe anglais Queen.

Rami Malek, dont la carrière a pris un tournant fulgurant depuis le succès de la série Mr. Robot, poursuit son ascension en décrochant cette fois un rôle titre sur grand écran. Officiellement pressenti pour incarner le chanteur du groupe Queen dans un biopic intitulé Bohemian Rhapsody, le comédien décroche là son premier grand rôle au cinéma.

Le film, dont la production piétinait depuis les départs successifs de Sacha Baron Cohen et Ben Whishaw, semble enfin tenir son lead actor après bien des désagréments. Cette nouvelle, rendue publique par plusieurs sites (Deadline, Variety) et corroborée par les membres de Queen en personne, devrait ravir les amateurs de rock et les fans de Freddie Mercury. Le biopic, très attendu, sera réalisé par Bryan Singer, à qui l’on doit la saga X-Men, et écrit par Anthony McCarten, qui avait déjà signé le très remarqué Une Merveilleuse histoire du temps. Côté production, Bryan May et Roger Taylor, respectivement guitariste et batteur du groupe, superviseront le projet.

Bohemian Rhapsody reviendra sur les années fastes de Queen et s’attardera sur leurs plus grands succès, préférant a priori passer sous silence les aspects plus sombres et tragiques de la vie de Freddie Mercury, mort du SIDA à seulement 45 ans. Reste à savoir si ce biopic, qui suscite déjà la curiosité des cinéphiles, sera suffisamment subversif et déjanté pour convaincre, ou si l’équipe préférera miser sur la sécurité en livrant un scénario lisse et convenu.

The Mirror, un film d’Edward Boase : critique

Cinq ans après Blooded, passé inaperçu, le réalisateur Edward Boase s’essaie cette fois au found-footage avec The Mirror, film d’épouvante inabouti et bâclé.

Synopsis : Trois colocataires achètent un miroir hanté sur eBay dans l’espoir de remporter le prix Paranormal One Million Dollar. Le principe est simple : un million de dollars sera offert aux participants qui présenteront une vidéo montrant des phénomènes paranormaux. Le désir de gagner va aveugler les trois amis, qui poursuivent l’expérience coûte que coûte malgré les manifestations obscures qu’ils ont déclenchées…

The Mirror, ou comment un miroir peut faire trembler les spectateurs. Depuis le cinéma expressionniste, le miroir et le reflet sont des thèmes récurrents, notamment utilisés pour critiquer et dénoncer la part d’ombre de chaque être humain. The Mirror tente à son tour d’exploiter le filon, mais ne se démarque jamais. Résultat ? Un film d’horreur banal et surtout très mauvais, sans ambition.

Le mauvais reflet

Dès les premières images, le spectateur s’aperçoit bien vite que l’intrigue repose sur le principe du found-footage, en racontant des événements filmés par une caméra dont on a miraculeusement retrouvé la cassette, à l’instar des récents Gallows et The Visit. Problème : on se rend rapidement compte que la trame narrative initiale, très fine, n’est jamais étoffée et que le point de départ de The Mirror sert en fait de prétexte au réalisateur pour s’engouffrer dans la brèche d’un sous-genre horrifique très en vogue qu’il ne maîtrise pas, accumulant toutes les erreurs possibles.

Dans certains films, on peut tomber sur un élément diégétique clé qui confère de la crédibilité à l’histoire, mais ce n’est pas le cas de The Mirror, dont l’intrigue insignifiante tient en quelques lignes, sans présenter d’intérêt quelconque. Boase s’est inspiré d’un article publié dans le Huffigton Post, qui racontait qu’en 2013, deux colocataires londoniens avaient trouvé dans une benne un miroir neuf qui aurait déclenché une série d’événements paranormaux. Ce miroir à été vendu sur Ebay, et le réalisateur imagine donc une supposée suite à ce fait divers en le réadaptant à sa façon. Une idée sympathique dont le cinéaste ne tire jamais parti, accouchant au final d’un long-métrage plat, sans relief ni enjeux, qui sombre dans le déjà-vu et s’essouffle très vite. Peut-être aurait-il fallu opter pour un format plus calibré afin de revaloriser le concept de base (court-métrage,  creepypasta) : la peur aurait alors pu être en rendez-vous.

Le miroir lui-même, pourtant source du mal absolu, ne s’impose pas non plus comme l’objet effrayant que l’on attendait : la mise en scène, plutôt que de mettre l’emphase sur cette relique néfaste, passe à côté de son sujet et tombe malheureusement dans l’écueil de la facilité, en optant pour une grammaire narrative éculée. On pense par exemple à la succession de jump-scares inutiles, vers les quinze dernières minutes. Sans surprise, le spectateur finit par s’ennuyer devant un amas de situations prévisibles, imputables au cruel manque d’originalité de The Mirror, dont le dernier quart d’heure frise carrément le ridicule.

Le visage de la laideur

Un bon film de found-footage est censé reposer sur un principe simple : tourné avec peu de moyens, frôlant parfois volontairement le faux-amateurisme. D’ailleurs, certains cinéastes y voient un support d’expression pas cher et facile, propice aux moqueries, au détournements et aux expérimentations plastiques et scénaristiques. C’était le cas du très bon The Visit de M. Night Shyamalan qui utilisait le found-footage comme un moyen de mêler le rire et la peur. Mais dans The Mirror, tout est au premier degré et Boase n’amorce aucune réflexion. Trop sérieux, pas assez innovant ni audacieux, le film n’apporte rien et nous offre simplement une petite dose de frayeur rapidement oubliée, sans la moindre touche d’originalité.

Le projet se base involontairement sur le thème de la laideur, sujet intéressant que le cinéaste aurait pu explorer en filigrane, mais là encore, Boase survole son propos sans l’approfondir et ne tire pas profit des questionnements que fait naître The Mirror. Tout est relativement mauvais, et le défaut majeur du long métrage réside dans ses très nombreuses lacunes stylistiques, narratives et esthétiques. Le réalisateur ne parvient pas à susciter la peur et l’angoisse du public, ignore des thématiques qui auraient pourtant pu être pertinentes et livre une production sans envergure, sans ampleur, terriblement dénuée de recul et d’auto-critique.

