Ma famille t’adore déjà, un film de Jérome Commandeur et Alan Corno : Critique

Ma famille t’adore déjà, première réalisation de Jerome Commandeur, retentit également comme un premier échec.

Synopsis : Julien, trentenaire bonne pâte et modeste, créateur d’applications pour smartphone, est fou d’amour pour Eva, journaliste dans la presse professionnelle. Après avoir accepté la demande en mariage de Julien, Eva est obligée de le présenter à ses parents qui résident sur l’île de Ré. Au cours d’un week-end de folles péripéties, Julien va faire exploser sa future belle-famille qui ne tenait que par des mensonges et des faux-semblants…

Jérome Commandeur est une figure montante du milieu humoristique français actuel. Après avoir été dévoilé dans Bienvenue chez les ch’tis, les spectacles du quarantenaire ont été très bien reçus par la critique. Passant du stand-up à l’imitation tout en gardant une certaine place au cinéma, l’acteur se dévoile comme étant multi-tâches. Avec Ma famille t’adore déjà, place à un nouveau défi qu’est celui de la réalisation, épaulé par Alan Corno.

Pour son premier long-métrage, Jérome Commandeur ne fait pas les choses à moitié et s’offre un casting composé des plus gros noms de la comédie française actuelle que ce soit Thierry Lhermitte ou Arthur Dupont, en passant par Déborah François et Sabine Azéma. Malheureusement, la mise en scène est un échec, les différents comédiens n’étant que très rarement drôles. En père de famille qui rencontre son gendre, Thierry Lhermitte est caricatural, tout comme Sabine Azéma en tante hippie, bloquée dans les années 70. Outre le fait que l’humour ne prenne pas, les différents personnages imaginés par les scénaristes sont grotesques au possible. Ce sont des pastiches de protagonistes des comédies françaises actuelles. Une multitude d’éléments ne peut que rappeler Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ?, et impossible de ne pas se lasser devant tant de lieux-communs et de clichés. Entre histoire de coeur et histoire de cul, quiproquos et comique de situation, tout est bien trop prévisible pour être véritablement attrayant. On peine à prendre du plaisir grâce aux personnages, et le scénario ne sauve en rien la donne. Quelle déception, surtout lorsqu’on connait toute l’ingéniosité humoristique que Jérome Commandeur est capable de déployer.

Le couple formé par Arthur Dupont et Déborah François, qui joue d’ailleurs de manière assez fausse, est le stéréotype même du jeune couple de comédie. Un « je t’aime moi non plus » incessant basé sur des mensonges envers la famille et des esquisses de tromperie qui n’ont en fait pas lieu d’être.
Il faut l’admettre, Ma famille t’adore déjà est une foirade humoristique dont on peut se passer plutôt aisément.

Toutefois, il ne faut pas être mauvaise langue, certaines scènes arrivent à nous décrocher un petit rictus, mais ces dernières représentent une part tellement minime sur l’entièreté du film qu’on les oublie très rapidement. Une scène de danse du film est très réussie, mais elle se fait malheureusement complètement oublier et ternir par les séquences qui la suivent.

S’il fallait retenir un personnage dans le film, on garderait en mémoire celui interprété par Jérome Commandeur, justement. Traversant les états d’esprit, en constant conflit avec sa famille, son nouveau beau-frère, mais également avec lui-même, c’est sans doute le protagoniste le plus intéressant et le plus réfléchi. Allez, puisqu’on y est, on mentionnera aussi Samuel et Raphael Aouizerate, respectivement interprètes de Palefroi et Jean-Jésus, ses enfants, et qui sont au cœur de plusieurs scènes qui prêtent à sourire.

Conséquemment, la réalisation ne suit pas non plus. Même si elle n’est pas disgracieuse, elle n’immunise pas le film de toute la bêtise et de la redondance qui en émanent. La photographie nous offre quelques beaux plans de L’île de Ré, de la côté ou de l’océan Atlantique, mais elle semble également très contrastée, certaines couleurs étant trop éclatantes. Cependant, on soulignera les choix musicaux et les créations musicales du film qui sont pertinentes et plus qu’entraînantes ! Ce sont là les petits plaisirs du film.

Ma famille t’adore déjà est une grosse déception, surtout lorsque l’on connait les pépites que sont certains textes de Jérome Commandeur. Même si le casting n’annonçait pas que du bon, il était difficile de s’imaginer que ce film allait être un tel amas de clichés et de lieux-communs propres au comédie françaises actuelles. Qu’elle est longue la quête de cette comédie qui parviendra à briser les codes et à révolutionner un tant soit peu ce genre cinématographique.

Ma famille t’adore déjà : Bande-annonce

Ma famille t’adore déjà : Fiche Technique

Réalisateur : Jérome Commandeur, Alan Corno
Scénario : Jérome Commandeur, Kevin Knepper, Frédéric Jurie
Interprétation : Arthur Dupont, Marie-Anne Chazel, Thierry Lhermitte, Jérome Commandeur, Déborah François, Sabine Azéma, Valérie Karsenti, Éric Berger…
Photographie : Denis Rouen
Montage : Catherine Renault
Direction artistique : Hervé Gallet
Producteurs : Patrick Quintet
Sociétés de production : Artemis Production
Distribution (France) : Pathé Distribution
Durée : 85 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 9 novembre 2016

France – 2016

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.

Juste une illusion : Ce qu’on croyait déjà vivre

Avec "Juste une illusion", Toledano et Nakache replongent dans les années 80 pour raconter l’éveil amoureux de Vincent, 13 ans, au cœur d’une famille juive et arabe haute en couleur. Entre les disputes des parents, les maladresses du grand frère et les premiers élans du jeune adolescent, le film explore avec humour et tendresse ce moment fragile où l’on croit déjà comprendre la vie. Porté par une mise en scène vibrante, une direction d’acteurs impeccable et une reconstitution délicieusement vintage, le récit mêle questionnements intimes, enjeux sociaux et nostalgie lumineuse. Une comédie dramatique généreuse, où chaque émotion sonne juste et où l’on se reconnaît, quel que soit notre âge.

La fille du konbini : disconnect days

Adapté du roman de Sayaka Murata, "La Fille du konbini" suit Nozomi, jeune femme en pleine reconstruction après avoir fui la toxicité du monde corporate. Refuge dans une supérette, camaraderie inattendue et redécouverte des plaisirs simples : Yûho Ishibashi filme avec une infinie délicatesse cette parenthèse suspendue où l'immobilité apparente cache une lente remontée à la surface. Un rejet en douceur des injonctions à l'ambition, porté par la retenue naturaliste d'Erika Karata.
Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.