Côté interprétation, ce n’est pas tellement mieux : les acteurs font ce qu’on attend d’eux sans apporter de profondeur aux personnages, qui donnent l’impression de n’être là que pour se faire tuer, devant les yeux ébahis des spectateurs. Personne ne se prête au jeu ; aucun des interprètes ne s’investit réellement. C’est notamment le cas de l’actrice Jemma Dalander, révélée au public américain par le film d’horreur I Spit on Your Grave 2, qui se contente du « strict minimum » malgré la douceur qu’elle inspire.

Seul point positif : les références artistiques du réalisateur, qui se ressentent parfois et viennent stimuler le spectateur endormi. On remarque par exemple que Boase s’est largement inspiré de Shining de Stanley Kubrick, ce qui influence heureusement la progression de l’intrigue.

En conclusion, le long métrage d’Edward Boase est à ranger dans la catégorie des films d’horreur dispensables qui conduisent le genre à la décadence et au déclin. Triste constat qui nous mène à penser de façon certes pessimiste que Don’t Breathe – La maison des ténèbres n’était qu’une parenthèse enchantée dans cet univers cinématographique où la pure angoisse a depuis longtemps disparu. On peut également supposer que The Mirror, qui pâtit de surcroît d’une très mauvaise distribution en salles, sera l’un des premiers found-footages à connaître un échec commercial aussi cuisant. On aurait plutôt aimé qu’il sorte en direct-to-dvd !

The Mirror : Bande-annonce

The Mirror : Fiche Technique

Réalisation : Edward Boase
Scénario : Edward Boase
Interprétation : Jemma Dalender (Jemma), Joshua Dickinson (Matt), Nate Fallows (Steeve)…
Montage : Edward Boase
Musique : Of Mercia
Société de production : Haunted Mirror
Distributeur : Chapeau Melon Distribution
Genre : Epouvante – Horreur
Durée : 83 minutes
Date de sortie : 2 Novembre 2016
Interdit aux moins de 12 ans
Etats-Unis – 2016

 

Abluka – Suspicions, un film d’Emin Alper : Critique

De par son seul titre, Abluka (qui peut se traduire par « frénésie ») annonce une œuvre chaotique, dans sa diégèse dystopique mais aussi dans sa structure, au risque d’y perdre autant les personnages que le public.

Synopsis : Dans une Turquie ravagée par la violence, Kadir se voit proposer une offre de la milice gouvernementale : il est libéré de prison et accepte d’espionner les réseaux terroristes… en fouillant leurs poubelles. Il s’empresse alors de reprendre contact avec son jeune frère Ahmet, mais la tension entre eux va les entrainer dans une spirale infernale.

Art abstrait

A l’heure où la Turquie subit l’autoritarisme brutal du président Erdoğan tandis que ses voisins orientaux s’enfoncent dans la guerre civile, Emin Alper profite de son deuxième film pour mettre au point une représentation très personnelle des conséquences qu’aurait l’érosion d’une rébellion armée en son pays. De la même façon que dans son précédent long métrage, Derrière la colline, la recherche d’universalité de son propos passe par une absence revendiquée de contextualisation. Mais ce qui marche dans le cadre d’un drame familial à la campagne, est loin de fonctionner dès lors que le cadre de l’action est urbain et moins encore  s’il est question de politique. Dès la scène d’ouverture, ce qui saute aux yeux est le caractère insalubre des décors intérieurs et le mystère laissé en hors-champ du chaos à l’extérieur. Et c’est ainsi que sera construit tout le film : tout miser sur les éléments annexes à l’action mais délaisser complétement les enjeux de celle-ci. Comment espérer faire naître un discours politique d’une situation conflictuelle quand bien même aucune des deux parties dudit conflit n’est définie ? Cette question rhétorique est annonciatrice de la vacuité vers laquelle se dirige inéluctablement le film.

L’élément sur lequel le scénario va concentrer son attention, tandis qu’il délaisse complétement son message politique déjà fort maladroit, est le frère du héros : d’une part, son métier, celui de chasseur de chiens errants assermenté par la mairie, et d’autre part, la névrose dans laquelle il va se retrouver plongé. Un renversement narratif d’autant plus regrettable, car si le charisme froid de Mehmet Özgür en fait une figure forte, l’air benêt de Berkay Ates (imaginez un Mickael Youn ottoman !) est vite irritant. Quand bien même elle apparait comme absurde, car encore une fois sans justification cohérente, cette besogne consistant à abattre des animaux se voudrait une allégorie de la lutte contre le terrorisme à laquelle est associé le héros. Dès lors on peut imaginer qu’un parallèle se tisse entre les remords d’Ahmet en adoptant l’un d’entre eux et les difficultés de Kadir à accomplir sa propre mission. Mais au contraire, tous les enjeux propres à son rapprochement avec  un groupe de confectionneurs de bombes disparaissent complétement derrière cette métaphore animalière qui rend caduque la moindre velléité humaniste de la représentation de la guerre civile.

A trop se concentrer sur ses personnages sans prendre le soin de les rendre attachants, le réalisateur transforme en sentiment de rejet le malaise qu’il voudrait installer.

La sous-intrigue propre à Ahmet sera surtout l’occasion d’une mise en images de sa paranoïa. L’ambiance tendue qui naît de cette douce insinuation de la folie dans un quotidien des plus précaires n’aidera pas pour autant le rythme du film à décoller. Au contraire, l’unicité de lieu de cette partie centrale (la maison d’Ahmet) rend la dynamique répétitive, ce qui est encore accru par un effet de déconstruction chronologique extrêmement foutraque. Avec un manque de subtilité regrettable (très grossièrement inspiré du cinéma de Cronenberg), le réalisateur immisce dans cette matérialisation du déséquilibre mental de ses personnages une part de fantastique sans queue ni tête qui rompt radicalement avec l’approche naturaliste de la chronique sociale qui domine la première partie du long métrage. On peut alors définitivement affirmer que le film politique que l’on s’était pris à espérer dans les premières minutes du film est violemment enterré dans ce huis clos qui peine à nous faire partager le trouble de son protagoniste.

Cette approche abstraite et repliée sur ses deux personnages donne l’impression que se met en place une métaphore psychanalytique dont on nous aurait privés des clefs qui auraient permis de la décrypter pleinement. La guerre, l’instabilité politique et le quotidien dans ce bidonville insalubre ne seraient alors que les éléments déclencheurs de cette dérive parabolique floue, et en aucun cas une fin en soi.

Abluka : Bande-annonce (VO)

Abluka : Fiche technique

Titre original : Frenzy
Réalisation : Emin Alper
Scénario : Emin Alper
Interprétation : Mehmet Özgür (Kadir), Berkay Ateş (Ahmet), Tülin Özen (Meral), Müfit Kayacan (Hamza), Ozan Akbaba (Ali)…
Image : Adam Jandrup
Décors : Ismail Durmaz
Costumes : Nurten Tinel
Son : Fatih Aydoğdu, Cevdet Erek, Cenker Kökten, Niels Barletta
Montage : Osman Bayraktaroğlu
Musique : Cevdet Erek
Producteur(s) : Nadir Öperli, Enis Köstepen, Cem Doruk, Pierre-Emmanuel Fleurantin, Laurent Baujard, Doruk Acar, Töre Kar Ahan
Production : Liman Film, Paprika Films, Insignia
Récompenses : Prix spécial du jury et prix de l’ARCA à la Mostra de Venise 2015 :
Distributeur : Nour Films
Genre : Drame
Durée : 1h59
Date de sortie : 23 novembre 2016
Turquie, France – 2015

Arras Film Festival 2016 : Wonderland, un film de Lisa Blatter et Jan Gassmann

Projection à l’Arras Film Festival du film catastrophe suisse-allemand, Wonderland (Heimatland), un long métrage plein de promesses, et finalement plus fouillis que réussi.

Synopsis : L’automne en Suisse. Un effrayant nuage apparaît dans le ciel et recouvre le pays. Son origine est une énigme pour les météorologues. La tempête du siècle menace d’anéantir le pays. Face à la catastrophe imminente, certains l’ignorent, d’autres se barricadent ou célèbrent la fin du monde. Pourtant, la menace qui plane sur les Confédérés crée aussi des liens…

Notre Review Wonderland

On en attendait peut-être trop. Voilà ce qu’on pouvait se dire à la sortie de la projection du film catastrophe suisse-allemand Wonderland. Certaines des images sont grandioses, et de manière générale, la mise en scène est superbe. Les performances des acteurs sont formidables. Le genre est utilisé afin de traiter de nombreuses problématiques qui traversent la Suisse en ce moment : le nationalisme, l’incompréhension de la jeunesse, la fausse puissance des assurances finalement incapables de faire face à un futur désastre… Wonderland a tout pour faire un bon film. Et alors on repense à notre séance de cinéma. Comment l’avons-nous vécu ? Beaucoup, dont votre serviteur – et d’autres journalistes – ont été perdus. Oui, nous avons été paumés par un élément essentiel dans ce film : la multiplication des points de vue.

Si on reproche à Michael Bay (et ses Transformers) le fait de filmer une scène sous de trop nombreux angles sans véritablement en choisir un, on se doit de dire que Wonderland est un bordel – oui, le mot est fort, mais juste – quant à la perception de la catastrophe qui arrive sur la Suisse. Vous allez suivre énormément de personnages. Parfois, vous avancez avec un personnage deux minutes, puis vous le retrouvez une heure plus tard. Problème, vous ne savez plus si c’est bien lui que vous avez vu au début, car il ressemble à un autre personnage, ou alors à un troisième protagoniste perçu puis suivi entre les deux moments. Parfois la caméra se posera longuement sur un personnage, que vous ne reverrez plus jamais. Alors qu’il semblait être un nouveau personnage essentiellement suivi dans le film, il n’en était en fait pas question. Les ellipses sont ainsi troublantes, à l’image du récit en somme. On hésite, on se demande si nous sommes dans le lieu de / et avec tel personnage, ou un autre cité par les chaînes infos à la télévision. Ainsi vous vous retrouvez dans un fouillis narratif.

Certes, on doit reconnaître une intelligence à ce choix artistique. Sur le papier, il faut dire à quel point il est intéressant de créer une sorte de cartographie à la fois humaine et géographique de la Suisse. On a même envie de citer « Théorie des intervalles » de Dziga Vertov, stipulant qu’il y a le mouvement de l’histoire, du temps et de l’espace dans une coupe d’un film, soit entre deux plans (deux fragments d’images). Mais faut-il encore qu’il y ait un véritable mouvement. Qui dit mouvement, dit déplacement d’un point à un autre, ou si l’on prend le cas de la droite en géométrie, d’une trajectoire. On pourrait nous répondre : « mais il y a des mouvements ». Nous dirions à cela : non. Il n’y a pas même un mouvement. Car qui dit mouvement, dit progression. Et il n’y en a pas.

Le film cherche à tout traiter, tout évoquer des problématiques suisses, à capter tous les archétypes du pays, et surtout du genre apocalyptique / catastrophe : le père de famille, le friqué qui veut survivre, la personne qui doit affronter ses propres démons dans une situation catastrophique, une personne qui cherche à poursuivre sa vie comme si de rien n’était, des enfants coupés de leurs parents… Et les points de vue se suivent au rythme des cuts, tandis que la situation s’aggrave. Le problème réside dans le fait que pour générer un mouvement, il faut une progression narrative. Alors certains diraient : la catastrophe est de plus en plus présente. Certes mais qu’en est-il des personnages ? Le scénario est tel qu’il n’y a pas de progression narrative des protagonistes. Il y a à peine une présentation. On pourrait se dire que le film cherche à capter des moments de vie de ces figures qui appréhendent différemment la catastrophe. Problème : une policière a eu un problème avec une arrestation et aurait abattu un homme, elle entend des voix, et a des visions. Alors le registre du catastrophe tombe dans le fantastique / épouvante lorsque nous la suivons. Et là, deux mots viennent à nos esprits, suivis d’un point d’exclamation : cohérence narrative !

Si l’apparition de ce nuage, force cataclysmique symbolisant les maux de l’histoire suisse – dixit plusieurs personnages et figures du film – avait de quoi nous amuser tout en exposant une vision critique du pays, Wonderland ne s’apparente finalement plus à un bon film catastrophe respectant les codes du genre comme il se doit. Le film est un récit foutraque, et frustrant tant il aurait pu nous apporter.

Un film de Lisa Blatter et Jan Gassmann
Titre original : Heimatland
Avec Peter Jecklin Dashmir, Ristemi Julia, Glaus Michèle, Schaub Jackson, Florin Schmidig…
Distribution : Kanibal Films Distribution
Prix et festivals : 5 nominations : Prix Cinéma de Zurich 2015, Meilleur film, festival de Bern 2015, Jeune Public, festival de Locarno 2015
Genre : Film d’anticipation
Date de sortie : 14 décembre 2016

France – 2016

 

 

 

Ma famille t’adore déjà, un film de Jérome Commandeur et Alan Corno : Critique

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Ma famille t’adore déjà, première réalisation de Jerome Commandeur, retentit également comme un premier échec.

Synopsis : Julien, trentenaire bonne pâte et modeste, créateur d’applications pour smartphone, est fou d’amour pour Eva, journaliste dans la presse professionnelle. Après avoir accepté la demande en mariage de Julien, Eva est obligée de le présenter à ses parents qui résident sur l’île de Ré. Au cours d’un week-end de folles péripéties, Julien va faire exploser sa future belle-famille qui ne tenait que par des mensonges et des faux-semblants…

Jérome Commandeur est une figure montante du milieu humoristique français actuel. Après avoir été dévoilé dans Bienvenue chez les ch’tis, les spectacles du quarantenaire ont été très bien reçus par la critique. Passant du stand-up à l’imitation tout en gardant une certaine place au cinéma, l’acteur se dévoile comme étant multi-tâches. Avec Ma famille t’adore déjà, place à un nouveau défi qu’est celui de la réalisation, épaulé par Alan Corno.

Pour son premier long-métrage, Jérome Commandeur ne fait pas les choses à moitié et s’offre un casting composé des plus gros noms de la comédie française actuelle que ce soit Thierry Lhermitte ou Arthur Dupont, en passant par Déborah François et Sabine Azéma. Malheureusement, la mise en scène est un échec, les différents comédiens n’étant que très rarement drôles. En père de famille qui rencontre son gendre, Thierry Lhermitte est caricatural, tout comme Sabine Azéma en tante hippie, bloquée dans les années 70. Outre le fait que l’humour ne prenne pas, les différents personnages imaginés par les scénaristes sont grotesques au possible. Ce sont des pastiches de protagonistes des comédies françaises actuelles. Une multitude d’éléments ne peut que rappeler Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ?, et impossible de ne pas se lasser devant tant de lieux-communs et de clichés. Entre histoire de coeur et histoire de cul, quiproquos et comique de situation, tout est bien trop prévisible pour être véritablement attrayant. On peine à prendre du plaisir grâce aux personnages, et le scénario ne sauve en rien la donne. Quelle déception, surtout lorsqu’on connait toute l’ingéniosité humoristique que Jérome Commandeur est capable de déployer.

Le couple formé par Arthur Dupont et Déborah François, qui joue d’ailleurs de manière assez fausse, est le stéréotype même du jeune couple de comédie. Un « je t’aime moi non plus » incessant basé sur des mensonges envers la famille et des esquisses de tromperie qui n’ont en fait pas lieu d’être.
Il faut l’admettre, Ma famille t’adore déjà est une foirade humoristique dont on peut se passer plutôt aisément.

Toutefois, il ne faut pas être mauvaise langue, certaines scènes arrivent à nous décrocher un petit rictus, mais ces dernières représentent une part tellement minime sur l’entièreté du film qu’on les oublie très rapidement. Une scène de danse du film est très réussie, mais elle se fait malheureusement complètement oublier et ternir par les séquences qui la suivent.

S’il fallait retenir un personnage dans le film, on garderait en mémoire celui interprété par Jérome Commandeur, justement. Traversant les états d’esprit, en constant conflit avec sa famille, son nouveau beau-frère, mais également avec lui-même, c’est sans doute le protagoniste le plus intéressant et le plus réfléchi. Allez, puisqu’on y est, on mentionnera aussi Samuel et Raphael Aouizerate, respectivement interprètes de Palefroi et Jean-Jésus, ses enfants, et qui sont au cœur de plusieurs scènes qui prêtent à sourire.

Conséquemment, la réalisation ne suit pas non plus. Même si elle n’est pas disgracieuse, elle n’immunise pas le film de toute la bêtise et de la redondance qui en émanent. La photographie nous offre quelques beaux plans de L’île de Ré, de la côté ou de l’océan Atlantique, mais elle semble également très contrastée, certaines couleurs étant trop éclatantes. Cependant, on soulignera les choix musicaux et les créations musicales du film qui sont pertinentes et plus qu’entraînantes ! Ce sont là les petits plaisirs du film.

Ma famille t’adore déjà est une grosse déception, surtout lorsque l’on connait les pépites que sont certains textes de Jérome Commandeur. Même si le casting n’annonçait pas que du bon, il était difficile de s’imaginer que ce film allait être un tel amas de clichés et de lieux-communs propres au comédie françaises actuelles. Qu’elle est longue la quête de cette comédie qui parviendra à briser les codes et à révolutionner un tant soit peu ce genre cinématographique.

Ma famille t’adore déjà : Bande-annonce

Ma famille t’adore déjà : Fiche Technique

Réalisateur : Jérome Commandeur, Alan Corno
Scénario : Jérome Commandeur, Kevin Knepper, Frédéric Jurie
Interprétation : Arthur Dupont, Marie-Anne Chazel, Thierry Lhermitte, Jérome Commandeur, Déborah François, Sabine Azéma, Valérie Karsenti, Éric Berger…
Photographie : Denis Rouen
Montage : Catherine Renault
Direction artistique : Hervé Gallet
Producteurs : Patrick Quintet
Sociétés de production : Artemis Production
Distribution (France) : Pathé Distribution
Durée : 85 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 9 novembre 2016

France – 2016

Les meilleurs films de John Malkovich

Il est l’un des acteurs de genre les plus talentueux de sa génération, voici un top 5 des meilleurs films de John Malkovich.

L’Empire du Soleil, 1987

Situé dans un camp de prisonniers de guerre japonais après la Seconde Guerre Mondiale, ce film de Steven Spielberg de la fin des années 80 s’appuie sur la biographie de JG Ballard, joué ici par le futur Batman, Christian Bale, qui se lie d’amitié (à la fin) avec Bassie, un soldat américain joué par Malkovich. Il s’agit d’une excellente performance de la part de Malkovich, sans doute l’une de ses meilleures, du fait qu’il parvient à illustrer le côté chaleureux d’un soldat américain s’occupant d’un jeune homme britannique, tout en laissant filtrer un air menaçant et peu fiable auquel on ne se fait jamais vraiment. Ceci pourrait être parce que lorsque Bassie apparaît pour la première fois, il cherche à tirer profit des dents du jeune garçon, ou peut-être parce qu’il prend un malin plaisir à taquiner sans arrêt le jeune Britannique avec ses compatriotes, dans tous les cas il faut attendre la fin du film pour comprendre son niveau de sincérité.

L’Homme au Masque de Fer, 1998

Le deuxième roman de Dumas et la suite des Trois Mousquetaires, L’Homme au Masque de Fer fut porté sur grand écran en 1998 avec une distribution des plus prestigieuses. Aux côtés de Leonardo DiCaprio, Jeremy Irons, Gérard Depardieu et Gabriel Byrne, jouant respectivement les rôles du Roi Soleil, d’Aramis, de Porthos et de D’Artagnan, le rôle d’Athos revient à Malkovich, qu’il joue avec aplomb. Pour ceux qui ne le savent pas, l’histoire se situe à Paris, dont le peuple est affamé à cause de son roi séducteur, que les quatre mousquetaires projettent de remplacer. Il s’avère qu’il possède un frère secret qui avait été caché à sa naissance avant d’être emprisonné, et qu’ils espèrent échanger avec le roi.

https://www.youtube.com/watch?v=p1LvqjaT1zE

Les Joueurs, 1998

Parmi les personnages les plus menaçants joués par Malkovich se trouve Teddy, un ancien responsable du KGB qu’il interprète dans Les Joueurs, un film entièrement dédié au poker. Truand russe obsédé par les biscuits Oreo, nous le découvrons en train de démanteler une salle de jeu clandestine à New York et arrêter Mike McDermott (Matt Damon) par la même occasion. Le film est davantage centré sur Matt Damon et son meilleur ami Worm, interprété par Edward Norton, et la tentative de McDermott de récupérer sa mise au WSOP. Mais bien que Matt Damon et le reste du casting soient très bons, Malkovich est éblouissant dans le rôle du sinistre Russe qui aligne ses biscuits comme il aligne ses jetons de poker. Dans le film, Worm a une énorme dette envers Teddy du KGB, et bien qu’il soit un joueur de cartes lui-même, il utilise les talent de lecture du jeu de son meilleur ami pour récupérer suffisamment d’argent pour rembourser la dette. Worm, dont nous faisons la connaissance au moment où il sort de prison, n’apporte pas grand-chose si ce n’est des ennuis tout au long du film, et après s’être fait prendre en train de tricher, il se fait massacrer avec ses amis avant de quitter la ville. Toutefois, Mike, décide de rester et de jouer, et après avoir emprunté l’argent à son ancien prof de droit, s’assoit de nouveau à une table avec Teddy, ce qui nous amène à la scène la plus magistrale de Malkovich dans le film. Ayant perdu la première partie, Teddy insiste pour prendre sa revanche, ce que Mike accepte. Dans la confrontation finale, Mike met le doigt sur le signe déterminant qui lui permet de gagner la main, et de déplumer Teddy qui se retrouve sans rien d’autre que ses biscuits.

Mike utilise alors ce qu’il lui reste pour effectuer le déplacement jusqu’à Vegas et participer au Main Event du World Series of Poker. Un moyen beaucoup moins éprouvant d’atteindre le WSOP Main Event serait de participer à un des nombreux tournois satellites, comme l’a fait Chris Moneymaker en 2003, cinq ans après la sortie de ce film. Moneymaker finit par remporter le tournoi et devint millionnaire du jour au lendemain, déclenchant ce que l’on appela par la suite l’explosion du poker en ligne. À présent, le poker en ligne est devenu l’un des nombreux jeux de casino en ligne dont la possibilité de gagner de l’argent réel attire un grand nombre de joueurs.

Burn After Reading, 2008

En 2008, le monde obtenait enfin ce qu’il attendait désespérément, une association de Malkovich avec les frères Coen dans le thriller Burn After Reading. Malkovich interprète Osbourne Cox, un analyste de la CIA alcoolique et lunatique qui, à la suite d’une rétrogradation de poste dans son travail, décide de tout abandonner pour se consacrer à l’écriture de ses mémoires. Plus tard dans le film, les fameuses mémoires sont volées, et comme il s’agit de documents classifiés secret d’état, s’ensuit un enchaînement d’événements dans lequel sa vie s’effondre et se termine de façon abrupte, le tout joué par Malkovich avec grand enthousiasme.

Le Guide du Voyageur Galactique, 2005

Arthur Dent est un Britannique qui a une telle poisse que lorsqu’il rencontre enfin l’amour, l’objet de ses désirs est envoyé dans l’espace. Pour ne rien arranger, Dent l’infortuné découvre que sa maison doit être démolie pour construire une route de contournement, mais il s’agit en fait de l’arbre qui cache la forêt, sachant que la terre entière est sous la menace d’une destruction imminente. Dent monte alors à bord d’un vaisseau spatial et traverse la galaxie pour tenter de donner un sens à tout cela, simplement vêtu d’un peignoir. Le film est basé sur le livre de Douglas Adams et fait figurer Martin Freeman, précédemment aperçu dans The Office, qui joue le rôle de Dent, et bien sûr John Malkovich dans un rôle comique, interprétant un homme politique de l’espace du nom de Humma Kavula, tout ceci dans une exquise bonne humeur.

 

Interview de Jalil Lespert à propos de son film Iris

A l’occasion de la prochaine sortie du film Iris, Jalil Lespert nous a raconté comment ce scénario signé par Andrew Bovell (Hors de ContrôleUn homme très recherché…) s’est retrouvé entre ses mains et comment il a sélectionné son casting et dirigé l’équipe.

« Je me suis dit qu’il y avait là de quoi faire un film atypique. »

C’est votre première incursion dans le domaine du thriller, qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler sur ce scénario un peu trouble ?

Jalil Lespert : C’est justement ça ! Parce que c’est trouble. J’ai découvert le scénario alors qu’il devait être tourné aux Etats-Unis mais ce qui, pour des histoires de production, ne s’est pas fait au dernier moment, parce que justement trop trouble, top ambigu, trop sulfureux etc… on m’a alors proposé d’en faire une adaptation française et je me suis dit qu’il y avait là de quoi faire un film atypique. C’est un film qu joue avec des codes très connus du film noir et du thriller tout en les déjouant à chaque instant. Et il fait ça à deux degrés différents. D’abord, celui des personnages, qui subissent les retournements de situation et n’évoluent pas forcément comme on peut le croire, le tout à travers un jeu de miroirs. Et puis, il y a un second degré de lecture qui est plus un hommage au cinéma, c’est de faire un film qui a priori est un film de genre, un thriller, classique, avec des personnages qui seraient des archétypes qu’on connait, et en même temps le faire dévier de sa route pour avoir une singularité en parlant d’amour, de plénitude et de personnages qui finalement sont dans l’introspection. Alors qu’ils sont embarqués dans un thriller, on va prendre le temps de rester avec eux, seuls, ou quand ils se croisent, dans des jeux de regard, dans des silences, mais surtout dans un rapport au corps qui est beaucoup plus sensuel que dans un film d’action. Donc, je me suis dit que c’était un scénario qui avait été écrit par quelqu’un qui connaissait les codes et avait l’audace de les déjouer. Ça me laissait la place de m’exprimer en tant que réalisateur à partir d’un matériau qui est vraiment très joli.

J’imagine que vous avez vu le film japonais (Chaos, de Hideo Nakata, ndlr) dont le scénario est adapté. Est-ce que ça a été un point de départ de votre travail ou est-ce que ça s’est fait pendant le processus de développement ?

Jalil Lespert : A vrai dire que je ne le connaissais pas puisque c’est un film plutôt « mineur » (un DTV privé de sortie en salles en France, ndlr), et je savais que le scénario en était assez éloigné, que ce n’était pas un remake à proprement parler. J’ai préparé le film, j’en ai imaginé toutes les images, et à deux semaines de mon tournage j’ai vu l’original. J’ai un petit moment de flippe avant de lancer le DVD, parce que c’est un grand metteur en scène donc j’espérai que ce soit proche de ce que j’avais en tête. Et en fait c’est vraiment diamétralement opposé, ça n’a plus rien à voir. Ça m’a plutôt rassuré en fait de me dire que j’étais sur ma voie, et c’est très bien comme ça.

On retrouve dans Iris des éléments présents dans vos précédentes réalisations : La perversité d’Yves Saint Laurent, une intrigue qui démarre sur une disparition comme dans Les Vents Contraires, et même la thématique de la famille dysfonctionnelle présente dans 24 mesures. Est-ce que vous avez consciemment retravaillé le scénario pour assurer cette continuité ?

Jalil Lespert : Ce sont des films très différents donc j’ai du mal à y voir des points communs. S’il devait y en avoir un, ce serait la quête d’intégrité de leurs personnages. Même le personnage que je joue dans Iris, à sa façon, il est intègre dans sa folie. Au-delà de ça, ces films sont très distincts. Je pense que j’ai eu une influence en faisant Versailles : même si j’avais les droits de ce film, je ne savais pas encore quand je le ferai, et le fait de faire Versailles m’a remis sur  cette piste parce que, même si c’était une série historique, elle était traitée comme un thriller, presque un film de mafieux et il y avait aussi quelque chose de très sulfureux. Tout ça a nourri mon envie de faire Iris.

« J’y ai pris beaucoup plus de plaisir que je ne l’imaginais »

Vous avez justement refait appel à Pierre-Yves Bastard, le chef opérateur avec qui vous aviez travaillé sur Versailles. Quel degré de liberté vous lui avez laissé pour qu’il fasse un si bon travail sur les clairs obscurs ?

Jalil Lespert : Ce que j’aime avec Pierre-Yves Bastard, c’est que c’est un chef opérateur qui n’a pas peur du danger. Pour ce film, qui est un film de sensations, de mensonges et de vérités, évidemment le clair-obscur s’imposait un peu. Avec Pierre-Yves on a eu une conversation assez franche et claire sur la direction globale et il fallait que je m’autorise à lui faire un peu plus confiance, surtout aux moments où il se trouve que c’était moi qui était éclairé et cadré. Je sais évidemment ce qu’on fait mais je n’ai pas l’œil dans l’œilleton. Du coup, je lui ai laissé encore plus de liberté. A partir du moment où on a bien casté son équipe, on est face à des gens qui ont du talent et ma fonction à ce moment-là c’est surtout de leur donner une direction et après de leur laisser proposer. On voulait quelque chose d’assumé, avec une direction de lumière franche, ne pas avoir peur d’être dans l’effet. On a un peu cette même formation qui consiste à tourner à deux caméras. C’est un peu particulier comme façon d’appréhender un tournage.

Et dans le scénario, vous avez donné une place assez importante au couple d’enquêteurs, et notamment à la relation qu’ils ont entre eux et celle qu’ils vont nouer avec Antoine pendant leur enquête. Comment vous avez travaillé sur ce duo qui en sait finalement moins que le spectateur qui lui-même n’est pas sûr d’en savoir beaucoup ?

Jalil Lespert : C’était une caisse de résonance sur l’aspect amoureux, sur ce rapport à la vérité et au mensonge. C’était des personnages qui avaient une fonction dramatique a priori bien définie et en même temps qui sont un peu à la bourre. Normalement, l’enquête devrait faire avancer les choses, mais là ce sont les rebondissements qui font évoluer les personnages. Il fallait donc deux flics qui ne soient pas dans la même évolution puisqu’ils sont un peu excentrés par rapport aux événements qui se passent mais qui en imposent, qui aient du caractère. J’avais besoin d’acteurs qui aient de la personnalité et c’est pour ça que j’ai choisi Camille (Cottin) et Adel (Bencherif), je trouve qu’ils sont d’excellents comédiens, parce qu’il  fallait qu’ils soient capables de tenir un texte.

Justement, Iris est un personnage féminin qui parait assez fort mais qui au final est complètement tributaire du regard des hommes. Vous avez choisi Charlotte Le Bon pour l’incarner, c’est la deuxième fois que vous travaillez avec elle,  avec laquelle vous avez un rapport assez particulier au corps à travers la manière dont vous la filmez. Comment s’est passée l’écriture de ce personnage féminin et ensuite le travail avec l’actrice ?

Jalil Lespert : A l’écriture, j’ai pensé assez vite à elle. Avec Charlotte, ce qui est marrant c’est que dans la vie elle a un côté un peu Tomboy, « girl next door » aussi. Et je ne l’avais pas exploré dans Yves Saint Laurent, où je l’avais prise sans l’avoir jamais vue au cinéma mais parce que j’avais besoin d’une fille qui soit crédible comme top-model de l’époque, donc c’était physique. Et puis en travaillant, je me suis aperçu que c’était une superbe actrice. Quand elle est arrivée sur le plateau d’YSL, elle n’était pas sûre d’elle, pédante, alors que pour l’avoir vue dans ses chroniques je m’attendais à un bulldozer. C’est vrai que c’est une fonceuse, et c’est une qualité énorme au cinéma, parce que quand on entend « action » il ne faut plus trop réfléchir, il faut jouer c’est tout. Et j’ai découvert en travaillant avec elle qu’elle était hyper douée pour ça, et qu’elle ne le savait pas encore. J’ai pensé à elle dans ce rôle, où il y avait un aspect physique, un côté figure de cinéma, presque héroïne hitchcockienne dans son côté de femme fatale et inaccessible, de beauté froide, etc. Elle avait évidemment toutes les capacités physiques à nouveau mais aussi, comme c’est un personnage multifacettes, il fallait lui amener quelque chose de plus émouvant. Cette double personnalité que je lui connais dans la vie, c’est-à-dire son côté garçon manqué,  j’avais envie d’explorer cette palette et donc de la retrouver là-dessus.

Et de l’autre côté, celui des deux facettes de la virilité que vous vous partagez avec Romain Duris, c’est la première que vous apparaissez comme acteur dans un de vos films. Est-ce que dès le départ vous vous êtes dit que le rôle était pour vous ? Et sinon, à qui aviez-vous pensé avant de l’endosser ?

Jalil Lespert : En fait, j’ai pensé à peu près à tout Paris, en me demandant qui pourrait jouer ce personnage d’une quarantaine d’années. Et puis, j’ai d’abord casté Max, et Romain (Duris) imaginait un personnage plus âgé, mais on ne voyait pas pour autant à qui le donner, e je lui ai expliqué que je voulais, comme pour le personnage de Charlotte, un jeu de miroir entre ces deux personnages que tout oppose mais qui peuvent être physiquement similaire, au moins dans leur âge. Il m’a alors demandé « Pourquoi tu le fais pas, toi ? ». Je n’y avais pas pensé mais ça a planté une petite graine parce que le rôle est assez génial à tenir, il est tellement ambigu que pour un acteur c’est formidable d’avoir à jouer toutes ces fêlures. Donc, forcément, ça m’a donné confiance que ça vienne de lui. Il y avait quelque chose d’intéressant dans la tâche d’acteur-réalisateur, et j’ai foncé. Je ne sais pas ce que ça vaut mais j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer dans ce film. Je ne sais pas quelle va être la vie de ce film, elle m’échappe aujourd’hui, mais ça été une étape importante d’être des deux côtés de la caméra et j’y ai pris beaucoup plus de plaisir que je ne l’imaginais.

Percez le mystère d’Iris, le 16 novembre au cinéma.

Iris : Bande-annonce

Interview réalisée par Julien D. et Chloé M.

 

L’assassinat de Trotsky, un film de Joseph Losey : Critique

Dans le cadre de la rétrospective consacrée à Joseph Losey sur OCS, penchons-nous sur L’assassinat de Trotsky, qui reste le film le plus ouvertement symptomatique de ses convictions politiques : sa relecture d’un événement qui marqua la dualité sanguinaire du communisme post-révolutionnaire.

Synopsis : Mexico, 1940. Depuis la forteresse où il se terre, Léon Trotsky observe et théorise les mouvements de révolte prolétariens locaux. Ailleurs en ville, un homme d’affaire belge demande à sa petite-amie, une militante trotskyste française, de lui faire rencontrer le leader communiste. C’est finalement sous l’identité d’un journaliste canadien qu’il parviendra à l’approcher, et se révélera alors être un agent mandaté par Moscou.

Ce jour où Alain Delon est devenu l’ennemi de la Gauche

Malgré sa Palme d’Or reçue quelques mois plus tôt pour Le Messager, le lourd passé de Joseph Losey, et en particulier son appartenance affichée au Parti Communiste américain, était loin d’être effacé dans l’esprit de nombreux décideurs et de le rendre persona non grata en son pays. Bien décidé à prendre cette réputation sulfureuse à contre-pied, il accepta la proposition du producteur Josef Shaftel de réaliser un film consacré à l’une des figures majeures du marxisme : Léon Trotsky. Il va de soi que voir un ancien militant pro-staliniste s’attaquer à ce sujet avait de quoi laisser craindre un film à charges, dérangeant des deux côtés du spectre politique. Bien conscient de la pression sur ces épaules, Losey prit tout le monde par surprise en adoptant le parti-pris d’une absolue neutralité idéologique au profit d’un souci de véracité factuelle. Après moult remaniements, le scénario qu’il finit par mettre en images se compose comme une mise en parallèle des récits propres à Léon Trotsky et Ramon Mercader, son futur assassin, sur une durée de trois mois, correspondant au temps séparant la première tentative d’attentat sur Trotsky (le 24 mai) et son meurtre (le 21 aout 1940).

Ce sont ainsi presque deux films qui se tissent autour de ce montage alterné. Le premier des deux se compose de scènes consacrées à l’ancien dirigeant de l’Internationale Communiste. Celles-ci sont essentiellement composées par les récitations de ses mémoires, ses théories politiques ou encore son testament. Un dispositif ô combien didactique, mais que Losey prend soin de ne pas filmer comme un film propagandiste. Toute la puissance de ces passages bavards, qui vont peser sur le rythme de la narration dans son ensemble, ne vient aucunement des discours pompeux du personnage, mais de son acteur. Jamais Richard Burton (pas même dans le rôle mythique de Marc Aurèle dans Cléopatre) n’aura été à ce point habité par son personnage. Et pourtant, malgré les quelques scènes qui imaginent son intimité avec sa femme Natalia, l’humanité de Trotsky sera toujours effacée derrière l’icône doctrinale que le film lui accole. La faute à un scénario qui réduit son personnage à une figure tutélaire ou à un acteur trop soucieux de sacraliser son alter-ego ? Sans doute un peu des deux.

Malgré sa maitrise formelle et son casting au diapason, L’assassinat de Trotsky est devenu le symbole de la difficulté à cumuler dans un même film reconstitution de fait divers et interrogations politico-philosophiques.

Le second « film dans le film » est certainement celui qui se laisse le plus facilement regarder, en grande partie pour le charme glamour du couple formé par Alain Delon et son ex-femme Romy Schneider, certes bien moins érotisés que dans La Plage deux ans plus tôt mais toujours assez populaires pour attirer le chaland. Mais c’est aussi d’eux que viendra la principale déception du grand public : Celui de voir le personnage de Schneider sous-exploité par le scénario. Celui-ci préfèrera s’attacher au parcours de celui dont on sait, dès le début, qu’il commettra le crime annoncé par le titre. On peut distinguer deux éléments récurrents dans cette partie du film : Tout d’abord, les longues scènes introspectives, au cours desquels on ne sait jamais si on peut s’estimer heureux qu’elles soient portées par un acteur de talent, ou au contraire regretter d’avoir à s’imposer un Delon qui se regarde jouer, et d’autre part, les conversations qu’il échange avec le commanditaire du meurtre à venir. La somme de ces deux aspects forme une problématique qui sera reprise, avec bien plus de succès, cinq ans plus tard dans Mr Klein : Est-ce le vice de l’Homme qui forge l’Histoire ou a contrario l’Histoire qui avilie l’Homme ?

Cette thématique de la transformation des Hommes face au poids des événements aura beau être présente dans toute la filmographie de Losey, c’est incontestablement dans ses deux collaborations avec Alain Delon qu’il parviendra la mieux à la mêler à son contexte historique. Et pourtant, la volonté de rester fidèle à la réalité des faits limitera cette réflexion à sa seule surface rhétorique. Ni l’opposition entre les idéologies staliniennes et trotskystes, ni même l’évolution intellectuelle et morale de Ramón Mercader ne seront clairement exprimées autrement que dans des lignes de dialogues abstraites. Fort heureusement, certains effets de mise en scène vont apporter à cette descente aux enfers une dimension tragico-lyrique qui comble les failles de cette écriture elliptique et superficielle. Le premier d’entre eux est évidemment cet effet de miroir qui ouvre le film et nous avertit de la manière la plus cinématographique qui soit du trouble de l’homme que l’on voit s’y refléter. Le plus beau de ces effets est quant à lui directement lié à la composition lancinante d’Egisto Macchi, une musique entêtante qui, en apparaissant lors d’une mémorable scène de corrida, devient aussitôt synonyme de mort. La confection formelle du film apparait ainsi comme le travail exigeant d’un artisan qui maitrise son média… malgré ses difficultés à établir un discours pertinent.

Bien que dépourvu de suspense et d’enjeux clairement définis, le pseudo-thriller tel qu’est construite la machination anti-Trotsky, reste l’axe de lecture le plus captivant lors du visionnage du long-métrage. Mais paradoxalement, ce que l’on en retient à long terme est la représentation de cet homme d’Etat, à la fois si adulé et si controversé, qui apparait dans une posture déclamatoire qui contribuera à sa légende intemporelle.

L’assassinat de Trotsky : Bande-annonce

L’assassinat de Trotsky : Fiche technique

Titre original : The Assassination of Trotsky
Réalisation: Joseph Losey
Scénario: Masolino d’Amico, Nicholas Mosley, Franco Solinas
Interprétation: Richard Burton (Leon Trotsky), Alain Delon (Frank Jacson/Jacques Mornard/Ramón Mercader), Romy Schneider (Gita Samuels), Valentina Cortese (Natalia Sedowa Trotsky), Enrico Maria Salerno (Salazar), Jean Desailly (Alfred Rosmer)…
Image: Pasqualino De Santis
Montage : MonteurReginald Beck
Direction artistique : Arrigo Equini
Musique: Egisto Macchi
Producteurs: Josef Shaftel, Joseph Losey, Norman Priggen
Genre : Drame historique, thriller
Durée: 103 minutes
Date de sortie: 3 mars 1972
Grande-Bretagne/France/Italie – 1971